Un courant très hostile à l’institution policière cherche à faire croire qu’il recueille l’assentiment de la majorité des citoyens
À considérer, à lire et à entendre ce qui, depuis quelques jours, est déversé contre les violences illégitimes qui auraient été commises, en telle ou telle circonstance, par la police, on pourrait avoir l’impression que celle-ci devrait être globalement condamnée, la multitude de ses missions accomplies souvent dangereusement, et en parfaite conformité déontologique et républicaine, comptant quasiment pour rien.
À l’évidence la France est traversée à intervalles réguliers – quand l’actualité offre à des minorités extrémistes favorisées par l’enflure médiatique – par un courant très hostile à l’institution policière, qui cherche à faire croire qu’il recueille l’assentiment du plus grand nombre.
Le soutien aux forces de l’ordre progresse dans l’opinion
Alors que la masse des citoyens au contraire apporte son soutien aux forces de l’ordre et a confiance dans leur action. Cette adhésion majoritaire est d’autant plus signifiante qu’elle progresse si on examine les enquêtes d’opinion.
Pourtant on est inondé par des suspicions, des stigmatisations, des présomptions de culpabilité, des procès expéditifs et des lâchetés intellectuelles et politiques qui parviennent à faire oublier l’essentiel: les Français aiment leur police, les voyous la détestent, et en général on ne confond pas le monopole de la force légitime, qui lui est dévolu par la loi et la démocratie, avec les rares transgressions inexcusables de la part de certains fonctionnaires dévoyés.
Ce que le citoyen honnête appréhende avec justesse en sachant distinguer l’immense bon grain de la résiduelle ivraie n’est cependant pas l’attitude d’une caste politique et médiatique qui s’obstine à imputer une violence systémique à la police alors que cette violence est de l’autre côté, le côté qui s’en prend à elle parce qu’elle dérange, déstabilise, interpelle, arrête et défère. Parce que la police est ce qui se met entre les malfaisances et le citoyen.
La raison fondamentale de l’hypertrophie de la détestation policière tient au fait que délibérément on a accepté un parallélisme absurde entre la légitimité de la police, la bienfaisance de ses missions et les entreprises de démolition de ceux qui n’ont pour ambition que de « casser du flic ».
Cette équivalence aberrante a commencé avec les Gilets jaunes même si j’admets que certains d’entre eux ont subi des atteintes intolérables sous l’autorité d’un Christophe Castaner dur avec eux et si faible par la suite. Rappeler qu’il n’y a pas de commune mesure possible entre ce que la police a le droit et le devoir de mettre en œuvre et les violents qui la fuient, la frappent, la blessent ou la tuent est une donnée de base fondamentale. Trop souvent négligée, occultée par lâcheté.
Récuser l’écume médiatique et soutenir vraiment la police pour notre démocratie impose le courage de ne pas l’abandonner en rase campagne, de comprendre qu’elle a précisément besoin d’une confiance quand des partialités et des idéologies feignent de la décréter coupable de tout. En ne mesurant rien des affrontements qu’au quotidien elle subit et cherche à maîtriser.
L’article 24 est utile
Il convient surtout, même de la part d’un ministre de l’Intérieur qui bénéficie d’une comparaison flatteuse avec son prédécesseur, de ne pas procéder par embardées, de ne pas faire suivre sa solidarité avec les troupes dont il a la charge et la vigueur de son accompagnement, de critiques explicites et démagogiques. Il faut vraiment choisir : être le ministre des forces de l’ordre ou bien celui qui, par intermittences, donnera du grain à moudre, pour se faire bien voir, aux ennemis compulsifs de la police.
Gérald Darmanin rend hommage au brigadier Eric M., mort au Mans lors d’un contrôle routier, après avoir été trainé sur plusieurs mètres par un conducteur refusant de descendre de son véhicule, août 2020. Auteurs : GILE Michel/SIPA. Numéro de reportage : 00976428_000046
Cette manière ostensiblement contrastée de conjuguer les lumières et les ombres, paradoxalement, met trop l’accent sur les ombres au lieu de les banaliser intelligemment comme la rançon inévitable d’un exercice policier la plupart du temps exemplaire.
Le pouvoir ne s’est pas illustré ces derniers jours par sa cohérence face à la contestation de cet excellent article 24 de la proposition de loi sur la sécurité globale. Il l’était dès l’origine mais il l’est devenu encore davantage avec l’ajout au texte d’une intention maligne qui aurait dû enlever toute crainte aux suspicieux républicains. Comme s’il n’était pas concevable de laisser toute liberté à la prise d’images et à l’information en récusant seulement la diffusion malveillante de nature à porter atteinte à l’intégrité physique et psychique des policiers.
Pour qui a l’expérience du rôle de ceux-ci et de la manière dont leur vie, en dehors de leur activité professionnelle, est devenue pour beaucoup d’entre eux un enfer, on comprend l’utilité des dispositions spécifiques de cet article et de la protection qu’il pourrait et devrait assurer à des fonctionnaires mis de plus en plus en danger par la diffusion perverse de leur image.
L’alliance d’un article 24 réécrit ou inséré ailleurs – mais dépouillé pour complaire aux médias de ce qu’il avait de meilleur au bénéfice de la police – et d’une confiance politique trop intermittente et chiche risquerait d’engendrer des effets très négatifs pour le futur des forces de l’ordre de plus en plus mobilisées, de moins en moins soutenues.
J’aimerais, pour illustrer ce point important de mon billet, renvoyer à un article que j’avais écrit le 14 février 2010 : « Si j’étais policier… » J’avais monologué en relatant dans le détail la quotidienneté de ces gardiens de la paix et des épreuves qui étaient les leurs, dans les sphères professionnelle et privée. J’avais reçu un nombre incalculable de commentaires et de témoignages : je n’ose imaginer ce que ce texte aurait suscité aujourd’hui.
Tout pourrait être si simple: l’inconditionnalité à l’égard d’une police à son meilleur, la condamnation sans faiblesse du pire délictuel ou criminel susceptible de la dégrader.
La police entre écume médiatique et vrai soutien.
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Dans Les élites françaises: Des Lumières au grand confinement, Eric Anceau analyse ce qu’étaient et ce que sont les élites françaises. Il revient longuement sur leurs évolutions dans le temps, le rôle qu’elles tiennent auprès du pouvoir et dans la société, ou les émotions populaires qu’elles font naître… Un bel éclairage sur un concept souvent mal connu. Entretien
Revue Conflits. Quelle serait pour vous la définition des élites la plus pertinente ? Comment expliquer qu’elles sont aujourd’hui objet de défiance, source de fantasmes, cœur de toutes les théories complotistes ? Est-ce que cela a toujours été le cas ?
Éric Anceau. Il existe plusieurs acceptions du terme, que l’on retrouve dès le XIVe siècle, et qui demeurent valables aujourd’hui. Les élites, ce sont à la fois ceux qui exercent le pouvoir, ceux qui le conseillent et l’assistent dans l’exercice de ses fonctions, et dont les contours peuvent être plus flous que pour le premier groupe, mais aussi ceux que l’on considère comme les meilleurs ou les plus remarquables au sein d’un groupe social déterminé. Ceux qui aspirent au pouvoir peuvent déjà faire partie de ces élites ou constituer une contre-élite. On voit donc que le terme se définit pour partie objectivement et pour partie subjectivement par la légitimité que les membres des élites paraissent avoir pour en faire partie, par la représentation que la société se fait d’eux. La République, née dans la Rome antique où la res publica, la chose publique, unissait le peuple au Sénat, nécessite une confiance entre dirigés et dirigeants qui sont censés gouverner pour le bien commun. C’est à ce prix que l’on mérite de faire partie des élites républicaines.
Aujourd’hui, nos élites dirigeantes ne parviennent pas à résoudre la crise grave et multiforme qui affecte notre pays
Or, aujourd’hui, nos élites dirigeantes ne parviennent pas à résoudre la crise grave et multiforme qui affecte notre pays. Insérées dans la mondialisation et subissant les contraintes imposées par des institutions supranationales, elles ne semblent plus en mesure d’infléchir le cours des choses. Ajoutez-y le fait qu’elles sont frappées par divers scandales d’autant plus visibles qu’ils sont médiatisés et relayés de façon virale par les réseaux sociaux et vous mesurez la défiance qui les touchent.
Je mettrai cependant deux limites à ce phénomène : d’une part, on constatera que les élites françaises ne sont pas les seules concernées puisqu’aujourd’hui les dirigeants de la plupart des grandes démocraties sont décriés pour les mêmes raisons qu’en France ; d’autre part, une étude sur le temps long, telle que je l’ai menée, démontre que la défiance à l’égard des élites françaises ne date pas d’aujourd’hui ni même d’hier. Sur deux siècles et demi, rares sont les moments où le peuple s’est trouvé parfaitement en phase avec elles.
Vous soulignez effectivement que les élites ont montré leurs limites à de multiples reprises dans notre histoire et qu’elles l’ont payé cher…
La France a connu pas moins de treize changements politiques majeurs depuis 1789 et, à chaque fois, à des degrés divers, un bouleversement s’est opéré dans l’élite dirigeante et dans la haute administration qui l’épaulait.
Cependant, les épurations massives n’ont concerné que quelques moments spécifiques de notre histoire. Les élites crispées de l’Ancien Régime, de la Restauration et de la monarchie de Juillet ont payé ainsi au prix fort leur autisme et les révolutions de 1789, de 1830 et de 1848 les ont remplacées par d’autres. Le mouvement a été facilité par le fait que les trois fois une crise économique et sociale est venue frapper la France, comme Ernest Labrousse l’a montré dans un article célèbre.
Mais les défaites militaires de 1814-1815 et plus encore celles de 1870 et de 1940 ont aussi entraîné la chute du Premier Empire, du Second Empire et de la Troisième République qui avait succédé à celui-ci et les changements de personnel dirigeant ont été, là aussi, radicaux. Ces débâcles militaires ont révélé les failles, pour ne pas dire la faillite, des élites en place, qu’elles soient impériales ou républicaines.
À la lecture de votre ouvrage, on s’aperçoit aussi que la sociologie des élites a connu de grands bouleversements depuis l’Ancien Régime, mais qu’elle connaît aussi des permanences par-delà les changements de régime que vous évoquez…
Tout à fait ! Le principal bouleversement sociologique correspond aussi au changement politique majeur : la Grande Révolution. Dominaient sous l’Ancien Régime les deux premiers ordres et c’est de leur sein qu’est venue une partie de la contestation qui a amené la chute de la monarchie absolue, certains participant au mouvement des Lumières, d’autres réclamant le retour à une forme de monarchie plus ancienne où elles partageaient le pouvoir avec le roi. En détruisant le pouvoir de celui-ci, elles ont perdu le leur qui demeurait principalement social. La bourgeoisie a pris aussi sa part de ce renversement. Une partie d’entre elle était associée au pouvoir – le phénomène était ancien et remontait aux légistes de Philippe le Bel au tournant du XIIIe et du XIVe siècle – mais la plus grande part était maintenue en position d’infériorité politique et sociale alors qu’économiquement, elle s’était considérablement enrichie. On indiquera à titre d’exemple, parmi cent autres, l’édit de Ségur de 1781 qui interdisait aux roturiers et aux anoblis de fraîche date tous les hauts grades de l’armée.
Cette bourgeoisie participe à la Révolution avec la noblesse libérale et avec le peuple, mais c’est elle qui en profite surtout. C’est elle qui constitue les gros bataillons des notables appelés par la Constitution de l’an VIII (1799) à diriger le pays. C’est encore elle qui porte au pouvoir Napoléon Bonaparte pour consolider ses acquis de 1789, puis qui contribue à sa chute en 1814 quand elle juge qu’il devient un danger pour le maintien de ces mêmes acquis, comme l’a montré magistralement Jean Tulard, voilà plus de quarante ans.
Malgré un retour de la noblesse traditionnelle sous la Restauration, celle-ci doit toutefois partager le pouvoir avec les grands notables issus de la Révolution. 1830 rejoue 1789 et refait de la bourgeoisie la classe sociale dominante de la société française, celle où se recrutent les élites dirigeantes. Tel est encore…
« Nous, Polonais, souhaitons décider nous-mêmes comment nous vivons, pour quel gouvernement nous votons, et comment nous pratiquons les « valeurs européennes ». Et nous voulons pouvoir résoudre nos problèmes par nous-mêmes ». Une tribune libre de Zdzisław Krasnodębski, sociologue, philosophe et député européen, publiée dans le quotidien allemand Die Welt le 30 novembre dernier est reproduite ici dans sa version française avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Quand j’observe certains collègues du Parlement européen, il m’arrive parfois de repenser à une vieille blague – certes, très politiquement incorrecte – selon laquelle « l’Union soviétique se battra pour la paix jusqu’à ce que, pierre après pierre, tout soit détruit »[tooltips content= »Une référence à Matthieu 24,2, NDLR »](1)[/tooltips].
Ils sont si zélés dans leurs efforts pour sauver la planète, faire respecter les droits de l’Homme dans le monde et préserver l’État de droit en Pologne qu’ils écartent chaque fait dérangeant et chaque argument qui leur est défaborable!
Quiconque propose un objectif de réduction des émissions encore plus strict pour 2030, exige un abandon encore plus rapide des énergies fossiles, ou attaque plus sévèrement encore la Pologne et la Hongrie, peut compter sur des applaudissements. Les premiers sont certes de nobles objectifs, tout comme la paix mondiale. Cependant, il semble qu’il y ait à présent une volonté de se battre pour ceux-ci jusqu’à ce que « tout soit détruit » dans l’Union Européenne.
La controverse récente sur l’État de droit en Pologne en est une parfaite illustration. Frustrés que le chemin qui consiste à passer par la Cour de justice de l’Union européenne soit long, inquiets que la procédure fondée sur l’article 7 n’aboutisse pas à la conclusion souhaitée, ils ont imaginé un « instrument de torture », comme l’a formulé de manière éhontée un professeur de Constance[tooltips content= »Daniel Thym, dans un article du Spiegel NDLR »](2)[/tooltips], afin que le gouvernement prétendument impopulaire en Pologne se retrouve « affamé » financièrement. Une nouvelle conditionnalité nécessiterait en réalité une modification des traités ; mais comme cela serait très fastidieux, un détour créatif a été choisi.
