Après l’agression de Michel Zecler et alors que la loi «sécurité globale» est critiquée, le ministre de l’Intérieur a été invité à s’exprimer sur le maintien de l’ordre en France. Lors de son audition à la Commission des lois, Gérald Darmanin a dressé la semaine dernière la liste des sept “pêchés capitaux” de la police nationale: le manque de formation initiale / la faiblesse de l’encadrement dans la rue / le manque de moyens matériels (1 milliard est prévu pour rénover locaux et flotte automobile) / le manque d’effectifs / l’IGPN, à laquelle on envisage de placer une personnalité indépendante à la tête / et enfin, le divorce avec la population.

Que penser des annonces du ministre et de cette nouvelle philosophie?


Ainsi donc, le révérend père Darmanin, appelé au chevet d’une police semble-t-il promise aux feux de l’enfer, pense pouvoir l’exorciser en nommant et en guérissant chacun des péchés capitaux dont cette pécheresse d’un nouveau genre souffrirait. Il est dommage, au demeurant, que d’autres pans de son ministère, qui dysfonctionnent ô combien davantage, n’aient pas autant attiré son attention. Pour un observateur avisé, il semble pourtant que la Préfectorale, et plus encore son cortège de seconds couteaux sortis des Instituts Régionaux d’Administration, posent pourtant largement plus de problèmes dans le fonctionnement quotidien de son ministère. Mais passons.

Le premier péché de cette coupable police serait le manque de formation. Il faut dire que former les gens, c’est très tendance, c’est même un véritable business chez les gens qui ont tout fait pour éviter de mettre en pratique ce à quoi ils prétendent former. C’est juste que ça ne résiste pas toujours à l’épreuve du feu.

Darmanin veut une formation initiale plus importante

En premier lieu, s’agissant de la formation initiale, l’inquisiteur omet curieusement de dire que le nombre de candidats, et donc le niveau de recrutement, se sont effondrés, contraignant actuellement à prendre n’importe qui ou presque. Grâce doit en être rendue à la couverture médiatique partiale des actions de police depuis le début des gilets jaunes, et à l’incapacité de l’État à défendre publiquement les policiers, à rappeler les lois, et à obliger à leur application. Et quand un président de la République se permet, le 5 décembre suivant, d’expliquer que la police contrôle au faciès, on peut s’attendre à ce que la crise des vocations soit durable, surtout au tarif horaire où l’on paie les policiers. On en est, c’est dire, à diffuser des messages en interne au ministère de l’Intérieur pour proposer à de simples administratifs de devenir gardiens de la paix. On peine donc à voir comment une formation initiale plus pointue, plus complète, sera convenablement absorbée par des élèves d’un niveau moindre.

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L’état des effectifs est même tel que les réservistes, ceux-là même dont Darmanin veut augmenter le nombre, sont devenus indispensables au fonctionnement de l’institution : actuellement, sans réservistes, la police nationale serait dans l’incapacité d’assurer son fonctionnement quotidien normal dans nombre de départements métropolitains. Autant dire qu’en cas d’imprévu majeur, la machine bloquera aussitôt.

La peur de la bavure

En outre, il se trouve que la police est un métier en prise directe avec la réalité, loin des théories et plans tous faits, de sorte qu’on ne peut, au final, s’y vraiment former qu’en l’exerçant réellement, sur le terrain, dans des conditions suffisamment bonnes pour qu’elles ne soient pas un obstacle. En plus d’une nombre de fonctionnaires suffisant, ce qu’il n’est donc pas, cela passe par l’octroi de moyens adéquats, promis par ce ministre comme par les précédents ; c’est dire s’il y a loin de la coupe aux lèvres. On peut parier que comme à l’habitude, les directions spécialisées telle la Direction Centrale de la Police Judiciaire, en capteront l’essentiel, sans bénéfice mesurable pour le public, alors que la police du quotidien, la Sécurité Publique, ne touchera qu’une portion congrue. La seule vraie surprise serait que pour une fois, la priorité d’attribution soit inversée ; cela ne permettrait de toute façon que de renouveler un parc de véhicules obsolètes et en nombre insuffisant.

Mais de bonnes conditions de travail passent avant tout pa

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