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L’exécutif aurait bien pu annuler l’élection


Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne l’ont pas fait, et c’est tant mieux. Analyse.


Une psychose coronavirus balbutiante en France a conduit l’exécutif à s’interroger sérieusement sur la possibilité de reporter les élections municipales prévues les 15 et 22 mars. Les élections auront bien lieu et c’est tant mieux.

Un report aurait été techniquement faisable. Une telle hypothèse n’est pas prévue par le code électoral. Pour être mise en œuvre, elle aurait nécessité un certain bricolage juridique.

Vote d’une loi en urgence

En premier lieu, une loi pouvait être votée. La loi prévoit que les élections municipales se tiennent en mars. Le législateur pouvait donc très bien, en urgence, modifier la loi pour prévoir une nouvelle date. Sous réserve des contraintes techniques imposées en la circonstance : solliciter l’avis du Conseil d’État, déposer un projet de loi et réunir les 2 chambres afin qu’elles votent…

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Promulguer un décret

En deuxième lieu, le décret convoquant les électeurs aurait pu être modifié et prévoir un report des élections de quelques semaines et, quand bien même il aurait été à la limite de la légalité, l’invocation de circonstances exceptionnelles aurait pu constituer un fondement juridique suffisant.

Recourir à l’article 16 et aux pouvoirs exceptionnels

En troisième lieu, l’hypothèse assez surréaliste et saugrenue d’un recours par le Président de la République à l’article 16 de la Constitution pouvait aussi juridiquement tenir. Quand bien même une telle solution est réservée aux cas dans lesquels l’intégrité du territoire et l’indépendance de la nation sont menacés, ce qui n’est manifestement pas le cas, une telle décision n’est susceptible d’aucun recours. Elle pouvait donc théoriquement être mise en œuvre. Politiquement, en revanche, et compte tenu du contexte actuel, cela serait absurde et démocratiquement épouvantable.

Enfin, des reports partiels, limités aux zones les plus touchées, auraient pu être mis en œuvre localement, en application de la théorie des circonstances exceptionnelles. 

Pourtant la question des élections municipales ne saurait s’apprécier uniquement d’un point de vue strictement juridique. Au-delà d’une base juridique, un report des élections nécessite une légitimité démocratique. Il faut un consensus national. Il n’existait pas.

L’ensemble des partis politiques était hier unanime sur la nécessité de maintenir ce rendez-vous démocratique. Le Sénat, représentant des collectivités territoriales, refusait toute idée de report. Aucune enquête d’opinion réalisée auprès des Français n’est venue démontrer une volonté de report. 

L’élection sera-t-elle délégitimée ?

Si 16% des Français ont indiqué renoncer à se déplacer, on peut considérer que l’invocation d’une épidémie constitue aussi l’alibi pour certains électeurs qui, coronavirus ou non, ne seraient pas allés voter de toute façon. L’abstention sera peut-être un facteur à suivre, mais l’idée qu’elle fausse le scrutin apparaît peu probable. Rappelons qu’en 2014, 34% des électeurs avaient boudé les urnes. Il n’y avait pas d’épidémie à l’époque ni même de psychose liée aux attentats.

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Si la santé publique est un enjeu non négligeable, en démocratie, voter est primordial. La continuité démocratique de la nation ne saurait être bradée. Il convient en la circonstance de ne pas opposer protection de la santé publique et droit de vote, mais de les concilier. Des mesures barrières sont mises en place (gel hydroalcoolique, masques, gants) et les bureaux de vote sont aménagés pour faire face à cette situation inédite. La situation est sérieuse certes, mais aller à l’isoloir ne signifie pas aller à l’abattoir.

Relativiser le danger

Aucun scientifique n’a indiqué qu’aller voter constituerait un danger mortel. Au demeurant, se déplacer une heure dans un bureau de vote est-il plus dangereux que d’aller faire ses courses, aller au restaurant ou prendre les transports en commun, activités qui ne sont pas proscrites ?

La question du report semble avoir été tranchée par le Président de la République. À tout le moins pour le premier tour.

Il aurait été inutile d’ajouter une confusion politique qui, malgré la gravité de la situation, ne s’impose pas.

Enfin faire du handicap une priorité!


Tribune


Il est des causes publiques qui reviennent, inexorablement et sempiternellement, tels des rochers de Sisyphe, dans le débat politique sans qu’aucun décideur ne s’en empare avec efficacité. Il y a quinze ans déjà, en 2005, le handicap, considéré jusque-là comme devant faire l’objet d’une politique d’intégration (« il revient à la personne handicapée de s’intégrer dans la société »), devenait une politique à part entière d’inclusion, avec ce changement de paradigme : c’était enfin à la société elle-même de s’adapter aux personnes par l’accès aux droits, l’accessibilité. L’objectif annoncé à l’époque – permettre à notre pays de s’adapter et d’inclure nos compatriotes en situation d’handicap en dix ans – sera profondément remis en cause par le quinquennat Hollande. Le coup de grâce viendra à cet égard en 2015 lorsque les principes généraux de la loi du 11 février 2005 seront foulés aux pieds par les contraintes budgétaires, le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, arguant du fait que les caisses sont vides tout en utilisant la manne du financement du handicap pour ses derniers arbitrages budgétaires.

Élu Président, le même Emmanuel Macron multipliera les mesures vexatoires pour les personnes handicapées : loi Elan qui réduit les logements accessibles aux handicapés, barèmes de la CAF réduisant l’Allocation Adulte Handicapé (AAH), CSG sur les pensions d’invalidité, PCH (prestation compensatoire handicapé) réduite… La première partie du quinquennat fut bien sombre pour les personnes handicapées en France (on en retrouva d’ailleurs dans les cortèges des manifestants et des gilets jaunes). Plus récemment, le gouvernement a décidé de revaloriser l’AAH et de mettre en place d’autres mesures, mais il ne fait que restaurer la situation d’avant 2015 et tenter de revenir sur la malheureuse séquence 2015-2018 ; où est la grande ambition pour la politique du handicap dont se targuent les décideurs publics ? En réalité, à l’aune des objectifs de 2005 et des difficultés pratiques rencontrées par les personnes en situation de handicap, il y aurait une politique plus cohérente à mener, soucieuse tant du bien être des handicapés que des équilibres financiers de l’État.

Le premier sujet est celui des infrastructures et du logement. Nos infrastructures de transport, souvent vétustes, ne sont pas adaptées aux personnes en situation de handicap : un grand plan d’infrastructures digne de ce nom doit comporter un effort massif en termes d’accessibilité. Dans le même cadre, la redéfinition de la politique de logement social doit donner la priorité aux personnes en situation d’handicap. On pourrait prévoir également la construction de centres d’accueil pour handicapés, au moins un par département.

Le second concerne la refondation de l’Allocation Adulte Handicapé. Elle doit être portée à 1000 euros (ce qui était l’ambition en 2005 – nous sommes à 900 euros) en liant son financement avec les obligations sur le marché du travail. Aujourd’hui la règle est celle de l’obligation faite aux entreprises de plus de 20 salariés d’avoir au moins 6% de personnes en situation d’handicap ; il faudrait porter l’obligation à un objectif ambitieux de 10% pour les entreprises de plus de 100 salariés. Tout en souhaitant que cette obligation soit remplie, son non-respect (qui entraine une contribution financière) financerait l’augmentation de l’AAH, qui ne couterait donc rien à l’État.

Le troisième volet de nos propositions pour le handicap concerne l’école et l’éducation. On rappellera l’importance de la formation des personnels : nous demandons ainsi la formation obligatoire (DEAES) des auxiliaires de vie scolaire (Accompagnant éducatif et social diplômé ESH) avant leur entrée en fonction. Par ailleurs, il faudrait motiver les enseignants accueillant des élèves handicapés dans leur classe par une prime spécifique. On citera enfin une politique culturelle (entrée dans les musées par exemple) qui devrait s’adapter aux personnes en situation de handicap (tarifs spécifiques) et des réflexions sur la retraite anticipée pour certains handicapés.

Aujourd’hui en France le handicap est considéré comme un problème alors qu’il pourrait être vu comme une richesse, une force pour l’ensemble de la société, permettant l’apprentissage de la tolérance, de la solidarité et de l’altérité.

Il y a un manque de dialogue entre le monde politique et les handicapés, qui souffrent d’incompréhension. Ce ne sont pas de vagues grands plans annoncés avec cynisme qui changeront cette perception, mais bien un effort continu de la société et des pouvoirs publics pour s’adapter.

David Gall, candidat à la mairie de Donville
Jacques Condat, Président de Liberté Accessibilité Handicap et ancien membre de European Disability Forum à Bruxelles
Sébastien Laye, Porte-Parole de Réconciliations !

L’islamisme est-il soluble dans la technocratie?


Le rôle que souhaite prendre l’association musulmane pour l’islam de France (AMIF) nourrit de légitimes craintes.


L’islam – non pas simplement « en France » mais – « de » France est décidément « en marche ».  Une nouvelle étape vient en effet d’être franchie vers sa constitution, en la forme d’une tribune, parue il y a quelques jours dans Le Monde et co-signée par les dirigeants du Conseil Français du Culte musulman (CFCM) et Hakim El Karoui, fondateur de ce qui est aujourd’hui l’incarnation de l’islam de France, l’AMIF (association musulmane pour l’islam de France).

Séparatisme ? L’entrisme, voilà l’ennemi !

La tribune CFCM-El Karoui / « islam de France » n’est que le troisième jalon posé ces dernières semaines par le président Macron vers la constitution d’un islam de France, en collaboration avec les islamistes. La première étape a été le discours d’Emmanuel Macron à Mulhouse du 18 février sur la stratégie du gouvernement contre ce que le président nomme le « séparatisme islamiste » (le chef de l’Etat s’était bien gardé de dénoncer l’entrisme qui représentait pourtant un danger plus grand encore que le séparatisme, on comprend maintenant pourquoi), annonçant que l’Etat avait notamment demandé au CFCM de formuler des propositions dans cet objectif. Le deuxième jalon a été posé avec les déclarations du ministre de l’intérieur Christophe Castaner le lendemain sur France Inter annonçant qu’Hakim El Karoui devait « faire partie des acteurs » impliqué dans le projet de lutte contre le séparatisme islamiste présenté par Emmanuel Macron à Mulhouse, et que le ministère de l’intérieur avait fait en sorte qu’il se rapproche du CFCM à cette fin. Voici enfin la troisième étape, l’annonce de la création d’une nouvelle structure par Hakim « islam de France » el Karoui et les dirigeants du CFCM.

Pour Hakim El Karoui, le vrai danger, le seul, c’est le salafisme, et avec lui l’influence financière des pays du Golfe et de l’Arabie Saoudite…

La tribune n’est pas toujours d’une grande clarté. Mais il y a quelques éléments à en retenir.

D’abord sur le principe même de l’implication d’Hakim El Karoui et les conséquences qu’il convient d’en tirer. Auteur de deux rapports pour l’institut Montaigne, en 2016 et 2018, ainsi que de l’islam, une religion française (Le Débat Gallimard, 2018), Hakim el Karoui, normalien, ancien directeur de la banque Rothschild ayant occupé plusieurs fonctions de conseiller au niveau politique, est conscient du fait que les Frères musulmans sont, au même titre que les salafistes, des fondamentalistes. Il reconnaît même leur volonté d’être influents sur les musulmans comme sur le pouvoir politique et sait que leur « discours de modération » a pour but de les positionner comme interlocuteur incontournable. Nonobstant, el Karoui minimise la portée de leur projet « tamkine » de conquête de l’Europe. Estimant qu’il s’agit « plus d’un vœux pieu que d’un complot », il leur fait même la courte échelle : son AMIF regroupe en effet un nombre certain de personnalités qui se retrouvent dans l’infographie très complète élaborée par le collectif de militants laïques « Lieux Communs » de ce qu’ils ont appelé « la galaxie des Frères musulmans en France ». Ainsi notamment de Tareq Oubrou, Mohamed Bajrafil, Azzedine Gaci, Abdelghani Benali, Farid Abdelkrim, Abdelhaq Nabaoui. Pour Hakim El Karoui, le vrai danger, le seul, c’est le salafisme, et avec lui l’influence financière des pays du Golfe et de l’Arabie Saoudite notamment. Tout cela est vrai mais n’enlève rien au péril que représentent les Frères musulmans, leur entrisme, leur discours « pour le moment » républicain, application parfaite de la « charia de minorité » de Youssef Al Qaradawi, leur autorité théologique suprême.

Emmanuel Macron pourrait se brûler les doigts

Que l’État donne aux Frères les moyens de structurer les Français musulmans dans le but d’avoir un interlocuteur politique (mais aussi dans l’espoir d’obtenir un vote musulman bloqué en sa faveur) laisse pantois. Comment Emmanuel Macron peut-il croire qu’il est en position de négocier un accord de long terme avec une Confrérie des Frères musulmans gigantesque, très influente, extrêmement riche, et toute entière construite sur la haine du modèle culturel occidental en général et français en particulier ? Comment ce président qui affirme lutter contre le séparatisme, peut-il le parachever dans l’espoir de le mettre à son service ? Emmanuel Macron ne voit-il pas qu’il a en réalité enclenché une infernale mécanique victimaire et revendicative ?