Certains semblent maintenant s’étonner de notre veto[tooltips content= »Budapest et Varsovie ont posé leur véto le 16 novmbre contre le budget européen et le plan de relance post-Covid, car l’UE conditionnait les aides au respect de l’Etat de droit par ces pays NDLR »](3)[/tooltips]. Mais à quoi s’attendaient-ils ? Qu’après toutes ces menaces, nous n’exercions pas nos droits? Ils croyaient manifestement à leur propre insinuation habituelle selon laquelle pour nous, dans l’UE, tout n’est finalement qu’une question d’argent.
Ceux qui sont très préoccupés par l’État de droit en Pologne deviennent soudainement très silencieux et prudents à l’égard de leur propre pays, quand bien même dans certains cas, une telle préoccupation serait amplement plus justifiée. Nous obtenons toujours la même réponse aux questions que mes collègues du groupe et moi-même posons à la Commission: cela ne relève pas de leur compétence.
Il vaut mieux dénoncer la Pologne que de s’attaquer au problème général de la ligne de démarcation entre politique et justice
Il est évident que, dans la plupart des pays, la nomination des juges revêt un caractère politique. Souvent, les nominations font d’ailleurs l’objet d’une vive controverse politique – comme cela a récemment été le cas aux États-Unis avec Amy Coney Barrett – car on sait à quel point l’interprétation de la loi dépend de la vision du monde qu’ont les juges.
Dans toutes les démocraties, le pouvoir judiciaire est en expansion, il menace les droits des pouvoirs exécutif et législatif, et donc aussi, in fine, la séparation des pouvoirs. Mais il vaut mieux dénoncer la Pologne que de s’attaquer au problème général de la ligne de démarcation entre politique et justice.
La Pologne plus menacée par l’anarchie que la dictature
On peut apprécier et évaluer les réformes du système judiciaire en Pologne de différentes manières. Mais tous ceux qui connaissent le pays – et ne se fient pas seulement aux cercles fanatiques de haters professionnels du PiS – remarqueront la liberté, la pluralité et la diversité de notre vie publique. Dès lors, ce qui menace la Pologne, c’est davantage l’anarchie que la dictature.
Désormais, les manifestants d’extrême gauche ont cessé d’invoquer la constitution parce qu’elle mentionne spécifiquement la protection de la vie et de la famille. Au lieu de cela, ils s’insurgent contre la prétendue violation des droits fondamentaux. Alors, s’agit-il réellement de la protection de l’État de droit ou d’autre chose ?
Nous chérissons les valeurs qui sont formulées à l’article 2 du traité UE. Pour nous, cependant, le respect de la dignité humaine ne signifie pas que les personnes, y compris celles qui ne sont pas encore nées, malades ou fragiles, soient plus ou moins « activement » aidées à mourir.
Pour nous, la démocratie signifie que les citoyens peuvent librement voter et élire (ou rejeter) leur gouvernement – sans approbation extérieure. Sur le sujet de l’égalité entre les femmes et les hommes, nous sommes bien mieux lotis que dans de nombreux autres pays européens. Néanmoins, nous ne pensons pas que l’abolition de toute différence soit un saut dans le « royaume de la liberté », mais une voie vers un nouveau despotisme.
Nous sommes convaincus que les différences entre les sexes, bien qu’historiquement changeantes, sont fondées sur des réalités biologiques – et pas seulement sur une construction sociale. Chez nous il n’y a pas de partis prétendument « meilleurs », « pires » ou «établis». Ici, les écrivains peuvent publier leurs livres, même s’ils critiquent la politique migratoire d’Angela Merkel. En un mot: nous sommes des conservateurs qui n’ont pas abdiqué, comme c’est le cas en France ou en Allemagne.
Les nations sont passées sous silence
Beaucoup en Europe n’apprécient pas que nous soyons qui nous sommes. Mais qui peut revendiquer l’autorité d’interpréter les valeurs européennes ? Qui a le droit d’imposer ses propres interprétations à d’autres ? De nombreuses cultures, langues et entités politiques se sont développées en Europe au cours de l’Histoire. Ce qui les rapproche, c’est une certaine « ressemblance familiale » plutôt qu’un dénominateur commun.
Désormais, on préfère parler de la diversité des modes de vie individuels, des minorités, etc. Les nations sont passées sous silence comme si elles étaient un obstacle à « l’européanisation ». Il ne faut pas oublier que toutes les tentatives faites dans le passé pour imposer l’uniformité à l’Europe ont toujours eu des résultats désastreux.
On ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que la Commission européenne se transforme progressivement en une sorte d’organe central de planification
C’est pourquoi l’Union – fondée sur le principe de la liberté des peuples et du respect mutuel – était quelque chose d’historiquement nouveau. Chacun doit s’y sentir respecté, l’unanimité dans les décisions les plus importantes garantissant l’égalité et la souveraineté. Nous avons adhéré à un tel projet.
Malheureusement, l’Union s’écarte de plus en plus de ces principes. On ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que la Commission européenne se transforme progressivement en une sorte d’organe central de planification. On parle de moins en moins du risque de distorsion de la concurrence. Et sous couvert d’appel aux « valeurs européennes » et au changement climatique, de plus en plus de gouvernants se tournent en fait vers les « pays périphériques ».
Nous, Polonais, souhaitons décider nous-mêmes comment nous vivons, pour quel gouvernement nous votons, et comment nous pratiquons les valeurs européennes. Et nous voulons pouvoir résoudre nos problèmes par nous-mêmes – avec des droits égaux dans notre Europe commune.
L’Iran enterrait hier Mohsen Fakhrizadeh, architecte de son programme nucléaire. C’est le 3e assassinat ciblé de 2020 après Qassem Soleimani et Abdullah Ahmed Abdullah. L’assassinat cet été de ce dernier homme, grand ponte d’Al-Qaïda, semblait confirmer que la puissance chiite et l’organisation sunnite font front commun contre les ennemis américain et israélien. Ce qui devrait inciter l’Europe à adopter face à l’Iran la fermeté que prônait Donald Trump.
Le 7 août, le numéro deux d’Al-Qaïda était assassiné à Téhéran. Selon le New York Times, qui citait des « responsables des services de renseignement », Abdullah Ahmed Abdullah, de son nom de guerre Abu Muhammad al-Masri, accusé d’être l’un des cerveaux des attaques meurtrières de 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et de Dar es Salaam (Tanzanie), a été abattu par deux assassins à moto dans les rues de la capitale iranienne. Sa fille Miriam, veuve du fils d’Oussama ben Laden qui était avec lui dans la voiture, a également été tuée. Selon ces mêmes sources, l’opération a été menée par les services israéliens à la demande des États-Unis. Le choix de publier cette information vendredi 13 novembre, plus de trois mois après l’opération, probablement à l’initiative des services américains avec ou sans l’accord des Israéliens, n’est certainement pas fortuit. Bien qu’al-Masri, 58 ans, fût l’un des fondateurs et principaux dirigeants d’Al-Qaïda et le successeur présumé de son chef actuel, Ayman al-Zawahiri, l’organisation terroriste n’a pas annoncé sa mort. Les autorités iraniennes ont elles aussi dissimulé l’information. Quant aux responsables de l’opération, on comprend qu’ils soient restés discrets le temps d’exfiltrer les personnes impliquées et de mettre à l’abri les infrastructures de renseignement et de logistique créées spécialement pour soutenir l’équipe des tireurs.
Une question vient immédiatement à l’esprit. L’Iran et Al-Qaïda étant réputés être des ennemis jurés, que diable faisait le numéro 2 de l’un dans la capitale de l’autre ? Pourquoi l’un des hommes forts d’un groupe djihadiste sunnite se trouvait-il dans la capitale de la théocratie chiite ? Selon les services de renseignement américains, al-Masri était « détenu » par l’Iran depuis 2003, lorsque, fuyant l’Afghanistan avec les troupes américaines à ses trousses, il a traversé la frontière. Pourtant, depuis 2015 il vivait à Téhéran librement… dans le quartier des Pasdaran ! Comme détention, on a connu pire. Pour qu’il n’attire pas l’attention dans ce quartier réservé à la nomenclature, les services iraniens lui ont procuré une couverture : pour ses voisins, il était Habib Daoud, professeur d’histoire libanais et membre du Hezbollah. C’est ainsi que, suite au double assassinat, les médias et les réseaux sociaux libanais et iraniens ont présenté la victime. Quelques jours après la gigantesque explosion dans le port de Beyrouth, cette information n’a pas suscité beaucoup d’attention. Dans les chancelleries, certains ont pensé qu’à une semaine du débat au Conseil de sécurité des Nations unies sur l’embargo des armes à destination de l’Iran, les services occidentaux voulaient pousser l’Iran à la faute. Le modus operandi correspond aux assassinats attribués à Israël. Pourtant la victime ne semblait pas présenter une importance à la hauteur du double risque : celui d’agir à Téhéran et celui de provoquer une réaction de la part du Hezbollah aux frontières d’Israël avec la Syrie et le Liban.
Il était en tout cas dans l’intérêt de l’Iran autant que d’Al-Qaïda de conserver la discrétion sur cette opération. Sa divulgation risque en effet de susciter dans l’opinion des doutes sur le discours officiel et, pire encore, sur la solidité du régime et celle des Gardiens de la révolution. Une opération de cette envergure nécessite une qualité exceptionnelle de renseignements et une excellente infrastructure logistique et opérationnelle. Après l’assassinat de Qassem Soleimani début janvier dans une attaque de drone américain à la sortie de l’aéroport de Bagdad, l’élimination d’al-Masri est un coup dur pour les responsables de la sécurité du CGRI (Corps des Gardiens de la révolution iranienne) : gageons qu’au sommet de cette organisation qui tient l’essentiel du pouvoir en Iran, on a lancé une chasse aux traîtres et aux fuites qui va se traduire en enquêtes et règlements de comptes absorbant le temps et l’énergie des Pasdaran.
En attendant, l’opinion publique mondiale peut trouver surprenant que l’Iran, allié objectif de l’Occident contre le monstre djihadiste enfanté par le wahhabisme, réchauffe le serpent dans son sein. La divulgation de cette information va donc compliquer la vie des chancelleries, notamment européennes. S’il s’avère que l’Iran, en sous-main, aide Al-Qaïda – commanditaire des attentats de Charlie Hebdo –, il sera plus difficile d’expliquer que Trump est fou et qu’il est urgent de ressusciter les accords de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPoA).
Certes, on peut imaginer que ces membres d’Al-Qaïda qui ont fui les troupes américaines en Afghanistan pour trouver refuge en Iran servaient de police d’assurance aux ayatollahs, comme jadis les enfants des notables des tribus conquises, élevés à Rome. Sauf qu’on ne peut ne pas exclure – pour dire les choses poliment – que les Iraniens aient rentabilisé leur hospitalité en laissant leurs hôtes planifier et exécuter des attentats contre l’ennemi commun américain. Du reste, contre Israël, l’Iran n’hésite pas à soutenir le Hamas, franchise palestinienne des Frères musulmans on ne peut plus sunnite.
Il semble que la joint-venturesunnito-chiite ait été négociée entre 2011 et 2015, années qui ont précédé la signature des accords sur le nucléaire iranien. En effet, c’est en 2015 que l’Iran a conclu avec Al-Qaïda un accord aux termes duquel la République islamique libérait cinq dirigeants de l’organisation – dont al-Masri – en échange d’un diplomate iranien détenu en otage au Yémen – par la branche responsable de la formation d’un certain Saïd Kouachi.
Si on ajoute à ce tableau la visite effectuée en France par Mike Pompeo, secrétaire d’État et ancien chef de la CIA, le timing de la publication et la revendication de l’assassinat d’al-Masri prennent tout leur sens : il s’agit, pour les Américains, de convaincre leurs alliés de soutenir, même après le 20 janvier prochain, la politique engagée par l’administration Trump, en particulier sur les dossiers qu’elle juge essentiels pour le pays. Après tout ce que ces alliés ont subi depuis 2017, Mike Pompeo doit les convaincre qu’il est dans leur intérêt de jouer la continuité dans deux domaines : la confrontation avec la Chine, accusée, non sans raison, d’être à l’origine de la déconfiture des classes moyennes occidentales d’une part ; de l’autre, l’affaiblissement de l’Iran et de sa capacité de nuisance qui contribue à déstabiliser le Moyen-Orient. Dans cette optique, et quoi qu’on pense de Trump, la contribution de l’Iran à la pérennité d’Al-Qaïda devrait faire réfléchir tous les partisans du compromis avec la République islamique.
Le scrutin du 3 novembre a désigné le prochain président des États-Unis. Barricadé derrière des allégations de fraude massive, Trump refuse de reconnaître sa défaite. Si toutes ces allégations s’avèrent infondées, ce sera Trump et non pas Biden qui aura tenté de voler la victoire. La chronique de Nidra Poller
Le Roi lion gronde
Depuis la petite fête de la « victoire » à la Maison Blanche au soir du 4 novembre, Donald J. Trump, le lion abattu, se niche au fond de sa tanière. Il rugit en Twitter, il écrase de sa patte encore valide des serviteurs insolents, se félicite de la chasse aux voix « fraudées » en faveur de Joe Biden qu’il supprimera comme des poux dans sa crinière. Venu d’un pas lourd, sous une pluie battante au cimetière militaire d’Arlington, déposer un gerbe le 11 novembre, revenu une dernière fois, le 13, au jardin de la Maison Blanche se vanter de « mon administration » qui a développé en un temps record un vaccin anti-covid, il se cache désormais en attendant … ? Giuliani ?
