Si j’osais, je commencerais cette revue de détail des faits, hauts faits et méfaits du ministre par cette remarque que Retz pose en tête de son portrait de La Rochefoucauld : « Il y a toujours eu du je ne sais quoi en tout M. de La Rochefoucauld. » Le « je ne sais quoi », concept éminemment baroque, c’est l’indéfinissable — et parfois l’innommable.

Osons donc : « Il y a toujours eu du je ne sais quoi en tout Jean-Michel Blanquer. » Ça ne doit pas être simple d’errer dans ce cerveau compliqué, sujet à des fougues soudaines, des calculs froids, et des passions longuement réfléchies.

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Soyons honnête : la grimace de Mme Vallaud-Belkacem lors de la passation des pouvoirs, en 2017, nous avait donné de l’espoir. Après trois années d’incompétence au service d’une idéologie pédagogiste délétère, le nouveau ministre serait peut-être l’homme de la situation.

Mais il en est de Blanquer comme de Rodrigue : « Que je sens de rudes combats ! » Avoir à cœur de redresser une École que trente années de gabegie (depuis la loi Jospin, pour faire court, même si la mainmise des idéologues s’est déclarée bien avant) avait fait plonger dans le gouffre était une bonne intention. Mais en même temps, les impératifs serinés chaque jour par Bruno Le Maire (j’ai écrit il y a déjà lurette que la rue de Grenelle, malheureusement, commençait, et finissait à Bercy) sont autant de freins à la volonté de redressement.

Les événements tragiques de Conflans donnent à Jean-Michel Blanquer une opportunité splendide. Il faut remettre la transmission des savoirs au centre des apprentissages — à commencer par celui de la langue française

Alors, le ministre a entamé une danse paradoxale, toute en déséquilibres. « Valse mélancolique et langoureux vertige ! » D’un côté il tente de réorganiser les ESPE, organe central de la pensée pédagogique. De l’autre, il refuse d’en virer tous les inutiles, les nocifs, les dangereux facariens, et persiste dans l’encadrement pédagogique des néoprofs, confiés aux plus obéissants des pédagogues et jamais aux plus capables. D’un côté il promeut la méthode alpha-syllabique, distribue les Fables de La Fontaine à l’école primaire, mais il ne parvient pas à dégommer tous les « professeurs des écoles » qui persistent à pratiquer le semi-global — ou l’idéo-visuel, si l’on préfère employer les termes techniques. La liberté pédagogique a bon dos : grâce à elle quelques nouvelles générations d’élèves sont plongées dans l’illettrisme programmé, la dyslexie provoquée, et la dépendance aux machines, qui ne sont intelligentes que par abus de langage. D’un côté il veut réformer le bac en donnant plus d’options aux vrais scientifiques. Mais en même temps, l’idée farfelue de faire passer des examens en cours d’année, qui désorganise l’enseignement et a dressé contre lui une majorité de profs qui le brocardent à qui-mieux-mieux, favorise le bachotage mécanique. Que n’a-t-il tout bonnement décrété que désormais le bac serait attribué sur livret scolaire, en laissant Parcoursup décider des destins à venir ! Les enseignants auraient travaillé à former les jeunes inintelligences qui leur sont confiées comme ils l’entendaient.

Le clou, c’est le projet, déjà très avancé, de réforme des concours de recrutement. Alors qu’i

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