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Faux jihadiste, choix éditoriaux douteux: les casseroles à répétition du « New York Times »

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Ces derniers temps, le célèbre quotidien américain accumule les bévues éditoriales. Mais la presse française continue de le prendre en exemple.


Nous avons appris cette semaine que le célèbre quotidien « de référence » new-yorkais avait relayé un faux témoignage d’un Canadien prétendant avoir combattu en Syrie. C’est fâcheux, d’autant que le média américain qui inspire tant la bonne presse du monde entier (y compris en France) n’en est pas à sa première sortie de route ces derniers temps.

Mauvaise passe pour les rois du “décryptage”

Le journal est critiqué après que le personnage principal de son podcast « Caliphate », Shehroze Chaudhry, ait été arrêté par la police fédérale canadienne non loin de Toronto, pour avoir inventé son appartenance à l’État islamique, et mis en examen pour « incitation à craindre des activités terroristes » sur la base d’informations fabriquées. Coup dur pour les spécialistes du « fact checking ». Le New York Times, à la pointe du dépistage des fameuses fake news, modèle de nos tricolores « Décodeurs » du Monde ou Checknews de Libé se retrouve dans une situation embêtante. Shehroze Chaudhry était un mythomane qui aurait complaisamment inventé les horreurs que le journal voulait entendre.

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Le quotidien a fait son mea culpa. Depuis 2014, la journaliste Rukmini Callimachi – en charge du podcast en question – était la spécialiste des enquêtes du New York Times sur la mouvance jihadiste. Les méthodes de travail de cette reporter star sont pointées du doigt et des critiques se font jour à l’intérieur même de la rédaction : on accuse Callimachi de verser dans le sensationnalisme sur son compte Twitter aux 400 000 abonnés et d’avoir fait preuve d’un laxisme coupable.

Une énième polémique

Mais cette affaire n’est pas la première du genre à troubler le New York Times. Le « 1619 Project », grand projet éditorial du journal durant l’été 2019, avait déjà créé la polémique. Le projet visait à remettre au centre de l’histoire américaine l’esclavage et la population noire, en substituant à la déclaration de l’indépendance de 1776 la date de 1619 (arrivée du premier esclave noir en Amérique). Pour ce travail, la créatrice Nikole Hannah-Jones avait reçu un Pulitzer. Mais depuis, des historiens vilipendent le journal pour ses raccourcis historiques, notamment Phillip W.Magness, auteur d’un livre visant à démonter tout ce récit[tooltips content= »The 1619 Project: A Critique, 2020, American Institute for Economic Research« ](1)[/tooltips]. Le New York Times a depuis a été contraint de procéder à une correction, en forme d’aveu, revenant sur l’affirmation que 1619 serait « la vraie date de naissance de l’Amérique ». Que les progressistes se rassurent toutefois, au nom du combat antiraciste, le journal n’en continue pas moins d’écrire black avec une majuscule, tout en laissait le mot white avec une minuscule

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Et depuis le mouvement Black Lives matter qu’il a soutenu, le New York Times voit des violences policières partout. Après la mort de Samuel Paty, le titre d’un article du New York Times supposait que celui qui a décapité notre enseignant était une victime de plus de la police française![tooltips content= »« La police française tire et tue un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue. » L’art d’éviter de parler du terrorisme islamiste réel pour en revenir à ses plates-bandes, quand un podcast était donc alimenté par des témoignages d’un terroriste bidon »](2)[/tooltips] Comme pour le « 1619 Project », le journal a fait machine arrière et a changé son titre suite au scandale provoqué par le premier choix éditorial.

Bari Weiss, une journaliste dans la tourmente © Alberto E. Tamargo/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30190553_000025
Bari Weiss n’est pas parvenue à « faire entendre des voix inhabituelles », tache qu’on lui avait confiée. Elle est partie. © Alberto E. Tamargo/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30190553_000025

Le New York Times, temple de la « cancel culture » ?

Si ces épisodes peuvent sembler anecdotiques, ces embardées éditoriales d’un New York Times de plus en plus idéologisé mènent tout droit à la désormais célèbre « cancel culture ». Cet été, le directeur des pages débats, James Bennet a été contraint à la démission, tout comme son adjoint… Ce fou avait accordé une tribune à un sénateur républicain proche de Donald Trump. Un petit scandale ! De son côté, en claquant la porte du journal, Bari Weiss, à qui on avait pourtant confié la lourde de tache de « faire entendre des voix inhabituelles » au New York Times, a décrit dans un récit glaçant la violence des progressistes au sein de la rédaction. Ces derniers harcèleraient et dénonceraient en permanence tous ceux qui ne s’engagent pas assez pour les causes progressistes, n’hésitant pas à les traiter de « racistes, nazis, sionistes… ».

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Pour éviter ce que les plus zélés des progressistes estiment sans doute être les vrais faux-pas, le New York Times a par ailleurs mis en place depuis 2017 un poste de « gendor editor », chargé de surveiller le traitement éditorial des questions féministes et de genre. C’est Jessica Bennett qui l’occupe. Elle est la conceptrice du « manterrupting », un néologisme qui désigne la soi-disant pratique sexiste des hommes qui coupent la parole aux femmes dans les discussions. La théorie du genre traverse l’Atlantique. Jusqu’ici épargnée par cette nouvelle folie des ayatollahs du progrès, la presse française compterait maintenant une rédaction avec un poste similaire. Quel journal ? Mediapart, le site d’Edwy Plenel. Comme par hasard !

Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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Joseph Roth retrouvé


Perlefter, histoire d’un bourgeois, roman inédit de Joseph Roth survole toute la rentrée littéraire. Même inachevé, ce texte frappe fort et vise juste, au cœur des passions tristes de notre temps. Retour inespéré vers l’un des plus grands écrivains du xxe siècle.


Laissés quelques instants sans surveillance, les élèves de la rentrée littéraire sont dissipés. Un brun au regard triste, qui plaît beaucoup aux filles, parle de yoga. Il prétend dire toute la vérité et ajoute… « ou pas ? ». La question semble passionner le cercle qui l’entoure. Quelques rangs plus loin, un autre groupe d’admiratrices s’est formé autour d’un beau garçon à la parole facile. Il tire à boulets rouges sur son père, son beau-père, son ex, il cite Spinoza et ponctue ses phrases d’un « je sais, je ne suis pas à plaindre » que son auditoire juge « trop chou ». Au premier rang, une élève évoque des abus sexuels dans les vestiaires et, près du radiateur, plusieurs inconnus pestent contre le manque de reconnaissance. Hypnotisée par son propre vacarme, la classe n’a pas vu arriver le proviseur, un petit homme à la démarche et au regard flous, silhouette fragile vêtue d’un costume constellé de taches. Il entre. Le silence se fait. C’est Joseph Roth. Une hiérarchie venue de loin s’impose soudain dans cette scène tirée du Petit Nicolas ou, plus vraisemblablement, des Sous-doués. Le calme revenu, parlons livres.

Écrit entre deux chefs-d’œuvre

Les éditions Robert Laffont publient Perlefter, histoire d’un bourgeois, roman inachevé datant de 1929 et accompagné de huit nouvelles également inédites. À la charnière entre la fin des années 1920 et le début de la décennie suivante, le talent de Joseph Roth est à son apogée. Perlefter a mûri à l’ombre de deux très grands livres, Le Prophète muet, variation libre sur la vie de Trotsky, superbe tableau ironique des révolutionnaires bolcheviks et, surtout, Job, roman d’un homme simple, un tour de force rivalisant avec La Marche de Radetzky (1932), le chef-d’œuvre de l’écrivain. Ce Perlefter retrouvé ne tutoie pas ces sommets, il pêche forcément par le relâchement des œuvres inachevées, mais il suffit de quelques lignes pour comprendre que ce texte abandonné reste un événement. On y retrouve la simplicité unique du style, proche du conte, cette façon inégalable de conjuguer les observations physiques et morales dans un même paragraphe, et une prodigieuse maîtrise de l’art du portrait : « Elle ne mourait pas la tante Sammet. La Mort la dédaignait. Elle la considérait comme une ombre que l’on ne peut saisir. Ou elle la tenait pour une égale […] La tante eut de nombreux accidents. Elle passa sous les roues d’une voiture, elle trébucha, elle s’écorcha tout le corps, un des enfants lui jeta un pique-feu à la tête. Mais elle ne mourait pas. » Ou encore : « Le vieux vivra jusqu’au jugement dernier. Il est coriace, taiseux et son visage est brun comme la terre. Il n’est jamais en colère, jamais aimable, toujours sur le qui-vive, ses petits yeux sont toujours écarquillés comme s’il n’avait pas de paupières et comme s’il n’avait jamais besoin de dormir. » Qui dit mieux à l’automne 2020 ?

« Je veux de la tranquillité à tout prix »

Avec ce livre, Joseph Roth s’attaque au bourgeois avec la verve destructrice d’un Flaubert. Alexandre Perlefter, le héros, recherche un perpétuel juste milieu. Pour une seule raison : la stabilité a fait sa fortune, le désordre causerait à coup sûr sa ruine. Dans le même temps, il sait bien qu’une société aristocratique lui aurait claqué toutes les portes au nez. Il ne peut donc pas se permettre d’être exagérément conservateur. « Il avait peur de la révolution. Allait-on socialiser ? Tout prendre aux riches, comme en Russie ? La monarchie se révélait quand même être le régime le plus sûr. […] Quand il vit que l’on ne socialisait pas, la république lui plut aussi », résume Roth. Pour cet homme uniquement guidé par ses intérêts et ses peurs, une vertu l’emporte sur toutes les autres : la concertation. « On peut discuter de tout. Tout conflit est superflu. Je veux de la tranquillité à tout prix. »

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Quelques années plus tard, en 1933, après l’autodafé des livres d’écrivains juifs par les nazis, Roth signera un article intitulé « L’autodafé de l’esprit ». Il y décrit une société qui « capitule par faiblesse, par paresse, par indifférence, par inconscience », rédigeant ainsi l’épitaphe de Perlefter et de son monde. En effet, le roman ne cesse d’élargir sa focale. Il part d’Alexandre pour observer ensuite ses amis puis sa famille. Comme tous les grands écrivains, Joseph Roth écrit en « fils », afin de démêler les liens enchevêtrés qui unissent les enfants et les pères, pour mettre en évidence le mélange d’incompréhension et de respect, d’admiration et parfois de haine qui forme les plaques tectoniques toujours en mouvement sous la continuité des générations. Fredy, le fils Perlefter, s’impose comme un parfait spécimen d’enfant-roi, héritier repu fonçant vers le mur avec un bandeau de soie sur les yeux. Un grand con, en somme, comme on en voit trop rarement en littérature.

Perlefter, c’est nous

La plus bête des erreurs serait de transformer ce roman en plaidoyer ou en pamphlet. Chacun sera prompt à voir en Perlefter un centriste, un macronien, un adepte de la « cancel culture », un de ces électeurs de François Fillon qui surveille les valeurs morales et boursières avec la même vigilance. Fausse route. Nous sommes tous dans le viseur de Joseph Roth. Perlefter, c’est nous. Nous, élevés dans le confort matériel, loin des conflits meurtriers, englués dans les considérations individuelles, sortis de l’Histoire pour entrer dans les journées de commémoration ou de déboulonnage. Au moins, le bourgeois du roman avait-il ses raisons, la boucherie de la Première Guerre mondiale glaçait encore le sang et les consciences de 1929. Il marchait en somnambule vers un autre précipice et nous le jugeons pour cette raison, sûrs de notre clairvoyance de borgne. Mais, nous, vers quel gouffre marchons-nous, avec notre air supérieur ? Impossible à dire : le roman est inachevé. C’est la dernière ruse de Joseph Roth.

Joseph Roth, Perlefter, histoire d’un bourgeois, Robert Laffont, 2020.

Perlefter, histoire d'un bourgeois: Romans et nouvelles

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La laïcité ne peut être aimée, si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée

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Dans une École devenue un désert des cœurs et des esprits, l’islamisme radical peut prospérer. Contre le séparatisme, il faut faire de nouveau aimer la France.


Seuls s’étonnent ceux qui veulent bien s’étonner. L’assassinat de Samuel Paty est ignoble et choquant, notamment par son mode opératoire d’une spectaculaire abjection, mais il est la suite logique des nombreux autres meurtres, tout aussi scandaleux, qui nous frappent depuis une décennie. Des Juifs ont été tués – et parmi eux des enfants –, des policiers ont été tués, des journalistes ont été tués, un prêtre a été tué, des Français ont été tués, lors d’attentats de plus ou moins grande envergure qui ponctuent désormais couramment la triste actualité des dix dernières années. C’est aujourd’hui un enseignant qui est tombé. Et demain ? Un maire, un responsable politique ? Un boucher qui vend du porc, quelqu’un qui lit Voltaire sur un banc public, une fille qui s’habille trop court, quelqu’un qui allume une cigarette sur un trottoir pendant le ramadan ? L’islamisme, lorsqu’il ne rencontre pas d’obstacles, n’a aucune limite dans son projet de conquête sociale et politique. Et ses thuriféraires ont bien compris que la stratégie du chantage et de l’intimidation, comme dans tous les totalitarismes, paralyse la riposte. Que dire de cette France de 2020 où on peut massacrer au nom de l’islam sans rencontrer de réponse à la hauteur des faits ? Qu’ont pu penser, lors du massacre de la rédaction de Charlie en 2015, les journalistes algériens réfugiés ici dans les années 90, dont les confrères avaient été tués par les islamistes et qui subissaient eux-mêmes les menaces de mort du GIA ? Je connais bien l’un de ces journalistes d’Alger, qui a fui la terreur de son pays pour retrouver aujourd’hui, avec un immense chagrin, ses promoteurs sur le sol français.

Des années de propagande anti-raciste ont amené à faire passer la critique légitime d’une religion pour l’expression d’un racisme coupable

La naïveté, le déni, la complaisance et la lâcheté ont permis d’en arriver là. Beaucoup d’hommes politiques, de journalistes et de citoyens sont comptables du désastre, plus zélés à pourchasser et diaboliser ceux qui, depuis longtemps déjà, pointent avec une courageuse ténacité les dangers de l’islamisme, qu’à œuvrer à la dénonciation et à la défaite d’un ennemi mortel. Plutôt que de faire le jeu de qui-vous-savez, il valait mieux détourner les yeux et laisser l’islam radical gagner tous les terrains, quitte à supporter de temps en temps quelques morts, comme un tribut dont se nourrit la bête immonde et qu’on semble bien vite oublier après les célébrations d’usage. Chamfort l’écrivait en son temps : en France, « on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin ». Aujourd’hui, trois jours après l’assassinat de Samuel Paty, certains osent crier à la récupération politique. Au mépris d’une réalité pourtant obstinée, leur priorité est de condamner, non pas les attentats et l’idéologie qui les sous-tend, mais ce qu’ils nomment la fachosphère, accusée de dénoncer un ennemi fantasmé et d’hystériser le débat. On croit rêver.

⅓ des professeurs dans l’autocensure

Le déni et la lâcheté, on les trouve aussi au sein de l’institution scolaire aujourd’hui directement touchée. Tout le monde semble redécouvrir le rapport Obin de 2004, dans lequel un inspecteur général de l’Éducation nationale recensait les nombreux manquements à la laïcité liés à la foi, rapport qu’on s’est empressé d’enterrer : Jean-Pierre Obin y relevait pourtant le refus de certains élèves, lors de sorties scolaires, de pénétrer dans les églises, même transformées en musées, le refus de tracer le signe « plus » en mathématique, trop proche de la croix chrétienne, le rejet de l’enseignement de la Shoah, le rejet de l’étude des auteurs des Lumières, le rejet de la théorie de l’évolution, et j’en passe. Les Territoires perdus de la République ne disaient pas autre chose en 2002, pointant notamment dans les écoles de banlieue l’antisémitisme grandissant et la haine de la France, mais on a préféré dire des auteurs de l’ouvrage qu’ils étaient dans l’exagération et donnaient dans l’islamophobie. Récemment, on apprenait que des parents refusent la lecture en classe de maternelle de l’histoire des Trois petits cochons, ou encore que des enfants de trois ans, chaque année à la rentrée de septembre, par un réflexe acquis dans la sphère familiale, se bouchent les oreilles lorsqu’on diffuse de la musique… Jean-Pierre Obin a récemment souligné que Daesh appelait dans une publication de 2015 à prendre pour cibles les fonctionnaires de l’Éducation nationale, accusés de dispenser des enseignements condamnables. Il est clair que les choses se sont aggravées en quinze ans et que, l’institution ayant fermé les yeux sur ces enquêtes de terrain pourtant très documentées, environ un tiers des professeurs, d’après un récent sondage, et davantage encore dans les zones classées REP, s’autocensurerait pour éviter les problèmes. Le nombre des manquements à la laïcité et des entraves à la liberté d’enseigner, dont Jean-Michel Blanquer se félicite de le voir stagner ces dernières années, ne permettrait pas un si bel optimisme si les enseignants s’autorisaient à traiter tous les sujets du programme sans précautions particulières… Dans certains endroits, il ne s’agit pas seulement de contenus d’enseignement, mais aussi de tenues vestimentaires : je me souviens d’une amie exerçant il y a vingt ans à Villejuif, qui me racontait avoir reçu des crachats dans le dos dans les couloirs de son établissement. Il faut dire que cette effrontée avait l’audace de s’habiller souvent en jupe. Pour résoudre le problème, son supérieur hiérarchique l’avait convoquée pour lui demander d’adapter son vêtement à la sensibilité des populations locales. Petit exemple de soumission ordinaire. 

