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France Inter: et si on invitait des gens de gauche?

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Sur France Inter, les policiers en prennent pour leur grade… La radio de service public s’en donne à cœur joie sur la « violence policière ». À gauche toute! Lundi 30 novembre, entre 8h20 et 8h50, ça se passe comme ça sur France Inter


Dans l’émission matinale de France Inter[tooltips content= »Le 7/9 par Nicolas Demorand, Léa Salamé. »](1)[/tooltips] du lundi 30 novembre, lors du Grand entretien, étaient reçus deux invités: Sebastian Roché et Henri Leclerc. Oh ils ne débattirent de rien tant ils étaient d’accord sur tout ! et en particulier, sur le fait que les violences policières, ça suffit.

Les policiers cloués au pilori 

Sebastian Roché est chercheur au CNRS. Il est sociologue et criminologue. Il sait de quoi il parle. Ses recherches l’ont amené à faire des constatations d’importance sur « l’autorité ». Combien de jours, de semaines, de mois de travail pour parvenir aux conclusions qui vont suivre ? Combien de livres lus ? Combien de rapports ? Nous ne savons pas. Mais, visiblement, le chercheur y a trouvé le nécessaire à bricoler des âneries: «Une grande partie des Français refuse la violence policière. Dans nos sociétés, de plus en plus, on refuse que les autorités soient violentes: que ce soient les maris dans leurs couples, les prêtres vis-à-vis des enfants, ou les policiers. Aujourd’hui, le fait d’appartenir à une autorité n’autorise plus la violence.»

Pas d’amalgame ! sauf quand cela sert les démonstrations les plus désolantes. Violences policières, violences conjugales, patriarcat et pédophilie dans l’église à peine sous-entendue s’empilent afin de parfaire la figure du monstre autoritaire que combat «la société». Les maris et les prêtres seront contents d’apprendre qu’ils appartiennent à une « autorité ». Et sûrement nostalgiques du temps où cette « autorité » les autorisait à être violents. Cela remonte assurément, aurait dit Vialatte en riant sous cape, à la plus haute Antiquité.

La novlangue de gauche

Habitués à toutes les malversations intellectuelles, Nicolas Demorand et Léa Salamé n’ont pas cru bon de relever cette ineptie. Comme ils ne relèveront pas celle de Claude Askolovitch lors de sa toujours déroutante revue de presse : « Mars Actu jette le doute sur la rigueur de l’État, et sur nos peurs aussi, en racontant un collégien de 14 ans qui a été mis en examen pour apologie du terrorisme et chassé de son collège (marseillais) qu’il avait effrayé, affirmant qu’il connaissait le meurtrier du professeur Paty, et qu’il aurait fait comme lui ; mais vu de près ce grand dadais afghan parle si mal français, pensait-il ce qu’il a dit, l’a-t-il seulement dit, on a peur et on doute. » Tout devient curieux quand Askolovitch s’en mêle: pourquoi et comment cette histoire jette-t-elle un « doute sur la rigueur de l’État » ? Comment le site Mars Actu s’y prend-il pour « jeter un doute sur nos peurs » ? Et qu’est-ce que cela veut dire ? De quoi avons-nous peur: de l’État, du terrorisme, des propos du collégien ? De quoi doutons-nous: de l’État, de la véracité des propos du « grand dadais » ? L’askolovitchien reste décidément une langue difficile à décrypter.

Comme le sociologue, criminologue, et sûrement un peu décryptologue Sebastian Roché n’était plus là au moment de cette revue de presse, il n’a pas pu apporter son éclairage.

C’est bien dommage. Nous passons vraisemblablement à côté d’explications dévastatrices et hallucinantes. Vivement que France Inter convie à nouveau ce chercheur du CNRS qui, il y a peu, déclarait de façon assurée qu’« il n’y a en France aucun mécanisme d’ensauvagement »…

Coexister: touchée, mais pas coulée

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En très bons termes avec l’Observatoire de la laïcité, taxée comme lui de naïveté, voire de complaisance envers les islamistes, l’association de «management de la diversité» va sans doute perdre son agrément pour intervenir dans les écoles, mais elle garde de la ressource et des alliés.


 

C’est ce qu’on appelle l’épreuve du terrain. Venue le 30 octobre à Poitiers rencontrer des jeunes issus de l’immigration, la toute nouvelle secrétaire d’État à la jeunesse Sarah El Haïry a eu le sentiment de tomber dans un piège. Les adolescents qui s’adressaient à elle déroulaient un argumentaire un peu trop calibré pour être tout à fait spontané, sur le thème de la laïcité qui opprime les croyants, dans la France islamophobe de 2020. Dans l’assistance, se trouvait la présidente de l’association Coexister, Radia Bakkouch. Elle n’est venue épauler la secrétaire d’État ni sur le moment, ni a posteriori dans les médias et sur les réseaux sociaux. Pire encore, le 12 novembre, l’hebdomadaire catholique La Vie publiait un article tournant un peu trop ouvertement la secrétaire d’État en ridicule. Il était signé de Laurent Grzybowski, père du fondateur de Coexister, Samuel Grzybowski.

À lire aussi: Sarah El Haïry contre le « séparatisme » poitevin

 

Bref, la benjamine du gouvernement avait pris une gifle. Fallait-il tendre l’autre joue ou sortir le fouet ? Évangiles selon Saint-Luc 6:29 ou selon Jean 2:15 ? L’option fouet l’a emporté. Comme l’annonçait le Point le 25 novembre, Coexister a reçu un avis défavorable à sa demande d’agrément « Education nationale ». Dans un second temps, l’association pourrait perdre l’agrément « Jeunesse et education populaire » qui lui permettait jusqu’à présent d’intervenir en milieu scolaire. Dommage collatéral, la perte de subventions conséquentes. Un coup dur, mais prévisible. Avant même l’épisode de Poitiers, le refus de Coexister de regarder en face l’intégrisme islamiste devenait embarrassant. Le jour de la mort de Samuel Paty, Radia Bakkouch a posté sur son compte Twitter un appel à marcher… contre l’islamophobie (voir ci-dessous).

coexister-islamLes puissants alliés de Coexister

Vengeance du pouvoir contre une petite association rebelle ? Pas vraiment. En 2013, la structure, prétendument créée spontanément par des lycéens quatre ans plus tôt (voir notre enquête publiée dans notre magazine d’octobre), a perdu sa reconnaissance d’intérêt général. Elle a trouvé les ressources financières et intellectuelles d’aller jusqu’en Conseil d’État pour la récupérer… En réalité, Coexister est seulement un élément d’un lobby discret mais puissant, qui s’active depuis des années pour que l’enseignement public ménage une place aux croyances à côté des savoirs.

Samuel Grzybowski (au centre), président de l’association Coexister, donne une conférence de presse au Mans, 2 juin 2014. © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
Samuel Grzybowski (au centre), président de l’association Coexister, donne une conférence de presse au Mans, 2 juin 2014. © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Si demain Coexister n’intervient plus dans les écoles publiques, il restera Enquête. Cette association agréée par l’Éducation nationale élabore des « outils ludiques d’éducation à la laïcité et aux faits religieux pour développer chez les enfants un rapport apaisé et réfléchi à ces sujets ». Elle est financée par un fonds de dotation nommé « Coexister », hébergé 50 rue de Montreuil, à Paris, dans les locaux de… Coexister ! Les deux structures se connaissent très bien et se partagent le travail depuis des années. Enquête fait le primaire, Coexister le secondaire, schématiquement. Et pour les enseignants intéressés par le sujet, il y a le cours en ligne Agapan, monté par l’institution catholique du Collège des Bernardins, soutien de Coexister depuis la création de l’association, en 2009!

A lire aussi, Céline Pina: Ce que Matignon peut reprocher à Jean-Louis Bianco

Il apparait de plus en plus que des institutions catholiques ont cru jouer fin en retournant contre l’enseignement public son incapacité flagrante à regarder l’islamisme en face. L’anticléricalisme est admis, voire revendiqué, chez les professeurs. L’islamophobie reste inavouable et peut, à ce titre, servir de cheval de Troie pour faire reculer les rationalistes. Le « livret laïcité » de 2015 distribué aux enseignants préconisait « d’éviter la confrontation ou la comparaison du discours religieux et du savoir scientifique », comme si juifs et chrétiens ne conciliaient pas les deux sans grande difficulté depuis un siècle au moins. Pour l’islam, c’est une autre affaire. Citée par Laurent Grzyboswski, Farah, une des lycéennes de Poitiers envoyée au front contre Sarah El Haïry, déplorait que son professeur d’histoire ait « cherché à convaincre les musulmans de la classe que Dieu n’existait pas, que c’était prouvé par la science (…) J’ai failli porter plainte ». « Moi, je n’impose rien à personne, pourquoi est-ce que lui m’imposerait sa vision ? », se demandait-elle. Alors que l’Éducation nationale recrute pour remplacer Samuel Paty, c’est en définitive une bonne question. À quoi rime d’enseigner, si Enquête et Coexister sont d’intérêt général ?

Nos élus et l'islam

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L’association Coexister nous a adressé le droit de réponse suivant :

« Un premier article sur Coexister le 14 octobre 2020, puis un second un mois et demi après, suivi par d’autres encore… C’est donc désormais acté, Causeur semble s’être pris de passion pour notre association. A croire que les crises sanitaires, sociales et économiques du moment ne sont finalement que bagatelles et qu’il est bien plus nécessaire de s’évertuer à dénoncer la grave menace que nous représentons.
Tant elle est fondée sur un substrat bancal d’éléments décontextualisés et de raccourcis approximatifs, cette obsession pourrait prêter à sourire si elle ne tendait pas vers la diffamation monomaniaque.

A l’école, lassociation promeut les principes laïcs

Prétendre que Coexister « affaiblit nos principes laïcs » c’est méconnaitre les fondements même de l’association. Gageons qu’il s’agisse d’ignorance plutôt que désinformation délibérée. La laïcité constitue le socle, le cœur et le vecteur de nos actions. Elle est inscrite sur notre logo 1, dans notre règlement intérieur, dans nos statuts. Nous la promouvons en milieux scolaires, sur les réseaux sociaux 2. Nous travaillons main dans la main avec l’Observatoire de la laïcité, structure étatique qui, depuis près de quinze ans, assiste le gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité. Pour favoriser la cohésion sociale, nous nous attachons à défendre la laïcité exactement telle qu’elle a été promulguée par Aristide Briand et qu’elle est aujourd’hui inscrite dans le droit positif : un cadre juridique légal reposant sur quatre piliers que sont la liberté de conscience, l’égalité devant la loi, la stricte séparation des Églises et de l’État et la neutralité de l’État ainsi que de ses agents. Nous soutenons la pleine indépendance de la République vis-à-vis de toute idéologie ou pression qu’elle soit cultuelle et religieuse et excluons toute vision sociale théocratique. Ainsi, non seulement nous n’affaiblissons pas les principes laïcs mais, bien au contraire, nous nous efforçons inlassablement de les porter et de les défendre.

Coexister, association reconnue dintérêt général

Nous serions complaisants avec l’islamisme.
Les preuves ? Notre présidente, était présente lors de l’intervention de la Secrétaire d’État à la Jeunesse dans un Centre Social à Poitiers le 30 octobre dernier, au même titre que de nombreux représentants d’associations et d’organisations. Elle n’est pas intervenue pour couper court aux débats houleux sur la laïcité entre la représentante du gouvernement et les jeunes présents. Puis, deux semaines plus tard, un article à charge contre la Secrétaire d’État paraît dans l’hebdomadaire la Vie. Le lien entre les deux ? Hormis le fait que ce papier ait été rédigé par Laurent Grzybowski, qui soit dit en passant n’a aucun rôle à Coexister, nous n’en voyons aucun. Il est vrai que nous ne sommes pas à une inexactitude près… Par exemple, nous ne finançons pas ni n’hébergeons Enquête 3.
Quant à notre agrément, si nous n’avons pas encore obtenu l’agrément « Éducation nationale », il est exact que nous sommes reconnus Association d’intérêt général depuis de nombreuses années. Il est tout aussi vrai que nous ne sommes pas près de perdre l’agrément Jeunesse et Education Populaire reçu en 2018 puisqu’il a été renouvelé au mois d’août 2020 par le Ministère de l’Éducation nationale. Également, que nous sommes lauréats de « la France s’engage », label gouvernemental annuellement décerné aux organisations qui promeuvent l’innovation et l’action sociales. Si nous avons des « alliés », ce n’est pas parce que nous sommes « naïfs » voire « complaisants envers les islamistes » mais uniquement parce que nos 4 300 ateliers pédagogiques sur la laïcité mise en place dans 3 860 établissements scolaires auprès de 130 000 jeunes plaident pour nous. C’est aussi parce que nos douze années de travail de terrain sont nécessaires et reconnues comme tel, entre autres, par les instances gouvernementales ».

1 « Education Jeunesse Laïcité »
2 Par exemple, avec la vidéo « La laïcité en 3 minutes » initialement diffusée sur Youtube et Facebook, relayée par l’Observatoire de la Laïcité et visionnée des centaines de milliers de fois
3 Il suffit pour s’en convaincre de consulter la page Internet des partenaires financiers d’Enquête (https://www.enquete.asso.fr/partenaires/partenaires-financiers/) ; le siège de l’association est dans le 11ème alors que nous sommes installés dans le 10ème

Marre des manifs!

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En France, les manifestations se multiplient à un point qui en devient grotesque


Les gilets jaunes ont manifesté dans les grandes villes pendant des mois, manifs qui ont ruiné nombre de commerçants et démoralisé une grande partie de la population qui avait la nausée de voir chaque week-end se répéter les mêmes scènes de violence, toutes ces flammes, destructions et blessures.