Chaque fois qu’un musulman voudra aller à la Mecque, manger hallal, ouvrir une salle de prière ou faire quoi que ce soit en relation avec son culte, il sera renvoyé vers cette nouvelle structure…

Deuxième enseignement : le fait que le Marocain Mohamed Moussaoui ait succédé au Turc Ahmet Ogras à tête du CFCM, montre que le gouvernement français – quoiqu’en dise Emmanuel Macron à Mulhouse quand il vilipende les financements étrangers – n’entend pas sortir totalement le vieil islam consulaire de la partie. La tribune CFCM-Hakim El Karoui suggère ainsi que les seuls financements étrangers problématiques, à « interdire », sont ceux « provenant de personnes ou d’Etats qui s’inscrivent en dehors des accords traditionnels et historiques avec les pays dont le lien sociologique avec la France est avéré et ancien ». Cette phrase un peu alambiquée peut signifier que les financements maghrébins demeureraient licites, alors que ceux des théocraties du golfe ou de la Turquie ne le seraient plus.

Concernant les financements dont bénéficiera la nouvelle structure, la tribune évoque des dons et legs mais également des taxes qui seront levées sur le halal et le hadj (pèlerinage à la Mecque), taxes qui requerront une absolution légale. Apparaît ici une collaboration avec l’Etat qui va dans le droit fil de ce qu’a annoncé Emmanuel Macron à Mulhouse : le principe de laïcité interdisant à l’Etat de s’occuper lui-même de la formation des imams, de la gestion du culte musulman et tout ce qui va avec la communautarisation globale des musulmans, l’Etat va donc en charger le CFCM. Chaque fois qu’un musulman voudra aller à la Mecque, manger hallal, ouvrir une salle de prière ou faire quoi que ce soit en relation avec son culte, il sera renvoyé vers cette nouvelle structure – gérée par le CFCM, ses fédérations pour beaucoup islamistes, ainsi que l’AMIF et ses amis proches des Frères musulmans – dont l’Etat s’assurera qu’elle dispose des financements ad hoc.

Une démarche au mieux inopérante

La composition de la structure nouvellement créée reste cependant assez floue et laisse perplexe. Le CFCM et les diverses fédérations musulmanes qui le composent (au sein desquels se retrouvent des entités islamistes telles que les Frères musulmans à travers l’UOIF, les Frères turcs représentés par le Milli Görüs et le Tabligh) ne disposeront – ô surprise – que d’un tiers des sièges, ce qui les prive de tout pouvoir de décision. Des « personnalités indépendantes » (qui ? d’où viennent-elles ? Indépendantes par rapport à quoi ou qui ?) seront majoritaires au conseil d’administration. Comment cette nouvelle usine à gaz pourra-t-elle fonctionner ? On peine à imaginer que tout ce beau monde, fondamentalistes compris, participera au « travail culturel et théologique », dans un objectif de « lutte contre l’extrémisme et la violence commise au nom de l’islam » comme les signataires de la tribune s’y engagent.

La réalité est que le gouvernement ne veut pas comprendre qu’il est aux prises avec des logiques totalitaires et que ses finasseries politiciennes ne pèseront pas sur les stratégies islamistes en cours ni ne les enrayeront. Au mieux, elles seront inopérantes, au pire, elles accélèreront le séparatisme islamiste. Comme l’a indiqué le professeur Bernard Rougier, auteur de Les territoires conquis de l’islamisme (PUF, 2020) lors de son audition par la commission « combattre la radicalisation islamiste du Sénat » le 17 décembre 2019, tous les fondamentalismes musulmans « se retrouvent quand il s’agit de se définir par rapport et en opposition à la société française. (…) Une dialectique s’instaure entre ces groupes : on s’aperçoit que le Tabligh prépare souvent le terrain au salafisme, notamment pour ceux qui sont en quête d’une « science » plus forte et plus convaincante, qui donnerait plus de place aux textes – les hadith – et moins aux personnalités – les cheikhs. Quand le Tabligh est présent dans une mosquée, il y a de très fortes chances pour que, quelques mois ou années plus tard, les salafistes aient pris leur place. C’est presque mécanique. »

La seule question qui mérite d’être posée est la suivante : jusqu’où est-il déjà trop tard ?

La présence embarrassante d’Abd al Malik à l’hommage aux victimes du terrorisme


Le rappeur était invité de la première journée d’hommage aux victimes du terrorisme. Dans son édito, le directeur de Charlie Hebdo Riss s’en offusque.


La nouvelle devise de Macron : liberté, égalité, diversité…

C’est pourquoi il a choisi Abd al Malik pour prendre la parole lors de la journée d’hommage aux victimes du terrorisme.

Place du Trocadéro, Emmanuel Macron a fait un beau discours. Rien n’y manquait. Ils ont voulu nous faire peur et nous n’avons pas eu peur… ils ont voulu nous diviser et nous sommes plus unis que jamais… Mais, pour l’avoir écouté, il ne nous semble pas qu’il ait dit, qui étaient ces « ils »…

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On sait que le président de la République est adepte du « en même temps ». Et donc en même temps qu’il dénonçait le terrorisme, il a envoyé un message d’amitié à tous ceux qui pourraient se sentir visés par un amalgame assez logique.

Le rappeur Abd al Malik, le 11 mars 2020, au Trocadéro. Image: capture d'écran YouTube
Le rappeur Abd al Malik, le 11 mars 2020, au Trocadéro. Image: capture d’écran YouTube

Dans ce but il a demandé à Abd al Malik de prendre la parole à ses côtés. Abd al Malik est rappeur et écrivain. Il y a de cela quelques années il s’est converti à l’Islam. Régis Fayette-Mikano est alors devenu Abd al Malik. En même temps (continuant sur cette lancée) qu’il chante il écrit. Voici deux titres, parmi les plus intéressants de ses ouvrages : Qu’Allah bénisse la France et Les musulmans au secours de la République !

Riss étonné

Question bénédiction, il est évident qu’Allah avait la tête ailleurs si l’on juge par les attentats commis en son nom en France. Quant à la République, elle attend toujours les bataillons de musulmans supposés se mobiliser pour la sauver. Et comme sœur Anne, elle ne voit rien venir.

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Riss, le patron de Charlie Hebdo, a trouvé très singulier la présence d’Abd al Malik à la cérémonie. Les dessinateurs assassinés de son journal n’avaient pas été bénis par Allah. Et les frères Kouachi, musulmans, ne sont pas venus à leur secours.

Riss fait également remarquer que s’agissant de la tuerie perpétrée dans son journal, Abd al Malik, pétri de bons sentiments, a déclaré qu’il était un fervent partisan de la liberté d’expression. Mais qu’en même temps (difficile d’y échapper) les caricatures de Charlie Hebdo avaient nourri « l’islamophobie et la haine contre les musulmans »…

Une autre phrase du très complexe rappeur écrivain est à relever tellement elle est limpide. « La liberté d’expression est nécessaire. Mais il y a ceux qui l’exercent et ceux qui la subissent » ! Subir est en effet une douloureuse souffrance. Les frères Kouachi ont beaucoup subi…

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Islamophobie: Intoxication idéologique

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Au Bal des débutants politiques, joue-la comme Dhorasoo!


« Je suis très choqué par le fait qu’il n’y a pas une seule tête de liste noire au sein de Paris en Commun » affirme Vikash Dhorasoo pour dénigrer sa rivale Anne Hidalgo. Plus délirant que la maire sortante, c’est donc possible ! Écriture inclusive, racialisme et soutiens gauchistes : la candidature du footballeur dans le 18e arrondisseement est une impressionnante caricature.


Après avoir compulsé l’Assimil de la novlangue politicarde et « inclusive », Vikash Dhorasoo s’est donc lancé dans l’action politique et brigue un mandat dans le 18ème arrondissement de Paris.

« Ils et elles sont artistes, intellectuel.le.s, chef.fe.s d’entreprise, sportif.ve.s, élu.e.s, militant.e.s… Pour eux (Carton jaune ! cher Vikash, il fallait écrire : pour elles et pour eux), Paris c’est le mélange des cultures, pas vraiment celui d’une carte postale », a gazouillé le 8 mars l’ancien footballeur à propos d’une lettre de soutien parue dans le JDD du 7 mars.

Commençons par étudier le nom de la liste de Dhorasoo : « Décidons Paris ! ». Impératif étrange qui laisse pour le moins perplexe. Magnanimes, nous supputons une erreur au moment de l’impression des tracts et affiches : Vikash Dhorasoo, possible grand connaisseur de la mythologie grecque, voulait peut-être que soit écrit « Décidons Pâris ! », du nom du prince royal qui enleva Hélène et déclencha la guerre de Troie ? Allusion subtile à la volonté d’éviter une possible guerre politique à Paris ? Nul ne sait. Et nul ne saura sans doute jamais. Avec la perte de son accent circonflexe, ce Jugement de Paris ne nous dit plus rien.

Le candidat des « racisés »

Vikash Dhorasoo est bien décidé à ratisser large, c’est-à-dire racisé, métissé, inclusif, écologiste, féministe, et tout et tout…

Racisé, oui, et avec le moins de blancs possible. Cela semble être une obsession chez cet homme à la pensée aussi ébouriffée que la coiffure. Lors du dernier G7 à Biarritz, il sifflote : « Salut les hommes blancs du G7 ! J’imagine que vous discutez de croissance… », en oubliant que parmi les « hommes blancs » il y a… Angela Merkel !

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Plus tard, devançant les comptes ethniques d’Aïssa Maïga lors de la dernière cérémonie des César, il déclare (Le Point du 11 nov. 2019) : « Je veux défendre les classes populaires, les chômeurs, les exclus et la diversité. Je suis très choqué par le fait qu’il n’y a pas une seule tête de liste noire au sein de Paris en Commun » (liste d’Anne Hidalgo).

Inclusif, soit, mais pas entièrement, car si l’écriture morse dite « inclusive » l’agrée, les symboles de la France le font frémir d’horreur : « Ces symboles-là ne me conviennent pas, le drapeau, la Marseillaise ça ne me convient pas. C’est encore stigmatiser et dire vous ne connaissez pas la Marseillaise donc vous n’êtes pas français » lâche-t-il à Léa Salamé sur le plateau d’ONPC le lendemain des attentats de novembre 2015. « On doit être ensemble, français ou pas français » (sic), finira-t-il par trancher pataphysiquement.

Simmonet connait la musique

Au journal La Croix (23 nov. 2019) il dévoile son intérêt pour « tout ce qui est écologie, antiracisme, féminisme, social », et prouve qu’il est possible de se ridiculiser, simplement, d’une phrase creuse et rabâchée, avec les meilleures intentions du monde. Il n’est pas le seul. Mais Dhorasoo y met une hargne toute particulière, celle des bizutés du Bal des débutants politiques. Il faut dire que sa cavalière et colistière, Danielle Simonnet (LFI), est un professeur de danse qui a fait ses preuves : ex-étudiante de Nanterre, ex-syndicaliste de l’Unef, ex-socialiste, actuelle conseillère de Paris donnant des « conférences gesticulées » aux titres prometteurs – Uber, les salauds et mes ovaires (c’est du brutal !) – initiatrice du remplacement des mentions père et mère par celles de parent 1 et parent 2 pour les formulaires de demandes d’actes d’état civil, Madame Simonnet maîtrise toutes les figures et arabesques des valses et autres javas politiques.

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Tout était par conséquent réuni pour que la liste « Décidons Paris ! » reçoive le soutien des plus éminents représentants politiques, écologiques, antiracistes et féministes de la capitale. Ces derniers désirent un « mélange des cultures » et un « Paris métissé ». Ils rêvent de « voir les parisien.ne.s se balader, tranquilles, faire des pique-niques en famille ou entre potes, jouer ensemble, passer du temps à prendre soin d’eux. »

Quels sont les signataires de cette tribune mollassonne qui promet un avenir radieux aux Parisiens qui voteront pour Vikash Dhorasoo ? Virginie Despentes, admiratrice des frères Kouachi, misandre affirmée, écrivain sans autre style que celui de la vulgarité et de la langue défaite par l’abus de tout sauf de l’intelligence ; Rokhaya Diallo, proche des « indigénistes » et des « décoloniaux racisés », persuadée que le pansement blanc est raciste et que le cheveu crépu est stigmatisé ; Joey Starr, artiste qui s’est vu condamner à de multiples reprises pour violences sur ses ex-compagnes et que Virginie Despentes, si prompte pourtant à dénoncer les violences masculines, apprécie énormément ; Juan Branco, vidéaste amateur, avocat amateur, révolutionnaire amateur; Laurence De Cock, agrégée d’Histoire, pour les ateliers non-mixtes du syndicat Sud Éducation mais contre une France aux « racines gauloises et occidentales » (Médiapart juin 2014). Suit une palanquée de signataires professionnels de LFI, François Ruffin, Alexis Corbière, Raquel Garrido, Danièle Obono…

« C’est le moment de se faire la passe ! » piaille à l’instant l’ancien footballeur sur son compte Twitter. Gageons qu’avec de tels soutiens, cette équipe de choc passera difficilement les poules qualificatives. Mais bon, nous ne sommes pas Cassandre…

«L’égalité filles-garçons», cheval de Troie de la théorie du genre?