L’assassinat d’un professeur au nom de l’islam sera-t-il suffisant pour ouvrir les yeux dans le corps enseignant ? Je n’en suis même pas sûre, au vu de l’idéologie dominante dans la corporation. Je suis depuis plusieurs années effarée par le déni et le relativisme de nombreux collègues lorsqu’il est question d’islamisme. À vrai dire, on en parle très peu en salle des profs, ou entre deux portes avec quelques collègues triés sur le volet : évoquer la question peut au mieux paraître incongru – quelle étrange préoccupation ! –, au pire rendre suspect de fascisme le plus humaniste des individus. Un échange avec un collègue de classes préparatoires, il y a plusieurs années, me semble un cas d’école, si je puis dire : pour faire bref et donner un aperçu de la vision de quelqu’un qui se dit avant tout « citoyen du monde », l’islam ne pose pas de problème en France, la plupart des musulmans sont modérés, le voile est un choix individuel qui ne dérange personne, et s’il y a quelques attentats de ci de là, c’est l’expression d’une révolte sociale somme toute bien légitime ou le fait de déséquilibrés. Renvoyons aussi dos à dos les violences de l’islam et du catholicisme, et le tour sera complet. C’est en fait la doxa de toute une frange de la population, surreprésentée chez les profs, pour qui le patriotisme équivaut peu ou prou au fascisme, pour qui la France ne signifie pas grand-chose en dehors des droits de l’homme et du confort matériel – et chacun peut bien penser et agir comme il l’entend du moment que son petit bonheur n’est pas menacé –, et qui se cache à elle-même sa logique purement individualiste sous les apparences généreuses de l’ouverture à toutes les différences. Évidemment, cette négation de l’identité de la France (et de l’Europe en tant que civilisation) est exactement celle des libéraux, Macron en tête, qui pensent les hommes comme des entités interchangeables dans un vaste monde dédié à la consommation. Là-dessus, on rachète son confort petit-bourgeois et sa mauvaise conscience de classe en réduisant les musulmans à des opprimés, victimes de l’exploitation et des discriminations systémiques, et par là dédouanés de la violence convulsive de certains d’entre eux. J’ai souvent entendu des professeurs après un attentat islamiste incriminer non pas la religion au nom de laquelle il était commis, mais la ghettoïsation des quartiers difficiles – alors même que tous les terroristes n’appartiennent pas aux classes les plus défavorisées –, par un tropisme de gauche qui appelle bien souvent l’excuse sociale. Edwy Plenel, référence d’une part non négligeable du corps enseignant, ne faisait-il pas pleurer en 2015 sur « l’enfance malheureuse des frères Kouachi » ? Et que dire du scandaleux amalgame, établi par le même Plenel et La France insoumise, entre le sort fait aux musulmans aujourd’hui en France et le traitement réservé aux Juifs dans les années trente ? Cette gauche qui infuse dans la corporation, alors même qu’elle s’est construite sur le rejet du catholicisme et continue sans risque de frapper son cadavre, se garde bien de fustiger l’islam, parce que c’est la religion de ceux qu’elle considère comme les nouveaux damnés de la terre, et parce que des années de propagande anti-raciste ont amené à faire passer la critique légitime d’une religion pour l’expression d’un racisme coupable. Les profs en 2020 sont des gens de leur époque, biberonnés depuis leur naissance à cette bouillie d’individualisme hédoniste et consumériste mêlé d’un antiracisme d’opérette (née dans les années soixante, j’ai moi-même baigné dans ce climat libertaro-gauchiste, et j’ai naïvement arboré à vingt ans la petite main « Touche pas à mon pote » de SOS Racisme… mais les « potes » étaient moins nombreux qu’aujourd’hui et ne défendaient pas furieusement l’idéologie de haine dont on voit maintenant les manifestations brutales). Voilà pourquoi notre École est muette : le confort individuel et la culpabilisation morale expliquent en partie pourquoi les profs face à l’islamisme sont dans le silence, l’aveuglement ou la soumission, aveuglement et soumission soigneusement entretenus par les journaux dits de référence qu’ils lisent unanimement. Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans le CDI des établissements scolaires ne figurent à disposition des élèves que ces titres de presse largement consensuels dans leur propagande multiculturelle et dans leur chasse aux « fachos », l’audace politique des documentalistes leur permettant d’aller jusqu’au Figaro pour penser faire contrepoids.

Orientation univoque des manuels et des programmes

Et que dire des manuels scolaires et des programmes, qui n’apprennent pas grand-chose, et surtout pas à aimer la France ? Susciter cet amour, en tout cas en rendre possible l’émergence, me paraîtrait pourtant urgent dans le contexte actuel d’une détestation qui, pour n’être pas unanime, n’en est pas moins toxique et dangereuse. J’ai rarement entendu les collègues d’histoire critiquer les orientations univoques et contestables des programmes qu’ils enseignent. La simple consultation des manuels scolaires révèle pourtant dans l’approche historique la minimisation de tout passé glorieux de la France, quasiment réduite à la pratique de l’esclavage, de la colonisation et de la collaboration. Les cours d’EMC (Éducation Morale et Civique), généralement dispensés par ces mêmes professeurs d’histoire, amènent les élèves à travailler, au mépris de toute réalité de principe et de fait, sur les inégalités inhérentes à la société française, actant par là l’idée que celle-ci repose par essence sur la discrimination de race et de sexe. Tout le monde pourra constater que sont nombreuses à intervenir dans le milieu scolaire les associations militantes LGBT et antiracistes, au rang desquelles l’association d’Assa Traoré, un temps autorisée par l’institution à répandre en banlieue la haine du flic et de l’homme blanc, accusés de violence et de racisme consubstantiels. Beaucoup de professeurs ont intégré ce discours de repentance, porté à l’incandescence par des indigénistes soucieux de faire prospérer leur fonds de commerce victimaire dans l’un des pays pourtant les plus généreux au monde : ils trouvent à leurs revendications une résonance médiatique qui leur octroie un pouvoir de nuisance réel dans une université de plus en plus acquise à leurs causes. Comment, dans ces conditions, alors que l’école et les médias relaient complaisamment cette vision, transmettre aux jeunes élèves l’amour du pays qui les a vus naître ou les a accueillis ? Comment ne pas rendre la France haïssable, en occultant de la sorte les grands hommes et les hauts faits qui constituent aussi son histoire, en la ramenant sans cesse et seulement aux versants les plus sombres de son passé ?

Finalement l’école, par ce type de renoncement, laisse un grand vide dans l’esprit et le cœur des élèves, quels qu’ils soient. Et ce ne sont pas les invocations à la laïcité, réitérées ces derniers jours, qui pourront occuper cette vacance. La laïcité, pur produit de l’histoire française, ne peut être aimée si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée. Invoquer la République ne me paraît pas non plus suffisant pour concurrencer les visées de l’islam politique et la place prépondérante de la religion dans les plus jeunes esprits. On sait par un récent sondage qu’environ soixante-quinze pour cent des musulmans de moins de vingt-cinq ans placent leurs convictions religieuses au-dessus des lois de la République. J’ai déjà croisé, dans un lycée qui ne se trouve pas en zone sensible, des élèves dont la seule lecture était celle du Coran ; j’ai aussi le souvenir d’un élève, rétif à toutes les règles imposées en classe, qui m’avait fait comprendre un jour, par un geste sans équivoque vers le ciel, que la seule autorité à laquelle il se soumettait, celle d’Allah, était bien supérieure à la mienne. Le recours aux « valeurs de la République » est inopérant dans un tel contexte. Si un certain nombre d’élèves n’étaient pas Charlie en 2015 et ne le sont toujours pas, c’est parce qu’ils ne se sentent pas Français – et la République n’a pas grand-chose à voir dans cette désaffection : ce n’est pas la République qu’ils n’aiment pas, c’est la France qu’ils haïssent. La République est un mot creux qui recouvre des réalités bien différentes, puisqu’il existe des républiques (islamiques, communistes) qui sont des dictatures, et des monarchies qui sont des démocraties… et sa seule invocation ne peut soulever les cœurs. Qu’y a-t-il de commun entre la Troisième République et la nôtre ? Les hussards noirs de la fin du XIXème siècle auraient bien du mal à reconnaître dans l’école de la Cinquième République la rigueur de leurs exigences et le patriotisme qu’ils étaient censés transmettre. Que peuvent signifier la République et ses valeurs, que peut signifier la laïcité, si leur incantation devient un mantra vidé de substance et déconnecté de l’âme, de l’esprit et de la chair de ce pays ? Il est significatif qu’Emmanuel Macron, lors de l’hommage à Samuel Paty à la Sorbonne, ait insisté sur la création de citoyens par l’École, comme si l’identité française se limitait à une simple appartenance républicaine. Le gavage citoyen sans l’amour de la France, l’adhésion mécanique à des valeurs abstraites sans la transmission d’un génie français incarné, restent des coquilles vides. Mais en tant que professeur, comment transmettre l’amour d’un pays qu’on a soi-même renoncé à aimer ? L’islamisme qui tient lieu de tout peut prospérer dans ce désert des cœurs et des esprits. 

Réarmer moralement le pays, désigner l’ennemi

Je n’ai pas rejoint les rassemblements qui ont suivi l’ignoble assassinat du professeur de Conflans. Ma tristesse ne peut faire taire ma colère, vis-à-vis des terroristes bien sûr, mais pas seulement. J’en veux terriblement à tous ceux qui ont pratiqué le déni depuis trente ans, parmi lesquels beaucoup d’enseignants : la gauche qu’ils soutiennent s’est rendue complice en niant les problèmes, dans un mélange d’électoralisme cynique et d’idéologie, tout en réduisant au silence les lanceurs d’alerte par l’accusation de racisme et d’islamophobie. Le sempiternel « padamalgam » entendu après chaque attentat a fait le lit de l’islam radical et couvert sa progression depuis des années. Bizarrement, ceux qui font preuve de la plus grande virulence contre des catholiques inoffensifs ont fait profil bas devant les dérives d’un islam conquérant de plus en plus visible. Que penser de cette gauche qui livre sans scrupule une partie de la population à l’obscurantisme et qui taxe de racisme ceux qui voudraient l’en extraire ? 

Il était pour moi hors de question de manifester aux côtés de syndicats enseignants qui, dans les textes de mobilisation envoyés sur nos messageries professionnelles, n’osent toujours pas, encore aujourd’hui, employer le mot « islamisme ». Même Emmanuel Macron martèle désormais ce terme, sans doute pour racheter des années d’élégante pudeur autour d’attentats terroristes dont le pouvoir taisait l’origine, au grand dam d’une importante frange de la population exaspérée d’être la seule à voir et à nommer le mal (espérons que la récente profération présidentielle n’amène pas à différer, voire à remplacer, l’indispensable action politique). Quasiment tous les syndicats évoquent des notions prudemment générales telles que le terrorisme et la barbarie, ou encore le fanatisme religieux, sans nommer la religion qui le promeut ; il faut ainsi combattre les obscurantismes, « quels qu’ils soient », faisant accroire qu’il en est aujourd’hui venant d’horizons divers et variés. Ou comment appeler à lutter contre un ennemi qui n’est toujours pas désigné ! Certains mettent d’ailleurs en garde contre les « amalgames nauséabonds », les discriminations et toute instrumentalisation des « forces réactionnaires », n’ayant toujours pas compris que c’est de ce discours culpabilisant que nous crevons aujourd’hui, puisque l’islam politique utilise le discours victimaire pour museler les oppositions. On n’est pas loin de la formule délétère « Vous n’aurez pas ma haine », qu’on a pu lire après le massacre du Bataclan sur les pancartes ou sur la couverture d’un livre, singulière façon de s’interdire toute réaction face à la haine de l’autre. Ces syndicats enseignants, au nom d’un vivre-ensemble dont on voit tous les jours les effets, cautionnent peut-être l’éloquente et malheureuse expression « Victime de son héroïsme », par laquelle la mairie de Paris a cru rendre hommage à Arnaud Beltrame. On ne s’y prendrait pas autrement si on souhaitait désarmer, intellectuellement et moralement, un pays tout entier. Et je trouve assez indécent qu’on aille ensuite pleurer la mort d’un professeur que trente années d’incurie politique et de castration idéologique ont rendue possible. « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », fait-on dire à Bossuet.

L’école n’est plus un sanctuaire

Enfin, l’institution scolaire elle-même ferait bien de se regarder en face. Si on a pu porter atteinte à un enseignant, si certains élèves ont pu, moyennant quelques centaines d’euros, le signaler à son futur agresseur à la sortie du collège, c’est que le Professeur a été destitué. Et il l’a d’abord été par l’École elle-même. Dans la mouvance de mai 68 et par un travail de sape qui n’a pas cessé depuis, on a déconstruit la figure du maître : ministres successifs, pédagogistes, syndicats, associations de parents, mus par une même idéologie égalitariste, ont œuvré main dans la main. On a voulu assimiler l’autorité du professeur, pourtant intellectuelle et morale, à un exercice de la contrainte quasi fascisant, et faire de la parole de l’élève, dans un souci d’horizontalité, l’équivalent de celle du maître : puisque tout se vaut, comment s’étonner que beaucoup de jeunes gens aujourd’hui n’établissent pas de différences entre ce qui relève d’un savoir objectif, légitime en tant que tel, et ce qui relève de la croyance ou de l’opinion ? Comment s’étonner, lorsqu’on a donné la parole aux élèves sans leur fournir d’abord les outils linguistiques et culturels pour penser le monde, que règnent l’incompréhension, les malentendus et les préjugés ? Comment s’étonner qu’ils n’aient aucun recul critique sur ce qu’ils sont, sur ce qu’ils croient, ni aucune estime pour celui qui incarne un savoir dévalué ? Si le professeur a perdu son aura, si la verticalité de la transmission a été méticuleusement mise à mal, on a permis au disciple de ne plus le considérer, et par là de déconsidérer et de contester le contenu même de son enseignement. Le respect de principe qu’il suscitait autrefois a disparu, et les enfants comme leurs parents se sentent autorisés à remettre en cause, dénoncer, bousculer, y compris physiquement, organiser des cabales, dans un lieu qui a cessé d’être un sanctuaire. Tout concourait depuis longtemps, dans et par l’École, à un tel effondrement. C’est aussi ce qui a tué Samuel Paty.

Les territoires perdus de la République

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Barbie contre le “privilège blanc”

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« Ce n’est pas facile d’en parler » témoigne Barbie. La poupée Mattel à la plastique parfaite explique soutenir le mouvement Black lives matter


C’est une vidéo devenue virale dans un pays secoué par de régulières manifestations organisées par le mouvement Black Lives Matter. Dans un des récents épisodes de l’émission Web Barbie, la célèbre poupée internationalement connue a rappelé l’importance de la lutte contre le racisme dans le monde et abordé la question du « privilège blanc ». Une prise de position qui a suscité quelques interrogations aux États-Unis.

Son vlog sur le réseau social YouTube compte pas moins de 10 millions d’abonnés. La poupée Barbie est devenue une véritable influenceuse virtuelle qui s’adresse à un public de tout âge, race et sexe. Elle y discute très sérieusement de divers sujets  mais sur un ton qui lui est propre. Intitulée « Barbie et Nikki discutent de tout », l’émission a été un buzz inattendu le 7 octobre dernier. La poupée a expliqué à ses followers que « des millions de personnes s’étaient levées dans le monde entier afin de lutter contre le racisme et l’injustice », précisant que même si « ce n’était pas facile d’en parler, il fallait justement l’évoquer au nom de tous ces gens blessés par d’autres à cause de leur couleur de peau ». Et pour appuyer le tout, la poupée Barbie s’est adjoint les services de son amie, Nikki, une afro-américaine qui n’a pas hésité à partager ses propres expériences en matière de racisme ordinaire. « Barbie et moi avions organisé un concours de vente d’autocollants sur la plage le mois dernier. Nous nous sommes séparées afin de voir laquelle de nous deux en vendraient le plus et je me suis fait arrêter trois fois par la sécurité de la plage » raconte Nikki. L’amie de Barbie regrette de devoir toujours faire face aux préjugés, même lorsqu’elle démontre qu’elle est aussi capable de remporter des concours que n’importe quelle personne blanche, « sans avoir bénéficié de passe-droits ». S’attaquant ici à la question délicate du privilège blanc dénoncé quotidiennement par le Black Lives Matter. 

A lire aussi: Megan Rapinoe: la footballeuse « progressiste » qui défie Donald Trump

Plus d’une fois attaquée pour ne pas montrer assez de diversité au sein de l’univers Barbie, la société Mattel, qui commercialise la poupée, a publié un communiqué expliquant que le « but de cet épisode mis en ligne, avait été pensé pour aider les jeunes filles à comprendre les raisons de la naissance de cet énorme mouvement de lutte contre le racisme. Et de les inciter à en apprendre plus sur l’histoire des afro-descendants ou de susciter des débats avec leur famille ». 

L’histoire ne nous dit cependant pas ce que pense Ken, le compagnon de Barbie, de cette prise de position assumée par la poupée à la plastique parfaite.

Drieu Godefridi: « Selon moi, Trump gagnera »

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Selon Drieu Godefridi, auteur belge, notamment de La Révolution Trump aux éditions Texquis, Trump gagnera les élections présidentielles américaines du 4 novembre prochain. Entretien avec un pro-Trump convaincu, toujours persuadé que son cheval de course préféré va rempiler pour un nouveau mandat, quand plus grand monde n’y croit.


 

Aurore Van Opstal. Nous sommes à J-7 des présidentielles américaines, quel est votre pronostic ?

Drieu Godefridi. Les indicateurs objectifs me paraissent pointer la plupart vers une réélection de Trump ; parmi lesquels : le nombre de nouveaux votants Républicains, la proportion Républicains/Démocrates nouvellement affiliés dans les États-clefs, l’enthousiasme indéniable de ces foules immenses qui se déplacent aux meetings de Trump quand Biden peine à rassembler 50 personnes, les calamités innombrables qui s’abattent sur le malheureux Biden… En dehors des sondages “nationaux” — qui ne veulent rien dire dans une élection qui se joue par États — je ne vois rien de signifiant qui pointe dans le sens de Biden.

Drieu Godefridi, auteur de "La Révolution Trump" aux éditions Texquis.
Drieu Godefridi, auteur de « La Révolution Trump » aux éditions Texquis.

Biden est un homme en fin de course, dont les déclarations aberrantes se multiplient

L’historien Allan Lichtman prévoit une défaite de Trump. Ses prédictions politiques sont exactes depuis 1984. Il se base sur son modèle en 13 clés, qui prend en compte plusieurs facteurs, dont l’économie, le climat social, le mandat, les scandales ou encore le charisme de candidat. Quelle est votre réaction à cette prévision de l’oracle Lichtman ?