Tout ça pour un résultat dont personne ne saurait trop dire en quoi il consiste. Mais les Français, dans leur majorité (paraît-il) approuvaient…

Marre de la casse

Les migrants manifestent, les anti-racistes manifestent, les opposants à la loi retraite manifestent, les écologistes manifestent, les anti-Amazon manifestent… On a l’impression que ça ne finira jamais. Ce pays aurait besoin d’un peu de calme et d’apaisement. C’est ce à quoi aspire l’immense majorité de la population. Pouvoir travailler et vivre tout simplement, dans un véritable sentiment de sécurité. Tout le monde en a marre de ces voitures qui brûlent, de ces vitrines cassées, de ces gens qui se tabassent entourés d’autant de gens qui les filment portable en main.

Et même si c’est le fait de groupuscules violents, organiser une manif aujourd’hui c’est prendre cette responsabilité et donner de belles occasions à ces violences. 

femmes gilets jaunes mai 68
Manifestation de femmes Gilets jaunes, Paris, janvier 2019. Sipa. Numéro de reportage : 00889879_000022

La démocratie ne peut-elle pas très bien vivre sans que constamment la rue se mobilise ? Il y a des assemblées et des institutions qui sont faites pour cela, de l’échelon national à l’échelon local. Il y a des syndicats pour dialoguer, voire lutter par la grève pour des revendications professionnelles. Lancer à tout propos des mots d’ordre de manifestation – et c’est aujourd’hui si aisé grâce aux réseaux sociaux, par ailleurs sources d’innombrable fausses informations – c’est abuser d’une arme qui ne devrait être utilisée que dans le plus grand péril.

L’article 24 a bon dos!

Un certain nombre de citoyens se rêvent en glorieux soldats de l’an II, en sans-culottes défenseurs du peuple opprimé, en résistants prêts à tout pour défendre et sauver nos sacro-saintes libertés. Mais c’est une vaste blague.

Qui peut croire sérieusement, même avec le fameux article 24, que nos libertés fondamentales soient réellement menacées ? Certainement pas tous ces éternels résistants, tous ces révolutionnaires de salon comme de pavé qui savent très bien au fond d’eux-mêmes que leurs mouvements de rue ne leur font prendre aucun risque vital. Seuls les commerçants riverains, déjà ruinés par le Covid, prennent le risque de voir détruire leurs boutiques. Mais ils adorent se prendre pour les résistants de notre époque. Il n’est que de lire le texte pompeux de la « coordination » qui affirmait maintenir la manif contre la loi « sécurité globale » quand elle était encore interdite:

« Nous irons et nous marcherons pour défendre cette liberté… nous avons déjà vu comment les vies de tant de femmes et d’hommes qui tentaient d’exprimer cette liberté ont été mutilées et détruites. Nous acceptons de prendre ce risque parce que ce pour quoi nous nous battons dépasse les risques que nous prendrons. »

N’est-ce pas beau comme du Victor Hugo ? Effectivement le risque était réel puisqu’il y a eu 98 blessés, parmi les forces de l’ordre, et un journaliste qui a reçu un (violent) coup de matraque.

Je me risque à un parallèle osé. Quand je pense à Daniel Cordier, qui vient de nous quitter, et donc à Jean Moulin et à tous les résistants qui ont engagé leur vie pour ressusciter une liberté qui était réellement sous la botte nazie, je me demande si cette belle liberté qu’ils nous ont donnée, nous la méritons vraiment.

Incertain 2022

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Sauf imprévu, Emmanuel Macron et Marine Le Pen seront candidats à l’élection présidentielle de 2022. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a déjà annoncé sa candidature. Mais bon nombre d’incertitudes subsistent sur les autres candidats potentiels…


L’avantage de la politique est qu’elle peut être médiocre au quotidien mais qu’elle n’interdit pas les échappées, les imaginations qui sont autant de consolations, de compensations. Puisque nous nous trouvons confrontés à une séquence dont le moins qu’on puisse dire est que le pouvoir n’en sort grandi sur presqu’aucun plan – et notamment pas sur celui du caractère et de la cohérence -, l’envie me prend de m’évader, de construire des châteaux en France et de me plonger dans un futur aux imprévisibles configurations. Rien n’est sûr, rien n’est acquis, tout est possible, il ne faut pas insulter l’avenir et les perdants d’aujourd’hui pourront être les vainqueurs de demain. Il est passionnant d’écouter les citoyens et de les sentir écartelés entre une démobilisation accrue ou un engagement sans enthousiasme. Il y a la résignation (et parfois une authentique satisfaction tout de même !) qui en conduit certains à vouloir réélire Emmanuel Macron parce que personne de légitime et de compétent, face aux crises, ne les surmonterait mieux que lui. L’avantage d’être au pouvoir est que d’y être est déjà une argumentation pour la suite !

On évoque le général Pierre de Villiers (…) mais ce dernier devrait alors sortir des banalités nobles qu’il affectionne au fil des entretiens et ne constitueraient pas un programme. Et les nostalgiques de Nicolas Sarkozy qui l’adorent à proportion de ses défaites…

Il y a ceux qui ont déjà pris le parti d’un second tour en 2022 opposant à nouveau Emmanuel Macron à Marine Le Pen.

À l’heure actuelle, que d’incertitudes sur le nom des candidats!

Il y a ceux qui prennent de haut Xavier Bertrand ou Bruno Retailleau en surestimant ceux qui nous gouvernent aujourd’hui. Cette condescendance est étrange, elle laisserait penser que la réalité présente est enthousiasmante et que nul ne pourrait proposer mieux.

Il y a ceux qui tiennent pour acquise la présence du RN au second tour mais qui n’excluent pas qu’on puisse avoir des surprises pour son adversaire.

D’aucuns en tiennent encore pour la possibilité d’un candidat LR dans la joute finale pendant que Christian Jacob se remet de l’abandon au moins implicite de François Baroin.

Anne Hidalgo, septembre 2020 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00983572_000003.
Anne Hidalgo, septembre 2020 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00983572_000003.

D’autres aspirent à une gauche unie qui ferait combattre ensemble socialistes et écologistes et dans cette éventualité le président sortant pourrait être battu dès le premier tour. Il m’apparaît qu’on tourne trop en dérision la volonté de quelques-uns de favoriser cette unité, qui est portée par Anne Hidalgo de manière de plus en plus explicite, malgré les difficultés qu’elle aura à surmonter. Ce seraient les mêmes, peut-être encore plus considérables, que celles risquant d’entraver un Arnaud Montebourg qui piaffe.

Unité d’une gauche socialiste et écologiste déjà mise à mal par la précipitation ambitieuse, pour la troisième fois, d’un Jean-Luc Mélenchon qui ne pouvait pas attendre: il aurait craint de perdre sa place dans le grand jeu présidentiel. Pourtant sa victoire en 2022 serait inconcevable. Sauf à ce que la succession de handicaps représente une force !

Une surprise attendue?

Les communistes également souhaiteraient avoir leur candidat.

Yannick Jadot ne refuserait pas l’honneur de porter les couleurs d’une gauche rassemblée sous ses deux espèces mais son désir d’apparaître comme un candidat ouvert, plausible et tolérant pourrait lui aliéner un certain nombre de voix que le sectarisme s’est approprié. Et Eric Piolle se ferait un plaisir de les prendre en charge !

Le paradoxe est que le monde politique présente des béances qui laissent passer des désirs, des attentes d’autres personnalités, peut-être encore inconnues, tels d’improbables Emmanuel Macron.

Robert Ménard aspire à une union des droites mais sans Marine Le Pen. Il affirme, lui, n’être pas intéressé par une telle démarche mais se veut, se vit tel un aiguillon.

Robert Ménard est maire de Béziers © Hannah Assouline
Robert Ménard est maire de Béziers © Hannah Assouline

On évoque le général Pierre de Villiers pour répondre à une part de cette France qui a envie d’un militaire à la tête du pays mais ce dernier devrait alors sortir des banalités nobles qu’il affectionne au fil des entretiens et ne constitueraient pas un programme. Et les nostalgiques de Nicolas Sarkozy qui l’adorent à proportion de ses défaites.

Tout ce qui va se dérouler l’année prochaine, avec les désastres économiques et sociaux à venir, va ajouter des incertitudes à cette immense hésitation démocratique. Sera-t-elle tentée d’aller vers la stabilité, l’adhésion au pouvoir en place ou prête à toutes les audaces, voire à toutes les imprudences ? On continuera le livre, ou on commencera à en écrire un autre ? La politique, quand on la rêve, a d’indicibles charmes. Qui sera capable, demain, de nous faire espérer sans nous désenchanter aussitôt ?

Moi, Emmanuel Macron, je me dis que...

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Julien Bayou, Anne Hathaway, profs de gauche: les progressistes débordés

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En croyant bien faire, les progressistes se font quand même remonter les bretelles par encore plus progressistes qu’eux.


Ivan Jablonka a écrit un ouvrage pour dénoncer le patriarcat (Des hommes justes – Du patriarcat aux nouvelles masculinités). Pensant avoir œuvré pour la bonne cause féministe, il attendait des acclamations. Catastrophe ! Mme Camille Froidevaux-Metterie, professeure à l’université de Reims, gifle la première : « On reste stupéfaite devant la superficialité de l’analyse et le mépris dans lequel sont tenues les autrices qui, depuis des décennies, ont pensé la domination patriarcale ». L’universitaire Marie-Jeanne Zenetti réfute l’affirmation d’autorité de Jablonka qu’« un rapport hétérosexuel “équitable” devrait comporter une stimulation clitoridienne par masturbation, caresse ou cunnilingus. » Depuis, dit-on, Ivan Jablonka relit le Kamasutra, Simone de Beauvoir et les tweets de Caroline de Haas, à la recherche du chaînon manquant à ses travaux sur « les nouvelles masculinités ».

À lire aussi, Jérôme Blanchet-Gravel: Après la bien-pensance, la bien-monstrance

Verushka Lieutenant-Duval est une professeure à l’université d’Ottawa qui dirige des cours sur l’art et le genre. Pendant un cours sur la théorie queer, elle a eu le malheur d’utiliser le mot « nigger ». Patatras ! Une étudiante est choquée par l’usage de ce mot, la professeure présente ses excuses et propose un débat qui n’aura jamais lieu : une Blanche, lui fait-on savoir, ne peut pas conduire un débat sur une discrimination concernant les gens de couleur. Courageusement, la direction de l’université suspend… la professeure. Après mille courbettes et des excuses réitérées, l’universitaire repentie a pu reprendre ses cours. Elle a promis de ne plus utiliser, en plus du mot « n…. » (nigger ou nègre), le mot « i….. » (indien) : « Mon objectif, ce n’est pas de blesser les étudiants. »

En Caroline du Sud, le professeur Greg Patton a utilisé un mot chinois, « ne-ga », pour illustrer son cours. Aïe ! Certains étudiants ont jugé ce mot trop proche du mot « nigger », ont crié au racisme, ont été affectés au point de préférer « ne pas continuer ce cours plutôt qu’avoir à endurer l’épuisement émotionnel d’avoir un enseignant qui ignore la diversité et les sensibilités culturelles. » Le Pr Patton s’est excusé et a promis de remplacer le mot chinois par un mot… portugais.

L'enseignante Verushka Lieutenant-Duval. Image: Capture d'écran YouYube / Radio-Canada Info.
L’enseignante Verushka Lieutenant-Duval. Image: Capture d’écran YouYube / Radio-Canada Info.

Le délit de réappropriation culturelle 

Jeannine Cummings et Kate Elizabeth Russel sont deux romancières américaines. La première a écrit un livre dépeignant l’aventure d’une mère mexicaine et de son fils pour entrer aux États-Unis (American Dirt). Malheur ! Mme Cummings n’étant pas mexicaine, 140 de ses confrères lui sont tombés sur le râble pour dénoncer une « réappropriation culturelle ». Le téméraire éditeur a immédiatement annulé la tournée de promotion de l’ouvrage. La deuxième a écrit un livre racontant l’histoire d’une élève de 15 ans sexuellement abusée par son professeur (My dark Vanessa). Certaines de ses consœurs dénoncent une romancière qui, n’ayant apparemment pas subi elle-même de violences sexuelles,  s’approprie « la souffrance des vraies victimes. » Du coup, Dame Russel a dû rédiger un communiqué pour dire qu’elle s’était inspirée de ses « propres expériences d’adolescentes avec des hommes plus âgés », et que, donc, elle savait de quoi elle parlait.

Anne Hathaway incarne, dans le film adapté d’une œuvre de Roald Dahl The Witches, une sorcière à trois doigts. Misère ! « De nombreuses personnes souffrant d’un handicap sur certains membres » ayant été blessées, l’actrice s’est confondue en excuses plus plates les unes que les autres : « En tant que personne qui déteste vraiment, vraiment la cruauté, je vous dois à tous des excuses pour la douleur causée. » Excuses acceptées par le Lucky Fin Project, organisation américaine qui « existe pour sensibiliser et célébrer les personnes nées avec une différence de membre. » Ouf !

A lire aussi: Causeur: le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

Sia est une chanteuse australienne qui a mis en ligne la bande-annonce de son futur film Music dans lequel la danseuse Maddie Ziegler joue une autiste. Horreur ! Des organisations anglaises et américaines ont reproché à Sia de ne pas avoir recruté « un comédien sur le spectre de l’autisme. » (sic) De plus, elle a utilisé les termes « individus à capacités particulières » pour désigner les autistes et autres handicapés. Catastrophe ! Les organisations ad hoc y ont vu un signe de mépris envers les personnes handicapées et autistes. L’actrice sourde Marlee Martin demande à la chanteuse de ne « pas être sourd à ce qu’ils ont à dire. »

La sortie de piste de Julien Bayou

Julien Bayou (EELV) a parlé de « lynchage de policiers à Bastille » dans un tweet. Ouille ! La réalisatrice indigéniste Amandine Gay lui a vertement signalé que le terme de « lynchage » est réservé aux personnes noires, et que « son usage par des personnes blanches […] conduit à effacer l’expérience et les souffrances des personnes noires. » Non seulement Julien Bayou s’est excusé mais il a également remercié Mme Gay « d’avoir pris le temps d’une explication de texte argumentée. » Il est « preneur d’un échange pour déterminer comment qualifier le fait qu’une foule s’en prenne à un policier. » J’aimerais beaucoup entendre cet échange-là par exemple.

