Julien Aubert, député du Vaucluse, vient d’envoyer une lettre à l’Élysée, co-signée par six parlementaires (Valérie Boyer, Thibault Bazin, Bernard Brochant, Sébastien Meurant, Bérangère Poletti et Patrice Varchère) où il s’étonne poliment de la façon dont l’État se plie, au jour le jour, aux préconisations du Conseil scientifique qui apparemment remplace désormais en France l’exécutif ; de l’incapacité de notre pays à mettre en place un dépistage largement utilisé ailleurs — en Corée comme en Allemagne par exemple ; et des difficultés bien parisiennes pour valider le traitement à la chloroquine proposée par le professeur Didier Raoult. Il a bien voulu répondre, dans le prolongement de cette lettre, à quelques questions sur l’après-coronavirus, qui, compte-tenu des décisions actuelles, lui paraît chargé de menaces lourdes.


Jean-Paul Brighelli. La rivalité Paris-Marseille sur la gestion du coronavirus, est-ce une façon de rejouer en continu PSG-OM ?

Julien Aubert. Je crois, pour parler poliment, que les rivalités médicales et les conflits de personnalités n’ont pas aidé le dialogue et la coordination. Yves Lévy [immunologiste spécialiste du SIDA et accessoirement mari d’Agnès Buzyn, qui a fait classer la chloroquine il y a peu parmi les substances dangereuses] souhaitait récemment couper la tête de Didier Raoult — qui le lui rend bien. Vous avez là tous les ingrédients d’un polar complotiste que je vous suggère d’écrire.

Jean-Paul Brighelli. Vous regrettez dans votre courrier que nous ne testions pas les Français pour savoir qui est atteint ou non du coronavirus — ce qu’ont fait nombre de pays industrialisés, à commencer par l’Allemagne, avec des résultats spectaculaires (à peine une centaine de morts en Corée). Pourquoi est-ce impossible en France ?

Julien Aubert. Parce que nous avons bradé notre industrie ! Cela date de Jospin — l’idée que la France ne serait plus qu’un pays de « services ». Pour fabriquer des tests, nous manquons de réactifs. L’Allemagne, elle, a encore une industrie chimique — c’est une vieille tradition dans ce pays. C’est en cela que nous sommes devenus membres à part entière du Tiers-Monde !

Et pas uniquement au niveau médical ! Les Français s’aperçoivent qu’avoir bradé notre industrie à l’étranger — sous prétexte que les Chinois pourraient toujours nous approvisionner, une certitude qui a fait long feu ces dernières semaines — nous expose terriblement aux inconvénients que nous constations il y a peu en Afrique face à d’autres maladies épidémiques.

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La première leçon à tirer de cet épisode tragique est qu’il faut réintroduire une vraie indépendance stratégique — et que si nous sommes « en guerre », comme le dit Macron, il faut concevoir la notion de stratégie au-delà du militaire. Un pays est un corps vivant. Il faut nous demander quelles fonctions vitales il nous faudra à l’avenir préserver et financer. Pour des économies dérisoires, nous avons bradé une expertise dont l’absence, aujourd’hui, nous coûte très cher. Bercy décidément calcule à très courte vue — alors que nous savons depuis De Gaulle que la France ne se gère pas à la corbeille !

Jean-Paul Brighelli. Il faudra donc récupérer une indépendance industrielle et financière… Pourquoi ne pas convoquer un nouveau Bretton-Woods pour remettre à plat l’ensemble du système international — européen tout au moins ?

Julien Aubert. Peut-être — mais ni Bercy ni Bruxelles ne se laisseront faire. Le schéma le plus probable, c’est que les eurocrates, désireux de relancer l’Europe après la crise, imagineront des eurobonds, afin de renforcer le fédéralisme.

Jean-Paul Brighelli. Alors qu’il faudrait peut-être prononcer un moratoire des dettes souveraines — voire leur effacement…

Julien Aubert. Il faut laisser la crise financière actuelle aller jusqu’au bout. C’est quand les marchés seront vraiment perdants que nous pourrons intervenir — par exemple en sauvant les établissements bancaires déficitaires, en contrepartie de l’effacement de tout ou partie de la dette. Par une prise de participation étatique dans les établissements bancaires stratégiques. Aujourd’hui, les banques veulent bien prêter de l’argent aux entreprises — mais à des taux parfois absurdement élevés. L’intervention massive de l’État permettrait de sauvegarder nos intérêts stratégiques — parce que la « guerre » ne s’arrêtera pas avec la victoire sur le virus !

Évidemment, ce sera compliqué par le fait que la Chine, qui pèse très lourd dans les dettes des États dont elle a acquis des pans entiers, ne consentira pas aisément à perdre beaucoup d’argent. Nous sommes au centre d’un conflit d’intérêts entre USA et Chine — à qui dominera le monde. Et il n’y aura pas de consensus non plus sans les États-Unis. D’où la nécessité de prendre le contrôle des banques dans la mesure où elles ont une importance stratégique.

Ce que la crise fait apparaître, c’est l’absence totale de…

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