La première question à se poser quand un expert sort une étude-maison est : quel est le degré de subjectivité des critères mis en œuvre ? Le “climat social”, les “scandales”, le “charisme” me semblent des critères peu quantifiables, donc arbitraires. De plus, donnerait-on l’avantage, en prime face, à Biden, sur ces trois critères ? Cela me paraît téméraire. Les Madame Soleil qui ne se trompent jamais m’évoquent immanquablement les sondages qui donnaient Mme Clinton gagnante à 95% la veille de l’élection en 2016.

Biden a-t-il fait une bonne campagne ?

Biden n’a pas fait campagne. Il a décidé de rester chez lui, dans son sous-sol. Cela me semble résulter à la fois d’une nécessité physique et mentale — Biden est un homme en fin de course, dont les déclarations aberrantes se multiplient ; hier il appelait Trump “George” deux fois d’affilée sans se rendre compte de son erreur — et d’un calcul qui se défend : laisser Trump monter contre lui tous ceux qui, par aversion pour le Républicain, voteront Biden. Cette stratégie n’est pas stupide, car Biden n’a jamais été le premier choix de personne : les primaires démocrates en témoignent. La campagne de Biden est tout en annonces publicitaires ; classiques et digitales — plus le soutien de la majeure partie de la presse, qui lui est acquise sans bourse délier. Il est vraisemblable que les dépenses finales de la campagne Biden seront les plus démesurées de l’histoire politique américaine. Même sur le terrain — en porte-à-porte — les équipes Biden sont absentes, laissant jusqu’il y a peu aux Républicains — quant à eux fort présents sur le terrain — le monopole de ces entretiens sur le mode convivial. Toute cela fait une campagne bien contrastée et quelque peu surréaliste. Rappelons que, déjà en 2016, les dépenses de la campagne Clinton étaient considérablement supérieures aux dépenses de la campagne Trump, avec les résultats que l’on sait.

Au-delà de ses promesses de campagne, quelles politiques nouvelles de Trump pouvons-nous attendre en cas d’un deuxième mandat ?

La réélection de Trump lui permettrait d’aller au bout de sa logique à la fois en politique intérieure et internationale : dérégulation, baisse des impôts, juges conservateurs respectueux de la Constitution des États-Unis, domination énergétique, domination militaire, renouveau de la classe moyenne, la carte de l’Orient constellée de nouveaux accords de paix, renvoi de l’Europe à ses propres responsabilités. Autant dire qu’on changerait d’époque, cette fois pour de bon et sans espoir de retour en arrière. Serait-ce forcément un mal, y compris pour l’Europe ? Il faut bien mesurer que, sur le terrain international, on assiste à un changement de paradigme qui sera structurant des décennies à venir : isolement de l’Iran — contrepied parfait de la politique Obama, désastreuse dans ses effets d’habilitation d’un régime terroriste — miser sur l’Arabie saoudite et tresser des accords de paix bilatéraux avec Israël, jusqu’au Soudan. Qui entrevoyait la possibilité des Accords d’Abraham il y a un an ? Le legs de l’administration Trump dans les relations internationales est considérable ; un second mandat en garantirait la pérennité. On songe également au désengagement progressif des troupes américaines des nombreux conflits, souvent sans issue, où les avaient immergées les administrations précédentes, Républicains comme Démocrates. Sans compter le possible désengagement américain de l’OTAN : les Républicains ne souffrent plus le désinvestissement militaire endémique des Européens, car cela revient très littéralement à faire payer la défense européenne par le contribuable du Kentucky et de l’Oklahoma. Mundus senescit, disait Grégoire de Tours.

La révolution Trump

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Isabelle Saporta: « Les maires EELV devraient être modestes et travailler »


Éditrice à Fayard, la compagne de Yannick Jadot s’est fait connaître en publiant de vastes enquêtes sur la malbouffe, la viticulture ou les coulisses de l’agriculture. Elle s’attaque dans son dernier ouvrage aux normes administratives. Très critique des maires EELV récemment élus, elle se défend de vouloir verser dans le populisme “vert”.


Causeur. Êtes-vous infiltrée à EELV pour préparer votre prochaine enquête-scandale ?

Isabelle Saporta. Non. (Rires) Je ne suis pas infiltrée à EELV, car je n’y suis pas du tout. Je n’ai jamais été encartée de ma vie. Lors des municipales à Paris, je me suis battue pour faire exister une coalition climat capable de rassembler des personnalités différentes. Je n’ai pas renoncé à faire de la politique. Je pense d’ailleurs en avoir toujours fait, même si je n’en dépends pas financièrement. La politique est aujourd’hui le travail de ceux qui se présentent et ils n’ont pas envie de le perdre. Je le comprends, mais ce n’est pas ma vision.

J’aime pouvoir réfléchir en dehors des cadres. J’aime garder une totale liberté de ton et de parole. Surtout, j’aime pouvoir parler à qui je veux. Je ne sais pas si les partis politiques sont définitivement dépassés, mais quand on écrit des livres, c’est précisément pour essayer de convaincre le plus grand nombre, indépendamment de la manière dont chacun vote. Je ne suis ni de droite ni de gauche, je suis écolo !

Mais vous publiez un bouquin de droite ! Vous y dénoncez les centaines de milliers de normes françaises aussi bien que le ferait Agnès Verdier-Molinié. C’est à chaque page la bureaucratie parisienne contre les solutions et le « bon sens » des provinciaux.

Au-delà des normes, mon livre s’attaque surtout à la technostructure, à son inclination à l’instabilité réglementaire et au manque de pérennité dans les subventions. Il y a trop d’étages en France. Après le Haut-Commissariat au plan confié à François Bayrou, on vient de nous rajouter une épaisseur de plus avec les sous-préfets à la relance, de jeunes diplômés placés sous le contrôle d’Amélie de Montchalin. Ne pouvait-on pas laisser les régions, les maires gérer les choses ? En France, pour chaque problème, on crée une nouvelle autorité administrative. Ces autorités sont toujours composées des mêmes : des gens qui viennent du Conseil d’État, de la Cour des comptes, de l’Inspection des finances, bref des énarques. Ce sont les mêmes gens qui aspirent à entrer dans les cabinets gouvernementaux. Il faut être capable de casser le moule et donc de casser l’ENA. La technostructure n’est pas à la hauteur, je vous rappelle nos déboires pendant le Covid. L’avenir de la France, ce sont les régions et donc les maires. Si je me suis énervée contre les maires écolos, c’est parce qu’on attend beaucoup d’eux.

À lire aussi, Élisabeth Levy : Trois Verts, bonjour les dégâts!

Il y a un petit côté populiste dans cette dénonciation de « la caste qui paralyse notre pays ». Vous verriez-vous incarner l’écologie populiste aux côtés de Yannick Jadot ?

J’appelle de mes vœux une écologie populaire. Selon moi, ce n’est pas populiste. C’est la gauche qui a un problème si elle s’est coupée des milieux populaires.

Yannick Jadot, c’est Yannick Jadot, et je suis moi. Je suis engagée depuis vingt ans, mes livres m’ont coûté cher et m’ont valu des procès. Il faut en finir avec cette image de la femme qui n’aurait plus de neurones dès qu’elle est en couple. J’ai 44 ans et je garde ma propre ambition.

D’où est partie la fronde des Gilets jaunes ? D’une énième taxe sur l’essence. Ce mouvement ne disait pas « on a envie de polluer », mais plutôt « on est dans la France de la diagonale du vide, on est abandonnés ». On ne peut pas retirer aux gens la voiture en les traitant de pollueurs, sans trouver de contrepartie.

 Les polémiques du sapin de Noël ou du Tour de France sont absurdes. J’ai parlé d’un mépris de classe et je le maintiens.

Reste que vous faites partie de la famille écolo. Certains propos et décisions des nouveaux élus EELV ont défrayé la chronique. Mais il est interdit de les qualifier de « khmaires » verts ou d’ayatollahs de l’écologie…

Je n’ai pas de liens fréquents avec ce parti. Je ne fréquente pas les élus en question. Les polémiques du sapin de Noël ou du Tour de France sont absurdes. J’ai parlé d’un mépris de classe et je le maintiens. Jacques Boutault, élu à Paris, dit que ce sont des chômeurs avachis sur leur canapé qui regardent le Tour de France. Le Tour de France est au contraire une fierté pour tous les villages qu’il traverse. La France coule dans mes veines et j’aime ce qui la constitue. Je ne sais pas comment le maire de Lyon ou M. Boutault pensent, mais je ne vois pas comment ils comptent emmener les Français derrière eux vers la transition écologique après leur avoir craché au visage.

Isabelle Saporta.© HANNAH ASSOULINE
Isabelle Saporta.© HANNAH ASSOULINE

Pour rappel, à Grenoble, le maire pense que les Français attendent le déploiement de la 5G pour regarder du porno dans les ascenseurs. À Lyon, le maire envisage de ne plus accueillir le Tour, s’il n’y a pas aussi une course féminine. Le maire de Bordeaux ne veut plus d’un « arbre mort » qui lui fait honte. Quiconque n’est pas de son avis est en outre qualifié de facho. Et ajoutons le maire de Colombes qui compare des opérations de police à la rafle du Vel d’Hiv’. Ces bigoteries un peu bobo sont largement rejetées. On finit par se dire qu’ils n’aiment pas la France.

Je ne sais pas s’ils n’aiment pas la France. En fait, simplement, je ne les comprends pas. Ma colère ne vient pas tant de ces polémiques, qui ne sont pas très intéressantes, que du fait que ce n’est pas là qu’on les attend. Ils ne sont plus chef de section ou chef de parti. Élus de la République, ils ne parlent plus à des militants, mais à des concitoyens, même à ceux qui n’ont pas voté pour eux. Ils ne peuvent pas braquer les gens, les mépriser et espérer les convaincre. Ça n’a pas de sens.

La transition énergique, la rénovation thermique, la fin de l’incinération de nos déchets, la végétalisation des villes, le renouveau des transports, la réinvention du rapport avec les banlieues, le Grand Paris ou le Grand Bordeaux, ce sont des chantiers colossaux. Qui demandent une adhésion de la population. Quand on voit le taux d’abstention, avec 60 % aux municipales, il convient d’être modeste et de travailler.

En revanche, à Causeur, vous prétendez qu’il n’y a pas de vague verte. Mais quand on voit Bordeaux, Marseille, Strasbourg ou Lyon, vous ne pouvez pas nier qu’il y a une très forte envie d’écologie dans les métropoles. Il faut transformer cette envie en véritable phénomène national. Il ne faut pas laisser croire que l’écologisme est fait pour le bobo urbain.

Greta Thuberg à la commission de l’environnement du Parlement européen, 4 mars 2020. © European Union 2020/EP
Greta Thuberg à la commission de l’environnement du Parlement européen, 4 mars 2020. © European Union 2020/EP

En attendant, l’écologie politique n’est-elle pas vouée à l’échec par sa volonté obsessionnelle d’être à gauche ? Dénoncé comme un réac par son camp, Jadot refuse de nous parler, par peur de voir son image droitisée. Si c’est comme ça qu’il rassemble…

Pardonnez-moi de vous répondre un peu sèchement, mais je ne suis ni la porte-parole ni l’attachée de presse de Yannick Jadot. Je vous parle. Et je continuerai à parler à tout le monde, car je pense qu’il faut convaincre ceux qui ne le sont pas encore. Et briser l’entre-soi.

L’écologie ne peut pas être un championnat de collapsologie ou de décroissance

Reste à résoudre une équation impossible : comment concilier croissance économique et transition écologique ? Même s’il est agaçant de voir des élus boire les paroles de Greta Thunberg comme celle du Messie, on peut comprendre qu’ils jouent sur la peur de l’apocalypse pour mobiliser.

L’écologie ne peut pas être un championnat de collapsologie ou de décroissance. J’ai deux enfants et j’aspire pour eux à un monde meilleur, à un futur. Par ailleurs, la transition écologique pourrait au contraire générer une très belle croissance économique, pourvoyeuse d’emplois indélocalisables. Par exemple, pour la rénovation thermique des seuls bâtiments publics, il faudrait 12 milliards d’euros par an pendant trois ans ! Cela créera 600 000 emplois en France. Et si on fait la même chose pour les bâtiments privés, à hauteur de 30 milliards pendant dix ans, ce seront 1,5 million d’emplois supplémentaires.

On ne peut pas donner pour seul horizon à notre jeunesse et à la population la vision de la fin du monde. Il faudra aussi réimplanter les industries. En France, les énarques ne s’intéressent pas à l’industrie, on ne peut pas continuer comme ça. Cela demande beaucoup d’ambition politique. Nous devons agir aujourd’hui pour construire des champions européens pour les transitions énergétique, médicale ou sanitaire. Au lieu de rejeter les nouvelles technologies comme la 5G, les écologistes devraient se saisir des opportunités qu’elles recèlent : par exemple, la 5G peut aider à combattre les déperditions d’eau (il y en aurait jusqu’à 20 % aujourd’hui). Le rapport de l’Arcep sur la 5G, très attendu, est primordial. Pour autant, et dans le même temps, nous devons œuvrer à la création d’un champion européen de la 5G ! Il faut réfléchir, mais il faut avancer.

Nous ne devons pas pleurer avec Greta Thunberg, mais nous retrousser les manches pour œuvrer à une transition énergétique créatrice d’emplois, pour accompagner les paysans vers une autre agriculture moins consommatrice de pesticides. Pour repenser et relocaliser des emplois pérennes dans nos régions. J’écris pour fournir des armes aux militants engagés.

Isabelle Saporta, Rendez-nous la France !, Fayard, 2020.

Rendez-nous la France !

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Marcel Gauchet : « La République, c’est ce qui reste de l’identité de ce pays »

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« Créolisée » par Jean-Luc Mélenchon, « encostumée » par Jean-Michel Blanquer, panthéonisée par Emmanuel Macron, la République fait, malgré son jeune âge, profondément partie de l’identité française. Marcel Gauchet et Élisabeth Lévy en ont parlé sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Une heure d’émission est à retrouver sur la chaîne.


Causeur vous propose de lire un extrait de l’entretien d’une heure que Marcel Gauchet a réservé à Élisabeth Lévy sur RNR.TV (disponible sur abonnement, 5€ par mois seulement).

Élisabeth Lévy. La République ! Le mot est partout mais nécessite quelques éclaircissements. En quelques semaines, nous avons le président qui a fêté le 150ème anniversaire de la République, Jean-Luc Mélenchon en a lui célébré le 228ème anniversaire, et Jean-Michel Blanquer a appelé les élèves à avoir à l’école des tenues républicaines. Nous ne cessons d’invoquer la République, de brandir nos grands sentiments républicains à tout bout de champs, mais qu’est-ce que la chose ? On est un peu perdu. Expliquez-nous, Marcel Gauchet, est-ce que c’est un régime politique ? Un esprit ? Une mythologie ?

Marcel Gauchet. C’est là une très vaste question, qui pourrait nous emmener loin.  D‘abord, observons que ce mantra obsessionnel est le fruit du vide de tout le reste. Il ne nous reste que la République. Aucun autre identifiant politique ne fonctionne plus, même si la « gauche » ou la « droite » [sont des concepts] qui marchent encore vaguement. Ceux qui se prétendent de gauche ont peur qu’on dise qu’ils ne sont pas vraiment de gauche, et ceux de droite qu’ils ne sont pas vraiment de droite, donc c’est très difficile de faire fonctionner ces deux derniers identifiants.

À lire aussi, Yvon Ollivier : Sous les rodomontades, le renoncement à la République?

Elisabeth Lévy (le coupant). Quoi que ceux qui sont de droite ont aussi peur qu’on leur dise qu’ils ne sont pas de gauche, notez bien !

Marcel Gauchet. L’un et l’autre ne s’excluent pas ! Bref: il y a la République providentielle au milieu. Il n’y a plus de socialistes, le libéralisme ça ne s’assume pas trop. Dès lors, où sont les identifiants politiques ? Il n’y en a qu’un qui reste, donc on se le dispute âprement. La pauvre République est obligée d’habiller tout le monde. Dans cette dispute, le choix par Nicolas Sarkozy de rebaptiser l’UMP par « Les Républicains » est à ce titre remarquable. (…) Mais à mesure que tout un chacun se définit comme républicain, moins on sait ce que cela veut dire…

Au menu de cette émission :
– La République et la laïcité
– Le déclin du modèle français
– Les maires écologistes
– L’identité politique de la France

Élisabeth Lévy. D’ailleurs, il y a cette expression populaire « Après tout on est en République », qui revient à dire que nous avons notre mot à dire.

Marcel Gauchet. L’explication est assez simple, même si derrière ce cache un abime de complexité historique. La République c’est ce qui reste de l’identité politique de ce pays, c’est au fond la partie solide d’un héritage historique contre lequel personne n’ose se porter. Même des royalistes très sympathiques comme ceux de la Nouvelle Action royaliste, menée par Bertrand Renouvin, sont des monarchistes républicains !

Élisabeth Lévy. C’est vrai qu’ils le disent comme ça.

Marcel Gauchet.  Ce n’est d’ailleurs pas absurde, la République au cours de son Histoire en est venue, grâce à de Gaulle, à absorber l’héritage monarchique…

>> Retrouvez la suite de ce débat sur REACnROLL (5€ par mois) <<

L’étrange drame d’être une femme

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Une exposition itinérante de photos signées Claudia Masciave a pris place en divers points de Bordeaux pour tenter de répondre à la question: comment l’art peut-il permettre aux femmes de se réapproprier leur image?