À lire aussi, Didier Desrimais: Antiracisme, féminisme, écologie: un air bien connu

Fini de rire ! s’exclamait Philippe Muray qui avait vu venir ces tristes figures. Ne nous reste plus que le rire jaune, celui qui naît à la lecture des aventures sinistres de ces progressistes pas assez progressistes qui se font morigéner par de plus bêtes qu’eux.

La face cachée du multiculturalisme

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Multiculturalisme, disent-ils

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Jadis, les étrangers qui arrivaient en France, qu’ils aient ou non demandé la nationalité française, y venaient parce que nous étions une référence culturelle d’exception.


Les aristocrates russes de Guerre et paix s’expriment en français — et pour eux c’est la langue de Voltaire (Stendhal en quittant Moscou en 1813 emporta avec lui un volume des Mélanges du philosophe de Ferney, et s’en voulut toute sa vie d’avoir dépareillé des œuvres complètes — qui ont dû disparaître dans l’incendie de la ville). Lorsque Simon Bolivar cherche un refuge entre deux révolutions sud-américaines, c’est à Paris qu’il se rend — et il y met à la mode la « cape à la Bolivar » qu’adoptèrent les Romantiques les plus chevelus. Lorsque Tourgueniev se cherche des amis, il est adopté par Maupassant, Zola et le cercle des Réalistes — qui ne l’étaient guère. Henry James avait fait de Paris sa capitale de cœur. Césaire ou Senghor n’ont jamais eu honte d’avoir fait leurs études dans la capitale française. Et Kundera (honte aux Nobels qui ne lui ont jamais donné un  prix qu’il méritait cent fois) a été adopté par le pays où il s’était réfugié quand les Russes sont venus troquer le velours de la révolution tchèque pour de l’acier sur chenilles.

Ok Boomer!

« Ah oui, mais c’est vieux tout ça, les temps ont changé » : une réflexion au moins aussi idiote que le « ok, boomer ! » qui est devenu le slogan de cette génération élevée dans une ignorance crasse, et s’indigne dès que l’on ne prend pas au sérieux les fariboles auxquelles elle s’accroche. Rappelez-vous, « T’es plus dans l’coup, papa ! » Chaque génération se croit plus intelligente que ses géniteurs.

A lire aussi, Driss Ghali: Le noir, le bibelot et le tapis de bain

Changement à vue. Les immigrés ne viennent plus en France que pour son généreux système social, ses allocations familiales et sa cécité idéologique. Il ne leur viendrait jamais à l’idée de dire, à propos d’un idiome qu’on ne leur demande même pas de baragouiner, qu’ils parlent « la langue de Molière » — ou de Voltaire, ou de Flaubert, ou de qui que ce soit antérieur à Virginie Despentes et Aya Nakamura. Les intellectuels étrangers n’ambitionnent plus de devenir français — pas même résidents français. Ils s’éparpillent désormais dans des pays qui n’ont pas tout à fait renoncé à la fierté d’être eux-mêmes. L’anglais reste la langue de Shakespeare (ou de Mark Twain). Les inscriptions d’étrangers dans les universités françaises sont en chute libre — sauf là où on leur fait payer en douce quelques milliers d’euros pour être titulaires de diplômes qu’ils n’auront pas passés, mais il s’agit alors d’étrangers du second rayon, si je puis dire : les plus doués à Oxford ou Harvard, les brêles à Toulon. L’époque où les Chinois, les Vietnamiens et les Algériens qui ont bâti des révolutions dans leurs pays venaient chercher à la Sorbonne une langue et une inspiration est révolue : désormais, AQMI parle et rêve en arabe — et pas l’arabe le plus littéraire…

Féminisme outrancier, anti-racisme systémique, évacuation des génies…

J’ai expliqué jadis, dans Voltaire ou le jihad, comment les intellectuels postmodernes, fascinés par l’OLP et autres causes perdues et délétères, ont renoncé à leur propre culture en inventant cette hydre monstrueuse, le multiculturalisme. Et comme souvent, l’idée s’est imposée, parce qu’elle flattait la foule des universitaires du second rayon qui l’ont ramassée dans la boue idéologique de la gauche et imposée dans les facultés d’abord, dans le secondaire ensuite. Feuilleter un manuel de Français de seconde, c’est plonger dans un monde étrange où le Tiers-Monde côtoie les journalistes de Libé : féminisme outrancier, anti-racisme systémique, évacuation des génies morts et blancs au profit de tiers-mondistes bêlants, LGBT for ever, intersectionnalité du fatras idéologique, les éditeurs vérifient scrupuleusement que tout y est avant d’oser sortir les nouveaux volumes. Exeunt les grands noms qui ont fait la culture nationale. Tout comme en Histoire, où l’on met désormais l’accent sur la sociologie historique, ont disparu les Journées qui ont fait la France. « Roman de l’Histoire ! », disent en se moquant les nouveaux dispensateurs d’ignorance.

Ce roman-là a fait frissonner et rêver des générations. Mais qu’importe aux iconoclastes qui se croient désormais professeurs et prophètes…

A lire aussi: Multiculturalisme, le mal-vivre ensemble

Le multiculturalisme est une illusion et une imposture. Dans un pays donné, c’est la culture de ce pays qui prime. Sa culture et sa langue. Et rien d’autre. Refuser d’enseigner l’une et l’autre, c’est se couper les mains face à des adversaires bien décidés à prendre le pouvoir.

Philippe Meirieu, histrion de la pédagogie

Les journalistes et les universitaires qui appuient ce tiers-mondisme du pauvre sont au mieux des collabos, au pire des soumis. Des ignorants, surtout. Ils mettent sur le même plan Montaigne (quand ils en ont entendu parler) et n’importe quel prêcheur de « principes démocratiques » — ces principes au nom desquels on vous décapitera demain. Elle a bon dos, la démocratie !

Philippe Meirieu en 2016. A la différence du spécialiste des sciences de l'éducation et de la pédagogie Philippe Meirieu, Ingrid Riocreux estime vain d'entamer le dialogue suite à l'assassinat du professeur de Conflans Sainte Honorine © Hannah ASSOULINE
Philippe Meirieu en 2016. A la différence du spécialiste des sciences de l’éducation et de la pédagogie Philippe Meirieu, Ingrid Riocreux estime vain d’entamer le dialogue suite à l’assassinat du professeur de Conflans Sainte Honorine © Hannah ASSOULINE

Et ce multiculturalisme-là s’est trouvé en Lionel Jospin, en 1989, le naïf qu’il lui fallait. La loi que le petit Lionel a sorti de l’arrière-slip de Philippe Meirieu, le même qui vient de refuser de participer au Grenelle de l’Education — faut-il qu’ils soient aveugles, au ministère, pour s’exposer au camouflet d’un histrion de la pédagogie. Les élèves et les parents, et les associations qui les alimentent en douce, s’en sont saisis et ont décrété que désormais, la parole d’un « apprenant », tout ignorant qu’il soit, tout imbibé d’idées reçues qu’il nous arrive, valait celle du professeur — qui a très vite admis cette équivalence, pour s’acheter la paix. Multiculturalisme un jour, et soumission toujours.

Je ne vois pas comment, en l’état, à moins d’un sursaut très violent et immédiat, nous pourrions inverser le mouvement. Nous sommes un pays en perdition, nous glissons vers le froid, et l’accent mis sur les hantises et la peur, depuis huit mois, symbolise bien cette déchéance : pendant que nous nous préoccupons du chiffon rouge agité par Olivier Véran, nous laissons la France déraper vers l’insignifiance. Cela fait les affaires des grands groupes, les seuls dont le gouvernement se soucie. Une révolution silencieuse, rythmée par les bulletins de santé de Jérôme Salomon, s’accomplit sous nos yeux, et nous laissons faire. Sodomisés un jour, sodomisés toujours.

Mélanges

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Voltaire ou le jihad

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Élisabeth Lévy: « La violence systémique n’est pas du côté que l’on croit »

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Ce week-end a encore donné lieu à des images de guérilla, ponctuées de violences contre la police. Si les images du tabassage de Michel Zecler ont indigné stars et politiques, les policiers lynchés samedi n’ont eux pas le droit à la une des journaux…


Après l’arrestation brutale du producteur de musique Michel Zecler, c’est un véritable déchaînement de violences anti-policières qui s’est abattu à Paris samedi lors de la manifestation contre l’article 24 de la loi « sécurité globale ». Des dizaines de policiers ont été blessés. Casser du flic, c’est un système!

Sur Sud Radio ce matin, Élisabeth Lévy s’interroge: « Quel est le rapport entre ces deux réalités ? N’y a-t-il pas un deux poids deux mesures ? » Si l’affaire Zecler a fait la une de la plupart des médias, et a même fait réagir le président de la République, on ne peut pas en dire tout à fait autant des images du policier roué de coups samedi à Paris. Au micro, la directrice de la rédaction de Causeur a rappelé que « deux des policiers sur les quatre concernés ont été écroués, ce qui est particulièrement sévère pour des primo-délinquants« , qu’ils sont menacés de révocation par le ministre de l’Intérieur, alors qu’elle doute que les interpellés de samedi « dorment en prison ».

La nécessité de punir aussi les agresseurs de policiers 

Or pour avoir des policiers irréprochables, il faut que leurs agresseurs soient sanctionnés. Elisabeth Lévy a rappelé les chiffres impressionnants du nombre de blessés chez les policiers : « Près de cent policiers ont été blessés samedi et près de 10 000 en 2019… »

« Les agressions contre les forces de l’ordre sont devenues la norme. Pour les délinquants des cités, pour les black blocks, pour une partie des Gilets jaunes, casser du flic est un système », argumente-t-elle. Élisabeth Lévy en conclut que « la violence systémique n’est pas du côté que l’on croit. »

Causeur vous propose de visionner l’intégralité de son intervention:

>>> Retrouvez le regard libre d’Elisabeth Lévy du lundi au vendredi à 8h15 dans la matinale de Sud Radio <<<

 

De la fachosphère à la complotosphère

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Ces termes ont fait leur intrusion dans les articles de presse et sont un moyen aussi efficace que facile de disqualifier des opinions. Ces dernières semaines, dans le sillage du film documentaire Hold Up, des scientifiques de renom voient leurs opinions disqualifiées a priori.


Je ne sais trop pourquoi, notre époque semble avoir développé le goût des idéologies sphériques!

Ou plus exactement, elle aime à faire rentrer dans une sphère, fut-ce à leur corps défendant, ceux qui professent, sur un sujet ou sur un autre, une opinion à contre-courant de celle que l’on suppose partagée par la majorité de la population et qui irrite les dogmes progressistes censés refléter le bien commun.

Le mot de « fachosphère », que l’on rencontre de plus en plus souvent sous la plume de maints journalistes, mais que l’on voit aussi fleurir sur les réseaux sociaux, m’intrigue entre tous. Il s’agit d’un espace mal défini (voire franchement indéfini), dans lequel chacun est susceptible de pénétrer sans s’en rendre compte et se trouve dès cet instant le compagnon de route involontaire d’une multitude de gens avec lesquels il n’a rien – ou très peu – en commun.

Un terme disqualifiant

Car bien entendu, le terme « fachosphère » est englobant et, surtout, disqualifiant, du fait de la racine même de ce néologisme. Celui qui est réputé appartenir à la fachosphère est forcément l’ennemi de la démocratie et fait partie de ceux avec lesquels il est déconseillé de dialoguer. La fachosphère renvoie naturellement au fascisme, idéologie historiquement datée, de sinistre mémoire.

A lire aussi, Lydia Pouga: «Hold-up»: quand l’esprit de contradiction systématique mène au complotisme

Selon le professeur Emilio Gentile dont les études font autorité, le fascisme est d’abord un totalitarisme, mot qui désigne le fonctionnement de tout État qui prétend régir non seulement la vie publique mais aussi la vie privée de ses administrés. Il suppose l’existence d’un parti unique, détenteur d’un monopole idéologique, une restriction de la liberté d’expression, totale ou partielle, par le biais d’un appareil de terreur plus ou moins sévère selon les climats et – en tout cas pour ce qui regarde le fascisme des années 30 – une forme de militarisation de la vie de la cité. On pourrait naturellement nuancer ou compléter, citer par exemple les travaux de Raymond Aron ou de Pierre Milza. On pourrait aussi se référer aux analyses marxistes – parfois contradictoires – du phénomène. Ainsi, lors du VIIème congrès de la III ème Internationale Georges Dimitrov définissait-il le fascisme comme « la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier », ce qui est en partie contestable car le nationalisme fasciste se mâtine en réalité d’une contestation radicale du capitalisme et du libéralisme. Enfin, le fascisme est, par essence, antiparlementaire : l’homme le plus conservateur qui soit ne saurait se voir appliquer le qualificatif de fasciste s’il est, par ailleurs, partisan de la démocratie représentative. 

