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La semaine progressiste de Jeremy Stubbs

Jeremy Stubbs choisit pour vous les meilleurs contes de la folie « woke » ...

La semaine progressiste de Jeremy Stubbs
Après avoir été accusé de faire la promotion des violences domestiques, le spectacle "Punch et Judy" (l'équivalent britannique de notre "Guignol") est maintenant montré du doigt comme symbole de la « violence coloniale ». Ici le créateur du spectacle Brian Llewellyn dans l'émission "good morning Britain" en 2018 © Ken McKay/ITV/Shutterst/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40660798_000017

Qu’il s’agisse de la linguistique, de la médecine ou de la démocratie parlementaire, rien ne résiste plus aux délires revendicateurs des minorités progressistes, soutenues par leurs « alliés » blancs. Jeremy Stubbs choisit pour vous les meilleurs contes de la folie « woke »


Nous pouvons parler aujourd’hui d’une Route de la folie, comme il y avait autrefois une Route de la soie. Au lieu de nous fournir en épices et étoffes précieuses, cette nouvelle voie royale nous apporte des folies progressistes, non pas de l’Asie, mais des Amériques. Au lieu de nous nourrir et de nous élever, les biens en question nous appauvrissent, nous rabaissent et nous empoisonnent. 

Casse-tête chinois

Aux États-Unis cette semaine, on a beaucoup parlé de l’histoire du professeur de communication de l’école de management de l’Université de Californie du Sud, dénoncé pour avoir prononcé devant ses élèves un mot chinois qui sonne vaguement comme le « N-word ». Le 20 août, sur l’incontournable application Zoom, Greg Patton donne un cours sur la rhétorique dans lequel il parle de l’exploitation dramatique des pauses, ce qui l’amène à parler des explétifs, ces mots qu’on utilise pour meubler, pendant qu’on réfléchit à ce qu’on va dire – en français, « eh bien », « bon », « d’accord. » Les Chinois, explique Patton, répètent leur mot pour « ce », à savoir « nei ge », et le professeur donne l’exemple : « néga néga néga. » 

Le lendemain, les autorités universitaires reçoivent une lettre anonyme, mais qui prétend parler au nom de chaque Afro-Américain de la promotion, assénant que Patton a « offensé tous les étudiants noirs de la classe. » Une semaine plus tard, l’École annonce qu’un autre professeur remplacera Patton pour ce cours et propose un accompagnement psychologique à tous ceux qui en ont besoin suite à cet épisode traumatique. Patton lui-même écrit une lettre d’excuses, expliquant qu’il avait essayé de donner plus d’exemples internationaux afin se montrer plus inclusif et ouvert à la diversité. Cela lui apprendra. Justement, sur les médias sociaux, des Chinois aux États-Unis et jusqu’en Chine ont protesté contre le fait que la réprimande faite à Patton constitue une dépréciation implicite de leur langue. Non sans raison. Dans ce chaos de revendications, on distingue bien la vraie erreur de Greg Patton, celle qui consiste à naître blanc. C’est sans appel

Peur bleue

Nous avons ici un parfait exemple de l’infinie vulnérabilité des institutions à la moindre pression des groupes minoritaires. Si de tels délires partent de l’Amérique à l’assaut de l’Europe, leur tête de pont est le Royaume-Uni. Il y a vingt ans, Londres était surnommé « Londonistan » car la ville accueillait de nombreux extrémistes musulmans. Aujourd’hui, on pourrait le rebaptiser « Wokistan. » Le mot « woke » désigne, bien entendu, cette nouvelle idéologie qui s’efforce d’agréger toutes les réclamations de toutes les minorités, avec l’objectif assumé de détruire le patriarcat. Aucune concession ne peut être faite, ni aux Blancs, ni aux hommes, ni aux hétéros qui sont coupables de tous les maux, ceux de l’histoire et ceux du monde actuel. Aujourd’hui, les institutions britanniques tombent, non l’une après l’autre, mais presque toutes en même temps, entre les mains des groupes quérulents qui, en marionnettistes chevronnés, manipulent les directeurs et les groupes de travail de ces organisations. Prenons l’exemple de l’enseignement de la médecine. Parmi les signes contribuant au diagnostic de certaines maladies, on trouve le changement de la couleur de la peau, par exemple celle des doigts qui peuvent devenir bleus. Ce fait est relevé dans les manuels de médecine. Mais ceux-ci ne parlent pas du fait que le bleu caractérise les patients blancs : dans le cas des Noirs, par exemple, les doigts seraient plutôt gris. Cette omission est-elle un symptôme du suprématisme blanc ? Un étudiant noir de l’Université de Londres, Malone Mukwende, a compilé une liste illustrée des signes épidermiques qui sont différentes chez les personnes de couleur. En tant que supplément nécessaire aux manuels existants, on ne peut que louer ce travail. Le problème réside dans la rhétorique délétère qui entoure ce type de projet. Saluant des initiatives similaires, le professeur Joseph Harland de l’Université de Bristol déclare, non que les programmes d’enseignement soient incomplets, mais qu’ils sont « racistes » et ont « besoin d’être décolonisés ». Harland est blanc. Il appartient à cette catégorie de Blancs qui, pour se racheter aux yeux des minorités, se complaisent à dénoncer publiquement le racisme des autres Blancs. Dans le jargon woke, un tel acteur s’appelle un « allié » et sa posture d’allié, dans un anglais barbare, « allyship ». Visiblement très à gauche et totalement woke, il a pondu sur Twitter un chef-d’œuvre de mauvaise foi, avec une syntaxe torturée, proclamant à qui veut l’entendre que : « en tant qu’homme blanc qui contribue à conduire les changements propulsés par l’engagement en faveur de la décolonisation de notre programme et en adoptant une approche antiraciste, j’espère pouvoir faire preuve des qualités d’un bon allié, mais je ne fais pas ça pour être louangé. Je ne le mérite pas. » En langage clair : « Je mérite des louanges. Ne soyez pas avares de compliments ! » 

On repère aisément de tels alliés – ou plutôt vendus. De la même façon que les autorités universitaires californiennes ont préféré capituler plutôt que de défendre Patton, les directeurs des musées et bibliothèques londoniens dénoncent leurs propres collections afin de se concilier les bonnes grâces des minorités. A la British Library, l’équivalent de la Bibliothèque nationale, la bibliothécaire en chef, Liz Jolly (blanche comme neige), affirme, dans une vidéo récente destinée aux salariés, que « le racisme est une création des Blancs. » Selon un groupe de travail créé par le personnel, le « daltonisme racial » (colour-blindness) – le refus de juger les personnes selon leur race – et la croyance en « une seule et unique famille humaine » constituent « une forme dissimulée de suprématie blanche. » En outre, le personnage de Mr Punch, l’équivalent du Guignol lyonnais, serait un symbole de la « violence coloniale », tandis que le bâtiment historique de la bibliothèque, dessinée par un architecte naval et présentant quelques fenêtres rondes qui ressemblent à des hublots, aurait l’apparence répréhensible d’un navire de guerre symbolisant l’impérialisme britannique. Sans parler d’une lettre contresignée par 200 salariés qui annonce qu’il y a « un état d’urgence raciale » à la bibliothèque et exige que les employés appartenant aux minorités ethniques aient un droit de regard sur toutes les suppressions de poste et certaines promotions touchant les membres de ces mêmes minorités. Dans la salle de lecture, l’espérance de vie des bustes de Mozart et de Mendelssohn serait en doute, car ils représenteraient une histoire de la musique excessivement blanche. Au Musée d’histoire naturelle, un audit interne a conclu que certains spécimens rapportés par Charles Darwin de son voyage historique aux Îles Galapagos pourraient se révéler problématiques car il s’agissait d’une expédition plus colonialiste que scientifique. Un document de réflexion par un des conservateurs soutient que tous les musées ont été créés afin de « légitimer une idéologie raciste. » Conclusion ? Il faut les « décoloniser. » Le directeur a proféré ces paroles aussi sinistres que lourds de sens : « Nous devons nous éduquer. » On se demande quelle forme une telle éducation peut bien revêtir.

Liz Jolly

Des Mères castratrices

Au mois d’août, la tranquillité relative de la saison des vacances a été troublée par l’histoire – relayée en France par nos confrères de Valeurs actuelles d’un laboratoire nucléaire travaillant pour le gouvernement américain. Un des salariés de ce laboratoire aurait été suspendu après avoir essayé de mener une véritable rébellion contre un programme de formation, non dépourvue de violence psychologique, destinée à libérer les employés blancs de leurs préjugés raciaux inconscients. Pour se faire une idée de la nature d’une telle formation, on n’a qu’à consulter une vidéo qui, quoique datant de 2017, a été partagée sur Twitter cette semaine. On y fait connaissance avec l’Américaine, Ashleigh Shackelford, qui se définit à la fois comme une « artiste multidisciplinaire » noire et « une métamorphe non-binaire ». D’apparence nettement féminine, de forme amplement maternelle, on la trouve dans une salle de formation en train d’informer son public que « tous les Blancs sont racistes » et que, plus surprenant quand même, « je crois que les Blancs sont nés pour ne pas être humains ». Le tableau blanc à côté d’elle exhibe son adresse PayPal pour permettre aux Blancs d’expier financièrement leur culpabilité. Car, à la fin, la question éthique se double toujours d’une question d’argent. 

Si on suit la Route de la folie en traversant à nouveau l’Atlantique, on peut mieux apprécier toute la dimension pécuniaire. Car on a appris cette semaine que le Parlement de Londres, la « mère des parlements », aurait payé pas loin d’un million d’euros de l’argent du contribuable afin de former les députés à la vision historique et au langage woke.

Une société de consultants, Challenge Consultancy, a ainsi révélé aux élus que, par exemple, l’usage de mots comme « dame » (lady) ou « retraité » (pensioner) constitue une offense. La fondatrice de la société, l’air très sympathique, maternelle, joviale, utilise une grande marionnette bleue pour incarner les préjugés inconscients dans des saynètes « humoristiques. » Certains parlementaires ont osé se plaindre d’être infantilisés. Presque 40 000 fonctionnaires, des salariés de la BBC et les membres du jury des Oscars auraient subi une rééducation similaire.

Capture d'écran du site dailymail.co.uk
Capture d’écran du site dailymail.co.uk

Tous des guignols

Enfin, cette semaine, le compte Twitter de l’ONU a posté un extrait d’un discours de son Secrétaire général, Antonio Guterres, selon lequel la crise du coronavirus a démontré que « des millénaires de patriarcat » ont créé « un monde et une culture dominés par les hommes et préjudiciables à tout le monde ». 

La folie tend donc à devenir planétaire. Peut-être que nous ne sommes tous que des marionnettes futiles qui, comme le dit le poète persan, Omar Khayyam, sur le Théâtre du temps faisons trois petits tours avant de retomber dans la boîte du néant. A cet égard, je crois bien à l’existence d’une seule et unique famille humaine.


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est directeur adjoint de la rédaction de Causeur.

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