Anne-Sophie Nogaret s’infiltre dans une curieuse formation. Sous couvert de lutte contre les « inégalités », on en arrive à passer les textes des grands philosophes à la moulinette féministe.


Les 3 et 4 février 2020, un stage intitulé « Les inégalités femmes-hommes » destiné aux professeurs de philosophie se déroulait à Paris. La loi ignorant la sexuation, on comprend d’emblée que ces inégalités (dont il est sous-entendu qu’elles ne s’exercent qu’au détriment des femmes) sont l’expression larvée et protéiforme d’une domination masculine qui ne dit pas son nom.

On ne peut plus se contenter de passer les textes au scanner du genre : pour que l’esprit philosophique vienne aux femmes et que cesse enfin leur souffrance, il faut promouvoir un corpus adapté à leur sensibilité

Aristote, ce philosophe masculiniste bien connu

« Comment sensibiliser les élèves aux questions de genre ? » La formatrice, Audrey Benoît, annonce la couleur aux 25 professeurs de philosophie inscrits, sans autre précaution oratoire. Avant d’enfoncer le clou : comment initier les lycéens aux thèses de Judith Butler alors que celle-ci ne fait pas partie des auteurs au programme de philosophie ? Si l’on se place du point de vue féministe, qui tend à confondre égalité et parité, l’histoire de la philosophie, qui ne reconnaît du bout des lèvres que quelques femmes, est effectivement inégalitaire. Cette relative absence des femmes philosophes ne pouvant s’expliquer par une faible appétence (ou pire encore, une moindre capacité !) pour l’abstraction, Aurélie Knüfer, une autre formatrice, en conclut que « la manière dont les philosophes parlent des femmes a conduit à une exclusion de celles-ci hors du champ de la philosophie ». En somme, le problème vient du sexisme des philosophes, un secret bien gardé pour d’évidentes raisons de solidarité entre mâles dominants et souhaitant le rester. Ainsi, poursuit la jeune femme, agrégée et maître de conférences, personne n’a jamais osé relever que la distinction opérée par Aristote entre forme et matière était odieusement sexiste…

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Jusque-là, rien que de très banal : depuis des décennies, la misogynie et le patriarcat sont systématiquement invoqués pour expliquer la faible proportion de femmes artistes, scientifiques, politiques, chefs d’entreprise, etc. Comme le progrès ne saurait être un vain mot, il faut aller plus loin, ce à quoi s’emploie Aurélie Knüfer. Les philosophes, dit-elle, tiennent des « discours de haine » envers les femmes, ils les « injurient ». « Traumatisées » par la philosophie et son histoire sexiste, les femmes n’ont aucune envie de réitérer le trauma en lisant Kant ou Hegel, ni même des critiques féministes de ces auteurs. On ne peut plus se contenter de passer les textes au scanner du genre : pour que l’esprit philosophique vienne aux femmes et que cesse enfin leur souffrance, il faut promouvoir un corpus adapté à leur sensibilité. Ainsi annonce-t-elle sans faiblir la prochaine étape : la réforme du canon philosophique, qu’il faut « relire et réécrire ». Le narrativisme, telle est la solution !

Les femmes prennent leur revanche

Grands textes philosophiques passés à la moulinette féministe, mise en avant de philosophes femmes exhumées des oubliettes, décentration du logos rationnel au profit de la sensibilité émotionnelle, la réécriture du canon prôné par la Canadienne Lisa Shapiro arrive ainsi en France, par le biais des stages de formation recommandés par les inspecteurs de philosophie et agréés par les rectorats – courroies de transmission du ministère.

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Pour aggraver l’affaire, cette idéologie qui voit tout à l’aune de la domination se conjugue naturellement avec le discours d’autres dominés réclamant eux aussi leur part de revanche et de « narratifs » correctifs. Autrement dit, le discours du genre et celui de la race vont de pair. « L’histoire de la philosophie est une bibliothèque coloniale », confirme Aurélie Knüfer, citant V.-Y. Mudimbe : « La femme comme le Noir est constitué comme l’Autre de la philosophie, de la raison et de l’action », conclut la jeune femme, qui organise à l’université de Montpellier un séminaire intitulé « Pour une histoire féministe et décoloniale de la philosophie ». Non contents d’être sexistes, les philosophies sont racistes.

Cette alliance des dominés explique sans doute que le cas de Mila n’ait pas été évoqué une seule fois lors de cette journée philosophique et féministe. Lorsque les islamistes entrent en jeu, il n’y a plus de « genre » qui tienne face à la « race », même pour les plus féministes de nos femmes savantes.

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L’emploi du mot race n’est plus tabou en France


L’essayiste franco-américaine Géraldine Smith analyse l’américanisation progressive de nos mœurs et modes de vie. Venus des campus américains, culture de la dénonciation, néoféminisme inquisitorial et règne des minorités fondent sur une France fracturée.


Causeur. Depuis 1945, la culture américaine influence grandement l’Europe et le monde, du hamburger aux films d’Hollywood en passant par la contre-culture contestataire née pendant la guerre du Vietnam. Notre pays vit-il toujours à l’heure américaine ?

Géraldine Smith. Plus que jamais. Et ce, sous l’effet de deux phénomènes qui se conjuguent. D’abord, le soft power américain ne s’est pas démenti depuis 1945 : Hollywood, Amazon, Google, Netflix, le rap, le basket et les « influenceuses » mode ou beauté des réseaux sociaux en sont aujourd’hui les vecteurs. Les jeunes Français se promènent en maillots de la NBA et apprennent l’anglais en regardant Narcos. Ils suivent les régimes keto et paléo des stars californiennes. Bref, on continue à copier une Amérique puissante, innovante, parfois excentrique et souvent en avance.

Ensuite, la France ressemble aujourd’hui de plus en plus à l’Amérique parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Par exemple, le temps quotidien passé à faire la cuisine ne cesse de diminuer dans l’Hexagone – il est d’environ 50 minutes par jour, tous repas confondus. Uber Eats livre des tacos, burgers et pizzas à la moitié de la population française. Même si les Français ne rêvent sans doute pas de devenir aussi gros que les Américains (dont 40 % des adultes sont obèses), les horaires de travail désynchronisés et l’explosion des activités extrascolaires compliquent l’organisation des repas. Les cuisines sont de plus en plus petites en raison du prix des loyers. La multiplication des restrictions alimentaires – lactose, gluten, viande rouge… – rend suspect tout ce qui ne ressemble pas à un brocoli. Enfin, les écrans détrônent les fourneaux. Exactement comme aux États-Unis, où les émissions de cuisine genre « Top chef », que l’on regarde en mangeant une pizza livrée, font un carton.

Certes, mais ce rapprochement des modes de vie n’induit pas forcément une convergence anthropologique. Lorsque l’affaire Griveaux a éclaté, beaucoup ont dénoncé l’irruption du puritanisme américain dans la vie politique française. Leur donnez-vous raison ?

Non. L’affaire Griveaux, ce n’est pas le puritanisme religieux américain qui gagne la France puisque la classe politique a été quasiment unanime à le défendre plutôt qu’à l’enfoncer. Et personne ne lui a encore demandé de faire repentance ou d’aller se faire soigner dans un centre pour addictions sexuelles, comme cela aurait probablement été le cas en Amérique.

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En revanche, on assiste là aux prémices françaises d’une nouvelle quête de pureté qui fait fi du respect de la vie privée, de la présomption d’innocence, du débat contradictoire et de la liberté d’expression. Raciste, homophobe, sexiste, machiste : les accusations pleuvent au moindre écart de langage ou de comportement. Dans cette vision manichéenne, rien ne doit entraver le triomphe d’une justice réparatrice, surtout à l’égard des « victimes » de l’Histoire que sont les femmes, les Noirs, les minorités sexuelles ou les immigrés. Bien sûr, on peut se demander qui confère ce statut de victime, et la supériorité morale qui va avec, de quel droit et pour quelle durée. Toujours est-il que ce zèle justicier a fait sortir de sa réserve l’ancien président Obama. En octobre dernier, il s’en est pris à cette culture de dénonciation – call-out culture – et à la surenchère sur les réseaux sociaux et campus universitaires à laquelle se livrent les « éveillés » – woke – autoproclamés. Obama a eu des mots très durs : « Ce n’est pas comme ça qu’on change le monde. Si tout ce que vous faites, c’est jeter des pierres, vous n’irez pas très loin. » Évidemment, cette critique s’inscrit dans la campagne électorale en vue de la présidentielle, en novembre. Obama craint que le Parti démocrate perde de nouveau parce que les inquisiteurs moraux auront poussé l’Amérique profonde et une partie de la classe moyenne dans les bras de Trump.

Trump fait figure de chien lâché dans le jeu de quilles du politiquement correct. Prenons l’exemple du consentement aux relations sexuelles, devenu une notion clé depuis #metoo. Aux États-Unis, le consentement est une notion qui varie selon les États. De sorte que, l’accord mutuel initial des partenaires est susceptible d’être mis en doute. Dans cette situation d’insécurité juridique permanente, le mâle est-il présumé coupable de harcèlement et de violence sexuelle ?

La qualification juridique peut en effet différer d’un État à l’autre. Il s’y ajoute que les campus universitaires ont leurs propres règles – le doute y bénéficie systématiquement à la victime présumée – et les appliquent sans recours judiciaire. Même en l’absence de preuves, un présumé coupable peut donc être expulsé de l’université sans autre forme de procès. Cela dit, par rapport à l’obligation élémentaire de s’assurer du consentement de son partenaire sexuel, je ne suis pas sûre que l’arbitraire d’aujourd’hui soit pire que l’arbitraire d’hier, qui était trop souvent favorable aux agresseurs.

Cependant, les Américains sont peut-être passés d’un extrême à l’autre au nom de la défense des minorités. Par exemple, en 2016, une « guerre des toilettes » a fait rage en Caroline du Nord, où des militants transgenres contestaient « l’assignation des toilettes en fonction du sexe assigné à la naissance » tandis qu’une partie des féministes s’est opposée à l’intrusion d’hommes se sentant femmes dans les lieux d’aisance féminins. La quête d’« espaces sûrs » (safe spaces) de la part des féministes, transgenres ou militants antiracistes manifeste-t-elle avant tout une peur de l’altérité ?

La recherche de refuges – des « espaces sûrs » – traduit en même temps qu’elle accroît l’anxiété qui ronge la société américaine. Un Américain sur cinq souffre officiellement de troubles anxieux, contre 10 % en France – où cela s’aggrave cependant ! Plus l’on reste entre soi, moins l’on connaît les autres et plus on s’en méfie, c’est un cercle vicieux. Et de toute façon, qu’est-ce qu’un espace sûr ? Tout le monde crie « pouce » comme si le monde alentour était une jungle où l’on risquait sa vie. Ce point de départ est en soi anxiogène ! Ce qui est sûr pour moi ne le sera pas forcément pour vous. C’est donc une notion subjective qui repose sur le « ressenti » de chacun. Or, à partir de là, tout s’emballe, comme dans la guerre des toilettes. Au nom de quel risque faudrait-il faire le tri entre des « vrais » femmes et hommes, si tous finissent de toute façon seuls à l’intérieur d’une cabine ? On voit bien, ici, que ce n’est pas le danger qui est à l’origine de la peur, mais la peur qui se fixe sur l’Autre comme source de danger.

Cette dynamique centrifuge est-elle inhérente à la société américaine ?

Non. L’Amérique a longtemps fonctionné comme un melting pot. Trump a-t-il raison de penser que ce n’est plus le cas, que le melting pot ne se fait plus parce que, depuis 1964, l’origine des immigrés a changé ? Avant, neuf sur dix venaient de l’Europe ; depuis, c’est l’inverse. Je n’en suis pas sûre. Mais je constate avec inquiétude que la réalité et la perception divorcent souvent, et pas seulement chez les Blancs hostiles à l’immigration en provenance des pays pauvres. Depuis que leurs droits civiques (civils rights) ont été reconnus aux Noirs américains, également en 1964, des progrès très importants ont été accomplis pour combler le fossé entre Noirs et Blancs. Cependant, le sentiment prévaut parmi eux que leur situation est pire que jamais. En 2001, 70 % des Noirs et 62 % des Blancs américains pensaient que leurs relations étaient plutôt bonnes, voire très bonnes. En 2016, un an avant l’élection de Trump, ils n’étaient plus que 49 % des Noirs et 55 % des Blancs à le penser. Depuis, Trump n’a rien arrangé… Je comprends d’autant moins que de nombreux Français, et pas seulement chez les Indigènes de la République, soient fascinés par le modèle américain, en dépit de son échec.