Ces allégations ahurissantes tournent en rond et deviennent, à force de répétition, des certitudes…
Pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, un président refuse d’accepter le verdict des urnes et de déclencher la transition. Des élus du Parti républicain, à quelques exceptions près, soutiennent cet entêtement et plus de deux tiers des affiliés du parti persistent à croire que l’élection a été volée. Alors que le président battu boude, ses followers, attifés des tenus taillées dans le drapeau américain, coiffés de la casquette MAGA, manifestent à pied, en convois, sur les réseaux sociaux et dans des médias acquis, arborant des sourires béats et chantant « Il a gagné, il a gagné ! ».
Des allégations ahurissantes
Le récit – dicté par la Maison Banche – de fraude massive est relayé en cascade par des journalistes, élus et sympathisants conservateurs, soucieux de protéger Trump d’une injustice criminelle et de sauver le pays d’un coup d’état marxiste-communiste. Tout ce qui pourrait contredire le récit de l’élection volée est automatiquement discrédité. Des responsables démocrates et républicains des Etats-clés attestent du bon déroulement du scrutin ; ils sont accusés de mensonge, de corruption et de fraude. Les recours en justice soutenus par l’équipe de campagne de Trump sont jugés nuls et irrecevables ; les juges sont des suppôts du Parti démocrate – et de surcroît marxistes-socialistes – qui mettront fin définitivement à la démocratie américaine. Les médias ont « donné » la victoire à Biden ? De quel droit ? À part le fait que c’est une tradition qui remonte au 19e siècle, les médias ne donnent pas la victoire ; ils analysent les résultats communiqués par les États et, guidés par un « decision desk » travaillant avec d’importantes bases de données, ils annoncent, sous réserve, le vainqueur présumé.
La fête de victoire factice organisée à la Maison Blanche devait servir à bloquer l’annonce des médias et imprimer dans l’esprit des followers le pouvoir de Donald Trump de maîtriser la réalité. Peu importent les bulletins de vote, ils ne comptent pour rien par rapport à la puissance Trump. On verse de l’huile bouillante sur des médias qui osent dire « président élu » Biden. Les allégations pleuvent : des machines fabriquées au Venezuela par des officines liées aux démocrates transforment des voix Trump en votes Biden. Les chiffres donnent le vertige. Des morts votant par millions, des millions de bulletins fabriqués de toutes pièces, des tricheries d’une magnitude inimaginable, dans tel comté il y avait trois fois plus de votants que d’habitants, dans une grande ville, des camions arrivés au milieu de la nuit ont déversé une tonne de bulletins Biden, renversant le score écrasant de Trump déjà enregistré. Ailleurs, une camionnette de la campagne Biden arrive sous couvert de la nuit, chargée de bulletins ouverts, trafiqués et refermés avant d’être versés au centre de dépouillement. Ces allégations ahurissantes tournent en rond et deviennent, à force de répétition, des certitudes.
Georgia on my mind
Le gouvernement de l’État de Géorgie est républicain. Le Secrétaire d’État de cet État, Brad Raffensperger, insiste sur le fait que le scrutin s’est déroulé correctement ; il devient la cible des membres de son parti au niveau local – y compris la candidate au Sénat Kelly Loeffler – qui exigent sa démission. Le message politique est traduit par des gros bras en menaces de mort crédibles. L’imbroglio de Georgie est particulièrement malvenu, étant donné que la majorité républicaine au Sénat se joue là, au deuxième tour des élections sénatoriales en janvier. Le recomptage manuel, imposé en raison de la faible marge entre les deux candidats, donne le même résultat que ceux des machines « tricheuses ». L’équipe de Trump s’agite au Michigan en lorgnant le Wisconsin et en visant la Pennsylvanie ; les recours en justice dégonflent à l’air libre ; et les vidéos YouTube tournent en boucle, crachant des promesses… cette fois-ci, on va voir ce qu’on va voir, c’est gagné… ou presque.
Le décalage entre ces croyances et les faits est tellement important que le discours rend fou. On entretient la confusion entre les petits incidents ponctuels – qui ne changent rien au résultat – et le fantasme d’une opération vaste et profonde, planifiée depuis des années, impliquant les faits et gestes de centaines de milliers de personnes d’un bout à l’autre du vaste pays sans laisser la moindre trace perceptible aux fins limiers du FBI, une opération qui transforme les États-Unis en un marécage capable d’engloutir la population tout entière.
La Covid-19 aussi, un complot anti-Trump
Marécage, justement. Washington, dit-on dans le camp Trump, c’est un marécage. L’État profond (ou « Deep State »), c’est un monde souterrain de fonctionnaires tout entiers voués à nuire à Donald Trump seul debout sur le pont, lui l’homme providentiel, le président à vie. Le responsable de cybersécurité au département de la Sécurité intérieure témoigne de la sécurité de l’élection ? Off with his head. Il est viré. Mark Esper, secrétaire à la Défense des États-Unis, mécontent d’avoir servi de figurant sur la photo devant l’église St. John, a aggravé son cas en déconseillant le retrait brutal des troupes d’Afghanistan prévu quelques jours avant l’investiture de Biden ; Esper est limogé comme un malpropre. Rappelons la démission de John Bolton qui ne pouvait pas cautionner les négociations imprudentes avec les Talibans. Les chefs de la CIA et du FBI sont, paraît-il, dans le collimateur. Pendant ce temps, un jovial secrétaire d’État, Mike Pompeo, fait un tour de piste en champion, visitant une dizaine de pays après avoir rassuré, d’un sourire malin, que la transition se déroulera sans heurts… vers un second mandat du président Trump.
Des commentateurs conservateurs, autrement réputés ou résolument inconnus, se sont engouffrés dans la réalité alternative composée par le président contre la vérité terrible de la pandémie. Reprenant et brodant sur les propos mensongers de Trump, alors qu’il disait, lui, la vérité à Bob Woodward, ils ont écrit, à partir du mois de mars, des âneries qui devraient faire honte. Ils se moquaient des prévisions de mortalité, accusaient les médecins de trafiquer les chiffres pour profiter de la rentabilité élevée des morts de la Covid-19, méprisaient les scientifiques et glorifiaient des charlatans, se répétant avec une volonté folle d’avoir raison. Aujourd’hui, avec plus de 270 000 morts et une montée exponentielle des cas, les mêmes reviennent avec des cris d’élection volée. La même véhémence, les mêmes arguments extravagants, le même mépris pour tous ceux qui pensent autrement. En fait, c’est la méthode Trump: tu dis ce que tu as envie d’entendre, sans te soucier du rapport avec la vérité. La Covid-19 va disparaître, ce n’est rien par rapport à la grippe et les accidents de la route, et l’hydroxychloroquine est le remède miracle. Biden est sénile, incapable de parler sans téléprompteur. Il a peur de sortir de sa cave, personne ne vient à ses meetings. Trump vaincra un raz-de-marée. Quoi ? Il a perdu ? Des conservateurs, réputés ou inconnus, foncent tête baissée dans le complotisme.
À la conférence de presse organisée le 19 novembre au QG du comité national républicain, l’équipe de choc représentant le président Trump dans l’affaire du scrutin truqué a présenté les arguments « d’ouverture » d’un procès sans doute imaginaire. C’était, de bout en bout, grotesque. Les personnages : Rudy Giuliani, enragé, nerveux, en sueur, ressemble plus à un criminel qu’à un procureur. Sidney Powell, aux airs de patronne de bordel, habillée d’une veste en velours au motif grand félin, égrène, avec un accent de terroir sudiste, des méfaits effrayants d’ordre international. Jenna Ellis, la jeune du trio, sermonne les journalistes comme une adolescente qui gronde ses parents en prenant la clé de la voiture.
Amplifiant et clarifiant les allégations qui circulent depuis deux semaines, les avocats ont formulé un récit qu’il faudrait accepter en bloc, où les méfaits folkloriques de bulletins trafiqués s’emboîtent dans un vaste complot diabolique. Giuliani affirme qu’un plan est « organisé depuis longue date par le Parti démocrate avec l’aval de Biden, appliqué par des milliers de petits soldats dans des centres de dépouillement, surtout dans des grandes villes corrompues gouvernées par des démocrates ». « Vous, en s’adressant aux journalistes, vous mentez, vous cachez la vérité et vous déformerez les propos tenus ici maintenant ». Giuliani enlève ses lunettes, éponge sa tête, et remet ses lunettes, mais en vain : le colorant dégouline de ses cheveux en tracées noires sur ses joues. Les morts ont voté à Philadelphia et les voix sont comptées en Allemagne, voyez-vous, il crie.
« Les démocrates veulent démolir notre pays »
Sidney Powell débine l’organigramme d’un fournisseur de machines machiavéliques, créées pour Hugo Chavez, financé par de l’argent communiste provenant du Venezuela, de Cuba ou encore de Chine, munies d’algorithmes qui transforment des voix pour Trump en votes pour Biden. Des agents de l’entreprise se glissent dans les centres de dépouillement et entrent dans les machines par des backdoors pour assurer la bonne marche frauduleuse de leur software. Malgré toutes ces précautions, les machines sont tombées en panne à plusieurs endroits clés, assommées par le trop plein de voix pour Trump qu’elles n’arrivaient pas à switcher à temps. Donald Trump a obtenu une victoire écrasante sur le minable Biden, c’est criminel, nous allons le prouver devant le tribunal, nous allons reprendre notre pays des mains de ces voyous.
Jenna Ellis enchaîne. Elle remet les journalistes à leur place : « Vous n’êtes pas honnêtes, vous mentez au public. Si je devais choisir des membres d’un jury, je récuserais 99% d’entre vous en raison de votre parti pris. Il s’agit ici de préserver un système électoral libre et juste aux États-Unis. Les démocrates veulent démolir notre pays. Si nous les laissons faire, on n’aura plus jamais un scrutin honnête. On vous a offert ici la présentation des faits propre au début d’un procès. Ce n’est pas la totalité des preuves, loin de cela ».
Giuliani (célèbre pour sa lutte contre les mafiosi) : « J’ai en main des centaines de déclarations sous serment qui ne seront pas rendues publiques pour ne pas mettre en danger ces courageux qui témoignent du pire crime que j’ai jamais connu ».
On prend quelques questions qu’on relance sur les journalistes comme des grenades attrapées par des manifestants, tout en les accusant de mentir, de cacher, de désinformer…
Coup de ciseaux
Dimanche 22 novembre, Maîtres Giuliani et Ellis annoncent laconiquement que Maître Sidney Powell n’a jamais fait partie de l’équipe ; elle travaille pour elle-même et pas pour le président. Que devient l’argent communiste, les machines diaboliques, les 7 millions de voix piquées à Donald Trump ? Qui remettra dans leur tombe les 3 millions de morts ayant voté ?
L’intéressé a mieux à faire. Il mène une vaste opération de collecte de fonds, cherchant encore une fois à rentabiliser un échec et à transformer la faillite en triomphe.
N.B. Il n’y a pas de rapport entre les modestes réclamations des recours en justice (une trentaine au moins), pourtant jugés irrecevables, et les allégations de fraude massive présentées devant la cour de l’opinion publique. Sans procès, pas de vérification, pas de jugement impartial, pas de limites à la liberté d’accuser. Pendant ce temps, les États, l’un après l’autre, certifient les résultats du scrutin.
Dans une interview donnée au journal Le Monde, Lilian Thuram définit le privilège blanc comme «un privilège existentiel, celui de n’être jamais discriminé du fait de sa couleur».
Et revoilà Lilian Thuram, le chevalier blanc (ne lui dites pas ça !) défenseur des minorités soumises et aliénées par la «pensée blanche»[tooltips content= »La pensée blanche, 2020, Editions Philippe Rey »](1)[/tooltips]. Il a répondu aux questions du journal Le Monde.
Son nouvel ouvrage fait le procès de l’homme blanc. Le but du livre? «Questionner une catégorie qu’on ne questionne jamais: la catégorie blanche.» Dès l’introduction, l’accusé n’a que très peu de chance de s’en sortir. Thuram écrit: «Qu’est-ce que c’est «être blanc» ? Comment devient-on blanc, car on ne naît pas blanc, on le devient? Avez-vous déjà vu une personne de la couleur d’une feuille de papier blanc? Non. Alors pourquoi dit-on qu’il ou elle est blanc ou blanche? » Le procès n’a pas encore commencé que le couperet s’approche dangereusement de la gorge de l’homme blanc.
L’auteur ne voit jamais dans sa pensée ce qu’elle a de racialiste… voire raciste.
Le Blanc fascine, l’Occident façonne
Pierre-André Taguieff affirmait dès les années 1980 que «l’antiraciste est un rééducateur, mi-enseignant, mi-policier, mi-maître de cérémonies». Lilian Thuram ne sait faire que dénoncer, jusqu’à s’offusquer que les enfants imaginent Dieu comme un homme avec une longue barbe blanche et des cheveux blancs: «N’est-ce pas une preuve majeure du blanchiment de notre pensée ?» Parsemant l’ouvrage de citations de Nell Irvin Painter, historienne américaine qui a notamment écrit une Histoire des Blancs, Thuram reprend en réalité des arguments éculés de ces trente dernières années. De l’Antiquité à la colonisation en passant par la découverte de l’Amérique, tout serait question de préjugés des blancs et de domination blanche. Nous apprenons même que l’école républicaine, jusqu’aux années 1950, enseignait la supériorité de la race blanche!
Au bout d’une centaine de pages, et alors que nous pensions que la “pensée blanche” pouvait être aussi bien l’apanage des femmes que des hommes blancs, Lilian Thuram nous annonce sa grande découverte: «oui, la pensée blanche est avant tout masculine.»
L’analyse racialiste se poursuit: «le Blanc fascine, mais surtout l’Occident façonne. Le déferlement mondial de clips, de publicités, de films du Nord a imposé partout le blanc comme la couleur de la réussite, de la perspective désirable, donc de la beauté. » Quid de la publicité prônant le métissage à longueur de journée? Quid de l’hégémonie du soft power américain, caractérisé par le multiculturalisme? Quid des films hollywoodiens où la diversité règne? Quid des médias? Des pouvoirs publics? Des artistes?
