Après un suspense difficilement soutenable, Jean-Luc Mélenchon a proposé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2022. Si La France Insoumise suit son candidat, l’annonce crispe dans les autres partis de gauche…


Jamais deux sans trois. Et finies les pudeurs de gazelle à la France Insoumise !

Dimanche 8 novembre, Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2022 sur TF1, mettant fin à un faux suspens, tant sa candidature était attendue. Le lider maximo tricolore se lance à nouveau à l’assaut de l’Elysée, rêvant d’imiter François Mitterrand et Jacques Chirac, élus lors de leur troisième candidature. À 69 ans, c’est un jeunot à côté de Joe Biden. Et il est toujours suivi par les cadres de son parti. Originalité: cette fois-ci, il compte s’appuyer sur 150 000 parrainages citoyens, sorte de plébiscite novateur pour légitimer son projet politique, qui contient la fameuse 6ème République et une plus grande participation citoyenne : « Aujourd’hui seuls 500 élus le peuvent (donner les parrainages). Je soutiens l’idée que les citoyens puissent investir un candidat », a-t-il expliqué sur TF1.

Jean-Luc Mélenchon a inventé un truc génial : une primaire où il est le seul candidat avec un seul tour

Mais ce n’est pas le début de la démocratie à la France Insoumise, dont les pratiques autoritaires avaient été dénoncées par Thomas Guénolé, ancien membre du mouvement, et comme vient de le rappeler ironiquement le philosophe Raphaël Enthoven sur Twitter : « Où signe-t-on ? Comment soutenir ce vaste élan démocratique en faveur d’une candidature unique ? #Melenchon2022 ». Mais aussi Olivier Faure, premier secrétaire du parti socialiste, sur France Info : « Jean-Luc Mélenchon a inventé un truc génial : une primaire où il est le seul candidat avec un seul tour. »

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De son côté, Adrien Quatennens s’est résigné à vanter ce principe d’investiture populaire. La relève attendra, Clémentine Autain et François Ruffin aussi. Certains à la gauche de la gauche auraient sans doute préféré Clémentine Autain, l’une des rares à avoir critiqué ouvertement Mélenchon. Ou pourquoi pas carrément des islamo-gauchistes assumés comme Danièle Obono ou Éric Coquerel ? Sur Twitter, quelques comptes se désolent du maintien du leadership de Jean-Luc Mélenchon, qui persiste à vouloir s’imposer seul comme l’opposant numéro un du président Macron. « #Melenchon2022 pitié, on ne veut pas voter pour une personne mais pour un programme! On veut une union de la gauche avec Taubira, EELV, le parti socialiste et tous les autres! », écrit une militante de gauche, Marine Dezerces.

Mélenchon fait cavalier seul à gauche, Macron sabre le champagne

Mais c’est surtout au sein des autres partis politiques « progressistes » que l’annonce du leader Insoumis a fait grincer des dents. Particulièrement du côté du PS dont le premier secrétaire Olivier Faure s’est indigné sur LCI : « Pensez-vous que c’était le bon moment ? En pleine crise sanitaire, économique, sociale, avec le terrorisme à son degré maximal d’alerte… » Avant d’asséner : « Emmanuel Macron s’est ouvert une bonne bouteille car la gauche et les écologistes, s’ils veulent gagner, ont besoin de se rassembler. Toutes celles et ceux qui par leurs aventures personnelles, leurs ambitions égoïstes, menacent ce rassemblement, lui déroulent le tapis rouge. »

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Du côté des écologistes, alors qu’Éric Piolle, le maire de Grenoble, s’était un peu rapproché de Jean-Luc Mélenchon cet été, on prend de la distance. Et on insiste sur les régionales et l’union des partis de gauche, comme lors des municipales, qui a permis quelques beaux succès : « Il y a quand même une petite élection avant (les présidentielles), qui sont les régionales.[…] On a bien vu pendant les municipales que c’était les dynamiques collectives qui avaient gagné. Cette lumière au bout du tunnel sera allumée par une démarche collective », a taclé sur France Info Sandrine Rousseau… elle-même candidate à la primaire écologiste. Julien Bayou, secrétaire national des Verts, écrivait déjà en avril, dans une tribune, tout le mal qu’il pensait de l’attitude de Jean-Luc Mélenchon : « La crise que nous traversons révèle que nous avons besoin de collectif et d’humilité.[…] Hier, dans un emportement tu disais, « la République c’est moi ». Désormais dans un entêtement solitaire, tu prétends incarner l’alternative à toi tout seul. Cette pente égoïste est mortifère. » Visiblement cet avertissement printanier n’a pas été écouté. Le Parti communiste a également réservé un accueil glacial à l’annonce de Mélenchon: « Jean-Luc Mélenchon a fait son choix. Je le respecte. Les communistes feront le leur en temps voulu », a écrit Fabien Roussel, le secrétaire général du parti, sur Twitter.

La gauche dans une impasse pour 2022

L’union de la gauche relève donc d’une chimère pour la présidentielle de 2022, d’autant qu’entre Verts et Socialistes ce n’est pas non plus l’amour fou… Une partie de la gauche pourrait tout de même suivre le candidat Mélenchon, lequel tente maladroitement, en pleine pandémie, de devancer les autres leaders de la gauche pour s’imposer à eux. Sur France Info, Adrien Quatennens a incité Arnaud Montebourg, qui entretient le suspens sur une candidature personnelle, à rejoindre LFI pour 2022 : « Je pense que nous pouvons gagner en 2022, alors il y a de la place pour faire équipe. »

Sur TF1 on a pu apprécier un Jean-Luc Mélenchon souriant comme jamais, et voulant montrer combien il était devenu sage. Depuis 2017, “la République c’est moi” a bien des choses à se faire pardonner. Sa ligne politique républicaine a été balayée au profit des indigénistes et son tempérament égocentrique largement critiqué. Mais ses partisans misent sur cette campagne longue pour construire une « majorité d’adhésion » et s’imposer à gauche, avant de s’imposer chez les Français.

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