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En somme la société multiculturelle américaine est menacée, comme la société républicaine française, par l’archipellisation, voire le tribalisme ?

La conception américaine de l’antiracisme se répand dans nos universités et lieux de savoir, où l’on se délecte de vocabulaire importé : « blackface », « appropriation culturelle », « suprématie blanche »… Partout, l’entre-soi progresse au détriment de l’ouverture. Partout, on semble se sentir mieux dans la compagnie de ceux qui vous ressemblent physiquement ou qui pensent comme vous – l’un étant d’ailleurs souvent supposé garantir l’autre. En plus des alvéoles identitaires que sont souvent les réseaux sociaux, la multiplication des chaînes de télévision a décuplé les cavernes postplatoniciennes – à chacun la sienne.

Une dernière frontière identitaire semble encore séparer la France des États-Unis : la race. Dans la société américaine, déclarer son appartenance raciale est monnaie courante alors que le simple mot « race » demeure tabou en France. Malgré les progrès dans l’Hexagone de l’idéologie « décoloniale » et indigéniste, notre pays reste-t-il plus attaché aux marqueurs et clivages sociaux qu’aux problématiques ethniques ?

Je ne suis pas d’accord. L’emploi du mot race n’est plus tabou en France même si, comme dans votre question, l’adjectif « ethnique » sert de feuille de vigne. Quand j’étais jeune journaliste, en 1990, nos rédacteurs en chef proscrivaient qu’on utilise les mots « Blancs » ou « Noirs » pour qualifier une personne. C’était considéré comme raciste. D’où les contorsions, les périphrases et, finalement, le recours au « black ». Aujourd’hui, il est devenu banal de parler « des Blancs » ou « des Noirs ». Quant à l’usage du terme « race », il est employé avec enthousiasme par les partisans du nouvel antiracisme – exactement comme aux États-Unis ! Ici et là, l’argument est le même : « oui, bien sûr, la race n’a aucune valeur scientifique mais, au nom du combat contre le racisme, il faut bien reconnaître sa réalité. » Pour finir aussi raciste que le raciste ? Sur ce terrain, on observe une sorte de chassé-croisé entre les États-Unis et la France : en France, où l’on a longtemps expliqué les inégalités exclusivement à travers le prisme socio-économique, la couleur de peau gagne en importance dans le débat public. En Amérique, depuis toujours obsédée par la race, on découvre l’importance des inégalités socio-économiques. Le succès de Bernie Sanders en témoigne.

Vu en Amérique... Bientôt en France

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Erdogan, sultan aux pieds d’argile

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Le président turc Erdogan lâche des réfugiés syriens sur les îles grecques pour pousser les Européens à le soutenir dans sa lutte contre l’armée syrienne à Idleb. Cette nouvelle crise des migrants va laisser des traces durables, notamment pour la Grèce qui doit gérer seule une crise migratoire sans l’appui des autres pays européens. Certes, Athènes en a l’habitude mais la solidarité européenne révèle ses limites. S’il fallait encore le démontrer, la diplomatie bruxelloise est une coquille vide incapable de peser sur Ankara.


Recep Tayyip Erdogan joue gros. Très gros. Il est loin le temps où le frère Erdogan, enfant des quartiers pauvres de Kasimpasa, régnait sur une nation en plein expansion économique avoisinant les 10% de croissance économique dans les années 2000. Loin aussi le temps où il régnait sur un parti tout-puissant dont l’islamisme se mâtinait de libéralisme économique, faisant de l’AKP un UDF ottoman aux yeux de certains observateurs. Puis le retour de quelques foulards dans les universités avait progressivement effrité cette image modérée.

Frustration ottomane

Aujourd’hui, la donne a littéralement changé. L’AKP a perdu les élections dans les deux plus grandes villes turques, Ankara et Istanbul. Plusieurs piliers du mouvement comme l’ancien président de la République Abdullah Gül ont quitté l’AKP pour créer de nouvelles formations. Et la situation économique de plus en plus grave menace son bilan.

L’AKP et la Turquie ont besoin d’un nouveau souffle. Erdogan joue la carte d’une politique étrangère agressive car il se sait en perte de vitesse à l’intérieur de l’Anatolie. On compense la récession comme on peut. En l’occurrence, le président turc se rêve à la fois en héraut d’un monde sunnite en manque de leader charismatique et en nouveau sultan ottoman. La nostalgie de l’Empire ottoman est très forte et dessine aujourd’hui la diplomatie turque. Les îles grecques, anciennes Dodécanèse, la Cyrénaïque, le Fezzan ou le pays de Cham sont effet de terres ottomanes perdues entre 1912 et 1920. Et aujourd’hui, cette frustration ressort.

Sur le front syrien, les radars médiatiques sont tournés vers Idleb. Les Turcs y appuient militairement une Armée syrienne libre noyautée par les anciens membres d’Al-Qaïda et autres groupuscules islamistes contre les troupes de Bachar Al-Assad soutenu au sol par les Iraniens, et dans les airs par les Russes.

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Ankara intervient également en Libye. La presse française semble avoir oublié que ce pays est toujours en guerre. Que des migrants venus d’Afrique subsaharienne tentent toujours de rejoindre Lampedusa. Que le Sahara libyen abrite de plus en plus d’islamistes près à en découdre après le fiasco levantin.

Opération Libye 

Or, les députés turcs ont voté le 2 janvier une motion permettant au président Recep Tayyip Erdogan d’envoyer des troupes en Libye pour soutenir le gouvernement d’union nationale de Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU mais menacé par une offensive du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, soutenu notamment par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Russie et l’Égypte. Officiellement, la Turquie intervient dans la région à la demande de Tripoli pour contrer le renfort de mercenaires russes soutenant les troupes d’Haftar. Le soutien militaire turc au gouvernement de Fayez al-Sarraj intervient après la signature, le 27 novembre dernier, d’un accord controversé entre Ankara et Tripoli qui prévoit une coopération renforcée en matière de sécurité entre les deux parties et la démarcation des frontières maritimes entre elles. Lors d’une session parlementaire extraordinaire, 325 députés turcs ont voté pour et 184 contre un texte qui donne à l’armée un mandat pour intervenir en Libye, valable pendant un an. Les principaux partis d’opposition se sont opposés au texte. A leurs yeux, une intervention en Libye pourrait déstabiliser la région et entraîner la Turquie dans une guerre coûteuse. Et l’opinion publique est de plus en plus soucieuse de la mort de ces soldats à l’étranger. Fini, le temps où l’opinion appuyait toute intervention au-delà des frontières, notamment pour combattre les Kurdes.

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Mais il n’est plus question de reculer. L’entraide turco-tripolitaine s’inscrit dans le cadre de la présence croissante d’Ankara en mer Méditerranée. La Turquie tente de contester l’influence de Moscou dans toute la région comme elle l’a fait en Syrie. Se dessine ainsi un affrontement clair entre une Russie soucieuse de défendre des régimes autoritaires et anti-islamistes et une Turquie soutien de partis islamistes sous paravent démocratique.

Ankara vs. Moscou

Démocrate-islamiste contre autoritarisme « laïc » ? Le prisme philosophico-théologique est bien entendu insuffisant. La Turquie a également une dent contre Le Caire, autre soutien d’Haftar. Les relations entre l’Égypte et Ankara sont très tendues depuis que l’armée a renversé le président islamiste Mohamed Morsi en 2013. Les raisons sont toujours plus profondes et le pétrole reste le nerf de la guerre. Il faut savoir que le Libye est le théâtre d’une course aux forages d’hydrocarbures avec la découverte d’importants gisements ces dernières années. En raison de l’accord maritime conclu en novembre 2019, qui étend considérablement son plateau continental, la Turquie a plus que jamais besoin du gouvernement libyen d’al-Sarraj pour faire valoir ses revendications en Méditerranée orientale face à la Grèce, Chypre et l’Egypte.

Mais Ankara tente également de contrer l’accord « Eastmed » entre la Grèce, Chypre et Israël. Ce pacte sert à sécuriser sur 1870 kilomètres l’approvisionnement énergétique de l’Europe face aux tentatives turques de contrôle de la Méditerranée orientale.

Après avoir accumulé les impairs au Proche-Orient, les Occidentaux ne semblent pas davantage comprendre la politique turque en mare nostrum.

Dekra rentre dans le rang


La multinationale du contrôle auto fait son mea culpa six ans après un scandale sexiste dans une publicité.


À Tarnos (Landes), un scandale déclenché en 2014 par l’antenne locale de Dekra, le roi du contrôle technique automobile, vient de trouver une fin édifiante. À l’époque, une série de publicités un poil provocantes montrait des hommes et des femmes nus sur lesquels avaient été apposées des mentions « OK » aux endroits stratégiques. Le tout assorti du slogan « Rien ne nous échappe, on contrôle tout ». Les âmes sensibles du clergé féministe gascon et basque s’étaient alors indignées, l’adjointe écolo au maire de Bayonne Martine Bisauta y allant même de son petit caftage à l’Autorité de contrôle de la publicité professionnelle. Ladite institution avait alors envoyé illico une lettre recommandée à Dekra, dont le siège parisien s’était courageusement défaussé sur l’agence de Tarnos, obligée de se flageller en place publique.

Six ans plus tard, Dekra est passée de l’expiation à la rédemption. Le 17 février dernier, la direction de l’entreprise a annoncé « se donner pour objectif de favoriser le bien vivre-ensemble, qui repose notamment sur une culture exempte de sexisme ». Le groupe va notamment « sensibiliser l’ensemble des collaborateurs à la question du sexisme via des modules de formation, des journées dédiées, des supports de communication » et ainsi faire en sorte « d’éviter tout biais sexiste sur les fiches de postes, offres d’emplois ». Miracle !

Et comme du néoféminisme à l’idéologie du genre, il n’y a qu’un pas, Dekra s’efforcera de « construire une communication interne et externe dépourvue de stéréotypes de genre en veillant à promouvoir une communication éliminant les représentations fondées sur des stéréotypes genrés ». En gros, des commissaires politiques veilleront à ce que les salariés ne rigolent pas trop grassement sur fond de calendrier Pirelli. Exit les blagues salaces du Salon du camion. Un programme aussi réjouissant devait donner du travail aux « agences de conseils en égalité professionnelle » tels qu’Egalis, la PME de Caroline De Haas. Les métiers inutiles ont décidément de l’avenir.

Africains d’adoption?


Depuis le début de l’année, une question taraude les réseaux sociaux sud-africains : pourquoi les Afrikaners, ces descendants de colons néerlandais, allemands et français, ne sont-ils toujours pas appelés Africains ?


L’Afrique du Sud n’a toujours pas pansé ses blessures héritées de l’Apartheid. Depuis le début de l’année, une question taraude les réseaux sociaux sud-africains : pourquoi les Afrikaners, ces descendants de colons néerlandais, allemands et français, ne sont-ils toujours pas appelés Africains ? Sur Twitter, un dénommé Brian Adams a interpellé l’Alliance démocratique, principal parti d’opposition majoritairement blanc, sur le sujet : « Les Noirs vivant en Europe sont appelés Européens, mais les Blancs qui vivent en Afrique depuis plus de trois cents ans ne peuvent pas être appelés Africains ! » Inversant la rhétorique victimaire, l’internaute a également dénoncé les cas avérés de « white face » lors d’une récente parade à Cap Town : « Pourquoi un Blanc qui se peint en noir est-il raciste, mais pas l’inverse ? » La présidente de l’Alliance démocratique Helen Zille a renchéri en dénonçant « une campagne concertée pour délégitimer et diaboliser les minorités », c’est-à-dire les Blancs. « Arrêtez de mentir, les Noirs vivant en Europe ne sont pas appelés Européens. Ils sont appelés Africains en Europe », a répondu sèchement un internaute africain.

Au pays de Mandela, le moindre tweet réveille le spectre de la guerre civile. Au fil des joutes virtuelles, le débat a clairement pris un tour historico-racial. D’aucuns évoquent l’implantation des Boers dès le xviie siècle dans la région du cap de Bonne-Espérance, ce qui les rendrait aussi africains que les Zoulous. Et l’Apartheid se rappelle au souvenir de tous lorsque certains twittos publient de vieilles photos de pancartes ségrégationnistes, « Réservé aux Européens ». Lynché par ses contradicteurs, Brian Adams a de plus vu son compte suspendu par Twitter qui l’accuse de faire l’« apologie de la haine ».

L’exécutif aurait bien pu annuler l’élection

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Invité du journal de 13 heures, le premier ministre a réaffirmé qu'aller au bureau de vote ne représentait pas de danger particulier. Image: capture d'écran TF1

Emmanuel Macron et Edouard Philippe ne l’ont pas fait, et c’est tant mieux. Analyse.


Une psychose coronavirus balbutiante en France a conduit l’exécutif à s’interroger sérieusement sur la possibilité de reporter les élections municipales prévues les 15 et 22 mars. Les élections auront bien lieu et c’est tant mieux.

Un report aurait été techniquement faisable. Une telle hypothèse n’est pas prévue par le code électoral. Pour être mise en œuvre, elle aurait nécessité un certain bricolage juridique.