Arguments éculés
N’ayant eu de cesse de porter son masque noir, Lilian Thuram va jusqu’à nous enjoindre, à la toute fin de son ouvrage, d’«ôter nos différents masques, de Noir, de Blanc, d’homme, de femme, de juif, de musulman, de chrétien, de bouddhiste, d’athée, de sans-papiers, de pauvre, de riche, de vieux, de jeune, d’homosexuel, d’hétérosexuel… pour défendre la seule identité qui compte: l’humaine». Toute honte bue, l’accusateur falsifie le procès-verbal: après sa longue logorrhée racialiste, il veut se faire passer pour universaliste à la fin de son brûlot!
Thuram se trompe. La transformation des mentalités – après une propagande que les totalitarismes du XXe siècle n’auraient pas reniée – a déjà déconstruit le monde qu’il dénonce. Comme pour un footballeur en fin de carrière, l’homme blanc a depuis longtemps tiré sa révérence…
Thuram omniprésent
Quand il y a suspicion de racisme, vous pouvez être sûr que tonton Thuram ne rôde pas loin. Il vient de réagir à l’affaire du producteur Michel Zecler:
🔴 « J’ai connu la victoire en Coupe du monde mais j’élève mes enfants en leur disant de faire attention aux policiers »
Dans Libération, le maire écologiste propose de «raviver le génie français», en réunissant «l’arc humaniste» autour des grands combats progressistes. En se fendant d’une tribune aux accents si programmatiques pour 2022, notre Vert préféré serait-il en train de prendre l’ascendant sur Yannick Jadot? Analyse.
«Raviver le génie français» : le titre de la tribune d’Éric Piolle parue lundi 30 novembre dans Libération témoigne d’une grande ambition (présidentielle?). L’écologiste se pose en fédérateur. Il récuse les accusations d’Anne Hidalgo, qui avait critiqué le républicanisme douteux d’EELV.
Accueil des migrants et marches pour le climat
Tout au long de son texte, Éric Piolle dessine une chimérique union des forces progressistes. L’écologiste voit la renaissance de notre génie national « sur un navire humanitaire en Méditerranée » ou « avec ces millions de Français·e·s qui marchent, et qui votent, pour le climat ». Pour l’élu grenoblois, la crise identitaire nationale peut donc se résoudre dans l’accueil des migrants et les marches pour le climat. « Climat, justice sociale, démocratie, libertés publiques: l’ampleur des défis de l’époque appelle une nouvelle réconciliation », ajoute-t-il.
Plus loin, il développe sa vision de la fraternité : « Nous continuons de nous battre pour la Fraternité, pour celles et ceux qui subissent chaque jour les violences, au premier rang desquelles les femmes, les précaires, les exilé·e·s, etc. Chacun, ici, peut prolonger la liste… » Au cas où la convergence des luttes trouve encore de nouveaux groupes opprimés, Piolle leur tend la main : « La fraternité à bâtir ne s’arrête plus à nos frontières nationales, ni même à celles de l’espèce: nous avons à bâtir la fraternité des vivants, de l’abeille à nos enfants. » Les petits animaux chers à Aymeric Caron, voilà des exclus de la fraternité auxquels on n’avait pas pensé en 1789 !
Tous ensemble tous ensemble hé !
Les ambitions présidentielles de l’écologiste sont de moins en moins voilées.
Le 25 novembre, l’Obs révélait qu’il avait créé une association de financement pour que ceux qui veulent pousser sa candidature puissent lui donner de l’argent. Jusqu’à récemment, le leadership vert semblait pourtant revenir à Yannick Jadot. Mais il est jugé trop modéré, trop centriste par nombre de militants et cadres du parti. Chez EELV, il semble qu’ils seront donc au moins trois prétendants sur la ligne de départ pour obtenir l’investiture du parti en septembre 2021: Sandrine Rousseau, Yannick Jadot et Éric Piolle.
Parmi les calamités qui ont marqué l’année 2020, il faut compter une poignée de disques de chanteuses ambitionnant de révolutionner la langue française.
Dans une actualité musicale en berne, il importait pour la presse autorisée de se pâmer devant ces nouvelles héroïnes, comme Aya Nakamura qui abreuve ses auditeurs d’un lourd sabir déroulé sur une musique conventionnelle. Pour France Info, la native de Bamako « fait bouger la langue française » grâce à un savant mélange de dialecte africain et de langage urbain. Karim, un « jeune de Montreuil », explique que ce langage est maintenant celui de toutes les cités : « Elle parle comme nous… Pour nous, c’est ça la langue française. » Une linguiste des éditions Le Petit Robert est appelée en renfort pour valider l’importance du basculement : niant tout appauvrissement de l’expression, elle souligne « un plaisir du verbe qui s’affranchit des règles ». Point de salut sans déconstruction de la syntaxe bourgeoise et du vocabulaire oppressif tout infesté de références coloniales ! La spécialiste admet néanmoins que ces nouveaux termes argotiques (« pookie » pour « balance », « Djo » pour « mec »), même s’ils dénotent une « bonne santé » de notre langue, n’ont pas encore vocation à entrer dans son dictionnaire.
Le phénomène Wejdene
Autre phénomène banlieusard qui fascine les rédactions parisiennes : Wejdene, très jeune chanteuse de Saint-Denis, dont les textes semblent échapper à toute logique. On peut y croiser des vers tels que « J’pourrais dead pour toi » ou « Tu hors de ma vue » (sic). Vanity Fair y voit un phénomène de société : la chanteuse rose bonbon, à la grammaire fautive, est carrément le « parfait reflet de notre époque ». Non seulement elle casse les codes, mais en plus elle est naturellement « féministe » comme toutes les super-héroïnes de la nouvelle culture de masse. Certes, chaque génération a son argot, sa stratégie pour faire corps contre les adultes. Certes, le langage a été mille fois trituré par les poètes. Mais comme le disait ma concierge, on peut violer la langue, à condition de lui faire de beaux enfants.
Une certaine démagogie, au plus haut niveau de l’État, célèbre les sacrifices de la jeunesse en cette période de pandémie. On peut se demander ce qu’en auraient pensé ceux qui ont eu vingt ans à d’autres époques…
« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie.
Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes. » écrivait dans Aden Arabie Paul Nizan qui devait mourir en 1940, à trente-cinq ans, dans la poche de Dunkerque après avoir rompu avec le PCF au moment du pacte germano-soviétique.
Une drôle de petite musique
Une petite musique, initiée par le président de la République, court aujourd’hui dans les médias sur ce thème. Lors de son allocution télévisée du mois d’octobre, il avait déclaré : « C’est dur d’avoir vingt ans en 2020. » Et de nous montrer qu’après les restaurateurs et les gérants de salle de gym ou de discothèque, le jeune était la victime collatérale du virus la plus à plaindre. On pourrait déjà discuter de cette approche globale d’une génération où l’on retrouve, comme dans toute la société, de fortes différences de classe.
Tenter de gagner quelques billets en allant livrer des pizzas sous la pluie, craindre le moindre contrôle d’identité si on a la mauvaise couleur ou qu’on habite à la mauvaise adresse n’a pas grand chose de commun avec le fait d’avoir vingt ans dans la villa de papa-maman à l’île de Ré, en ayant amené sa petite copine ou son petit copain.
Si on élargit la perspective historique aux générations précédentes, cette considération sur les malheurs d’avoir vingt ans flirte dangereusement avec l’obscène. Dans le beau film de Lucas Belvaux, Des hommes, adapté du roman de Laurent Mauvignier qui ne sortira normalement que le 6 janvier et que nous avons eu le temps de voir en avant-première avant que le rideau de fer du confinement ne tombe à nouveau, il est question de la guerre d’Algérie et du sort des appelés. Ils avaient vingt ans quand ils sont allés se faire trouer la peau pour un pays qui n’était pas le leur et assister aux horreurs d’une guerre coloniale que Belvaux montre d’ailleurs équitablement partagées sur le terrain entre les deux parties.
Le film qui fait l’aller-retour entre aujourd’hui et l’époque, à travers des portraits d’appelés devenus vieux, notamment Depardieu, expose de manière parfaite qu’avoir vingt ans dans les Aurès pour reprendre un autre titre de film de René Vautier en 1972, était tout de même un peu plus éprouvant que d’avoir vingt ans et de suivre des cours en visio pour sauver des vieux, des vieux qui ont, qui sait ?, fait la guerre d’Algérie et qui risquent l’intubation en réa après avoir risqué une balle dans la peau ou un égorgement pendant une garde de nuit. Des vieux d’ailleurs dont les traumatismes liés à cette guerre n’ont jamais été pris en compte, ne serait-ce que sur le plan psychologique.
Bir-Hakeim n’est pas seulement une station de métro
On pourra penser aussi à ceux qui ont eu vingt ans en 1940. Un documentaire repassé sur LCP, à l’occasion de l’hommage rendu à Daniel Cordier, montrait l’engagement de ces jeunes de vingt ans qui refusaient l’abaissement pétainiste. S’être battu à un contre cent à Bir-Hakeim ou avoir risqué une arrestation à Lyon ou à Paris par la Gestapo demandait tout de même un peu plus de courage que d’être privé de teufs et de se rabattre sur un McDo devant Netflix.
On peut même remonter encore à la génération précédente et rappeler, au milieu de tous ces jeunes anonymes qui chantaient « Adieu la vie, Adieu l’amour », la belle figure d’Alain-Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, mort à vingt-sept ans en septembre 1914 autour de la tranchée de Calonne. Pas sûr, à ma connaissance, qu’il ait eu le temps avant de prendre un apéro sur FaceTime en maudissant l’époque.
Démagogie ambiante
Ce qui est demandé à la jeunesse est d’abord de ne pas contaminer les autres et, pour cela, de changer pour quelques mois de mode de vie. Alors oui, ce n’est pas drôle. Mais ce n’est quand même pas la mer à boire pour une génération qui n’a connu que la paix et un système qui, même en étant abimé, s’est chargé de les éduquer et de les soigner.
On a toujours raison de se révolter, bien sûr, mais d’abord de se révolter contre la démagogie ambiante qui vous plaint pour de bien mauvaises raisons.
Peur sur l’État. Au moment où le deuxième confinement commence à être levé, notre dossier du mois de décembre dissèque les décisions, règles, révisions et atermoiements qui ont caractérisé les actions de l’État au cours des derniers mois. Comme l’explique Elisabeth Lévy dans son introduction, « on a eu l’impression qu’un vent de panique soufflait sur nos gouvernants, du sommet de l’État à la base de l’administration, entraînant une conjonction paradoxale de paralysie et d’hyperactivité. » Erwan Seznec, dans une enquête minutieuse, nous montre comment la double peur de la sanction pénale et de l’opinion publique a poussé l’exécutif et les fonctionnaires à surréagir pour se couvrir. Résultat : la machine technocratique, hypercentralisée, s’est emballée.
Fidèle à sa devise, « surtout si vous n’êtes pas d’accord », Causeur a invité le député LREM, Ludovic Mendès, à défendre la majorité. Se confiant à Gil Mihaely, il maintient que son gouvernement a impliqué les collectivités dans la prise de décision, tout en assumant ses responsabilités et en disant la vérité aux Français. En revanche, pour Maxime Tandonnet, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, les mesures prises par le gouvernement dans la gestion de la crise ont enterré les dernières traditions de la démocratie libérale à la française.
En dépit de la pandémie, la vie politique et économique continue. Jean-Luc Gréau et Philippe Murer réfutent les critiques de ceux qui veulent nous faire croire, qu’en matière d’émissions CO2, la France est le cancre de service : au contraire, elle est exemplaire ! Quant au nouveau règlement européen sur la migration et l’asile en cours de discussion, Jean-Jacques Leandri tire la sonnette d’alarme : cette loi, dont les médias parlent si peu, va encourager l’immigration clandestine, faciliter la vie aux terroristes et étendre les pouvoirs des technocrates. Outre-Altlantique, un nouveau président élu prétend défendre les intérêts des ouvriers américains. Gil Mihaely a fouillé dans le passé de Joe Biden et a trouvé que ses relations avec les banques qui ont contribué à l’appauvrissement des cols bleus font de lui le fossoyeur, plutôt que le sauveur, des classes moyennes. Toujours chez l’oncle Sam, Sylvie Perez nous raconte l’histoire passionnante d’une institution majeure vouée à la défense des droits constitutionnels, l’Union américaine pour les libertés civiles. Financée aujourd’hui par les opposants à Donald Trump, elle se mêle de politique et met en péril sa mission historique.
Franck Ferrand, en conversation avec notre directrice de la rédaction, l’avoue : « je ne suis pas ce garçon poli et consensuel que les médias présentent. » On découvre que l’historien populaire est un souverainiste de choc qui, dans le conte politique qu’il publie aujourd’hui, imagine une nouvelle Jeanne d’Arc version XXIe siècle. En restant au cœur de l’histoire de France, Paul Thibaud a lu le dernier ouvrage de François Azouvi qui démonte la thèse dominante voulant que de Gaulle ait vendu aux Français de l’après-guerre un grand mythe de la résistance. À ce supposé « résistancialisme » s’est substitué, pour des raisons politiques, un « pénitentialisme » autodestructeur. Le philosophe Alain de Benoist, interviewé par Françoise Bonardel, rappelle que la liberté de l’individu dépend de la liberté de son pays.
Pour les amateurs de formules élégantes, Thomas Morales a lu la réédition des chroniques cinématographiques du jeune Michel Audiard. Le critique qui a précédé le dialoguiste avait déjà de la verve.
Si notre cochonnaille nationale est aujourd’hui quelque peu dévoyée par l’industrialisation agricole et suscite le rejet – parfois violent – de consommateurs musulmans, Emmanuel Tresmontant nous rassure : une bande héroïque d’éleveurs et de charcutiers mène la résistance. Les restos sont toujours fermés, mais les charcuteries sont ouvertes et les plus belles se visitent comme des bijouteries.
