Il aura fallu la décapitation de Samuel Paty pour que le prof devienne le nouveau héros. Les larmes des crocodiles de tous bords ont de quoi désespérer ou mettre en colère les enseignants, jusque-là méprisés ou abandonnés, y compris par leur hiérarchie. Un édito de Jérôme Leroy.


C’est fou ce que depuis vendredi 16 octobre, la France aime les profs. Je suis bien content. J’ai été prof la première moitié de ma vie et l’image que m’a renvoyée la société était le plus souvent celle d’un privilégié. Ah, les vacances des profs ! Ah leur quinze ou dix-huit heures par semaine ! Quels veinards on était ! Et puis la sécurité de l’emploi, ce n’était pas un privilège, ça, la sécurité de l’emploi, à l’époque du chômage de masse ? Et on osait encore se plaindre : le manque de moyens pour travailler dans l’intérêt de tous les élèves, les injonctions contradictoires de programmes dont le salmigondis sémantique cachait mal le manque d’ambition, le pouvoir d’achat qui ne cessait d’être rogné

Du prof bashing à l’héroïsation obscène

Non, décidément, ils ne se rendaient pas compte, les profs : toujours à faire grève, comme les cheminots ou les soignants des urgences. Personne ne nous aimait, même pas nos ministres, surtout pas nos ministres. J’ai encore le souvenir de Claude Allègre, un ministre d’un gouvernement de gauche, pourtant. Un vrai champion du mépris. On devait être les seuls fonctionnaires à qui la hiérarchie tirait dans le dos, n’hésitait pas à monter les parents d’élèves, voire les élèves eux-mêmes contre nous.

Tout récemment encore, au moment du déconfinement, il y a eu ce prof bashing hallucinant de mai-juin quand les enseignants, malgré leur envie de le faire, ont renâclé à retourner en classe sans véritables garanties sanitaires. Qu’est-ce qu’ils n’ont pas entendu, les profs ? Ils étaient lâches, paresseux, « décrocheurs » a même dit Blanquer. J’en passe et des pires.

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Je suis heureux de voir depuis le martyre de Samuel Paty que le prof, surto

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