Vote d’une loi en urgence

En premier lieu, une loi pouvait être votée. La loi prévoit que les élections municipales se tiennent en mars. Le législateur pouvait donc très bien, en urgence, modifier la loi pour prévoir une nouvelle date. Sous réserve des contraintes techniques imposées en la circonstance : solliciter l’avis du Conseil d’État, déposer un projet de loi et réunir les 2 chambres afin qu’elles votent…

A lire ensuite, Céline Pina: Face au COVID-19, Macron promet de ne plus être grippe-sou

Promulguer un décret

En deuxième lieu, le décret convoquant les électeurs aurait pu être modifié et prévoir un report des élections de quelques semaines et, quand bien même il aurait été à la limite de la légalité, l’invocation de circonstances exceptionnelles aurait pu constituer un fondement juridique suffisant.

Recourir à l’article 16 et aux pouvoirs exceptionnels

En troisième lieu, l’hypothèse assez surréaliste et saugrenue d’un recours par le Président de la République à l’article 16 de la Constitution pouvait aussi juridiquement tenir. Quand bien même une telle solution est réservée aux cas dans lesquels l’intégrité du territoire et l’indépendance de la nation sont menacés, ce qui n’est manifestement pas le cas, une telle décision n’est susceptible d’aucun recours. Elle pouvait donc théoriquement être mise en œuvre. Politiquement, en revanche, et compte tenu du contexte actuel, cela serait absurde et démocratiquement épouvantable.

Enfin, des reports partiels, limités aux zones les plus touchées, auraient pu être mis en œuvre localement, en application de la théorie des circonstances exceptionnelles. 

Pourtant la question des élections municipales ne saurait s’apprécier uniquement d’un point de vue strictement juridique. Au-delà d’une base juridique, un report des élections nécessite une légitimité démocratique. Il faut un consensus national. Il n’existait pas.

L’ensemble des partis politiques était hier unanime sur la nécessité de maintenir ce rendez-vous démocratique. Le Sénat, représentant des collectivités territoriales, refusait toute idée de report. Aucune enquête d’opinion réalisée auprès des Français n’est venue démontrer une volonté de report. 

L’élection sera-t-elle délégitimée ?

Si 16% des Français ont indiqué renoncer à se déplacer, on peut considérer que l’invocation d’une épidémie constitue aussi l’alibi pour certains électeurs qui, coronavirus ou non, ne seraient pas allés voter de toute façon. L’abstention sera peut-être un facteur à suivre, mais l’idée qu’elle fausse le scrutin apparaît peu probable. Rappelons qu’en 2014, 34% des électeurs avaient boudé les urnes. Il n’y avait pas d’épidémie à l’époque ni même de psychose liée aux attentats.

A lire aussi, Dominique Reynié: Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

Si la santé publique est un enjeu non négligeable, en démocratie, voter est primordial. La continuité démocratique de la nation ne saurait être bradée. Il convient en la circonstance de ne pas opposer protection de la santé publique et droit de vote, mais de les concilier. Des mesures barrières sont mises en place (gel hydroalcoolique, masques, gants) et les bureaux de vote sont aménagés pour faire face à cette situation inédite. La situation est sérieuse certes, mais aller à l’isoloir ne signifie pas aller à l’abattoir.

Relativiser le danger

Aucun scientifique n’a indiqué qu’aller voter constituerait un danger mortel. Au demeurant, se déplacer une heure dans un bureau de vote est-il plus dangereux que d’aller faire ses courses, aller au restaurant ou prendre les transports en commun, activités qui ne sont pas proscrites ?

La question du report semble avoir été tranchée par le Président de la République. À tout le moins pour le premier tour.

Il aurait été inutile d’ajouter une confusion politique qui, malgré la gravité de la situation, ne s’impose pas.

Enfin faire du handicap une priorité!

Image: Pixabay

Tribune


Il est des causes publiques qui reviennent, inexorablement et sempiternellement, tels des rochers de Sisyphe, dans le débat politique sans qu’aucun décideur ne s’en empare avec efficacité. Il y a quinze ans déjà, en 2005, le handicap, considéré jusque-là comme devant faire l’objet d’une politique d’intégration (« il revient à la personne handicapée de s’intégrer dans la société »), devenait une politique à part entière d’inclusion, avec ce changement de paradigme : c’était enfin à la société elle-même de s’adapter aux personnes par l’accès aux droits, l’accessibilité. L’objectif annoncé à l’époque – permettre à notre pays de s’adapter et d’inclure nos compatriotes en situation d’handicap en dix ans – sera profondément remis en cause par le quinquennat Hollande. Le coup de grâce viendra à cet égard en 2015 lorsque les principes généraux de la loi du 11 février 2005 seront foulés aux pieds par les contraintes budgétaires, le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, arguant du fait que les caisses sont vides tout en utilisant la manne du financement du handicap pour ses derniers arbitrages budgétaires.

Élu Président, le même Emmanuel Macron multipliera les mesures vexatoires pour les personnes handicapées : loi Elan qui réduit les logements accessibles aux handicapés, barèmes de la CAF réduisant l’Allocation Adulte Handicapé (AAH), CSG sur les pensions d’invalidité, PCH (prestation compensatoire handicapé) réduite… La première partie du quinquennat fut bien sombre pour les personnes handicapées en France (on en retrouva d’ailleurs dans les cortèges des manifestants et des gilets jaunes). Plus récemment, le gouvernement a décidé de revaloriser l’AAH et de mettre en place d’autres mesures, mais il ne fait que restaurer la situation d’avant 2015 et tenter de revenir sur la malheureuse séquence 2015-2018 ; où est la grande ambition pour la politique du handicap dont se targuent les décideurs publics ? En réalité, à l’aune des objectifs de 2005 et des difficultés pratiques rencontrées par les personnes en situation de handicap, il y aurait une politique plus cohérente à mener, soucieuse tant du bien être des handicapés que des équilibres financiers de l’État.

Le premier sujet est celui des infrastructures et du logement. Nos infrastructures de transport, souvent vétustes, ne sont pas adaptées aux personnes en situation de handicap : un grand plan d’infrastructures digne de ce nom doit comporter un effort massif en termes d’accessibilité. Dans le même cadre, la redéfinition de la politique de logement social doit donner la priorité aux personnes en situation d’handicap. On pourrait prévoir également la construction de centres d’accueil pour handicapés, au moins un par département.

Le second concerne la refondation de l’Allocation Adulte Handicapé. Elle doit être portée à 1000 euros (ce qui était l’ambition en 2005 – nous sommes à 900 euros) en liant son financement avec les obligations sur le marché du travail. Aujourd’hui la règle est celle de l’obligation faite aux entreprises de plus de 20 salariés d’avoir au moins 6% de personnes en situation d’handicap ; il faudrait porter l’obligation à un objectif ambitieux de 10% pour les entreprises de plus de 100 salariés. Tout en souhaitant que cette obligation soit remplie, son non-respect (qui entraine une contribution financière) financerait l’augmentation de l’AAH, qui ne couterait donc rien à l’État.

Le troisième volet de nos propositions pour le handicap concerne l’école et l’éducation. On rappellera l’importance de la formation des personnels : nous demandons ainsi la formation obligatoire (DEAES) des auxiliaires de vie scolaire (Accompagnant éducatif et social diplômé ESH) avant leur entrée en fonction. Par ailleurs, il faudrait motiver les enseignants accueillant des élèves handicapés dans leur classe par une prime spécifique. On citera enfin une politique culturelle (entrée dans les musées par exemple) qui devrait s’adapter aux personnes en situation de handicap (tarifs spécifiques) et des réflexions sur la retraite anticipée pour certains handicapés.

Aujourd’hui en France le handicap est considéré comme un problème alors qu’il pourrait être vu comme une richesse, une force pour l’ensemble de la société, permettant l’apprentissage de la tolérance, de la solidarité et de l’altérité.

Il y a un manque de dialogue entre le monde politique et les handicapés, qui souffrent d’incompréhension. Ce ne sont pas de vagues grands plans annoncés avec cynisme qui changeront cette perception, mais bien un effort continu de la société et des pouvoirs publics pour s’adapter.

David Gall, candidat à la mairie de Donville
Jacques Condat, Président de Liberté Accessibilité Handicap et ancien membre de European Disability Forum à Bruxelles
Sébastien Laye, Porte-Parole de Réconciliations !

L’islamisme est-il soluble dans la technocratie?

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Hakim El Karoui, président de l'AMIF, sur le point de se faire confier d'importantes responsabilités. Image: Capture d'écran Facebook

Le rôle que souhaite prendre l’association musulmane pour l’islam de France (AMIF) nourrit de légitimes craintes.


L’islam – non pas simplement « en France » mais – « de » France est décidément « en marche ».  Une nouvelle étape vient en effet d’être franchie vers sa constitution, en la forme d’une tribune, parue il y a quelques jours dans Le Monde et co-signée par les dirigeants du Conseil Français du Culte musulman (CFCM) et Hakim El Karoui, fondateur de ce qui est aujourd’hui l’incarnation de l’islam de France, l’AMIF (association musulmane pour l’islam de France).

Séparatisme ? L’entrisme, voilà l’ennemi !

La tribune CFCM-El Karoui / « islam de France » n’est que le troisième jalon posé ces dernières semaines par le président Macron vers la constitution d’un islam de France, en collaboration avec les islamistes. La première étape a été le discours d’Emmanuel Macron à Mulhouse du 18 février sur la stratégie du gouvernement contre ce que le président nomme le « séparatisme islamiste » (le chef de l’Etat s’était bien gardé de dénoncer l’entrisme qui représentait pourtant un danger plus grand encore que le séparatisme, on comprend maintenant pourquoi), annonçant que l’Etat avait notamment demandé au CFCM de formuler des propositions dans cet objectif. Le deuxième jalon a été posé avec les déclarations du ministre de l’intérieur Christophe Castaner le lendemain sur France Inter annonçant qu’Hakim El Karoui devait « faire partie des acteurs » impliqué dans le projet de lutte contre le séparatisme islamiste présenté par Emmanuel Macron à Mulhouse, et que le ministère de l’intérieur avait fait en sorte qu’il se rapproche du CFCM à cette fin. Voici enfin la troisième étape, l’annonce de la création d’une nouvelle structure par Hakim « islam de France » el Karoui et les dirigeants du CFCM.

Pour Hakim El Karoui, le vrai danger, le seul, c’est le salafisme, et avec lui l’influence financière des pays du Golfe et de l’Arabie Saoudite…

La tribune n’est pas toujours d’une grande clarté. Mais il y a quelques éléments à en retenir.

D’abord sur le principe même de l’implication d’Hakim El Karoui et les conséquences qu’il convient d’en tirer. Auteur de deux rapports pour l’institut Montaigne, en 2016 et 2018, ainsi que de l’islam, une religion française (Le Débat Gallimard, 2018), Hakim el Karoui, normalien, ancien directeur de la banque Rothschild ayant occupé plusieurs fonctions de conseiller au niveau politique, est conscient du fait que les Frères musulmans sont, au même titre que les salafistes, des fondamentalistes. Il reconnaît même leur volonté d’être influents sur les musulmans comme sur le pouvoir politique et sait que leur « discours de modération » a pour but de les positionner comme interlocuteur incontournable. Nonobstant, el Karoui minimise la portée de leur projet « tamkine » de conquête de l’Europe. Estimant qu’il s’agit « plus d’un vœux pieu que d’un complot », il leur fait même la courte échelle : son AMIF regroupe en effet un nombre certain de personnalités qui se retrouvent dans l’infographie très complète élaborée par le collectif de militants laïques « Lieux Communs » de ce qu’ils ont appelé « la galaxie des Frères musulmans en France ». Ainsi notamment de Tareq Oubrou, Mohamed Bajrafil, Azzedine Gaci, Abdelghani Benali, Farid Abdelkrim, Abdelhaq Nabaoui. Pour Hakim El Karoui, le vrai danger, le seul, c’est le salafisme, et avec lui l’influence financière des pays du Golfe et de l’Arabie Saoudite notamment. Tout cela est vrai mais n’enlève rien au péril que représentent les Frères musulmans, leur entrisme, leur discours « pour le moment » républicain, application parfaite de la « charia de minorité » de Youssef Al Qaradawi, leur autorité théologique suprême.

Emmanuel Macron pourrait se brûler les doigts

Que l’État donne aux Frères les moyens de structurer les Français musulmans dans le but d’avoir un interlocuteur politique (mais aussi dans l’espoir d’obtenir un vote musulman bloqué en sa faveur) laisse pantois. Comment Emmanuel Macron peut-il croire qu’il est en position de négocier un accord de long terme avec une Confrérie des Frères musulmans gigantesque, très influente, extrêmement riche, et toute entière construite sur la haine du modèle culturel occidental en général et français en particulier ? Comment ce président qui affirme lutter contre le séparatisme, peut-il le parachever dans l’espoir de le mettre à son service ? Emmanuel Macron ne voit-il pas qu’il a en réalité enclenché une infernale mécanique victimaire et revendicative ?