Un courant très hostile à l’institution policière cherche à faire croire qu’il recueille l’assentiment de la majorité des citoyens
À considérer, à lire et à entendre ce qui, depuis quelques jours, est déversé contre les violences illégitimes qui auraient été commises, en telle ou telle circonstance, par la police, on pourrait avoir l’impression que celle-ci devrait être globalement condamnée, la multitude de ses missions accomplies souvent dangereusement, et en parfaite conformité déontologique et républicaine, comptant quasiment pour rien.
À l’évidence la France est traversée à intervalles réguliers – quand l’actualité offre à des minorités extrémistes favorisées par l’enflure médiatique – par un courant très hostile à l’institution policière, qui cherche à faire croire qu’il recueille l’assentiment du plus grand nombre.
Le soutien aux forces de l’ordre progresse dans l’opinion
Alors que la masse des citoyens au contraire apporte son soutien aux forces de l’ordre et a confiance dans leur action. Cette adhésion majoritaire est d’autant plus signifiante qu’elle progresse si on examine les enquêtes d’opinion.
Pourtant on est inondé par des suspicions, des stigmatisations, des présomptions de culpabilité, des procès expéditifs et des lâchetés intellectuelles et politiques qui parviennent à faire oublier l’essentiel: les Français aiment leur police, les voyous la détestent, et en général on ne confond pas le monopole de la force légitime, qui lui est dévolu par la loi et la démocratie, avec les rares transgressions inexcusables de la part de certains fonctionnaires dévoyés.
Ce que le citoyen honnête appréhende avec justesse en sachant distinguer l’immense bon grain de la résiduelle ivraie n’est cependant pas l’attitude d’une caste politique et médiatique qui s’obstine à imputer une violence systémique à la police alors que cette violence est de l’autre côté, le côté qui s’en prend à elle parce qu’elle dérange, déstabilise, interpelle, arrête et défère. Parce que la police est ce qui se met entre les malfaisances et le citoyen.
La raison fondamentale de l’hypertrophie de la détestation policière tient au fait que délibérément on a accepté un parallélisme absurde entre la légitimité de la police, la bienfaisance de ses missions et les entreprises de démolition de ceux qui n’ont pour ambition que de « casser du flic ».
Cette équivalence aberrante a commencé avec les Gilets jaunes même si j’admets que certains d’entre eux ont subi des atteintes intolérables sous l’autorité d’un Christophe Castaner dur avec eux et si faible par la suite. Rappeler qu’il n’y a pas de commune mesure possible entre ce que la police a le droit et le devoir de mettre en œuvre et les violents qui la fuient, la frappent, la blessent ou la tuent est une donnée de base fondamentale. Trop souvent négligée, occultée par lâcheté.
Récuser l’écume médiatique et soutenir vraiment la police pour notre démocratie impose le courage de ne pas l’abandonner en rase campagne, de comprendre qu’elle a précisément besoin d’une confiance quand des partialités et des idéologies feignent de la décréter coupable de tout. En ne mesurant rien des affrontements qu’au quotidien elle subit et cherche à maîtriser.
L’article 24 est utile
Il convient surtout, même de la part d’un ministre de l’Intérieur qui bénéficie d’une comparaison flatteuse avec son prédécesseur, de ne pas procéder par embardées, de ne pas faire suivre sa solidarité avec les troupes dont il a la charge et la vigueur de son accompagnement, de critiques explicites et démagogiques. Il faut vraiment choisir : être le ministre des forces de l’ordre ou bien celui qui, par intermittences, donnera du grain à moudre, pour se faire bien voir, aux ennemis compulsifs de la police.
Gérald Darmanin rend hommage au brigadier Eric M., mort au Mans lors d’un contrôle routier, après avoir été trainé sur plusieurs mètres par un conducteur refusant de descendre de son véhicule, août 2020. Auteurs : GILE Michel/SIPA. Numéro de reportage : 00976428_000046
Cette manière ostensiblement contrastée de conjuguer les lumières et les ombres, paradoxalement, met trop l’accent sur les ombres au lieu de les banaliser intelligemment comme la rançon inévitable d’un exercice policier la plupart du temps exemplaire.
Le pouvoir ne s’est pas illustré ces derniers jours par sa cohérence face à la contestation de cet excellent article 24 de la proposition de loi sur la sécurité globale. Il l’était dès l’origine mais il l’est devenu encore davantage avec l’ajout au texte d’une intention maligne qui aurait dû enlever toute crainte aux suspicieux républicains. Comme s’il n’était pas concevable de laisser toute liberté à la prise d’images et à l’information en récusant seulement la diffusion malveillante de nature à porter atteinte à l’intégrité physique et psychique des policiers.
Pour qui a l’expérience du rôle de ceux-ci et de la manière dont leur vie, en dehors de leur activité professionnelle, est devenue pour beaucoup d’entre eux un enfer, on comprend l’utilité des dispositions spécifiques de cet article et de la protection qu’il pourrait et devrait assurer à des fonctionnaires mis de plus en plus en danger par la diffusion perverse de leur image.
L’alliance d’un article 24 réécrit ou inséré ailleurs – mais dépouillé pour complaire aux médias de ce qu’il avait de meilleur au bénéfice de la police – et d’une confiance politique trop intermittente et chiche risquerait d’engendrer des effets très négatifs pour le futur des forces de l’ordre de plus en plus mobilisées, de moins en moins soutenues.
J’aimerais, pour illustrer ce point important de mon billet, renvoyer à un article que j’avais écrit le 14 février 2010 : « Si j’étais policier… » J’avais monologué en relatant dans le détail la quotidienneté de ces gardiens de la paix et des épreuves qui étaient les leurs, dans les sphères professionnelle et privée. J’avais reçu un nombre incalculable de commentaires et de témoignages : je n’ose imaginer ce que ce texte aurait suscité aujourd’hui.
Tout pourrait être si simple: l’inconditionnalité à l’égard d’une police à son meilleur, la condamnation sans faiblesse du pire délictuel ou criminel susceptible de la dégrader.
La police entre écume médiatique et vrai soutien.
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Dans Les élites françaises: Des Lumières au grand confinement, Eric Anceau analyse ce qu’étaient et ce que sont les élites françaises. Il revient longuement sur leurs évolutions dans le temps, le rôle qu’elles tiennent auprès du pouvoir et dans la société, ou les émotions populaires qu’elles font naître… Un bel éclairage sur un concept souvent mal connu. Entretien
Revue Conflits. Quelle serait pour vous la définition des élites la plus pertinente ? Comment expliquer qu’elles sont aujourd’hui objet de défiance, source de fantasmes, cœur de toutes les théories complotistes ? Est-ce que cela a toujours été le cas ?
Éric Anceau. Il existe plusieurs acceptions du terme, que l’on retrouve dès le XIVe siècle, et qui demeurent valables aujourd’hui. Les élites, ce sont à la fois ceux qui exercent le pouvoir, ceux qui le conseillent et l’assistent dans l’exercice de ses fonctions, et dont les contours peuvent être plus flous que pour le premier groupe, mais aussi ceux que l’on considère comme les meilleurs ou les plus remarquables au sein d’un groupe social déterminé. Ceux qui aspirent au pouvoir peuvent déjà faire partie de ces élites ou constituer une contre-élite. On voit donc que le terme se définit pour partie objectivement et pour partie subjectivement par la légitimité que les membres des élites paraissent avoir pour en faire partie, par la représentation que la société se fait d’eux. La République, née dans la Rome antique où la res publica, la chose publique, unissait le peuple au Sénat, nécessite une confiance entre dirigés et dirigeants qui sont censés gouverner pour le bien commun. C’est à ce prix que l’on mérite de faire partie des élites républicaines.
Aujourd’hui, nos élites dirigeantes ne parviennent pas à résoudre la crise grave et multiforme qui affecte notre pays
Or, aujourd’hui, nos élites dirigeantes ne parviennent pas à résoudre la crise grave et multiforme qui affecte notre pays. Insérées dans la mondialisation et subissant les contraintes imposées par des institutions supranationales, elles ne semblent plus en mesure d’infléchir le cours des choses. Ajoutez-y le fait qu’elles sont frappées par divers scandales d’autant plus visibles qu’ils sont médiatisés et relayés de façon virale par les réseaux sociaux et vous mesurez la défiance qui les touchent.
Je mettrai cependant deux limites à ce phénomène : d’une part, on constatera que les élites françaises ne sont pas les seules concernées puisqu’aujourd’hui les dirigeants de la plupart des grandes démocraties sont décriés pour les mêmes raisons qu’en France ; d’autre part, une étude sur le temps long, telle que je l’ai menée, démontre que la défiance à l’égard des élites françaises ne date pas d’aujourd’hui ni même d’hier. Sur deux siècles et demi, rares sont les moments où le peuple s’est trouvé parfaitement en phase avec elles.
Vous soulignez effectivement que les élites ont montré leurs limites à de multiples reprises dans notre histoire et qu’elles l’ont payé cher…
La France a connu pas moins de treize changements politiques majeurs depuis 1789 et, à chaque fois, à des degrés divers, un bouleversement s’est opéré dans l’élite dirigeante et dans la haute administration qui l’épaulait.
Cependant, les épurations massives n’ont concerné que quelques moments spécifiques de notre histoire. Les élites crispées de l’Ancien Régime, de la Restauration et de la monarchie de Juillet ont payé ainsi au prix fort leur autisme et les révolutions de 1789, de 1830 et de 1848 les ont remplacées par d’autres. Le mouvement a été facilité par le fait que les trois fois une crise économique et sociale est venue frapper la France, comme Ernest Labrousse l’a montré dans un article célèbre.
Mais les défaites militaires de 1814-1815 et plus encore celles de 1870 et de 1940 ont aussi entraîné la chute du Premier Empire, du Second Empire et de la Troisième République qui avait succédé à celui-ci et les changements de personnel dirigeant ont été, là aussi, radicaux. Ces débâcles militaires ont révélé les failles, pour ne pas dire la faillite, des élites en place, qu’elles soient impériales ou républicaines.
À la lecture de votre ouvrage, on s’aperçoit aussi que la sociologie des élites a connu de grands bouleversements depuis l’Ancien Régime, mais qu’elle connaît aussi des permanences par-delà les changements de régime que vous évoquez…
Tout à fait ! Le principal bouleversement sociologique correspond aussi au changement politique majeur : la Grande Révolution. Dominaient sous l’Ancien Régime les deux premiers ordres et c’est de leur sein qu’est venue une partie de la contestation qui a amené la chute de la monarchie absolue, certains participant au mouvement des Lumières, d’autres réclamant le retour à une forme de monarchie plus ancienne où elles partageaient le pouvoir avec le roi. En détruisant le pouvoir de celui-ci, elles ont perdu le leur qui demeurait principalement social. La bourgeoisie a pris aussi sa part de ce renversement. Une partie d’entre elle était associée au pouvoir – le phénomène était ancien et remontait aux légistes de Philippe le Bel au tournant du XIIIe et du XIVe siècle – mais la plus grande part était maintenue en position d’infériorité politique et sociale alors qu’économiquement, elle s’était considérablement enrichie. On indiquera à titre d’exemple, parmi cent autres, l’édit de Ségur de 1781 qui interdisait aux roturiers et aux anoblis de fraîche date tous les hauts grades de l’armée.
Cette bourgeoisie participe à la Révolution avec la noblesse libérale et avec le peuple, mais c’est elle qui en profite surtout. C’est elle qui constitue les gros bataillons des notables appelés par la Constitution de l’an VIII (1799) à diriger le pays. C’est encore elle qui porte au pouvoir Napoléon Bonaparte pour consolider ses acquis de 1789, puis qui contribue à sa chute en 1814 quand elle juge qu’il devient un danger pour le maintien de ces mêmes acquis, comme l’a montré magistralement Jean Tulard, voilà plus de quarante ans.
Malgré un retour de la noblesse traditionnelle sous la Restauration, celle-ci doit toutefois partager le pouvoir avec les grands notables issus de la Révolution. 1830 rejoue 1789 et refait de la bourgeoisie la classe sociale dominante de la société française, celle où se recrutent les élites dirigeantes. Tel est encore…
« Nous, Polonais, souhaitons décider nous-mêmes comment nous vivons, pour quel gouvernement nous votons, et comment nous pratiquons les « valeurs européennes ». Et nous voulons pouvoir résoudre nos problèmes par nous-mêmes ». Une tribune libre de Zdzisław Krasnodębski, sociologue, philosophe et député européen, publiée dans le quotidien allemand Die Welt le 30 novembre dernier est reproduite ici dans sa version française avec l’aimable autorisation de l’auteur.
Quand j’observe certains collègues du Parlement européen, il m’arrive parfois de repenser à une vieille blague – certes, très politiquement incorrecte – selon laquelle « l’Union soviétique se battra pour la paix jusqu’à ce que, pierre après pierre, tout soit détruit »[tooltips content= »Une référence à Matthieu 24,2, NDLR »](1)[/tooltips].
Ils sont si zélés dans leurs efforts pour sauver la planète, faire respecter les droits de l’Homme dans le monde et préserver l’État de droit en Pologne qu’ils écartent chaque fait dérangeant et chaque argument qui leur est défaborable!
Quiconque propose un objectif de réduction des émissions encore plus strict pour 2030, exige un abandon encore plus rapide des énergies fossiles, ou attaque plus sévèrement encore la Pologne et la Hongrie, peut compter sur des applaudissements. Les premiers sont certes de nobles objectifs, tout comme la paix mondiale. Cependant, il semble qu’il y ait à présent une volonté de se battre pour ceux-ci jusqu’à ce que « tout soit détruit » dans l’Union Européenne.
La controverse récente sur l’État de droit en Pologne en est une parfaite illustration. Frustrés que le chemin qui consiste à passer par la Cour de justice de l’Union européenne soit long, inquiets que la procédure fondée sur l’article 7 n’aboutisse pas à la conclusion souhaitée, ils ont imaginé un « instrument de torture », comme l’a formulé de manière éhontée un professeur de Constance[tooltips content= »Daniel Thym, dans un article du Spiegel NDLR »](2)[/tooltips], afin que le gouvernement prétendument impopulaire en Pologne se retrouve « affamé » financièrement. Une nouvelle conditionnalité nécessiterait en réalité une modification des traités ; mais comme cela serait très fastidieux, un détour créatif a été choisi.
