Accueil Site Page 1210

Le Vendée Globe, une odyssée nationale

0

En cette période de crise sanitaire et de crise mentale, les marins français sont allés chercher à l’autre bout du monde un grand bol d’air frais et de liberté 


À observer les regards du public venu attendre les marins du Vendée Globe, il ne fait aucun doute que les émotions suscitées par cette course vont bien au-delà de l’exploit sportif. Après parfois des heures d’attente, voici les skippers qui nous reviennent, le visage émacié mais illuminé d’un intense bonheur, la silhouette dressée à la proue de leur esquif et brandissant des feux de Bengale tels des gladiateurs victorieux des assauts de Neptune. En remontant le chenal des Sables d’Olonne, ils ramènent dans leur sillage davantage encore qu’un parfum d’aventure aux relents chauds d’alizés : c’est le monde entier qu’ils nous offrent.

De l’odyssée spatiale à l’odyssée vendéenne…

Pour s’en convaincre, rapprochons donc la ferveur qui, depuis une semaine, s’empare de la foule au passage de chaque flottille croisant la ligne d’arrivée, des scènes de liesse qui accompagnèrent le retour d’un autre héros et voyageur extraordinaire : le cosmonaute soviétique Youri Gagarine, premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace en avril 1961. Comme nos navigateurs, Gagarine était à bord d’une petite capsule lorsqu’il a effectué une orbite complète autour de la Terre. Symbole du vertige pascalien, cet habitacle lui permettant à peine de se mouvoir était en même temps l’instrument grâce auquel il s’emparait du monde, le dominait en en faisant le tour. Ainsi, chaque Soviétique s’identifiait à Gagarine, seul et vulnérable comme un enfant dans un petit vaisseau qui n’est pas sans rappeler le sein maternel, et à la fois tout-puissant, maître de l’espace, premier homme de l’histoire de l’humanité à contempler la terre d’en haut. Les vidéos de son arrivée triomphale à Moscou montrent des gens venant par dizaines de milliers l’acclamer, massés sur des kilomètres le long des boulevards empruntés par son cortège. De même qu’aujourd’hui aux Sables d’Olonne soixante ans plus tard, on lit sur leur visage une émotion de l’ordre de la béatitude, mêlée à la fois de fierté et de reconnaissance pour cet être mi-homme et mi-dieu, pour ce double souriant et mythique d’eux-mêmes qui leur a conquis le monde. C’est comme s’ils avaient croisé la route d’un saint venu souffrir et, quelque part dans la stratosphère ou la solitude du point Nemo, intercéder auprès du Très-Haut pour leur salut, pour la gloire de tout un peuple.

A lire aussi: BD: Claire Bretécher est partie il y a un an déjà…

Il faut dire que chez nous les flots de champagne sabré par les marins qui posent le pied à terre coulent sur un sol rendu aride par deux siècles de défaites : de Waterloo à la débâcle de mai 1940, en passant par Sedan et Verdun, les Français ont à tel point oublié le goût de la victoire qu’un dérisoire match de football prit en 1998 des allures de libération nationale. Oui, les Français ont soif de victoire car on les en a privés depuis bien plus loin que se souviennent les mémoires. Or le Vendée Globe, c’est la victoire par excellence : celle de l’homme sur l’océan et les éléments, sur leur puissance et leur immensité, c’est la victoire de l’homme sur lui-même, bref, c’est la victoire de l’abnégation qui peut tout et redonne l’espérance.

La vérité du roi Jean

Mais à la différence de la victoire spatiale des Soviétiques, la victoire nautique des Français est bien moins une victoire technique qu’une victoire humaine, incarnée lors de cette édition par la personnalité hors-norme et attachante de Jean Le Cam. Celui que l’on surnomme le roi Jean a dominé la course avec majesté, donnant au jour le jour non des leçons mais des exemples de ses quartiers de noblesse morale : solidarité lors du sauvetage miraculeux de Kevin Escoffier, transmission de sa passion aux jeunes générations, courage, simplicité.

Mais comme dans le carnaval qui aime à allier les contraires – et Jean Le Cam lui-même revendique ce mélange en parlant d’une course des extrêmes –, la sagesse du roi coexiste chez lui avec la malice du bouffon ; ainsi, lors de sa conférence de presse d’arrivée, le marin connu pour son franc-parler a employé une langue vraie, populaire mais aussi redoutable de justesse, qui a littéralement fait voler en éclats les maux qui nous accablent, ici sur Terre. Parmi ceux-ci, la « conjecturologie », science aléatoire des bataillons d’experts estampillés, qui consiste à vouloir tout prévoir et à bannir le risque de nos vies. Jean Le Cam a balayé cette lubie contemporaine en répondant abruptement à une journaliste qui lui demandait quels étaient ses projets pour les prochaines semaines : « Je ne sais pas. Qu’est-ce que c’est bien de ne pas savoir ! » Il a également dénoncé la surenchère technologique de bateaux aux coûts faramineux qui ont finalement été supplantés par des équipages plus modestes mais plus robustes sur la longue distance et guidés, eux, par des valeurs humaines. L’œil rieur, il a raillé ses collègues skippers aux allures martiales, donnant sa préférence à des personnages certes moins avenants, imparfaits, humains trop humains dirait-on, mais dont la ténacité primaire a eu raison de l’adversité en mer : « Au final, ceux qui ont gagné c’est le vieux con [parlant de lui], le handicapé et le branleur » (sic) N’est-ce pas là un formidable pied de nez à la tyrannie des chargés de RH, en quête de profils lisses aux CV de robots réactifs et serviles à souhait ? À l’heure de l’impératif sanitaire du sans-contact, des communiqués aseptisés et des distances sociales, il s’est dit ému par la présence et la profondeur d’âme des courageux venus l’accueillir en pleine nuit sur la jetée. Pratiquant zélé de l’irrévérence, c’est hilare qu’il évoque l’appel téléphonique de l’Élysée après le sauvetage de Kevin Escoffier, au cours duquel il ne se serait pas gêné pour tancer « Manu » en lui rappelant un adage populaire.

Au-delà des brocards salutaires du roi Jean, la force du Vendée Globe est de faire souffler un vent nouveau sur notre pays et sur les esprits. Il y a un avant et un après la course. Et en cette période de confinement et d’asphyxie politique et mentale, les vérités que les marins sont allés chercher à l’autre bout du monde sont un grand bol d’air frais et de liberté : ils nous rappellent, tout d’abord, qu’il n’y a point de salut sans courage et sans l’affirmation farouche de ce que nous sommes. Enfin, ils nous montrent que c’est à l’aune du globe que se mesurent la grandeur de la France et la saveur de ses victoires.

Bolsonaro, l’ennemi idéal

0

« Arrêtez de dire des idioties, vous ne connaissez pas votre pays et vous n’arrêtez pas de donner votre opinion sur le Brésil » a récemment pesté le président brésilien contre Emmanuel Macron, lequel lui reprochait la déforestation de l’Amazonie. Comme il est facile de cracher sur Bolsonaro quand on est président de la République française, ministre ou grand patron!


Jair Bolsonaro n’est pas musulman donc on ne risque pas de voir les banlieues flamber.

Il n’est pas turc, donc il ne fera pas descendre les Loups Gris dans les rues de Strasbourg en guise de protestation.

Il n’est pas africain donc il ne nous accusera pas de néocolonialisme.

Il n’est pas de gauche donc il n’a personne pour le défendre dans les universités françaises et les rédactions parisiennes.

Mieux encore, c’est une cible idéale, une poupée enduite de miel dont la vocation est d’attirer inexorablement les abeilles. Tenez-vous bien – vous êtes assis j’espère ! – il est blanc et hétérosexuel. L’infâme gredin ! Il est aussi catholique, vous vous rendez compte ! Il y en a encore des catholiques qui se déclarent comme tels et font de la politique à haut niveau ! Bolsonaro en est un : péché inexpiable qui le disqualifie aux yeux du Pape argentin. L’épouse de Bolsonaro, Michelle, une belle blonde de 38 ans, est évangélique : quel crime impardonnable !  Elle aurait pu au moins avoir le bon goût de se déclarer animaliste ou végane, histoire d’envoyer les bons signaux (de soumission).

Il est pratique de vilipender Bolsonaro

Et cerise sur le gâteau, le Brésil c’est loin, très loin. On peut donc insulter Bolsonaro comme on veut, on est sûr qu’il n’enverra pas un croiseur harceler les navires français en Méditerranée. N’est pas Erdogan qui veut !

A lire aussi: Quand Mme Vanceunebrock (LREM) “libère sa parole”

Toutes ces raisons expliquent en quoi il est pratique de vilipender Bolsonaro, pas en quoi ça nous est utile voire indispensable.

Le crime de Bolsonaro est de ne pas faire partie de l’équipage du Titanic. Il refuse, comme Trump avant lui, de parier sur la fin de la civilisation occidentale et sa dissolution dans une espèce de kermesse woke.

En vérité, Bolsonaro a le malheur de dire des vérités que nous avons refoulées et déclarées illicites. Il est l’obstacle entre nous et notre désir le plus ardent : la décadence. C’est un empêcheur de « couler » en rond.

Plus on vilipende Bolsonaro, moins on se donne la chance d’écouter ce qu’il a à dire. Plus on l’accuse d’homophobie, de racisme et de destruction environnementale, moins on se pose la question de sa politique et de son bilan. On se fiche de qui il est et de ce qu’il pense, nous voulons être sûrs qu’il se taise. Le vrai ou le faux ne nous importent pas en ce qui concerne le Brésil, la seule chose qui compte est de cacher au peuple français qu’une autre politique est possible : qu’un président puisse dire non à certaines minorités et tendre une oreille attentive à d’autres (les autistes, les sourds-muets, les handicapés, les camionneurs) ; qu’il  puisse réclamer la réindustrialisation de son pays ; qu’il estime que l’école doit former des patriotes et non des repentants ; qu’il autorise les femmes à acheter une arme de poing pour se défendre contre les agressions ; qu’il s’arrête dans la rue pour bavarder avec des citoyens lambda sans craindre d’être lynché par les « gilets jaunes ».

Au Brésil, Marine Le Pen aurait ses chances

Alors, quand on a renoncé à cela, quand on conçoit l’action politique comme la promenade d’un eunuque dans un harem, on en veut à mort à Bolsonaro ! On veut l’effacer de la surface de la terre quitte à l’accuser de manger des enfants ou d’avoir crucifié Jésus il y a 2000 ans. Tout est bon pourvu qu’il se taise.

A lire aussi, du même auteur: Carrefour et le racisme imaginaire

Bolsonaro est, aux yeux de nos élites, une Marine Le Pen qui réussit. Notre nomenklatura voit en lui un démenti cinglant du discours habituel, celui du « vote utile » et du « après nous le déluge ». Depuis son accession au pouvoir, Bolsonaro ne s’est rendu coupable d’aucune attaque contre les homosexuels (les médias nous avaient promis des pogroms…), les femmes, les noirs ou les indiens. Mieux encore, la criminalité a fortement baissé (-25% des homicides en 2019), ce qui profite à tous les Brésiliens quelle que soit leur origine ou orientation sexuelle. Tout cela est une antithèse au mensonge qui sert de ciment à la nomenklatura française, ce mensonge consiste à diaboliser toute opposition réelle en la faisant passer pour fasciste. Nos élites sont assiégées, elles ont peur et se protègent derrière la digue nommée « front républicain ». Bolsonaro montre que cette digue n’est rien d’autre qu’un rideau de fumée. (Notez bien que je ne suis pas sûr que Marine Le Pen soit en mesure de dissiper ce rideau de fumée, mais cela est une autre histoire…)

Tel est le substrat mental de la relation franco-brésilienne actuelle. De la pure folie. Un mépris complet des intérêts économiques immenses de la France dans ce pays. Une gifle à la francophilie naturelle et spontanée des Brésiliens qui croient encore que la France ressemble à ce pays doux et paisible habité par Amélie Poulain (comme quoi, la désinformation fonctionne dans les deux sens…).

Balayons devant notre porte !

Un peu d’humilité nous ferait tous du bien. Au lieu de passer nos nerfs sur Bolsonaro, occupons-nous de ces lions en liberté que nous avons installés dans notre salon : l’islamisme, l’ensauvagement, la ruine de l’enseignement, la destruction de la gouvernance, pour ne citer que les cas les plus graves.

A lire aussi: Où va le populisme?

Alors bien entendu, nous sommes en droit de critiquer la politique environnementale de Bolsonaro, son manque de libéralisme sur le plan économique et tant d’autres choses. Mais, pour être crédibles, il faudrait d’abord reprendre nos esprits et balayer devant notre porte.

Comment osons-nous critiquer les Brésiliens à propos de l’Amazonie alors que nous ne sommes même pas capables de faire marcher des caméras de surveillance dans les cités sensibles de la banlieue parisienne ? Ces caméras se font attaquer au fusil à pompe et leurs mats sont coupés à la scie électrique, en pleine journée, au vu et au su des autorités. Il faut donc un sacré culot pour fustiger un agent forestier brésilien, isolé dans la forêt équatoriale au milieu de gangs armés jusqu’aux dents et qui travaillent pour les mafias internationales. (A ce propos, il faut dire une fois pour toutes que le déboisement sert à blanchir l’argent de la cocaïne, celle qui se vend à Paris notamment, car une forêt défrichée donne place à un pâturage qui abrite des vaches qui finissent à l’abattoir et se transforment en viande donc en facture en bonne et due forme).

Avant de pointer le Brésil du doigt, enlevons le bandeau qui nous couvre les yeux. Ça devient urgent.

Le «grand remplacement»: fantasme et réalités démographiques


Dans un ouvrage paru à l’automne 2020, le journaliste et auteur Marc Endenweld rapportait les confidences de plusieurs collaborateurs de l’Elysée affirmant que le président Emmanuel Macron reprenait régulièrement l’expression de « grand remplacement » lors de conversations avec ses équipes au sujet de l’immigration et de l’Islam[tooltips content= »https://www.valeursactuelles.com/politique/video-immigration-grand-remplacement-macron-reprend-en-prive-des-formules-deric-zemmour-et-renaud-camus-125953?page=3″](1)[/tooltips].


Pareille anecdote venue du sommet de l’Etat confirme à quel point ce concept, né dans les marges politiques et littéraires auxquelles certains auraient voulu le circonscrire, occupe désormais une place centrale dans le débat public. Forgée et popularisée par l’écrivain Renaud Camus dans un essai éponyme paru en 2011, la notion de « grand remplacement » hante désormais les éditoriaux, les réseaux sociaux comme les plateaux des grands médias audiovisuels, mais aussi les lieux de pouvoir et les simples discussions familiales.

Qu’il s’agisse de la défendre ou de la dénoncer avec virulence, rares sont les expressions capables de déchaîner autant de passions à leur seul emploi

Avec deux écueils majeurs: la difficulté à s’entendre sur ce que le « grand remplacement » est censé signifier, ainsi que l’absence souvent criante de données chiffrées ou de faits objectivables à l’appui des échanges.

Face aux approximations, aux interprétations partiales et aux affirmations péremptoires, il convient d’abord de préciser ce que cette notion recouvre, puis d’examiner les arguments concrets permettant de la récuser ou de l’appuyer dans des mesures variables.

Si l’on en trouve des échos dans des contextes antérieurs, la paternité de la notion de « grand remplacement » revient néanmoins à l’écrivain et essayiste Renaud Camus

Renaud Camus en avril 2019 à Plieux © Oleg Cetinic/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22336046_000005
Renaud Camus en avril 2019 à Plieux © Oleg Cetinic/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22336046_000005

En novembre 2019, France Culture proposait une série de podcasts intitulée « Grand Remplacement : un virus français »[tooltips content= »France Culture, Le grand remplacement, un virus français (1/5) : à l’origine du mythe »](2)[/tooltips]. Dans le premier des cinq épisodes, dédié à la recherche des origines historiques du concept, le journaliste et politologue Jean-Yves Camus rappelait qu’un écrivain nommé Danrit (en réalité le colonel Emile Driant) avait signé au début du XXème siècle deux romans d’anticipation dont les thèmes étaient respectivement « l’invasion jaune » et « l’invasion noire ». Il s’agissait de suggérer que ce type de représentation était antérieure à notre époque et aux écrits de Renaud Camus.

A lire aussi, Renaud Camus: «Une vérité n’est plus tout à fait une vérité s’il est interdit de la contester»

Plus récemment et dans une sphère plus politique, le terme de « remplacement » a été employé par l’Organisation des Nations Unies au début des années 2000 dans un rapport intitulé Migrations de remplacement : est-ce une solution à la diminution et au vieillissement de la population ?[tooltips content= »ONU, L’immigration de remplacement : est-ce une solution au vieillissement et au déclin démographique ?, 2001″](3)[/tooltips]. De ce document fort commenté depuis lors, certains ont conclu – de façon hâtive – que l’ONU préconisait la substitution d’une population jeune, originaire d’Afrique, aux populations vieillissantes d’Europe de l’Ouest. Le rapport ne dit pourtant pas exactement cela, puisqu’il précise que l’immigration ne peut être la seule solution aux changements démographiques en Europe occidentale, sauf à ce que celle-ci accepte d’accueillir 160 millions de migrants en cinquante ans.

Dans le contexte français contemporain, c’est en 2011 que l’essai Le Grand Remplacement de Renaud Camus lance ce terme sur la scène intellectuelle et politique – où il n’a cessé de gagner en attention depuis lors.

Contrairement aux idées reçues, la thèse de Renaud Camus n’est pas réductible à une théorie du complot mais comporte deux dimensions claires, l’une quantitative et l’autre qualitative

Dans ce livre comme dans le manifeste qu’il rédige par la suite en 2013[tooltips content= »Renaud Camus, Le changement de peuple, 2013″](4)[/tooltips], l’auteur défend l’idée selon laquelle la France et l’Europe connaissent un changement de population, qu’il résume de la façon suivante : « Pouvez-vous développer le concept de Grand Remplacement ? – Oh, c’est très simple : vous avez un peuple et presque d’un seul coup, en une génération, vous avez à sa place un ou plusieurs autres peuples. » [tooltips content= »Renaud Camus, Le Grand Remplacement, 2011″](5)[/tooltips]  Pour l’auteur, cela constitue « le choc le plus grave qu’ait connu notre patrie depuis le début de son histoire puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu’à son terme, l’histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre ».

