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Et voici que s’avance l’inquisition policière

Les sept pêchés capitaux de la police nationale

Et voici que s’avance l’inquisition policière
Paris, 5 décembre 2020, débordements lors de la manifestation contre la loi "Securite Globale" © Gabrielle CEZARD/SIPA Numéro de reportage : 00994096_000006

Après l’agression de Michel Zecler et alors que la loi «sécurité globale» est critiquée, le ministre de l’Intérieur a été invité à s’exprimer sur le maintien de l’ordre en France. Lors de son audition à la Commission des lois, Gérald Darmanin a dressé la semaine dernière la liste des sept “pêchés capitaux” de la police nationale: le manque de formation initiale / la faiblesse de l’encadrement dans la rue / le manque de moyens matériels (1 milliard est prévu pour rénover locaux et flotte automobile) / le manque d’effectifs / l’IGPN, à laquelle on envisage de placer une personnalité indépendante à la tête / et enfin, le divorce avec la population.

Que penser des annonces du ministre et de cette nouvelle philosophie?


Ainsi donc, le révérend père Darmanin, appelé au chevet d’une police semble-t-il promise aux feux de l’enfer, pense pouvoir l’exorciser en nommant et en guérissant chacun des péchés capitaux dont cette pécheresse d’un nouveau genre souffrirait. Il est dommage, au demeurant, que d’autres pans de son ministère, qui dysfonctionnent ô combien davantage, n’aient pas autant attiré son attention. Pour un observateur avisé, il semble pourtant que la Préfectorale, et plus encore son cortège de seconds couteaux sortis des Instituts Régionaux d’Administration, posent pourtant largement plus de problèmes dans le fonctionnement quotidien de son ministère. Mais passons.

Le premier péché de cette coupable police serait le manque de formation. Il faut dire que former les gens, c’est très tendance, c’est même un véritable business chez les gens qui ont tout fait pour éviter de mettre en pratique ce à quoi ils prétendent former. C’est juste que ça ne résiste pas toujours à l’épreuve du feu.

Darmanin veut une formation initiale plus importante

En premier lieu, s’agissant de la formation initiale, l’inquisiteur omet curieusement de dire que le nombre de candidats, et donc le niveau de recrutement, se sont effondrés, contraignant actuellement à prendre n’importe qui ou presque. Grâce doit en être rendue à la couverture médiatique partiale des actions de police depuis le début des gilets jaunes, et à l’incapacité de l’État à défendre publiquement les policiers, à rappeler les lois, et à obliger à leur application. Et quand un président de la République se permet, le 5 décembre suivant, d’expliquer que la police contrôle au faciès, on peut s’attendre à ce que la crise des vocations soit durable, surtout au tarif horaire où l’on paie les policiers. On en est, c’est dire, à diffuser des messages en interne au ministère de l’Intérieur pour proposer à de simples administratifs de devenir gardiens de la paix. On peine donc à voir comment une formation initiale plus pointue, plus complète, sera convenablement absorbée par des élèves d’un niveau moindre.

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L’état des effectifs est même tel que les réservistes, ceux-là même dont Darmanin veut augmenter le nombre, sont devenus indispensables au fonctionnement de l’institution : actuellement, sans réservistes, la police nationale serait dans l’incapacité d’assurer son fonctionnement quotidien normal dans nombre de départements métropolitains. Autant dire qu’en cas d’imprévu majeur, la machine bloquera aussitôt.

La peur de la bavure

En outre, il se trouve que la police est un métier en prise directe avec la réalité, loin des théories et plans tous faits, de sorte qu’on ne peut, au final, s’y vraiment former qu’en l’exerçant réellement, sur le terrain, dans des conditions suffisamment bonnes pour qu’elles ne soient pas un obstacle. En plus d’une nombre de fonctionnaires suffisant, ce qu’il n’est donc pas, cela passe par l’octroi de moyens adéquats, promis par ce ministre comme par les précédents ; c’est dire s’il y a loin de la coupe aux lèvres. On peut parier que comme à l’habitude, les directions spécialisées telle la Direction Centrale de la Police Judiciaire, en capteront l’essentiel, sans bénéfice mesurable pour le public, alors que la police du quotidien, la Sécurité Publique, ne touchera qu’une portion congrue. La seule vraie surprise serait que pour une fois, la priorité d’attribution soit inversée ; cela ne permettrait de toute façon que de renouveler un parc de véhicules obsolètes et en nombre insuffisant.

Mais de bonnes conditions de travail passent avant tout par le fait qu’un policier, quand il est amené à se défendre ou à utiliser la violence légitime pour maîtriser un voyou, ne devrait pas avoir en premier lieu à l’esprit la peur de la réaction de sa hiérarchie et de la justice, qui en cas de problème, le soupçonneront d’emblée d’avoir failli. Car c’est ça, la hantise du policier de voie publique, la seule chose à laquelle on le forme, et même on le déforme, encore et encore jusqu’à que cette crainte soit omniprésente : la peur de la bavure, la peur de ne pas être en légitime défense quand il se bat, quand il tire, etc… C’est cette peur-là qui a sans doute paralysé l’un des trois policiers intervenant sur l’assassinat de Samuel Paty, l’empêchant de tirer alors que les conditions de la légitime défense étaient réunies. 