L’art est-il en train de s’uniformiser au nom des grands courants idéologiques contemporains que sont, notamment, l’écologie et le néoféminisme ? On serait tenté de le croire au vu des innombrables expositions qui accordent toute leur attention aux questions environnementales et sociétales, comme si l’art était irrémédiablement soumis à l’air du temps, sans possibilité de faire un pas de côté pour regarder le monde autrement qu’avec les lunettes de la doxa dominante. L’exposition itinérante proposée à Bordeaux par L’Agence Créative en est une illustration assez édifiante. Ses objectifs – mais depuis quand une œuvre d’art doit-elle avoir des « objectifs » ? – sont d’ailleurs on ne peut plus clairs : « Lutter pour l’égalité femmes-hommes, contre les discriminations et les stéréotypes véhiculés dans l’espace public à travers l’art et la publicité. »

Insatiable et « subversive » Claudia Masciave

Pour cette opération s’inscrivant dans deux quartiers prioritaires que sont Saint-Michel et le Grand-Parc, le fameux « vivre ensemble », notion de plus en plus poreuse et inconsistante, y est naturellement convoqué pour « respecter le droit culturel des personnes et favoriser la mixité sociale et culturelle ». Dans cette vision revendicatrice et politique de l’art, celui-ci n’est plus perçu comme le creuset de la complexité humaine, mais devient une simple illustration de mots d’ordre répétés à satiété, où il s’agit de prôner une sorte de communautarisme idyllique, pacifié, et où tout effort d’adhésion à la culture française serait perçu comme une violence insupportable à l’endroit des populations d’origine immigrée : « Développer des projets dans les quartiers prioritaires ne consiste pas à « apporter de la culture », mais à permettre à la diversité des cultures de se rencontrer et à chaque personne d’élargir ses propres libertés culturelles dans un dialogue », précise ainsi la commissaire d’exposition, Nadia Russell Kissoon.

A lire aussi, Pierre Lamalattie: Art contemporain: supercherie en bande organisée

Que nous propose donc Claudia Masciave, photographe d’origine brésilienne vivant à Grenoble et autoproclamée « artiste féministe engagée » ? Une série d’autoportraits intitulée « À la recherche de l’objet perdu » et ayant l’ambition de devenir « un outil d’engagement et de réappropriation de l’image des femmes ». Présentée comme « insatiable et subversive », la jeune femme de 34 ans se livrerait à d’incessantes recherches autodidactes en philosophie, psychologie et sociologie en étant obsédée par « le réel, la vérité et l’absolu ». Diantre ! Voilà qui a de quoi intimider…

Sublimer ses complexes

Concrètement, les œuvres visibles témoignent d’une mise en scène permanente de sa propre image. Sur un fond uniforme aux teintes plutôt pastel, l’artiste vomit une sorte de large ruban jaune (« Dégoût »), écarte les pans de sa robe bustier dans le geste d’une super-héroïne, pour se décorseter et montrer qui elle est vraiment (« Désir »), se tient la gorge ou se peinturlure un cocard, minerve en renfort (« Femme battue »), comme si elle venait de subir les coups de son compagnon. Troubles de l’alimentation causés par les normes esthétiques en vigueur, codes vestimentaires remis en question, présence en creux toujours menaçante de l’homme, voilà certains axes du travail on ne peut plus novateur de Masciave, qui, nous dit-on, « utilise son art comme thérapie pour sublimer ses complexes ».

A lire aussi, Sophie Bachat: Alice Coffin, la femme barbante

L’artiste a beau citer Goya, Munch ou Van Gogh comme des références inspirantes pour « aborder la douleur d’exister », on serait bien en peine de trouver là une profonde originalité qui renouvellerait notre regard sur l’image de la femme en ce début de troisième millénaire !

Libérons nous du féminisme !

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Défense et illustration de Jean-Michel Blanquer

Si j’osais, je commencerais cette revue de détail des faits, hauts faits et méfaits du ministre par cette remarque que Retz pose en tête de son portrait de La Rochefoucauld : « Il y a toujours eu du je ne sais quoi en tout M. de La Rochefoucauld. » Le « je ne sais quoi », concept éminemment baroque, c’est l’indéfinissable — et parfois l’innommable.

Osons donc : « Il y a toujours eu du je ne sais quoi en tout Jean-Michel Blanquer. » Ça ne doit pas être simple d’errer dans ce cerveau compliqué, sujet à des fougues soudaines, des calculs froids, et des passions longuement réfléchies.

À lire aussi: Samuel Paty n’avait pas envie d’être un héros: juste de faire son boulot

Soyons honnête : la grimace de Mme Vallaud-Belkacem lors de la passation des pouvoirs, en 2017, nous avait donné de l’espoir. Après trois années d’incompétence au service d’une idéologie pédagogiste délétère, le nouveau ministre serait peut-être l’homme de la situation.

Mais il en est de Blanquer comme de Rodrigue : « Que je sens de rudes combats ! » Avoir à cœur de redresser une École que trente années de gabegie (depuis la loi Jospin, pour faire court, même si la mainmise des idéologues s’est déclarée bien avant) avait fait plonger dans le gouffre était une bonne intention. Mais en même temps, les impératifs serinés chaque jour par Bruno Le Maire (j’ai écrit il y a déjà lurette que la rue de Grenelle, malheureusement, commençait, et finissait à Bercy) sont autant de freins à la volonté de redressement.

Les événements tragiques de Conflans donnent à Jean-Michel Blanquer une opportunité splendide. Il faut remettre la transmission des savoirs au centre des apprentissages — à commencer par celui de la langue française

Alors, le ministre a entamé une danse paradoxale, toute en déséquilibres. « Valse mélancolique et langoureux vertige ! » D’un côté il tente de réorganiser les ESPE, organe central de la pensée pédagogique. De l’autre, il refuse d’en virer tous les inutiles, les nocifs, les dangereux facariens, et persiste dans l’encadrement pédagogique des néoprofs, confiés aux plus obéissants des pédagogues et jamais aux plus capables. D’un côté il promeut la méthode alpha-syllabique, distribue les Fables de La Fontaine à l’école primaire, mais il ne parvient pas à dégommer tous les « professeurs des écoles » qui persistent à pratiquer le semi-global — ou l’idéo-visuel, si l’on préfère employer les termes techniques. La liberté pédagogique a bon dos : grâce à elle quelques nouvelles générations d’élèves sont plongées dans l’illettrisme programmé, la dyslexie provoquée, et la dépendance aux machines, qui ne sont intelligentes que par abus de langage. D’un côté il veut réformer le bac en donnant plus d’options aux vrais scientifiques. Mais en même temps, l’idée farfelue de faire passer des examens en cours d’année, qui désorganise l’enseignement et a dressé contre lui une majorité de profs qui le brocardent à qui-mieux-mieux, favorise le bachotage mécanique. Que n’a-t-il tout bonnement décrété que désormais le bac serait attribué sur livret scolaire, en laissant Parcoursup décider des destins à venir ! Les enseignants auraient travaillé à former les jeunes inintelligences qui leur sont confiées comme ils l’entendaient.

Le clou, c’est le projet, déjà très avancé, de réforme des concours de recrutement. Alors qu’il fallait éradiquer ce qui, au CAPES, donne depuis dix ans une voix prépondérante aux Grands Inutiles de la pédagogie, il le renforce, au détriment des savoirs réels. Alors qu’il fallait en finir avec ces concours abusivement passés à Bac + 4, il les reporte à Bac + 5. Ce qui permet (Bercy, nous voilà !) de payer une misère, 600 euros par mois, ceux qui œuvreront dans les établissements dans la dernière année d’avant concours.

Le propre d’une ruse, c’est qu’elle ne doit pas se voir. À budget constant, il fallait réintroduire les IPES, ce concours de pré-recrutement qui se passait jadis à Bac + 1 ou 2, donnait aux lauréats un salaire minimum garanti, en échange d’une promesse de servir l’Etat au moins 10 ans. Puis former les futurs professeurs en les confiant, in vivo et non dans la serre chaude des INSPE, à des collègues compétents, dotés d’une vraie expérience — disons une trentaine d’années —, des maîtres d’apprentissage sur le modèle du compagnonnage. L’occasion pour ces derniers d’accéder à une échelle de rémunération différente. Et pour les nouveaux impétrants, de se confronter à des exigences savantes.

Il faut impérativement attirer les jeunes dans ce métier détesté. Et ce ne sont pas les enfants de bourgeois, nantis de connexions diverses, qui s’y risqueront. Ce sont les enfants déshérités, que la réforme actuelle, en ne leur donnant pas les moyens de vivre (600 € par mois ! Byzance !) décourage d’emblée. Franchement, le trafic de drogue ou la prostitution paient mieux.

Réformer l’apprentissage de la lecture / écriture allait dans le bon sens — celui de l’élévation des classes les moins favorisées (et qui que ce soit qui, sous prétexte de « liberté pédagogique », prétend le contraire mérite d’être radié de la Fonction publique). Mais ne pas tirer un trait sur la réforme de Vallaud-Belkacem, conspuée même par des syndicats de gauche, s’en prendre tout de suite au lycée où arrivent malheureusement tant de gosses déconnectés, c’était entériner les options létales prises par son prédécesseur.

Blanquer a brûlé ses cartouches. Les syndicats qui auraient pu le soutenir ont été tentés de joindre le chœur des mécontents, à tort ou à raison. Et les enseignants qui avaient douloureusement survécu à trente ans de socialisme pédagogique et d’incompétence générale ont décidé que cette fois, c’était assez. Le ministre a-t-il bien saisi qu’une pichenette de plus était un coup de massue de trop ?

Les événements tragiques de Conflans donnent à Jean-Michel Blanquer une opportunité splendide. Il faut remettre la transmission des savoirs au centre des apprentissages — à commencer par celui de la langue française. Pas celle d’Abdellatif Kechiche, qui détruisait Marivaux dans l’Esquive ; pas celle de Ladj Ly, qui atomisait Hugo dans les Misérables. Mais le français de Marivaux, celui de La Fontaine, celui de Flaubert. Les Anglais ont au moins réussi cela, d’imposer l’anglais à toutes les « communautés » de Grande-Bretagne. L’exemple du maire de Londres, Sadiq Khan, née dans une obscure famille pakistanaise (« Ce n’était pas Dickens, mais c’était dur », a-t-il un jour confié) est là pour nous éclairer. Le français est la clé de voûte de notre système éducatif — et que l’on tolère désormais le baragouin des banlieues dit l’étendue de nos renoncements.

Puis il faut réformer les corps administratifs, de façon à ce que les enseignants se sentent constamment épaulés. Il faut que le balancier, envoyé depuis trente ans en direction des parents d’élèves, reparte dans l’autre sens.

Surtout, il faut faire comprendre aux élèves qu’ils ont le droit, en tant que personnes privées, de croire à ce qu’ils veulent. Mais qu’à l’école, ils ne sont là qu’en tant que personnes publiques, et qu’ils doivent se plier aux lois de la République.

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Je dis « aux lois » et non aux « valeurs », ce fourre-tout subjectif qui permet de ne pas imposer quoi que ce soit. La laïcité n’est pas une « valeur », elle est un principe.

Que dans votre for intérieur vous pensiez que la Terre est plate, que 72 vierges vous attendent au Paradis ou que l’avortement est un crime ne concerne que votre personne privée. En privé, vous pouvez dire et manifester à votre gré. En public, vous suivez les lois de la France. Et il n’y a pas de charia qui tienne.

C’est pour Blanquer une occasion unique de revenir, en un bloc, sur tout ce qui fait problème. Que l’on croie ou non aux promesses de fermeté de Macron, que l’on pense ou non qu’il met en place une stratégie pour 2022, peu importe, les mots au moins sont là. Que le ministre de l’Éducation, dont l’intérêt pour la laïcité n’a jamais été mis sérieusement en cause, saute sur l’occasion de tout chambouler en trois mois. Le Grenelle de l’Éducation qui vient de s’ouvrir lui en donne le prétexte — parce qu’il serait nauséabond, dans les circonstances actuelles, que les conversations se limitent à des augmentations de salaire, même si elles sont à terme nécessaires.

Des journalistes de Télérama passent au crible CNews, la «Fox News française», selon eux

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Dans le n°3693 du magazine Télérama, un long article dénonce CNews qui deviendrait la « Fox News française ».


Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Qui veut discréditer des intervenants lors d’un débat sur CNews les accuse d’être de vieux lepénistes.

C’est ce que font Samuel Gontier et Richard Sénéjoux, journalistes à Télérama:

Dans leur article, ils vilipendent « quatre septuagénaires »[tooltips content= » Jean-Louis Burgat, Gérard Carreyrou, Marc Menant et Philippe Bilger NDLR »](1)[/tooltips] qui ont eu le mauvais goût de dénoncer sur la chaîne info du canal 16 les séparatistes sur le territoire national et certaines salles de sport minées par les islamistes. Il est également envisagé par les éditorialistes de Cnews que le projet contre le séparatisme présenté par le président de la République soit complété par un plan immigration ? « C’est précisément ce que vient de déclarer Marine Le Pen à l’antenne », écrivent les journalistes de Télérama qui précisent immédiatement leur pensée : « Promotion des thèses d’extrême-droite, informations erronées, complotisme… […] CNews ne se limite pas aux dérives racistes de sa tête de gondole, Eric Zemmour. »

Une secte œuvrant à la lepénisation des esprits

Pour alimenter leur article, les journalistes de Télérama font appel à des journalistes neutres, objectifs, évidemment au-dessus de la mêlée. Claude Askolovitch, chroniqueur sur France-Inter, Arte, et sur le site Slate – des officines journalistiques réputées pour ne promouvoir aucune thèse et pour leur totale objectivité, comme chacun sait – le dit sans ambages : « La maison Bolloré, c’est une secte, il y a un côté totalitaire, stalinien. » Celui qui pardonnait beaucoup à Mehdi Meklat et ses tweets homophobes et antisémites (« Un gamin qui tweetait des blagues nazes pour tester sa provo est moins immonde que ceux qui utilisent ses conneries passées ») ne pardonne rien aux journalistes qui ne pensent pas comme lui.

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Suit la liste des malpensants, des réacs, des fachos : Gilles-William Goldnadel, Charlotte d’Ornellas, Jean-Claude Dassier, Élisabeth Lévy, Ludovine de la Rochère, Eugénie Bastié, Ivan Rioufol, etc., qui présentent tous un énorme défaut : ils ne pensent pas comme Claude Askolovitch ou Samuel Gontier. Ces derniers ne leur opposent rien d’autre que la sempiternelle « lepénisation des esprits » ou, pour parler comme Jean-Luc Mélenchon, la « zemmourisation de l’espace intellectuel ». C’est plus rapide et plus paresseux qu’un véritable travail de contre-argumentation étayée. Ça évite les nuits d’insomnie à chercher ce qui pourrait bien contredire la description de certains phénomènes en France à propos de l’islamisme, de l’immigration, ou de l’antiracisme dévoyé à la manière de la famille Traoré. La reductio ad hitlerum fonctionne toujours, même si elle fonctionne de moins en moins. Les journalistes téléramesques s’en rendent compte. « Que fait la police ? » demandent-ils en pleurnichant à la fin de leur article et en regrettant le succès grandissant de la chaîne-info honnie.

Eric Zemmour et Jack Lang, février 2020 Image: Capture d'écran YouTube / Cnews
Eric Zemmour et Jack Lang, février 2020 Image: Capture d’écran YouTube / Cnews

Ces sujets qui fâchent

Au fond, que reprochent ces journalistes à Cnews ? Ce n’est pas compliqué, ils lui reprochent de ne pas ressembler au magazine philosophico-télévisuel Télérama, à la radio publico-progressiste France Inter, au journal de référence (ou de révérence) Le Monde, et aux mille autres moyens médiatiques de diffuser les slogans du vivrensemble, de la diversité heureuse, de la mondialisation béate, etc. Ils aimeraient que CNews copie France Info ou devienne une sorte de succursale de la télévision lénifiante appelée télévision du service public, avec de jolis reportages sur la méchante colonisation, des jeux débiles, un journal télévisé javellisé, ou un énième documentaire sur les violences conjugales ou la maltraitance des migrants à Lesbos. Or CNews montre plutôt la maltraitance des habitants de Lesbos submergés par les vagues migratoires, et qui n’en peuvent plus des incendies criminelles et de la délinquance. Et ça, les journalistes de Télérama ne le supportent pas.

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Conclusion de l’article de Télérama à propos de CNews – qui, rappelons-le, est une chaîne privée financée essentiellement par la publicité – : CNews est un « média qui, aujourd’hui, relève plus de l’outil de propagande que de la chaîne d’information. » Pour qui écoute la radio publique – qui, rappelons-le, se paie sur la bête, c’est-à-dire tous les contribuables français – cette conclusion sonne comme une révélation : aveugles, nos journalistes de Télérama, comme ceux de la radio franceintériste, ne distinguent plus ce qui relève de la propagande (manipulation, simplification, déformation de faits, choix précis des termes pour valoriser ou dévaloriser, répétition, etc.) et ce qui relève de l’opinion (jugement personnel, prise de position sur tel ou tel sujet, conviction, etc.) Comme la première leur colle de plus en plus à la peau, la seconde leur devient de plus en plus insupportable. Aveuglés par leur propre propagande, ils considèrent que le débat d’idées est de trop, surtout si des idées qu’ils ne partagent pas se glissent dans le débat. Aveugles, ils appuient parfois malencontreusement sur le bouton de la chaîne CNews : ils se cognent alors à la dure réalité du débat contradictoire, des convictions assumées, des sujets qui fâchent, des combats oratoires, des opinions divergentes. Ils n’en croient pas leurs oreilles qui encaissent difficilement ce surplus de libre expression. C’en est trop. Ils voulaient ne pas voir ce qu’ils voyaient, ils aimeraient maintenant ne pas entendre ce qu’ils entendent. Ils étaient aveugles. Les voilà qui deviennent sourds.

« C’est le propre de la censure violente d’accréditer les opinions qu’elle attaque. » Voltaire

Faux jihadiste, choix éditoriaux douteux: les casseroles à répétition du « New York Times »

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Le siège du très progressiste "New York Times"

Ces derniers temps, le célèbre quotidien américain accumule les bévues éditoriales. Mais la presse française continue de le prendre en exemple.


Nous avons appris cette semaine que le célèbre quotidien « de référence » new-yorkais avait relayé un faux témoignage d’un Canadien prétendant avoir combattu en Syrie. C’est fâcheux, d’autant que le média américain qui inspire tant la bonne presse du monde entier (y compris en France) n’en est pas à sa première sortie de route ces derniers temps.