Avec le « grand remplacement », Renaud Camus défend « une thèse à deux jambes » [tooltips content= »Interview de François Héran par Ivanne Trippenbach pour l’Opinion, 4 octobre 2019″](6)[/tooltips] selon François Héran, professeur au Collège de France et titulaire de la chaire Migrations et sociétés :

  • La première jambe est quantitative, elle se réfère aux flux migratoires et aux différentiels de fécondité ;
  • La seconde est qualitative et se réfère aux changements culturels au sein de la société française.

Pour compléter sa thèse, Renaud Camus évoque « le pouvoir remplaciste, celui qui désire et promeut le grand remplacement » comme le rappelle une émission diffusée à son sujet sur France Culture[tooltips content= »France Culture, Émission Le grand remplacement, un virus français (3/5) : Renaud Camus, 2019″](7)[/tooltips]. Pour cette raison, certains journalistes considèrent que la thèse de Camus est complotiste ou conspirationniste, ce dont l’auteur se défend en disant que la promotion de l’immigration par certaines catégories d’acteurs sert des intérêts économiques et politiques.

A-t-il raison ou a-t-il tort ? Quoi que l’on pense de cette affirmation, il paraît abusif d’en déduire que son auteur est complotiste. Pour s’en référer à deux exemples fameux : au début des années 1980, Georges Marchais considérait publiquement que l’immigration faisait pression à la baisse sur les salaires et pouvait ainsi servir les intérêts du patronat ; plus récemment, le think tank Terra Nova publiait une note intitulée « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 » dans laquelle il soulignait l’opportunité que constituait le vote d’origine immigrée pour le PS. Bien que leurs thèses aient été contestées, aucune accusation sérieuse de « conspirationnisme » n’a été portée contre le dirigeant communiste ou le groupe de réflexion social-démocrate.

Nous considérons que le débat autour de l’intentionnalité constitue un élément subsidiaire, qui ne forme pas le cœur du concept de « grand remplacement » et nous éloigne du débat véritable sur les faits (réels ou supposés) qu’il recouvre.

Si la série de France Culture qui lui fut consacrée[tooltips content= » France Culture, Le grand remplacement, un virus français (1/5) : à l’origine du mythe »](8)[/tooltips] a eu pour intérêt de placer ce sujet dans une perspective historique, elle n’a cependant apporté aucun élément quant au fond du propos. En ce sens, elle est révélatrice de l’approche partiale de certains médias : la radio publique considère l’idée du grand remplacement comme un « virus », une maladie à guérir et non une thèse à discuter.

« L’objectivité ne consiste pas à opposer des opinions contraires au cours d’un débat. Si les deux opinions reposent sur des informations fausses, quel est l’intérêt du débat ? […] La confrontation des incompétences n’a jamais remplacé la connaissance des faits. Le devoir de la presse est d’acquérir cette connaissance et de la transmettre » disait Jean-François Revel dans La connaissance inutile ; nous tâchons ci-dessous de fournir au lecteur les éléments du débat.

« Sinistre farce »[tooltips content= »Le Monde, « Le fantasme du « grand remplacement » démographique », 2014, consulté en juin 2020″](9)[/tooltips] pour le démographe Hervé Le Bras, « fantasme » [tooltips content= »Le Monde, « Le fantasme du « grand remplacement » démographique », 2014, consulté en juin 2020″](10)[/tooltips] pour le journaliste du Monde Frédéric Joignot ou encore « vaste fumisterie » pour le rédacteur d’une tribune dans Jeune Afrique[tooltips content= »Jeune Afrique, « Tribune La théorie du « grand remplacement », cette vaste fumisterie », 2019, consulté en juin 2020″](11)[/tooltips], que peut-on vraiment dire de la réalité du « grand remplacement » ?

La notion de grand remplacement englobe à la fois le processus de transformation rapide de la démographie française sous l’effet de l’immigration et la transformation de la société et des modes de vie qui en résulte

En 2017, Alain Finkielkraut recevait dans son émission Répliques [tooltips content= »France Culture, Répliques, “Le Grand déménagement du monde”, présenté par Alain Finkielkraut, avec Renaud Camus et Hervé Le Bras, 2017 : https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/le-grand-demenagement-du-monde-1 « ](12)[/tooltips] Hervé le Bras et Renaud Camus. Ce dernier déclarait alors : « Le grand remplacement n’a pas besoin de définition. Ce n’est pas un concept. C’est une réalité de tous les jours que les gens peuvent observer lorsqu’ils descendent dans la rue et prennent leur voiture ». Ce propos rapide nécessite néanmoins le rappel de quelques éléments factuels apportés par les défenseurs et contradicteurs de cette vision, afin que le lecteur puisse s’en forger une opinion informée.

Arguments et contre arguments

Les défenseurs de la thèse du grand remplacement considèrent que la population française se transforme rapidement et de façon croissante par une substitution de populations d’origine extra- européenne, essentiellement venues du Maghreb et d’Afrique, à la population française d’origine.

Deux principaux contre-arguments leur sont généralement opposés.

  1. D’abord, cela serait factuellement faux dans la mesure où moins de 10% de la population française serait immigrée : selon Le Monde, « les études de l’INSEE disent pourtant tout autre chose que les livres de Renaud Camus. Publiée en octobre 2012, “INSEE Référence – Immigrés et descendants d’immigrés en France” décompte ainsi 5,3 millions de personnes nées étrangères dans un pays étranger, soit 8% de la population».[tooltips content= »Le Monde, « Le fantasme du « grand remplacement » démographique », 2014, consulté en juin 2020″](13)[/tooltips]
  2. D’autre part, il y aurait un problème méthodologique fondamental puisque l’origine ne serait pas définissable. Interrogée par Le Monde, la démographe Pascale Breuil se demande ainsi : « jusqu’où faut-il remonter pour être considéré comme faisant partie du peuple français ». Elle conclut qu’il est « très difficile de définir qui est ou non d’origine française »[tooltips content= »Le Monde, « Le fantasme du « grand remplacement » démographique », 2014, consulté en juin 2020″](14)[/tooltips], invalidant ainsi le fait qu’une population se substitue à une autre.

Les arguments ne manquent pourtant pas pour étayer le constat d’une transformation rapide de la démographie française sous l’effet de l’immigration

L’importance des flux migratoires, couplée à la natalité des personnes immigrées ou d’origine immigrée, a eu pour conséquence que 11% de la population résidant en France soit immigrée en 2017 et que 25% soit d’origine immigrée – si l’on compte les enfants de la seconde génération issue de l’immigration -, selon les chiffres de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) publiés en octobre 2018.[tooltips content= »Cités par Jean-Paul Gourévitch dans Le grand remplacement : réalité ou intox ?, 2019, Pierre-Guillaume de Roux »](15)[/tooltips] Cela représente un quart de la population française. Nous sommes donc loin du « fantasme » évoqué par certains, d’autant plus qu’il s’agit là exclusivement de stocks – c’est-à-dire de ce qui est et non de ce qui sera à l’avenir, sous l’effet des flux migratoires et des naissances futures.

A lire aussi: Pétain et les Juifs: Zemmour relaxé

Or il convient de tenir compte du différentiel de fécondité entre les femmes descendantes d’autochtones (moins de 1,8 enfants par femme en moyenne en 2017), les femmes descendantes d’immigrés (2,02 enfants par femme en moyenne) et les femmes immigrés (2,73 enfants par femme en moyenne). Cette fécondité varie fortement selon l’origine des femmes : 3,6 enfants par femme en moyenne pour les immigrées algériennes, 3,5 enfants par femme pour les immigrées tunisiennes, 3,4 enfants par femme pour les immigrées marocaines et 3,1 enfants par femme pour les immigrées turques, ce qui est plus élevé que la fécondité de leurs pays d’origine (respectivement 3 ; 2,4 ; 2,2 ; 2,1)[tooltips content= »Interview de François Héran « La formule du grand remplacement se propage à la vitesse de la lumière » »](16)[/tooltips].

Le démographe François Héran affirme cependant qu’il serait erroné de croire que ces différentiels de fécondité soient figés dans le temps, car ceux-ci auraient tendance à se lisser sur le long terme[tooltips content= »Interview de François Héran « La formule du grand remplacement se propage à la vitesse de la lumière » »](17)[/tooltips]. Mais les effets cumulés de l’immigration et des différentiels de fécondité ont d’ores et déjà modifié la population française et continuent de le faire, comme le montre l’évolution de la composition des naissances. En vingt ans, entre 1998 et 2018, le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont français a ainsi baissé de 13,7%. Dans le même temps, le nombre de naissances d’enfants dont au moins un des parents est étranger a quant à lui augmenté de 63,6% et le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont étrangers a progressé de 43%[tooltips content= »Statistiques de l’état civil de l’INSEE et du document « T37BIS : Nés vivants selon la nationalité des parents (Union européenne à 28 ou non). Calculs : OID. https://observatoire-immigration.fr/natalite-et-immigration/ « ](18)[/tooltips]. En 2018, près d’un tiers des enfants nés (31,4%) ont au moins un parent né à l’étranger.

Commentant le résultat des projections de population d’origine étrangère dans les pays de l’UE adossées au scénario Convergence 2008-2060 d’Eurostat[tooltips content= »Eurostat, Fewer, older and multicultural ? Projections of the EU populations by foreign/national background, 2011″](19)[/tooltips], la démographe Michèle Tribalat précisait que dans certains pays, « les natifs au carré pourraient devenir minoritaires avant l’âge de 40 ans, d’ici 2060 » – natifs au carré désignant les personnes nées dans un pays de deux parents qui y sont nés également. S’il s’agit de projections démographiques – donc d’hypothèses -, Michèle Tribalat expliquait notamment ces résultats par « la conjonction d’une démographie interne peu dynamique et des soldes migratoires projetés qui donne une contribution aussi importante à l’immigration ».[tooltips content= »Interview de la démographe Michèle Tribalat par Rudy Reichstadt réalisée en 2017 et publiée dans Causeur en 2019, consulté en juin 2020″](20)[/tooltips]

Herve Le Bras, démographe mathématicien et historien français. Photographie réalisée le 22/03/2013 a l occasion du tournage de l émission "Ce soir, ou jamais!" sur France 2. 00656862_000014. BALTEL/SIPA.
Herve Le Bras, démographe mathématicien et historien français. Photographie réalisée le 22/03/2013 a l occasion du tournage de l émission « Ce soir, ou jamais! » sur France 2. 00656862_000014. BALTEL/SIPA.

L’autre contre-argument largement utilisé par les opposants à la notion de grand remplacement consiste à affirmer qu’il est impossible de définir qui est ou non d’origine française (Pascal Breuil). Cette objection est également fragile, surtout lorsqu’elle repose sur des approximations telles que celles d’Hervé Le Bras dans son livre Malaise dans l’identité[tooltips content= »Hervé Le Bras, Malaise dans l’identité. Notre identité ne peut être que dynamique, 2017, Actes Sud »](21)[/tooltips], où l’auteur assimile directement la défense de cette notion au racisme.

Les raccourcis problématiques d’Hervé Le Bras

Dans le chapitre II de son livre, intitulé « Race et Grand remplacement », Le Bras commet le raccourci de considérer que l’utilisation du terme de « remplacement » revient nécessairement à adopter une approche racialiste / biologique. L’auteur évoque pêle-mêle les idéologues racistes Gobineau et Vacher de Lapouge, en passant par certains théoriciens nazis. « Opposer des Français soi-disant de “souche” à des immigrés menaçant de les submerger, c’est supposer que les deux groupes constituent des races distinctes » (page 36).

A lire ensuite: Renaud Camus: «La liberté d’expression dans la France de 2020 n’est pas menacée: elle n’existe pas»

Si certains individus qui s’en réclament sont évidemment susceptibles de s’inscrire dans une perspective raciste, considérer que la notion elle-même est une « théorie raciste » apparaît fallacieux. Le concept de grand remplacement renvoie avant tout à une dimension culturelle, aux mœurs et aux modes de vie. C’est notamment ce qu’explique le professeur François Héran lorsqu’il évoque l’aspect « qualitatif » de cette thèse. Michèle Tribalat n’affirme pas autre chose lorsqu’elle déclare : « Il me semble que son succès [de la notion de grand remplacement] vient de son pouvoir d’évocation de certaines situations vécues. Elle a un sens figuré qui évoque l’effondrement d’un univers familier que vit, ou craint de vivre, une partie de la population française : disparition de commerces, et donc de produits auxquels elle est habituée, habitudes vestimentaires, mais aussi pratiques de civilité, modes de vie… »[tooltips content= »Causeur, « L’idée de grand remplacement évoque l’effondrement d’un univers familier que vit une partie de la population », Entretien avec la démographe Michèle Tribalat, 2017 et 2019, consulté en juin 2020″](22)[/tooltips]

Quant à l’argument selon lequel il serait difficile de définir qui est ou non d’origine française, l’éditorialiste Olivier Maulin répond : « très difficile dans les laboratoires de l’INSEE, serions-nous tentés d’ajouter, car sur cette question l’homme ordinaire, guidé par son instinct, éprouve beaucoup moins de difficulté à définir les choses, et ne s’embarrasse ni de concepts, ni d’idéologie, ni même de documents administratifs dûment estampillés, et pas plus de biologie, de « race ou de « pureté » imaginaires : est français celui qui a la nationalité française, bien sûr, pourvu qu’il vive selon les mœurs françaises ».[tooltips content= »Valeurs actuelles, Le “grand remplacement” en question par Olivier Maulin, 2019, consulté en juin 2020″](23)[/tooltips] Si l’on souhaite s’en tenir à une approche scientifique de l’ascendance, les “natifs au carré” de Michèle Tribalat fournissent par ailleurs un premier angle de vue.

A rebours des analyses fondées sur les lectures approximatives et le recours aux anathèmes, cet article aura tenté de présenter ce que recouvre la notion de grand remplacement, les arguments de ses défenseurs comme de ses contradicteurs ainsi que certaines des données essentielles au débat. Au lecteur – et au citoyen – de se faire sa propre opinion.

>>> Retrouvez l’intégralité des articles de l’Observatoire sur leur site http://observatoire-immigration.fr <<<

Explosion des «homicidités» et mutation de la violence en France

0

La France s’enlise dans une violence endémique. Alain Bauer a forgé un indicateur baptisé «homicidité», qui recompose en un puzzle cohérent ce que le ministère de l’Intérieur comptabilise de manière éparse (règlements de comptes entre malfaiteurs, homicides à l’occasion de vol, autres homicides, tentatives d’homicides à l’occasion de vols, autres tentatives d’homicides, coups et blessures volontaires suivis de mort etc.). Le criminologue observe que les «homicidités» ont bondi de 90% en France depuis vingt ans ! En augmentation, cette violence est également en train de muer… Analyse.


L’ensauvagement de notre société est un fait. Pour le comprendre, il faut à la fois éviter les généralités trop grossières, et les finasseries excessives qui masquent mal le refus de conclure et d’agir. Si les derniers travaux d’Alain Bauer tombent dans le premier travers, tout en mettant en évidence une tendance indéniable, nombre de critiques qui lui sont faites semblent, sous couvert de recherche de précision, avant tout rechigner à dire clairement des réalités gênantes.

D’abord, ce que tout le monde sait. La violence médiatisée l’été dernier – affrontements interethniques de Dijon, habitants de Palavas obligés de s’organiser en quasi-milice pour mettre fin aux exactions des « jeunes », débordements à la base de loisirs d’Étampes – aurait été quasiment inconcevable il y a trente ans. Ou au pire circonscrite à quelques agglomérations : Paris, Marseille, Lyon, Lille. Et même là, des agressions comparables à celle dont a été victime le jeune Yuriy étaient bien plus rares qu’aujourd’hui. Désormais, hélas, les « zones de non droit » sont généralisées, servant de point de départ aux activités de prédation d’une délinquance de plus en plus violente.

Des tensions ont eu lieu à Dijon au quartier des Grésilles, plusieurs voitures ont été incendiées après plusieurs jours de violences entre tchetchenes et des habitants du quartier. Un renfort de policiers est attendu sur place ainsi que la présence du RAID. Photo le 15 juin © DOLIDZE SABRINA/SIPA Numéro de reportage: 00967356_000003
Des tensions ont eu lieu à Dijon au quartier des Grésilles, plusieurs voitures ont été incendiées après plusieurs jours de violences entre tchetchenes et des habitants du quartier. Un renfort de policiers est attendu sur place ainsi que la présence du RAID. Photo le 15 juin 2020 © DOLIDZE SABRINA/SIPA Numéro de reportage: 00967356_000003

De nouveaux profils

Pour autant, dans d’autres domaines la violence diminue: qui se souvient des affrontements entre forces de l’ordre et sidérurgistes ou marins-pêcheurs sait que les manifestations d’aujourd’hui sont nettement moins dures. En revanche, les embuscades tendues aux patrouilles de police ou de gendarmerie se multiplient et sont passées du caillassage aux cocktails Molotov. Mutation de la violence : ceux qui agressent quotidiennement les forces de l’ordre n’ont pas du tout le même profil que les anciens sidérurgistes ou marins-pêcheurs.

La vision trop globale passe à côté de l’essentiel. Car la situation au regard de la délinquance, de la violence et de la valeur accordée à la vie humaine, n’est pas la même à Mayotte et en Vendée, dans le 16ème arrondissement et sur la « colline du crack ».