La manie de l’amalgame

La manie de « sphériser », si l’on me permet cet autre néologisme, a ainsi pour conséquence de renvoyer dans le même camp – un camp sinon inexistant, du moins de proportions très réduites – des gens qui n’ont, pour ainsi dire, rien en commun. Quoi de commun, en effet, entre l’adhérent lambda de « La Manif Pour Tous » ou telle personne dénonçant, qui l’immigration, qui l’assouplissement des conditions de l’IVG (notez que ce ne sont que des exemples, non des opinions personnelles) et une bande de skinheads ou un groupuscule néo-nazi ? Rien. D’un côté, des gens qui exercent leur liberté d’expression (quoique l’on pense de l’opinion exprimée) dans un cadre démocratique qu’ils n’entendent nullement remettre en cause, de l’autre des personnes dont l’idéologie peut effectivement se rapprocher du fascisme historique. Mais ceux qui pointent du doigt une fachosphère fantasmée ne distinguent pas. On songe au Danton d’Andrzej Wajda qui dénonçait la supercherie consistant à faire asseoir ensemble, sur les bancs du tribunal révolutionnaire, des représentants du peuple, jugés pour des motifs politiques, et des criminels de droit commun. L’amalgame – terme à la mode – est redoutable.

Or il se trouve que la crise sanitaire actuelle a donné naissance à une nouvelle sphère : la « complotosphère ». Non que le complotisme (sur des sujets variés) n’existât point jusqu’à aujourd’hui, mais il se limitait aux thèses farfelues d’hurluberlus convaincus que la terre est plate, que l’homme n’a jamais marché sur la lune et que les attentats du 11 septembre sont l’œuvre de la CIA (ou du Mossad, je ne sais plus très bien).

Ce qui semble nouveau, avec la Covid-19, c’est que les opinions de « sachants » (des professeurs de médecine, des virologues, des généticiens, etc.) qui contestent le discours officiel pour des motifs sur lesquels, en ma qualité de juriste, je ne puis me prononcer, se trouvent elles aussi taxées de complotisme, quand on ne rejette pas tout bonnement les intéressés à l’intersection de la fachosphère et de la complotosphère. 

A lire aussi, Anne-Laure Boch: Reconfinement: pas en mon nom!

Le film « Hold Up », qui a récemment déchainé les plus violentes critiques, me semble la plus parfaite illustration de ce phénomène. Loin de moi l’idée de prendre la défense de ce « documentaire » et, en particulier, du lien qu’il prétend établir entre le virus, le naufrage sanitaire, la 5G, le traçage des populations et la disparition de la monnaie. Je m’y perds un peu. Il faudrait un Dan Brown pour rendre cela un peu plus crédible. Mais on ne peut nier qu’un certain nombre d’intervenants de haute volée, issus du monde médical, tiennent des propos qui interpellent, qui suscitent à tout le moins des questions, et que ceux-là disposent d’un bagage scientifique qui ne rend pas a priori leur discours inaudible. Que je sache, le professeur Montagnier, Mme Henrion-Caude ou le professeur Péronne (pour ne citer qu’eux) ne soutiennent pas que la crise du Covid-19 aurait été créée intentionnellement en vue de parvenir à imposer un gouvernement mondial. Le film le suggère – et fait même plus que cela – mais pas eux. Ils émettent des doutes sur la gestion de la pandémie, sur son origine, posent des questions et apportent leurs réponses, ce qui est le propre du débat. Ceux-là sont pourtant, depuis quelques semaines, rejetés dans le camp honni et bigarré des complotistes, camp dans lequel on trouve à boire et à manger, pour utiliser une expression familière. Fachosphère et complotosphère, même combat ! L’amalgame pour tous.

Il faudrait prendre garde au fait que l’essence même de la démocratie, c’est le droit au désaccord. Et si, bien entendu, ces gens ne sont pas muselés, puisqu’ils trouvent des relais (à la marge) dans la presse écrite ou à la télévision, leur parole est délégitimée par un tir de barrage de dénigrement d’une violence inouïe et par ce renvoi brutal dans une complotosphère avec laquelle ils n’ont, pour ainsi dire, rien à voir, ce qui constitue, en soi, une façon de brider leur liberté d’expression. Leur avis, qu’on le partage ou non, est tourné en ridicule et disqualifié a priori.

Danton

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La langue française: chef d’oeuvre en péril


Au nom de l’égalité, certains voudraient simplifier les règles de la langue française.


Dans le Hors Série de Valeurs Actuelles, intitulé « La Langue française, chef-d’œuvre en péril », on lit cette phrase  : « Il y a deux sortes d’ouvrages : ceux qu’on a lu et ceux qu’on lit tout le temps. » Cette faute d’orthographe, attribuée indûment à un Académicien, est tellement récurrente qu’on doit s’interroger sur ces claviers d’ordinateur qui imposent, depuis quelque temps, une « simplification » de notre langue. Après le lexique, dégenré et envahi sur les écrans télé par le globish, auquel on enlève toute trace d’étymologie avec la suppression arbitraire de circonflexes, ce qui aboutit à la confusion entre passé simple et imparfait du subjonctif, c’est au disque dur de la grammaire qu’on s’attaque désormais. Des linguistes ont beau avancer que le français aurait des racines dans la langue arabe, notre orthographe qui n’est pas phonétique témoigne de son étymologie latine, et notre grammaire est très structurée.

À lire aussi: Aya Nakamura, le grand remplacement lexical?

La langue doit être accueillante

On connaît Madame Eliane Viennot, militante influente de la démasculinisation de notre langue, et sa revendication pour « les accords de proximité » des mots afin de lutter contre l’accord au masculin, véritable « marqueur, social et sexiste ». Son autre cheval de bataille est la règle de l’accord du participe passé, qu’elle juge « liberticide, mortifère, antidémocratique, inutile et source d’une insécurité linguistique pour ceux qui ne savent pas le français. » Moins on suit d’études, plus on aura de difficultés à rédiger correctement, écrivait-elle, dans une tribune du Monde. Dit autrement : plus on est analphabète, moins on sait écrire. La langue se doit donc d’être « accueillante » à tous. C’est désormais ce qu’on voit et lit partout.

Imposée par les nouveaux claviers d’ordinateur, la suppression de cette « règle homicide » du participe passé est loin d’être anodine. Dans la phrase « Il y a deux sortes d’ouvrages : ceux qu’on a lu, totalement fous, et ceux qu’on lit », à quoi se rapporteraient le participe lu et l’adjectif fous ? À rien. On supprime tout simplement la proposition relative et son pronom. On dira que l’accord de l’adjectif fous s’impose « par le sens. » Sauf qu’un adjectif s’accorde avec un nom ou un pronom auquel il se rapporte. On dira encore que « les propositions subordonnées », ça n’existe plus. Que tout ça, c’est du blablabla. Parce que manier sa langue correctement, alors que d’autres le savent, c’est sans importance ?

A lire aussi: Antiracisme, féminisme, écologie: un air bien connu

L’humanité se divise entre « les gras et les maigres ». Les nantis et les laissés pour compte. La langue est un trésor. Savoir s’exprimer donne savoir et pouvoir. La Rue de Grenelle et l’Académie Française, qui a fléchi au féminisme avec les auteures et les professeures, se rendent-elles compte de l’état de notre langue devenue, pour le coup, profondément inégalitaire ? À seigneur, tout honneur. Aux seigneurs de la pensée, tous les honneurs, avec les places qui leur sont dues. Aux autres, l’assistanat et les écrans.  Puisque l’État montre en ce moment qu’il a des milliards dans ses tiroirs, pourquoi ne pas en débloquer un seul pour rendre le métier d’enseignant attirant, afin que nos enfants apprennent à lire, écrire, compter et en être heureux ?

C'est le français qu'on assassine

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Sophie Pétronin : le déni de soi


Depuis son rapatriement en France, la désormais dernière ex-otage française se languit du Mali. Et si Sophie Pétronin était vouée à rester une captive ? Retour sur l’histoire d’une aliénation. 


« Une humanitaire portée par la foi » : sous ce titre on a pu lire une évocation du parcours de Sophie Pétronin. On peut se demander ce que recouvrent dans ce cas le mot humanitaire et le mot foi. Ils désignent bien les deux pôles d’une existence que l’on a vue, non sans surprise, apparaître et prendre corps, après des années de détention, sous la figure d’une vieille dame heureuse de l’expérience vécue : on avait pris soin d’elle, elle avait toujours été respectée… Qui plus est, son internement, elle l’avait vécu comme une « retraite spirituelle » la conduisant à se convertir à l’islam, à porter le voile et à demander qu’on l’appelle désormais Mariam.

Du catholicisme à l’islam

Médecin nutritionniste, Sophie Pétronin a pris en charge depuis vingt ans des enfants mal nourris de Gao. Sa passion pour le Mali l’a aussi conduite à adopter et à héberger chez elle plusieurs petites filles. Mais le rêve à la fois exotique et fusionnel qui l’inspire a buté sur les conflits et entreprises de domination déchirant son pays d’élection : des islamistes en quête de rançon l’ont enlevée. En 2012 elle leur a échappé, en 2016 ils se sont emparés d’elle et l’ont gardée. Ce qu’elle a subi aurait pu la conduire à reconnaître que, malgré ses efforts, elle n’était pas vraiment intégrée, encore moins assimilée, au peuple auquel elle se vouait. Elle a refusé ce réalisme désillusionné, choisissant de se conduire comme si entre ses ravisseurs et elle, il n’y avait qu’un malentendu : ils l’avaient considérée comme une étrangère, ce qu’elle ne voulait pas être. S’ils ne l’avaient pas crue, c’est qu’elle n’en avait pas fait assez pour les persuader de sa bonne volonté. Elle a donc entrepris de la leur montrer, reconnaissant l’échec antérieur, se l’imputant à elle-même et prenant appui sur cette « reconnaissance d’échec » pour relancer sa transformation. Cette relance, qu’elle a présentée comme une démarche spirituelle, l’a conduite à se convertir, à changer de nom, à oublier la catholique pratiquante qui était arrivée au Mali et qu’elle était restée jusqu’à son enlèvement.

La logique de l’humanitarisme poussée à son extrémité

De l’extérieur, on peut estimer qu’elle a simplement cédé à une menace de mort plus ou moins directe. « Retraite spirituelle » suggère tout autre chose : un approfondissement, et non une rupture, dans le fil d’une évolution méditée, délibérée dont son fils a indiqué le sens : « Quand on s’apprête à vivre ce genre d’aventure [la promiscuité et la détention suppose-t-on], on a plutôt intérêt à se familiariser avec les us et coutumes, à essayer d’être dans l’acceptation et la compréhension. » Apparemment, en pénétrant la personnalité de celui qui s’y soumet, l’effort de comprendre peut déplacer ses repères, recouvrir ses appartenances héritées et se muer en identification à un environnement envers lequel il se reconnaît des obligations. Ceci explique que Mariam Pétronin soit impatiente, après avoir embrassé les siens, de retourner au Mali. Il lui importe de savoir si la mutation engagée est accomplie, si cette fois, elle sera reçue et intégrée.

Un déni d’oppression

Les évolutions de cette néo-Malienne relèvent certainement de la logique de l’humanitarisme poussée à son extrémité, mais quand on parle à son propos d’une aventure « portée par la foi », on fait erreur. La foi est une adhésion personnelle, un point d’ancrage pour le croyant, alors qu’on donne à voir dans ce cas une sortie de soi, une aliénation peut-on dire. La direction choisie est celle d’un altruisme sans bornes, comme si la démarche d’acceptation ne pouvait pas, ne devait pas, avoir de limites.

À lire aussi, Céline Pina: Sophie Petronin, l’otage qui affectionne les jihadistes

Pourtant quand l’ex-détenue revient pour nous dire qu’elle n’était pas vraiment otage, que son épreuve n’a été qu’une transition, une étape dans un parcours spirituel, son propos apparaît tellement irréaliste qu’il ressemble à une dénégation. Qu’elle ait été otage, les négociations sur la rançon en sont la preuve, et il faut bien qu’elle ait été considérée comme française pour qu’on ait pu, comme l’a fait son fils, reprocher au gouvernement français de s’y être trop peu impliqué. Le rançonnement de la France met à part « la dernier otage français détenue dans le monde », la séparant des terroristes que le pouvoir malien a libérés dans la même période dans le cadre de transactions entre factions maliennes.

Une certaine distance avec les autres otages

Le déni de l’oppression subie devient même scandaleux quand il conduit à oublier le sort d’autres otages « retenus » dans le même pays au même moment et qui n’ont pas bénéficié d’une « transaction » libératrice. Une religieuse franciscaine originaire d’Amérique latine est apparue au second plan d’une vidéo, derrière notre compatriote. On ne sait pas ce qu’elle est devenue et sa compagne de détention ne l’évoque pas. Elle n’a rien dit non plus, en public, du destin de Béatrice Stöckli, missionnaire protestante suisse, enlevée elle aussi en 2016. Il se dit que Sophie Pétronin a appris à Emmanuel Macron que cette missionnaire avait été tuée par ses ravisseurs. Sans doute le président l’a-t-il interrogée sur ce point car, hors cette supposée confidence, elle est restée muette sur le sujet.

La distance qu’elle garde avec les autres otages prouve que Sophie Pétronin distingue les tensions internes au monde musulman (où elle se situe désormais) de celles qui tiennent aux rapports de celui-ci avec l’extérieur. Pour elle, ceux qui, venus de l’extérieur, agissent en terre d’islam doivent se faire admettre et accepter le risque d’être récusés. En revanche, ceux qui participent de l’umma peuvent bénéficier du respect qu’elle a connu, dont elle semble oublier qu’il est un privilège. L’humanitarisme en somme l’a conduite jusqu’à l’entrée de la société musulmane, mais sans lui donner les moyens d’interroger celle-ci sur un exclusivisme qu’elle a fini par épouser, sur une manière de se poser utopiquement en société idéale tout en s’acharnant, comme dans le cas de Samuel Paty, à retrancher les mécréants de l’humanité.

France Inter: et si on invitait des gens de gauche?