Mauvaise passe pour les rois du “décryptage”

Le journal est critiqué après que le personnage principal de son podcast « Caliphate », Shehroze Chaudhry, ait été arrêté par la police fédérale canadienne non loin de Toronto, pour avoir inventé son appartenance à l’État islamique, et mis en examen pour « incitation à craindre des activités terroristes » sur la base d’informations fabriquées. Coup dur pour les spécialistes du « fact checking ». Le New York Times, à la pointe du dépistage des fameuses fake news, modèle de nos tricolores « Décodeurs » du Monde ou Checknews de Libé se retrouve dans une situation embêtante. Shehroze Chaudhry était un mythomane qui aurait complaisamment inventé les horreurs que le journal voulait entendre.

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Le quotidien a fait son mea culpa. Depuis 2014, la journaliste Rukmini Callimachi – en charge du podcast en question – était la spécialiste des enquêtes du New York Times sur la mouvance jihadiste. Les méthodes de travail de cette reporter star sont pointées du doigt et des critiques se font jour à l’intérieur même de la rédaction : on accuse Callimachi de verser dans le sensationnalisme sur son compte Twitter aux 400 000 abonnés et d’avoir fait preuve d’un laxisme coupable.

Une énième polémique

Mais cette affaire n’est pas la première du genre à troubler le New York Times. Le « 1619 Project », grand projet éditorial du journal durant l’été 2019, avait déjà créé la polémique. Le projet visait à remettre au centre de l’histoire américaine l’esclavage et la population noire, en substituant à la déclaration de l’indépendance de 1776 la date de 1619 (arrivée du premier esclave noir en Amérique). Pour ce travail, la créatrice Nikole Hannah-Jones avait reçu un Pulitzer. Mais depuis, des historiens vilipendent le journal pour ses raccourcis historiques, notamment Phillip W.Magness, auteur d’un livre visant à démonter tout ce récit[tooltips content= »The 1619 Project: A Critique, 2020, American Institute for Economic Research« ](1)[/tooltips]. Le New York Times a depuis a été contraint de procéder à une correction, en forme d’aveu, revenant sur l’affirmation que 1619 serait « la vraie date de naissance de l’Amérique ». Que les progressistes se rassurent toutefois, au nom du combat antiraciste, le journal n’en continue pas moins d’écrire black avec une majuscule, tout en laissait le mot white avec une minuscule

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Et depuis le mouvement Black Lives matter qu’il a soutenu, le New York Times voit des violences policières partout. Après la mort de Samuel Paty, le titre d’un article du New York Times supposait que celui qui a décapité notre enseignant était une victime de plus de la police française![tooltips content= »« La police française tire et tue un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue. » L’art d’éviter de parler du terrorisme islamiste réel pour en revenir à ses plates-bandes, quand un podcast était donc alimenté par des témoignages d’un terroriste bidon »](2)[/tooltips] Comme pour le « 1619 Project », le journal a fait machine arrière et a changé son titre suite au scandale provoqué par le premier choix éditorial.

Bari Weiss, une journaliste dans la tourmente © Alberto E. Tamargo/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30190553_000025
Bari Weiss n’est pas parvenue à « faire entendre des voix inhabituelles », tache qu’on lui avait confiée. Elle est partie. © Alberto E. Tamargo/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30190553_000025

Le New York Times, temple de la « cancel culture » ?

Si ces épisodes peuvent sembler anecdotiques, ces embardées éditoriales d’un New York Times de plus en plus idéologisé mènent tout droit à la désormais célèbre « cancel culture ». Cet été, le directeur des pages débats, James Bennet a été contraint à la démission, tout comme son adjoint… Ce fou avait accordé une tribune à un sénateur républicain proche de Donald Trump. Un petit scandale ! De son côté, en claquant la porte du journal, Bari Weiss, à qui on avait pourtant confié la lourde de tache de « faire entendre des voix inhabituelles » au New York Times, a décrit dans un récit glaçant la violence des progressistes au sein de la rédaction. Ces derniers harcèleraient et dénonceraient en permanence tous ceux qui ne s’engagent pas assez pour les causes progressistes, n’hésitant pas à les traiter de « racistes, nazis, sionistes… ».

À lire aussi, Didier Desrimais : Des journalistes de Télérama passent au crible CNews, la «Fox News française», selon eux

Pour éviter ce que les plus zélés des progressistes estiment sans doute être les vrais faux-pas, le New York Times a par ailleurs mis en place depuis 2017 un poste de « gendor editor », chargé de surveiller le traitement éditorial des questions féministes et de genre. C’est Jessica Bennett qui l’occupe. Elle est la conceptrice du « manterrupting », un néologisme qui désigne la soi-disant pratique sexiste des hommes qui coupent la parole aux femmes dans les discussions. La théorie du genre traverse l’Atlantique. Jusqu’ici épargnée par cette nouvelle folie des ayatollahs du progrès, la presse française compterait maintenant une rédaction avec un poste similaire. Quel journal ? Mediapart, le site d’Edwy Plenel. Comme par hasard !

Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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Joseph Roth retrouvé

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Joseph Roth, vers 1936 © Granger collection / Bridgeman images.

Perlefter, histoire d’un bourgeois, roman inédit de Joseph Roth survole toute la rentrée littéraire. Même inachevé, ce texte frappe fort et vise juste, au cœur des passions tristes de notre temps. Retour inespéré vers l’un des plus grands écrivains du xxe siècle.


Laissés quelques instants sans surveillance, les élèves de la rentrée littéraire sont dissipés. Un brun au regard triste, qui plaît beaucoup aux filles, parle de yoga. Il prétend dire toute la vérité et ajoute… « ou pas ? ». La question semble passionner le cercle qui l’entoure. Quelques rangs plus loin, un autre groupe d’admiratrices s’est formé autour d’un beau garçon à la parole facile. Il tire à boulets rouges sur son père, son beau-père, son ex, il cite Spinoza et ponctue ses phrases d’un « je sais, je ne suis pas à plaindre » que son auditoire juge « trop chou ». Au premier rang, une élève évoque des abus sexuels dans les vestiaires et, près du radiateur, plusieurs inconnus pestent contre le manque de reconnaissance. Hypnotisée par son propre vacarme, la classe n’a pas vu arriver le proviseur, un petit homme à la démarche et au regard flous, silhouette fragile vêtue d’un costume constellé de taches. Il entre. Le silence se fait. C’est Joseph Roth. Une hiérarchie venue de loin s’impose soudain dans cette scène tirée du Petit Nicolas ou, plus vraisemblablement, des Sous-doués. Le calme revenu, parlons livres.

Écrit entre deux chefs-d’œuvre

Les éditions Robert Laffont publient Perlefter, histoire d’un bourgeois, roman inachevé datant de 1929 et accompagné de huit nouvelles également inédites. À la charnière entre la fin des années 1920 et le début de la décennie suivante, le talent de Joseph Roth est à son apogée. Perlefter a mûri à l’ombre de deux très grands livres, Le Prophète muet, variation libre sur la vie de Trotsky, superbe tableau ironique des révolutionnaires bolcheviks et, surtout, Job, roman d’un homme simple, un tour de force rivalisant avec La Marche de Radetzky (1932), le chef-d’œuvre de l’écrivain. Ce Perlefter retrouvé ne tutoie pas ces sommets, il pêche forcément par le relâchement des œuvres inachevées, mais il suffit de quelques lignes pour comprendre que ce texte abandonné reste un événement. On y retrouve la simplicité unique du style, proche du conte, cette façon inégalable de conjuguer les observations physiques et morales dans un même paragraphe, et une prodigieuse maîtrise de l’art du portrait : « Elle ne mourait pas la tante Sammet. La Mort la dédaignait. Elle la considérait comme une ombre que l’on ne peut saisir. Ou elle la tenait pour une égale […] La tante eut de nombreux accidents. Elle passa sous les roues d’une voiture, elle trébucha, elle s’écorcha tout le corps, un des enfants lui jeta un pique-feu à la tête. Mais elle ne mourait pas. » Ou encore : « Le vieux vivra jusqu’au jugement dernier. Il est coriace, taiseux et son visage est brun comme la terre. Il n’est jamais en colère, jamais aimable, toujours sur le qui-vive, ses petits yeux sont toujours écarquillés comme s’il n’avait pas de paupières et comme s’il n’avait jamais besoin de dormir. » Qui dit mieux à l’automne 2020 ?

« Je veux de la tranquillité à tout prix »

Avec ce livre, Joseph Roth s’attaque au bourgeois avec la verve destructrice d’un Flaubert. Alexandre Perlefter, le héros, recherche un perpétuel juste milieu. Pour une seule raison : la stabilité a fait sa fortune, le désordre causerait à coup sûr sa ruine. Dans le même temps, il sait bien qu’une société aristocratique lui aurait claqué toutes les portes au nez. Il ne peut donc pas se permettre d’être exagérément conservateur. « Il avait peur de la révolution. Allait-on socialiser ? Tout prendre aux riches, comme en Russie ? La monarchie se révélait quand même être le régime le plus sûr. […] Quand il vit que l’on ne socialisait pas, la république lui plut aussi », résume Roth. Pour cet homme uniquement guidé par ses intérêts et ses peurs, une vertu l’emporte sur toutes les autres : la concertation. « On peut discuter de tout. Tout conflit est superflu. Je veux de la tranquillité à tout prix. »

À lire aussi, Thomas Morales : Céline, Neuhoff, Blondin et Henri Guybet

Quelques années plus tard, en 1933, après l’autodafé des livres d’écrivains juifs par les nazis, Roth signera un article intitulé « L’autodafé de l’esprit ». Il y décrit une société qui « capitule par faiblesse, par paresse, par indifférence, par inconscience », rédigeant ainsi l’épitaphe de Perlefter et de son monde. En effet, le roman ne cesse d’élargir sa focale. Il part d’Alexandre pour observer ensuite ses amis puis sa famille. Comme tous les grands écrivains, Joseph Roth écrit en « fils », afin de démêler les liens enchevêtrés qui unissent les enfants et les pères, pour mettre en évidence le mélange d’incompréhension et de respect, d’admiration et parfois de haine qui forme les plaques tectoniques toujours en mouvement sous la continuité des générations. Fredy, le fils Perlefter, s’impose comme un parfait spécimen d’enfant-roi, héritier repu fonçant vers le mur avec un bandeau de soie sur les yeux. Un grand con, en somme, comme on en voit trop rarement en littérature.

Perlefter, c’est nous

La plus bête des erreurs serait de transformer ce roman en plaidoyer ou en pamphlet. Chacun sera prompt à voir en Perlefter un centriste, un macronien, un adepte de la « cancel culture », un de ces électeurs de François Fillon qui surveille les valeurs morales et boursières avec la même vigilance. Fausse route. Nous sommes tous dans le viseur de Joseph Roth. Perlefter, c’est nous. Nous, élevés dans le confort matériel, loin des conflits meurtriers, englués dans les considérations individuelles, sortis de l’Histoire pour entrer dans les journées de commémoration ou de déboulonnage. Au moins, le bourgeois du roman avait-il ses raisons, la boucherie de la Première Guerre mondiale glaçait encore le sang et les consciences de 1929. Il marchait en somnambule vers un autre précipice et nous le jugeons pour cette raison, sûrs de notre clairvoyance de borgne. Mais, nous, vers quel gouffre marchons-nous, avec notre air supérieur ? Impossible à dire : le roman est inachevé. C’est la dernière ruse de Joseph Roth.

Joseph Roth, Perlefter, histoire d’un bourgeois, Robert Laffont, 2020.

Perlefter, histoire d'un bourgeois: Romans et nouvelles

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La laïcité ne peut être aimée, si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée

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"Le plus beau métier du monde", film de Gérard Lauzier (1996) © NANA PRODUCTIONS/SIPA Numéro de reportage: 00437842_000003.

 


Dans une École devenue un désert des cœurs et des esprits, l’islamisme radical peut prospérer. Contre le séparatisme, il faut faire de nouveau aimer la France.


Seuls s’étonnent ceux qui veulent bien s’étonner. L’assassinat de Samuel Paty est ignoble et choquant, notamment par son mode opératoire d’une spectaculaire abjection, mais il est la suite logique des nombreux autres meurtres, tout aussi scandaleux, qui nous frappent depuis une décennie. Des Juifs ont été tués – et parmi eux des enfants –, des policiers ont été tués, des journalistes ont été tués, un prêtre a été tué, des Français ont été tués, lors d’attentats de plus ou moins grande envergure qui ponctuent désormais couramment la triste actualité des dix dernières années. C’est aujourd’hui un enseignant qui est tombé. Et demain ? Un maire, un responsable politique ? Un boucher qui vend du porc, quelqu’un qui lit Voltaire sur un banc public, une fille qui s’habille trop court, quelqu’un qui allume une cigarette sur un trottoir pendant le ramadan ? L’islamisme, lorsqu’il ne rencontre pas d’obstacles, n’a aucune limite dans son projet de conquête sociale et politique. Et ses thuriféraires ont bien compris que la stratégie du chantage et de l’intimidation, comme dans tous les totalitarismes, paralyse la riposte. Que dire de cette France de 2020 où on peut massacrer au nom de l’islam sans rencontrer de réponse à la hauteur des faits ? Qu’ont pu penser, lors du massacre de la rédaction de Charlie en 2015, les journalistes algériens réfugiés ici dans les années 90, dont les confrères avaient été tués par les islamistes et qui subissaient eux-mêmes les menaces de mort du GIA ? Je connais bien l’un de ces journalistes d’Alger, qui a fui la terreur de son pays pour retrouver aujourd’hui, avec un immense chagrin, ses promoteurs sur le sol français.

Des années de propagande anti-raciste ont amené à faire passer la critique légitime d’une religion pour l’expression d’un racisme coupable

La naïveté, le déni, la complaisance et la lâcheté ont permis d’en arriver là. Beaucoup d’hommes politiques, de journalistes et de citoyens sont comptables du désastre, plus zélés à pourchasser et diaboliser ceux qui, depuis longtemps déjà, pointent avec une courageuse ténacité les dangers de l’islamisme, qu’à œuvrer à la dénonciation et à la défaite d’un ennemi mortel. Plutôt que de faire le jeu de qui-vous-savez, il valait mieux détourner les yeux et laisser l’islam radical gagner tous les terrains, quitte à supporter de temps en temps quelques morts, comme un tribut dont se nourrit la bête immonde et qu’on semble bien vite oublier après les célébrations d’usage. Chamfort l’écrivait en son temps : en France, « on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin ». Aujourd’hui, trois jours après l’assassinat de Samuel Paty, certains osent crier à la récupération politique. Au mépris d’une réalité pourtant obstinée, leur priorité est de condamner, non pas les attentats et l’idéologie qui les sous-tend, mais ce qu’ils nomment la fachosphère, accusée de dénoncer un ennemi fantasmé et d’hystériser le débat. On croit rêver.

⅓ des professeurs dans l’autocensure

Le déni et la lâcheté, on les trouve aussi au sein de l’institution scolaire aujourd’hui directement touchée. Tout le monde semble redécouvrir le rapport Obin de 2004, dans lequel un inspecteur général de l’Éducation nationale recensait les nombreux manquements à la laïcité liés à la foi, rapport qu’on s’est empressé d’enterrer : Jean-Pierre Obin y relevait pourtant le refus de certains élèves, lors de sorties scolaires, de pénétrer dans les églises, même transformées en musées, le refus de tracer le signe « plus » en mathématique, trop proche de la croix chrétienne, le rejet de l’enseignement de la Shoah, le rejet de l’étude des auteurs des Lumières, le rejet de la théorie de l’évolution, et j’en passe. Les Territoires perdus de la République ne disaient pas autre chose en 2002, pointant notamment dans les écoles de banlieue l’antisémitisme grandissant et la haine de la France, mais on a préféré dire des auteurs de l’ouvrage qu’ils étaient dans l’exagération et donnaient dans l’islamophobie. Récemment, on apprenait que des parents refusent la lecture en classe de maternelle de l’histoire des Trois petits cochons, ou encore que des enfants de trois ans, chaque année à la rentrée de septembre, par un réflexe acquis dans la sphère familiale, se bouchent les oreilles lorsqu’on diffuse de la musique… Jean-Pierre Obin a récemment souligné que Daesh appelait dans une publication de 2015 à prendre pour cibles les fonctionnaires de l’Éducation nationale, accusés de dispenser des enseignements condamnables. Il est clair que les choses se sont aggravées en quinze ans et que, l’institution ayant fermé les yeux sur ces enquêtes de terrain pourtant très documentées, environ un tiers des professeurs, d’après un récent sondage, et davantage encore dans les zones classées REP, s’autocensurerait pour éviter les problèmes. Le nombre des manquements à la laïcité et des entraves à la liberté d’enseigner, dont Jean-Michel Blanquer se félicite de le voir stagner ces dernières années, ne permettrait pas un si bel optimisme si les enseignants s’autorisaient à traiter tous les sujets du programme sans précautions particulières… Dans certains endroits, il ne s’agit pas seulement de contenus d’enseignement, mais aussi de tenues vestimentaires : je me souviens d’une amie exerçant il y a vingt ans à Villejuif, qui me racontait avoir reçu des crachats dans le dos dans les couloirs de son établissement. Il faut dire que cette effrontée avait l’audace de s’habiller souvent en jupe. Pour résoudre le problème, son supérieur hiérarchique l’avait convoquée pour lui demander d’adapter son vêtement à la sensibilité des populations locales. Petit exemple de soumission ordinaire. 