Il faut se pencher en détail sur le profil des auteurs comme des victimes, et se décider notamment à briser le tabou des statistiques ethniques. Les remarquables travaux du Dr.Maurice Berger sont éclairants, il est irresponsable de refuser de les prendre en compte au nom d’une posture idéologique hypocrite. Nous avons importé par centaines de milliers des personnes dont la culture banalise totalement la violence, voire la valorise pour établir une hiérarchie interne, et plus encore lorsqu’elle permet la prédation au bénéfice du groupe : famille, clan, quartier, etc. Il faut étudier la brutalité endémique des parents contre les enfants dans certains milieux, tout comme dans ces mêmes milieux la prégnance d’une violence sexuelle à laquelle nos pseudo-féministes feraient bien de s’attaquer plutôt que de déblatérer sur le « mansplaining » et l’écriture inclusive.

Il faut aussi mentionner la chute du mur de Berlin : ce ne sont pas Christiane Taubira et Eric Dupont-Moretti qui vont effrayer des réseaux criminels ayant survécu aux dictatures communistes, et qui se sont désormais installés à l’Ouest.

Policiers: sortez des bureaux!

Car il faut évoquer l’action – ou l’inaction – de l’État. Dispose-t-on de données consolidées sur le nombre d’heures que consacre chaque jour, en moyenne, un policier ou un gendarme à patrouiller ? Combien de temps lui prennent les tâches administratives ? Combien d’heures pour le respect tatillon du formalisme de la procédure pénale, et combien pour la recherche de la vérité ?

Il faut oser dire l’incurie notoire de l’institution judiciaire, et son absence totale d’efficacité dissuasive envers ce que l’on appelle les « délinquants d’habitude », c’est-à-dire les personnes qui ont choisi la délinquance comme mode de vie. Sentiment d’impunité qui encourage la violence des prédateurs mais accroît aussi la peur de victimes n’osant pas se défendre car elles savent qu’elles ne bénéficieront ni du soutien de l’État ni de la mansuétude des juges. Voilà le résultat de l’idéologie du juge Baudot, voilà ce qui arrive lorsque l’on punit plus sévèrement l’honnête citoyen qui se défend que le délinquant qui agresse. Impunité qui pousse également à la surenchère dans la violence pour faire étalage de sa « puissance » : théâtralisation et diffusion d’images via les réseaux sociaux, comme des chasseurs exhibant fièrement leurs trophées.

A lire aussi: Beauvau de la sécurité: mais à quoi sert le commissaire?

En même temps que la violence est de plus en plus ouvertement tolérée de la part des uns (présentés comme des « victimes de la société » – des inégalités sociales, du « racisme systémique », que sais-je – ce qui ne peut que les encourager dans leur agressivité) elle est aussi de plus en plus radicalement condamnée chez les autres, non seulement juridiquement mais aussi culturellement, ce qui désarme les victimes à la fois physiquement et psychologiquement.

C’est là qu’interviennent des différences culturelles majeures. Ainsi de la Corse, cas emblématique d’une situation où la population dans son ensemble sait encore se défendre. La fréquence plus élevée de certains types d’homicides ne doit pas masquer le fait que l’île est, dans l’ensemble, très sûre : le nombre de viols et d’agressions sexuelles (rapporté au nombre d’habitants) y est l’un des plus faibles de France, si ce n’est le plus faible.

Politique de la Ville: un tribut versé aux barbares?

C’est là aussi qu’il faudrait se pencher sur l’impact de la mort progressive des générations ayant connu la guerre (Seconde Guerre Mondiale surtout, Algérie, Indochine), et la montée en puissance de celles n’ayant même pas connu le service militaire. Je ne dispose pas des données qui me permettraient de l’affirmer avec certitude, mais je fais l’hypothèse suivante : le fait majeur des dernières décennies n’est ni une augmentation ni une diminution de la violence, mais plutôt une fracture toujours plus grande entre la part violente de la population et sa part non violente. Les uns hésitent de moins en moins à agresser, sous n’importe quel prétexte, les autres sont devenus incapables de se défendre, quel que soit le danger.

C’est très exactement la situation contre laquelle Ibn Khaldoun mettait en garde au 14ème siècle (les termes entre guillemets sont les siens) : une politique « impériale » visant à désarmer les « producteurs » pour les rendre dociles vis-à-vis du pouvoir en place et des collecteurs d’impôts, les laissant ainsi totalement vulnérables face aux « bédouins » violents et prédateurs. Et ces « bédouins » sont d’autant plus violents que la violence est radicalement condamnée par la culture « impériale », ce qui donne aux « bédouins » le sentiment d’être une élite guerrière de « vrais hommes » légitimement supérieurs à ces « producteurs » lâches et sans virilité, des loups dominant les moutons. La justice de « l’empire » s’abat implacablement sur les « producteurs » solvables, mais se montre d’une passivité coupable envers les « bédouins », se contentant de les maintenir à distance des lieux de vie des « élites » en considérant que les soumettre véritablement coûterait trop cher, ou du moins plus cher que cela ne rapporterait ensuite en termes de recettes fiscales.

Toute ressemblance avec un gouvernement qui envoie les forces de l’ordre contre les Gilets jaunes contribuables mais garde soigneusement ces mêmes forces de l’ordre en dehors des zones de non-droit où vivent les bénéficiaires d’allocations massives et de « politique de la ville » – nouvelle forme du « tribut versé aux barbares » – n’est pas fortuite. De même que la ressemblance avec une législation et une justice qui soutiennent les squatteurs contre les propriétaires…. Demandez-vous ceci : où se fait-on verbaliser pour non-respect du couvre-feu ou non-port du masque ? Dans quels quartiers ? Quelles populations sont véritablement soumises à ces contraintes, et quelles sont celles qui y échappent ?

Remettre la honte à sa juste place, se réarmer moralement

La lucidité d’Ibn Khaldoun est frappante, y compris dans ses mises en garde. Au stade où nous sommes succède toujours, selon lui, la prise de pouvoir par ceux qui n’ont pas renoncé à la violence, éventuellement après une période de chaos et de pillages généralisés : coup d’état militaire si l’armée n’a pas encore été « castrée », ou morcellement du territoire partagé entre chefs tribaux et « seigneurs de la guerre ».

Depuis les cités grecques tenant tête au Roi des Rois jusqu’à la « Nation en armes », on ne connaît qu’un seul moyen d’échapper à la fatalité que décrit Ibn Khaldoun : le réarmement moral du peuple dans son ensemble. La réhabilitation de la force comme rempart contre la violence, Athéna terrassant Arès, les chevaliers repoussant les pillards – mais sans se limiter à une élite chevaleresque : en mobilisant le peuple entier. Et cela suppose de commencer par rendre à notre peuple le sens de sa propre dignité, de sa légitimité à vivre et se défendre sur la terre de ses ancêtres, lui restituer dès le plus jeune âge sa fierté – de son histoire, de sa culture, de ses valeurs – et la conviction de son honneur. Remettre la honte à sa juste place, pour citer encore une fois l’excellent Maurice Berger. Arrêter de dire que le peuple français serait un coupable ontologique ou une relique d’un passé révolu, tandis que ses ennemis seraient nécessairement innocents et conformes au « sens de l’histoire » (cette excuse facile de ceux qui se laissent porter par les vents de la mode), et lui rendre le droit de désigner clairement ses agresseurs. Ainsi, et ainsi seulement, pourra-t-il relever la tête, dire « ça suffit », et triompher des prédateurs et charognards qui voudraient se partager sa dépouille, qu’il s’agisse des racailles, des spéculateurs prêts à le réduire à la misère et à vendre à la découpe son pays et ses droits, ou des aspirants dictateurs qui rêvent de lui imposer un totalitarisme racial ou religieux.

Hollywar, l’idéologie en 24 images/seconde

0

Cela fait un certain temps que je voulais rendre compte du livre de Pierre Conesa, Hollywar, paru en 2018 chez Robert Laffont. Sous-titré « Hollywood, arme de propagande massive », il décrit dans le détail, catégorie par catégorie, la façon dont, dès le départ, à l’aube du XXe siècle, la machine à filmer américaine a fabriqué le socle de l’Histoire et du pouvoir américains.

« Hollywood est la plus intelligente et la plus efficace machine à stéréotypes de l’histoire contemporaine », écrit l’auteur. Et d’analyser comment l’Amérique blanche s’est constituée cinématographiquement (et successivement) face aux Noirs, aux Peaux-Rouges, à « toutes les nuances de Jaune », puis globalement aux basanés (peu importe au cinéma hollywoodien que le méchant soit arabe ou iranien, pour le spectateur moyen, c’est pareil — ce qui doit faire hurler à Riyad ou à Téhéran), puis face aux Blancs nazis ou communistes (et, sous Bush Jr et Trump, le Français, nécessairement veule et lâche).

En vrai scientifique, l’auteur passe assez rapidement sur les chefs-d’œuvre, réservés au fond à une intelligentsia internationale qui compte peu, et s’intéresse aux films que voient effectivement les Américains : les « petits » films des années 1950, quand on avait deux bandes pour le prix d’une, ou les « blockbusters » des années 2000 font appel aux même réflexes : instiller la peur, désigner la menace (qui n’est pas toujours « fantôme », comme dans Star Wars), exalter l’homme de la rue et son bon sens américain — ce que Conesa appelle le héros « jacksonien » —, et « s’assurer que les films de guerre se terminent par la victoire ».

C’est ainsi que le Pont de la rivière Kwaï, inspiré d’un roman français qui se termine par l’échec de la mission, a été trituré de façon à ce que, providentiellement (ah, cette chute d’Alec Guinness sur le détonateur qui envoie le pont et le train dans la rivière, pile au bon moment !) l’histoire se termine bien : victoire du Bien, et grand massacre de Japonais.

L’objectif, dans cette nation qui a peu d’Histoire (cela fait quand même 500 ans qu’elle prétend sortir de l’œuf), est de faire de son cinéma une grande épopée collective. Le western a joué un rôle magistral dans cette réécriture du passé. Le film de guerre aussi : combien de guerres du Vietnam ont été gagnées sur l’écran ! En 1985 (cela ne fait jamais alors que dix ans que Saïgon est tombée), Sylvester Stallone (dans Rambo II, la Mission) entreprend de regagner la guerre à lui tout seul en allant délivrer des prisonniers de guerre. 300 millions de dollars de recettes (pour 25 de budget), cela donne une idée de la façon dont le film a été plébiscité.

Comme dit Conesa, quel film français aurait eu l’audace de montrer un commando retournant en Algérie après 1962 pour venger les soldats émasculés par le FLN ?

Et c’est là qu’une différence majeure apparaît entre la production française (la troisième au monde, rappelons-le, après les Américains et les Indiens de Bollywood) et la production américaine. Les Etats-Unis sont un pays « sûr de lui et dominateur », comme disait l’autre…  Un pays qui n’a pas rendu les armes à toutes les forces de dispersion et de désintégration auxquelles la France s’est livrée sans combattre. Le cinéma français, lui, s’occupe d’histoires sentimentales d’une mièvrerie insoutenable, de familles recomposées, d’Arabes et de Noirs maltraités par une police légèrement fascisante (à croire qu’Assa Traoré écrit des scénarios à la chaîne). Il ne s’intéresse plus à l’histoire millénaire de ce « cher et vieux pays » (cherchez donc le dernier film historique de poids), elle surfe sur l’actualité la plus vulgaire, ou maltraite de grands classiques : la presse spécialisée s’acharne ainsi à faire croire que Ladj Ly a pondu une version des Misérables supérieur à toutes celles qui l’ont précédée. Tapez « Les Misérables film » sur Google, et tout renvoie, sur les dix (!) premières pages, à l’œuvrette de Ly — avec une (et une seule) insertion pour celui de Robert Hossein avec Lino Ventira. « Un film qui bouscule la Macronie » titre l’Express — alors qu’en fait il la conforte, dans sa vision déshistoricisée et acculturée de l’Histoire de France. Du chef-d’œuvre de Raymond Bernard (1934) où jouait (entre autres) le pharamineux Harry Baur, aucune nouvelle.

Nous sommes honteux de notre histoire, honteux de notre rayonnement. Le français est la sixième langue la plus parlée dans le monde, mais nous répugnons désormais à l’enseigner, nous nous pâmons devant la façon dont on massacre la langue de Marivaux dans l’Esquive, qui se prétend une révision du Jeu de l’amour et du hasard — et il se trouve une foule de critiques pour nous assurer qu’Abdellatif Kechiche est un vrai metteur en scène. Pendons-les !

Non seulement nous ne savons plus faire de grands films, mais nous sommes incapables d’en faire d’efficaces. L’idéologie française est morte — et le pays avec elle. Nous avons exporté les Lumières aux quatre coins de la planète, mais nous devons nous en excuser. Nous avons inventé la galanterie, mais nous devons l’oublier. Nous avons aboli l’esclavage bien avant les Américains, mais nous devons nous flageller au souvenir des négriers nantais.

Pierre Conesa a certainement joué, en forgeant le néologisme « Hollywar », sur la proximité phonétique entre « holly », le houx, et « holy », saint / sainte. C’est bien une « Holywar » que mène l’Amérique contre tout ce qui voudrait la réduire. Les universités peuvent bien bruire d’invectives « woke », le grand public américain s’en fiche, il plébiscite les films qui glorifient le pays, il met des bannières étoilées dans toutes les classes, il entame le Super Bowl par un hymne national chanté par tous les joueurs la main sur le cœur — pendant que nous avons autorisé, nous, Christian  Karembeu à snober la Marseillaise, et que nous l’avons encore sélectionné après ce camouflet qui aurait dû le renvoyer à sa chère Nouvelle-Calédonie.

Nous avons renoncé — et si quelque chose le prouve, c’est l’écart entre la production  hollywoodienne, toujours dominante, et les raclures de bidet de la cinématographie française. Une décadence se repère aux démissions qu’elle tolère. Et les politiques de quotas qui se mettent en place — voir le très imbécile rapport de Pap Ndiaye sur l’introduction de la diversité à l’Opéra de Paris, le « cygne noir » de Tchaïkovski  aura désormais intérêt à l’être pour de bon — sont autant de courses à qui se fera le plus servile face à des idéologies qui n’ont pas peur de s’afficher comme telles. L’islam, par exemple.

Hollywar: Hollywood, arme de propagande massive

Price: ---

0 used & new available from

Démocratie, virus et procureurs

0

L’exercice solitaire du pouvoir en période de crise sanitaire nous transforme en enfants manipulés.


C’est étrange, tout de même, ce que devient la démocratie à l’époque de la pandémie. D’un côté, Emmanuel Macron. C’est lui et lui seul qui prend les décisions concernant, de l’autre côté, 66 millions de Français ou, pour reprendre ses propres termes, « 66 millions de procureurs ». Pour Emmanuel Macron, être inquiet des ratés du vaccin, se demander quelle est, au juste, la politique mise en œuvre pour contrer le virus, c’est être un procureur. On aurait plutôt eu tendance à penser, au contraire, qu’il s’agissait là, précisément, d’être ce qu’on appelait naguère un citoyen. 

Entre deux portes

Cet exercice solitaire du pouvoir a été poussé jusqu’à la caricature quand Macron, le  29 janvier, a décidé qu’il n’y aurait pas de reconfinement alors que ses propres ministres et la plupart des scientifiques concernés annonçaient le contraire depuis plusieurs jours. Il a même poussé, ce jour-là, le sadisme jusqu’à la caricature puisque c’est le Premier ministre qui a été chargé d’annoncer, entre deux portes, le statu quo alors que venait  de se tenir le Conseil de défense. Un Castex ectoplasmique, réduit à un simple collaborateur de second ordre. 

A lire aussi, Jeremy Stubbs: AstraZeneca: l’impérialisme ridicule de la Commission européenne

On peut s’interroger, nous, les procureurs, sur ce qui a motivé un tel choix. On nous a dit que les chiffres n’étaient pas si alarmants que ça, qu’une moyenne quotidienne de 25 000 contaminations et de 300 morts, c’était tenable. On rappellera par comparaison que 25 000 habitants, c’est tout de même une petite ville et que 300 morts, c’est l’équivalent d’un Airbus qui s’écraserait chaque jour.

Circulez, y a rien à voir !

Mais le président de la République avait décidé que. Mais le président de la République avait ordonné que. Mais le président de la République savait que. Mieux que tout le monde.  Circulez, y a rien à voir ! Même Delfraissy, le patron du Conseil scientifique, qui avait sonné le tocsin les jours précédents, mangeait son chapeau et déclarait, je cite, qu’ « on n’était pas à une semaine près. » On imagine difficilement comment aller plus loin dans l’autoritarisme et dans la manière de jouer avec les nerfs d’une population déjà épuisée psychiquement.

A lire aussi, Benoit Rayski: Voulez-vous savoir pourquoi Macron hésite à reconfiner? Regardez du côté des Pays-Bas!

Mais Macron ne se contente pas de montrer qu’il est « le maitre des horloges » selon la métaphore journalistique qui ne veut rien dire puisque, président ou simple citoyen, c’est le temps qui est notre seul vrai maître : on ne peut ni revenir dans ce passé qui nous semble si lointain – il y a pourtant à peine un an que nous vivons avec le virus- ni nous projeter plus vite dans un futur où nous nous retrouverions libérés de la pandémie dans une vie où l’on pourrait à nouveau se serrer la main, s’étreindre, se faire la bise, où l’on reverrait des amoureux à bouche que veux-tu sur les bancs publics chers à Brassens.

Les comités fantômes

Comble de l’hypocrisie, Macron veut en plus nous donner l’illusion, alors qu’il gouverne par ordonnances et que le parlement est devenu une chambre d’enregistrement pour procédures accélérées, que nous sommes toujours dans une démocratie. D’où les initiatives ridicules pour noyer le poisson comme ce comité de 35 citoyens pour évaluer la politique vaccinale. Un comité fantôme, dérisoire, déjà aux oubliettes, dont les avis n’auront guère plus d’effets que la Convention des 150 pour le climat.