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Image: JOËL SAGET / AFP

Sur France Inter, les policiers en prennent pour leur grade… La radio de service public s’en donne à cœur joie sur la « violence policière ». À gauche toute! Lundi 30 novembre, entre 8h20 et 8h50, ça se passe comme ça sur France Inter


Dans l’émission matinale de France Inter[tooltips content= »Le 7/9 par Nicolas Demorand, Léa Salamé. »](1)[/tooltips] du lundi 30 novembre, lors du Grand entretien, étaient reçus deux invités: Sebastian Roché et Henri Leclerc. Oh ils ne débattirent de rien tant ils étaient d’accord sur tout ! et en particulier, sur le fait que les violences policières, ça suffit.

Les policiers cloués au pilori 

Sebastian Roché est chercheur au CNRS. Il est sociologue et criminologue. Il sait de quoi il parle. Ses recherches l’ont amené à faire des constatations d’importance sur « l’autorité ». Combien de jours, de semaines, de mois de travail pour parvenir aux conclusions qui vont suivre ? Combien de livres lus ? Combien de rapports ? Nous ne savons pas. Mais, visiblement, le chercheur y a trouvé le nécessaire à bricoler des âneries: «Une grande partie des Français refuse la violence policière. Dans nos sociétés, de plus en plus, on refuse que les autorités soient violentes: que ce soient les maris dans leurs couples, les prêtres vis-à-vis des enfants, ou les policiers. Aujourd’hui, le fait d’appartenir à une autorité n’autorise plus la violence.»

Pas d’amalgame ! sauf quand cela sert les démonstrations les plus désolantes. Violences policières, violences conjugales, patriarcat et pédophilie dans l’église à peine sous-entendue s’empilent afin de parfaire la figure du monstre autoritaire que combat «la société». Les maris et les prêtres seront contents d’apprendre qu’ils appartiennent à une « autorité ». Et sûrement nostalgiques du temps où cette « autorité » les autorisait à être violents. Cela remonte assurément, aurait dit Vialatte en riant sous cape, à la plus haute Antiquité.

La novlangue de gauche

Habitués à toutes les malversations intellectuelles, Nicolas Demorand et Léa Salamé n’ont pas cru bon de relever cette ineptie. Comme ils ne relèveront pas celle de Claude Askolovitch lors de sa toujours déroutante revue de presse : « Mars Actu jette le doute sur la rigueur de l’État, et sur nos peurs aussi, en racontant un collégien de 14 ans qui a été mis en examen pour apologie du terrorisme et chassé de son collège (marseillais) qu’il avait effrayé, affirmant qu’il connaissait le meurtrier du professeur Paty, et qu’il aurait fait comme lui ; mais vu de près ce grand dadais afghan parle si mal français, pensait-il ce qu’il a dit, l’a-t-il seulement dit, on a peur et on doute. » Tout devient curieux quand Askolovitch s’en mêle: pourquoi et comment cette histoire jette-t-elle un « doute sur la rigueur de l’État » ? Comment le site Mars Actu s’y prend-il pour « jeter un doute sur nos peurs » ? Et qu’est-ce que cela veut dire ? De quoi avons-nous peur: de l’État, du terrorisme, des propos du collégien ? De quoi doutons-nous: de l’État, de la véracité des propos du « grand dadais » ? L’askolovitchien reste décidément une langue difficile à décrypter.

Comme le sociologue, criminologue, et sûrement un peu décryptologue Sebastian Roché n’était plus là au moment de cette revue de presse, il n’a pas pu apporter son éclairage.

C’est bien dommage. Nous passons vraisemblablement à côté d’explications dévastatrices et hallucinantes. Vivement que France Inter convie à nouveau ce chercheur du CNRS qui, il y a peu, déclarait de façon assurée qu’« il n’y a en France aucun mécanisme d’ensauvagement »…

Coexister: touchée, mais pas coulée

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Les locaux de l'association controversée, photographiés en 2018 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00877961_000002

En très bons termes avec l’Observatoire de la laïcité, taxée comme lui de naïveté, voire de complaisance envers les islamistes, l’association de «management de la diversité» va sans doute perdre son agrément pour intervenir dans les écoles, mais elle garde de la ressource et des alliés.


 

C’est ce qu’on appelle l’épreuve du terrain. Venue le 30 octobre à Poitiers rencontrer des jeunes issus de l’immigration, la toute nouvelle secrétaire d’État à la jeunesse Sarah El Haïry a eu le sentiment de tomber dans un piège. Les adolescents qui s’adressaient à elle déroulaient un argumentaire un peu trop calibré pour être tout à fait spontané, sur le thème de la laïcité qui opprime les croyants, dans la France islamophobe de 2020. Dans l’assistance, se trouvait la présidente de l’association Coexister, Radia Bakkouch. Elle n’est venue épauler la secrétaire d’État ni sur le moment, ni a posteriori dans les médias et sur les réseaux sociaux. Pire encore, le 12 novembre, l’hebdomadaire catholique La Vie publiait un article tournant un peu trop ouvertement la secrétaire d’État en ridicule. Il était signé de Laurent Grzybowski, père du fondateur de Coexister, Samuel Grzybowski.

À lire aussi: Sarah El Haïry contre le « séparatisme » poitevin

 

Bref, la benjamine du gouvernement avait pris une gifle. Fallait-il tendre l’autre joue ou sortir le fouet ? Évangiles selon Saint-Luc 6:29 ou selon Jean 2:15 ? L’option fouet l’a emporté. Comme l’annonçait le Point le 25 novembre, Coexister a reçu un avis défavorable à sa demande d’agrément « Education nationale ». Dans un second temps, l’association pourrait perdre l’agrément « Jeunesse et education populaire » qui lui permettait jusqu’à présent d’intervenir en milieu scolaire. Dommage collatéral, la perte de subventions conséquentes. Un coup dur, mais prévisible. Avant même l’épisode de Poitiers, le refus de Coexister de regarder en face l’intégrisme islamiste devenait embarrassant. Le jour de la mort de Samuel Paty, Radia Bakkouch a posté sur son compte Twitter un appel à marcher… contre l’islamophobie (voir ci-dessous).

coexister-islamLes puissants alliés de Coexister

Vengeance du pouvoir contre une petite association rebelle ? Pas vraiment. En 2013, la structure, prétendument créée spontanément par des lycéens quatre ans plus tôt (voir notre enquête publiée dans notre magazine d’octobre), a perdu sa reconnaissance d’intérêt général. Elle a trouvé les ressources financières et intellectuelles d’aller jusqu’en Conseil d’État pour la récupérer… En réalité, Coexister est seulement un élément d’un lobby discret mais puissant, qui s’active depuis des années pour que l’enseignement public ménage une place aux croyances à côté des savoirs.

Samuel Grzybowski (au centre), président de l’association Coexister, donne une conférence de presse au Mans, 2 juin 2014. © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
Samuel Grzybowski (au centre), président de l’association Coexister, donne une conférence de presse au Mans, 2 juin 2014. © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

Si demain Coexister n’intervient plus dans les écoles publiques, il restera Enquête. Cette association agréée par l’Éducation nationale élabore des « outils ludiques d’éducation à la laïcité et aux faits religieux pour développer chez les enfants un rapport apaisé et réfléchi à ces sujets ». Elle est financée par un fonds de dotation nommé « Coexister », hébergé 50 rue de Montreuil, à Paris, dans les locaux de… Coexister ! Les deux structures se connaissent très bien et se partagent le travail depuis des années. Enquête fait le primaire, Coexister le secondaire, schématiquement. Et pour les enseignants intéressés par le sujet, il y a le cours en ligne Agapan, monté par l’institution catholique du Collège des Bernardins, soutien de Coexister depuis la création de l’association, en 2009!

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Il apparait de plus en plus que des institutions catholiques ont cru jouer fin en retournant contre l’enseignement public son incapacité flagrante à regarder l’islamisme en face. L’anticléricalisme est admis, voire revendiqué, chez les professeurs. L’islamophobie reste inavouable et peut, à ce titre, servir de cheval de Troie pour faire reculer les rationalistes. Le « livret laïcité » de 2015 distribué aux enseignants préconisait « d’éviter la confrontation ou la comparaison du discours religieux et du savoir scientifique », comme si juifs et chrétiens ne conciliaient pas les deux sans grande difficulté depuis un siècle au moins. Pour l’islam, c’est une autre affaire. Citée par Laurent Grzyboswski, Farah, une des lycéennes de Poitiers envoyée au front contre Sarah El Haïry, déplorait que son professeur d’histoire ait « cherché à convaincre les musulmans de la classe que Dieu n’existait pas, que c’était prouvé par la science (…) J’ai failli porter plainte ». « Moi, je n’impose rien à personne, pourquoi est-ce que lui m’imposerait sa vision ? », se demandait-elle. Alors que l’Éducation nationale recrute pour remplacer Samuel Paty, c’est en définitive une bonne question. À quoi rime d’enseigner, si Enquête et Coexister sont d’intérêt général ?

Nos élus et l'islam

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L’association Coexister nous a adressé le droit de réponse suivant :

« Un premier article sur Coexister le 14 octobre 2020, puis un second un mois et demi après, suivi par d’autres encore… C’est donc désormais acté, Causeur semble s’être pris de passion pour notre association. A croire que les crises sanitaires, sociales et économiques du moment ne sont finalement que bagatelles et qu’il est bien plus nécessaire de s’évertuer à dénoncer la grave menace que nous représentons.
Tant elle est fondée sur un substrat bancal d’éléments décontextualisés et de raccourcis approximatifs, cette obsession pourrait prêter à sourire si elle ne tendait pas vers la diffamation monomaniaque.

A l’école, lassociation promeut les principes laïcs

Prétendre que Coexister « affaiblit nos principes laïcs » c’est méconnaitre les fondements même de l’association. Gageons qu’il s’agisse d’ignorance plutôt que désinformation délibérée. La laïcité constitue le socle, le cœur et le vecteur de nos actions. Elle est inscrite sur notre logo 1, dans notre règlement intérieur, dans nos statuts. Nous la promouvons en milieux scolaires, sur les réseaux sociaux 2. Nous travaillons main dans la main avec l’Observatoire de la laïcité, structure étatique qui, depuis près de quinze ans, assiste le gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité. Pour favoriser la cohésion sociale, nous nous attachons à défendre la laïcité exactement telle qu’elle a été promulguée par Aristide Briand et qu’elle est aujourd’hui inscrite dans le droit positif : un cadre juridique légal reposant sur quatre piliers que sont la liberté de conscience, l’égalité devant la loi, la stricte séparation des Églises et de l’État et la neutralité de l’État ainsi que de ses agents. Nous soutenons la pleine indépendance de la République vis-à-vis de toute idéologie ou pression qu’elle soit cultuelle et religieuse et excluons toute vision sociale théocratique. Ainsi, non seulement nous n’affaiblissons pas les principes laïcs mais, bien au contraire, nous nous efforçons inlassablement de les porter et de les défendre.

Coexister, association reconnue dintérêt général

Nous serions complaisants avec l’islamisme.
Les preuves ? Notre présidente, était présente lors de l’intervention de la Secrétaire d’État à la Jeunesse dans un Centre Social à Poitiers le 30 octobre dernier, au même titre que de nombreux représentants d’associations et d’organisations. Elle n’est pas intervenue pour couper court aux débats houleux sur la laïcité entre la représentante du gouvernement et les jeunes présents. Puis, deux semaines plus tard, un article à charge contre la Secrétaire d’État paraît dans l’hebdomadaire la Vie. Le lien entre les deux ? Hormis le fait que ce papier ait été rédigé par Laurent Grzybowski, qui soit dit en passant n’a aucun rôle à Coexister, nous n’en voyons aucun. Il est vrai que nous ne sommes pas à une inexactitude près… Par exemple, nous ne finançons pas ni n’hébergeons Enquête 3.
Quant à notre agrément, si nous n’avons pas encore obtenu l’agrément « Éducation nationale », il est exact que nous sommes reconnus Association d’intérêt général depuis de nombreuses années. Il est tout aussi vrai que nous ne sommes pas près de perdre l’agrément Jeunesse et Education Populaire reçu en 2018 puisqu’il a été renouvelé au mois d’août 2020 par le Ministère de l’Éducation nationale. Également, que nous sommes lauréats de « la France s’engage », label gouvernemental annuellement décerné aux organisations qui promeuvent l’innovation et l’action sociales. Si nous avons des « alliés », ce n’est pas parce que nous sommes « naïfs » voire « complaisants envers les islamistes » mais uniquement parce que nos 4 300 ateliers pédagogiques sur la laïcité mise en place dans 3 860 établissements scolaires auprès de 130 000 jeunes plaident pour nous. C’est aussi parce que nos douze années de travail de terrain sont nécessaires et reconnues comme tel, entre autres, par les instances gouvernementales ».

1 « Education Jeunesse Laïcité »
2 Par exemple, avec la vidéo « La laïcité en 3 minutes » initialement diffusée sur Youtube et Facebook, relayée par l’Observatoire de la Laïcité et visionnée des centaines de milliers de fois
3 Il suffit pour s’en convaincre de consulter la page Internet des partenaires financiers d’Enquête (https://www.enquete.asso.fr/partenaires/partenaires-financiers/) ; le siège de l’association est dans le 11ème alors que nous sommes installés dans le 10ème

Marre des manifs!

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Manifestants à Paris le 28 novembre 2020 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00993091_000026.

En France, les manifestations se multiplient à un point qui en devient grotesque


Les gilets jaunes ont manifesté dans les grandes villes pendant des mois, manifs qui ont ruiné nombre de commerçants et démoralisé une grande partie de la population qui avait la nausée de voir chaque week-end se répéter les mêmes scènes de violence, toutes ces flammes, destructions et blessures.

Tout ça pour un résultat dont personne ne saurait trop dire en quoi il consiste. Mais les Français, dans leur majorité (paraît-il) approuvaient…

Marre de la casse

Les migrants manifestent, les anti-racistes manifestent, les opposants à la loi retraite manifestent, les écologistes manifestent, les anti-Amazon manifestent… On a l’impression que ça ne finira jamais. Ce pays aurait besoin d’un peu de calme et d’apaisement. C’est ce à quoi aspire l’immense majorité de la population. Pouvoir travailler et vivre tout simplement, dans un véritable sentiment de sécurité. Tout le monde en a marre de ces voitures qui brûlent, de ces vitrines cassées, de ces gens qui se tabassent entourés d’autant de gens qui les filment portable en main.

