Emmanuel Macron réalise un double exploit. Celui du manque de sérieux et du mépris des Français.


Loin d’améliorer la situation des finances publiques comme il s’y était engagé, Emmanuel Macron nous a au contraire confortablement installé dans le club très fermé des pays dont la dette publique dépasse les 100% du PIB. Ce seuil, ô combien symbolique, marque en soi le renoncement d’un président qui a « laissé filer » les comptes de la nation dans l’unique objectif d’atténuer son impopularité. Celle-ci est la fille d’une certaine forme d’arrogance du président dans ses manières vis-à-vis des Français et, plus fondamentalement, de la décision absurde prise en 2018 de relever la taxation des carburants. Cette double faute, de forme et de fond, a embrasé la révolte populaire des Gilets Jaunes qui a fait très peur au locataire de l’Élysée, sommé et contraint, non seulement d’abandonner les hausses de taxes prévues, mais aussi de sortir un Canadair budgétaire fait de distribution de pouvoir d’achat et baisses d’impôts, pour éteindre cet incendie social menaçant. En face, la dépense publique, elle, n’a fait que croître et ce, malgré la chute du coût annuel de notre dette publique qui est passé de 44 milliards d’euros en 2016 à 38 milliards d’euros selon les prévisions pour 2020 ! 6 milliards d’économies donc, entièrement englouties dans les dépenses courantes.

De la poudre aux yeux

Cette stratégie budgétaire du gouvernement parvient à maintenir artificiellement un taux de croissance légèrement au-dessus de 1% et faire un peu baisser le chômage, mais au prix de déficits abyssaux (environ 100 milliards d’euros), et d’une dette qui continue à enfler. Paradoxalement, le monde économique ne s’en alarme plus. Alors que pendant des années, on nous expliquait qu’au niveau de 100% du PIB la dette publique devenait insoutenable et que les risques inhérents au franchissement des critères de Maastricht et du fameux ratio de 60% de dette sur PIB, véritable « frontière du raisonnable », étaient cataclysmiques, subitement, être à 100% de dette/PIB n’est plus un problème. Pourquoi ? Parce que grâce aux tombereaux de liquidités déversées par les principales banques centrales du monde, les investisseurs nationaux et mondiaux se ruent sur les dettes publiques considérées comme « sûres ». L’Allemagne, les Pays-Bas et quelques autres pays « vertueux » empruntent à 10 ans à des taux franchement négatifs. La France fait un petit peu moins bien puisqu’elle se situe marginalement en dessous de 0. Cette exubérance atteint d’ailleurs des sommets d’irrationalité, comme en Grèce. Pays tombé en faillite en 2011 et toujours lesté d’un ratio de dette sur PIB à 180%, il doit s’acquitter d’un taux de… 0,9% par an pour sa dette à 10 ans !

Nos amis européens font mieux

Ainsi conforté par la complaisance des marchés financiers, Jupiter se dit : « pourquoi s’en faire ? »

Hollande avait déjà franchi ce seuil symbolique durant son quinquennat. Mais en 2017, les Français ne pensaient-ils pas avoir installé à l’Élysée un président «sérieux»?

Pourtant ce je-m’en-foutisme ne semble pas être partagé par la plupart de nos partenaires européens.

En mettant de côté nos amis italiens qui gèrent leurs finances publiques avec le sérieux de la Commedia Del Arte, le reste de l’UE s’est engagé dans une vigoureuse politique de réduction de sa dette. En témoigne l’évolution du ratio de dette sur PIB de l’Union Européenne (Royaume-Uni exclu) de fin 2014 à 2019 (3ème trimestre) : une baisse de 86,4% à 79,5%. Idem pour la zone euro : de 92,8% à 86,1%.

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Il est possible d’admettre que ces résultats sont largement imputables à l’Allemagne qui réalise une performance incroyable, celle de faire baisser sur cette période son taux d’endettement de près de 14,5 points (de 75,7% à 61,2%). Toutefois, cet argument perd de sa consistance car, dans ce processus de désendettement, l’Allemagne n’est pas seule: les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne, le Portugal et hors zone euro, la Suède, la Pologne et le Danemark contribuent à cette réduction. De son côté le Royaume-Uni est bien moins endetté que nous, à 84,2%.

Un long chemin de croix

Pour la France, en revanche, les chiffres n’ont cessé de se détériorer. De 64,7% à l’aube de la crise en 2007, le ratio dette/PIB bondit à 94,9% en 2014. À compter de cette date et alors que la baisse s’amorce sur le continent, la trajectoire de la dette française poursuit sa dérive pour atteindre 98,4% du PIB à la fin de 2017, première année de la présidence Macron, pour atteindre 100,5% au terme du 3ème trimestre 2019. Hollande avait déjà franchi ce seuil symbolique durant son quinquennat. Mais en 2017, les Français ne pensaient-ils pas avoir installé à l’Élysée un président « sérieux » ?

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Le danger que représente ce niveau de dette n’est pas tellement son énormité, et pas davantage la violente et rapide remontée des taux d’intérêts à craindre, pour l’heure heureusement assez hypothétique. Non, le danger provient de l’absence totale de marge de manœuvre dont dispose désormais le gouvernement pour le cas, beaucoup moins hypothétique celui-là, où une récession / crise économique venait à nouveau nous frapper. Celle de 2008 avait déjà fait exploser notre endettement. Imaginons un instant ce qui se passerait si un tel retournement de cycle se reproduisait. Quel serait alors notre niveau de dette publique ? 110, 120 ou 130% du PIB ?

L’Allemagne et ses satellites eux, disposent de matelas leur permettant au besoin de relancer leur économie par le déficit budgétaire s’ils sont touchés par une récession car ils ont reconstitué leur coussin de sécurité. Pas nous. Nous sommes même « au taquet ».

Ce qu’on ne veut pas voir

Mais pourquoi craindre une crise, nous dira-t-on ?

Tout d’abord, l’économie mondiale vient de connaitre près de 10 ans de croissance vigoureuse et comme l’énonce le dicton, « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel ». Ensuite, les « bazookas monétaires » des banques centrales inondent les marchés de liquidités et génèrent, ce faisant, de graves déséquilibres financiers. À titre d’exemple, favorisé par des taux d’intérêt ultra-bas, l’endettement des ménages et des entreprises atteint selon le FMI 188.000 milliards, soit 230% du PIB mondial. Un niveau quasi inédit depuis la Deuxième Guerre mondiale.

La valeur des entreprises en bourse est également à un niveau extrêmement élevé, particulièrement aux USA. Quant à l’immobilier, il est à des prix dangereusement stratosphériques dans toutes les grandes métropoles du monde. Sans compter les « cygnes noirs » – phénomènes imprévisibles – qui peuvent faire dérailler l’économie mondiale, comme cette crise du coronavirus dont les conséquences aussi bien sanitaires qu’économiques sont encore incalculables.

Le pire n’est jamais sûr mais à ce degré de non-préparation, le moindre choc peut devenir systémique. Emmanuel Macron n’est pas sérieux. En refusant de s’attaquer à ce qui ruine la France (immigration, concurrence déloyale, fraude sociale et fiscale, contribution nette au budget de l’UE, « mille-feuille administratif », etc.) il nous laisse vulnérables. Et de la part du président « sérieux, compétent et rigoureux », c’est intolérable.

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