Jamais une crise n’aura révélé à ce point ce que nous sommes devenus : ni des citoyens, ni des « procureurs » mais des enfants égarés par les rodomontades d’un monarque qui n’écoute plus que lui-même.

Vivonne

Price: ---

0 used & new available from

Assa Traoré nage en plein délire!

0

Les ignominies proférées contre la police par la sœur d’Adama Traoré dans « Jeune Afrique », ce sont d’abord des ignominies contre notre nation dont les forces de l’ordre sont l’une des incarnations républicaines. Pourquoi seules des paroles singulières, courageuses, osent-elles s’exprimer? Pourquoi le pouvoir, lui, a-t-il peur? 


« Oui nous sommes en danger, oui les noirs sont en danger, oui les arabes sont en danger, oui les personnes issues de l’immigration sont aussi en danger (…), meurent sous les violences et les coups de cette police… » Pour faire bonne mesure, cette litanie intègre, avec le même registre, « les gens du voyage » et la « communauté asiatique ». La police les tue tous.

A lire aussi: Assa Traoré lance un appel contre la France dans le magazine «Jeune Afrique»

Je n’invente pas. C’est Assa Traoré qui parle, il s’agit de la police et de la gendarmerie françaises, il s’agit de la France. Sur le site de Jeune Afrique, le vendredi 5 février.

La réplique cocasse de Mila

Ce sont des délires mais personne ne bronche. Le syndicalisme policier est muet. On ne peut se satisfaire de la seule réplique acerbe de Mila : « les jeunes filles blanches non plus (et je sais de quoi je parle !) ».

On ne saurait non plus abandonner la partie face à la défense d’une cause douteuse, celle de son frère Adama, au passé très imparfait, mort après s’être soustrait à une interpellation dans des conditions faisant encore l’objet d’une information. Les magistrats en charge semblent d’ailleurs tétanisés à l’idée de clôturer le dossier en prenant une décision quelle qu’elle soit. Ce sont des délires mais personne ne bronche.

L’insécurité des Asiatiques ne provient pas de la police…

Comme si Assa Traoré était protégée par ses propres énormités, à l’égard desquelles les outrances d’une Camélia Jordana sont quasiment des gracieusetés. La violoniste Zhang Zhang, en tout cas, a répondu à Assa Traoré sur la communauté asiatique: « c’est gentil à elle de se soucier de la communauté asiatique en France… comme elle l’a dit elle ne se sent pas en sécurité à cause de la criminalité croissante qui la vise mais cette violence anti-asiatique ne vient pas de la police ».

A lire aussi: Génération identitaire victime de la dissolution de BarakaCity

Pourquoi seules des paroles singulières, courageuses, osent-elles s’exprimer ? Pourquoi le pouvoir, lui, a-t-il peur ? On a bien compris que Gérald Darmanin avait envie de changer de registre. Moins vigoureux, plus « centriste ». Depuis longtemps – il le ressasse – on sait qu’il est un adversaire farouche du RN et tout récemment il s’en est pris à Génération identitaire qui il est vrai, aujourd’hui, représente un danger capital pour la République !! On aboutit à cet amer paradoxe que la haine des forces de l’ordre et de la France est davantage acceptée que l’amour parfois transgressif de notre pays. En réalité, Assa Traoré intimide une autorité de l’État pourtant fermement mobilisée pour des contraventions vénielles. Parce que, derrière elle, se trouvent des minorités décolonialistes, indigénistes, éprises de repentance (pour les autres), exécrant l’homme blanc, porteuses d’un féminisme vindicatif, violent et absurde décourageant toute lutte intelligente.

On laisse des militants salir notre France

Une extrême faiblesse se cache derrière ces abstentions et il serait plus courageux de sanctionner et d’interdire ces haineuses dénonciations, cette globalité honteuse que d’évoquer sept péchés capitaux pour le Beauvau de la sécurité en oubliant le huitième : la lâcheté absolue de l’Etat.

A lire aussi, Erwan Seznec: La vérité sur l’affaire Adama Traoré

Je devine ce qu’il y a de résignation, voire de réalisme condescendant à l’égard des délires d’Assa Traoré: on la connaît, elle disjoncte régulièrement, elle est lamentablement prévisible et au fond personne ne la suit, elle cultive jusqu’au paroxysme la folie française d’agonir d’injures la police, ça lui passera ! Cette attitude masque la réalité qui est de laisser à certains le droit d’humilier, de salir la France, de cracher, avec quelle acrimonie et virulence, sur un pays où ils vivent, manifestent. Ces ignominies contre la police, ce sont d’abord des ignominies contre notre nation dont les forces de l’ordre sont l’une des incarnations républicaines. Se taire, ne rien faire de la part des ministres, ne pas s’émouvoir pour la Justice – le droit de la presse et de la communication est pourtant si inventif quand il s’agit d’Eric Zemmour ! – validera une offensive pas seulement verbale : elle a une traduction dans les mille affrontements d’une société de moins en moins civilisée, qu’on laisse décliner même pas avec mauvaise conscience.

Assa Traoré aurait bien tort de se gêner. Une démocratie authentique (que ses contempteurs aillent se livrer aux mêmes procès en Chine ou en Russie et ils verront !) qui ne sait plus se faire respecter n’est plus à la longue respectable.

Richard Malka, le diable en tête


Un roman sur l’attrait du Mal, la volupté, l’amour de l’art? Captivé par le sexe et la mort, Richard Malka s’attache à donner une forme mythologique à quelque chose de sa vie intime.


 

Ce n’est pas un roman anodin.

Richard Malka écrit sans frein comme on se vide, comme on se venge, comme on s’exorcise de certains penchants.

Je doute qu’il devienne un jour un auteur scolaire entre Ronsard et Montaigne, c’est en revanche un conteur accompli. Dans la lignée d’Edgar Poe ou Barbey d’Aurevilly – on peut aussi songer au Parfum de Patrick Süskind – ce livre le montre avec brio, jusqu’à flirter hardiment avec l’outrance, le grand-guignol, le mélo, sans crainte de s’y brûler les ailes.

Son héros, Adrian von Gott, est un vampire qui dévore l’âme de ses victimes et s’abreuve de leurs désirs plus que de leur sang. Un mixte entre Nosferatu et Dorian Gray avec la puissance féerique (et la séduction) de Christophe Lambert dans Highlander ! Un dévoyé. Un maudit. Et peut-être plus encore un homme blessé, ivre d’étreindre et incapable d’aimer, dont le rêve inassouvi serait d’être enfin regardé avec douceur.

Il n’est pas si simple de s’arracher à son insomnie et de rompre avec la malédiction d’être né quand on est immortel ! Sa destinée ne sera qu’une fugue éperdue et maladive à travers le temps, de Venise à Constantinople, de Harlem à Samarcande. Un voyage intérieur puisqu’il lui est interdit de se quitter.

Richard Malka ne masque sa sensibilité que pour mieux l’exhiber ; il cède avec candeur à ses inclinations morbides en feignant de ne pas en être effaré ; il s’oblige à décrire non pas ce qu’il a vécu mais ce qu’il a subi dans son tréfonds, ce qu’il a imaginé, pour mieux nous dire qui il est. Bref, il écrit comme un jeune homme. A-t-il été comme son personnage un enfant laid et malingre, brimé par ses camarades et trop-aimé de ses parents ? Pourquoi celui-ci est-il si enclin à fuir ? D’où lui vient sa frénésie de collectionneur, son goût des sévices, sa rage d’en découdre ?

À sa façon, Richard Malka semble donner une forme surnaturelle, exagérément romanesque et symbolique, à quelque chose de sa vie intime – par une sorte d’atavisme de l’anxiété ?… Il oscille entre la science et la sorcellerie, l’Histoire et le fantastique, le sexe et la mort, comme pour élucider les sommations obscures qui le hantent. Son héros est moins un criminel qu’un aventurier, affublé d’un pouvoir ou d’un vice – d’une faille par où entre la lumière.

On sait que Richard Malka est avocat, par métier et par vocation. N’y a-t-il pas chez tout avocat, s’il est sérieux, un fanatique refoulé, un tueur d’opérette, un monstre capable de s’accointer rêveusement aux pires méfaits ? Et n’est-ce pas le privilège du romancier de s’ouvrir les veines pour de faux et de transformer ses perversions imaginaires en motifs délectables – si ça lui plaît ?

Richard Malka, Le Voleur d’amour, Grasset, 2021, 218 p.

Le voleur d'amour: roman

Price: ---

0 used & new available from

Quand Mme Vanceunebrock (LREM) “libère sa parole”

0

Dans l’hémicycle de notre Assemblée nationale, est-il maintenant permis d’être raciste et sexiste (et plus encore)?


Verrons-nous un jour un de nos députés apostropher une députée en commençant sa diatribe par les mots suivants : « Peut-être que pour Mme X, la situation ne s’est jamais présentée, puisque Mme X est une femme lesbienne (ou hétérosexuelle, ou transgenre), noire (ou blanche, ou “racisée”), athée (ou juive, ou musulmane)… » ? Il y a encore une semaine, nous aurions répondu que cela est inconcevable : dans le pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, aurions-nous dit, il n’est pas permis de désigner quelqu’un par sa couleur de peau, ou son orientation sexuelle, ou sa religion, pour imposer son point de vue et clore ainsi un débat politique en cours.

Sur le mâle blanc, on peut taper

Ce temps est révolu. Il y a quelques jours, à rebours de tous nos principes répubicains fondamentaux, Mme Vanceunebrock, députée LREM s’adressant au député LR Xavier Breton, lui a lancé : « Peut-être que pour monsieur Breton, la situation ne s’est jamais présentée, puisque monsieur Breton est un homme hétérosexuel, blanc, catholique, qui correspond finalement à tous les critères qui font les fondements de notre société judéo-chrétienne, donc je comprends de sa part qu’il s’agisse de quelque chose qu’il ne puisse pas entendre. » Dans quels livres savants Mme Vanceunebrock est-elle allée chercher que les « critères » d’hétérosexualité, de blancheur de la peau, ou de catholicité affichée fondent « notre société judéo-chrétienne » ? Nous ne le saurons sans doute jamais. La députée s’est contentée de reprendre la doxa en cours – l’homme blanc, hétéro, occidental est la cause de tous les maux – doxa qui fait le “fondement” des discours de certains mouvements LGBT, féministes ou “indigénistes”, et de nos nouveaux philosophes pseudo-humanistes, ex-footballeurs, chanteuses ou actrices. Elle a simplement ajouté une couche de vernis anti-catho pour parachever le portrait du « coupable presque parfait » (Pascal Bruckner).

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Camélia Jordana, ou le paradoxe de l’a-comédienne

Pourtant, nombre de belles âmes et de vigilants politiques ou artistiques ne cessent de nous le rappeler : spécifier la couleur de peau de son contradicteur, cela s’appelle du racisme. Spécifier son genre est stigmatisant. Spécifier son orientation sexuelle, cela s’appelle de la discrimination. Spécifier sa religion est une façon de stigmatiser le croyant en disqualifiant sa religion. Tous ces merveilleux principes ne semblent toutefois devoir s’appliquer que dans certaines circonstances et pour certains individus. On peut aujourd’hui être raciste en toute impunité, il suffit de bien choisir sa cible. Ou plutôt de bien choisir la couleur de sa cible. On peut aujourd’hui, dans l’hémicycle parlementaire, souligner l’orientation sexuelle d’un orateur pour le dénigrer, surtout si cette dernière est supposément le “fondement” d’un “système hétéro-normatif”, patriarcal et oppressif. Quant à l’homme (le mâle), il est devenu l’ennemi à abattre dans certains milieux dits de libération. S’il est inconvenant qu’un député réponde à une députée en stipulant le fait qu’elle est une femme et que, donc, elle ne sait pas de quoi elle parle, l’inverse devient tout à fait possible et, de fait, vient d’avoir lieu.

Le précédent Obono

Mme Vanceunebrock affiche fièrement son homosexualité et le fait de s’être rendue en Belgique pour bénéficier de la loi belge sur la PMA et avoir deux enfants. Que diraient nos ligues de vertu féministes ou LGBT, si un député mal embouché commençait d’interpeller Mme Vanceunebrock en pointant, goguenard, son homosexualité, son athéisme, sa situation socialement favorisée lui permettant d’aller faire en Belgique ce qui était encore illégal en France ? 

Nous n’avons pour le moment entendu aucun porte-parole de LFI ou du mouvement LGBT, aucun représentant d’association anti-raciste ou contre les discriminations en tous genres, dire son désaccord avec le procédé de cette députée consistant à distinguer le genre, l’orientation sexuelle, la couleur ou la religion de l’adversaire pour déconsidérer d’emblée ses arguments dans le cadre d’une discussion parlementaire. Les journaux les plus avertis n’ont pas rapporté l’incident. LREM ne bronche pas. Le président de la République n’a pas téléphoné à M. Breton. Il faudra s’en souvenir. 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Concours de beauté morale contre «Valeurs Actuelles»

Les mêmes avaient été tellement émus, avaient versé tant de larmes et poussé tant de cris lorsqu’il s’était agi d’une députée salie par le « racisme décomplexé » (Libération), poussée dans « les coulisses nauséabondes de Valeurs actuelles » (Les Inrocks), etc., qu’une manifestation avait été organisée pour défendre « les valeurs de la République » et pour lutter contre le racisme. Si soutien il y a eu en faveur de Xavier Breton, il a été si discret que nous n’en trouvons trace à peu près nulle part. Il semble donc acquis qu’on peut dorénavant s’adresser à un représentant du peuple en commençant, pour le discréditer, par rappeler son sexe, son genre, sa couleur de peau, son orientation sexuelle et sa religion. C’est bon à savoir. Et ça nous promet de belles joutes oratoires.

Jacques Attali contre la démocratisation de la finance


Comme souvent, Jacques Attali se plaint des conséquences d’un système qu’il a contribué à promouvoir.


Dans une tribune des Échos du 5 février (GameStop: après les fake news, la fake finance), Jacques Attali s’inquiète de l’influence grandissante des particuliers en bourse, après que ces derniers aient décidé de se coaliser contre un hedge fund (Melvin Capital) qui avait vendu le titre GameStop à découvert. Rappelons que la vente à découvert (short selling) est une technique financière consistant à emprunter un titre pour le vendre et le racheter plus bas afin de le rendre à son détenteur après avoir réalisé (dans le meilleur des cas) un bénéfice. Dans le cas contraire, si le titre s’envole, les pertes peuvent être illimitées car le short seller doit le racheter à n’importe quel prix.

Jacques Attali en juin 2019 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00914197_000048
Jacques Attali en juin 2019 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00914197_000048

Melvin Capital piégé par des boursicoteurs

C’est la mésaventure arrivée à Melvin Capital qui a dû racheter beaucoup plus haut le titre GameStop suite à l’achat massif d’investisseurs particuliers qui ont échangé leurs avis sur le forum Reddit. On ne peut donc sérieusement parler de « fake news » ni même de « fake finance », qui est plutôt l’apanage des investisseurs professionnels prêts à tout pour faire baisser un titre et précipiter la faillite d’une entreprise, allant même jusqu’à provoquer une crise financière (subprimes en 2008).

A lire aussi: Cameo: l’application qui permet à Chuck Norris ou Caitlyn Jenner d’arrondir les fins de mois

Pour Jacques Attali cependant, le risque vient des investisseurs particuliers: « la finance devient une activité de masse grâce à l’émergence d’applications simples permettant à chacun d’acquérir des titres  ». En effet, l’application de trading Robinhood permet de jouer en bourse à partir de son smartphone, sans frais. Les fondateurs de la plate-forme assurent même être « en mission pour démocratiser la finance ». Mais le conseiller politique y voit un danger: « cette alliance du digital et de la démocratisation ne pouvait que conduire, comme avec les médias, à l’émergence de grandes colères des petits contre les grands. » Peut-on pour autant parler de nouvelle lutte des classes? Il est possible qu’il existe une minorité d’investisseurs souhaitant exprimer leur colère, mais la grande majorité d’entre eux jouent en bourse pour une raison plus prosaïque : gagner de l’argent.

La bourse ubérisée?

Au fond, cette histoire boursière reste anecdotique. Pourtant, l’économiste parle de « ces lieux de rencontre » pouvant « saboter la confiance dans les marchés financiers » alors que le véritable risque ne vient pas de la fronde boursière menée par quelques particuliers contre des fonds spéculatifs, mais réside dans le déséquilibre financier créé et entretenu par les banques centrales qui manipulent les taux d’intérêt. Ainsi, les politiques monétaires de taux zéro pénalisent l’épargne, poussent les particuliers à rechercher davantage de rendement au prix d’un risque plus élevé, engendrent des bulles spéculatives, de l’endettement, et accroissent les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres.

A lire aussi, révélations: Anticor, tu perds ton sang-froid

Comme souvent, Jacques Attali se plaint des conséquences d’un système qu’il a contribué à promouvoir. En effet, la flambée spéculative autour de GameStop est le produit de l’uberisation (appliquée à la finance) et de l’action des banques centrales. Si l’éditorialiste voyait dans l’uberisation une « anecdote dans la robotisation », rappelant qu’il ne fallait pas « verser dans une censure anti-technologie», il critique désormais la digitalisation de la finance. Enfin, l’économiste a contribué à la rédaction du traité de Maastricht posant les fondements de l’euro et instituant la Banque Centrale Européenne, alimentant par sa politique monétaire des déséquilibres et des bulles sur les actifs. Le sage devrait ainsi méditer la phrase de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

Le Vendée Globe, une odyssée nationale

0

En cette période de crise sanitaire et de crise mentale, les marins français sont allés chercher à l’autre bout du monde un grand bol d’air frais et de liberté 


À observer les regards du public venu attendre les marins du Vendée Globe, il ne fait aucun doute que les émotions suscitées par cette course vont bien au-delà de l’exploit sportif. Après parfois des heures d’attente, voici les skippers qui nous reviennent, le visage émacié mais illuminé d’un intense bonheur, la silhouette dressée à la proue de leur esquif et brandissant des feux de Bengale tels des gladiateurs victorieux des assauts de Neptune. En remontant le chenal des Sables d’Olonne, ils ramènent dans leur sillage davantage encore qu’un parfum d’aventure aux relents chauds d’alizés : c’est le monde entier qu’ils nous offrent.