Et même si c’est le fait de groupuscules violents, organiser une manif aujourd’hui c’est prendre cette responsabilité et donner de belles occasions à ces violences. 

femmes gilets jaunes mai 68
Manifestation de femmes Gilets jaunes, Paris, janvier 2019. Sipa. Numéro de reportage : 00889879_000022

La démocratie ne peut-elle pas très bien vivre sans que constamment la rue se mobilise ? Il y a des assemblées et des institutions qui sont faites pour cela, de l’échelon national à l’échelon local. Il y a des syndicats pour dialoguer, voire lutter par la grève pour des revendications professionnelles. Lancer à tout propos des mots d’ordre de manifestation – et c’est aujourd’hui si aisé grâce aux réseaux sociaux, par ailleurs sources d’innombrable fausses informations – c’est abuser d’une arme qui ne devrait être utilisée que dans le plus grand péril.

L’article 24 a bon dos!

Un certain nombre de citoyens se rêvent en glorieux soldats de l’an II, en sans-culottes défenseurs du peuple opprimé, en résistants prêts à tout pour défendre et sauver nos sacro-saintes libertés. Mais c’est une vaste blague.

Qui peut croire sérieusement, même avec le fameux article 24, que nos libertés fondamentales soient réellement menacées ? Certainement pas tous ces éternels résistants, tous ces révolutionnaires de salon comme de pavé qui savent très bien au fond d’eux-mêmes que leurs mouvements de rue ne leur font prendre aucun risque vital. Seuls les commerçants riverains, déjà ruinés par le Covid, prennent le risque de voir détruire leurs boutiques. Mais ils adorent se prendre pour les résistants de notre époque. Il n’est que de lire le texte pompeux de la « coordination » qui affirmait maintenir la manif contre la loi « sécurité globale » quand elle était encore interdite:

« Nous irons et nous marcherons pour défendre cette liberté… nous avons déjà vu comment les vies de tant de femmes et d’hommes qui tentaient d’exprimer cette liberté ont été mutilées et détruites. Nous acceptons de prendre ce risque parce que ce pour quoi nous nous battons dépasse les risques que nous prendrons. »

N’est-ce pas beau comme du Victor Hugo ? Effectivement le risque était réel puisqu’il y a eu 98 blessés, parmi les forces de l’ordre, et un journaliste qui a reçu un (violent) coup de matraque.

Je me risque à un parallèle osé. Quand je pense à Daniel Cordier, qui vient de nous quitter, et donc à Jean Moulin et à tous les résistants qui ont engagé leur vie pour ressusciter une liberté qui était réellement sous la botte nazie, je me demande si cette belle liberté qu’ils nous ont donnée, nous la méritons vraiment.

Incertain 2022

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Marine Le Pen et Emmanuel Macron sur le perron de l'Élysée, lors d'une rencontre au sujet des règles de scrutin des élections européennes, 21 novembre 2017. © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00833006_000003

Sauf imprévu, Emmanuel Macron et Marine Le Pen seront candidats à l’élection présidentielle de 2022. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a déjà annoncé sa candidature. Mais bon nombre d’incertitudes subsistent sur les autres candidats potentiels…


L’avantage de la politique est qu’elle peut être médiocre au quotidien mais qu’elle n’interdit pas les échappées, les imaginations qui sont autant de consolations, de compensations. Puisque nous nous trouvons confrontés à une séquence dont le moins qu’on puisse dire est que le pouvoir n’en sort grandi sur presqu’aucun plan – et notamment pas sur celui du caractère et de la cohérence -, l’envie me prend de m’évader, de construire des châteaux en France et de me plonger dans un futur aux imprévisibles configurations. Rien n’est sûr, rien n’est acquis, tout est possible, il ne faut pas insulter l’avenir et les perdants d’aujourd’hui pourront être les vainqueurs de demain. Il est passionnant d’écouter les citoyens et de les sentir écartelés entre une démobilisation accrue ou un engagement sans enthousiasme. Il y a la résignation (et parfois une authentique satisfaction tout de même !) qui en conduit certains à vouloir réélire Emmanuel Macron parce que personne de légitime et de compétent, face aux crises, ne les surmonterait mieux que lui. L’avantage d’être au pouvoir est que d’y être est déjà une argumentation pour la suite !

On évoque le général Pierre de Villiers (…) mais ce dernier devrait alors sortir des banalités nobles qu’il affectionne au fil des entretiens et ne constitueraient pas un programme. Et les nostalgiques de Nicolas Sarkozy qui l’adorent à proportion de ses défaites…

Il y a ceux qui ont déjà pris le parti d’un second tour en 2022 opposant à nouveau Emmanuel Macron à Marine Le Pen.

À l’heure actuelle, que d’incertitudes sur le nom des candidats!

Il y a ceux qui prennent de haut Xavier Bertrand ou Bruno Retailleau en surestimant ceux qui nous gouvernent aujourd’hui. Cette condescendance est étrange, elle laisserait penser que la réalité présente est enthousiasmante et que nul ne pourrait proposer mieux.

Il y a ceux qui tiennent pour acquise la présence du RN au second tour mais qui n’excluent pas qu’on puisse avoir des surprises pour son adversaire.

D’aucuns en tiennent encore pour la possibilité d’un candidat LR dans la joute finale pendant que Christian Jacob se remet de l’abandon au moins implicite de François Baroin.

Anne Hidalgo, septembre 2020 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00983572_000003.
Anne Hidalgo, septembre 2020 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00983572_000003.

D’autres aspirent à une gauche unie qui ferait combattre ensemble socialistes et écologistes et dans cette éventualité le président sortant pourrait être battu dès le premier tour. Il m’apparaît qu’on tourne trop en dérision la volonté de quelques-uns de favoriser cette unité, qui est portée par Anne Hidalgo de manière de plus en plus explicite, malgré les difficultés qu’elle aura à surmonter. Ce seraient les mêmes, peut-être encore plus considérables, que celles risquant d’entraver un Arnaud Montebourg qui piaffe.

Unité d’une gauche socialiste et écologiste déjà mise à mal par la précipitation ambitieuse, pour la troisième fois, d’un Jean-Luc Mélenchon qui ne pouvait pas attendre: il aurait craint de perdre sa place dans le grand jeu présidentiel. Pourtant sa victoire en 2022 serait inconcevable. Sauf à ce que la succession de handicaps représente une force !

Une surprise attendue?

Les communistes également souhaiteraient avoir leur candidat.

Yannick Jadot ne refuserait pas l’honneur de porter les couleurs d’une gauche rassemblée sous ses deux espèces mais son désir d’apparaître comme un candidat ouvert, plausible et tolérant pourrait lui aliéner un certain nombre de voix que le sectarisme s’est approprié. Et Eric Piolle se ferait un plaisir de les prendre en charge !

Le paradoxe est que le monde politique présente des béances qui laissent passer des désirs, des attentes d’autres personnalités, peut-être encore inconnues, tels d’improbables Emmanuel Macron.

Robert Ménard aspire à une union des droites mais sans Marine Le Pen. Il affirme, lui, n’être pas intéressé par une telle démarche mais se veut, se vit tel un aiguillon.

Robert Ménard est maire de Béziers © Hannah Assouline
Robert Ménard est maire de Béziers © Hannah Assouline

On évoque le général Pierre de Villiers pour répondre à une part de cette France qui a envie d’un militaire à la tête du pays mais ce dernier devrait alors sortir des banalités nobles qu’il affectionne au fil des entretiens et ne constitueraient pas un programme. Et les nostalgiques de Nicolas Sarkozy qui l’adorent à proportion de ses défaites.

Tout ce qui va se dérouler l’année prochaine, avec les désastres économiques et sociaux à venir, va ajouter des incertitudes à cette immense hésitation démocratique. Sera-t-elle tentée d’aller vers la stabilité, l’adhésion au pouvoir en place ou prête à toutes les audaces, voire à toutes les imprudences ? On continuera le livre, ou on commencera à en écrire un autre ? La politique, quand on la rêve, a d’indicibles charmes. Qui sera capable, demain, de nous faire espérer sans nous désenchanter aussitôt ?

Moi, Emmanuel Macron, je me dis que...

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Julien Bayou, Anne Hathaway, profs de gauche: les progressistes débordés

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Julien Bayou, secrétaire national du parti Europe Ecologie les Verts, lors du conseil fédéral de son parti au siège de la CFDT, le 19 septembre 2020.©SADAKA EDMOND/SIPA Numéro de reportage : 00982092_000009

En croyant bien faire, les progressistes se font quand même remonter les bretelles par encore plus progressistes qu’eux.


Ivan Jablonka a écrit un ouvrage pour dénoncer le patriarcat (Des hommes justes – Du patriarcat aux nouvelles masculinités). Pensant avoir œuvré pour la bonne cause féministe, il attendait des acclamations. Catastrophe ! Mme Camille Froidevaux-Metterie, professeure à l’université de Reims, gifle la première : « On reste stupéfaite devant la superficialité de l’analyse et le mépris dans lequel sont tenues les autrices qui, depuis des décennies, ont pensé la domination patriarcale ». L’universitaire Marie-Jeanne Zenetti réfute l’affirmation d’autorité de Jablonka qu’« un rapport hétérosexuel “équitable” devrait comporter une stimulation clitoridienne par masturbation, caresse ou cunnilingus. » Depuis, dit-on, Ivan Jablonka relit le Kamasutra, Simone de Beauvoir et les tweets de Caroline de Haas, à la recherche du chaînon manquant à ses travaux sur « les nouvelles masculinités ».

À lire aussi, Jérôme Blanchet-Gravel: Après la bien-pensance, la bien-monstrance

Verushka Lieutenant-Duval est une professeure à l’université d’Ottawa qui dirige des cours sur l’art et le genre. Pendant un cours sur la théorie queer, elle a eu le malheur d’utiliser le mot « nigger ». Patatras ! Une étudiante est choquée par l’usage de ce mot, la professeure présente ses excuses et propose un débat qui n’aura jamais lieu : une Blanche, lui fait-on savoir, ne peut pas conduire un débat sur une discrimination concernant les gens de couleur. Courageusement, la direction de l’université suspend… la professeure. Après mille courbettes et des excuses réitérées, l’universitaire repentie a pu reprendre ses cours. Elle a promis de ne plus utiliser, en plus du mot « n…. » (nigger ou nègre), le mot « i….. » (indien) : « Mon objectif, ce n’est pas de blesser les étudiants. »

En Caroline du Sud, le professeur Greg Patton a utilisé un mot chinois, « ne-ga », pour illustrer son cours. Aïe ! Certains étudiants ont jugé ce mot trop proche du mot « nigger », ont crié au racisme, ont été affectés au point de préférer « ne pas continuer ce cours plutôt qu’avoir à endurer l’épuisement émotionnel d’avoir un enseignant qui ignore la diversité et les sensibilités culturelles. » Le Pr Patton s’est excusé et a promis de remplacer le mot chinois par un mot… portugais.

L'enseignante Verushka Lieutenant-Duval. Image: Capture d'écran YouYube / Radio-Canada Info.
L’enseignante Verushka Lieutenant-Duval. Image: Capture d’écran YouYube / Radio-Canada Info.

Le délit de réappropriation culturelle 

Jeannine Cummings et Kate Elizabeth Russel sont deux romancières américaines. La première a écrit un livre dépeignant l’aventure d’une mère mexicaine et de son fils pour entrer aux États-Unis (American Dirt). Malheur ! Mme Cummings n’étant pas mexicaine, 140 de ses confrères lui sont tombés sur le râble pour dénoncer une « réappropriation culturelle ». Le téméraire éditeur a immédiatement annulé la tournée de promotion de l’ouvrage. La deuxième a écrit un livre racontant l’histoire d’une élève de 15 ans sexuellement abusée par son professeur (My dark Vanessa). Certaines de ses consœurs dénoncent une romancière qui, n’ayant apparemment pas subi elle-même de violences sexuelles,  s’approprie « la souffrance des vraies victimes. » Du coup, Dame Russel a dû rédiger un communiqué pour dire qu’elle s’était inspirée de ses « propres expériences d’adolescentes avec des hommes plus âgés », et que, donc, elle savait de quoi elle parlait.

Anne Hathaway incarne, dans le film adapté d’une œuvre de Roald Dahl The Witches, une sorcière à trois doigts. Misère ! « De nombreuses personnes souffrant d’un handicap sur certains membres » ayant été blessées, l’actrice s’est confondue en excuses plus plates les unes que les autres : « En tant que personne qui déteste vraiment, vraiment la cruauté, je vous dois à tous des excuses pour la douleur causée. » Excuses acceptées par le Lucky Fin Project, organisation américaine qui « existe pour sensibiliser et célébrer les personnes nées avec une différence de membre. » Ouf !

A lire aussi: Causeur: le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

Sia est une chanteuse australienne qui a mis en ligne la bande-annonce de son futur film Music dans lequel la danseuse Maddie Ziegler joue une autiste. Horreur ! Des organisations anglaises et américaines ont reproché à Sia de ne pas avoir recruté « un comédien sur le spectre de l’autisme. » (sic) De plus, elle a utilisé les termes « individus à capacités particulières » pour désigner les autistes et autres handicapés. Catastrophe ! Les organisations ad hoc y ont vu un signe de mépris envers les personnes handicapées et autistes. L’actrice sourde Marlee Martin demande à la chanteuse de ne « pas être sourd à ce qu’ils ont à dire. »

La sortie de piste de Julien Bayou

Julien Bayou (EELV) a parlé de « lynchage de policiers à Bastille » dans un tweet. Ouille ! La réalisatrice indigéniste Amandine Gay lui a vertement signalé que le terme de « lynchage » est réservé aux personnes noires, et que « son usage par des personnes blanches […] conduit à effacer l’expérience et les souffrances des personnes noires. » Non seulement Julien Bayou s’est excusé mais il a également remercié Mme Gay « d’avoir pris le temps d’une explication de texte argumentée. » Il est « preneur d’un échange pour déterminer comment qualifier le fait qu’une foule s’en prenne à un policier. » J’aimerais beaucoup entendre cet échange-là par exemple.