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Qui donc va former la hiérarchie et les magistrats aux difficultés de la police de terrain ? Va-t-on donner une arme et un uniforme à un magistrat durant six mois, pour en faire le premier intervenant sur toutes les situations, charge à lui de les gérer, pour comprendre de quoi il retourne ? Non ? Alors il n’y a aucun miracle à attendre : dans la police, la formation continue sert depuis des décennies à couvrir l’administration face aux erreurs d’un agent, et est utilisée dès que faire se peut par la Justice contre ce même agent, en lui reprochant de ne pas avoir décidé en un quart de seconde, d’agir comme on le lui avait expliqué, dix ans auparavant, autour d’une table.

Lâcheté de l’Etat et de la justice

Et d’ailleurs, à quoi bon former des policiers aux lois, puisqu’elles ne sont plus appliquées sur le territoire ? À quoi bon les former au Code de Procédure Pénale, puisque les voyous ressortent libres plus vite qu’ils sont interpellés ? À quoi bon les former à l’Ordre Public, puisqu’on laisse des manifestations illégales, ou qui le deviennent, se tenir et détruire biens publics et privés sans intervenir ? Le policier est formé à la théorie, et la lâcheté perpétuelle de l’État aboutit à une pratique totalement contraire. Alors on va les former à quoi ? À encaisser des boulons en pleine tête ? À moins brûler quand ils reçoivent un cocktail Molotov ? À s’enfuir plus rapidement ? 

Visiblement, la seule réponse prévue à la non-application des lois en matière de droit des manifestations, et aux tentatives d’homicides volontaires sur les policiers et gendarmes dont ces événements sont l’occasion, est d’augmenter le nombre de fonctionnaires dédiés à la gestion du Maintien de l’Ordre. Non, correction : à la gestion des attroupements armés et autres émeutes qui se tiennent impunément dans les rues de nos villes. Il ne s’agit pas d’empêcher que les Forces de l’Ordre soient décimées : juste de garantir leur renouvellement sur la ligne de front. Une stratégie digne des maréchaux de 1914, que la police appréciera à sa juste valeur.

On passera rapidement sur ce qui a été dit sur l’IGPN, inspection qui est sans contestation possible la plus féroce de toutes les administrations de l’État, et que seuls les gauchistes et les experts de salon avachis qui peuplent les réseaux sociaux, peuvent imaginer complaisante avec les fonctionnaires de police. Le problème vient de ces imbéciles qui croient pouvoir se permettre d’avoir une opinion sur un sujet auxquels ils ne comprennent rien.

Remettre des cadres en soutien des forces sur le terrain

Non, si l’on doit retenir quelque chose qui pourrait avoir un résultat positif dans le quotidien des policiers de terrain, c’est tout d’abord l’idée de remettre des cadres sur la voie publique, dont ils ont complètement disparu pour aller peupler des bureaux où ils alignent des chiffres dans des colonnes, alors même que leur présence aux côtés des troupes serait plus précieuse que jamais. Le commandement doit aussi s’exercer au feu, ou alors il n’a pas de raison d’être. 

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Mais encore faudrait-il que les lois soient de nouveau appliquées, faute de quoi les mêmes causes continueront à produire les mêmes effets. Encore faudrait-t-il que ces cadres puissent avoir une latitude d’action, une autonomie décisionnelle, et surtout que la carrière d’un homme de terrain soit valorisée par rapport à celle d’un rat d’état-major. Or, les risques disciplinaires qui pèsent depuis peu sur Patrick Vissier-Bourdon, Commissaire de Police du 91 issu du rang, et donc l’un des rares vrais policiers au sein de ce corps de sous-hauts-fonctionnaires timorés, parce qu’il a donné une interview au Figaro pour expliquer le quotidien de ce métier, en sont le signal contraire.

Tous filmés

Et puis, enfin, il y a la caméra piéton individuelle, qui est sans doute la meilleure mesure individuelle de protection proposée dans le sermon de Darmanin. Loin d’être un moyen de flicage des policiers comme les plus anciens le pensaient au début, c’est devenu pour chacun d’eux le seul moyen d’assurer ses arrières face à la lâcheté du politique et de la haute hiérarchie. Mais attention, pas simplement pour que le policier puisse se défendre de fausses accusations : tout autant pour qu’il puisse en disposer librement pour traîner devant les tribunaux toute personne qui l’accuserait à tort. Et comme nous sommes à présent dans cette société où l’image est reine, le contenu de ces vidéos doit pouvoir être présenté comme preuves de tout délit ou crime, puis que c’est comme cela que les subversifs et les voyous les utilisent déjà. L’égalité de droits n’est pas au seul bénéfice des nuisibles.

Quant au lien avec la population… Se demander si la confiance du peuple envers la police est rompue n’est franchement plus d’actualité : il vaut mieux commencer à se demander combien de temps la police supportera encore une population et des médias qui ignorent tout de ce qui se passe mais prétendent demander des comptes, avant de mettre les crosses en l’air et de laisser les choses se faire sans elle.


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