Certains semblent maintenant s’étonner de notre veto[tooltips content= »Budapest et Varsovie ont posé leur véto le 16 novmbre contre le budget européen et le plan de relance post-Covid, car l’UE conditionnait les aides au respect de l’Etat de droit par ces pays NDLR »](3)[/tooltips]. Mais à quoi s’attendaient-ils ? Qu’après toutes ces menaces, nous n’exercions pas nos droits? Ils croyaient manifestement à leur propre insinuation habituelle selon laquelle pour nous, dans l’UE, tout n’est finalement qu’une question d’argent.
Ceux qui sont très préoccupés par l’État de droit en Pologne deviennent soudainement très silencieux et prudents à l’égard de leur propre pays, quand bien même dans certains cas, une telle préoccupation serait amplement plus justifiée. Nous obtenons toujours la même réponse aux questions que mes collègues du groupe et moi-même posons à la Commission: cela ne relève pas de leur compétence.
Il vaut mieux dénoncer la Pologne que de s’attaquer au problème général de la ligne de démarcation entre politique et justice
Il est évident que, dans la plupart des pays, la nomination des juges revêt un caractère politique. Souvent, les nominations font d’ailleurs l’objet d’une vive controverse politique – comme cela a récemment été le cas aux États-Unis avec Amy Coney Barrett – car on sait à quel point l’interprétation de la loi dépend de la vision du monde qu’ont les juges.
Dans toutes les démocraties, le pouvoir judiciaire est en expansion, il menace les droits des pouvoirs exécutif et législatif, et donc aussi, in fine, la séparation des pouvoirs. Mais il vaut mieux dénoncer la Pologne que de s’attaquer au problème général de la ligne de démarcation entre politique et justice.
La Pologne plus menacée par l’anarchie que la dictature
On peut apprécier et évaluer les réformes du système judiciaire en Pologne de différentes manières. Mais tous ceux qui connaissent le pays – et ne se fient pas seulement aux cercles fanatiques de haters professionnels du PiS – remarqueront la liberté, la pluralité et la diversité de notre vie publique. Dès lors, ce qui menace la Pologne, c’est davantage l’anarchie que la dictature.
Désormais, les manifestants d’extrême gauche ont cessé d’invoquer la constitution parce qu’elle mentionne spécifiquement la protection de la vie et de la famille. Au lieu de cela, ils s’insurgent contre la prétendue violation des droits fondamentaux. Alors, s’agit-il réellement de la protection de l’État de droit ou d’autre chose ?
Nous chérissons les valeurs qui sont formulées à l’article 2 du traité UE. Pour nous, cependant, le respect de la dignité humaine ne signifie pas que les personnes, y compris celles qui ne sont pas encore nées, malades ou fragiles, soient plus ou moins « activement » aidées à mourir.
Pour nous, la démocratie signifie que les citoyens peuvent librement voter et élire (ou rejeter) leur gouvernement – sans approbation extérieure. Sur le sujet de l’égalité entre les femmes et les hommes, nous sommes bien mieux lotis que dans de nombreux autres pays européens. Néanmoins, nous ne pensons pas que l’abolition de toute différence soit un saut dans le « royaume de la liberté », mais une voie vers un nouveau despotisme.
Nous sommes convaincus que les différences entre les sexes, bien qu’historiquement changeantes, sont fondées sur des réalités biologiques – et pas seulement sur une construction sociale. Chez nous il n’y a pas de partis prétendument « meilleurs », « pires » ou «établis». Ici, les écrivains peuvent publier leurs livres, même s’ils critiquent la politique migratoire d’Angela Merkel. En un mot: nous sommes des conservateurs qui n’ont pas abdiqué, comme c’est le cas en France ou en Allemagne.
Les nations sont passées sous silence
Beaucoup en Europe n’apprécient pas que nous soyons qui nous sommes. Mais qui peut revendiquer l’autorité d’interpréter les valeurs européennes ? Qui a le droit d’imposer ses propres interprétations à d’autres ? De nombreuses cultures, langues et entités politiques se sont développées en Europe au cours de l’Histoire. Ce qui les rapproche, c’est une certaine « ressemblance familiale » plutôt qu’un dénominateur commun.
Désormais, on préfère parler de la diversité des modes de vie individuels, des minorités, etc. Les nations sont passées sous silence comme si elles étaient un obstacle à « l’européanisation ». Il ne faut pas oublier que toutes les tentatives faites dans le passé pour imposer l’uniformité à l’Europe ont toujours eu des résultats désastreux.
On ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que la Commission européenne se transforme progressivement en une sorte d’organe central de planification
C’est pourquoi l’Union – fondée sur le principe de la liberté des peuples et du respect mutuel – était quelque chose d’historiquement nouveau. Chacun doit s’y sentir respecté, l’unanimité dans les décisions les plus importantes garantissant l’égalité et la souveraineté. Nous avons adhéré à un tel projet.
Malheureusement, l’Union s’écarte de plus en plus de ces principes. On ne peut s’empêcher d’avoir l’impression que la Commission européenne se transforme progressivement en une sorte d’organe central de planification. On parle de moins en moins du risque de distorsion de la concurrence. Et sous couvert d’appel aux « valeurs européennes » et au changement climatique, de plus en plus de gouvernants se tournent en fait vers les « pays périphériques ».
Nous, Polonais, souhaitons décider nous-mêmes comment nous vivons, pour quel gouvernement nous votons, et comment nous pratiquons les valeurs européennes. Et nous voulons pouvoir résoudre nos problèmes par nous-mêmes – avec des droits égaux dans notre Europe commune.
L’Iran enterrait hier Mohsen Fakhrizadeh, architecte de son programme nucléaire. C’est le 3e assassinat ciblé de 2020 après Qassem Soleimani et Abdullah Ahmed Abdullah. L’assassinat cet été de ce dernier homme, grand ponte d’Al-Qaïda, semblait confirmer que la puissance chiite et l’organisation sunnite font front commun contre les ennemis américain et israélien. Ce qui devrait inciter l’Europe à adopter face à l’Iran la fermeté que prônait Donald Trump.
Le 7 août, le numéro deux d’Al-Qaïda était assassiné à Téhéran. Selon le New York Times, qui citait des « responsables des services de renseignement », Abdullah Ahmed Abdullah, de son nom de guerre Abu Muhammad al-Masri, accusé d’être l’un des cerveaux des attaques meurtrières de 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi (Kenya) et de Dar es Salaam (Tanzanie), a été abattu par deux assassins à moto dans les rues de la capitale iranienne. Sa fille Miriam, veuve du fils d’Oussama ben Laden qui était avec lui dans la voiture, a également été tuée. Selon ces mêmes sources, l’opération a été menée par les services israéliens à la demande des États-Unis. Le choix de publier cette information vendredi 13 novembre, plus de trois mois après l’opération, probablement à l’initiative des services américains avec ou sans l’accord des Israéliens, n’est certainement pas fortuit. Bien qu’al-Masri, 58 ans, fût l’un des fondateurs et principaux dirigeants d’Al-Qaïda et le successeur présumé de son chef actuel, Ayman al-Zawahiri, l’organisation terroriste n’a pas annoncé sa mort. Les autorités iraniennes ont elles aussi dissimulé l’information. Quant aux responsables de l’opération, on comprend qu’ils soient restés discrets le temps d’exfiltrer les personnes impliquées et de mettre à l’abri les infrastructures de renseignement et de logistique créées spécialement pour soutenir l’équipe des tireurs.
Une question vient immédiatement à l’esprit. L’Iran et Al-Qaïda étant réputés être des ennemis jurés, que diable faisait le numéro 2 de l’un dans la capitale de l’autre ? Pourquoi l’un des hommes forts d’un groupe djihadiste sunnite se trouvait-il dans la capitale de la théocratie chiite ? Selon les services de renseignement américains, al-Masri était « détenu » par l’Iran depuis 2003, lorsque, fuyant l’Afghanistan avec les troupes américaines à ses trousses, il a traversé la frontière. Pourtant, depuis 2015 il vivait à Téhéran librement… dans le quartier des Pasdaran ! Comme détention, on a connu pire. Pour qu’il n’attire pas l’attention dans ce quartier réservé à la nomenclature, les services iraniens lui ont procuré une couverture : pour ses voisins, il était Habib Daoud, professeur d’histoire libanais et membre du Hezbollah. C’est ainsi que, suite au double assassinat, les médias et les réseaux sociaux libanais et iraniens ont présenté la victime. Quelques jours après la gigantesque explosion dans le port de Beyrouth, cette information n’a pas suscité beaucoup d’attention. Dans les chancelleries, certains ont pensé qu’à une semaine du débat au Conseil de sécurité des Nations unies sur l’embargo des armes à destination de l’Iran, les services occidentaux voulaient pousser l’Iran à la faute. Le modus operandi correspond aux assassinats attribués à Israël. Pourtant la victime ne semblait pas présenter une importance à la hauteur du double risque : celui d’agir à Téhéran et celui de provoquer une réaction de la part du Hezbollah aux frontières d’Israël avec la Syrie et le Liban.
Il était en tout cas dans l’intérêt de l’Iran autant que d’Al-Qaïda de conserver la discrétion sur cette opération. Sa divulgation risque en effet de susciter dans l’opinion des doutes sur le discours officiel et, pire encore, sur la solidité du régime et celle des Gardiens de la révolution. Une opération de cette envergure nécessite une qualité exceptionnelle de renseignements et une excellente infrastructure logistique et opérationnelle. Après l’assassinat de Qassem Soleimani début janvier dans une attaque de drone américain à la sortie de l’aéroport de Bagdad, l’élimination d’al-Masri est un coup dur pour les responsables de la sécurité du CGRI (Corps des Gardiens de la révolution iranienne) : gageons qu’au sommet de cette organisation qui tient l’essentiel du pouvoir en Iran, on a lancé une chasse aux traîtres et aux fuites qui va se traduire en enquêtes et règlements de comptes absorbant le temps et l’énergie des Pasdaran.
En attendant, l’opinion publique mondiale peut trouver surprenant que l’Iran, allié objectif de l’Occident contre le monstre djihadiste enfanté par le wahhabisme, réchauffe le serpent dans son sein. La divulgation de cette information va donc compliquer la vie des chancelleries, notamment européennes. S’il s’avère que l’Iran, en sous-main, aide Al-Qaïda – commanditaire des attentats de Charlie Hebdo –, il sera plus difficile d’expliquer que Trump est fou et qu’il est urgent de ressusciter les accords de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPoA).
Certes, on peut imaginer que ces membres d’Al-Qaïda qui ont fui les troupes américaines en Afghanistan pour trouver refuge en Iran servaient de police d’assurance aux ayatollahs, comme jadis les enfants des notables des tribus conquises, élevés à Rome. Sauf qu’on ne peut ne pas exclure – pour dire les choses poliment – que les Iraniens aient rentabilisé leur hospitalité en laissant leurs hôtes planifier et exécuter des attentats contre l’ennemi commun américain. Du reste, contre Israël, l’Iran n’hésite pas à soutenir le Hamas, franchise palestinienne des Frères musulmans on ne peut plus sunnite.
Il semble que la joint-venturesunnito-chiite ait été négociée entre 2011 et 2015, années qui ont précédé la signature des accords sur le nucléaire iranien. En effet, c’est en 2015 que l’Iran a conclu avec Al-Qaïda un accord aux termes duquel la République islamique libérait cinq dirigeants de l’organisation – dont al-Masri – en échange d’un diplomate iranien détenu en otage au Yémen – par la branche responsable de la formation d’un certain Saïd Kouachi.
Si on ajoute à ce tableau la visite effectuée en France par Mike Pompeo, secrétaire d’État et ancien chef de la CIA, le timing de la publication et la revendication de l’assassinat d’al-Masri prennent tout leur sens : il s’agit, pour les Américains, de convaincre leurs alliés de soutenir, même après le 20 janvier prochain, la politique engagée par l’administration Trump, en particulier sur les dossiers qu’elle juge essentiels pour le pays. Après tout ce que ces alliés ont subi depuis 2017, Mike Pompeo doit les convaincre qu’il est dans leur intérêt de jouer la continuité dans deux domaines : la confrontation avec la Chine, accusée, non sans raison, d’être à l’origine de la déconfiture des classes moyennes occidentales d’une part ; de l’autre, l’affaiblissement de l’Iran et de sa capacité de nuisance qui contribue à déstabiliser le Moyen-Orient. Dans cette optique, et quoi qu’on pense de Trump, la contribution de l’Iran à la pérennité d’Al-Qaïda devrait faire réfléchir tous les partisans du compromis avec la République islamique.
Le scrutin du 3 novembre a désigné le prochain président des États-Unis. Barricadé derrière des allégations de fraude massive, Trump refuse de reconnaître sa défaite. Si toutes ces allégations s’avèrent infondées, ce sera Trump et non pas Biden qui aura tenté de voler la victoire. La chronique de Nidra Poller
Le Roi lion gronde
Depuis la petite fête de la « victoire » à la Maison Blanche au soir du 4 novembre, Donald J. Trump, le lion abattu, se niche au fond de sa tanière. Il rugit en Twitter, il écrase de sa patte encore valide des serviteurs insolents, se félicite de la chasse aux voix « fraudées » en faveur de Joe Biden qu’il supprimera comme des poux dans sa crinière. Venu d’un pas lourd, sous une pluie battante au cimetière militaire d’Arlington, déposer un gerbe le 11 novembre, revenu une dernière fois, le 13, au jardin de la Maison Blanche se vanter de « mon administration » qui a développé en un temps record un vaccin anti-covid, il se cache désormais en attendant … ? Giuliani ?