À lire aussi, Didier Desrimais: Antiracisme, féminisme, écologie: un air bien connu

Fini de rire ! s’exclamait Philippe Muray qui avait vu venir ces tristes figures. Ne nous reste plus que le rire jaune, celui qui naît à la lecture des aventures sinistres de ces progressistes pas assez progressistes qui se font morigéner par de plus bêtes qu’eux.

La face cachée du multiculturalisme

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Multiculturalisme, disent-ils

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Le journaliste Edwy Plenel prend la parole lors de la manifestation à la Place de la Bastille à Paris, contre la proposition de loi sur la sécurite globale menée par Gérald Darmanin, 28 novembre 2020 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00993094_000010

Jadis, les étrangers qui arrivaient en France, qu’ils aient ou non demandé la nationalité française, y venaient parce que nous étions une référence culturelle d’exception.


Les aristocrates russes de Guerre et paix s’expriment en français — et pour eux c’est la langue de Voltaire (Stendhal en quittant Moscou en 1813 emporta avec lui un volume des Mélanges du philosophe de Ferney, et s’en voulut toute sa vie d’avoir dépareillé des œuvres complètes — qui ont dû disparaître dans l’incendie de la ville). Lorsque Simon Bolivar cherche un refuge entre deux révolutions sud-américaines, c’est à Paris qu’il se rend — et il y met à la mode la « cape à la Bolivar » qu’adoptèrent les Romantiques les plus chevelus. Lorsque Tourgueniev se cherche des amis, il est adopté par Maupassant, Zola et le cercle des Réalistes — qui ne l’étaient guère. Henry James avait fait de Paris sa capitale de cœur. Césaire ou Senghor n’ont jamais eu honte d’avoir fait leurs études dans la capitale française. Et Kundera (honte aux Nobels qui ne lui ont jamais donné un  prix qu’il méritait cent fois) a été adopté par le pays où il s’était réfugié quand les Russes sont venus troquer le velours de la révolution tchèque pour de l’acier sur chenilles.

Ok Boomer!

« Ah oui, mais c’est vieux tout ça, les temps ont changé » : une réflexion au moins aussi idiote que le « ok, boomer ! » qui est devenu le slogan de cette génération élevée dans une ignorance crasse, et s’indigne dès que l’on ne prend pas au sérieux les fariboles auxquelles elle s’accroche. Rappelez-vous, « T’es plus dans l’coup, papa ! » Chaque génération se croit plus intelligente que ses géniteurs.

A lire aussi, Driss Ghali: Le noir, le bibelot et le tapis de bain

Changement à vue. Les immigrés ne viennent plus en France que pour son généreux système social, ses allocations familiales et sa cécité idéologique. Il ne leur viendrait jamais à l’idée de dire, à propos d’un idiome qu’on ne leur demande même pas de baragouiner, qu’ils parlent « la langue de Molière » — ou de Voltaire, ou de Flaubert, ou de qui que ce soit antérieur à Virginie Despentes et Aya Nakamura. Les intellectuels étrangers n’ambitionnent plus de devenir français — pas même résidents français. Ils s’éparpillent désormais dans des pays qui n’ont pas tout à fait renoncé à la fierté d’être eux-mêmes. L’anglais reste la langue de Shakespeare (ou de Mark Twain). Les inscriptions d’étrangers dans les universités françaises sont en chute libre — sauf là où on leur fait payer en douce quelques milliers d’euros pour être titulaires de diplômes qu’ils n’auront pas passés, mais il s’agit alors d’étrangers du second rayon, si je puis dire : les plus doués à Oxford ou Harvard, les brêles à Toulon. L’époque où les Chinois, les Vietnamiens et les Algériens qui ont bâti des révolutions dans leurs pays venaient chercher à la Sorbonne une langue et une inspiration est révolue : désormais, AQMI parle et rêve en arabe — et pas l’arabe le plus littéraire…

Féminisme outrancier, anti-racisme systémique, évacuation des génies…

J’ai expliqué jadis, dans Voltaire ou le jihad, comment les intellectuels postmodernes, fascinés par l’OLP et autres causes perdues et délétères, ont renoncé à leur propre culture en inventant cette hydre monstrueuse, le multiculturalisme. Et comme souvent, l’idée s’est imposée, parce qu’elle flattait la foule des universitaires du second rayon qui l’ont ramassée dans la boue idéologique de la gauche et imposée dans les facultés d’abord, dans le secondaire ensuite. Feuilleter un manuel de Français de seconde, c’est plonger dans un monde étrange où le Tiers-Monde côtoie les journalistes de Libé : féminisme outrancier, anti-racisme systémique, évacuation des génies morts et blancs au profit de tiers-mondistes bêlants, LGBT for ever, intersectionnalité du fatras idéologique, les éditeurs vérifient scrupuleusement que tout y est avant d’oser sortir les nouveaux volumes. Exeunt les grands noms qui ont fait la culture nationale. Tout comme en Histoire, où l’on met désormais l’accent sur la sociologie historique, ont disparu les Journées qui ont fait la France. « Roman de l’Histoire ! », disent en se moquant les nouveaux dispensateurs d’ignorance.

Ce roman-là a fait frissonner et rêver des générations. Mais qu’importe aux iconoclastes qui se croient désormais professeurs et prophètes…

A lire aussi: Multiculturalisme, le mal-vivre ensemble

Le multiculturalisme est une illusion et une imposture. Dans un pays donné, c’est la culture de ce pays qui prime. Sa culture et sa langue. Et rien d’autre. Refuser d’enseigner l’une et l’autre, c’est se couper les mains face à des adversaires bien décidés à prendre le pouvoir.

Philippe Meirieu, histrion de la pédagogie

Les journalistes et les universitaires qui appuient ce tiers-mondisme du pauvre sont au mieux des collabos, au pire des soumis. Des ignorants, surtout. Ils mettent sur le même plan Montaigne (quand ils en ont entendu parler) et n’importe quel prêcheur de « principes démocratiques » — ces principes au nom desquels on vous décapitera demain. Elle a bon dos, la démocratie !

Philippe Meirieu en 2016. A la différence du spécialiste des sciences de l'éducation et de la pédagogie Philippe Meirieu, Ingrid Riocreux estime vain d'entamer le dialogue suite à l'assassinat du professeur de Conflans Sainte Honorine © Hannah ASSOULINE
Philippe Meirieu en 2016. A la différence du spécialiste des sciences de l’éducation et de la pédagogie Philippe Meirieu, Ingrid Riocreux estime vain d’entamer le dialogue suite à l’assassinat du professeur de Conflans Sainte Honorine © Hannah ASSOULINE

Et ce multiculturalisme-là s’est trouvé en Lionel Jospin, en 1989, le naïf qu’il lui fallait. La loi que le petit Lionel a sorti de l’arrière-slip de Philippe Meirieu, le même qui vient de refuser de participer au Grenelle de l’Education — faut-il qu’ils soient aveugles, au ministère, pour s’exposer au camouflet d’un histrion de la pédagogie. Les élèves et les parents, et les associations qui les alimentent en douce, s’en sont saisis et ont décrété que désormais, la parole d’un « apprenant », tout ignorant qu’il soit, tout imbibé d’idées reçues qu’il nous arrive, valait celle du professeur — qui a très vite admis cette équivalence, pour s’acheter la paix. Multiculturalisme un jour, et soumission toujours.

Je ne vois pas comment, en l’état, à moins d’un sursaut très violent et immédiat, nous pourrions inverser le mouvement. Nous sommes un pays en perdition, nous glissons vers le froid, et l’accent mis sur les hantises et la peur, depuis huit mois, symbolise bien cette déchéance : pendant que nous nous préoccupons du chiffon rouge agité par Olivier Véran, nous laissons la France déraper vers l’insignifiance. Cela fait les affaires des grands groupes, les seuls dont le gouvernement se soucie. Une révolution silencieuse, rythmée par les bulletins de santé de Jérôme Salomon, s’accomplit sous nos yeux, et nous laissons faire. Sodomisés un jour, sodomisés toujours.

Mélanges

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Voltaire ou le jihad

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Élisabeth Lévy: « La violence systémique n’est pas du côté que l’on croit »

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Ce week-end a encore donné lieu à des images de guérilla, ponctuées de violences contre la police. Si les images du tabassage de Michel Zecler ont indigné stars et politiques, les policiers lynchés samedi n’ont eux pas le droit à la une des journaux…


Après l’arrestation brutale du producteur de musique Michel Zecler, c’est un véritable déchaînement de violences anti-policières qui s’est abattu à Paris samedi lors de la manifestation contre l’article 24 de la loi « sécurité globale ». Des dizaines de policiers ont été blessés. Casser du flic, c’est un système!

Sur Sud Radio ce matin, Élisabeth Lévy s’interroge: « Quel est le rapport entre ces deux réalités ? N’y a-t-il pas un deux poids deux mesures ? » Si l’affaire Zecler a fait la une de la plupart des médias, et a même fait réagir le président de la République, on ne peut pas en dire tout à fait autant des images du policier roué de coups samedi à Paris. Au micro, la directrice de la rédaction de Causeur a rappelé que « deux des policiers sur les quatre concernés ont été écroués, ce qui est particulièrement sévère pour des primo-délinquants« , qu’ils sont menacés de révocation par le ministre de l’Intérieur, alors qu’elle doute que les interpellés de samedi « dorment en prison ».

La nécessité de punir aussi les agresseurs de policiers 

Or pour avoir des policiers irréprochables, il faut que leurs agresseurs soient sanctionnés. Elisabeth Lévy a rappelé les chiffres impressionnants du nombre de blessés chez les policiers : « Près de cent policiers ont été blessés samedi et près de 10 000 en 2019… »

« Les agressions contre les forces de l’ordre sont devenues la norme. Pour les délinquants des cités, pour les black blocks, pour une partie des Gilets jaunes, casser du flic est un système », argumente-t-elle. Élisabeth Lévy en conclut que « la violence systémique n’est pas du côté que l’on croit. »

Causeur vous propose de visionner l’intégralité de son intervention:

>>> Retrouvez le regard libre d’Elisabeth Lévy du lundi au vendredi à 8h15 dans la matinale de Sud Radio <<<

 

De la fachosphère à la complotosphère

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Donald Sutherland dans "L'Invasion des profanateurs", film de Philip Kaufman (1978). Photo: capture d'écran YouTube.

Ces termes ont fait leur intrusion dans les articles de presse et sont un moyen aussi efficace que facile de disqualifier des opinions. Ces dernières semaines, dans le sillage du film documentaire Hold Up, des scientifiques de renom voient leurs opinions disqualifiées a priori.


Je ne sais trop pourquoi, notre époque semble avoir développé le goût des idéologies sphériques!

Ou plus exactement, elle aime à faire rentrer dans une sphère, fut-ce à leur corps défendant, ceux qui professent, sur un sujet ou sur un autre, une opinion à contre-courant de celle que l’on suppose partagée par la majorité de la population et qui irrite les dogmes progressistes censés refléter le bien commun.

Le mot de « fachosphère », que l’on rencontre de plus en plus souvent sous la plume de maints journalistes, mais que l’on voit aussi fleurir sur les réseaux sociaux, m’intrigue entre tous. Il s’agit d’un espace mal défini (voire franchement indéfini), dans lequel chacun est susceptible de pénétrer sans s’en rendre compte et se trouve dès cet instant le compagnon de route involontaire d’une multitude de gens avec lesquels il n’a rien – ou très peu – en commun.

Un terme disqualifiant

Car bien entendu, le terme « fachosphère » est englobant et, surtout, disqualifiant, du fait de la racine même de ce néologisme. Celui qui est réputé appartenir à la fachosphère est forcément l’ennemi de la démocratie et fait partie de ceux avec lesquels il est déconseillé de dialoguer. La fachosphère renvoie naturellement au fascisme, idéologie historiquement datée, de sinistre mémoire.

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Selon le professeur Emilio Gentile dont les études font autorité, le fascisme est d’abord un totalitarisme, mot qui désigne le fonctionnement de tout État qui prétend régir non seulement la vie publique mais aussi la vie privée de ses administrés. Il suppose l’existence d’un parti unique, détenteur d’un monopole idéologique, une restriction de la liberté d’expression, totale ou partielle, par le biais d’un appareil de terreur plus ou moins sévère selon les climats et – en tout cas pour ce qui regarde le fascisme des années 30 – une forme de militarisation de la vie de la cité. On pourrait naturellement nuancer ou compléter, citer par exemple les travaux de Raymond Aron ou de Pierre Milza. On pourrait aussi se référer aux analyses marxistes – parfois contradictoires – du phénomène. Ainsi, lors du VIIème congrès de la III ème Internationale Georges Dimitrov définissait-il le fascisme comme « la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes du capital financier », ce qui est en partie contestable car le nationalisme fasciste se mâtine en réalité d’une contestation radicale du capitalisme et du libéralisme. Enfin, le fascisme est, par essence, antiparlementaire : l’homme le plus conservateur qui soit ne saurait se voir appliquer le qualificatif de fasciste s’il est, par ailleurs, partisan de la démocratie représentative. 

