Le ténor Placido Domingo connait une fin de carrière indigne à cause de l’inquisition Metoo.


Certaines personnes sont pour nous des figures tutélaires ayant eu une influence fondamentale sur le cours de notre vie. C’est ce que Placido Domingo représente pour beaucoup.

« Cela se savait dans le milieu », m’a-t-on souvent murmuré 

Dans la lignée du mouvement #metoo, une campagne médiatique calomnieuse basée sur une série d’accusations de harcèlement parfaitement infondées, a tenté de ruiner la réputation d’un homme qui était pour tous les passionnés d’opéra, et même au-delà du monde lyrique, une légende vivante. Mais une légende devenue encombrante… Les témoignages sont innombrables de ceux qui, depuis plus d’un demi-siècle, ont eu la chance de croiser le chemin de Placido Domingo et attestent de son dévouement total à la musique, à la promotion des jeunes artistes, mais aussi de sa gentillesse, son professionnalisme et le fait qu’il ait toujours traité chacun et chacune avec dignité et courtoisie. C’est un homme qui suscite partout une immense admiration et un immense respect. 

C’est une époque bien paradoxale que celle où les scènes de théâtre et d’opéra n’hésitent pas à afficher fièrement les pires obscénités, mais où les femmes sont outragées et horrifiées par le moindre regard appuyé!

Mais « cela se savait dans le milieu », m’a-t-on souvent murmuré d’un ton informé… une expression si elliptique qu’elle peut suggérer les faits les plus horribles… Or la seule chose qui puisse « se savoir » est celle-ci : ce ténor séduisant, au sourire ravageur, à la voix chaleureuse, débordant sur scène d’une énergie communicative est adulé des femmes. Quiconque a assisté à une sortie des coulisses de Domingo pourra témoigner que, s’il y a jamais eu quelqu’un de réellement « harcelé » dans cette histoire, c’est bien lui ! Évidemment, pendant ses 67 ans de carrière, il ne s’est pas privé de faire de très nombreuses avances à celles qui lui plaisaient. C’est à partir de ce redoutable angle d’attaque que les féministes de #metoo ont brodé… En violation flagrante de la présomption d’innocence.

L’inquisition Me too

Menant un combat idéologique et par des méthodes dignes de l’Inquisition ou du KGB, médias et réseaux sociaux ont intimé à tous l’ordre de donner la preuve de leur soutien inconditionnel à la soi-disant « cause des femmes » et de faire un exemple en bannissant immédiatement « le prédateur » de toutes les scènes lyriques, qui (à 79 ans…) représenterait un danger pour le personnel féminin. Les conséquences pour la réputation et la carrière de Domingo ont été dévastatrices. L’une après l’autre, soumises à cette intense pression médiatico-politique, presque toutes les maisons d’opéras annulaient leurs contrats avec le chanteur.

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Tout a commencé le 13 août 2019. L’Associated Press (AP) affirme alors avoir recueilli les témoignages de neuf artistes accusant Domingo de « harcèlement ». On évoque alors une main baladeuse, des « propos abusifs »… Toutes ces personnes, sauf une, s’expriment de manière anonyme par peur de « représailles » de Domingo, la même peur qui les aurait obligées à se taire jusqu’à présent. Patricia Wulff est alors la seule à avoir accepté de communiquer son identité. Soudainement persuadée que son ancienne carrière de cantatrice a volontairement été brisée par Domingo, elle s’est offert les services de Debra Katz, avocate engagée dans le mouvement #Metoo qui avait déjà attaqué le Juge Kavanaugh pour des faits de violences sexuelles remontant aux années 1980. Dans une interview télévisée, on peut voir Patricia Wulff en larmes, raconter « l’horreur » de ce qu’elle aurait vécu… mais elle y confirme aussi explicitement que Domingo ne l’a jamais touchée et a immédiatement cessé de l’appeler après qu’elle lui ait signifié son refus. Et surtout, elle ajoute : « Je n’en ai pas souffert professionnellement, lui et la compagnie continuaient à m’embaucher, c’était super… »  Domingo répond alors par un communiqué parfaitement contreproductif : « Cependant, je dois reconnaître que les règles et les standards par lesquelles nous sommes – et nous devrions- être jugés aujourd’hui sont vraiment différents de ce qui avait cours par le passé ». Que n’avait-il pas dit là ! Un quasi-aveu ! La réaction ne s’est pas fait pas attendre… A partir de ce moment, Domingo est présumé coupable… jusqu’à preuve d’une innocence qui, vu l’éloignement temporel, l’anonymat des victimes et le flou des accusations, est impossible à prouver. Il ne peut organiser sa défense puisqu’il n’a jamais été mis officiellement en accusation devant aucun tribunal. 

Tout le monde le lâche

La réaction des institutions musicales américaines ne se fait pas attendre : le Philadelphia orchestra, les opéras de San Francisco, puis de Dallas annulent leurs engagements. L’Opéra de Los Angeles, institution dont il était le directeur depuis 2003 et qui s’est développée sous son impulsion, le suspend immédiatement. Il allait devoir démissionner quelques semaines après. 