Chaque fois qu’un musulman voudra aller à la Mecque, manger hallal, ouvrir une salle de prière ou faire quoi que ce soit en relation avec son culte, il sera renvoyé vers cette nouvelle structure…

Deuxième enseignement : le fait que le Marocain Mohamed Moussaoui ait succédé au Turc Ahmet Ogras à tête du CFCM, montre que le gouvernement français – quoiqu’en dise Emmanuel Macron à Mulhouse quand il vilipende les financements étrangers – n’entend pas sortir totalement le vieil islam consulaire de la partie. La tribune CFCM-Hakim El Karoui suggère ainsi que les seuls financements étrangers problématiques, à « interdire », sont ceux « provenant de personnes ou d’Etats qui s’inscrivent en dehors des accords traditionnels et historiques avec les pays dont le lien sociologique avec la France est avéré et ancien ». Cette phrase un peu alambiquée peut signifier que les financements maghrébins demeureraient licites, alors que ceux des théocraties du golfe ou de la Turquie ne le seraient plus.

Concernant les financements dont bénéficiera la nouvelle structure, la tribune évoque des dons et legs mais également des taxes qui seront levées sur le halal et le hadj (pèlerinage à la Mecque), taxes qui requerront une absolution légale. Apparaît ici une collaboration avec l’Etat qui va dans le droit fil de ce qu’a annoncé Emmanuel Macron à Mulhouse : le principe de laïcité interdisant à l’Etat de s’occuper lui-même de la formation des imams, de la gestion du culte musulman et tout ce qui va avec la communautarisation globale des musulmans, l’Etat va donc en charger le CFCM. Chaque fois qu’un musulman voudra aller à la Mecque, manger hallal, ouvrir une salle de prière ou faire quoi que ce soit en relation avec son culte, il sera renvoyé vers cette nouvelle structure – gérée par le CFCM, ses fédérations pour beaucoup islamistes, ainsi que l’AMIF et ses amis proches des Frères musulmans – dont l’Etat s’assurera qu’elle dispose des financements ad hoc.

Une démarche au mieux inopérante

La composition de la structure nouvellement créée reste cependant assez floue et laisse perplexe. Le CFCM et les diverses fédérations musulmanes qui le composent (au sein desquels se retrouvent des entités islamistes telles que les Frères musulmans à travers l’UOIF, les Frères turcs représentés par le Milli Görüs et le Tabligh) ne disposeront – ô surprise – que d’un tiers des sièges, ce qui les prive de tout pouvoir de décision. Des « personnalités indépendantes » (qui ? d’où viennent-elles ? Indépendantes par rapport à quoi ou qui ?) seront majoritaires au conseil d’administration. Comment cette nouvelle usine à gaz pourra-t-elle fonctionner ? On peine à imaginer que tout ce beau monde, fondamentalistes compris, participera au « travail culturel et théologique », dans un objectif de « lutte contre l’extrémisme et la violence commise au nom de l’islam » comme les signataires de la tribune s’y engagent.

La réalité est que le gouvernement ne veut pas comprendre qu’il est aux prises avec des logiques totalitaires et que ses finasseries politiciennes ne pèseront pas sur les stratégies islamistes en cours ni ne les enrayeront. Au mieux, elles seront inopérantes, au pire, elles accélèreront le séparatisme islamiste. Comme l’a indiqué le professeur Bernard Rougier, auteur de Les territoires conquis de l’islamisme (PUF, 2020) lors de son audition par la commission « combattre la radicalisation islamiste du Sénat » le 17 décembre 2019, tous les fondamentalismes musulmans « se retrouvent quand il s’agit de se définir par rapport et en opposition à la société française. (…) Une dialectique s’instaure entre ces groupes : on s’aperçoit que le Tabligh prépare souvent le terrain au salafisme, notamment pour ceux qui sont en quête d’une « science » plus forte et plus convaincante, qui donnerait plus de place aux textes – les hadith – et moins aux personnalités – les cheikhs. Quand le Tabligh est présent dans une mosquée, il y a de très fortes chances pour que, quelques mois ou années plus tard, les salafistes aient pris leur place. C’est presque mécanique. »

La seule question qui mérite d’être posée est la suivante : jusqu’où est-il déjà trop tard ?

La présence embarrassante d’Abd al Malik à l’hommage aux victimes du terrorisme

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Emmanuel Macron à Paris le 11 mars 2020, Première journée d'hommage aux victimes du terrorisme © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00949459_000058

Le rappeur était invité de la première journée d’hommage aux victimes du terrorisme. Dans son édito, le directeur de Charlie Hebdo Riss s’en offusque.


La nouvelle devise de Macron : liberté, égalité, diversité…

C’est pourquoi il a choisi Abd al Malik pour prendre la parole lors de la journée d’hommage aux victimes du terrorisme.

Place du Trocadéro, Emmanuel Macron a fait un beau discours. Rien n’y manquait. Ils ont voulu nous faire peur et nous n’avons pas eu peur… ils ont voulu nous diviser et nous sommes plus unis que jamais… Mais, pour l’avoir écouté, il ne nous semble pas qu’il ait dit, qui étaient ces « ils »…

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On sait que le président de la République est adepte du « en même temps ». Et donc en même temps qu’il dénonçait le terrorisme, il a envoyé un message d’amitié à tous ceux qui pourraient se sentir visés par un amalgame assez logique.

Le rappeur Abd al Malik, le 11 mars 2020, au Trocadéro. Image: capture d'écran YouTube
Le rappeur Abd al Malik, le 11 mars 2020, au Trocadéro. Image: capture d’écran YouTube

Dans ce but il a demandé à Abd al Malik de prendre la parole à ses côtés. Abd al Malik est rappeur et écrivain. Il y a de cela quelques années il s’est converti à l’Islam. Régis Fayette-Mikano est alors devenu Abd al Malik. En même temps (continuant sur cette lancée) qu’il chante il écrit. Voici deux titres, parmi les plus intéressants de ses ouvrages : Qu’Allah bénisse la France et Les musulmans au secours de la République !

Riss étonné

Question bénédiction, il est évident qu’Allah avait la tête ailleurs si l’on juge par les attentats commis en son nom en France. Quant à la République, elle attend toujours les bataillons de musulmans supposés se mobiliser pour la sauver. Et comme sœur Anne, elle ne voit rien venir.

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Riss, le patron de Charlie Hebdo, a trouvé très singulier la présence d’Abd al Malik à la cérémonie. Les dessinateurs assassinés de son journal n’avaient pas été bénis par Allah. Et les frères Kouachi, musulmans, ne sont pas venus à leur secours.

Riss fait également remarquer que s’agissant de la tuerie perpétrée dans son journal, Abd al Malik, pétri de bons sentiments, a déclaré qu’il était un fervent partisan de la liberté d’expression. Mais qu’en même temps (difficile d’y échapper) les caricatures de Charlie Hebdo avaient nourri « l’islamophobie et la haine contre les musulmans »…

Une autre phrase du très complexe rappeur écrivain est à relever tellement elle est limpide. « La liberté d’expression est nécessaire. Mais il y a ceux qui l’exercent et ceux qui la subissent » ! Subir est en effet une douloureuse souffrance. Les frères Kouachi ont beaucoup subi…

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Islamophobie: Intoxication idéologique

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Au Bal des débutants politiques, joue-la comme Dhorasoo!

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© Causeur

« Je suis très choqué par le fait qu’il n’y a pas une seule tête de liste noire au sein de Paris en Commun » affirme Vikash Dhorasoo pour dénigrer sa rivale Anne Hidalgo. Plus délirant que la maire sortante, c’est donc possible ! Écriture inclusive, racialisme et soutiens gauchistes : la candidature du footballeur dans le 18e arrondisseement est une impressionnante caricature.


Après avoir compulsé l’Assimil de la novlangue politicarde et « inclusive », Vikash Dhorasoo s’est donc lancé dans l’action politique et brigue un mandat dans le 18ème arrondissement de Paris.

« Ils et elles sont artistes, intellectuel.le.s, chef.fe.s d’entreprise, sportif.ve.s, élu.e.s, militant.e.s… Pour eux (Carton jaune ! cher Vikash, il fallait écrire : pour elles et pour eux), Paris c’est le mélange des cultures, pas vraiment celui d’une carte postale », a gazouillé le 8 mars l’ancien footballeur à propos d’une lettre de soutien parue dans le JDD du 7 mars.

Commençons par étudier le nom de la liste de Dhorasoo : « Décidons Paris ! ». Impératif étrange qui laisse pour le moins perplexe. Magnanimes, nous supputons une erreur au moment de l’impression des tracts et affiches : Vikash Dhorasoo, possible grand connaisseur de la mythologie grecque, voulait peut-être que soit écrit « Décidons Pâris ! », du nom du prince royal qui enleva Hélène et déclencha la guerre de Troie ? Allusion subtile à la volonté d’éviter une possible guerre politique à Paris ? Nul ne sait. Et nul ne saura sans doute jamais. Avec la perte de son accent circonflexe, ce Jugement de Paris ne nous dit plus rien.

Le candidat des « racisés »

Vikash Dhorasoo est bien décidé à ratisser large, c’est-à-dire racisé, métissé, inclusif, écologiste, féministe, et tout et tout…

Racisé, oui, et avec le moins de blancs possible. Cela semble être une obsession chez cet homme à la pensée aussi ébouriffée que la coiffure. Lors du dernier G7 à Biarritz, il sifflote : « Salut les hommes blancs du G7 ! J’imagine que vous discutez de croissance… », en oubliant que parmi les « hommes blancs » il y a… Angela Merkel !

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Plus tard, devançant les comptes ethniques d’Aïssa Maïga lors de la dernière cérémonie des César, il déclare (Le Point du 11 nov. 2019) : « Je veux défendre les classes populaires, les chômeurs, les exclus et la diversité. Je suis très choqué par le fait qu’il n’y a pas une seule tête de liste noire au sein de Paris en Commun » (liste d’Anne Hidalgo).

Inclusif, soit, mais pas entièrement, car si l’écriture morse dite « inclusive » l’agrée, les symboles de la France le font frémir d’horreur : « Ces symboles-là ne me conviennent pas, le drapeau, la Marseillaise ça ne me convient pas. C’est encore stigmatiser et dire vous ne connaissez pas la Marseillaise donc vous n’êtes pas français » lâche-t-il à Léa Salamé sur le plateau d’ONPC le lendemain des attentats de novembre 2015. « On doit être ensemble, français ou pas français » (sic), finira-t-il par trancher pataphysiquement.

Simmonet connait la musique

Au journal La Croix (23 nov. 2019) il dévoile son intérêt pour « tout ce qui est écologie, antiracisme, féminisme, social », et prouve qu’il est possible de se ridiculiser, simplement, d’une phrase creuse et rabâchée, avec les meilleures intentions du monde. Il n’est pas le seul. Mais Dhorasoo y met une hargne toute particulière, celle des bizutés du Bal des débutants politiques. Il faut dire que sa cavalière et colistière, Danielle Simonnet (LFI), est un professeur de danse qui a fait ses preuves : ex-étudiante de Nanterre, ex-syndicaliste de l’Unef, ex-socialiste, actuelle conseillère de Paris donnant des « conférences gesticulées » aux titres prometteurs – Uber, les salauds et mes ovaires (c’est du brutal !) – initiatrice du remplacement des mentions père et mère par celles de parent 1 et parent 2 pour les formulaires de demandes d’actes d’état civil, Madame Simonnet maîtrise toutes les figures et arabesques des valses et autres javas politiques.

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Tout était par conséquent réuni pour que la liste « Décidons Paris ! » reçoive le soutien des plus éminents représentants politiques, écologiques, antiracistes et féministes de la capitale. Ces derniers désirent un « mélange des cultures » et un « Paris métissé ». Ils rêvent de « voir les parisien.ne.s se balader, tranquilles, faire des pique-niques en famille ou entre potes, jouer ensemble, passer du temps à prendre soin d’eux. »

Quels sont les signataires de cette tribune mollassonne qui promet un avenir radieux aux Parisiens qui voteront pour Vikash Dhorasoo ? Virginie Despentes, admiratrice des frères Kouachi, misandre affirmée, écrivain sans autre style que celui de la vulgarité et de la langue défaite par l’abus de tout sauf de l’intelligence ; Rokhaya Diallo, proche des « indigénistes » et des « décoloniaux racisés », persuadée que le pansement blanc est raciste et que le cheveu crépu est stigmatisé ; Joey Starr, artiste qui s’est vu condamner à de multiples reprises pour violences sur ses ex-compagnes et que Virginie Despentes, si prompte pourtant à dénoncer les violences masculines, apprécie énormément ; Juan Branco, vidéaste amateur, avocat amateur, révolutionnaire amateur; Laurence De Cock, agrégée d’Histoire, pour les ateliers non-mixtes du syndicat Sud Éducation mais contre une France aux « racines gauloises et occidentales » (Médiapart juin 2014). Suit une palanquée de signataires professionnels de LFI, François Ruffin, Alexis Corbière, Raquel Garrido, Danièle Obono…

« C’est le moment de se faire la passe ! » piaille à l’instant l’ancien footballeur sur son compte Twitter. Gageons qu’avec de tels soutiens, cette équipe de choc passera difficilement les poules qualificatives. Mais bon, nous ne sommes pas Cassandre…

«L’égalité filles-garçons», cheval de Troie de la théorie du genre?