La manie de l’amalgame

La manie de « sphériser », si l’on me permet cet autre néologisme, a ainsi pour conséquence de renvoyer dans le même camp – un camp sinon inexistant, du moins de proportions très réduites – des gens qui n’ont, pour ainsi dire, rien en commun. Quoi de commun, en effet, entre l’adhérent lambda de « La Manif Pour Tous » ou telle personne dénonçant, qui l’immigration, qui l’assouplissement des conditions de l’IVG (notez que ce ne sont que des exemples, non des opinions personnelles) et une bande de skinheads ou un groupuscule néo-nazi ? Rien. D’un côté, des gens qui exercent leur liberté d’expression (quoique l’on pense de l’opinion exprimée) dans un cadre démocratique qu’ils n’entendent nullement remettre en cause, de l’autre des personnes dont l’idéologie peut effectivement se rapprocher du fascisme historique. Mais ceux qui pointent du doigt une fachosphère fantasmée ne distinguent pas. On songe au Danton d’Andrzej Wajda qui dénonçait la supercherie consistant à faire asseoir ensemble, sur les bancs du tribunal révolutionnaire, des représentants du peuple, jugés pour des motifs politiques, et des criminels de droit commun. L’amalgame – terme à la mode – est redoutable.

Or il se trouve que la crise sanitaire actuelle a donné naissance à une nouvelle sphère : la « complotosphère ». Non que le complotisme (sur des sujets variés) n’existât point jusqu’à aujourd’hui, mais il se limitait aux thèses farfelues d’hurluberlus convaincus que la terre est plate, que l’homme n’a jamais marché sur la lune et que les attentats du 11 septembre sont l’œuvre de la CIA (ou du Mossad, je ne sais plus très bien).

Ce qui semble nouveau, avec la Covid-19, c’est que les opinions de « sachants » (des professeurs de médecine, des virologues, des généticiens, etc.) qui contestent le discours officiel pour des motifs sur lesquels, en ma qualité de juriste, je ne puis me prononcer, se trouvent elles aussi taxées de complotisme, quand on ne rejette pas tout bonnement les intéressés à l’intersection de la fachosphère et de la complotosphère. 

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Le film « Hold Up », qui a récemment déchainé les plus violentes critiques, me semble la plus parfaite illustration de ce phénomène. Loin de moi l’idée de prendre la défense de ce « documentaire » et, en particulier, du lien qu’il prétend établir entre le virus, le naufrage sanitaire, la 5G, le traçage des populations et la disparition de la monnaie. Je m’y perds un peu. Il faudrait un Dan Brown pour rendre cela un peu plus crédible. Mais on ne peut nier qu’un certain nombre d’intervenants de haute volée, issus du monde médical, tiennent des propos qui interpellent, qui suscitent à tout le moins des questions, et que ceux-là disposent d’un bagage scientifique qui ne rend pas a priori leur discours inaudible. Que je sache, le professeur Montagnier, Mme Henrion-Caude ou le professeur Péronne (pour ne citer qu’eux) ne soutiennent pas que la crise du Covid-19 aurait été créée intentionnellement en vue de parvenir à imposer un gouvernement mondial. Le film le suggère – et fait même plus que cela – mais pas eux. Ils émettent des doutes sur la gestion de la pandémie, sur son origine, posent des questions et apportent leurs réponses, ce qui est le propre du débat. Ceux-là sont pourtant, depuis quelques semaines, rejetés dans le camp honni et bigarré des complotistes, camp dans lequel on trouve à boire et à manger, pour utiliser une expression familière. Fachosphère et complotosphère, même combat ! L’amalgame pour tous.

Il faudrait prendre garde au fait que l’essence même de la démocratie, c’est le droit au désaccord. Et si, bien entendu, ces gens ne sont pas muselés, puisqu’ils trouvent des relais (à la marge) dans la presse écrite ou à la télévision, leur parole est délégitimée par un tir de barrage de dénigrement d’une violence inouïe et par ce renvoi brutal dans une complotosphère avec laquelle ils n’ont, pour ainsi dire, rien à voir, ce qui constitue, en soi, une façon de brider leur liberté d’expression. Leur avis, qu’on le partage ou non, est tourné en ridicule et disqualifié a priori.

Danton

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La langue française: chef d’oeuvre en péril

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Fautes d’orthographe dans le cahier d'une écolière de la Sarthe, 28 octobre 2019.© GILE Michel/SIPA Numéro de reportage : 00939234_000001

Au nom de l’égalité, certains voudraient simplifier les règles de la langue française.


Dans le Hors Série de Valeurs Actuelles, intitulé « La Langue française, chef-d’œuvre en péril », on lit cette phrase  : « Il y a deux sortes d’ouvrages : ceux qu’on a lu et ceux qu’on lit tout le temps. » Cette faute d’orthographe, attribuée indûment à un Académicien, est tellement récurrente qu’on doit s’interroger sur ces claviers d’ordinateur qui imposent, depuis quelque temps, une « simplification » de notre langue. Après le lexique, dégenré et envahi sur les écrans télé par le globish, auquel on enlève toute trace d’étymologie avec la suppression arbitraire de circonflexes, ce qui aboutit à la confusion entre passé simple et imparfait du subjonctif, c’est au disque dur de la grammaire qu’on s’attaque désormais. Des linguistes ont beau avancer que le français aurait des racines dans la langue arabe, notre orthographe qui n’est pas phonétique témoigne de son étymologie latine, et notre grammaire est très structurée.

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La langue doit être accueillante

On connaît Madame Eliane Viennot, militante influente de la démasculinisation de notre langue, et sa revendication pour « les accords de proximité » des mots afin de lutter contre l’accord au masculin, véritable « marqueur, social et sexiste ». Son autre cheval de bataille est la règle de l’accord du participe passé, qu’elle juge « liberticide, mortifère, antidémocratique, inutile et source d’une insécurité linguistique pour ceux qui ne savent pas le français. » Moins on suit d’études, plus on aura de difficultés à rédiger correctement, écrivait-elle, dans une tribune du Monde. Dit autrement : plus on est analphabète, moins on sait écrire. La langue se doit donc d’être « accueillante » à tous. C’est désormais ce qu’on voit et lit partout.

Imposée par les nouveaux claviers d’ordinateur, la suppression de cette « règle homicide » du participe passé est loin d’être anodine. Dans la phrase « Il y a deux sortes d’ouvrages : ceux qu’on a lu, totalement fous, et ceux qu’on lit », à quoi se rapporteraient le participe lu et l’adjectif fous ? À rien. On supprime tout simplement la proposition relative et son pronom. On dira que l’accord de l’adjectif fous s’impose « par le sens. » Sauf qu’un adjectif s’accorde avec un nom ou un pronom auquel il se rapporte. On dira encore que « les propositions subordonnées », ça n’existe plus. Que tout ça, c’est du blablabla. Parce que manier sa langue correctement, alors que d’autres le savent, c’est sans importance ?

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L’humanité se divise entre « les gras et les maigres ». Les nantis et les laissés pour compte. La langue est un trésor. Savoir s’exprimer donne savoir et pouvoir. La Rue de Grenelle et l’Académie Française, qui a fléchi au féminisme avec les auteures et les professeures, se rendent-elles compte de l’état de notre langue devenue, pour le coup, profondément inégalitaire ? À seigneur, tout honneur. Aux seigneurs de la pensée, tous les honneurs, avec les places qui leur sont dues. Aux autres, l’assistanat et les écrans.  Puisque l’État montre en ce moment qu’il a des milliards dans ses tiroirs, pourquoi ne pas en débloquer un seul pour rendre le métier d’enseignant attirant, afin que nos enfants apprennent à lire, écrire, compter et en être heureux ?

C'est le français qu'on assassine

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Sophie Pétronin : le déni de soi

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Sophie Pétronin à Bamako, après sa libération, 9 octobre 2020. © Sophie Petronin/ Hans Lucas/ AFP

Depuis son rapatriement en France, la désormais dernière ex-otage française se languit du Mali. Et si Sophie Pétronin était vouée à rester une captive ? Retour sur l’histoire d’une aliénation. 


« Une humanitaire portée par la foi » : sous ce titre on a pu lire une évocation du parcours de Sophie Pétronin. On peut se demander ce que recouvrent dans ce cas le mot humanitaire et le mot foi. Ils désignent bien les deux pôles d’une existence que l’on a vue, non sans surprise, apparaître et prendre corps, après des années de détention, sous la figure d’une vieille dame heureuse de l’expérience vécue : on avait pris soin d’elle, elle avait toujours été respectée… Qui plus est, son internement, elle l’avait vécu comme une « retraite spirituelle » la conduisant à se convertir à l’islam, à porter le voile et à demander qu’on l’appelle désormais Mariam.

Du catholicisme à l’islam

Médecin nutritionniste, Sophie Pétronin a pris en charge depuis vingt ans des enfants mal nourris de Gao. Sa passion pour le Mali l’a aussi conduite à adopter et à héberger chez elle plusieurs petites filles. Mais le rêve à la fois exotique et fusionnel qui l’inspire a buté sur les conflits et entreprises de domination déchirant son pays d’élection : des islamistes en quête de rançon l’ont enlevée. En 2012 elle leur a échappé, en 2016 ils se sont emparés d’elle et l’ont gardée. Ce qu’elle a subi aurait pu la conduire à reconnaître que, malgré ses efforts, elle n’était pas vraiment intégrée, encore moins assimilée, au peuple auquel elle se vouait. Elle a refusé ce réalisme désillusionné, choisissant de se conduire comme si entre ses ravisseurs et elle, il n’y avait qu’un malentendu : ils l’avaient considérée comme une étrangère, ce qu’elle ne voulait pas être. S’ils ne l’avaient pas crue, c’est qu’elle n’en avait pas fait assez pour les persuader de sa bonne volonté. Elle a donc entrepris de la leur montrer, reconnaissant l’échec antérieur, se l’imputant à elle-même et prenant appui sur cette « reconnaissance d’échec » pour relancer sa transformation. Cette relance, qu’elle a présentée comme une démarche spirituelle, l’a conduite à se convertir, à changer de nom, à oublier la catholique pratiquante qui était arrivée au Mali et qu’elle était restée jusqu’à son enlèvement.

La logique de l’humanitarisme poussée à son extrémité

De l’extérieur, on peut estimer qu’elle a simplement cédé à une menace de mort plus ou moins directe. « Retraite spirituelle » suggère tout autre chose : un approfondissement, et non une rupture, dans le fil d’une évolution méditée, délibérée dont son fils a indiqué le sens : « Quand on s’apprête à vivre ce genre d’aventure [la promiscuité et la détention suppose-t-on], on a plutôt intérêt à se familiariser avec les us et coutumes, à essayer d’être dans l’acceptation et la compréhension. » Apparemment, en pénétrant la personnalité de celui qui s’y soumet, l’effort de comprendre peut déplacer ses repères, recouvrir ses appartenances héritées et se muer en identification à un environnement envers lequel il se reconnaît des obligations. Ceci explique que Mariam Pétronin soit impatiente, après avoir embrassé les siens, de retourner au Mali. Il lui importe de savoir si la mutation engagée est accomplie, si cette fois, elle sera reçue et intégrée.

Un déni d’oppression

Les évolutions de cette néo-Malienne relèvent certainement de la logique de l’humanitarisme poussée à son extrémité, mais quand on parle à son propos d’une aventure « portée par la foi », on fait erreur. La foi est une adhésion personnelle, un point d’ancrage pour le croyant, alors qu’on donne à voir dans ce cas une sortie de soi, une aliénation peut-on dire. La direction choisie est celle d’un altruisme sans bornes, comme si la démarche d’acceptation ne pouvait pas, ne devait pas, avoir de limites.

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Pourtant quand l’ex-détenue revient pour nous dire qu’elle n’était pas vraiment otage, que son épreuve n’a été qu’une transition, une étape dans un parcours spirituel, son propos apparaît tellement irréaliste qu’il ressemble à une dénégation. Qu’elle ait été otage, les négociations sur la rançon en sont la preuve, et il faut bien qu’elle ait été considérée comme française pour qu’on ait pu, comme l’a fait son fils, reprocher au gouvernement français de s’y être trop peu impliqué. Le rançonnement de la France met à part « la dernier otage français détenue dans le monde », la séparant des terroristes que le pouvoir malien a libérés dans la même période dans le cadre de transactions entre factions maliennes.

Une certaine distance avec les autres otages

Le déni de l’oppression subie devient même scandaleux quand il conduit à oublier le sort d’autres otages « retenus » dans le même pays au même moment et qui n’ont pas bénéficié d’une « transaction » libératrice. Une religieuse franciscaine originaire d’Amérique latine est apparue au second plan d’une vidéo, derrière notre compatriote. On ne sait pas ce qu’elle est devenue et sa compagne de détention ne l’évoque pas. Elle n’a rien dit non plus, en public, du destin de Béatrice Stöckli, missionnaire protestante suisse, enlevée elle aussi en 2016. Il se dit que Sophie Pétronin a appris à Emmanuel Macron que cette missionnaire avait été tuée par ses ravisseurs. Sans doute le président l’a-t-il interrogée sur ce point car, hors cette supposée confidence, elle est restée muette sur le sujet.

La distance qu’elle garde avec les autres otages prouve que Sophie Pétronin distingue les tensions internes au monde musulman (où elle se situe désormais) de celles qui tiennent aux rapports de celui-ci avec l’extérieur. Pour elle, ceux qui, venus de l’extérieur, agissent en terre d’islam doivent se faire admettre et accepter le risque d’être récusés. En revanche, ceux qui participent de l’umma peuvent bénéficier du respect qu’elle a connu, dont elle semble oublier qu’il est un privilège. L’humanitarisme en somme l’a conduite jusqu’à l’entrée de la société musulmane, mais sans lui donner les moyens d’interroger celle-ci sur un exclusivisme qu’elle a fini par épouser, sur une manière de se poser utopiquement en société idéale tout en s’acharnant, comme dans le cas de Samuel Paty, à retrancher les mécréants de l’humanité.