Pour les journalistes Eugénie Bastié du Figaro et Elisabeth Lévy de Causeur, l’histoire éclaire déjà notre destin post-épidémique.


De confinée à confinée, Elisabeth Lévy et Eugénie Bastié échangent pendant 45 minutes sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Causeur vous propose de lire un extrait de leur échange, à retrouver en intégralité ici.

Verbatim

Eugénie Bastié. Je suis frappée par une chose, c’est la lecture idéologique des événements. Et cette capacité à accepter le fatum [qui fait défaut NDLR]. Il y a toujours eu des épidémies et des virus. Et il y a là quelque chose qui relève de la nature et non pas de la dérive de l’Homme. Or, chacun voit alors midi à sa porte : les écologistes-effondristes voient l’occasion du grand effondrement, les souverainistes voient l’échec de l’Union Européenne, les européistes voient une bonne occasion de « relancer » cette même union, les capitalistes disent que seuls la technologie et le capitalisme nous sauveront, les technophobes disent que la Start-up nation ne peut rien faire pour nous aider… Chacun y va de sa grille de lecture idéologique ! 

Elisabeth Lévy. Cela dit, cette épidémie nous impose bien de revoir un certain nombre de choses. Même notre cher Alain Finkielkraut va devoir reconnaitre qu’il est un peu aidé dans son confinement par toutes sortes de technologies ! Ce qui me fait peur en revanche, c’est que les gens se sentent mieux à distance, se sentent finalement mieux chez eux qu’au bureau par exemple. Qu’ils se disent que cela correspond peut-être à l’évolution des sociétés. J’ai peur qu’on ne revienne jamais à la poignée de main, au contact, après la crise sanitaire… 

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Eugénie Bastié. C’est intéressant de se pencher sur la sortie de crise. À la sortie de la peste noire de 1348, il y a eu une double sortie de crise, d’un côté une explosion des ordres monastiques et des vocations pour faire pénitence et de l’autre, des orgies fantastiques, un laisser-aller complètement fou. Aujourd’hui, entre l’orgie et la pénitence, je ne sais pas ce qui triomphera après l’épidémie…

Elisabeth Lévy. Aujourd’hui, on nous dit qu’il y aura à la fois des enfants… et des divorces ! 

Eugénie Bastié : Soit il y aura une remise en question généralisée de nos modes de vie avec davantage de localisme, davantage de sobriété, soit il y aura un déchaînement consumériste à la sortie de crise.

Elisabeth Lévy (amusée). Moi qui meurs déjà d’envie de m’acheter des chaussures et de retourner chez le coiffeur… Je pense que très vite on va essayer d’oublier ce qui s’est passé, oublier les “rien ne sera plus comme avant” qu’on nous a lancés lors de la crise des gilets jaunes mais également pour Charlie ou encore pour la réforme des retraites. On nous dit ça tout le temps. Je pense que notre tendance naturelle sera de chercher à revenir à la normale.

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