L’assassinat d’un professeur au nom de l’islam sera-t-il suffisant pour ouvrir les yeux dans le corps enseignant ? Je n’en suis même pas sûre, au vu de l’idéologie dominante dans la corporation. Je suis depuis plusieurs années effarée par le déni et le relativisme de nombreux collègues lorsqu’il est question d’islamisme. À vrai dire, on en parle très peu en salle des profs, ou entre deux portes avec quelques collègues triés sur le volet : évoquer la question peut au mieux paraître incongru – quelle étrange préoccupation ! –, au pire rendre suspect de fascisme le plus humaniste des individus. Un échange avec un collègue de classes préparatoires, il y a plusieurs années, me semble un cas d’école, si je puis dire : pour faire bref et donner un aperçu de la vision de quelqu’un qui se dit avant tout « citoyen du monde », l’islam ne pose pas de problème en France, la plupart des musulmans sont modérés, le voile est un choix individuel qui ne dérange personne, et s’il y a quelques attentats de ci de là, c’est l’expression d’une révolte sociale somme toute bien légitime ou le fait de déséquilibrés. Renvoyons aussi dos à dos les violences de l’islam et du catholicisme, et le tour sera complet. C’est en fait la doxa de toute une frange de la population, surreprésentée chez les profs, pour qui le patriotisme équivaut peu ou prou au fascisme, pour qui la France ne signifie pas grand-chose en dehors des droits de l’homme et du confort matériel – et chacun peut bien penser et agir comme il l’entend du moment que son petit bonheur n’est pas menacé –, et qui se cache à elle-même sa logique purement individualiste sous les apparences généreuses de l’ouverture à toutes les différences. Évidemment, cette négation de l’identité de la France (et de l’Europe en tant que civilisation) est exactement celle des libéraux, Macron en tête, qui pensent les hommes comme des entités interchangeables dans un vaste monde dédié à la consommation. Là-dessus, on rachète son confort petit-bourgeois et sa mauvaise conscience de classe en réduisant les musulmans à des opprimés, victimes de l’exploitation et des discriminations systémiques, et par là dédouanés de la violence convulsive de certains d’entre eux. J’ai souvent entendu des professeurs après un attentat islamiste incriminer non pas la religion au nom de laquelle il était commis, mais la ghettoïsation des quartiers difficiles – alors même que tous les terroristes n’appartiennent pas aux classes les plus défavorisées –, par un tropisme de gauche qui appelle bien souvent l’excuse sociale. Edwy Plenel, référence d’une part non négligeable du corps enseignant, ne faisait-il pas pleurer en 2015 sur « l’enfance malheureuse des frères Kouachi » ? Et que dire du scandaleux amalgame, établi par le même Plenel et La France insoumise, entre le sort fait aux musulmans aujourd’hui en France et le traitement réservé aux Juifs dans les années trente ? Cette gauche qui infuse dans la corporation, alors même qu’elle s’est construite sur le rejet du catholicisme et continue sans risque de frapper son cadavre, se garde bien de fustiger l’islam, parce que c’est la religion de ceux qu’elle considère comme les nouveaux damnés de la terre, et parce que des années de propagande anti-raciste ont amené à faire passer la critique légitime d’une religion pour l’expression d’un racisme coupable. Les profs en 2020 sont des gens de leur époque, biberonnés depuis leur naissance à cette bouillie d’individualisme hédoniste et consumériste mêlé d’un antiracisme d’opérette (née dans les années soixante, j’ai moi-même baigné dans ce climat libertaro-gauchiste, et j’ai naïvement arboré à vingt ans la petite main « Touche pas à mon pote » de SOS Racisme… mais les « potes » étaient moins nombreux qu’aujourd’hui et ne défendaient pas furieusement l’idéologie de haine dont on voit maintenant les manifestations brutales). Voilà pourquoi notre École est muette : le confort individuel et la culpabilisation morale expliquent en partie pourquoi les profs face à l’islamisme sont dans le silence, l’aveuglement ou la soumission, aveuglement et soumission soigneusement entretenus par les journaux dits de référence qu’ils lisent unanimement. Il est d’ailleurs intéressant de constater que dans le CDI des établissements scolaires ne figurent à disposition des élèves que ces titres de presse largement consensuels dans leur propagande multiculturelle et dans leur chasse aux « fachos », l’audace politique des documentalistes leur permettant d’aller jusqu’au Figaro pour penser faire contrepoids.

Orientation univoque des manuels et des programmes

Et que dire des manuels scolaires et des programmes, qui n’apprennent pas grand-chose, et surtout pas à aimer la France ? Susciter cet amour, en tout cas en rendre possible l’émergence, me paraîtrait pourtant urgent dans le contexte actuel d’une détestation qui, pour n’être pas unanime, n’en est pas moins toxique et dangereuse. J’ai rarement entendu les collègues d’histoire critiquer les orientations univoques et contestables des programmes qu’ils enseignent. La simple consultation des manuels scolaires révèle pourtant dans l’approche historique la minimisation de tout passé glorieux de la France, quasiment réduite à la pratique de l’esclavage, de la colonisation et de la collaboration. Les cours d’EMC (Éducation Morale et Civique), généralement dispensés par ces mêmes professeurs d’histoire, amènent les élèves à travailler, au mépris de toute réalité de principe et de fait, sur les inégalités inhérentes à la société française, actant par là l’idée que celle-ci repose par essence sur la discrimination de race et de sexe. Tout le monde pourra constater que sont nombreuses à intervenir dans le milieu scolaire les associations militantes LGBT et antiracistes, au rang desquelles l’association d’Assa Traoré, un temps autorisée par l’institution à répandre en banlieue la haine du flic et de l’homme blanc, accusés de violence et de racisme consubstantiels. Beaucoup de professeurs ont intégré ce discours de repentance, porté à l’incandescence par des indigénistes soucieux de faire prospérer leur fonds de commerce victimaire dans l’un des pays pourtant les plus généreux au monde : ils trouvent à leurs revendications une résonance médiatique qui leur octroie un pouvoir de nuisance réel dans une université de plus en plus acquise à leurs causes. Comment, dans ces conditions, alors que l’école et les médias relaient complaisamment cette vision, transmettre aux jeunes élèves l’amour du pays qui les a vus naître ou les a accueillis ? Comment ne pas rendre la France haïssable, en occultant de la sorte les grands hommes et les hauts faits qui constituent aussi son histoire, en la ramenant sans cesse et seulement aux versants les plus sombres de son passé ?

Finalement l’école, par ce type de renoncement, laisse un grand vide dans l’esprit et le cœur des élèves, quels qu’ils soient. Et ce ne sont pas les invocations à la laïcité, réitérées ces derniers jours, qui pourront occuper cette vacance. La laïcité, pur produit de l’histoire française, ne peut être aimée si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée. Invoquer la République ne me paraît pas non plus suffisant pour concurrencer les visées de l’islam politique et la place prépondérante de la religion dans les plus jeunes esprits. On sait par un récent sondage qu’environ soixante-quinze pour cent des musulmans de moins de vingt-cinq ans placent leurs convictions religieuses au-dessus des lois de la République. J’ai déjà croisé, dans un lycée qui ne se trouve pas en zone sensible, des élèves dont la seule lecture était celle du Coran ; j’ai aussi le souvenir d’un élève, rétif à toutes les règles imposées en classe, qui m’avait fait comprendre un jour, par un geste sans équivoque vers le ciel, que la seule autorité à laquelle il se soumettait, celle d’Allah, était bien supérieure à la mienne. Le recours aux « valeurs de la République » est inopérant dans un tel contexte. Si un certain nombre d’élèves n’étaient pas Charlie en 2015 et ne le sont toujours pas, c’est parce qu’ils ne se sentent pas Français – et la République n’a pas grand-chose à voir dans cette désaffection : ce n’est pas la République qu’ils n’aiment pas, c’est la France qu’ils haïssent. La République est un mot creux qui recouvre des réalités bien différentes, puisqu’il existe des républiques (islamiques, communistes) qui sont des dictatures, et des monarchies qui sont des démocraties… et sa seule invocation ne peut soulever les cœurs. Qu’y a-t-il de commun entre la Troisième République et la nôtre ? Les hussards noirs de la fin du XIXème siècle auraient bien du mal à reconnaître dans l’école de la Cinquième République la rigueur de leurs exigences et le patriotisme qu’ils étaient censés transmettre. Que peuvent signifier la République et ses valeurs, que peut signifier la laïcité, si leur incantation devient un mantra vidé de substance et déconnecté de l’âme, de l’esprit et de la chair de ce pays ? Il est significatif qu’Emmanuel Macron, lors de l’hommage à Samuel Paty à la Sorbonne, ait insisté sur la création de citoyens par l’École, comme si l’identité française se limitait à une simple appartenance républicaine. Le gavage citoyen sans l’amour de la France, l’adhésion mécanique à des valeurs abstraites sans la transmission d’un génie français incarné, restent des coquilles vides. Mais en tant que professeur, comment transmettre l’amour d’un pays qu’on a soi-même renoncé à aimer ? L’islamisme qui tient lieu de tout peut prospérer dans ce désert des cœurs et des esprits. 

Réarmer moralement le pays, désigner l’ennemi

Je n’ai pas rejoint les rassemblements qui ont suivi l’ignoble assassinat du professeur de Conflans. Ma tristesse ne peut faire taire ma colère, vis-à-vis des terroristes bien sûr, mais pas seulement. J’en veux terriblement à tous ceux qui ont pratiqué le déni depuis trente ans, parmi lesquels beaucoup d’enseignants : la gauche qu’ils soutiennent s’est rendue complice en niant les problèmes, dans un mélange d’électoralisme cynique et d’idéologie, tout en réduisant au silence les lanceurs d’alerte par l’accusation de racisme et d’islamophobie. Le sempiternel « padamalgam » entendu après chaque attentat a fait le lit de l’islam radical et couvert sa progression depuis des années. Bizarrement, ceux qui font preuve de la plus grande virulence contre des catholiques inoffensifs ont fait profil bas devant les dérives d’un islam conquérant de plus en plus visible. Que penser de cette gauche qui livre sans scrupule une partie de la population à l’obscurantisme et qui taxe de racisme ceux qui voudraient l’en extraire ? 

Il était pour moi hors de question de manifester aux côtés de syndicats enseignants qui, dans les textes de mobilisation envoyés sur nos messageries professionnelles, n’osent toujours pas, encore aujourd’hui, employer le mot « islamisme ». Même Emmanuel Macron martèle désormais ce terme, sans doute pour racheter des années d’élégante pudeur autour d’attentats terroristes dont le pouvoir taisait l’origine, au grand dam d’une importante frange de la population exaspérée d’être la seule à voir et à nommer le mal (espérons que la récente profération présidentielle n’amène pas à différer, voire à remplacer, l’indispensable action politique). Quasiment tous les syndicats évoquent des notions prudemment générales telles que le terrorisme et la barbarie, ou encore le fanatisme religieux, sans nommer la religion qui le promeut ; il faut ainsi combattre les obscurantismes, « quels qu’ils soient », faisant accroire qu’il en est aujourd’hui venant d’horizons divers et variés. Ou comment appeler à lutter contre un ennemi qui n’est toujours pas désigné ! Certains mettent d’ailleurs en garde contre les « amalgames nauséabonds », les discriminations et toute instrumentalisation des « forces réactionnaires », n’ayant toujours pas compris que c’est de ce discours culpabilisant que nous crevons aujourd’hui, puisque l’islam politique utilise le discours victimaire pour museler les oppositions. On n’est pas loin de la formule délétère « Vous n’aurez pas ma haine », qu’on a pu lire après le massacre du Bataclan sur les pancartes ou sur la couverture d’un livre, singulière façon de s’interdire toute réaction face à la haine de l’autre. Ces syndicats enseignants, au nom d’un vivre-ensemble dont on voit tous les jours les effets, cautionnent peut-être l’éloquente et malheureuse expression « Victime de son héroïsme », par laquelle la mairie de Paris a cru rendre hommage à Arnaud Beltrame. On ne s’y prendrait pas autrement si on souhaitait désarmer, intellectuellement et moralement, un pays tout entier. Et je trouve assez indécent qu’on aille ensuite pleurer la mort d’un professeur que trente années d’incurie politique et de castration idéologique ont rendue possible. « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », fait-on dire à Bossuet.

L’école n’est plus un sanctuaire

Enfin, l’institution scolaire elle-même ferait bien de se regarder en face. Si on a pu porter atteinte à un enseignant, si certains élèves ont pu, moyennant quelques centaines d’euros, le signaler à son futur agresseur à la sortie du collège, c’est que le Professeur a été destitué. Et il l’a d’abord été par l’École elle-même. Dans la mouvance de mai 68 et par un travail de sape qui n’a pas cessé depuis, on a déconstruit la figure du maître : ministres successifs, pédagogistes, syndicats, associations de parents, mus par une même idéologie égalitariste, ont œuvré main dans la main. On a voulu assimiler l’autorité du professeur, pourtant intellectuelle et morale, à un exercice de la contrainte quasi fascisant, et faire de la parole de l’élève, dans un souci d’horizontalité, l’équivalent de celle du maître : puisque tout se vaut, comment s’étonner que beaucoup de jeunes gens aujourd’hui n’établissent pas de différences entre ce qui relève d’un savoir objectif, légitime en tant que tel, et ce qui relève de la croyance ou de l’opinion ? Comment s’étonner, lorsqu’on a donné la parole aux élèves sans leur fournir d’abord les outils linguistiques et culturels pour penser le monde, que règnent l’incompréhension, les malentendus et les préjugés ? Comment s’étonner qu’ils n’aient aucun recul critique sur ce qu’ils sont, sur ce qu’ils croient, ni aucune estime pour celui qui incarne un savoir dévalué ? Si le professeur a perdu son aura, si la verticalité de la transmission a été méticuleusement mise à mal, on a permis au disciple de ne plus le considérer, et par là de déconsidérer et de contester le contenu même de son enseignement. Le respect de principe qu’il suscitait autrefois a disparu, et les enfants comme leurs parents se sentent autorisés à remettre en cause, dénoncer, bousculer, y compris physiquement, organiser des cabales, dans un lieu qui a cessé d’être un sanctuaire. Tout concourait depuis longtemps, dans et par l’École, à un tel effondrement. C’est aussi ce qui a tué Samuel Paty.

Les territoires perdus de la République

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Barbie contre le “privilège blanc”

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Image capture d'écran YouTube.

« Ce n’est pas facile d’en parler » témoigne Barbie. La poupée Mattel à la plastique parfaite explique soutenir le mouvement Black lives matter


C’est une vidéo devenue virale dans un pays secoué par de régulières manifestations organisées par le mouvement Black Lives Matter. Dans un des récents épisodes de l’émission Web Barbie, la célèbre poupée internationalement connue a rappelé l’importance de la lutte contre le racisme dans le monde et abordé la question du « privilège blanc ». Une prise de position qui a suscité quelques interrogations aux États-Unis.

Son vlog sur le réseau social YouTube compte pas moins de 10 millions d’abonnés. La poupée Barbie est devenue une véritable influenceuse virtuelle qui s’adresse à un public de tout âge, race et sexe. Elle y discute très sérieusement de divers sujets  mais sur un ton qui lui est propre. Intitulée « Barbie et Nikki discutent de tout », l’émission a été un buzz inattendu le 7 octobre dernier. La poupée a expliqué à ses followers que « des millions de personnes s’étaient levées dans le monde entier afin de lutter contre le racisme et l’injustice », précisant que même si « ce n’était pas facile d’en parler, il fallait justement l’évoquer au nom de tous ces gens blessés par d’autres à cause de leur couleur de peau ». Et pour appuyer le tout, la poupée Barbie s’est adjoint les services de son amie, Nikki, une afro-américaine qui n’a pas hésité à partager ses propres expériences en matière de racisme ordinaire. « Barbie et moi avions organisé un concours de vente d’autocollants sur la plage le mois dernier. Nous nous sommes séparées afin de voir laquelle de nous deux en vendraient le plus et je me suis fait arrêter trois fois par la sécurité de la plage » raconte Nikki. L’amie de Barbie regrette de devoir toujours faire face aux préjugés, même lorsqu’elle démontre qu’elle est aussi capable de remporter des concours que n’importe quelle personne blanche, « sans avoir bénéficié de passe-droits ». S’attaquant ici à la question délicate du privilège blanc dénoncé quotidiennement par le Black Lives Matter. 

A lire aussi: Megan Rapinoe: la footballeuse « progressiste » qui défie Donald Trump

Plus d’une fois attaquée pour ne pas montrer assez de diversité au sein de l’univers Barbie, la société Mattel, qui commercialise la poupée, a publié un communiqué expliquant que le « but de cet épisode mis en ligne, avait été pensé pour aider les jeunes filles à comprendre les raisons de la naissance de cet énorme mouvement de lutte contre le racisme. Et de les inciter à en apprendre plus sur l’histoire des afro-descendants ou de susciter des débats avec leur famille ». 

L’histoire ne nous dit cependant pas ce que pense Ken, le compagnon de Barbie, de cette prise de position assumée par la poupée à la plastique parfaite.

Drieu Godefridi: « Selon moi, Trump gagnera »

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Le président Donald Trump en campagne pour sa réélection, le 26 octobre 2020 à Martinsburg en Pennsylvanie © SAUL LOEB / AFP

Selon Drieu Godefridi, auteur belge, notamment de La Révolution Trump aux éditions Texquis, Trump gagnera les élections présidentielles américaines du 4 novembre prochain. Entretien avec un pro-Trump convaincu, toujours persuadé que son cheval de course préféré va rempiler pour un nouveau mandat, quand plus grand monde n’y croit.


 

Aurore Van Opstal. Nous sommes à J-7 des présidentielles américaines, quel est votre pronostic ?

Drieu Godefridi. Les indicateurs objectifs me paraissent pointer la plupart vers une réélection de Trump ; parmi lesquels : le nombre de nouveaux votants Républicains, la proportion Républicains/Démocrates nouvellement affiliés dans les États-clefs, l’enthousiasme indéniable de ces foules immenses qui se déplacent aux meetings de Trump quand Biden peine à rassembler 50 personnes, les calamités innombrables qui s’abattent sur le malheureux Biden… En dehors des sondages “nationaux” — qui ne veulent rien dire dans une élection qui se joue par États — je ne vois rien de signifiant qui pointe dans le sens de Biden.

Drieu Godefridi, auteur de "La Révolution Trump" aux éditions Texquis.
Drieu Godefridi, auteur de « La Révolution Trump » aux éditions Texquis.

Biden est un homme en fin de course, dont les déclarations aberrantes se multiplient

L’historien Allan Lichtman prévoit une défaite de Trump. Ses prédictions politiques sont exactes depuis 1984. Il se base sur son modèle en 13 clés, qui prend en compte plusieurs facteurs, dont l’économie, le climat social, le mandat, les scandales ou encore le charisme de candidat. Quelle est votre réaction à cette prévision de l’oracle Lichtman ?