De l’odyssée spatiale à l’odyssée vendéenne…

Pour s’en convaincre, rapprochons donc la ferveur qui, depuis une semaine, s’empare de la foule au passage de chaque flottille croisant la ligne d’arrivée, des scènes de liesse qui accompagnèrent le retour d’un autre héros et voyageur extraordinaire : le cosmonaute soviétique Youri Gagarine, premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace en avril 1961. Comme nos navigateurs, Gagarine était à bord d’une petite capsule lorsqu’il a effectué une orbite complète autour de la Terre. Symbole du vertige pascalien, cet habitacle lui permettant à peine de se mouvoir était en même temps l’instrument grâce auquel il s’emparait du monde, le dominait en en faisant le tour. Ainsi, chaque Soviétique s’identifiait à Gagarine, seul et vulnérable comme un enfant dans un petit vaisseau qui n’est pas sans rappeler le sein maternel, et à la fois tout-puissant, maître de l’espace, premier homme de l’histoire de l’humanité à contempler la terre d’en haut. Les vidéos de son arrivée triomphale à Moscou montrent des gens venant par dizaines de milliers l’acclamer, massés sur des kilomètres le long des boulevards empruntés par son cortège. De même qu’aujourd’hui aux Sables d’Olonne soixante ans plus tard, on lit sur leur visage une émotion de l’ordre de la béatitude, mêlée à la fois de fierté et de reconnaissance pour cet être mi-homme et mi-dieu, pour ce double souriant et mythique d’eux-mêmes qui leur a conquis le monde. C’est comme s’ils avaient croisé la route d’un saint venu souffrir et, quelque part dans la stratosphère ou la solitude du point Nemo, intercéder auprès du Très-Haut pour leur salut, pour la gloire de tout un peuple.

A lire aussi: BD: Claire Bretécher est partie il y a un an déjà…

Il faut dire que chez nous les flots de champagne sabré par les marins qui posent le pied à terre coulent sur un sol rendu aride par deux siècles de défaites : de Waterloo à la débâcle de mai 1940, en passant par Sedan et Verdun, les Français ont à tel point oublié le goût de la victoire qu’un dérisoire match de football prit en 1998 des allures de libération nationale. Oui, les Français ont soif de victoire car on les en a privés depuis bien plus loin que se souviennent les mémoires. Or le Vendée Globe, c’est la victoire par excellence : celle de l’homme sur l’océan et les éléments, sur leur puissance et leur immensité, c’est la victoire de l’homme sur lui-même, bref, c’est la victoire de l’abnégation qui peut tout et redonne l’espérance.

La vérité du roi Jean

Mais à la différence de la victoire spatiale des Soviétiques, la victoire nautique des Français est bien moins une victoire technique qu’une victoire humaine, incarnée lors de cette édition par la personnalité hors-norme et attachante de Jean Le Cam. Celui que l’on surnomme le roi Jean a dominé la course avec majesté, donnant au jour le jour non des leçons mais des exemples de ses quartiers de noblesse morale : solidarité lors du sauvetage miraculeux de Kevin Escoffier, transmission de sa passion aux jeunes générations, courage, simplicité.

Mais comme dans le carnaval qui aime à allier les contraires – et Jean Le Cam lui-même revendique ce mélange en parlant d’une course des extrêmes –, la sagesse du roi coexiste chez lui avec la malice du bouffon ; ainsi, lors de sa conférence de presse d’arrivée, le marin connu pour son franc-parler a employé une langue vraie, populaire mais aussi redoutable de justesse, qui a littéralement fait voler en éclats les maux qui nous accablent, ici sur Terre. Parmi ceux-ci, la « conjecturologie », science aléatoire des bataillons d’experts estampillés, qui consiste à vouloir tout prévoir et à bannir le risque de nos vies. Jean Le Cam a balayé cette lubie contemporaine en répondant abruptement à une journaliste qui lui demandait quels étaient ses projets pour les prochaines semaines : « Je ne sais pas. Qu’est-ce que c’est bien de ne pas savoir ! » Il a également dénoncé la surenchère technologique de bateaux aux coûts faramineux qui ont finalement été supplantés par des équipages plus modestes mais plus robustes sur la longue distance et guidés, eux, par des valeurs humaines. L’œil rieur, il a raillé ses collègues skippers aux allures martiales, donnant sa préférence à des personnages certes moins avenants, imparfaits, humains trop humains dirait-on, mais dont la ténacité primaire a eu raison de l’adversité en mer : « Au final, ceux qui ont gagné c’est le vieux con [parlant de lui], le handicapé et le branleur » (sic) N’est-ce pas là un formidable pied de nez à la tyrannie des chargés de RH, en quête de profils lisses aux CV de robots réactifs et serviles à souhait ? À l’heure de l’impératif sanitaire du sans-contact, des communiqués aseptisés et des distances sociales, il s’est dit ému par la présence et la profondeur d’âme des courageux venus l’accueillir en pleine nuit sur la jetée. Pratiquant zélé de l’irrévérence, c’est hilare qu’il évoque l’appel téléphonique de l’Élysée après le sauvetage de Kevin Escoffier, au cours duquel il ne se serait pas gêné pour tancer « Manu » en lui rappelant un adage populaire.

Au-delà des brocards salutaires du roi Jean, la force du Vendée Globe est de faire souffler un vent nouveau sur notre pays et sur les esprits. Il y a un avant et un après la course. Et en cette période de confinement et d’asphyxie politique et mentale, les vérités que les marins sont allés chercher à l’autre bout du monde sont un grand bol d’air frais et de liberté : ils nous rappellent, tout d’abord, qu’il n’y a point de salut sans courage et sans l’affirmation farouche de ce que nous sommes. Enfin, ils nous montrent que c’est à l’aune du globe que se mesurent la grandeur de la France et la saveur de ses victoires.

Bolsonaro, l’ennemi idéal

0
Jair Bolsonaro et sa femme Michelle, Brasilia, janvier 2019 © MARCELO SAYAO/EFE/SIPA Numéro de reportage : 00889520_000014

« Arrêtez de dire des idioties, vous ne connaissez pas votre pays et vous n’arrêtez pas de donner votre opinion sur le Brésil » a récemment pesté le président brésilien contre Emmanuel Macron, lequel lui reprochait la déforestation de l’Amazonie. Comme il est facile de cracher sur Bolsonaro quand on est président de la République française, ministre ou grand patron!


Jair Bolsonaro n’est pas musulman donc on ne risque pas de voir les banlieues flamber.

Il n’est pas turc, donc il ne fera pas descendre les Loups Gris dans les rues de Strasbourg en guise de protestation.

Il n’est pas africain donc il ne nous accusera pas de néocolonialisme.

Il n’est pas de gauche donc il n’a personne pour le défendre dans les universités françaises et les rédactions parisiennes.

Mieux encore, c’est une cible idéale, une poupée enduite de miel dont la vocation est d’attirer inexorablement les abeilles. Tenez-vous bien – vous êtes assis j’espère ! – il est blanc et hétérosexuel. L’infâme gredin ! Il est aussi catholique, vous vous rendez compte ! Il y en a encore des catholiques qui se déclarent comme tels et font de la politique à haut niveau ! Bolsonaro en est un : péché inexpiable qui le disqualifie aux yeux du Pape argentin. L’épouse de Bolsonaro, Michelle, une belle blonde de 38 ans, est évangélique : quel crime impardonnable !  Elle aurait pu au moins avoir le bon goût de se déclarer animaliste ou végane, histoire d’envoyer les bons signaux (de soumission).

Il est pratique de vilipender Bolsonaro

Et cerise sur le gâteau, le Brésil c’est loin, très loin. On peut donc insulter Bolsonaro comme on veut, on est sûr qu’il n’enverra pas un croiseur harceler les navires français en Méditerranée. N’est pas Erdogan qui veut !

A lire aussi: Quand Mme Vanceunebrock (LREM) “libère sa parole”

Toutes ces raisons expliquent en quoi il est pratique de vilipender Bolsonaro, pas en quoi ça nous est utile voire indispensable.

Le crime de Bolsonaro est de ne pas faire partie de l’équipage du Titanic. Il refuse, comme Trump avant lui, de parier sur la fin de la civilisation occidentale et sa dissolution dans une espèce de kermesse woke.

En vérité, Bolsonaro a le malheur de dire des vérités que nous avons refoulées et déclarées illicites. Il est l’obstacle entre nous et notre désir le plus ardent : la décadence. C’est un empêcheur de « couler » en rond.

Plus on vilipende Bolsonaro, moins on se donne la chance d’écouter ce qu’il a à dire. Plus on l’accuse d’homophobie, de racisme et de destruction environnementale, moins on se pose la question de sa politique et de son bilan. On se fiche de qui il est et de ce qu’il pense, nous voulons être sûrs qu’il se taise. Le vrai ou le faux ne nous importent pas en ce qui concerne le Brésil, la seule chose qui compte est de cacher au peuple français qu’une autre politique est possible : qu’un président puisse dire non à certaines minorités et tendre une oreille attentive à d’autres (les autistes, les sourds-muets, les handicapés, les camionneurs) ; qu’il  puisse réclamer la réindustrialisation de son pays ; qu’il estime que l’école doit former des patriotes et non des repentants ; qu’il autorise les femmes à acheter une arme de poing pour se défendre contre les agressions ; qu’il s’arrête dans la rue pour bavarder avec des citoyens lambda sans craindre d’être lynché par les « gilets jaunes ».

Au Brésil, Marine Le Pen aurait ses chances

Alors, quand on a renoncé à cela, quand on conçoit l’action politique comme la promenade d’un eunuque dans un harem, on en veut à mort à Bolsonaro ! On veut l’effacer de la surface de la terre quitte à l’accuser de manger des enfants ou d’avoir crucifié Jésus il y a 2000 ans. Tout est bon pourvu qu’il se taise.

A lire aussi, du même auteur: Carrefour et le racisme imaginaire

Bolsonaro est, aux yeux de nos élites, une Marine Le Pen qui réussit. Notre nomenklatura voit en lui un démenti cinglant du discours habituel, celui du « vote utile » et du « après nous le déluge ». Depuis son accession au pouvoir, Bolsonaro ne s’est rendu coupable d’aucune attaque contre les homosexuels (les médias nous avaient promis des pogroms…), les femmes, les noirs ou les indiens. Mieux encore, la criminalité a fortement baissé (-25% des homicides en 2019), ce qui profite à tous les Brésiliens quelle que soit leur origine ou orientation sexuelle. Tout cela est une antithèse au mensonge qui sert de ciment à la nomenklatura française, ce mensonge consiste à diaboliser toute opposition réelle en la faisant passer pour fasciste. Nos élites sont assiégées, elles ont peur et se protègent derrière la digue nommée « front républicain ». Bolsonaro montre que cette digue n’est rien d’autre qu’un rideau de fumée. (Notez bien que je ne suis pas sûr que Marine Le Pen soit en mesure de dissiper ce rideau de fumée, mais cela est une autre histoire…)

Tel est le substrat mental de la relation franco-brésilienne actuelle. De la pure folie. Un mépris complet des intérêts économiques immenses de la France dans ce pays. Une gifle à la francophilie naturelle et spontanée des Brésiliens qui croient encore que la France ressemble à ce pays doux et paisible habité par Amélie Poulain (comme quoi, la désinformation fonctionne dans les deux sens…).

Balayons devant notre porte !

Un peu d’humilité nous ferait tous du bien. Au lieu de passer nos nerfs sur Bolsonaro, occupons-nous de ces lions en liberté que nous avons installés dans notre salon : l’islamisme, l’ensauvagement, la ruine de l’enseignement, la destruction de la gouvernance, pour ne citer que les cas les plus graves.

A lire aussi: Où va le populisme?

Alors bien entendu, nous sommes en droit de critiquer la politique environnementale de Bolsonaro, son manque de libéralisme sur le plan économique et tant d’autres choses. Mais, pour être crédibles, il faudrait d’abord reprendre nos esprits et balayer devant notre porte.

Comment osons-nous critiquer les Brésiliens à propos de l’Amazonie alors que nous ne sommes même pas capables de faire marcher des caméras de surveillance dans les cités sensibles de la banlieue parisienne ? Ces caméras se font attaquer au fusil à pompe et leurs mats sont coupés à la scie électrique, en pleine journée, au vu et au su des autorités. Il faut donc un sacré culot pour fustiger un agent forestier brésilien, isolé dans la forêt équatoriale au milieu de gangs armés jusqu’aux dents et qui travaillent pour les mafias internationales. (A ce propos, il faut dire une fois pour toutes que le déboisement sert à blanchir l’argent de la cocaïne, celle qui se vend à Paris notamment, car une forêt défrichée donne place à un pâturage qui abrite des vaches qui finissent à l’abattoir et se transforment en viande donc en facture en bonne et due forme).

Avant de pointer le Brésil du doigt, enlevons le bandeau qui nous couvre les yeux. Ça devient urgent.

Le «grand remplacement»: fantasme et réalités démographiques


Dans un ouvrage paru à l’automne 2020, le journaliste et auteur Marc Endenweld rapportait les confidences de plusieurs collaborateurs de l’Elysée affirmant que le président Emmanuel Macron reprenait régulièrement l’expression de « grand remplacement » lors de conversations avec ses équipes au sujet de l’immigration et de l’Islam[tooltips content= »https://www.valeursactuelles.com/politique/video-immigration-grand-remplacement-macron-reprend-en-prive-des-formules-deric-zemmour-et-renaud-camus-125953?page=3″](1)[/tooltips].


Pareille anecdote venue du sommet de l’Etat confirme à quel point ce concept, né dans les marges politiques et littéraires auxquelles certains auraient voulu le circonscrire, occupe désormais une place centrale dans le débat public. Forgée et popularisée par l’écrivain Renaud Camus dans un essai éponyme paru en 2011, la notion de « grand remplacement » hante désormais les éditoriaux, les réseaux sociaux comme les plateaux des grands médias audiovisuels, mais aussi les lieux de pouvoir et les simples discussions familiales.

Qu’il s’agisse de la défendre ou de la dénoncer avec virulence, rares sont les expressions capables de déchaîner autant de passions à leur seul emploi

Avec deux écueils majeurs: la difficulté à s’entendre sur ce que le « grand remplacement » est censé signifier, ainsi que l’absence souvent criante de données chiffrées ou de faits objectivables à l’appui des échanges.

Face aux approximations, aux interprétations partiales et aux affirmations péremptoires, il convient d’abord de préciser ce que cette notion recouvre, puis d’examiner les arguments concrets permettant de la récuser ou de l’appuyer dans des mesures variables.

Si l’on en trouve des échos dans des contextes antérieurs, la paternité de la notion de « grand remplacement » revient néanmoins à l’écrivain et essayiste Renaud Camus

Renaud Camus en avril 2019 à Plieux © Oleg Cetinic/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22336046_000005
Renaud Camus en avril 2019 à Plieux © Oleg Cetinic/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22336046_000005

En novembre 2019, France Culture proposait une série de podcasts intitulée « Grand Remplacement : un virus français »[tooltips content= »France Culture, Le grand remplacement, un virus français (1/5) : à l’origine du mythe »](2)[/tooltips]. Dans le premier des cinq épisodes, dédié à la recherche des origines historiques du concept, le journaliste et politologue Jean-Yves Camus rappelait qu’un écrivain nommé Danrit (en réalité le colonel Emile Driant) avait signé au début du XXème siècle deux romans d’anticipation dont les thèmes étaient respectivement « l’invasion jaune » et « l’invasion noire ». Il s’agissait de suggérer que ce type de représentation était antérieure à notre époque et aux écrits de Renaud Camus.

A lire aussi, Renaud Camus: «Une vérité n’est plus tout à fait une vérité s’il est interdit de la contester»

Plus récemment et dans une sphère plus politique, le terme de « remplacement » a été employé par l’Organisation des Nations Unies au début des années 2000 dans un rapport intitulé Migrations de remplacement : est-ce une solution à la diminution et au vieillissement de la population ?[tooltips content= »ONU, L’immigration de remplacement : est-ce une solution au vieillissement et au déclin démographique ?, 2001″](3)[/tooltips]. De ce document fort commenté depuis lors, certains ont conclu – de façon hâtive – que l’ONU préconisait la substitution d’une population jeune, originaire d’Afrique, aux populations vieillissantes d’Europe de l’Ouest. Le rapport ne dit pourtant pas exactement cela, puisqu’il précise que l’immigration ne peut être la seule solution aux changements démographiques en Europe occidentale, sauf à ce que celle-ci accepte d’accueillir 160 millions de migrants en cinquante ans.

Dans le contexte français contemporain, c’est en 2011 que l’essai Le Grand Remplacement de Renaud Camus lance ce terme sur la scène intellectuelle et politique – où il n’a cessé de gagner en attention depuis lors.

Contrairement aux idées reçues, la thèse de Renaud Camus n’est pas réductible à une théorie du complot mais comporte deux dimensions claires, l’une quantitative et l’autre qualitative

Dans ce livre comme dans le manifeste qu’il rédige par la suite en 2013[tooltips content= »Renaud Camus, Le changement de peuple, 2013″](4)[/tooltips], l’auteur défend l’idée selon laquelle la France et l’Europe connaissent un changement de population, qu’il résume de la façon suivante : « Pouvez-vous développer le concept de Grand Remplacement ? – Oh, c’est très simple : vous avez un peuple et presque d’un seul coup, en une génération, vous avez à sa place un ou plusieurs autres peuples. » [tooltips content= »Renaud Camus, Le Grand Remplacement, 2011″](5)[/tooltips]  Pour l’auteur, cela constitue « le choc le plus grave qu’ait connu notre patrie depuis le début de son histoire puisque, si le changement de peuple et de civilisation, déjà tellement avancé, est mené jusqu’à son terme, l’histoire qui continuera ne sera plus la sienne, ni la nôtre ».

