Dans l’hémicycle de notre Assemblée nationale, est-il maintenant permis d’être raciste et sexiste (et plus encore)?


Verrons-nous un jour un de nos députés apostropher une députée en commençant sa diatribe par les mots suivants : « Peut-être que pour Mme X, la situation ne s’est jamais présentée, puisque Mme X est une femme lesbienne (ou hétérosexuelle, ou transgenre), noire (ou blanche, ou “racisée”), athée (ou juive, ou musulmane)… » ? Il y a encore une semaine, nous aurions répondu que cela est inconcevable : dans le pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, aurions-nous dit, il n’est pas permis de désigner quelqu’un par sa couleur de peau, ou son orientation sexuelle, ou sa religion, pour imposer son point de vue et clore ainsi un débat politique en cours.

Sur le mâle blanc, on peut taper

Ce temps est révolu. Il y a quelques jours, à rebours de tous nos principes répubicains fondamentaux, Mme Vanceunebrock, députée LREM s’adressant au député LR Xavier Breton, lui a lancé : « Peut-être que pour monsieur Breton, la situation ne s’est jamais présentée, puisque monsieur Breton est un homme hétérosexuel, blanc, catholique, qui correspond finalement à tous les critères qui font les fondements de notre société judéo-chrétienne, donc je comprends de sa part qu’il s’agisse de quelque chose qu’il ne puisse pas entendre. » Dans quels livres savants Mme Vanceunebrock est-elle allée chercher que les « critères » d’hétérosexualité, de blancheur de la peau, ou de catholicité affichée fondent « notre société judéo-chrétienne » ? Nous ne le saurons sans doute jamais. La députée s’est contentée de reprendre la doxa en cours – l’homme blanc, hétéro, occidental est la cause de tous les maux – doxa qui fait le “fondement” des discours de certains mouvements LGBT, féministes ou “indigénistes”, et de nos nouveaux philosophes pseudo-humanistes, ex-footballeurs, chanteuses ou actrices. Elle a simplement ajouté une couche de vernis anti-catho pour parachever le portrait du « coupable presque parfait » (Pascal Bruckner).

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Pourtant, nombre de belles âmes et de vigilants politiques ou artistiques ne cessent de nous le rappeler : spécifier la couleur de peau de son contradicteur, cela s’appelle du racisme. Spécifier son genre est stigmatisant. Spécifier son orientation sexuelle, cela s’appelle de la discrimination. Spécifier sa religion est une façon de stigmatiser le croyant en disqualifiant sa religion. Tous ces merveilleux principes ne semblent toutefois devoir s’appliquer que dans certaines circonstances et pour certains individus. On peut aujourd’hui être raciste en toute impunité, il suffit de bien choisir sa cible. Ou plutôt de bien choisir la couleur de sa cible. On peut aujourd’hui, dans l’hémicycle parlementaire, souligner l’orientation sexuelle d’un orateur pour le dénigrer, surtout si cette dernière est supposément le “fondement” d’un “système hétéro-normatif”, patriarcal et oppressif. Quant à l’homme (le mâle), il est devenu l’ennemi à abattre dans certains milieux dits de libération. S’il est inconvenant qu’un député réponde à une députée en stipulant le fait qu’elle est une femme et que, donc, elle ne sait pas de quoi elle parle, l’inverse devient tout à fait possible et, de fait, vient d’avoir lieu.

Le précédent Obono

Mme Vanceunebrock affiche fièrement son homosexualité et le fait de s’être rendue en Belgique pour bénéficier de la loi belge sur la PMA et avoir deux enfants. Que diraient nos ligues de vertu féministes ou LGBT, si un député mal embouché commençait d’interpeller Mme Vanceunebrock en pointant, goguenard, son homosexualité, son athéisme, sa situation socialement favorisée lui permettant d’aller faire en Belgique ce qui était encore illégal en France ? 

Nous n’avons pour le moment entendu aucun porte-parole de LFI ou du mouvement LGBT, aucun représentant d’association anti-raciste ou contre les discriminations en tous genres, dire son désaccord avec le procédé de cette députée consistant à distinguer le genre, l’orientation sexuelle, la couleur ou la religion de l’adversaire pour déconsidérer d’emblée ses arguments dans le cadre d’une discussion parlementaire. Les journaux les plus avertis n’ont pas rapporté l’incident. LREM ne bronche pas. Le président de la République n’a pas téléphoné à M. Breton. Il faudra s’en souvenir. 

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Les mêmes avaient été tellement émus, avaient versé tant de larmes et poussé tant de cris lorsqu’il s’était agi d’une députée salie par le « racisme décomplexé » (Libération), poussée dans « les coulisses nauséabondes de Valeurs actuelles » (Les Inrocks), etc., qu’une manifestation avait été organisée pour défendre « les valeurs de la République » et pour lutter contre le racisme. Si soutien il y a eu en faveur de Xavier Breton, il a été si discret que nous n’en trouvons trace à peu près nulle part. Il semble donc acquis qu’on peut dorénavant s’adresser à un représentant du peuple en commençant, pour le discréditer, par rappeler son sexe, son genre, sa couleur de peau, son orientation sexuelle et sa religion. C’est bon à savoir. Et ça nous promet de belles joutes oratoires.

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