Ces allégations ahurissantes tournent en rond et deviennent, à force de répétition, des certitudes…
Pour la première fois dans l’histoire des États-Unis, un président refuse d’accepter le verdict des urnes et de déclencher la transition. Des élus du Parti républicain, à quelques exceptions près, soutiennent cet entêtement et plus de deux tiers des affiliés du parti persistent à croire que l’élection a été volée. Alors que le président battu boude, ses followers, attifés des tenus taillées dans le drapeau américain, coiffés de la casquette MAGA, manifestent à pied, en convois, sur les réseaux sociaux et dans des médias acquis, arborant des sourires béats et chantant « Il a gagné, il a gagné ! ».
Des allégations ahurissantes
Le récit – dicté par la Maison Banche – de fraude massive est relayé en cascade par des journalistes, élus et sympathisants conservateurs, soucieux de protéger Trump d’une injustice criminelle et de sauver le pays d’un coup d’état marxiste-communiste. Tout ce qui pourrait contredire le récit de l’élection volée est automatiquement discrédité. Des responsables démocrates et républicains des Etats-clés attestent du bon déroulement du scrutin ; ils sont accusés de mensonge, de corruption et de fraude. Les recours en justice soutenus par l’équipe de campagne de Trump sont jugés nuls et irrecevables ; les juges sont des suppôts du Parti démocrate – et de surcroît marxistes-socialistes – qui mettront fin définitivement à la démocratie américaine. Les médias ont « donné » la victoire à Biden ? De quel droit ? À part le fait que c’est une tradition qui remonte au 19e siècle, les médias ne donnent pas la victoire ; ils analysent les résultats communiqués par les États et, guidés par un « decision desk » travaillant avec d’importantes bases de données, ils annoncent, sous réserve, le vainqueur présumé.
La fête de victoire factice organisée à la Maison Blanche devait servir à bloquer l’annonce des médias et imprimer dans l’esprit des followers le pouvoir de Donald Trump de maîtriser la réalité. Peu importent les bulletins de vote, ils ne comptent pour rien par rapport à la puissance Trump. On verse de l’huile bouillante sur des médias qui osent dire « président élu » Biden. Les allégations pleuvent : des machines fabriquées au Venezuela par des officines liées aux démocrates transforment des voix Trump en votes Biden. Les chiffres donnent le vertige. Des morts votant par millions, des millions de bulletins fabriqués de toutes pièces, des tricheries d’une magnitude inimaginable, dans tel comté il y avait trois fois plus de votants que d’habitants, dans une grande ville, des camions arrivés au milieu de la nuit ont déversé une tonne de bulletins Biden, renversant le score écrasant de Trump déjà enregistré. Ailleurs, une camionnette de la campagne Biden arrive sous couvert de la nuit, chargée de bulletins ouverts, trafiqués et refermés avant d’être versés au centre de dépouillement. Ces allégations ahurissantes tournent en rond et deviennent, à force de répétition, des certitudes.
Georgia on my mind
Le gouvernement de l’État de Géorgie est républicain. Le Secrétaire d’État de cet État, Brad Raffensperger, insiste sur le fait que le scrutin s’est déroulé correctement ; il devient la cible des membres de son parti au niveau local – y compris la candidate au Sénat Kelly Loeffler – qui exigent sa démission. Le message politique est traduit par des gros bras en menaces de mort crédibles. L’imbroglio de Georgie est particulièrement malvenu, étant donné que la majorité républicaine au Sénat se joue là, au deuxième tour des élections sénatoriales en janvier. Le recomptage manuel, imposé en raison de la faible marge entre les deux candidats, donne le même résultat que ceux des machines « tricheuses ». L’équipe de Trump s’agite au Michigan en lorgnant le Wisconsin et en visant la Pennsylvanie ; les recours en justice dégonflent à l’air libre ; et les vidéos YouTube tournent en boucle, crachant des promesses… cette fois-ci, on va voir ce qu’on va voir, c’est gagné… ou presque.
Le décalage entre ces croyances et les faits est tellement important que le discours rend fou. On entretient la confusion entre les petits incidents ponctuels – qui ne changent rien au résultat – et le fantasme d’une opération vaste et profonde, planifiée depuis des années, impliquant les faits et gestes de centaines de milliers de personnes d’un bout à l’autre du vaste pays sans laisser la moindre trace perceptible aux fins limiers du FBI, une opération qui transforme les États-Unis en un marécage capable d’engloutir la population tout entière.
La Covid-19 aussi, un complot anti-Trump
Marécage, justement. Washington, dit-on dans le camp Trump, c’est un marécage. L’État profond (ou « Deep State »), c’est un monde souterrain de fonctionnaires tout entiers voués à nuire à Donald Trump seul debout sur le pont, lui l’homme providentiel, le président à vie. Le responsable de cybersécurité au département de la Sécurité intérieure témoigne de la sécurité de l’élection ? Off with his head. Il est viré. Mark Esper, secrétaire à la Défense des États-Unis, mécontent d’avoir servi de figurant sur la photo devant l’église St. John, a aggravé son cas en déconseillant le retrait brutal des troupes d’Afghanistan prévu quelques jours avant l’investiture de Biden ; Esper est limogé comme un malpropre. Rappelons la démission de John Bolton qui ne pouvait pas cautionner les négociations imprudentes avec les Talibans. Les chefs de la CIA et du FBI sont, paraît-il, dans le collimateur. Pendant ce temps, un jovial secrétaire d’État, Mike Pompeo, fait un tour de piste en champion, visitant une dizaine de pays après avoir rassuré, d’un sourire malin, que la transition se déroulera sans heurts… vers un second mandat du président Trump.
Des commentateurs conservateurs, autrement réputés ou résolument inconnus, se sont engouffrés dans la réalité alternative composée par le président contre la vérité terrible de la pandémie. Reprenant et brodant sur les propos mensongers de Trump, alors qu’il disait, lui, la vérité à Bob Woodward, ils ont écrit, à partir du mois de mars, des âneries qui devraient faire honte. Ils se moquaient des prévisions de mortalité, accusaient les médecins de trafiquer les chiffres pour profiter de la rentabilité élevée des morts de la Covid-19, méprisaient les scientifiques et glorifiaient des charlatans, se répétant avec une volonté folle d’avoir raison. Aujourd’hui, avec plus de 270 000 morts et une montée exponentielle des cas, les mêmes reviennent avec des cris d’élection volée. La même véhémence, les mêmes arguments extravagants, le même mépris pour tous ceux qui pensent autrement. En fait, c’est la méthode Trump: tu dis ce que tu as envie d’entendre, sans te soucier du rapport avec la vérité. La Covid-19 va disparaître, ce n’est rien par rapport à la grippe et les accidents de la route, et l’hydroxychloroquine est le remède miracle. Biden est sénile, incapable de parler sans téléprompteur. Il a peur de sortir de sa cave, personne ne vient à ses meetings. Trump vaincra un raz-de-marée. Quoi ? Il a perdu ? Des conservateurs, réputés ou inconnus, foncent tête baissée dans le complotisme.
À la conférence de presse organisée le 19 novembre au QG du comité national républicain, l’équipe de choc représentant le président Trump dans l’affaire du scrutin truqué a présenté les arguments « d’ouverture » d’un procès sans doute imaginaire. C’était, de bout en bout, grotesque. Les personnages : Rudy Giuliani, enragé, nerveux, en sueur, ressemble plus à un criminel qu’à un procureur. Sidney Powell, aux airs de patronne de bordel, habillée d’une veste en velours au motif grand félin, égrène, avec un accent de terroir sudiste, des méfaits effrayants d’ordre international. Jenna Ellis, la jeune du trio, sermonne les journalistes comme une adolescente qui gronde ses parents en prenant la clé de la voiture.
Amplifiant et clarifiant les allégations qui circulent depuis deux semaines, les avocats ont formulé un récit qu’il faudrait accepter en bloc, où les méfaits folkloriques de bulletins trafiqués s’emboîtent dans un vaste complot diabolique. Giuliani affirme qu’un plan est « organisé depuis longue date par le Parti démocrate avec l’aval de Biden, appliqué par des milliers de petits soldats dans des centres de dépouillement, surtout dans des grandes villes corrompues gouvernées par des démocrates ». « Vous, en s’adressant aux journalistes, vous mentez, vous cachez la vérité et vous déformerez les propos tenus ici maintenant ». Giuliani enlève ses lunettes, éponge sa tête, et remet ses lunettes, mais en vain : le colorant dégouline de ses cheveux en tracées noires sur ses joues. Les morts ont voté à Philadelphia et les voix sont comptées en Allemagne, voyez-vous, il crie.
« Les démocrates veulent démolir notre pays »
Sidney Powell débine l’organigramme d’un fournisseur de machines machiavéliques, créées pour Hugo Chavez, financé par de l’argent communiste provenant du Venezuela, de Cuba ou encore de Chine, munies d’algorithmes qui transforment des voix pour Trump en votes pour Biden. Des agents de l’entreprise se glissent dans les centres de dépouillement et entrent dans les machines par des backdoors pour assurer la bonne marche frauduleuse de leur software. Malgré toutes ces précautions, les machines sont tombées en panne à plusieurs endroits clés, assommées par le trop plein de voix pour Trump qu’elles n’arrivaient pas à switcher à temps. Donald Trump a obtenu une victoire écrasante sur le minable Biden, c’est criminel, nous allons le prouver devant le tribunal, nous allons reprendre notre pays des mains de ces voyous.
Jenna Ellis enchaîne. Elle remet les journalistes à leur place : « Vous n’êtes pas honnêtes, vous mentez au public. Si je devais choisir des membres d’un jury, je récuserais 99% d’entre vous en raison de votre parti pris. Il s’agit ici de préserver un système électoral libre et juste aux États-Unis. Les démocrates veulent démolir notre pays. Si nous les laissons faire, on n’aura plus jamais un scrutin honnête. On vous a offert ici la présentation des faits propre au début d’un procès. Ce n’est pas la totalité des preuves, loin de cela ».
Giuliani (célèbre pour sa lutte contre les mafiosi) : « J’ai en main des centaines de déclarations sous serment qui ne seront pas rendues publiques pour ne pas mettre en danger ces courageux qui témoignent du pire crime que j’ai jamais connu ».
On prend quelques questions qu’on relance sur les journalistes comme des grenades attrapées par des manifestants, tout en les accusant de mentir, de cacher, de désinformer…
Coup de ciseaux
Dimanche 22 novembre, Maîtres Giuliani et Ellis annoncent laconiquement que Maître Sidney Powell n’a jamais fait partie de l’équipe ; elle travaille pour elle-même et pas pour le président. Que devient l’argent communiste, les machines diaboliques, les 7 millions de voix piquées à Donald Trump ? Qui remettra dans leur tombe les 3 millions de morts ayant voté ?
L’intéressé a mieux à faire. Il mène une vaste opération de collecte de fonds, cherchant encore une fois à rentabiliser un échec et à transformer la faillite en triomphe.
N.B. Il n’y a pas de rapport entre les modestes réclamations des recours en justice (une trentaine au moins), pourtant jugés irrecevables, et les allégations de fraude massive présentées devant la cour de l’opinion publique. Sans procès, pas de vérification, pas de jugement impartial, pas de limites à la liberté d’accuser. Pendant ce temps, les États, l’un après l’autre, certifient les résultats du scrutin.
Dans une interview donnée au journal Le Monde, Lilian Thuram définit le privilège blanc comme «un privilège existentiel, celui de n’être jamais discriminé du fait de sa couleur».
Et revoilà Lilian Thuram, le chevalier blanc (ne lui dites pas ça !) défenseur des minorités soumises et aliénées par la «pensée blanche»[tooltips content= »La pensée blanche, 2020, Editions Philippe Rey »](1)[/tooltips]. Il a répondu aux questions du journal Le Monde.
Son nouvel ouvrage fait le procès de l’homme blanc. Le but du livre? «Questionner une catégorie qu’on ne questionne jamais: la catégorie blanche.» Dès l’introduction, l’accusé n’a que très peu de chance de s’en sortir. Thuram écrit: «Qu’est-ce que c’est «être blanc» ? Comment devient-on blanc, car on ne naît pas blanc, on le devient? Avez-vous déjà vu une personne de la couleur d’une feuille de papier blanc? Non. Alors pourquoi dit-on qu’il ou elle est blanc ou blanche? » Le procès n’a pas encore commencé que le couperet s’approche dangereusement de la gorge de l’homme blanc.
L’auteur ne voit jamais dans sa pensée ce qu’elle a de racialiste… voire raciste.
Le Blanc fascine, l’Occident façonne
Pierre-André Taguieff affirmait dès les années 1980 que «l’antiraciste est un rééducateur, mi-enseignant, mi-policier, mi-maître de cérémonies». Lilian Thuram ne sait faire que dénoncer, jusqu’à s’offusquer que les enfants imaginent Dieu comme un homme avec une longue barbe blanche et des cheveux blancs: «N’est-ce pas une preuve majeure du blanchiment de notre pensée ?» Parsemant l’ouvrage de citations de Nell Irvin Painter, historienne américaine qui a notamment écrit une Histoire des Blancs, Thuram reprend en réalité des arguments éculés de ces trente dernières années. De l’Antiquité à la colonisation en passant par la découverte de l’Amérique, tout serait question de préjugés des blancs et de domination blanche. Nous apprenons même que l’école républicaine, jusqu’aux années 1950, enseignait la supériorité de la race blanche!
Au bout d’une centaine de pages, et alors que nous pensions que la “pensée blanche” pouvait être aussi bien l’apanage des femmes que des hommes blancs, Lilian Thuram nous annonce sa grande découverte: «oui, la pensée blanche est avant tout masculine.»
L’analyse racialiste se poursuit: «le Blanc fascine, mais surtout l’Occident façonne. Le déferlement mondial de clips, de publicités, de films du Nord a imposé partout le blanc comme la couleur de la réussite, de la perspective désirable, donc de la beauté. » Quid de la publicité prônant le métissage à longueur de journée? Quid de l’hégémonie du soft power américain, caractérisé par le multiculturalisme? Quid des films hollywoodiens où la diversité règne? Quid des médias? Des pouvoirs publics? Des artistes?