Le 5 septembre 2019, onze nouvelles accusatrices faisaient leur apparition, toutes anonymes une fois encore sauf une ancienne soprano de l’opéra de Washington qui affirme qu’en 1999, Domingo lui aurait caressé la poitrine dans une loge et invitée à dîner. Elle a au passage récemment supprimé de son site la partie de sa biographie où elle affirmait que le grand moment de sa carrière a été le jour où elle a chanté avec Domingo… Horrifiés, quatre employés (anonymes) du Metropolitan Opera de New York où Domingo est en répétitions pour Macbeth, font part de leur désarroi à la presse…. Notons qu’aucun d’eux n’affirme avoir jamais eu personnellement une quelconque expérience négative avec le chanteur… C’était l’idée même de sa présence dans leurs murs qui les dégoûtait. Une musicienne de l’orchestre s’est même fait porter pâle pour ne pas avoir à travailler avec lui… Domingo est forcé de quitter la production… Ainsi s’achevaient honteusement les 50 ans de carrière au Met, célébrés en grande pompe quelques mois auparavant…

On pouvait alors encore croire que cette campagne était le fruit des délires de l’Amérique puritaine car l’Europe avait résisté… Mais un nouveau coup de théâtre allait de nouveau déclencher un raz de marée médiatique anti-Domingo. Le 25 février dernier, le puissant syndicat d’artistes américain AGMA publiait les résultats de son enquête « indépendante » concluant à « un schéma clair d’inconduite sexuelle et d’abus de pouvoir, avec des actions incluant le flirt et les avances sexuelles sur et à l’extérieur du lieu de travail. » (Notons au passage que l’AGMA n’a trouvé aucune preuve de harcèlement, punition professionnelle, humiliation ou manque de respect…) En réponse, le communiqué de Domingo a été, une fois de plus, catastrophique : « Je prends la responsabilité de mes actes. Si j’ai blessé quelqu’un, je le regrette. Je comprends que des femmes aient pu avoir hésité à s’exprimer par peur que cela ait un impact négatif sur leur carrière. Même si cela n’a jamais été mes intentions ». Évidemment, traduction immédiate en langage médiatique : « Domingo avoue », « Domingo reconnaît les faits ». Adieu le soupçon de doute et de présomption d’innocence qui persistait encore chez certains…Immédiatement, l’Espagne, qui soutenait jusqu’ici mordicus l’enfant du pays, « lâche » Domingo et c’est le Ministre de la Culture lui-même qui fait immédiatement annuler sa participation à plusieurs concerts, dans la plus belle tradition de propagande des régimes totalitaires. Plus effrayant encore, on veut aussi faire disparaitre pour la postérité un nom devenu synonyme d’infamie : les programmes pour la promotion des jeunes artistes qu’il avait créés à Valencia et Washington, et qui portaient non nom, sont immédiatement débaptisés. Stupéfait, Domingo publie le lendemain un nouveau communiqué rectificatif : « Je ne me suis jamais comporté de manière agressive envers qui que ce soit, ni n’ai jamais fait quoi que ce soit pour porter atteinte à la carrière de qui que ce soit en aucune manière ».

Les Russes se montrent encore raisonnables

Mais le mal est fait : les autres salles où il est programmé, en Autriche, et Allemagne et en Angleterre, hésitent encore sur la conduite suivre. La pression politique est forte… le Covent Garden de Londres vient tout juste d’y céder, tout en précisant officiellement qu’ils n’ont jamais reçu autre plainte contre lui et qu’ils l’admirent énormément… Seule la Russie accueille aujourd’hui Domingo à bras ouverts.

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Il y aurait beaucoup à dire sur les raisons de ce lynchage : Domingo réunit à lui seul toutes les « tares » possibles : il est riche, puissant dans le milieu lyrique et c’est un « vieux mâle blanc hétérosexuel ». Quelque chose intrigue en particulier : le lien répété qui est fait entre ces accusations de harcèlement et son âge, comme s’il était lui-même responsable de ce lynchage par son simple refus de quitter la scène. En vérité, ce qu’on ne lui pardonne pas au fond, c’est d’être encore là à 79 ans, de continuer à diriger et chanter avec succès mais aussi de rester hermétique à la vague monumentale qui bouleverse le monde lyrique depuis 30 ans : celle du Regieteater. On veut faire partir à tout prix celui qui représente un passé dont il faut faire table rase… et qui ne comprend décidément rien à la sacro-sainte « modernité ». Non, Domingo n’a jamais réussi à chanter dans ces mises en scènes où Cassandre a été violée par Priam et où Don Giovanni fait des partouzes avec des transsexuels… C’est une époque bien paradoxale que celle où les scènes de théâtre et d’opéra n’hésitent pas à afficher fièrement les pires obscénités, mais où les femmes sont outragées et horrifiées par le moindre regard appuyé, le moindre mot doux et la moindre caresse, une époque qui finalement n’a jamais autant été obsédée par le sexe.

Si ces fascistes parviennent à le chasser définitivement des scènes, elles n’auront pas seulement attristé sa fin de carrière, elles auront définitivement terni pour la postérité l’image et la réputation d’un homme qui consacre sa vie à la promotion de l’art et de la Beauté en ce monde, qui en a pourtant bien besoin.

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