Avec le « grand remplacement », Renaud Camus défend « une thèse à deux jambes » [tooltips content= »Interview de François Héran par Ivanne Trippenbach pour l’Opinion, 4 octobre 2019″](6)[/tooltips] selon François Héran, professeur au Collège de France et titulaire de la chaire Migrations et sociétés :

  • La première jambe est quantitative, elle se réfère aux flux migratoires et aux différentiels de fécondité ;
  • La seconde est qualitative et se réfère aux changements culturels au sein de la société française.

Pour compléter sa thèse, Renaud Camus évoque « le pouvoir remplaciste, celui qui désire et promeut le grand remplacement » comme le rappelle une émission diffusée à son sujet sur France Culture[tooltips content= »France Culture, Émission Le grand remplacement, un virus français (3/5) : Renaud Camus, 2019″](7)[/tooltips]. Pour cette raison, certains journalistes considèrent que la thèse de Camus est complotiste ou conspirationniste, ce dont l’auteur se défend en disant que la promotion de l’immigration par certaines catégories d’acteurs sert des intérêts économiques et politiques.

A-t-il raison ou a-t-il tort ? Quoi que l’on pense de cette affirmation, il paraît abusif d’en déduire que son auteur est complotiste. Pour s’en référer à deux exemples fameux : au début des années 1980, Georges Marchais considérait publiquement que l’immigration faisait pression à la baisse sur les salaires et pouvait ainsi servir les intérêts du patronat ; plus récemment, le think tank Terra Nova publiait une note intitulée « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 » dans laquelle il soulignait l’opportunité que constituait le vote d’origine immigrée pour le PS. Bien que leurs thèses aient été contestées, aucune accusation sérieuse de « conspirationnisme » n’a été portée contre le dirigeant communiste ou le groupe de réflexion social-démocrate.

Nous considérons que le débat autour de l’intentionnalité constitue un élément subsidiaire, qui ne forme pas le cœur du concept de « grand remplacement » et nous éloigne du débat véritable sur les faits (réels ou supposés) qu’il recouvre.

Si la série de France Culture qui lui fut consacrée[tooltips content= » France Culture, Le grand remplacement, un virus français (1/5) : à l’origine du mythe »](8)[/tooltips] a eu pour intérêt de placer ce sujet dans une perspective historique, elle n’a cependant apporté aucun élément quant au fond du propos. En ce sens, elle est révélatrice de l’approche partiale de certains médias : la radio publique considère l’idée du grand remplacement comme un « virus », une maladie à guérir et non une thèse à discuter.

« L’objectivité ne consiste pas à opposer des opinions contraires au cours d’un débat. Si les deux opinions reposent sur des informations fausses, quel est l’intérêt du débat ? […] La confrontation des incompétences n’a jamais remplacé la connaissance des faits. Le devoir de la presse est d’acquérir cette connaissance et de la transmettre » disait Jean-François Revel dans La connaissance inutile ; nous tâchons ci-dessous de fournir au lecteur les éléments du débat.

« Sinistre farce »[tooltips content= »Le Monde, « Le fantasme du « grand remplacement » démographique », 2014, consulté en juin 2020″](9)[/tooltips] pour le démographe Hervé Le Bras, « fantasme » [tooltips content= »Le Monde, « Le fantasme du « grand remplacement » démographique », 2014, consulté en juin 2020″](10)[/tooltips] pour le journaliste du Monde Frédéric Joignot ou encore « vaste fumisterie » pour le rédacteur d’une tribune dans Jeune Afrique[tooltips content= »Jeune Afrique, « Tribune La théorie du « grand remplacement », cette vaste fumisterie », 2019, consulté en juin 2020″](11)[/tooltips], que peut-on vraiment dire de la réalité du « grand remplacement » ?

La notion de grand remplacement englobe à la fois le processus de transformation rapide de la démographie française sous l’effet de l’immigration et la transformation de la société et des modes de vie qui en résulte

En 2017, Alain Finkielkraut recevait dans son émission Répliques [tooltips content= »France Culture, Répliques, “Le Grand déménagement du monde”, présenté par Alain Finkielkraut, avec Renaud Camus et Hervé Le Bras, 2017 : https://www.franceculture.fr/emissions/repliques/le-grand-demenagement-du-monde-1 « ](12)[/tooltips] Hervé le Bras et Renaud Camus. Ce dernier déclarait alors : « Le grand remplacement n’a pas besoin de définition. Ce n’est pas un concept. C’est une réalité de tous les jours que les gens peuvent observer lorsqu’ils descendent dans la rue et prennent leur voiture ». Ce propos rapide nécessite néanmoins le rappel de quelques éléments factuels apportés par les défenseurs et contradicteurs de cette vision, afin que le lecteur puisse s’en forger une opinion informée.

Arguments et contre arguments

Les défenseurs de la thèse du grand remplacement considèrent que la population française se transforme rapidement et de façon croissante par une substitution de populations d’origine extra- européenne, essentiellement venues du Maghreb et d’Afrique, à la population française d’origine.

Deux principaux contre-arguments leur sont généralement opposés.

  1. D’abord, cela serait factuellement faux dans la mesure où moins de 10% de la population française serait immigrée : selon Le Monde, « les études de l’INSEE disent pourtant tout autre chose que les livres de Renaud Camus. Publiée en octobre 2012, “INSEE Référence – Immigrés et descendants d’immigrés en France” décompte ainsi 5,3 millions de personnes nées étrangères dans un pays étranger, soit 8% de la population».[tooltips content= »Le Monde, « Le fantasme du « grand remplacement » démographique », 2014, consulté en juin 2020″](13)[/tooltips]
  2. D’autre part, il y aurait un problème méthodologique fondamental puisque l’origine ne serait pas définissable. Interrogée par Le Monde, la démographe Pascale Breuil se demande ainsi : « jusqu’où faut-il remonter pour être considéré comme faisant partie du peuple français ». Elle conclut qu’il est « très difficile de définir qui est ou non d’origine française »[tooltips content= »Le Monde, « Le fantasme du « grand remplacement » démographique », 2014, consulté en juin 2020″](14)[/tooltips], invalidant ainsi le fait qu’une population se substitue à une autre.

Les arguments ne manquent pourtant pas pour étayer le constat d’une transformation rapide de la démographie française sous l’effet de l’immigration

L’importance des flux migratoires, couplée à la natalité des personnes immigrées ou d’origine immigrée, a eu pour conséquence que 11% de la population résidant en France soit immigrée en 2017 et que 25% soit d’origine immigrée – si l’on compte les enfants de la seconde génération issue de l’immigration -, selon les chiffres de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) publiés en octobre 2018.[tooltips content= »Cités par Jean-Paul Gourévitch dans Le grand remplacement : réalité ou intox ?, 2019, Pierre-Guillaume de Roux »](15)[/tooltips] Cela représente un quart de la population française. Nous sommes donc loin du « fantasme » évoqué par certains, d’autant plus qu’il s’agit là exclusivement de stocks – c’est-à-dire de ce qui est et non de ce qui sera à l’avenir, sous l’effet des flux migratoires et des naissances futures.

A lire aussi: Pétain et les Juifs: Zemmour relaxé

Or il convient de tenir compte du différentiel de fécondité entre les femmes descendantes d’autochtones (moins de 1,8 enfants par femme en moyenne en 2017), les femmes descendantes d’immigrés (2,02 enfants par femme en moyenne) et les femmes immigrés (2,73 enfants par femme en moyenne). Cette fécondité varie fortement selon l’origine des femmes : 3,6 enfants par femme en moyenne pour les immigrées algériennes, 3,5 enfants par femme pour les immigrées tunisiennes, 3,4 enfants par femme pour les immigrées marocaines et 3,1 enfants par femme pour les immigrées turques, ce qui est plus élevé que la fécondité de leurs pays d’origine (respectivement 3 ; 2,4 ; 2,2 ; 2,1)[tooltips content= »Interview de François Héran « La formule du grand remplacement se propage à la vitesse de la lumière » »](16)[/tooltips].

Le démographe François Héran affirme cependant qu’il serait erroné de croire que ces différentiels de fécondité soient figés dans le temps, car ceux-ci auraient tendance à se lisser sur le long terme[tooltips content= »Interview de François Héran « La formule du grand remplacement se propage à la vitesse de la lumière » »](17)[/tooltips]. Mais les effets cumulés de l’immigration et des différentiels de fécondité ont d’ores et déjà modifié la population française et continuent de le faire, comme le montre l’évolution de la composition des naissances. En vingt ans, entre 1998 et 2018, le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont français a ainsi baissé de 13,7%. Dans le même temps, le nombre de naissances d’enfants dont au moins un des parents est étranger a quant à lui augmenté de 63,6% et le nombre de naissances d’enfants dont les deux parents sont étrangers a progressé de 43%[tooltips content= »Statistiques de l’état civil de l’INSEE et du document « T37BIS : Nés vivants selon la nationalité des parents (Union européenne à 28 ou non). Calculs : OID. https://observatoire-immigration.fr/natalite-et-immigration/ « ](18)[/tooltips]. En 2018, près d’un tiers des enfants nés (31,4%) ont au moins un parent né à l’étranger.

Commentant le résultat des projections de population d’origine étrangère dans les pays de l’UE adossées au scénario Convergence 2008-2060 d’Eurostat[tooltips content= »Eurostat, Fewer, older and multicultural ? Projections of the EU populations by foreign/national background, 2011″](19)[/tooltips], la démographe Michèle Tribalat précisait que dans certains pays, « les natifs au carré pourraient devenir minoritaires avant l’âge de 40 ans, d’ici 2060 » – natifs au carré désignant les personnes nées dans un pays de deux parents qui y sont nés également. S’il s’agit de projections démographiques – donc d’hypothèses -, Michèle Tribalat expliquait notamment ces résultats par « la conjonction d’une démographie interne peu dynamique et des soldes migratoires projetés qui donne une contribution aussi importante à l’immigration ».[tooltips content= »Interview de la démographe Michèle Tribalat par Rudy Reichstadt réalisée en 2017 et publiée dans Causeur en 2019, consulté en juin 2020″](20)[/tooltips]

Herve Le Bras, démographe mathématicien et historien français. Photographie réalisée le 22/03/2013 a l occasion du tournage de l émission "Ce soir, ou jamais!" sur France 2. 00656862_000014. BALTEL/SIPA.
Herve Le Bras, démographe mathématicien et historien français. Photographie réalisée le 22/03/2013 a l occasion du tournage de l émission « Ce soir, ou jamais! » sur France 2. 00656862_000014. BALTEL/SIPA.

L’autre contre-argument largement utilisé par les opposants à la notion de grand remplacement consiste à affirmer qu’il est impossible de définir qui est ou non d’origine française (Pascal Breuil). Cette objection est également fragile, surtout lorsqu’elle repose sur des approximations telles que celles d’Hervé Le Bras dans son livre Malaise dans l’identité[tooltips content= »Hervé Le Bras, Malaise dans l’identité. Notre identité ne peut être que dynamique, 2017, Actes Sud »](21)[/tooltips], où l’auteur assimile directement la défense de cette notion au racisme.

Les raccourcis problématiques d’Hervé Le Bras

Dans le chapitre II de son livre, intitulé « Race et Grand remplacement », Le Bras commet le raccourci de considérer que l’utilisation du terme de « remplacement » revient nécessairement à adopter une approche racialiste / biologique. L’auteur évoque pêle-mêle les idéologues racistes Gobineau et Vacher de Lapouge, en passant par certains théoriciens nazis. « Opposer des Français soi-disant de “souche” à des immigrés menaçant de les submerger, c’est supposer que les deux groupes constituent des races distinctes » (page 36).

A lire ensuite: Renaud Camus: «La liberté d’expression dans la France de 2020 n’est pas menacée: elle n’existe pas»

Si certains individus qui s’en réclament sont évidemment susceptibles de s’inscrire dans une perspective raciste, considérer que la notion elle-même est une « théorie raciste » apparaît fallacieux. Le concept de grand remplacement renvoie avant tout à une dimension culturelle, aux mœurs et aux modes de vie. C’est notamment ce qu’explique le professeur François Héran lorsqu’il évoque l’aspect « qualitatif » de cette thèse. Michèle Tribalat n’affirme pas autre chose lorsqu’elle déclare : « Il me semble que son succès [de la notion de grand remplacement] vient de son pouvoir d’évocation de certaines situations vécues. Elle a un sens figuré qui évoque l’effondrement d’un univers familier que vit, ou craint de vivre, une partie de la population française : disparition de commerces, et donc de produits auxquels elle est habituée, habitudes vestimentaires, mais aussi pratiques de civilité, modes de vie… »[tooltips content= »Causeur, « L’idée de grand remplacement évoque l’effondrement d’un univers familier que vit une partie de la population », Entretien avec la démographe Michèle Tribalat, 2017 et 2019, consulté en juin 2020″](22)[/tooltips]

Quant à l’argument selon lequel il serait difficile de définir qui est ou non d’origine française, l’éditorialiste Olivier Maulin répond : « très difficile dans les laboratoires de l’INSEE, serions-nous tentés d’ajouter, car sur cette question l’homme ordinaire, guidé par son instinct, éprouve beaucoup moins de difficulté à définir les choses, et ne s’embarrasse ni de concepts, ni d’idéologie, ni même de documents administratifs dûment estampillés, et pas plus de biologie, de « race ou de « pureté » imaginaires : est français celui qui a la nationalité française, bien sûr, pourvu qu’il vive selon les mœurs françaises ».[tooltips content= »Valeurs actuelles, Le “grand remplacement” en question par Olivier Maulin, 2019, consulté en juin 2020″](23)[/tooltips] Si l’on souhaite s’en tenir à une approche scientifique de l’ascendance, les “natifs au carré” de Michèle Tribalat fournissent par ailleurs un premier angle de vue.

A rebours des analyses fondées sur les lectures approximatives et le recours aux anathèmes, cet article aura tenté de présenter ce que recouvre la notion de grand remplacement, les arguments de ses défenseurs comme de ses contradicteurs ainsi que certaines des données essentielles au débat. Au lecteur – et au citoyen – de se faire sa propre opinion.

>>> Retrouvez l’intégralité des articles de l’Observatoire sur leur site http://observatoire-immigration.fr <<<

Explosion des «homicidités» et mutation de la violence en France

0
Dans "Le Figaro", le criminologue Alain Bauer annonce qu' "un profond mouvement de retour de la violence physique est en train de se produire, ignoré ou sous-estimé..." Photo: Hannah Assouline.

La France s’enlise dans une violence endémique. Alain Bauer a forgé un indicateur baptisé «homicidité», qui recompose en un puzzle cohérent ce que le ministère de l’Intérieur comptabilise de manière éparse (règlements de comptes entre malfaiteurs, homicides à l’occasion de vol, autres homicides, tentatives d’homicides à l’occasion de vols, autres tentatives d’homicides, coups et blessures volontaires suivis de mort etc.). Le criminologue observe que les «homicidités» ont bondi de 90% en France depuis vingt ans ! En augmentation, cette violence est également en train de muer… Analyse.


L’ensauvagement de notre société est un fait. Pour le comprendre, il faut à la fois éviter les généralités trop grossières, et les finasseries excessives qui masquent mal le refus de conclure et d’agir. Si les derniers travaux d’Alain Bauer tombent dans le premier travers, tout en mettant en évidence une tendance indéniable, nombre de critiques qui lui sont faites semblent, sous couvert de recherche de précision, avant tout rechigner à dire clairement des réalités gênantes.

D’abord, ce que tout le monde sait. La violence médiatisée l’été dernier – affrontements interethniques de Dijon, habitants de Palavas obligés de s’organiser en quasi-milice pour mettre fin aux exactions des « jeunes », débordements à la base de loisirs d’Étampes – aurait été quasiment inconcevable il y a trente ans. Ou au pire circonscrite à quelques agglomérations : Paris, Marseille, Lyon, Lille. Et même là, des agressions comparables à celle dont a été victime le jeune Yuriy étaient bien plus rares qu’aujourd’hui. Désormais, hélas, les « zones de non droit » sont généralisées, servant de point de départ aux activités de prédation d’une délinquance de plus en plus violente.

Des tensions ont eu lieu à Dijon au quartier des Grésilles, plusieurs voitures ont été incendiées après plusieurs jours de violences entre tchetchenes et des habitants du quartier. Un renfort de policiers est attendu sur place ainsi que la présence du RAID. Photo le 15 juin © DOLIDZE SABRINA/SIPA Numéro de reportage: 00967356_000003
Des tensions ont eu lieu à Dijon au quartier des Grésilles, plusieurs voitures ont été incendiées après plusieurs jours de violences entre tchetchenes et des habitants du quartier. Un renfort de policiers est attendu sur place ainsi que la présence du RAID. Photo le 15 juin 2020 © DOLIDZE SABRINA/SIPA Numéro de reportage: 00967356_000003

De nouveaux profils

Pour autant, dans d’autres domaines la violence diminue: qui se souvient des affrontements entre forces de l’ordre et sidérurgistes ou marins-pêcheurs sait que les manifestations d’aujourd’hui sont nettement moins dures. En revanche, les embuscades tendues aux patrouilles de police ou de gendarmerie se multiplient et sont passées du caillassage aux cocktails Molotov. Mutation de la violence : ceux qui agressent quotidiennement les forces de l’ordre n’ont pas du tout le même profil que les anciens sidérurgistes ou marins-pêcheurs.

La vision trop globale passe à côté de l’essentiel. Car la situation au regard de la délinquance, de la violence et de la valeur accordée à la vie humaine, n’est pas la même à Mayotte et en Vendée, dans le 16ème arrondissement et sur la « colline du crack ».