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Judith Butler, 2012. Sipa. Numéro de reportage : AP21294249_000001

Anne-Sophie Nogaret s’infiltre dans une curieuse formation. Sous couvert de lutte contre les « inégalités », on en arrive à passer les textes des grands philosophes à la moulinette féministe.


Les 3 et 4 février 2020, un stage intitulé « Les inégalités femmes-hommes » destiné aux professeurs de philosophie se déroulait à Paris. La loi ignorant la sexuation, on comprend d’emblée que ces inégalités (dont il est sous-entendu qu’elles ne s’exercent qu’au détriment des femmes) sont l’expression larvée et protéiforme d’une domination masculine qui ne dit pas son nom.

On ne peut plus se contenter de passer les textes au scanner du genre : pour que l’esprit philosophique vienne aux femmes et que cesse enfin leur souffrance, il faut promouvoir un corpus adapté à leur sensibilité

Aristote, ce philosophe masculiniste bien connu

« Comment sensibiliser les élèves aux questions de genre ? » La formatrice, Audrey Benoît, annonce la couleur aux 25 professeurs de philosophie inscrits, sans autre précaution oratoire. Avant d’enfoncer le clou : comment initier les lycéens aux thèses de Judith Butler alors que celle-ci ne fait pas partie des auteurs au programme de philosophie ? Si l’on se place du point de vue féministe, qui tend à confondre égalité et parité, l’histoire de la philosophie, qui ne reconnaît du bout des lèvres que quelques femmes, est effectivement inégalitaire. Cette relative absence des femmes philosophes ne pouvant s’expliquer par une faible appétence (ou pire encore, une moindre capacité !) pour l’abstraction, Aurélie Knüfer, une autre formatrice, en conclut que « la manière dont les philosophes parlent des femmes a conduit à une exclusion de celles-ci hors du champ de la philosophie ». En somme, le problème vient du sexisme des philosophes, un secret bien gardé pour d’évidentes raisons de solidarité entre mâles dominants et souhaitant le rester. Ainsi, poursuit la jeune femme, agrégée et maître de conférences, personne n’a jamais osé relever que la distinction opérée par Aristote entre forme et matière était odieusement sexiste…

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Jusque-là, rien que de très banal : depuis des décennies, la misogynie et le patriarcat sont systématiquement invoqués pour expliquer la faible proportion de femmes artistes, scientifiques, politiques, chefs d’entreprise, etc. Comme le progrès ne saurait être un vain mot, il faut aller plus loin, ce à quoi s’emploie Aurélie Knüfer. Les philosophes, dit-elle, tiennent des « discours de haine » envers les femmes, ils les « injurient ». « Traumatisées » par la philosophie et son histoire sexiste, les femmes n’ont aucune envie de réitérer le trauma en lisant Kant ou Hegel, ni même des critiques féministes de ces auteurs. On ne peut plus se contenter de passer les textes au scanner du genre : pour que l’esprit philosophique vienne aux femmes et que cesse enfin leur souffrance, il faut promouvoir un corpus adapté à leur sensibilité. Ainsi annonce-t-elle sans faiblir la prochaine étape : la réforme du canon philosophique, qu’il faut « relire et réécrire ». Le narrativisme, telle est la solution !

Les femmes prennent leur revanche

Grands textes philosophiques passés à la moulinette féministe, mise en avant de philosophes femmes exhumées des oubliettes, décentration du logos rationnel au profit de la sensibilité émotionnelle, la réécriture du canon prôné par la Canadienne Lisa Shapiro arrive ainsi en France, par le biais des stages de formation recommandés par les inspecteurs de philosophie et agréés par les rectorats – courroies de transmission du ministère.

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Pour aggraver l’affaire, cette idéologie qui voit tout à l’aune de la domination se conjugue naturellement avec le discours d’autres dominés réclamant eux aussi leur part de revanche et de « narratifs » correctifs. Autrement dit, le discours du genre et celui de la race vont de pair. « L’histoire de la philosophie est une bibliothèque coloniale », confirme Aurélie Knüfer, citant V.-Y. Mudimbe : « La femme comme le Noir est constitué comme l’Autre de la philosophie, de la raison et de l’action », conclut la jeune femme, qui organise à l’université de Montpellier un séminaire intitulé « Pour une histoire féministe et décoloniale de la philosophie ». Non contents d’être sexistes, les philosophies sont racistes.

Cette alliance des dominés explique sans doute que le cas de Mila n’ait pas été évoqué une seule fois lors de cette journée philosophique et féministe. Lorsque les islamistes entrent en jeu, il n’y a plus de « genre » qui tienne face à la « race », même pour les plus féministes de nos femmes savantes.

Du Mammouth au Titanic: La déséducation nationale

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L’emploi du mot race n’est plus tabou en France

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Journaliste et essayiste, Géraldine Smith est l'auteur de "Vu en Amérique" (2018) et "Rue Jean-Pierre Timbaud" (2016). © Hannah Assouline

L’essayiste franco-américaine Géraldine Smith analyse l’américanisation progressive de nos mœurs et modes de vie. Venus des campus américains, culture de la dénonciation, néoféminisme inquisitorial et règne des minorités fondent sur une France fracturée.


Causeur. Depuis 1945, la culture américaine influence grandement l’Europe et le monde, du hamburger aux films d’Hollywood en passant par la contre-culture contestataire née pendant la guerre du Vietnam. Notre pays vit-il toujours à l’heure américaine ?

Géraldine Smith. Plus que jamais. Et ce, sous l’effet de deux phénomènes qui se conjuguent. D’abord, le soft power américain ne s’est pas démenti depuis 1945 : Hollywood, Amazon, Google, Netflix, le rap, le basket et les « influenceuses » mode ou beauté des réseaux sociaux en sont aujourd’hui les vecteurs. Les jeunes Français se promènent en maillots de la NBA et apprennent l’anglais en regardant Narcos. Ils suivent les régimes keto et paléo des stars californiennes. Bref, on continue à copier une Amérique puissante, innovante, parfois excentrique et souvent en avance.

Ensuite, la France ressemble aujourd’hui de plus en plus à l’Amérique parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Par exemple, le temps quotidien passé à faire la cuisine ne cesse de diminuer dans l’Hexagone – il est d’environ 50 minutes par jour, tous repas confondus. Uber Eats livre des tacos, burgers et pizzas à la moitié de la population française. Même si les Français ne rêvent sans doute pas de devenir aussi gros que les Américains (dont 40 % des adultes sont obèses), les horaires de travail désynchronisés et l’explosion des activités extrascolaires compliquent l’organisation des repas. Les cuisines sont de plus en plus petites en raison du prix des loyers. La multiplication des restrictions alimentaires – lactose, gluten, viande rouge… – rend suspect tout ce qui ne ressemble pas à un brocoli. Enfin, les écrans détrônent les fourneaux. Exactement comme aux États-Unis, où les émissions de cuisine genre « Top chef », que l’on regarde en mangeant une pizza livrée, font un carton.

Certes, mais ce rapprochement des modes de vie n’induit pas forcément une convergence anthropologique. Lorsque l’affaire Griveaux a éclaté, beaucoup ont dénoncé l’irruption du puritanisme américain dans la vie politique française. Leur donnez-vous raison ?

Non. L’affaire Griveaux, ce n’est pas le puritanisme religieux américain qui gagne la France puisque la classe politique a été quasiment unanime à le défendre plutôt qu’à l’enfoncer. Et personne ne lui a encore demandé de faire repentance ou d’aller se faire soigner dans un centre pour addictions sexuelles, comme cela aurait probablement été le cas en Amérique.

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En revanche, on assiste là aux prémices françaises d’une nouvelle quête de pureté qui fait fi du respect de la vie privée, de la présomption d’innocence, du débat contradictoire et de la liberté d’expression. Raciste, homophobe, sexiste, machiste : les accusations pleuvent au moindre écart de langage ou de comportement. Dans cette vision manichéenne, rien ne doit entraver le triomphe d’une justice réparatrice, surtout à l’égard des « victimes » de l’Histoire que sont les femmes, les Noirs, les minorités sexuelles ou les immigrés. Bien sûr, on peut se demander qui confère ce statut de victime, et la supériorité morale qui va avec, de quel droit et pour quelle durée. Toujours est-il que ce zèle justicier a fait sortir de sa réserve l’ancien président Obama. En octobre dernier, il s’en est pris à cette culture de dénonciation – call-out culture – et à la surenchère sur les réseaux sociaux et campus universitaires à laquelle se livrent les « éveillés » – woke – autoproclamés. Obama a eu des mots très durs : « Ce n’est pas comme ça qu’on change le monde. Si tout ce que vous faites, c’est jeter des pierres, vous n’irez pas très loin. » Évidemment, cette critique s’inscrit dans la campagne électorale en vue de la présidentielle, en novembre. Obama craint que le Parti démocrate perde de nouveau parce que les inquisiteurs moraux auront poussé l’Amérique profonde et une partie de la classe moyenne dans les bras de Trump.

Trump fait figure de chien lâché dans le jeu de quilles du politiquement correct. Prenons l’exemple du consentement aux relations sexuelles, devenu une notion clé depuis #metoo. Aux États-Unis, le consentement est une notion qui varie selon les États. De sorte que, l’accord mutuel initial des partenaires est susceptible d’être mis en doute. Dans cette situation d’insécurité juridique permanente, le mâle est-il présumé coupable de harcèlement et de violence sexuelle ?

La qualification juridique peut en effet différer d’un État à l’autre. Il s’y ajoute que les campus universitaires ont leurs propres règles – le doute y bénéficie systématiquement à la victime présumée – et les appliquent sans recours judiciaire. Même en l’absence de preuves, un présumé coupable peut donc être expulsé de l’université sans autre forme de procès. Cela dit, par rapport à l’obligation élémentaire de s’assurer du consentement de son partenaire sexuel, je ne suis pas sûre que l’arbitraire d’aujourd’hui soit pire que l’arbitraire d’hier, qui était trop souvent favorable aux agresseurs.

Cependant, les Américains sont peut-être passés d’un extrême à l’autre au nom de la défense des minorités. Par exemple, en 2016, une « guerre des toilettes » a fait rage en Caroline du Nord, où des militants transgenres contestaient « l’assignation des toilettes en fonction du sexe assigné à la naissance » tandis qu’une partie des féministes s’est opposée à l’intrusion d’hommes se sentant femmes dans les lieux d’aisance féminins. La quête d’« espaces sûrs » (safe spaces) de la part des féministes, transgenres ou militants antiracistes manifeste-t-elle avant tout une peur de l’altérité ?

La recherche de refuges – des « espaces sûrs » – traduit en même temps qu’elle accroît l’anxiété qui ronge la société américaine. Un Américain sur cinq souffre officiellement de troubles anxieux, contre 10 % en France – où cela s’aggrave cependant ! Plus l’on reste entre soi, moins l’on connaît les autres et plus on s’en méfie, c’est un cercle vicieux. Et de toute façon, qu’est-ce qu’un espace sûr ? Tout le monde crie « pouce » comme si le monde alentour était une jungle où l’on risquait sa vie. Ce point de départ est en soi anxiogène ! Ce qui est sûr pour moi ne le sera pas forcément pour vous. C’est donc une notion subjective qui repose sur le « ressenti » de chacun. Or, à partir de là, tout s’emballe, comme dans la guerre des toilettes. Au nom de quel risque faudrait-il faire le tri entre des « vrais » femmes et hommes, si tous finissent de toute façon seuls à l’intérieur d’une cabine ? On voit bien, ici, que ce n’est pas le danger qui est à l’origine de la peur, mais la peur qui se fixe sur l’Autre comme source de danger.

Cette dynamique centrifuge est-elle inhérente à la société américaine ?

Non. L’Amérique a longtemps fonctionné comme un melting pot. Trump a-t-il raison de penser que ce n’est plus le cas, que le melting pot ne se fait plus parce que, depuis 1964, l’origine des immigrés a changé ? Avant, neuf sur dix venaient de l’Europe ; depuis, c’est l’inverse. Je n’en suis pas sûre. Mais je constate avec inquiétude que la réalité et la perception divorcent souvent, et pas seulement chez les Blancs hostiles à l’immigration en provenance des pays pauvres. Depuis que leurs droits civiques (civils rights) ont été reconnus aux Noirs américains, également en 1964, des progrès très importants ont été accomplis pour combler le fossé entre Noirs et Blancs. Cependant, le sentiment prévaut parmi eux que leur situation est pire que jamais. En 2001, 70 % des Noirs et 62 % des Blancs américains pensaient que leurs relations étaient plutôt bonnes, voire très bonnes. En 2016, un an avant l’élection de Trump, ils n’étaient plus que 49 % des Noirs et 55 % des Blancs à le penser. Depuis, Trump n’a rien arrangé… Je comprends d’autant moins que de nombreux Français, et pas seulement chez les Indigènes de la République, soient fascinés par le modèle américain, en dépit de son échec.

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En somme la société multiculturelle américaine est menacée, comme la société républicaine française, par l’archipellisation, voire le tribalisme ?

La conception américaine de l’antiracisme se répand dans nos universités et lieux de savoir, où l’on se délecte de vocabulaire importé : « blackface », « appropriation culturelle », « suprématie blanche »… Partout, l’entre-soi progresse au détriment de l’ouverture. Partout, on semble se sentir mieux dans la compagnie de ceux qui vous ressemblent physiquement ou qui pensent comme vous – l’un étant d’ailleurs souvent supposé garantir l’autre. En plus des alvéoles identitaires que sont souvent les réseaux sociaux, la multiplication des chaînes de télévision a décuplé les cavernes postplatoniciennes – à chacun la sienne.

Une dernière frontière identitaire semble encore séparer la France des États-Unis : la race. Dans la société américaine, déclarer son appartenance raciale est monnaie courante alors que le simple mot « race » demeure tabou en France. Malgré les progrès dans l’Hexagone de l’idéologie « décoloniale » et indigéniste, notre pays reste-t-il plus attaché aux marqueurs et clivages sociaux qu’aux problématiques ethniques ?

Je ne suis pas d’accord. L’emploi du mot race n’est plus tabou en France même si, comme dans votre question, l’adjectif « ethnique » sert de feuille de vigne. Quand j’étais jeune journaliste, en 1990, nos rédacteurs en chef proscrivaient qu’on utilise les mots « Blancs » ou « Noirs » pour qualifier une personne. C’était considéré comme raciste. D’où les contorsions, les périphrases et, finalement, le recours au « black ». Aujourd’hui, il est devenu banal de parler « des Blancs » ou « des Noirs ». Quant à l’usage du terme « race », il est employé avec enthousiasme par les partisans du nouvel antiracisme – exactement comme aux États-Unis ! Ici et là, l’argument est le même : « oui, bien sûr, la race n’a aucune valeur scientifique mais, au nom du combat contre le racisme, il faut bien reconnaître sa réalité. » Pour finir aussi raciste que le raciste ? Sur ce terrain, on observe une sorte de chassé-croisé entre les États-Unis et la France : en France, où l’on a longtemps expliqué les inégalités exclusivement à travers le prisme socio-économique, la couleur de peau gagne en importance dans le débat public. En Amérique, depuis toujours obsédée par la race, on découvre l’importance des inégalités socio-économiques. Le succès de Bernie Sanders en témoigne.

Vu en Amérique... Bientôt en France

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Erdogan, sultan aux pieds d’argile

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Le président turc Erdogan s'adresse aux membres de son parti (AKP), Ankara, mars 2020. Auteurs : Burhan Ozbilici/AP/SIPA. Numéro de reportage : AP22437347_000002

 


Le président turc Erdogan lâche des réfugiés syriens sur les îles grecques pour pousser les Européens à le soutenir dans sa lutte contre l’armée syrienne à Idleb. Cette nouvelle crise des migrants va laisser des traces durables, notamment pour la Grèce qui doit gérer seule une crise migratoire sans l’appui des autres pays européens. Certes, Athènes en a l’habitude mais la solidarité européenne révèle ses limites. S’il fallait encore le démontrer, la diplomatie bruxelloise est une coquille vide incapable de peser sur Ankara.


Recep Tayyip Erdogan joue gros. Très gros. Il est loin le temps où le frère Erdogan, enfant des quartiers pauvres de Kasimpasa, régnait sur une nation en plein expansion économique avoisinant les 10% de croissance économique dans les années 2000. Loin aussi le temps où il régnait sur un parti tout-puissant dont l’islamisme se mâtinait de libéralisme économique, faisant de l’AKP un UDF ottoman aux yeux de certains observateurs. Puis le retour de quelques foulards dans les universités avait progressivement effrité cette image modérée.

Frustration ottomane

Aujourd’hui, la donne a littéralement changé. L’AKP a perdu les élections dans les deux plus grandes villes turques, Ankara et Istanbul. Plusieurs piliers du mouvement comme l’ancien président de la République Abdullah Gül ont quitté l’AKP pour créer de nouvelles formations. Et la situation économique de plus en plus grave menace son bilan.

L’AKP et la Turquie ont besoin d’un nouveau souffle. Erdogan joue la carte d’une politique étrangère agressive car il se sait en perte de vitesse à l’intérieur de l’Anatolie. On compense la récession comme on peut. En l’occurrence, le président turc se rêve à la fois en héraut d’un monde sunnite en manque de leader charismatique et en nouveau sultan ottoman. La nostalgie de l’Empire ottoman est très forte et dessine aujourd’hui la diplomatie turque. Les îles grecques, anciennes Dodécanèse, la Cyrénaïque, le Fezzan ou le pays de Cham sont effet de terres ottomanes perdues entre 1912 et 1920. Et aujourd’hui, cette frustration ressort.

Sur le front syrien, les radars médiatiques sont tournés vers Idleb. Les Turcs y appuient militairement une Armée syrienne libre noyautée par les anciens membres d’Al-Qaïda et autres groupuscules islamistes contre les troupes de Bachar Al-Assad soutenu au sol par les Iraniens, et dans les airs par les Russes.

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Ankara intervient également en Libye. La presse française semble avoir oublié que ce pays est toujours en guerre. Que des migrants venus d’Afrique subsaharienne tentent toujours de rejoindre Lampedusa. Que le Sahara libyen abrite de plus en plus d’islamistes près à en découdre après le fiasco levantin.

Opération Libye 

Or, les députés turcs ont voté le 2 janvier une motion permettant au président Recep Tayyip Erdogan d’envoyer des troupes en Libye pour soutenir le gouvernement d’union nationale de Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU mais menacé par une offensive du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, soutenu notamment par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Russie et l’Égypte. Officiellement, la Turquie intervient dans la région à la demande de Tripoli pour contrer le renfort de mercenaires russes soutenant les troupes d’Haftar. Le soutien militaire turc au gouvernement de Fayez al-Sarraj intervient après la signature, le 27 novembre dernier, d’un accord controversé entre Ankara et Tripoli qui prévoit une coopération renforcée en matière de sécurité entre les deux parties et la démarcation des frontières maritimes entre elles. Lors d’une session parlementaire extraordinaire, 325 députés turcs ont voté pour et 184 contre un texte qui donne à l’armée un mandat pour intervenir en Libye, valable pendant un an. Les principaux partis d’opposition se sont opposés au texte. A leurs yeux, une intervention en Libye pourrait déstabiliser la région et entraîner la Turquie dans une guerre coûteuse. Et l’opinion publique est de plus en plus soucieuse de la mort de ces soldats à l’étranger. Fini, le temps où l’opinion appuyait toute intervention au-delà des frontières, notamment pour combattre les Kurdes.

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Mais il n’est plus question de reculer. L’entraide turco-tripolitaine s’inscrit dans le cadre de la présence croissante d’Ankara en mer Méditerranée. La Turquie tente de contester l’influence de Moscou dans toute la région comme elle l’a fait en Syrie. Se dessine ainsi un affrontement clair entre une Russie soucieuse de défendre des régimes autoritaires et anti-islamistes et une Turquie soutien de partis islamistes sous paravent démocratique.

Ankara vs. Moscou

Démocrate-islamiste contre autoritarisme « laïc » ? Le prisme philosophico-théologique est bien entendu insuffisant. La Turquie a également une dent contre Le Caire, autre soutien d’Haftar. Les relations entre l’Égypte et Ankara sont très tendues depuis que l’armée a renversé le président islamiste Mohamed Morsi en 2013. Les raisons sont toujours plus profondes et le pétrole reste le nerf de la guerre. Il faut savoir que le Libye est le théâtre d’une course aux forages d’hydrocarbures avec la découverte d’importants gisements ces dernières années. En raison de l’accord maritime conclu en novembre 2019, qui étend considérablement son plateau continental, la Turquie a plus que jamais besoin du gouvernement libyen d’al-Sarraj pour faire valoir ses revendications en Méditerranée orientale face à la Grèce, Chypre et l’Egypte.

Mais Ankara tente également de contrer l’accord « Eastmed » entre la Grèce, Chypre et Israël. Ce pacte sert à sécuriser sur 1870 kilomètres l’approvisionnement énergétique de l’Europe face aux tentatives turques de contrôle de la Méditerranée orientale.

Après avoir accumulé les impairs au Proche-Orient, les Occidentaux ne semblent pas davantage comprendre la politique turque en mare nostrum.

Dekra rentre dans le rang

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© D.R.

La multinationale du contrôle auto fait son mea culpa six ans après un scandale sexiste dans une publicité.


À Tarnos (Landes), un scandale déclenché en 2014 par l’antenne locale de Dekra, le roi du contrôle technique automobile, vient de trouver une fin édifiante. À l’époque, une série de publicités un poil provocantes montrait des hommes et des femmes nus sur lesquels avaient été apposées des mentions « OK » aux endroits stratégiques. Le tout assorti du slogan « Rien ne nous échappe, on contrôle tout ». Les âmes sensibles du clergé féministe gascon et basque s’étaient alors indignées, l’adjointe écolo au maire de Bayonne Martine Bisauta y allant même de son petit caftage à l’Autorité de contrôle de la publicité professionnelle. Ladite institution avait alors envoyé illico une lettre recommandée à Dekra, dont le siège parisien s’était courageusement défaussé sur l’agence de Tarnos, obligée de se flageller en place publique.

Six ans plus tard, Dekra est passée de l’expiation à la rédemption. Le 17 février dernier, la direction de l’entreprise a annoncé « se donner pour objectif de favoriser le bien vivre-ensemble, qui repose notamment sur une culture exempte de sexisme ». Le groupe va notamment « sensibiliser l’ensemble des collaborateurs à la question du sexisme via des modules de formation, des journées dédiées, des supports de communication » et ainsi faire en sorte « d’éviter tout biais sexiste sur les fiches de postes, offres d’emplois ». Miracle !

Et comme du néoféminisme à l’idéologie du genre, il n’y a qu’un pas, Dekra s’efforcera de « construire une communication interne et externe dépourvue de stéréotypes de genre en veillant à promouvoir une communication éliminant les représentations fondées sur des stéréotypes genrés ». En gros, des commissaires politiques veilleront à ce que les salariés ne rigolent pas trop grassement sur fond de calendrier Pirelli. Exit les blagues salaces du Salon du camion. Un programme aussi réjouissant devait donner du travail aux « agences de conseils en égalité professionnelle » tels qu’Egalis, la PME de Caroline De Haas. Les métiers inutiles ont décidément de l’avenir.

Africains d’adoption?

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Photo prise lors de la suppression de la ségrégation dans les lieux publics à Johannesburg. © KUUS/ SIPA

Depuis le début de l’année, une question taraude les réseaux sociaux sud-africains : pourquoi les Afrikaners, ces descendants de colons néerlandais, allemands et français, ne sont-ils toujours pas appelés Africains ?


L’Afrique du Sud n’a toujours pas pansé ses blessures héritées de l’Apartheid. Depuis le début de l’année, une question taraude les réseaux sociaux sud-africains : pourquoi les Afrikaners, ces descendants de colons néerlandais, allemands et français, ne sont-ils toujours pas appelés Africains ? Sur Twitter, un dénommé Brian Adams a interpellé l’Alliance démocratique, principal parti d’opposition majoritairement blanc, sur le sujet : « Les Noirs vivant en Europe sont appelés Européens, mais les Blancs qui vivent en Afrique depuis plus de trois cents ans ne peuvent pas être appelés Africains ! » Inversant la rhétorique victimaire, l’internaute a également dénoncé les cas avérés de « white face » lors d’une récente parade à Cap Town : « Pourquoi un Blanc qui se peint en noir est-il raciste, mais pas l’inverse ? » La présidente de l’Alliance démocratique Helen Zille a renchéri en dénonçant « une campagne concertée pour délégitimer et diaboliser les minorités », c’est-à-dire les Blancs. « Arrêtez de mentir, les Noirs vivant en Europe ne sont pas appelés Européens. Ils sont appelés Africains en Europe », a répondu sèchement un internaute africain.

Au pays de Mandela, le moindre tweet réveille le spectre de la guerre civile. Au fil des joutes virtuelles, le débat a clairement pris un tour historico-racial. D’aucuns évoquent l’implantation des Boers dès le xviie siècle dans la région du cap de Bonne-Espérance, ce qui les rendrait aussi africains que les Zoulous. Et l’Apartheid se rappelle au souvenir de tous lorsque certains twittos publient de vieilles photos de pancartes ségrégationnistes, « Réservé aux Européens ». Lynché par ses contradicteurs, Brian Adams a de plus vu son compte suspendu par Twitter qui l’accuse de faire l’« apologie de la haine ».