La première question à se poser quand un expert sort une étude-maison est : quel est le degré de subjectivité des critères mis en œuvre ? Le “climat social”, les “scandales”, le “charisme” me semblent des critères peu quantifiables, donc arbitraires. De plus, donnerait-on l’avantage, en prime face, à Biden, sur ces trois critères ? Cela me paraît téméraire. Les Madame Soleil qui ne se trompent jamais m’évoquent immanquablement les sondages qui donnaient Mme Clinton gagnante à 95% la veille de l’élection en 2016.

Biden a-t-il fait une bonne campagne ?

Biden n’a pas fait campagne. Il a décidé de rester chez lui, dans son sous-sol. Cela me semble résulter à la fois d’une nécessité physique et mentale — Biden est un homme en fin de course, dont les déclarations aberrantes se multiplient ; hier il appelait Trump “George” deux fois d’affilée sans se rendre compte de son erreur — et d’un calcul qui se défend : laisser Trump monter contre lui tous ceux qui, par aversion pour le Républicain, voteront Biden. Cette stratégie n’est pas stupide, car Biden n’a jamais été le premier choix de personne : les primaires démocrates en témoignent. La campagne de Biden est tout en annonces publicitaires ; classiques et digitales — plus le soutien de la majeure partie de la presse, qui lui est acquise sans bourse délier. Il est vraisemblable que les dépenses finales de la campagne Biden seront les plus démesurées de l’histoire politique américaine. Même sur le terrain — en porte-à-porte — les équipes Biden sont absentes, laissant jusqu’il y a peu aux Républicains — quant à eux fort présents sur le terrain — le monopole de ces entretiens sur le mode convivial. Toute cela fait une campagne bien contrastée et quelque peu surréaliste. Rappelons que, déjà en 2016, les dépenses de la campagne Clinton étaient considérablement supérieures aux dépenses de la campagne Trump, avec les résultats que l’on sait.

Au-delà de ses promesses de campagne, quelles politiques nouvelles de Trump pouvons-nous attendre en cas d’un deuxième mandat ?

La réélection de Trump lui permettrait d’aller au bout de sa logique à la fois en politique intérieure et internationale : dérégulation, baisse des impôts, juges conservateurs respectueux de la Constitution des États-Unis, domination énergétique, domination militaire, renouveau de la classe moyenne, la carte de l’Orient constellée de nouveaux accords de paix, renvoi de l’Europe à ses propres responsabilités. Autant dire qu’on changerait d’époque, cette fois pour de bon et sans espoir de retour en arrière. Serait-ce forcément un mal, y compris pour l’Europe ? Il faut bien mesurer que, sur le terrain international, on assiste à un changement de paradigme qui sera structurant des décennies à venir : isolement de l’Iran — contrepied parfait de la politique Obama, désastreuse dans ses effets d’habilitation d’un régime terroriste — miser sur l’Arabie saoudite et tresser des accords de paix bilatéraux avec Israël, jusqu’au Soudan. Qui entrevoyait la possibilité des Accords d’Abraham il y a un an ? Le legs de l’administration Trump dans les relations internationales est considérable ; un second mandat en garantirait la pérennité. On songe également au désengagement progressif des troupes américaines des nombreux conflits, souvent sans issue, où les avaient immergées les administrations précédentes, Républicains comme Démocrates. Sans compter le possible désengagement américain de l’OTAN : les Républicains ne souffrent plus le désinvestissement militaire endémique des Européens, car cela revient très littéralement à faire payer la défense européenne par le contribuable du Kentucky et de l’Oklahoma. Mundus senescit, disait Grégoire de Tours.

La révolution Trump

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Isabelle Saporta: « Les maires EELV devraient être modestes et travailler »

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Isabelle Saporta © Hannah ASSOULINE

Éditrice à Fayard, la compagne de Yannick Jadot s’est fait connaître en publiant de vastes enquêtes sur la malbouffe, la viticulture ou les coulisses de l’agriculture. Elle s’attaque dans son dernier ouvrage aux normes administratives. Très critique des maires EELV récemment élus, elle se défend de vouloir verser dans le populisme “vert”.


Causeur. Êtes-vous infiltrée à EELV pour préparer votre prochaine enquête-scandale ?

Isabelle Saporta. Non. (Rires) Je ne suis pas infiltrée à EELV, car je n’y suis pas du tout. Je n’ai jamais été encartée de ma vie. Lors des municipales à Paris, je me suis battue pour faire exister une coalition climat capable de rassembler des personnalités différentes. Je n’ai pas renoncé à faire de la politique. Je pense d’ailleurs en avoir toujours fait, même si je n’en dépends pas financièrement. La politique est aujourd’hui le travail de ceux qui se présentent et ils n’ont pas envie de le perdre. Je le comprends, mais ce n’est pas ma vision.

J’aime pouvoir réfléchir en dehors des cadres. J’aime garder une totale liberté de ton et de parole. Surtout, j’aime pouvoir parler à qui je veux. Je ne sais pas si les partis politiques sont définitivement dépassés, mais quand on écrit des livres, c’est précisément pour essayer de convaincre le plus grand nombre, indépendamment de la manière dont chacun vote. Je ne suis ni de droite ni de gauche, je suis écolo !

Mais vous publiez un bouquin de droite ! Vous y dénoncez les centaines de milliers de normes françaises aussi bien que le ferait Agnès Verdier-Molinié. C’est à chaque page la bureaucratie parisienne contre les solutions et le « bon sens » des provinciaux.

Au-delà des normes, mon livre s’attaque surtout à la technostructure, à son inclination à l’instabilité réglementaire et au manque de pérennité dans les subventions. Il y a trop d’étages en France. Après le Haut-Commissariat au plan confié à François Bayrou, on vient de nous rajouter une épaisseur de plus avec les sous-préfets à la relance, de jeunes diplômés placés sous le contrôle d’Amélie de Montchalin. Ne pouvait-on pas laisser les régions, les maires gérer les choses ? En France, pour chaque problème, on crée une nouvelle autorité administrative. Ces autorités sont toujours composées des mêmes : des gens qui viennent du Conseil d’État, de la Cour des comptes, de l’Inspection des finances, bref des énarques. Ce sont les mêmes gens qui aspirent à entrer dans les cabinets gouvernementaux. Il faut être capable de casser le moule et donc de casser l’ENA. La technostructure n’est pas à la hauteur, je vous rappelle nos déboires pendant le Covid. L’avenir de la France, ce sont les régions et donc les maires. Si je me suis énervée contre les maires écolos, c’est parce qu’on attend beaucoup d’eux.

À lire aussi, Élisabeth Levy : Trois Verts, bonjour les dégâts!

Il y a un petit côté populiste dans cette dénonciation de « la caste qui paralyse notre pays ». Vous verriez-vous incarner l’écologie populiste aux côtés de Yannick Jadot ?

J’appelle de mes vœux une écologie populaire. Selon moi, ce n’est pas populiste. C’est la gauche qui a un problème si elle s’est coupée des milieux populaires.

Yannick Jadot, c’est Yannick Jadot, et je suis moi. Je suis engagée depuis vingt ans, mes livres m’ont coûté cher et m’ont valu des procès. Il faut en finir avec cette image de la femme qui n’aurait plus de neurones dès qu’elle est en couple. J’ai 44 ans et je garde ma propre ambition.

D’où est partie la fronde des Gilets jaunes ? D’une énième taxe sur l’essence. Ce mouvement ne disait pas « on a envie de polluer », mais plutôt « on est dans la France de la diagonale du vide, on est abandonnés ». On ne peut pas retirer aux gens la voiture en les traitant de pollueurs, sans trouver de contrepartie.

 Les polémiques du sapin de Noël ou du Tour de France sont absurdes. J’ai parlé d’un mépris de classe et je le maintiens.

Reste que vous faites partie de la famille écolo. Certains propos et décisions des nouveaux élus EELV ont défrayé la chronique. Mais il est interdit de les qualifier de « khmaires » verts ou d’ayatollahs de l’écologie…

Je n’ai pas de liens fréquents avec ce parti. Je ne fréquente pas les élus en question. Les polémiques du sapin de Noël ou du Tour de France sont absurdes. J’ai parlé d’un mépris de classe et je le maintiens. Jacques Boutault, élu à Paris, dit que ce sont des chômeurs avachis sur leur canapé qui regardent le Tour de France. Le Tour de France est au contraire une fierté pour tous les villages qu’il traverse. La France coule dans mes veines et j’aime ce qui la constitue. Je ne sais pas comment le maire de Lyon ou M. Boutault pensent, mais je ne vois pas comment ils comptent emmener les Français derrière eux vers la transition écologique après leur avoir craché au visage.

Isabelle Saporta.© HANNAH ASSOULINE
Isabelle Saporta.© HANNAH ASSOULINE

Pour rappel, à Grenoble, le maire pense que les Français attendent le déploiement de la 5G pour regarder du porno dans les ascenseurs. À Lyon, le maire envisage de ne plus accueillir le Tour, s’il n’y a pas aussi une course féminine. Le maire de Bordeaux ne veut plus d’un « arbre mort » qui lui fait honte. Quiconque n’est pas de son avis est en outre qualifié de facho. Et ajoutons le maire de Colombes qui compare des opérations de police à la rafle du Vel d’Hiv’. Ces bigoteries un peu bobo sont largement rejetées. On finit par se dire qu’ils n’aiment pas la France.

Je ne sais pas s’ils n’aiment pas la France. En fait, simplement, je ne les comprends pas. Ma colère ne vient pas tant de ces polémiques, qui ne sont pas très intéressantes, que du fait que ce n’est pas là qu’on les attend. Ils ne sont plus chef de section ou chef de parti. Élus de la République, ils ne parlent plus à des militants, mais à des concitoyens, même à ceux qui n’ont pas voté pour eux. Ils ne peuvent pas braquer les gens, les mépriser et espérer les convaincre. Ça n’a pas de sens.

La transition énergique, la rénovation thermique, la fin de l’incinération de nos déchets, la végétalisation des villes, le renouveau des transports, la réinvention du rapport avec les banlieues, le Grand Paris ou le Grand Bordeaux, ce sont des chantiers colossaux. Qui demandent une adhésion de la population. Quand on voit le taux d’abstention, avec 60 % aux municipales, il convient d’être modeste et de travailler.

En revanche, à Causeur, vous prétendez qu’il n’y a pas de vague verte. Mais quand on voit Bordeaux, Marseille, Strasbourg ou Lyon, vous ne pouvez pas nier qu’il y a une très forte envie d’écologie dans les métropoles. Il faut transformer cette envie en véritable phénomène national. Il ne faut pas laisser croire que l’écologisme est fait pour le bobo urbain.

Greta Thuberg à la commission de l’environnement du Parlement européen, 4 mars 2020. © European Union 2020/EP
Greta Thuberg à la commission de l’environnement du Parlement européen, 4 mars 2020. © European Union 2020/EP

En attendant, l’écologie politique n’est-elle pas vouée à l’échec par sa volonté obsessionnelle d’être à gauche ? Dénoncé comme un réac par son camp, Jadot refuse de nous parler, par peur de voir son image droitisée. Si c’est comme ça qu’il rassemble…

Pardonnez-moi de vous répondre un peu sèchement, mais je ne suis ni la porte-parole ni l’attachée de presse de Yannick Jadot. Je vous parle. Et je continuerai à parler à tout le monde, car je pense qu’il faut convaincre ceux qui ne le sont pas encore. Et briser l’entre-soi.

L’écologie ne peut pas être un championnat de collapsologie ou de décroissance

Reste à résoudre une équation impossible : comment concilier croissance économique et transition écologique ? Même s’il est agaçant de voir des élus boire les paroles de Greta Thunberg comme celle du Messie, on peut comprendre qu’ils jouent sur la peur de l’apocalypse pour mobiliser.

L’écologie ne peut pas être un championnat de collapsologie ou de décroissance. J’ai deux enfants et j’aspire pour eux à un monde meilleur, à un futur. Par ailleurs, la transition écologique pourrait au contraire générer une très belle croissance économique, pourvoyeuse d’emplois indélocalisables. Par exemple, pour la rénovation thermique des seuls bâtiments publics, il faudrait 12 milliards d’euros par an pendant trois ans ! Cela créera 600 000 emplois en France. Et si on fait la même chose pour les bâtiments privés, à hauteur de 30 milliards pendant dix ans, ce seront 1,5 million d’emplois supplémentaires.

On ne peut pas donner pour seul horizon à notre jeunesse et à la population la vision de la fin du monde. Il faudra aussi réimplanter les industries. En France, les énarques ne s’intéressent pas à l’industrie, on ne peut pas continuer comme ça. Cela demande beaucoup d’ambition politique. Nous devons agir aujourd’hui pour construire des champions européens pour les transitions énergétique, médicale ou sanitaire. Au lieu de rejeter les nouvelles technologies comme la 5G, les écologistes devraient se saisir des opportunités qu’elles recèlent : par exemple, la 5G peut aider à combattre les déperditions d’eau (il y en aurait jusqu’à 20 % aujourd’hui). Le rapport de l’Arcep sur la 5G, très attendu, est primordial. Pour autant, et dans le même temps, nous devons œuvrer à la création d’un champion européen de la 5G ! Il faut réfléchir, mais il faut avancer.

Nous ne devons pas pleurer avec Greta Thunberg, mais nous retrousser les manches pour œuvrer à une transition énergétique créatrice d’emplois, pour accompagner les paysans vers une autre agriculture moins consommatrice de pesticides. Pour repenser et relocaliser des emplois pérennes dans nos régions. J’écris pour fournir des armes aux militants engagés.

Isabelle Saporta, Rendez-nous la France !, Fayard, 2020.

Rendez-nous la France !

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Marcel Gauchet : « La République, c’est ce qui reste de l’identité de ce pays »

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Marcel Gauchet. © Capture d'écran de l'émission REACnROLL du 1er Octobre 2020

« Créolisée » par Jean-Luc Mélenchon, « encostumée » par Jean-Michel Blanquer, panthéonisée par Emmanuel Macron, la République fait, malgré son jeune âge, profondément partie de l’identité française. Marcel Gauchet et Élisabeth Lévy en ont parlé sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Une heure d’émission est à retrouver sur la chaîne.


Causeur vous propose de lire un extrait de l’entretien d’une heure que Marcel Gauchet a réservé à Élisabeth Lévy sur RNR.TV (disponible sur abonnement, 5€ par mois seulement).

Élisabeth Lévy. La République ! Le mot est partout mais nécessite quelques éclaircissements. En quelques semaines, nous avons le président qui a fêté le 150ème anniversaire de la République, Jean-Luc Mélenchon en a lui célébré le 228ème anniversaire, et Jean-Michel Blanquer a appelé les élèves à avoir à l’école des tenues républicaines. Nous ne cessons d’invoquer la République, de brandir nos grands sentiments républicains à tout bout de champs, mais qu’est-ce que la chose ? On est un peu perdu. Expliquez-nous, Marcel Gauchet, est-ce que c’est un régime politique ? Un esprit ? Une mythologie ?

Marcel Gauchet. C’est là une très vaste question, qui pourrait nous emmener loin.  D‘abord, observons que ce mantra obsessionnel est le fruit du vide de tout le reste. Il ne nous reste que la République. Aucun autre identifiant politique ne fonctionne plus, même si la « gauche » ou la « droite » [sont des concepts] qui marchent encore vaguement. Ceux qui se prétendent de gauche ont peur qu’on dise qu’ils ne sont pas vraiment de gauche, et ceux de droite qu’ils ne sont pas vraiment de droite, donc c’est très difficile de faire fonctionner ces deux derniers identifiants.

À lire aussi, Yvon Ollivier : Sous les rodomontades, le renoncement à la République?

Elisabeth Lévy (le coupant). Quoi que ceux qui sont de droite ont aussi peur qu’on leur dise qu’ils ne sont pas de gauche, notez bien !

Marcel Gauchet. L’un et l’autre ne s’excluent pas ! Bref: il y a la République providentielle au milieu. Il n’y a plus de socialistes, le libéralisme ça ne s’assume pas trop. Dès lors, où sont les identifiants politiques ? Il n’y en a qu’un qui reste, donc on se le dispute âprement. La pauvre République est obligée d’habiller tout le monde. Dans cette dispute, le choix par Nicolas Sarkozy de rebaptiser l’UMP par « Les Républicains » est à ce titre remarquable. (…) Mais à mesure que tout un chacun se définit comme républicain, moins on sait ce que cela veut dire…

Au menu de cette émission :
– La République et la laïcité
– Le déclin du modèle français
– Les maires écologistes
– L’identité politique de la France

Élisabeth Lévy. D’ailleurs, il y a cette expression populaire « Après tout on est en République », qui revient à dire que nous avons notre mot à dire.

Marcel Gauchet. L’explication est assez simple, même si derrière ce cache un abime de complexité historique. La République c’est ce qui reste de l’identité politique de ce pays, c’est au fond la partie solide d’un héritage historique contre lequel personne n’ose se porter. Même des royalistes très sympathiques comme ceux de la Nouvelle Action royaliste, menée par Bertrand Renouvin, sont des monarchistes républicains !

Élisabeth Lévy. C’est vrai qu’ils le disent comme ça.

Marcel Gauchet.  Ce n’est d’ailleurs pas absurde, la République au cours de son Histoire en est venue, grâce à de Gaulle, à absorber l’héritage monarchique…

>> Retrouvez la suite de ce débat sur REACnROLL (5€ par mois) <<

L’étrange drame d’être une femme

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« Femme battue » de Claudia Masciave.

Une exposition itinérante de photos signées Claudia Masciave a pris place en divers points de Bordeaux pour tenter de répondre à la question: comment l’art peut-il permettre aux femmes de se réapproprier leur image?


L’art est-il en train de s’uniformiser au nom des grands courants idéologiques contemporains que sont, notamment, l’écologie et le néoféminisme ? On serait tenté de le croire au vu des innombrables expositions qui accordent toute leur attention aux questions environnementales et sociétales, comme si l’art était irrémédiablement soumis à l’air du temps, sans possibilité de faire un pas de côté pour regarder le monde autrement qu’avec les lunettes de la doxa dominante. L’exposition itinérante proposée à Bordeaux par L’Agence Créative en est une illustration assez édifiante. Ses objectifs – mais depuis quand une œuvre d’art doit-elle avoir des « objectifs » ? – sont d’ailleurs on ne peut plus clairs : « Lutter pour l’égalité femmes-hommes, contre les discriminations et les stéréotypes véhiculés dans l’espace public à travers l’art et la publicité. »

Insatiable et « subversive » Claudia Masciave

Pour cette opération s’inscrivant dans deux quartiers prioritaires que sont Saint-Michel et le Grand-Parc, le fameux « vivre ensemble », notion de plus en plus poreuse et inconsistante, y est naturellement convoqué pour « respecter le droit culturel des personnes et favoriser la mixité sociale et culturelle ». Dans cette vision revendicatrice et politique de l’art, celui-ci n’est plus perçu comme le creuset de la complexité humaine, mais devient une simple illustration de mots d’ordre répétés à satiété, où il s’agit de prôner une sorte de communautarisme idyllique, pacifié, et où tout effort d’adhésion à la culture française serait perçu comme une violence insupportable à l’endroit des populations d’origine immigrée : « Développer des projets dans les quartiers prioritaires ne consiste pas à « apporter de la culture », mais à permettre à la diversité des cultures de se rencontrer et à chaque personne d’élargir ses propres libertés culturelles dans un dialogue », précise ainsi la commissaire d’exposition, Nadia Russell Kissoon.

A lire aussi, Pierre Lamalattie: Art contemporain: supercherie en bande organisée

Que nous propose donc Claudia Masciave, photographe d’origine brésilienne vivant à Grenoble et autoproclamée « artiste féministe engagée » ? Une série d’autoportraits intitulée « À la recherche de l’objet perdu » et ayant l’ambition de devenir « un outil d’engagement et de réappropriation de l’image des femmes ». Présentée comme « insatiable et subversive », la jeune femme de 34 ans se livrerait à d’incessantes recherches autodidactes en philosophie, psychologie et sociologie en étant obsédée par « le réel, la vérité et l’absolu ». Diantre ! Voilà qui a de quoi intimider…

Sublimer ses complexes

Concrètement, les œuvres visibles témoignent d’une mise en scène permanente de sa propre image. Sur un fond uniforme aux teintes plutôt pastel, l’artiste vomit une sorte de large ruban jaune (« Dégoût »), écarte les pans de sa robe bustier dans le geste d’une super-héroïne, pour se décorseter et montrer qui elle est vraiment (« Désir »), se tient la gorge ou se peinturlure un cocard, minerve en renfort (« Femme battue »), comme si elle venait de subir les coups de son compagnon. Troubles de l’alimentation causés par les normes esthétiques en vigueur, codes vestimentaires remis en question, présence en creux toujours menaçante de l’homme, voilà certains axes du travail on ne peut plus novateur de Masciave, qui, nous dit-on, « utilise son art comme thérapie pour sublimer ses complexes ».

A lire aussi, Sophie Bachat: Alice Coffin, la femme barbante

L’artiste a beau citer Goya, Munch ou Van Gogh comme des références inspirantes pour « aborder la douleur d’exister », on serait bien en peine de trouver là une profonde originalité qui renouvellerait notre regard sur l’image de la femme en ce début de troisième millénaire !

Libérons nous du féminisme !

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Défense et illustration de Jean-Michel Blanquer

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Jean-Michel Blanquer lors du lancement du Grenelle de l'Education le 22 octobre à Paris.© ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 00987215_000016

Si j’osais, je commencerais cette revue de détail des faits, hauts faits et méfaits du ministre par cette remarque que Retz pose en tête de son portrait de La Rochefoucauld : « Il y a toujours eu du je ne sais quoi en tout M. de La Rochefoucauld. » Le « je ne sais quoi », concept éminemment baroque, c’est l’indéfinissable — et parfois l’innommable.

Osons donc : « Il y a toujours eu du je ne sais quoi en tout Jean-Michel Blanquer. » Ça ne doit pas être simple d’errer dans ce cerveau compliqué, sujet à des fougues soudaines, des calculs froids, et des passions longuement réfléchies.

À lire aussi: Samuel Paty n’avait pas envie d’être un héros: juste de faire son boulot

Soyons honnête : la grimace de Mme Vallaud-Belkacem lors de la passation des pouvoirs, en 2017, nous avait donné de l’espoir. Après trois années d’incompétence au service d’une idéologie pédagogiste délétère, le nouveau ministre serait peut-être l’homme de la situation.

Mais il en est de Blanquer comme de Rodrigue : « Que je sens de rudes combats ! » Avoir à cœur de redresser une École que trente années de gabegie (depuis la loi Jospin, pour faire court, même si la mainmise des idéologues s’est déclarée bien avant) avait fait plonger dans le gouffre était une bonne intention. Mais en même temps, les impératifs serinés chaque jour par Bruno Le Maire (j’ai écrit il y a déjà lurette que la rue de Grenelle, malheureusement, commençait, et finissait à Bercy) sont autant de freins à la volonté de redressement.

Les événements tragiques de Conflans donnent à Jean-Michel Blanquer une opportunité splendide. Il faut remettre la transmission des savoirs au centre des apprentissages — à commencer par celui de la langue française

Alors, le ministre a entamé une danse paradoxale, toute en déséquilibres. « Valse mélancolique et langoureux vertige ! » D’un côté il tente de réorganiser les ESPE, organe central de la pensée pédagogique. De l’autre, il refuse d’en virer tous les inutiles, les nocifs, les dangereux facariens, et persiste dans l’encadrement pédagogique des néoprofs, confiés aux plus obéissants des pédagogues et jamais aux plus capables. D’un côté il promeut la méthode alpha-syllabique, distribue les Fables de La Fontaine à l’école primaire, mais il ne parvient pas à dégommer tous les « professeurs des écoles » qui persistent à pratiquer le semi-global — ou l’idéo-visuel, si l’on préfère employer les termes techniques. La liberté pédagogique a bon dos : grâce à elle quelques nouvelles générations d’élèves sont plongées dans l’illettrisme programmé, la dyslexie provoquée, et la dépendance aux machines, qui ne sont intelligentes que par abus de langage. D’un côté il veut réformer le bac en donnant plus d’options aux vrais scientifiques. Mais en même temps, l’idée farfelue de faire passer des examens en cours d’année, qui désorganise l’enseignement et a dressé contre lui une majorité de profs qui le brocardent à qui-mieux-mieux, favorise le bachotage mécanique. Que n’a-t-il tout bonnement décrété que désormais le bac serait attribué sur livret scolaire, en laissant Parcoursup décider des destins à venir ! Les enseignants auraient travaillé à former les jeunes inintelligences qui leur sont confiées comme ils l’entendaient.

Le clou, c’est le projet, déjà très avancé, de réforme des concours de recrutement. Alors qu’il fallait éradiquer ce qui, au CAPES, donne depuis dix ans une voix prépondérante aux Grands Inutiles de la pédagogie, il le renforce, au détriment des savoirs réels. Alors qu’il fallait en finir avec ces concours abusivement passés à Bac + 4, il les reporte à Bac + 5. Ce qui permet (Bercy, nous voilà !) de payer une misère, 600 euros par mois, ceux qui œuvreront dans les établissements dans la dernière année d’avant concours.

Le propre d’une ruse, c’est qu’elle ne doit pas se voir. À budget constant, il fallait réintroduire les IPES, ce concours de pré-recrutement qui se passait jadis à Bac + 1 ou 2, donnait aux lauréats un salaire minimum garanti, en échange d’une promesse de servir l’Etat au moins 10 ans. Puis former les futurs professeurs en les confiant, in vivo et non dans la serre chaude des INSPE, à des collègues compétents, dotés d’une vraie expérience — disons une trentaine d’années —, des maîtres d’apprentissage sur le modèle du compagnonnage. L’occasion pour ces derniers d’accéder à une échelle de rémunération différente. Et pour les nouveaux impétrants, de se confronter à des exigences savantes.

Il faut impérativement attirer les jeunes dans ce métier détesté. Et ce ne sont pas les enfants de bourgeois, nantis de connexions diverses, qui s’y risqueront. Ce sont les enfants déshérités, que la réforme actuelle, en ne leur donnant pas les moyens de vivre (600 € par mois ! Byzance !) décourage d’emblée. Franchement, le trafic de drogue ou la prostitution paient mieux.

Réformer l’apprentissage de la lecture / écriture allait dans le bon sens — celui de l’élévation des classes les moins favorisées (et qui que ce soit qui, sous prétexte de « liberté pédagogique », prétend le contraire mérite d’être radié de la Fonction publique). Mais ne pas tirer un trait sur la réforme de Vallaud-Belkacem, conspuée même par des syndicats de gauche, s’en prendre tout de suite au lycée où arrivent malheureusement tant de gosses déconnectés, c’était entériner les options létales prises par son prédécesseur.

Blanquer a brûlé ses cartouches. Les syndicats qui auraient pu le soutenir ont été tentés de joindre le chœur des mécontents, à tort ou à raison. Et les enseignants qui avaient douloureusement survécu à trente ans de socialisme pédagogique et d’incompétence générale ont décidé que cette fois, c’était assez. Le ministre a-t-il bien saisi qu’une pichenette de plus était un coup de massue de trop ?

Les événements tragiques de Conflans donnent à Jean-Michel Blanquer une opportunité splendide. Il faut remettre la transmission des savoirs au centre des apprentissages — à commencer par celui de la langue française. Pas celle d’Abdellatif Kechiche, qui détruisait Marivaux dans l’Esquive ; pas celle de Ladj Ly, qui atomisait Hugo dans les Misérables. Mais le français de Marivaux, celui de La Fontaine, celui de Flaubert. Les Anglais ont au moins réussi cela, d’imposer l’anglais à toutes les « communautés » de Grande-Bretagne. L’exemple du maire de Londres, Sadiq Khan, née dans une obscure famille pakistanaise (« Ce n’était pas Dickens, mais c’était dur », a-t-il un jour confié) est là pour nous éclairer. Le français est la clé de voûte de notre système éducatif — et que l’on tolère désormais le baragouin des banlieues dit l’étendue de nos renoncements.

Puis il faut réformer les corps administratifs, de façon à ce que les enseignants se sentent constamment épaulés. Il faut que le balancier, envoyé depuis trente ans en direction des parents d’élèves, reparte dans l’autre sens.

Surtout, il faut faire comprendre aux élèves qu’ils ont le droit, en tant que personnes privées, de croire à ce qu’ils veulent. Mais qu’à l’école, ils ne sont là qu’en tant que personnes publiques, et qu’ils doivent se plier aux lois de la République.

À lire aussi, Laurence David : Docteur Jekyll et Mister Blanquer

Je dis « aux lois » et non aux « valeurs », ce fourre-tout subjectif qui permet de ne pas imposer quoi que ce soit. La laïcité n’est pas une « valeur », elle est un principe.

Que dans votre for intérieur vous pensiez que la Terre est plate, que 72 vierges vous attendent au Paradis ou que l’avortement est un crime ne concerne que votre personne privée. En privé, vous pouvez dire et manifester à votre gré. En public, vous suivez les lois de la France. Et il n’y a pas de charia qui tienne.

C’est pour Blanquer une occasion unique de revenir, en un bloc, sur tout ce qui fait problème. Que l’on croie ou non aux promesses de fermeté de Macron, que l’on pense ou non qu’il met en place une stratégie pour 2022, peu importe, les mots au moins sont là. Que le ministre de l’Éducation, dont l’intérêt pour la laïcité n’a jamais été mis sérieusement en cause, saute sur l’occasion de tout chambouler en trois mois. Le Grenelle de l’Éducation qui vient de s’ouvrir lui en donne le prétexte — parce qu’il serait nauséabond, dans les circonstances actuelles, que les conversations se limitent à des augmentations de salaire, même si elles sont à terme nécessaires.

Des journalistes de Télérama passent au crible CNews, la «Fox News française», selon eux

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Manifestation pour protester contre l'émission d'Eric Zemmour, devant le siège de la chaîne Cnews le 2 novmbre 2019 © MICHEL STOUPAK / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP.

Dans le n°3693 du magazine Télérama, un long article dénonce CNews qui deviendrait la « Fox News française ».


Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Qui veut discréditer des intervenants lors d’un débat sur CNews les accuse d’être de vieux lepénistes.

C’est ce que font Samuel Gontier et Richard Sénéjoux, journalistes à Télérama:

Dans leur article, ils vilipendent « quatre septuagénaires »[tooltips content= » Jean-Louis Burgat, Gérard Carreyrou, Marc Menant et Philippe Bilger NDLR »](1)[/tooltips] qui ont eu le mauvais goût de dénoncer sur la chaîne info du canal 16 les séparatistes sur le territoire national et certaines salles de sport minées par les islamistes. Il est également envisagé par les éditorialistes de Cnews que le projet contre le séparatisme présenté par le président de la République soit complété par un plan immigration ? « C’est précisément ce que vient de déclarer Marine Le Pen à l’antenne », écrivent les journalistes de Télérama qui précisent immédiatement leur pensée : « Promotion des thèses d’extrême-droite, informations erronées, complotisme… […] CNews ne se limite pas aux dérives racistes de sa tête de gondole, Eric Zemmour. »

Une secte œuvrant à la lepénisation des esprits

Pour alimenter leur article, les journalistes de Télérama font appel à des journalistes neutres, objectifs, évidemment au-dessus de la mêlée. Claude Askolovitch, chroniqueur sur France-Inter, Arte, et sur le site Slate – des officines journalistiques réputées pour ne promouvoir aucune thèse et pour leur totale objectivité, comme chacun sait – le dit sans ambages : « La maison Bolloré, c’est une secte, il y a un côté totalitaire, stalinien. » Celui qui pardonnait beaucoup à Mehdi Meklat et ses tweets homophobes et antisémites (« Un gamin qui tweetait des blagues nazes pour tester sa provo est moins immonde que ceux qui utilisent ses conneries passées ») ne pardonne rien aux journalistes qui ne pensent pas comme lui.

A lire aussi: Immigration, féminisme, écologie: le manuel de la bonne pensée

Suit la liste des malpensants, des réacs, des fachos : Gilles-William Goldnadel, Charlotte d’Ornellas, Jean-Claude Dassier, Élisabeth Lévy, Ludovine de la Rochère, Eugénie Bastié, Ivan Rioufol, etc., qui présentent tous un énorme défaut : ils ne pensent pas comme Claude Askolovitch ou Samuel Gontier. Ces derniers ne leur opposent rien d’autre que la sempiternelle « lepénisation des esprits » ou, pour parler comme Jean-Luc Mélenchon, la « zemmourisation de l’espace intellectuel ». C’est plus rapide et plus paresseux qu’un véritable travail de contre-argumentation étayée. Ça évite les nuits d’insomnie à chercher ce qui pourrait bien contredire la description de certains phénomènes en France à propos de l’islamisme, de l’immigration, ou de l’antiracisme dévoyé à la manière de la famille Traoré. La reductio ad hitlerum fonctionne toujours, même si elle fonctionne de moins en moins. Les journalistes téléramesques s’en rendent compte. « Que fait la police ? » demandent-ils en pleurnichant à la fin de leur article et en regrettant le succès grandissant de la chaîne-info honnie.

Eric Zemmour et Jack Lang, février 2020 Image: Capture d'écran YouTube / Cnews
Eric Zemmour et Jack Lang, février 2020 Image: Capture d’écran YouTube / Cnews

Ces sujets qui fâchent

Au fond, que reprochent ces journalistes à Cnews ? Ce n’est pas compliqué, ils lui reprochent de ne pas ressembler au magazine philosophico-télévisuel Télérama, à la radio publico-progressiste France Inter, au journal de référence (ou de révérence) Le Monde, et aux mille autres moyens médiatiques de diffuser les slogans du vivrensemble, de la diversité heureuse, de la mondialisation béate, etc. Ils aimeraient que CNews copie France Info ou devienne une sorte de succursale de la télévision lénifiante appelée télévision du service public, avec de jolis reportages sur la méchante colonisation, des jeux débiles, un journal télévisé javellisé, ou un énième documentaire sur les violences conjugales ou la maltraitance des migrants à Lesbos. Or CNews montre plutôt la maltraitance des habitants de Lesbos submergés par les vagues migratoires, et qui n’en peuvent plus des incendies criminelles et de la délinquance. Et ça, les journalistes de Télérama ne le supportent pas.

A lire aussi, Charles Rojzman: Défendre Zemmour, même s’il clive

Conclusion de l’article de Télérama à propos de CNews – qui, rappelons-le, est une chaîne privée financée essentiellement par la publicité – : CNews est un « média qui, aujourd’hui, relève plus de l’outil de propagande que de la chaîne d’information. » Pour qui écoute la radio publique – qui, rappelons-le, se paie sur la bête, c’est-à-dire tous les contribuables français – cette conclusion sonne comme une révélation : aveugles, nos journalistes de Télérama, comme ceux de la radio franceintériste, ne distinguent plus ce qui relève de la propagande (manipulation, simplification, déformation de faits, choix précis des termes pour valoriser ou dévaloriser, répétition, etc.) et ce qui relève de l’opinion (jugement personnel, prise de position sur tel ou tel sujet, conviction, etc.) Comme la première leur colle de plus en plus à la peau, la seconde leur devient de plus en plus insupportable. Aveuglés par leur propre propagande, ils considèrent que le débat d’idées est de trop, surtout si des idées qu’ils ne partagent pas se glissent dans le débat. Aveugles, ils appuient parfois malencontreusement sur le bouton de la chaîne CNews : ils se cognent alors à la dure réalité du débat contradictoire, des convictions assumées, des sujets qui fâchent, des combats oratoires, des opinions divergentes. Ils n’en croient pas leurs oreilles qui encaissent difficilement ce surplus de libre expression. C’en est trop. Ils voulaient ne pas voir ce qu’ils voyaient, ils aimeraient maintenant ne pas entendre ce qu’ils entendent. Ils étaient aveugles. Les voilà qui deviennent sourds.

« C’est le propre de la censure violente d’accréditer les opinions qu’elle attaque. » Voltaire