Il faut se pencher en détail sur le profil des auteurs comme des victimes, et se décider notamment à briser le tabou des statistiques ethniques. Les remarquables travaux du Dr.Maurice Berger sont éclairants, il est irresponsable de refuser de les prendre en compte au nom d’une posture idéologique hypocrite. Nous avons importé par centaines de milliers des personnes dont la culture banalise totalement la violence, voire la valorise pour établir une hiérarchie interne, et plus encore lorsqu’elle permet la prédation au bénéfice du groupe : famille, clan, quartier, etc. Il faut étudier la brutalité endémique des parents contre les enfants dans certains milieux, tout comme dans ces mêmes milieux la prégnance d’une violence sexuelle à laquelle nos pseudo-féministes feraient bien de s’attaquer plutôt que de déblatérer sur le « mansplaining » et l’écriture inclusive.

Il faut aussi mentionner la chute du mur de Berlin : ce ne sont pas Christiane Taubira et Eric Dupont-Moretti qui vont effrayer des réseaux criminels ayant survécu aux dictatures communistes, et qui se sont désormais installés à l’Ouest.

Policiers: sortez des bureaux!

Car il faut évoquer l’action – ou l’inaction – de l’État. Dispose-t-on de données consolidées sur le nombre d’heures que consacre chaque jour, en moyenne, un policier ou un gendarme à patrouiller ? Combien de temps lui prennent les tâches administratives ? Combien d’heures pour le respect tatillon du formalisme de la procédure pénale, et combien pour la recherche de la vérité ?

Il faut oser dire l’incurie notoire de l’institution judiciaire, et son absence totale d’efficacité dissuasive envers ce que l’on appelle les « délinquants d’habitude », c’est-à-dire les personnes qui ont choisi la délinquance comme mode de vie. Sentiment d’impunité qui encourage la violence des prédateurs mais accroît aussi la peur de victimes n’osant pas se défendre car elles savent qu’elles ne bénéficieront ni du soutien de l’État ni de la mansuétude des juges. Voilà le résultat de l’idéologie du juge Baudot, voilà ce qui arrive lorsque l’on punit plus sévèrement l’honnête citoyen qui se défend que le délinquant qui agresse. Impunité qui pousse également à la surenchère dans la violence pour faire étalage de sa « puissance » : théâtralisation et diffusion d’images via les réseaux sociaux, comme des chasseurs exhibant fièrement leurs trophées.

A lire aussi: Beauvau de la sécurité: mais à quoi sert le commissaire?

En même temps que la violence est de plus en plus ouvertement tolérée de la part des uns (présentés comme des « victimes de la société » – des inégalités sociales, du « racisme systémique », que sais-je – ce qui ne peut que les encourager dans leur agressivité) elle est aussi de plus en plus radicalement condamnée chez les autres, non seulement juridiquement mais aussi culturellement, ce qui désarme les victimes à la fois physiquement et psychologiquement.

C’est là qu’interviennent des différences culturelles majeures. Ainsi de la Corse, cas emblématique d’une situation où la population dans son ensemble sait encore se défendre. La fréquence plus élevée de certains types d’homicides ne doit pas masquer le fait que l’île est, dans l’ensemble, très sûre : le nombre de viols et d’agressions sexuelles (rapporté au nombre d’habitants) y est l’un des plus faibles de France, si ce n’est le plus faible.

Politique de la Ville: un tribut versé aux barbares?

C’est là aussi qu’il faudrait se pencher sur l’impact de la mort progressive des générations ayant connu la guerre (Seconde Guerre Mondiale surtout, Algérie, Indochine), et la montée en puissance de celles n’ayant même pas connu le service militaire. Je ne dispose pas des données qui me permettraient de l’affirmer avec certitude, mais je fais l’hypothèse suivante : le fait majeur des dernières décennies n’est ni une augmentation ni une diminution de la violence, mais plutôt une fracture toujours plus grande entre la part violente de la population et sa part non violente. Les uns hésitent de moins en moins à agresser, sous n’importe quel prétexte, les autres sont devenus incapables de se défendre, quel que soit le danger.

C’est très exactement la situation contre laquelle Ibn Khaldoun mettait en garde au 14ème siècle (les termes entre guillemets sont les siens) : une politique « impériale » visant à désarmer les « producteurs » pour les rendre dociles vis-à-vis du pouvoir en place et des collecteurs d’impôts, les laissant ainsi totalement vulnérables face aux « bédouins » violents et prédateurs. Et ces « bédouins » sont d’autant plus violents que la violence est radicalement condamnée par la culture « impériale », ce qui donne aux « bédouins » le sentiment d’être une élite guerrière de « vrais hommes » légitimement supérieurs à ces « producteurs » lâches et sans virilité, des loups dominant les moutons. La justice de « l’empire » s’abat implacablement sur les « producteurs » solvables, mais se montre d’une passivité coupable envers les « bédouins », se contentant de les maintenir à distance des lieux de vie des « élites » en considérant que les soumettre véritablement coûterait trop cher, ou du moins plus cher que cela ne rapporterait ensuite en termes de recettes fiscales.

Toute ressemblance avec un gouvernement qui envoie les forces de l’ordre contre les Gilets jaunes contribuables mais garde soigneusement ces mêmes forces de l’ordre en dehors des zones de non-droit où vivent les bénéficiaires d’allocations massives et de « politique de la ville » – nouvelle forme du « tribut versé aux barbares » – n’est pas fortuite. De même que la ressemblance avec une législation et une justice qui soutiennent les squatteurs contre les propriétaires…. Demandez-vous ceci : où se fait-on verbaliser pour non-respect du couvre-feu ou non-port du masque ? Dans quels quartiers ? Quelles populations sont véritablement soumises à ces contraintes, et quelles sont celles qui y échappent ?

Remettre la honte à sa juste place, se réarmer moralement

La lucidité d’Ibn Khaldoun est frappante, y compris dans ses mises en garde. Au stade où nous sommes succède toujours, selon lui, la prise de pouvoir par ceux qui n’ont pas renoncé à la violence, éventuellement après une période de chaos et de pillages généralisés : coup d’état militaire si l’armée n’a pas encore été « castrée », ou morcellement du territoire partagé entre chefs tribaux et « seigneurs de la guerre ».

Depuis les cités grecques tenant tête au Roi des Rois jusqu’à la « Nation en armes », on ne connaît qu’un seul moyen d’échapper à la fatalité que décrit Ibn Khaldoun : le réarmement moral du peuple dans son ensemble. La réhabilitation de la force comme rempart contre la violence, Athéna terrassant Arès, les chevaliers repoussant les pillards – mais sans se limiter à une élite chevaleresque : en mobilisant le peuple entier. Et cela suppose de commencer par rendre à notre peuple le sens de sa propre dignité, de sa légitimité à vivre et se défendre sur la terre de ses ancêtres, lui restituer dès le plus jeune âge sa fierté – de son histoire, de sa culture, de ses valeurs – et la conviction de son honneur. Remettre la honte à sa juste place, pour citer encore une fois l’excellent Maurice Berger. Arrêter de dire que le peuple français serait un coupable ontologique ou une relique d’un passé révolu, tandis que ses ennemis seraient nécessairement innocents et conformes au « sens de l’histoire » (cette excuse facile de ceux qui se laissent porter par les vents de la mode), et lui rendre le droit de désigner clairement ses agresseurs. Ainsi, et ainsi seulement, pourra-t-il relever la tête, dire « ça suffit », et triompher des prédateurs et charognards qui voudraient se partager sa dépouille, qu’il s’agisse des racailles, des spéculateurs prêts à le réduire à la misère et à vendre à la découpe son pays et ses droits, ou des aspirants dictateurs qui rêvent de lui imposer un totalitarisme racial ou religieux.

Hollywar, l’idéologie en 24 images/seconde

0
"Rambo 2 : La Mission" de George Cosmatos (1985) © Rex Features/REX/SIPA Numéro de reportage : REX40118132_000001

Cela fait un certain temps que je voulais rendre compte du livre de Pierre Conesa, Hollywar, paru en 2018 chez Robert Laffont. Sous-titré « Hollywood, arme de propagande massive », il décrit dans le détail, catégorie par catégorie, la façon dont, dès le départ, à l’aube du XXe siècle, la machine à filmer américaine a fabriqué le socle de l’Histoire et du pouvoir américains.

« Hollywood est la plus intelligente et la plus efficace machine à stéréotypes de l’histoire contemporaine », écrit l’auteur. Et d’analyser comment l’Amérique blanche s’est constituée cinématographiquement (et successivement) face aux Noirs, aux Peaux-Rouges, à « toutes les nuances de Jaune », puis globalement aux basanés (peu importe au cinéma hollywoodien que le méchant soit arabe ou iranien, pour le spectateur moyen, c’est pareil — ce qui doit faire hurler à Riyad ou à Téhéran), puis face aux Blancs nazis ou communistes (et, sous Bush Jr et Trump, le Français, nécessairement veule et lâche).

En vrai scientifique, l’auteur passe assez rapidement sur les chefs-d’œuvre, réservés au fond à une intelligentsia internationale qui compte peu, et s’intéresse aux films que voient effectivement les Américains : les « petits » films des années 1950, quand on avait deux bandes pour le prix d’une, ou les « blockbusters » des années 2000 font appel aux même réflexes : instiller la peur, désigner la menace (qui n’est pas toujours « fantôme », comme dans Star Wars), exalter l’homme de la rue et son bon sens américain — ce que Conesa appelle le héros « jacksonien » —, et « s’assurer que les films de guerre se terminent par la victoire ».

C’est ainsi que le Pont de la rivière Kwaï, inspiré d’un roman français qui se termine par l’échec de la mission, a été trituré de façon à ce que, providentiellement (ah, cette chute d’Alec Guinness sur le détonateur qui envoie le pont et le train dans la rivière, pile au bon moment !) l’histoire se termine bien : victoire du Bien, et grand massacre de Japonais.

L’objectif, dans cette nation qui a peu d’Histoire (cela fait quand même 500 ans qu’elle prétend sortir de l’œuf), est de faire de son cinéma une grande épopée collective. Le western a joué un rôle magistral dans cette réécriture du passé. Le film de guerre aussi : combien de guerres du Vietnam ont été gagnées sur l’écran ! En 1985 (cela ne fait jamais alors que dix ans que Saïgon est tombée), Sylvester Stallone (dans Rambo II, la Mission) entreprend de regagner la guerre à lui tout seul en allant délivrer des prisonniers de guerre. 300 millions de dollars de recettes (pour 25 de budget), cela donne une idée de la façon dont le film a été plébiscité.

Comme dit Conesa, quel film français aurait eu l’audace de montrer un commando retournant en Algérie après 1962 pour venger les soldats émasculés par le FLN ?

Et c’est là qu’une différence majeure apparaît entre la production française (la troisième au monde, rappelons-le, après les Américains et les Indiens de Bollywood) et la production américaine. Les Etats-Unis sont un pays « sûr de lui et dominateur », comme disait l’autre…  Un pays qui n’a pas rendu les armes à toutes les forces de dispersion et de désintégration auxquelles la France s’est livrée sans combattre. Le cinéma français, lui, s’occupe d’histoires sentimentales d’une mièvrerie insoutenable, de familles recomposées, d’Arabes et de Noirs maltraités par une police légèrement fascisante (à croire qu’Assa Traoré écrit des scénarios à la chaîne). Il ne s’intéresse plus à l’histoire millénaire de ce « cher et vieux pays » (cherchez donc le dernier film historique de poids), elle surfe sur l’actualité la plus vulgaire, ou maltraite de grands classiques : la presse spécialisée s’acharne ainsi à faire croire que Ladj Ly a pondu une version des Misérables supérieur à toutes celles qui l’ont précédée. Tapez « Les Misérables film » sur Google, et tout renvoie, sur les dix (!) premières pages, à l’œuvrette de Ly — avec une (et une seule) insertion pour celui de Robert Hossein avec Lino Ventira. « Un film qui bouscule la Macronie » titre l’Express — alors qu’en fait il la conforte, dans sa vision déshistoricisée et acculturée de l’Histoire de France. Du chef-d’œuvre de Raymond Bernard (1934) où jouait (entre autres) le pharamineux Harry Baur, aucune nouvelle.

Nous sommes honteux de notre histoire, honteux de notre rayonnement. Le français est la sixième langue la plus parlée dans le monde, mais nous répugnons désormais à l’enseigner, nous nous pâmons devant la façon dont on massacre la langue de Marivaux dans l’Esquive, qui se prétend une révision du Jeu de l’amour et du hasard — et il se trouve une foule de critiques pour nous assurer qu’Abdellatif Kechiche est un vrai metteur en scène. Pendons-les !

Non seulement nous ne savons plus faire de grands films, mais nous sommes incapables d’en faire d’efficaces. L’idéologie française est morte — et le pays avec elle. Nous avons exporté les Lumières aux quatre coins de la planète, mais nous devons nous en excuser. Nous avons inventé la galanterie, mais nous devons l’oublier. Nous avons aboli l’esclavage bien avant les Américains, mais nous devons nous flageller au souvenir des négriers nantais.

Pierre Conesa a certainement joué, en forgeant le néologisme « Hollywar », sur la proximité phonétique entre « holly », le houx, et « holy », saint / sainte. C’est bien une « Holywar » que mène l’Amérique contre tout ce qui voudrait la réduire. Les universités peuvent bien bruire d’invectives « woke », le grand public américain s’en fiche, il plébiscite les films qui glorifient le pays, il met des bannières étoilées dans toutes les classes, il entame le Super Bowl par un hymne national chanté par tous les joueurs la main sur le cœur — pendant que nous avons autorisé, nous, Christian  Karembeu à snober la Marseillaise, et que nous l’avons encore sélectionné après ce camouflet qui aurait dû le renvoyer à sa chère Nouvelle-Calédonie.

Nous avons renoncé — et si quelque chose le prouve, c’est l’écart entre la production  hollywoodienne, toujours dominante, et les raclures de bidet de la cinématographie française. Une décadence se repère aux démissions qu’elle tolère. Et les politiques de quotas qui se mettent en place — voir le très imbécile rapport de Pap Ndiaye sur l’introduction de la diversité à l’Opéra de Paris, le « cygne noir » de Tchaïkovski  aura désormais intérêt à l’être pour de bon — sont autant de courses à qui se fera le plus servile face à des idéologies qui n’ont pas peur de s’afficher comme telles. L’islam, par exemple.

Hollywar: Hollywood, arme de propagande massive

Price: ---

0 used & new available from

Démocratie, virus et procureurs

0
Paris, 4 février 2021 © Stephane Lemouton -POOL/SIPA Numéro de reportage : 01003055_000014

L’exercice solitaire du pouvoir en période de crise sanitaire nous transforme en enfants manipulés.


C’est étrange, tout de même, ce que devient la démocratie à l’époque de la pandémie. D’un côté, Emmanuel Macron. C’est lui et lui seul qui prend les décisions concernant, de l’autre côté, 66 millions de Français ou, pour reprendre ses propres termes, « 66 millions de procureurs ». Pour Emmanuel Macron, être inquiet des ratés du vaccin, se demander quelle est, au juste, la politique mise en œuvre pour contrer le virus, c’est être un procureur. On aurait plutôt eu tendance à penser, au contraire, qu’il s’agissait là, précisément, d’être ce qu’on appelait naguère un citoyen. 

Entre deux portes

Cet exercice solitaire du pouvoir a été poussé jusqu’à la caricature quand Macron, le  29 janvier, a décidé qu’il n’y aurait pas de reconfinement alors que ses propres ministres et la plupart des scientifiques concernés annonçaient le contraire depuis plusieurs jours. Il a même poussé, ce jour-là, le sadisme jusqu’à la caricature puisque c’est le Premier ministre qui a été chargé d’annoncer, entre deux portes, le statu quo alors que venait  de se tenir le Conseil de défense. Un Castex ectoplasmique, réduit à un simple collaborateur de second ordre. 

A lire aussi, Jeremy Stubbs: AstraZeneca: l’impérialisme ridicule de la Commission européenne

On peut s’interroger, nous, les procureurs, sur ce qui a motivé un tel choix. On nous a dit que les chiffres n’étaient pas si alarmants que ça, qu’une moyenne quotidienne de 25 000 contaminations et de 300 morts, c’était tenable. On rappellera par comparaison que 25 000 habitants, c’est tout de même une petite ville et que 300 morts, c’est l’équivalent d’un Airbus qui s’écraserait chaque jour.

Circulez, y a rien à voir !

Mais le président de la République avait décidé que. Mais le président de la République avait ordonné que. Mais le président de la République savait que. Mieux que tout le monde.  Circulez, y a rien à voir ! Même Delfraissy, le patron du Conseil scientifique, qui avait sonné le tocsin les jours précédents, mangeait son chapeau et déclarait, je cite, qu’ « on n’était pas à une semaine près. » On imagine difficilement comment aller plus loin dans l’autoritarisme et dans la manière de jouer avec les nerfs d’une population déjà épuisée psychiquement.

A lire aussi, Benoit Rayski: Voulez-vous savoir pourquoi Macron hésite à reconfiner? Regardez du côté des Pays-Bas!

Mais Macron ne se contente pas de montrer qu’il est « le maitre des horloges » selon la métaphore journalistique qui ne veut rien dire puisque, président ou simple citoyen, c’est le temps qui est notre seul vrai maître : on ne peut ni revenir dans ce passé qui nous semble si lointain – il y a pourtant à peine un an que nous vivons avec le virus- ni nous projeter plus vite dans un futur où nous nous retrouverions libérés de la pandémie dans une vie où l’on pourrait à nouveau se serrer la main, s’étreindre, se faire la bise, où l’on reverrait des amoureux à bouche que veux-tu sur les bancs publics chers à Brassens.

Les comités fantômes

Comble de l’hypocrisie, Macron veut en plus nous donner l’illusion, alors qu’il gouverne par ordonnances et que le parlement est devenu une chambre d’enregistrement pour procédures accélérées, que nous sommes toujours dans une démocratie. D’où les initiatives ridicules pour noyer le poisson comme ce comité de 35 citoyens pour évaluer la politique vaccinale. Un comité fantôme, dérisoire, déjà aux oubliettes, dont les avis n’auront guère plus d’effets que la Convention des 150 pour le climat.