Arguments éculés
N’ayant eu de cesse de porter son masque noir, Lilian Thuram va jusqu’à nous enjoindre, à la toute fin de son ouvrage, d’«ôter nos différents masques, de Noir, de Blanc, d’homme, de femme, de juif, de musulman, de chrétien, de bouddhiste, d’athée, de sans-papiers, de pauvre, de riche, de vieux, de jeune, d’homosexuel, d’hétérosexuel… pour défendre la seule identité qui compte: l’humaine». Toute honte bue, l’accusateur falsifie le procès-verbal: après sa longue logorrhée racialiste, il veut se faire passer pour universaliste à la fin de son brûlot!
Thuram se trompe. La transformation des mentalités – après une propagande que les totalitarismes du XXe siècle n’auraient pas reniée – a déjà déconstruit le monde qu’il dénonce. Comme pour un footballeur en fin de carrière, l’homme blanc a depuis longtemps tiré sa révérence…
Thuram omniprésent
Quand il y a suspicion de racisme, vous pouvez être sûr que tonton Thuram ne rôde pas loin. Il vient de réagir à l’affaire du producteur Michel Zecler:
🔴 « J’ai connu la victoire en Coupe du monde mais j’élève mes enfants en leur disant de faire attention aux policiers »
Dans Libération, le maire écologiste propose de «raviver le génie français», en réunissant «l’arc humaniste» autour des grands combats progressistes. En se fendant d’une tribune aux accents si programmatiques pour 2022, notre Vert préféré serait-il en train de prendre l’ascendant sur Yannick Jadot? Analyse.
«Raviver le génie français» : le titre de la tribune d’Éric Piolle parue lundi 30 novembre dans Libération témoigne d’une grande ambition (présidentielle?). L’écologiste se pose en fédérateur. Il récuse les accusations d’Anne Hidalgo, qui avait critiqué le républicanisme douteux d’EELV.
Accueil des migrants et marches pour le climat
Tout au long de son texte, Éric Piolle dessine une chimérique union des forces progressistes. L’écologiste voit la renaissance de notre génie national « sur un navire humanitaire en Méditerranée » ou « avec ces millions de Français·e·s qui marchent, et qui votent, pour le climat ». Pour l’élu grenoblois, la crise identitaire nationale peut donc se résoudre dans l’accueil des migrants et les marches pour le climat. « Climat, justice sociale, démocratie, libertés publiques: l’ampleur des défis de l’époque appelle une nouvelle réconciliation », ajoute-t-il.
Plus loin, il développe sa vision de la fraternité : « Nous continuons de nous battre pour la Fraternité, pour celles et ceux qui subissent chaque jour les violences, au premier rang desquelles les femmes, les précaires, les exilé·e·s, etc. Chacun, ici, peut prolonger la liste… » Au cas où la convergence des luttes trouve encore de nouveaux groupes opprimés, Piolle leur tend la main : « La fraternité à bâtir ne s’arrête plus à nos frontières nationales, ni même à celles de l’espèce: nous avons à bâtir la fraternité des vivants, de l’abeille à nos enfants. » Les petits animaux chers à Aymeric Caron, voilà des exclus de la fraternité auxquels on n’avait pas pensé en 1789 !
Tous ensemble tous ensemble hé !
Les ambitions présidentielles de l’écologiste sont de moins en moins voilées.
Le 25 novembre, l’Obs révélait qu’il avait créé une association de financement pour que ceux qui veulent pousser sa candidature puissent lui donner de l’argent. Jusqu’à récemment, le leadership vert semblait pourtant revenir à Yannick Jadot. Mais il est jugé trop modéré, trop centriste par nombre de militants et cadres du parti. Chez EELV, il semble qu’ils seront donc au moins trois prétendants sur la ligne de départ pour obtenir l’investiture du parti en septembre 2021: Sandrine Rousseau, Yannick Jadot et Éric Piolle.
Parmi les calamités qui ont marqué l’année 2020, il faut compter une poignée de disques de chanteuses ambitionnant de révolutionner la langue française.
Dans une actualité musicale en berne, il importait pour la presse autorisée de se pâmer devant ces nouvelles héroïnes, comme Aya Nakamura qui abreuve ses auditeurs d’un lourd sabir déroulé sur une musique conventionnelle. Pour France Info, la native de Bamako « fait bouger la langue française » grâce à un savant mélange de dialecte africain et de langage urbain. Karim, un « jeune de Montreuil », explique que ce langage est maintenant celui de toutes les cités : « Elle parle comme nous… Pour nous, c’est ça la langue française. » Une linguiste des éditions Le Petit Robert est appelée en renfort pour valider l’importance du basculement : niant tout appauvrissement de l’expression, elle souligne « un plaisir du verbe qui s’affranchit des règles ». Point de salut sans déconstruction de la syntaxe bourgeoise et du vocabulaire oppressif tout infesté de références coloniales ! La spécialiste admet néanmoins que ces nouveaux termes argotiques (« pookie » pour « balance », « Djo » pour « mec »), même s’ils dénotent une « bonne santé » de notre langue, n’ont pas encore vocation à entrer dans son dictionnaire.
Le phénomène Wejdene
Autre phénomène banlieusard qui fascine les rédactions parisiennes : Wejdene, très jeune chanteuse de Saint-Denis, dont les textes semblent échapper à toute logique. On peut y croiser des vers tels que « J’pourrais dead pour toi » ou « Tu hors de ma vue » (sic). Vanity Fair y voit un phénomène de société : la chanteuse rose bonbon, à la grammaire fautive, est carrément le « parfait reflet de notre époque ». Non seulement elle casse les codes, mais en plus elle est naturellement « féministe » comme toutes les super-héroïnes de la nouvelle culture de masse. Certes, chaque génération a son argot, sa stratégie pour faire corps contre les adultes. Certes, le langage a été mille fois trituré par les poètes. Mais comme le disait ma concierge, on peut violer la langue, à condition de lui faire de beaux enfants.
Une certaine démagogie, au plus haut niveau de l’État, célèbre les sacrifices de la jeunesse en cette période de pandémie. On peut se demander ce qu’en auraient pensé ceux qui ont eu vingt ans à d’autres époques…
« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie.
Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes. » écrivait dans Aden Arabie Paul Nizan qui devait mourir en 1940, à trente-cinq ans, dans la poche de Dunkerque après avoir rompu avec le PCF au moment du pacte germano-soviétique.
Une drôle de petite musique
Une petite musique, initiée par le président de la République, court aujourd’hui dans les médias sur ce thème. Lors de son allocution télévisée du mois d’octobre, il avait déclaré : « C’est dur d’avoir vingt ans en 2020. » Et de nous montrer qu’après les restaurateurs et les gérants de salle de gym ou de discothèque, le jeune était la victime collatérale du virus la plus à plaindre. On pourrait déjà discuter de cette approche globale d’une génération où l’on retrouve, comme dans toute la société, de fortes différences de classe.
Tenter de gagner quelques billets en allant livrer des pizzas sous la pluie, craindre le moindre contrôle d’identité si on a la mauvaise couleur ou qu’on habite à la mauvaise adresse n’a pas grand chose de commun avec le fait d’avoir vingt ans dans la villa de papa-maman à l’île de Ré, en ayant amené sa petite copine ou son petit copain.
Si on élargit la perspective historique aux générations précédentes, cette considération sur les malheurs d’avoir vingt ans flirte dangereusement avec l’obscène. Dans le beau film de Lucas Belvaux, Des hommes, adapté du roman de Laurent Mauvignier qui ne sortira normalement que le 6 janvier et que nous avons eu le temps de voir en avant-première avant que le rideau de fer du confinement ne tombe à nouveau, il est question de la guerre d’Algérie et du sort des appelés. Ils avaient vingt ans quand ils sont allés se faire trouer la peau pour un pays qui n’était pas le leur et assister aux horreurs d’une guerre coloniale que Belvaux montre d’ailleurs équitablement partagées sur le terrain entre les deux parties.
Le film qui fait l’aller-retour entre aujourd’hui et l’époque, à travers des portraits d’appelés devenus vieux, notamment Depardieu, expose de manière parfaite qu’avoir vingt ans dans les Aurès pour reprendre un autre titre de film de René Vautier en 1972, était tout de même un peu plus éprouvant que d’avoir vingt ans et de suivre des cours en visio pour sauver des vieux, des vieux qui ont, qui sait ?, fait la guerre d’Algérie et qui risquent l’intubation en réa après avoir risqué une balle dans la peau ou un égorgement pendant une garde de nuit. Des vieux d’ailleurs dont les traumatismes liés à cette guerre n’ont jamais été pris en compte, ne serait-ce que sur le plan psychologique.
Bir-Hakeim n’est pas seulement une station de métro
On pourra penser aussi à ceux qui ont eu vingt ans en 1940. Un documentaire repassé sur LCP, à l’occasion de l’hommage rendu à Daniel Cordier, montrait l’engagement de ces jeunes de vingt ans qui refusaient l’abaissement pétainiste. S’être battu à un contre cent à Bir-Hakeim ou avoir risqué une arrestation à Lyon ou à Paris par la Gestapo demandait tout de même un peu plus de courage que d’être privé de teufs et de se rabattre sur un McDo devant Netflix.
On peut même remonter encore à la génération précédente et rappeler, au milieu de tous ces jeunes anonymes qui chantaient « Adieu la vie, Adieu l’amour », la belle figure d’Alain-Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, mort à vingt-sept ans en septembre 1914 autour de la tranchée de Calonne. Pas sûr, à ma connaissance, qu’il ait eu le temps avant de prendre un apéro sur FaceTime en maudissant l’époque.
Démagogie ambiante
Ce qui est demandé à la jeunesse est d’abord de ne pas contaminer les autres et, pour cela, de changer pour quelques mois de mode de vie. Alors oui, ce n’est pas drôle. Mais ce n’est quand même pas la mer à boire pour une génération qui n’a connu que la paix et un système qui, même en étant abimé, s’est chargé de les éduquer et de les soigner.
On a toujours raison de se révolter, bien sûr, mais d’abord de se révolter contre la démagogie ambiante qui vous plaint pour de bien mauvaises raisons.
Peur sur l’État. Au moment où le deuxième confinement commence à être levé, notre dossier du mois de décembre dissèque les décisions, règles, révisions et atermoiements qui ont caractérisé les actions de l’État au cours des derniers mois. Comme l’explique Elisabeth Lévy dans son introduction, « on a eu l’impression qu’un vent de panique soufflait sur nos gouvernants, du sommet de l’État à la base de l’administration, entraînant une conjonction paradoxale de paralysie et d’hyperactivité. » Erwan Seznec, dans une enquête minutieuse, nous montre comment la double peur de la sanction pénale et de l’opinion publique a poussé l’exécutif et les fonctionnaires à surréagir pour se couvrir. Résultat : la machine technocratique, hypercentralisée, s’est emballée.
Fidèle à sa devise, « surtout si vous n’êtes pas d’accord », Causeur a invité le député LREM, Ludovic Mendès, à défendre la majorité. Se confiant à Gil Mihaely, il maintient que son gouvernement a impliqué les collectivités dans la prise de décision, tout en assumant ses responsabilités et en disant la vérité aux Français. En revanche, pour Maxime Tandonnet, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, les mesures prises par le gouvernement dans la gestion de la crise ont enterré les dernières traditions de la démocratie libérale à la française.
En dépit de la pandémie, la vie politique et économique continue. Jean-Luc Gréau et Philippe Murer réfutent les critiques de ceux qui veulent nous faire croire, qu’en matière d’émissions CO2, la France est le cancre de service : au contraire, elle est exemplaire ! Quant au nouveau règlement européen sur la migration et l’asile en cours de discussion, Jean-Jacques Leandri tire la sonnette d’alarme : cette loi, dont les médias parlent si peu, va encourager l’immigration clandestine, faciliter la vie aux terroristes et étendre les pouvoirs des technocrates. Outre-Altlantique, un nouveau président élu prétend défendre les intérêts des ouvriers américains. Gil Mihaely a fouillé dans le passé de Joe Biden et a trouvé que ses relations avec les banques qui ont contribué à l’appauvrissement des cols bleus font de lui le fossoyeur, plutôt que le sauveur, des classes moyennes. Toujours chez l’oncle Sam, Sylvie Perez nous raconte l’histoire passionnante d’une institution majeure vouée à la défense des droits constitutionnels, l’Union américaine pour les libertés civiles. Financée aujourd’hui par les opposants à Donald Trump, elle se mêle de politique et met en péril sa mission historique.
Franck Ferrand, en conversation avec notre directrice de la rédaction, l’avoue : « je ne suis pas ce garçon poli et consensuel que les médias présentent. » On découvre que l’historien populaire est un souverainiste de choc qui, dans le conte politique qu’il publie aujourd’hui, imagine une nouvelle Jeanne d’Arc version XXIe siècle. En restant au cœur de l’histoire de France, Paul Thibaud a lu le dernier ouvrage de François Azouvi qui démonte la thèse dominante voulant que de Gaulle ait vendu aux Français de l’après-guerre un grand mythe de la résistance. À ce supposé « résistancialisme » s’est substitué, pour des raisons politiques, un « pénitentialisme » autodestructeur. Le philosophe Alain de Benoist, interviewé par Françoise Bonardel, rappelle que la liberté de l’individu dépend de la liberté de son pays.
Pour les amateurs de formules élégantes, Thomas Morales a lu la réédition des chroniques cinématographiques du jeune Michel Audiard. Le critique qui a précédé le dialoguiste avait déjà de la verve.
Si notre cochonnaille nationale est aujourd’hui quelque peu dévoyée par l’industrialisation agricole et suscite le rejet – parfois violent – de consommateurs musulmans, Emmanuel Tresmontant nous rassure : une bande héroïque d’éleveurs et de charcutiers mène la résistance. Les restos sont toujours fermés, mais les charcuteries sont ouvertes et les plus belles se visitent comme des bijouteries.