Jamais une crise n’aura révélé à ce point ce que nous sommes devenus : ni des citoyens, ni des « procureurs » mais des enfants égarés par les rodomontades d’un monarque qui n’écoute plus que lui-même.

Vivonne

Price: ---

0 used & new available from

Assa Traoré nage en plein délire!

0
Ladj Ly et Assa Traoré à une conférence de presse, juin 2020 JOLY LEWIS/SIPA Numéro de reportage : 00966446_000008

Les ignominies proférées contre la police par la sœur d’Adama Traoré dans « Jeune Afrique », ce sont d’abord des ignominies contre notre nation dont les forces de l’ordre sont l’une des incarnations républicaines. Pourquoi seules des paroles singulières, courageuses, osent-elles s’exprimer? Pourquoi le pouvoir, lui, a-t-il peur? 


« Oui nous sommes en danger, oui les noirs sont en danger, oui les arabes sont en danger, oui les personnes issues de l’immigration sont aussi en danger (…), meurent sous les violences et les coups de cette police… » Pour faire bonne mesure, cette litanie intègre, avec le même registre, « les gens du voyage » et la « communauté asiatique ». La police les tue tous.

A lire aussi: Assa Traoré lance un appel contre la France dans le magazine «Jeune Afrique»

Je n’invente pas. C’est Assa Traoré qui parle, il s’agit de la police et de la gendarmerie françaises, il s’agit de la France. Sur le site de Jeune Afrique, le vendredi 5 février.

La réplique cocasse de Mila

Ce sont des délires mais personne ne bronche. Le syndicalisme policier est muet. On ne peut se satisfaire de la seule réplique acerbe de Mila : « les jeunes filles blanches non plus (et je sais de quoi je parle !) ».

On ne saurait non plus abandonner la partie face à la défense d’une cause douteuse, celle de son frère Adama, au passé très imparfait, mort après s’être soustrait à une interpellation dans des conditions faisant encore l’objet d’une information. Les magistrats en charge semblent d’ailleurs tétanisés à l’idée de clôturer le dossier en prenant une décision quelle qu’elle soit. Ce sont des délires mais personne ne bronche.

L’insécurité des Asiatiques ne provient pas de la police…

Comme si Assa Traoré était protégée par ses propres énormités, à l’égard desquelles les outrances d’une Camélia Jordana sont quasiment des gracieusetés. La violoniste Zhang Zhang, en tout cas, a répondu à Assa Traoré sur la communauté asiatique: « c’est gentil à elle de se soucier de la communauté asiatique en France… comme elle l’a dit elle ne se sent pas en sécurité à cause de la criminalité croissante qui la vise mais cette violence anti-asiatique ne vient pas de la police ».

A lire aussi: Génération identitaire victime de la dissolution de BarakaCity

Pourquoi seules des paroles singulières, courageuses, osent-elles s’exprimer ? Pourquoi le pouvoir, lui, a-t-il peur ? On a bien compris que Gérald Darmanin avait envie de changer de registre. Moins vigoureux, plus « centriste ». Depuis longtemps – il le ressasse – on sait qu’il est un adversaire farouche du RN et tout récemment il s’en est pris à Génération identitaire qui il est vrai, aujourd’hui, représente un danger capital pour la République !! On aboutit à cet amer paradoxe que la haine des forces de l’ordre et de la France est davantage acceptée que l’amour parfois transgressif de notre pays. En réalité, Assa Traoré intimide une autorité de l’État pourtant fermement mobilisée pour des contraventions vénielles. Parce que, derrière elle, se trouvent des minorités décolonialistes, indigénistes, éprises de repentance (pour les autres), exécrant l’homme blanc, porteuses d’un féminisme vindicatif, violent et absurde décourageant toute lutte intelligente.

On laisse des militants salir notre France

Une extrême faiblesse se cache derrière ces abstentions et il serait plus courageux de sanctionner et d’interdire ces haineuses dénonciations, cette globalité honteuse que d’évoquer sept péchés capitaux pour le Beauvau de la sécurité en oubliant le huitième : la lâcheté absolue de l’Etat.

A lire aussi, Erwan Seznec: La vérité sur l’affaire Adama Traoré

Je devine ce qu’il y a de résignation, voire de réalisme condescendant à l’égard des délires d’Assa Traoré: on la connaît, elle disjoncte régulièrement, elle est lamentablement prévisible et au fond personne ne la suit, elle cultive jusqu’au paroxysme la folie française d’agonir d’injures la police, ça lui passera ! Cette attitude masque la réalité qui est de laisser à certains le droit d’humilier, de salir la France, de cracher, avec quelle acrimonie et virulence, sur un pays où ils vivent, manifestent. Ces ignominies contre la police, ce sont d’abord des ignominies contre notre nation dont les forces de l’ordre sont l’une des incarnations républicaines. Se taire, ne rien faire de la part des ministres, ne pas s’émouvoir pour la Justice – le droit de la presse et de la communication est pourtant si inventif quand il s’agit d’Eric Zemmour ! – validera une offensive pas seulement verbale : elle a une traduction dans les mille affrontements d’une société de moins en moins civilisée, qu’on laisse décliner même pas avec mauvaise conscience.

Assa Traoré aurait bien tort de se gêner. Une démocratie authentique (que ses contempteurs aillent se livrer aux mêmes procès en Chine ou en Russie et ils verront !) qui ne sait plus se faire respecter n’est plus à la longue respectable.

Richard Malka, le diable en tête

0
© Hannah ASSOULINE / Opale

Un roman sur l’attrait du Mal, la volupté, l’amour de l’art? Captivé par le sexe et la mort, Richard Malka s’attache à donner une forme mythologique à quelque chose de sa vie intime.


 

Ce n’est pas un roman anodin.

Richard Malka écrit sans frein comme on se vide, comme on se venge, comme on s’exorcise de certains penchants.

Je doute qu’il devienne un jour un auteur scolaire entre Ronsard et Montaigne, c’est en revanche un conteur accompli. Dans la lignée d’Edgar Poe ou Barbey d’Aurevilly – on peut aussi songer au Parfum de Patrick Süskind – ce livre le montre avec brio, jusqu’à flirter hardiment avec l’outrance, le grand-guignol, le mélo, sans crainte de s’y brûler les ailes.

Son héros, Adrian von Gott, est un vampire qui dévore l’âme de ses victimes et s’abreuve de leurs désirs plus que de leur sang. Un mixte entre Nosferatu et Dorian Gray avec la puissance féerique (et la séduction) de Christophe Lambert dans Highlander ! Un dévoyé. Un maudit. Et peut-être plus encore un homme blessé, ivre d’étreindre et incapable d’aimer, dont le rêve inassouvi serait d’être enfin regardé avec douceur.

Il n’est pas si simple de s’arracher à son insomnie et de rompre avec la malédiction d’être né quand on est immortel ! Sa destinée ne sera qu’une fugue éperdue et maladive à travers le temps, de Venise à Constantinople, de Harlem à Samarcande. Un voyage intérieur puisqu’il lui est interdit de se quitter.

Richard Malka ne masque sa sensibilité que pour mieux l’exhiber ; il cède avec candeur à ses inclinations morbides en feignant de ne pas en être effaré ; il s’oblige à décrire non pas ce qu’il a vécu mais ce qu’il a subi dans son tréfonds, ce qu’il a imaginé, pour mieux nous dire qui il est. Bref, il écrit comme un jeune homme. A-t-il été comme son personnage un enfant laid et malingre, brimé par ses camarades et trop-aimé de ses parents ? Pourquoi celui-ci est-il si enclin à fuir ? D’où lui vient sa frénésie de collectionneur, son goût des sévices, sa rage d’en découdre ?

À sa façon, Richard Malka semble donner une forme surnaturelle, exagérément romanesque et symbolique, à quelque chose de sa vie intime – par une sorte d’atavisme de l’anxiété ?… Il oscille entre la science et la sorcellerie, l’Histoire et le fantastique, le sexe et la mort, comme pour élucider les sommations obscures qui le hantent. Son héros est moins un criminel qu’un aventurier, affublé d’un pouvoir ou d’un vice – d’une faille par où entre la lumière.

On sait que Richard Malka est avocat, par métier et par vocation. N’y a-t-il pas chez tout avocat, s’il est sérieux, un fanatique refoulé, un tueur d’opérette, un monstre capable de s’accointer rêveusement aux pires méfaits ? Et n’est-ce pas le privilège du romancier de s’ouvrir les veines pour de faux et de transformer ses perversions imaginaires en motifs délectables – si ça lui plaît ?

Richard Malka, Le Voleur d’amour, Grasset, 2021, 218 p.

Le voleur d'amour: roman

Price: ---

0 used & new available from

Quand Mme Vanceunebrock (LREM) “libère sa parole”

0

Dans l’hémicycle de notre Assemblée nationale, est-il maintenant permis d’être raciste et sexiste (et plus encore)?


Verrons-nous un jour un de nos députés apostropher une députée en commençant sa diatribe par les mots suivants : « Peut-être que pour Mme X, la situation ne s’est jamais présentée, puisque Mme X est une femme lesbienne (ou hétérosexuelle, ou transgenre), noire (ou blanche, ou “racisée”), athée (ou juive, ou musulmane)… » ? Il y a encore une semaine, nous aurions répondu que cela est inconcevable : dans le pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, aurions-nous dit, il n’est pas permis de désigner quelqu’un par sa couleur de peau, ou son orientation sexuelle, ou sa religion, pour imposer son point de vue et clore ainsi un débat politique en cours.

Sur le mâle blanc, on peut taper

Ce temps est révolu. Il y a quelques jours, à rebours de tous nos principes répubicains fondamentaux, Mme Vanceunebrock, députée LREM s’adressant au député LR Xavier Breton, lui a lancé : « Peut-être que pour monsieur Breton, la situation ne s’est jamais présentée, puisque monsieur Breton est un homme hétérosexuel, blanc, catholique, qui correspond finalement à tous les critères qui font les fondements de notre société judéo-chrétienne, donc je comprends de sa part qu’il s’agisse de quelque chose qu’il ne puisse pas entendre. » Dans quels livres savants Mme Vanceunebrock est-elle allée chercher que les « critères » d’hétérosexualité, de blancheur de la peau, ou de catholicité affichée fondent « notre société judéo-chrétienne » ? Nous ne le saurons sans doute jamais. La députée s’est contentée de reprendre la doxa en cours – l’homme blanc, hétéro, occidental est la cause de tous les maux – doxa qui fait le “fondement” des discours de certains mouvements LGBT, féministes ou “indigénistes”, et de nos nouveaux philosophes pseudo-humanistes, ex-footballeurs, chanteuses ou actrices. Elle a simplement ajouté une couche de vernis anti-catho pour parachever le portrait du « coupable presque parfait » (Pascal Bruckner).

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Camélia Jordana, ou le paradoxe de l’a-comédienne

Pourtant, nombre de belles âmes et de vigilants politiques ou artistiques ne cessent de nous le rappeler : spécifier la couleur de peau de son contradicteur, cela s’appelle du racisme. Spécifier son genre est stigmatisant. Spécifier son orientation sexuelle, cela s’appelle de la discrimination. Spécifier sa religion est une façon de stigmatiser le croyant en disqualifiant sa religion. Tous ces merveilleux principes ne semblent toutefois devoir s’appliquer que dans certaines circonstances et pour certains individus. On peut aujourd’hui être raciste en toute impunité, il suffit de bien choisir sa cible. Ou plutôt de bien choisir la couleur de sa cible. On peut aujourd’hui, dans l’hémicycle parlementaire, souligner l’orientation sexuelle d’un orateur pour le dénigrer, surtout si cette dernière est supposément le “fondement” d’un “système hétéro-normatif”, patriarcal et oppressif. Quant à l’homme (le mâle), il est devenu l’ennemi à abattre dans certains milieux dits de libération. S’il est inconvenant qu’un député réponde à une députée en stipulant le fait qu’elle est une femme et que, donc, elle ne sait pas de quoi elle parle, l’inverse devient tout à fait possible et, de fait, vient d’avoir lieu.

Le précédent Obono

Mme Vanceunebrock affiche fièrement son homosexualité et le fait de s’être rendue en Belgique pour bénéficier de la loi belge sur la PMA et avoir deux enfants. Que diraient nos ligues de vertu féministes ou LGBT, si un député mal embouché commençait d’interpeller Mme Vanceunebrock en pointant, goguenard, son homosexualité, son athéisme, sa situation socialement favorisée lui permettant d’aller faire en Belgique ce qui était encore illégal en France ? 

Nous n’avons pour le moment entendu aucun porte-parole de LFI ou du mouvement LGBT, aucun représentant d’association anti-raciste ou contre les discriminations en tous genres, dire son désaccord avec le procédé de cette députée consistant à distinguer le genre, l’orientation sexuelle, la couleur ou la religion de l’adversaire pour déconsidérer d’emblée ses arguments dans le cadre d’une discussion parlementaire. Les journaux les plus avertis n’ont pas rapporté l’incident. LREM ne bronche pas. Le président de la République n’a pas téléphoné à M. Breton. Il faudra s’en souvenir. 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Concours de beauté morale contre «Valeurs Actuelles»

Les mêmes avaient été tellement émus, avaient versé tant de larmes et poussé tant de cris lorsqu’il s’était agi d’une députée salie par le « racisme décomplexé » (Libération), poussée dans « les coulisses nauséabondes de Valeurs actuelles » (Les Inrocks), etc., qu’une manifestation avait été organisée pour défendre « les valeurs de la République » et pour lutter contre le racisme. Si soutien il y a eu en faveur de Xavier Breton, il a été si discret que nous n’en trouvons trace à peu près nulle part. Il semble donc acquis qu’on peut dorénavant s’adresser à un représentant du peuple en commençant, pour le discréditer, par rappeler son sexe, son genre, sa couleur de peau, son orientation sexuelle et sa religion. C’est bon à savoir. Et ça nous promet de belles joutes oratoires.

Jacques Attali contre la démocratisation de la finance

0
Magasin GameStop à Los Angeles © JIM RUYMEN/UPI/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40823282_000008

Comme souvent, Jacques Attali se plaint des conséquences d’un système qu’il a contribué à promouvoir.


Dans une tribune des Échos du 5 février (GameStop: après les fake news, la fake finance), Jacques Attali s’inquiète de l’influence grandissante des particuliers en bourse, après que ces derniers aient décidé de se coaliser contre un hedge fund (Melvin Capital) qui avait vendu le titre GameStop à découvert. Rappelons que la vente à découvert (short selling) est une technique financière consistant à emprunter un titre pour le vendre et le racheter plus bas afin de le rendre à son détenteur après avoir réalisé (dans le meilleur des cas) un bénéfice. Dans le cas contraire, si le titre s’envole, les pertes peuvent être illimitées car le short seller doit le racheter à n’importe quel prix.

Jacques Attali en juin 2019 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00914197_000048
Jacques Attali en juin 2019 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00914197_000048

Melvin Capital piégé par des boursicoteurs

C’est la mésaventure arrivée à Melvin Capital qui a dû racheter beaucoup plus haut le titre GameStop suite à l’achat massif d’investisseurs particuliers qui ont échangé leurs avis sur le forum Reddit. On ne peut donc sérieusement parler de « fake news » ni même de « fake finance », qui est plutôt l’apanage des investisseurs professionnels prêts à tout pour faire baisser un titre et précipiter la faillite d’une entreprise, allant même jusqu’à provoquer une crise financière (subprimes en 2008).

A lire aussi: Cameo: l’application qui permet à Chuck Norris ou Caitlyn Jenner d’arrondir les fins de mois

Pour Jacques Attali cependant, le risque vient des investisseurs particuliers: « la finance devient une activité de masse grâce à l’émergence d’applications simples permettant à chacun d’acquérir des titres  ». En effet, l’application de trading Robinhood permet de jouer en bourse à partir de son smartphone, sans frais. Les fondateurs de la plate-forme assurent même être « en mission pour démocratiser la finance ». Mais le conseiller politique y voit un danger: « cette alliance du digital et de la démocratisation ne pouvait que conduire, comme avec les médias, à l’émergence de grandes colères des petits contre les grands. » Peut-on pour autant parler de nouvelle lutte des classes? Il est possible qu’il existe une minorité d’investisseurs souhaitant exprimer leur colère, mais la grande majorité d’entre eux jouent en bourse pour une raison plus prosaïque : gagner de l’argent.

La bourse ubérisée?

Au fond, cette histoire boursière reste anecdotique. Pourtant, l’économiste parle de « ces lieux de rencontre » pouvant « saboter la confiance dans les marchés financiers » alors que le véritable risque ne vient pas de la fronde boursière menée par quelques particuliers contre des fonds spéculatifs, mais réside dans le déséquilibre financier créé et entretenu par les banques centrales qui manipulent les taux d’intérêt. Ainsi, les politiques monétaires de taux zéro pénalisent l’épargne, poussent les particuliers à rechercher davantage de rendement au prix d’un risque plus élevé, engendrent des bulles spéculatives, de l’endettement, et accroissent les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres.

A lire aussi, révélations: Anticor, tu perds ton sang-froid

Comme souvent, Jacques Attali se plaint des conséquences d’un système qu’il a contribué à promouvoir. En effet, la flambée spéculative autour de GameStop est le produit de l’uberisation (appliquée à la finance) et de l’action des banques centrales. Si l’éditorialiste voyait dans l’uberisation une « anecdote dans la robotisation », rappelant qu’il ne fallait pas « verser dans une censure anti-technologie», il critique désormais la digitalisation de la finance. Enfin, l’économiste a contribué à la rédaction du traité de Maastricht posant les fondements de l’euro et instituant la Banque Centrale Européenne, alimentant par sa politique monétaire des déséquilibres et des bulles sur les actifs. Le sage devrait ainsi méditer la phrase de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »