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La Syrie des deux Assad était-elle réellement laïque?

La chute du régime Assad en 2024 marque la fin d’une longue ère d’un demi-siècle durant laquelle sous couvert de laïcité et de nationalisme arabe, le Parti Baas a en réalité instauré un pouvoir confessionnel fondé sur l’armée et les minorités, transformant la religion en instrument de légitimation politique. Analyse.


Le 8 décembre 2024, le Proche-Orient apprenait la chute du régime de Bachar Al-Assad et l’arrivée au pouvoir d’Abou Mohammad al-Jolani, nom de guerre Ahmed al-Charaa. Un journaliste syrien résuma l’événement par un cri resté célèbre : « À 6h18, la Syrie est désormais sans Bachar Al-Assad ! ». Ainsi prenait fin le régime fondé 54 ans plus tôt par Hafez Al-Assad, arrivé au pouvoir par le coup d’État du 16 novembre 1970, qu’il avait lui-même baptisé « Mouvement correctif ».

Minorités inquiètes

L’avènement d’un nouveau régime issu du djihadisme réjouissait certains et inquiétait d’autres. Après tout, le nouvel homme fort de la Syrie traînait un passé difficile à assumer : membre d’Al-Qaïda en Irak au début des années 2000, il fonde en 2012 le Front al-Nosra (Jabhat al-Nosra) en Syrie avec le soutien direct du réseau d’Oussama ben Laden. En juillet 2016, il annonce la rupture officielle avec Al-Qaïda et rebaptise son organisation Jabhat Fatah al-Sham. Quelques mois plus tard, en janvier 2017, plusieurs factions rebelles fusionnent pour former Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), dont Ahmed al-Charaa devient l’émir. Voir un tel homme présider au destin de la Syrie a ravivé un vieux débat. Déjà dans les années 1980, ensanglantées par les conflits avec les Frères musulmans syriens, comme au cours de la guerre civile déclenchée en 2011, nombreux furent ceux qui considéraient le régime Assad comme laïc et donc protecteur des minorités religieuses et le soutenaient, y voyant un rempart contre l’islamisme. Mais ce régime était-il réellement laïc ? Et le Parti Baas arabe socialiste a-t-il jamais incarné l’idéal de laïcité qu’il revendiquait ? La réponse est deux fois non.

Hafez el-Assad, lui-même, a été profondément nourri par l’idéologie baasiste, qui lui offrait un cadre de légitimité nationale et sociale propre à rompre avec l’ancien ordre dominé par les notables sunnites urbains. Cependant, il n’a pas hésité à transformer ce cadre idéologique en instrument de conquête et de consolidation d’un pouvoir personnel et militaire. Au-delà de cette instrumentalisation, il faut rappeler que Michel Aflak, fondateur du Baas, bien que chrétien, avait dès l’origine inscrit le mouvement dans une vision où l’islam occupait une place centrale. En d’autres termes, cette idéologie se réclamant de la laïcité reposait sur un postulat explicite: l’impossibilité de dissocier l’identité arabe de la religion musulmane. Ainsi, le baasisme, loin d’être un projet strictement sécularisé, articulait dès sa genèse nationalisme et spiritualité, ce qui en faisait une laïcité d’apparence plus que de substance.

Revenons un peu en arrière. Le Parti Baas arabe socialiste résulte de la fusion, en 1952, de deux formations : le Mouvement de la Baas arabe, fondé par Michel Aflak, créé officieusement en 1943 et officiellement constitué en 1947, et le Parti arabe socialiste fondé en 1951 par Akram Hourani.

En 1943, Michel Aflak lança le mouvement Baas arabe par un discours à tonalité antimatérialiste : « Nous, fils du Baas, représentons l’esprit de cette nation face au matérialisme qui a envahi le monde. » L’année suivante il a pris un pas en avant. Dans un célèbre discours prononcé au grand amphithéâtre de l’Université de Damas, en hommage à Mahomet, le fondateur de l’islam, intitulé « En mémoire du Prophète arabe», dans lequel il déclara : « Mahomet fut tout entier les Arabes ; que tous les Arabes soient aujourd’hui Mahomet. » Le nom même du mouvement, Baas, qui signifie « Résurrection », relève du vocabulaire théologique et renvoie à la vie après la mort. En effet, bien qu’il fût chrétien orthodoxe, Aflak revendiquait l’islam comme faisant parti intégral et essentiel de la renaissance spirituelle et morale de la nation arabe.

Quant à l’autre cofondateur, Akram Hourani, voisin et un temps proche du président syrien Adib Chichakli, il fut bientôt persécuté par ce dernier, soucieux d’empêcher que son Parti arabe socialiste ne devienne une force concurrente du pouvoir. Contraint à l’exil, Hourani finit par fusionner son mouvement avec le Mouvement du Baas arabe, donnant naissance au Parti Baas arabe socialiste. Il y apporta une dimension nouvelle, un discours ouvertement populiste et social, fondé sur l’alliance avec les classes opprimées et sur la perspective d’une véritable révolution sociale, avec comme mesure phare (et très dans l’air du temps) la revendication d’une réforme agraire.

Marginalisation des vrais laïcs

En réalité, ces « classes opprimées » désignaient avant tout les minorités musulmanes chiites, alaouites, druzes et ismaéliennes, historiquement marginalisées et parmi les plus pauvres du pays. Quant aux paysans sunnites démunis et aux tribus bédouines, plus dispersés à travers le territoire, ils se rallièrent souvent à d’autres courants nationalistes, notamment au nassérisme. Le taux d’analphabétisme y demeurait particulièrement élevé, ce qui limita leur participation politique et leur capacité d’organisation. Ces groupes envoyaient massivement leurs enfants dans l’armée, contrairement à la bourgeoisie sunnite et chrétienne, qui cherchait le plus souvent à éviter le service militaire, n’hésitant pas parfois à payer une compensation pour en être exemptée. Derrière le discours égalitaire de Hourani se dessinait ainsi une transformation sociale silencieuse, où l’armée devenait le vecteur d’ascension des périphéries religieuses et rurales au cœur du pouvoir syrien. Derrière le discours de Hourani se profilait ainsi une logique de mobilisation confessionnelle plus qu’une véritable théorie de la lutte des classes.

Cette logique de mobilisation confessionnelle prit corps après la chute du régime d’Adib Chichakli en 1954, qui marqua la disparition progressive de la classe politique laïque incarnée par Fares al-Khoury, seul chrétien à avoir dirigé un gouvernement syrien et ardent défenseur d’un État laïque, opposé à la fois aux Frères musulmans et au panarabisme nassérien. Dans le même temps, d’autres figures issues de la bourgeoisie sunnite, telles que Khalid al-Azm, furent à leur tour marginalisées, ouvrant la voie à une recomposition du pouvoir au profit des élites militaires et des minorités religieuses, qui allaient bientôt dominer les institutions syriennes.

Une fable nationale est parfois plus révélatrice qu’un fait historique. Dans les années 1950-1960 et surtout après la morte d’al-Khoury en 1962, apparait l’histoire de sa prière à l’ONU en 1945. Selon le récit populaire, alors que les délégués des puissances coloniales débattaient du sort du mandat français sur la Syrie, Fares al-Khoury, chrétien protestant, se serait avancé dans la salle du Conseil de sécurité, aurait déroulé un tapis et accompli une prière musulmane, pour rappeler la profonde appartenance de la Syrie à la civilisation arabo-islamique et affirmer l’unité nationale au-delà des confessions. Cette histoire n’apparaît dans aucun document officiel de la conférence de San Francisco ni dans les archives diplomatiques de l’époque, et relève davantage de la légende politique mais témoigne de ce besoin de légitimer l’appartenance d’un chrétien à la nation arabe par un lien avec l’islam.

Le coup d’État du 8 mars 1963 porta le Parti Baas au pouvoir et concrétisa le projet d’Akram Hourani, fondé sur une alliance entre le Baas et les classes ainsi que les minorités longtemps marginalisées. Le pouvoir militaire passa alors aux mains d’officiers issus de ces milieux, principalement alaouites tels que Salah Jadid, Mohammad Omran et Hafez al-Assad, mais aussi druzes et ismaéliens comme Salim Hatoum et Abdel Karim al-Jundi. Quant aux officiers sunnites issus des campagnes ou des tribus bédouines, tels que Jassem Alwan, ils furent rapidement écartés du pouvoir après leur tentative de coup d’État du 18 juillet 1963, inspirée par le courant nassérien et soutenue de manière officieuse par Le Caire.

Conclusion

Au-delà des discours et des messages de propagande, la Syrie des Assad père et fils n’a donc jamais été véritablement laïque. Le régime se drapait dans le vocabulaire du sécularisme pour mieux masquer une politique confessionnelle. Sous couvert d’unité nationale et de socialisme arabe, l’appareil baasiste a fait de l’armée un ascenseur social pour les minorités, substituant à la laïcité une coalition d’intérêts communautaires solidement encadrée par le parti et les services de sécurité. De Hafez à Bachar, la religion n’a jamais disparu du politique. Elle s’est tout simplement muée en instrument de contrôle, en langage de légitimation et en outil de survie.

La chute de 2024 ne vient donc pas clore une expérience laïque, mais sceller l’échec d’un demi-siècle d’ambiguïtés, où le discours du Baas sur la modernité et l’unité arabe n’aura servi qu’à dissimuler la domination d’un système confessionnel d’État.

Shein au BHV, taxe sur les petits colis: les vieilles peurs du commerce français

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L’annonce du partenariat entre le BHV et Shein a déclenché une vague de réactions où se mêlent nostalgie, inquiétude et une certaine méfiance de principe. Une panique morale qui conduit souvent à l’outrance, à l’autoritarisme, et, spécialité française… à de nouvelles taxes. Ainsi de celle sur les petits colis, censée protéger nos commerçants de la déferlante asiatique mais qui pourrait bien, paradoxalement, accentuer encore leurs difficultés.


Rhétorique de la forteresse assiégée

L’ancien patron de Système U et actuel ministre des PME, du Commerce et de l’Artisanat, Serge Papin, a été parmi les premiers à s’émouvoir du partenariat entre le mastodonte chinois et la très prestigieuse adresse parisienne. « Nous sommes en train de nous faire envahir », a-t-il averti, n’hésitant pas à avoir recours à la rhétorique de la forteresse assiégée. Il y a quelque chose de tout à fait « soviétoïde » dans l’affirmation de Bercy selon laquelle « l’intention de Serge Papin est de rouvrir le dossier et de voir comment il serait possible d’empêcher cette collaboration ». La France, où la liberté d’association serait remise en cause ? La France, où un secteur tenu par quelques familles pourrait faire barrage à des choix éclairés de marques et entreprises privées en s’appuyant sur tous les relais économiques et administratifs du pays ?

Les propriétaires du BHV, Frédéric et sa sœur Maryline Merlin, n’ont pas cherché à déplaire à monsieur Papin, ils ont fait un pari : celui que commerce physique et numérique ne sont plus des mondes séparés, mais les deux faces d’une même économie. Ouvrir un espace Shein dans le BHV, c’est admettre qu’une partie de la clientèle d’aujourd’hui — jeune, connectée, exigeante sur les prix — ne se reconnaît plus dans le grand magasin d’hier. Il n’est pas sûr que ce pari soit sans risques ; mais il a au moins le mérite d’assumer la modernité du moment.

Car le modèle Shein n’a pas grand-chose à voir avec celui des enseignes de fast-fashion des années 2000, comme Kiabi ou Zara. Sa force réside dans la production à la demande : fabriquer en fonction de la demande réelle, en petites séries, sans stock inutile. En somme, une mode de grande consommation plus réactive qu’industrielle — et, paradoxalement, moins gaspilleuse que celle d’hier, car elle ne génère presque pas d’invendus.

Pas de pétrole… et de moins en moins d’idées

À en croire certains, Shein serait responsable de la désertification des centres-villes, de la perte de souveraineté économique et du déclin du textile français. Mais ces maux sont bien antérieurs à l’essor du e-commerce. Les hypermarchés, dont Serge Papin fut l’un des grands patrons, avaient déjà aspiré la vitalité des petits commerces ; la fiscalité, les loyers et la centralisation urbaine ont fait le reste.

A lire aussi: Ultra fast-fashion: fin du game?

La crise du commerce de proximité n’est pas chinoise, elle est française. Dans Le JDD, le négociant en vin international spécialiste des marchés asiatiques, Jean-Guillaume Remise, le rappelait à juste titre : « L’arrivée de Shein ou Temu n’est pas la cause du déclin, mais un symptôme d’une transformation plus profonde. » Autrement dit, ce n’est pas Shein qui a dévitalisé le commerce français, c’est notre incapacité à en réinventer les modèles. À produire des idées neuves, et à les mettre en pratique.

Des pages du site Web Shein, à gauche, et du site Temu, à droite © Richard Drew/AP/SIPA

À chaque problème sa taxe

Dans ce contexte, il est d’autant plus ironique d’entendre certains prôner de nouvelles taxes nationales sur les petits colis importés. Présentée comme une mesure de “justice économique”, la taxe de deux euros appliquée sur chaque article présent dans les colis d’une valeur de moins de 150 euros importés depuis l’extérieur de l’Europe, pèsera surtout sur les consommateurs les plus modestes — ceux pour qui l’achat en ligne n’est pas un choix de confort, mais une nécessité budgétaire. Là encore, Serge Papin plaide pour une moralisation du commerce, sans voir que la morale coûte cher à ceux qu’elle prétend défendre.

Mais, de façon tout à fait contreproductive, les petits commerçants risquent eux aussi d’en payer le prix : utilisant les mêmes canaux logistiques que les plateformes étrangères pour leurs importations, ils verront leurs coûts grimper, leur compétitivité s’éroder, et leurs marges se réduire, face à des concurrents qui n’auront pas à s’acquitter de cette taxe.

Shein n’est pas un modèle à suivre aveuglément, ni un danger à conjurer à tout prix. C’est un symptôme, parfois inquiétant, souvent éclairant, d’un monde où la compétitivité prime sur la nostalgie. Les Merlin, en l’accueillant, ont pris un risque : celui de vivre avec leur temps. Le reste du commerce français est-il, de son côté, encore capable de se battre autrement qu’à coups de sermons ? Les indignations passent, les transformations, elles, s’installent.

Le 7-Octobre, une nouvelle fracture pour la société française?

Dans l’ouvrage collectif 7 octobre, une fracture française, dix-sept contributeurs interrogent les conséquences de cette journée fatidique sur la société française, démêlent les confusions régnantes concernant l’islam, l’islamisme, la cause palestinienne ou le djihad, et proposent des actions très concrètes.


Une terrible inversion accusatoire

Georges Bensoussan rappelle, dès la préface, qu’en 1939, le IIIᵉ Reich avait déjà inversé les rôles en accusant les Juifs d’avoir « déclaré la guerre à l’Allemagne ». Laurence Croix, maîtresse de conférences à l’université depuis trente ans, raconte son expérience au sein de l’institution et dit avoir lu, cinq jours seulement après l’attaque du Hamas, ces mots sur les murs de son université: « Israël assassin ».

Mais l’inversion victimaire peut également être chronologique, comme l’indique Michèle Tribalat: par exemple, lorsque la presse rapporte une riposte israélienne avant d’évoquer l’attaque terroriste qui l’a provoquée — quand elle n’oublie pas tout simplement d’en parler…

Le préfacier ajoute que si le crime a réellement eu lieu, c’est qu’il profite, dans ce cas, à sa victime. « Ici, l’inversion du réel entre dans une zone de folie collective qui ruine toute possibilité d’enseignement. » C’est pourquoi il estime essentiel de remettre à l’endroit « la stupéfiante réécriture “néocoloniale” de cette histoire », et commence par rappeler ce que signifient dhimmitude et djihad.

Nature et stratégies du djihad

C’est à cela que s’emploie Bat Ye’or : « À l’époque des grandes conquêtes, les armées bédouines musulmanes soumirent en un siècle des territoires s’étendant de l’Espagne jusqu’à l’Indus. » Juifs et chrétiens furent confrontés à ces deux réalités que sont le djihad et la dhimmitude pendant quatorze siècles. « Le djihad est une doctrine guerrière théologique qui prescrit des buts, des stratégies et des tactiques militaires structurés par une juridiction religieuse. Son but est d’imposer sur toute la terre la loi d’Allah et la suppression de la “mécréance”. » Parmi ses stratégies : « attiser ou instrumentaliser les conflits entre États chrétiens afin que le camp de la mécréance s’autodétruise de lui-même. » Cela passe naturellement par le refus de la culture du mécréant et, donc, par le refus de l’assimilation à celle-ci. D’autre part, « par le djihad, les musulmans se réapproprient les pays qui leur sont destinés mais que les nations mécréantes détiennent illégalement ». Les autochtones mécréants apparaissent dès lors comme des « occupants ». Ce qui faisait dire à Yasser Arafat que « la paix, pour nous, signifie la destruction d’Israël ». Bat Ye’or précise que ces interprétations du djihad sont présentes chez les théologiens et historiens musulmans dès le VIIᵉ siècle !

Statut du dhimmi

« Le mot dhimmitude vient, lui, du mot dhimmi, qui veut dire “protégé”. Protégé non par amitié, mais comme ennemi vaincu de guerre, échappant à la mort ordonnée par le djihad. Cette protection est conditionnelle à une soumission et peut être abrogée. » Cette protection, qui visait aussi d’autres populations, n’empêchait pas les pogroms d’avoir lieu et restreignait également les droits des minorités. Georges Bensoussan rappelle cette signification d’Israël, trop longtemps oubliée, pour les Juifs vivant en terre d’islam : l’émancipation de ce statut de dhimmi.

Frères musulmans et construction du « peuple palestinien »

Pierre-André Taguieff livre une genèse des Frères musulmans en rappelant qu’en 1937-1938, Hassan al-Banna, un des cofondateurs, n’hésitait pas à dire : « À une nation qui perfectionne l’industrie de la mort et qui sait comment mourir, Dieu donne une vie fière dans ce monde et la grâce éternelle de la vie à venir. » Et l’on lisait déjà, dans le point 5 du credo des Frères musulmans, entériné par le IIIᵉ Congrès des Frères en mars 1935 : « La bannière de l’islam doit couvrir le genre humain. » Il est montré par la suite comment, des Frères musulmans à des responsables politiques tels que Yasser Arafat, l’idée de nation fut d’une extrême ambiguïté, voire inexistante, sauf à être utilisée stratégiquement.

A lire aussi: Trump et le Proche-Orient: qu’est-ce que la «paix par la force»?

Le chef de l’OLP déclarait le 26 janvier 2002 : « Nous ne défendons pas la Palestine en tant que Palestiniens. Nous la défendons plutôt au nom de la nation arabe, au nom de la nation islamique. » Ainsi se dévoilait nettement l’islamisation profonde de la cause palestinienne.
Et si le terme « nation » demeure encore, de manière résiduelle, la Oumma est appelée à le remplacer. Le philosophe en déduit très logiquement qu’il nous faut « sortir de la mythologie palestiniste, et pour cela reconnaître d’abord que les Palestiniens ne constituent pas un “peuple” en quête d’un État-nation indépendant et souverain. »

Du reste, Zaheir Muhsein, membre de l’OLP, le disait déjà le 31 mars 1977 : « Le peuple palestinien n’existe pas. La création d’un État palestinien n’est qu’un moyen de poursuivre notre lutte contre l’État d’Israël pour notre unité arabe. Ce n’est que pour des raisons politiques et tactiques que nous parlons aujourd’hui de l’existence d’un peuple palestinien. »

Islam et islamisme : questions et réponses

Matthias Küntzel, de son côté, enjoint à prendre la Charte du Hamas très au sérieux, à en voir les liens évidents avec le nazisme, et démonte méthodiquement l’interprétation selon laquelle le massacre du 7 octobre aurait été une réponse à cinquante-six ans d’occupation.

Alexandre Feigenbaum, quant à lui, montre comment certains intellectuels marxistes contribuent aux narratifs djihadistes.

Fadila Maaroufi et Razika Adnani témoignent de la violence intrafamiliale musulmane, qui se défoule sur un bouc émissaire et se transmet de génération en génération. Elles interrogent également la possibilité d’un « islam qui ne serait pas un islamisme », en y répondant chacune différemment.

Sonya Zadig les accompagne dans leur réflexion en estimant que le terme « islamisme » « n’est qu’un néologisme franco-occidental inventé pour adoucir la formulation et brouiller les cartes », et en appelle à considérer les musulmans comme des adultes : non des enfants à protéger et à défendre, mais des citoyens à part entière auxquels on peut légitimement poser des questions et demander des comptes.

C’est ce que fait, du reste, Daniel Sibony, qui propose, très courtoisement, une prière et un questionnaire en trois parties à adresser à nos compatriotes musulmans.

Propositions très actuelles

Dans la suite des propositions tout à fait concrètes, Didier Lemaire explique les actions de son association Défendre les serviteurs de la République. Gilbert Abergel indique qu’il existe un Comité Laïcité République et rappelle que la laïcité n’est pas une opinion mais un principe juridique — ce qui fait de la loi notre arme principale. Il est rejoint ici par Barbara Lefebvre, qui veut ériger « un mur de fer législatif », c’est-à-dire un retour à la loi assumée et appliquée, en commençant par l’interdiction du port du voile dans l’espace public, estimant que le voile est le maillon déterminant de tous ceux qui suivent.

Pascal Bruckner, pour sa part, préconise de désigner l’ennemi pour mieux le combattre et, pour cela, de ne pas utiliser le langage de celui-ci lorsqu’il est faussé.

Enfin, Martine Ghnassia et Jean-Charles Goldberg dressent la liste de tous les collectifs et actions nés du 7 octobre, auxquels le lecteur pourra se référer.


7 octobre, une fracture française, préface de Georges Bensoussan, aux Éditions les Umpertinents. 210 pages.

7 octobre

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Le Comte de Monte-Sarko

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Nicolas Sarkozy à la Santé ou la naissance d’un mythe politique moderne


Mardi 21 octobre, Nicolas Sarkozy a été incarcéré à la prison de la Santé. Cette sanction inédite pour un ancien président de la République rappelle, à bien des égards, l’exil à Sainte-Hélène de Napoléon, et laisse à penser qu’à travers cet événement, Nicolas Sarkozy devient un mythe politique moderne.

Jusqu’à présent, Nicolas Sarkozy était, aux yeux des Français, un ancien chef de l’État médiatique aux multiples procès qui, néanmoins, avait toujours suscité passion, rejet, admiration ou haine. Qu’on apprécie ou non le personnage, force est de constater que l’épreuve qu’il traverse, après avoir connu les sommets victorieux et les défaites cuisantes, lui confère une dimension tragique et littéraire, dans la grande tradition française.

Personnalité unique, sanction extraordinaire

Le mythe moderne, en 2025, ne se construit plus dans le sacré, mais dans le spectacle médiatique. La chute d’un homme d’État questionne aussi la justice, la morale, le pouvoir et, in fine, la fatalité du destin. Nicolas Sarkozy ne laisse personne indifférent. Son incarcération est d’une force symbolique rare. Le contraste avec son passé, souvent victorieux, saisissant.

L’institution judiciaire eût été sûrement mieux avisée, et comprise par les citoyens, d’attendre l’appel et la cassation avant de le placer en prison… L’enfermer préventivement, comme si un ancien président de 70 ans pouvait être un danger public semble disproportionné. Il demeure un symbole de l’État qui rejoint la liste des dirigeants (légitimes ou non) français qui ont connu une telle situation : Louis XVI, Napoléon et le maréchal Pétain. Ce qui arrive à Nicolas Sarkozy est une sanction extraordinaire.

Napoléon à Sainte-Hélène, miroir de Nicolas Sarkozy en prison

La comparaison avec l’épopée napoléonienne prend, ici, tout son sens. Napoléon connut deux exils. Le premier, sur l’île d’Elbe, fut celui de l’attente, de la dépression, de l’ennui et de la peur d’être assassiné. Il s’en évada pour l’aventure des « Cent-Jours ». Le second exil, sur l’île de Sainte-Hélène, fut le dernier : six années d’isolement à raconter sa vie, à méditer sur son œuvre et à écrire sa légende pour les générations futures.

A lire aussi : Les juges feront-ils de Sarko un héros?

N’eût-il pas connu ces épreuves, jamais il n’aurait bâti cette image de prophète qui marquerait la postérité. Fils de la Révolution de 1789, Corse de cœur, prodige révélé lors du siège de Toulon en 1793, général victorieux de l’armée d’Italie, Premier Consul qui sut reconstruire la France, puis Empereur vaincu par l’Europe entière, Napoléon connut une chute si retentissante qu’elle continue de hanter les imaginaires.

Comme il l’écrivait à Joséphine en avril 1814 : « Ma chute est grande, mais au moins elle est utile. Je vais, dans ma retraite, substituer la plume à l’épée. L’histoire de mon règne sera curieuse ; on ne m’a vu que de profil, je me montrerai tout entier. Que de choses n’ai-je pas à faire connaître ! »

Nicolas Sarkozy et le « moment Sainte-Hélène »

Nicolas Sarkozy vit, à sa manière, un « moment Sainte-Hélène » qui, toutes proportions gardées, rappelle Napoléon Bonaparte. Si l’on pousse la comparaison, l’épisode de l’île d’Elbe correspond à son retrait après la défaite présidentielle de 2012 avant la tentative de reconquête. Son Waterloo, c’est la grande défaite aux primaires de la droite en 2016 et la fin de sa carrière politique. Aujourd’hui, c’est Sainte-Hélène. Le temps de l’enfermement, de la solitude et de la naissance d’un symbole pour une partie du peuple de droite dont il fut le héros.

Il ne s’agit évidemment pas de confondre les deux hommes. Napoléon demeure un mythe universel, dont l’écho résonnera encore dans des millénaires. Mais, il y a chez Nicolas Sarkozy comme chez l’Empereur, cette même envie et volonté de transformer son destin en légende historico-politique. Napoléon ne devient Napoléon qu’à travers l’infortune de Sainte-Hélène et c’est cette prison à ciel ouvert qui couronne son épopée. De même, Nicolas Sarkozy, par l’épreuve de la détention, tend à devenir un personnage romanesque car enchaîné.

Un mythe politique consacré par la postérité ?

Ce que les juges ignorent et ce que ses détracteurs ne perçoivent pas, c’est que les martyrs, réels ou fictifs, triomphent souvent avec le recul du temps. Le Comte de Monte-Cristo, Edmond Dantès, triomphe par la justice de sa vengeance ; Napoléon, par la victoire morale et historique que lui a accordée la postérité. Lorsque les passions se seront apaisées, on réalisera probablement que Nicolas Sarkozy fut surtout condamné pour l’exemple et pour expier ses affrontements passés avec des juges qui n’ont rien oublié.

L’opinion publique, elle, retiendra l’image d’un président derrière les barreaux et, au-delà de sa personne, le fait que la France et l’État sont atteints. S’il semble inévitable que cet épisode trouble le rapport des Français à l’institution judiciaire, il consacre Nicolas Sarkozy comme un mythe politique moderne qui laissera des traces. À travers lui, la France contemple sa propre histoire.

Encore un effort pour tout détruire…

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Il rêvait de « réinventer la France ». Mais, au milieu des ruines, le président de la République semble plutôt avoir ouvert la voie non pas à sa renaissance mais à une lente destruction, observe notre chroniqueur…


Au mois d’avril 2023, dans son discours de Vendôme, le président de la République a déclaré : « On est dans une période où on refonde, on est en train de réinventer un modèle. C’est plus dur de le réinventer quand tout n’a pas été détruit. »

Cette citation est rapportée par Philippe de Villiers dans son dernier livre Populicide, dans un chapitre ainsi intitulé : « Au-dessus du peuple s’élève un pouvoir immense et tutélaire ».

La méthode de gouvernement d’Emmanuel Macron aurait donc été, pour pouvoir tout refaire de fond en comble, de laisser tout détruire.

J’entends bien qu’une part de provocation n’est pas étrangère à la pensée du président et qu’il ne faut sans doute pas prendre au pied de la lettre cette envie de table rase, de page blanche.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Les juges feront-ils de Sarko un héros?

Il n’empêche que, derrière toute ambition globale, assurée d’elle-même et de son importance pour le pays, il y a probablement ce rêve inouï d’un bouleversement total, ne laissant plus la moindre trace du monde imparfait d’avant, de la France tellement en retard d’hier.

Qu’on se rappelle d’ailleurs le titre du livre qu’a écrit Emmanuel Macron et qui n’annonçait rien de moins qu’une Révolution !

Il est intéressant de constater, sans abuser de la comparaison, que cette aspiration totalitaire a été celle des régimes dictatoriaux — nazisme, communisme chinois, le Cambodge terrifiant — qui prétendaient à bien plus qu’à la politique : une nouvelle humanité débarrassée des péchés anciens.

L’amer paradoxe est que ce propos du président, en 2023, est demeuré lettre morte ; mais il s’en faut de peu pour que la société actuelle ne soit pas engagée dans un processus de lamentable destruction, dans plusieurs domaines capitaux tenant aussi bien à l’identité, au régalien, au vivre-ensemble, à la qualité de la démocratie, à l’économie qu’à notre rôle international. À tel point que personne n’aurait l’optimisme d’Emmanuel Macron quant à la résolution de restaurer après le désastre consommé, mais que tous sont persuadés de l’impossibilité d’une remise en ordre de tout ce qui va mal dans notre pays.

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La destruction qui nous guette n’est pas de celle qui, organisée et créatrice, serait le terreau d’une renaissance — parce que même nos meilleurs politiques ne nous rassurent pas sur leur lucidité et leur courage. Mais, insinuante, progressive, quasiment irrésistible ici, irréversible là, décourageante à force de résistance aux efforts qui cherchent à la réduire, elle représente un poison qui, en 2027, nous tuera si personne ne sort du lot pour nous sauver.

Face à ce délitement sous toutes ses formes, je songe à Jacques Perret — j’ai abusé de la citation — qui se demandait pourquoi on attend d’être au fond du trou pour savoir comment on est arrivé au bord.

Je crains que nous n’ayons même pas besoin d’un effort pour tout détruire. Que le président Macron se rassure : les choses continuent à mal se passer…

Populicide

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Albanie: dites bonjour à Madame Soleil!

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Avec l’arrivée au gouvernement d’un pays européen (l’Albanie) d’un ministre virtuel, l’intelligence artificielle s’empare du domaine de l’activité humaine qu’elle convoite sans doute le plus: le pouvoir exécutif !


Au mois de juillet dernier, l’entreprise américaine Microsoft a publié sur le site de l’Université Cornell une étude1 consacrée aux métiers les plus susceptibles d’être remplacés, dans un avenir proche, par l’intelligence artificielle. Dans la liste des 40 professions identifiées, on retrouvait les traducteurs, les téléopérateurs, les agents de voyage, mais aussi les historiens, les mathématiciens ou encore les écrivains. Les algorithmes de l’IA, capables d’absorber des quantités quasi illimitées d’informations en l’espace de quelques secondes, pourront aisément se substituer aux tâches accomplies par les humains dans les domaines de la communication, de l’interprétation, du calcul et même de la création.

Nine-Eleven : la Big Tech californienne prend le contrôle

Mais, cette vision de notre avenir offerte par le géant de la tech fondé par Bill Gates ne précisait pas le sort réservé aux responsables politiques. Le 11 septembre, le monde a découvert Diella, la nouvelle ministre des Marchés publics du gouvernement albanais et pur produit de l’intelligence artificielle. Dotée d’une apparence de femme agréable, vêtue d’un costume national et d’un foulard sur les cheveux, conformément à la tradition de ce pays majoritairement musulman, la ministre virtuelle a tenu un discours projeté sur grand écran au Parlement pour défendre sa nomination par le Premier ministre socialiste Edi Rama. Ses arguments furent d’une logique implacable : « Les véritables dangers pour les Constitutions n’ont jamais été des machines, mais des décisions humaines prises par des personnes2. »

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Si l’on comprend la colère de l’opposition face à ce coup de communication du parti au pouvoir, on devine aussi la joie que cette première mondiale a suscitée chez certains dans la Silicon Valley. Car, si officiellement Diella est présentée comme la création de l’AKSHI, l’Agence nationale pour la société de l’information d’Albanie, nul doute que ce sont ses célèbres partenaires sur ce projet, Microsoft et Open AI, qui peuvent véritablement revendiquer la paternité de cette œuvre révolutionnaire.

Bienvenue dans l’Uber-politique

Bien que la femme « Soleil » (traduction du prénom Diella en albanais) soit pour l’heure la seule responsable politique au monde à exercer sa fonction à l’aide d’algorithmes de machine learning, il n’est pas impossible que ses concepteurs cherchent à renouveler l’expérience pour d’autres postes gouvernementaux et dans d’autres pays — et pourquoi pas, à terme, la généraliser. Ces vingt dernières années, l’empire du numérique a profondément transformé notre rapport au travail, au commerce, à la culture, à l’information, et surtout nos relations les uns avec les autres. Dans chacun de ces domaines s’est installée une sorte d’ombre permanente : cet univers virtuel qui nous fournit des réponses à tout, immédiatement et en continu. Ce qui, autrefois, exigeait l’effort de notre imagination, de notre réflexion et de notre curiosité, semble désormais accessible en un simple clic.

La déshumanisation de la sphère politique est un pas en avant naturel et inévitable de cette conquête numérique du monde, au moins dans une société qui, jusqu’à maintenant, n’a rien pu opposer au rouleau compresseur de la virtualisation de notre vie quotidienne.

La perspective de voir les frères et sœurs de Diella envahir le terrain politique européen semble d’autant plus crédible au vu de la crise politique actuelle en France. Après avoir brûlé sa dernière cartouche avec la nomination de Sébastien Lecornu au poste de Premier ministre, Emmanuel Macron ne céderait-il pas, à son tour, à la tentation de confier la composition du prochain gouvernement à un Premier ministre virtuel ? OpenAI ou un autre spécialiste du sujet (sur les quinze plus grandes entreprises du secteur par capitalisation boursière, 14 sont américaines, la seule autre étant chinoise3) pourrait-il créer l’algorithme capable de répondre enfin aux aspirations de la gauche comme de la droite ? En d’autres termes, faire ce que le président du « en même temps » promet depuis huit ans et demi, mais en plus efficace ?

La barbarie à visage inhumain

Cet inquiétant jeu de devinettes sur les rôles que l’IA pourra jouer dans la société de demain prêterait presque à sourire, si l’arrivée de Diella ne marquait pas une nouvelle étape dans la subordination (ou, diront certains esprits critiques, la colonisation) du continent européen par les géants du numérique d’outre-Atlantique. Certes, l’Albanie demeure l’un des pays les plus pauvres et les moins développés d’Europe, mais c’est précisément pour accélérer son intégration à l’Union européenne que Diella s’engage à lutter sans relâche contre la corruption et à arbitrer les appels d’offres publics sur la seule base de critères techniques et fonctionnels. Diella défend la cause du Bien, elle promet de rester calme en toutes circonstances, et toujours respectueuse face aux critiques venant de tous bords, un peu comme la patronne de l’Europe Ursula von der Leyen ! 

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Certains citoyens européens se souviennent encore du discours enflammé de la députée Ewa Zajaczkowska-Hernik, à l’été 2024, lorsqu’elle accusa l’Allemande d’être responsable de l’appauvrissement des peuples européens, de la disparition de nos agricultures et des viols de femmes commis par des migrants que la politique de l’UE encourage à venir en masse sur le continent. « Votre place n’est pas à la tête de la Commission européenne, mais en prison ! » avait-elle lancé4, avant de déchirer sous les yeux de sa “patronne” le Pacte vert pour l’Europe. Mais Ursula von der Leyen était restée stoïque face aux accusations de l’élue de droite radicale polonaise, esquissant un sourire forcé avant d’appeler les Européens à « rester unis face aux dangers du monde moderne ».

L’Union européenne ne serait-elle pas, à terme, le cadre réglementaire idéal pour imposer un quota de ministres ou députés virtuels ? La mesure permettrait de réduire les budgets des États ! En plus de filer droit, Diella, à la différence de tous ces politiciens beaux parleurs, travaille gratuitement et sans jamais prendre de repos…

« La mort de l’empathie humaine est l’un des premiers signes d’une culture sur le point de sombrer dans la barbarie », écrivait Hannah Arendt. Les ministres parfaits, incorruptibles et infatigables, issus des entrailles de processeurs surpuissants, auront sans doute toutes les qualités opérationnelles. En revanche, leur chaleur et leur empathie, même s’ils parviennent un jour à s’en procurer, ne seront jamais humaines. Mais notre société donne parfois l’impression de ne plus en avoir besoin. Sommes-nous redevenus des barbares ?


  1. https://www.thehrdigest.com/which-jobs-are-most-likely-to-be-replaced-by-ai-microsoft-chips-in/ ↩︎
  2. https://www.youtube.com/watch?v=vW5PJkOIS50 ↩︎
  3. https://companiesmarketcap.com/artificial-intelligence/largest-ai-companies-by-marketcap/ ↩︎
  4. https://www.youtube.com/watch?v=86UeVXyvevs ↩︎

Paris VIII: la barbarie en amphi

Un rassemblement propalestinien s’est tenu le 15 octobre à l’université Paris-8, durant lequel les intervenants ont refusé de condamner les attaques du 7-Octobre et ont tenu des propos pouvant être considérés comme une apologie du terrorisme. L’université a signalé les faits au procureur de la République, et ouvert une enquête interne. Le ministère de l’Enseignement supérieur a dénoncé un « rassemblement aux relents antisémites » et s’interroge sur la responsabilité de l’université, laquelle affirme avoir été trompée par les organisateurs sur la nature réelle de l’événement… Notre chroniqueur analyse la logique et les dynamiques à l’œuvre dans cette meute islamo-gauchiste.


« Condamnez-vous le 7 octobre ?» Telle est la question. « Non» est la réponse. Quelque trois cents individus dont on veut bien croire qu’on puisse encore les appeler étudiants répondent « non » d’une seule et même voix, si ce n’est du même cœur, car, dans ce genre de moment où un public se mue en populace décérébrée, il faut toujours compter avec l’effet de meute.

Un campus hors contrôle ?

La scène se déroule dans un amphi de l’université Paris VIII, le 15 octobre dernier[1].  Des activistes pro-terroristes en chambre, avançant sous la banderole de la Palestine, tiennent meeting dans ses locaux, tant il est vrai qu’on peut se demander si certaines de nos universités et écoles d’enseignement supérieur sont encore des lieux d’étude, où l’on dispense et acquiert un savoir, ou si ce ne sont plus que de commodes et confortables repaires où se réunissent les anars petits bourgeois d’aujourd’hui que les caves à rats et sous-pentes de la grande époque des Ravachol rebuteraient. Le contribuable paie la lumière, le chauffage, le nettoyage des saloperies, répare les dégradations, finance le fonctionnement de tout ce bazar. Pourquoi se gêner ?

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Il faudrait tout de même un jour se donner la peine de définir le cadre précis de mise à disposition des lieux universitaires de ce pays. Certes l’université a vocation à être – et doit effectivement demeurer – un sanctuaire de pensée libre, encore conviendrait-il que ce qui s’y exprime, qui y est exalté, ait tout de même le moins de différence possible, justement, avec le noble effort de penser. Or, brailler qu’on ne condamne pas la prise d’otages d’innocents, le viol de femmes, le meurtre de jeunes ou de vieillards — et tant d’autres atrocités — n’a manifestement que peu à voir avec l’acte de penser, du moins tel qu’on devrait l’entendre dans le temple du savoir et de la réflexion que prétendent être encore nos universités.

Effet de meute

Est-ce que pris un par un par un, les yeux dans les yeux, obtiendrait-on de ces trois cents participants, trois cents « non » ? J’ai intimement la conviction que le compte n’y serait pas.

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Mais voilà. C’est là qu’intervient le fameux effet de meute. Qu’intervient aussi la manipulation des meneurs, de l’hystérico-barbare qui, à la tribune, lance l’hallucinante question et la menace induite qu’elle recèle car, bien entendu, malheur à l’audacieux, à l’impertinent, à l’individu sain de cœur et d’esprit qui oserait ne pas répondre « non » ! Oui, malheur à lui !

Et c’est bien là que se trouve magistralement illustrée la formule de Roland Barthes énonçant cette vérité à inscrire au fronton de tous les amphis de France : « Le fascisme, ce n’est pas empêcher de dire, c’est d’obliger à dire. » Car c’est effectivement ce à quoi nous assistons toujours et encore à ce genre de meeting, au fascisme en actes et en verbe, tel qu’en lui-même. Les individus présents répondent « non » parce qu’il leur est radicalement impossible de répondre autre chose, d’émettre le moindre bémol, la plus infime réserve. Leur parole est asservie, contrainte, de même que leur pensée. Ils incarnent donc tout le contraire de ce qui devrait constituer le ferment et être l’honneur de l’université, la pensée libre. N’ayant donc rien à faire dans ces murs, ils devraient en être exclus.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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[1] https://www.lepoint.fr/societe/a-l-universite-paris-8-un-meeting-propalestinien-derape-avec-des-propos-polemiques-sur-le-7-octobre-22-10-2025-2601588_23.php

L’antiracisme ou la morale du servage

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Dans une France qui se fragmente et se renie, les travailleurs venus d’ailleurs sont utilisés pour faire tourner l’économie nationale, tout en restant exclus d’une véritable intégration. Ce drame, les idéologues immigrationnistes le maquillent en idéal.


Lorsque Gérald Darmanin explique sur CNews, le 22 octobre à 21 h 301, sur un ton faussement neutre, qu’heureusement que les étrangers sont là pour « ramasser nos poubelles » ou « cueillir les légumes du Vaucluse », il ne commet pas une maladresse : il dit la vérité nue de la France mondialisée.

Une vérité qu’on enrobe de bons sentiments, mais qui demeure implacable : l’immigration est devenue la variable d’ajustement d’un système économique sans honneur.

Sous le vernis de l’universalisme et de l’antiracisme, on entretient un servage moderne.

Terrible mécanique

Les travailleurs venus d’ailleurs, qu’on invoque au nom de la diversité, sont en réalité assignés aux tâches que la société française n’assume plus.

On ne les intègre pas : on les emploie, au sens le plus brutal du terme.

Et pour que cette main-d’œuvre reste abondante, on fait venir toujours plus de monde – quand bien même à peine 15% de l’immigration est réellement de travail.

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C’est une rhétorique à double tranchant :

– d’un côté, elle flatte les élites économiques qui profitent de cette main-d’œuvre bon marché ;

– de l’autre, elle humilie à la fois les travailleurs immigrés (cantonnés à un rôle servile) et les Français (présentés comme fainéants ou « au-dessus » de ces tâches).

Le reste relève d’une mécanique sociale dont les Français paient le prix : aides, logements, santé, école, sécurité.

Et cela, dans un pays où le chômage frappe déjà une partie de la jeunesse nationale, et où les descendants d’immigrés de deuxième, troisième ou quatrième génération végètent dans l’entre-deux : ni pleinement intégrés, ni franchement rejetés, pris dans une relégation morale et identitaire.

Féodalité postmoderne

À cette logique d’exploitation s’est ajoutée une dérive idéologique et religieuse. L’islamisme est devenu le ciment d’une jeunesse déracinée. Quand l’école et la nation échouent à transmettre un sens, la mosquée radicale ou le caïdat de quartier offrent un substitut de communauté.

Là où l’assimilation aurait pu faire des Français, le laxisme et le clientélisme ont importé des clans.

Les caïds, souvent issus des mêmes lignées d’immigration, sont les nouveaux seigneurs de territoires que l’État a désertés. Ils contrôlent, imposent leur loi, parfois en alliance avec les islamistes. Ensemble, ils incarnent une féodalité postmoderne, née du désordre migratoire et de la lâcheté politique.

L’économie souterraine remplace l’effort, la prière remplace la patrie, la loi du plus fort supplante la loi commune.

C’est la revanche des tribus sur la nation, des allégeances claniques sur le destin collectif.

Ce drame, on le maquille en idéal.

L’antiracisme, devenu religion d’État, n’a plus pour objet d’unir mais de disqualifier. Il sert de cache-sexe moral à une logique d’exploitation : les puissants s’achètent une bonne conscience pendant que les classes moyennes financent l’échec du modèle. La compassion est devenue un alibi ; la morale, un instrument de domination.

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Pendant que les uns parlent de tolérance, les autres ramassent les ordures.

Pendant que les uns s’indignent à la télévision, les autres enterrent leurs enfants victimes de règlements de compte.

Pendant que les uns vantent la diversité, les autres découvrent que leur pays s’est fragmenté en archipels ennemis.

Une République qui délègue le travail aux immigrés, la sécurité aux caïds et la morale aux idéologues n’est plus une République : c’est une concession du monde global, un territoire sous-traité, un marché ethnique administré.

L’antiracisme institutionnel, loin de combattre ce système, en est devenu le bouclier moral.

Quiconque dénonce cette réalité est aussitôt disqualifié, tandis que les profiteurs – grandes entreprises, associations subventionnées, politiciens de salon – continuent de se présenter en gardiens de la morale républicaine.

Ainsi s’institutionnalise une forme de servage moderne, incompatible avec la dignité du travail et l’assimilation républicaine.

Il nous faudra réapprendre à distinguer la charité de la lâcheté, la justice de la complaisance, la fraternité de l’oubli de soi. Car le salut de la France ne viendra pas d’un antiracisme policier qui protège un servage néocolonialiste, mais du retour d’une vérité simple et fière : celle d’un peuple qui veut vivre debout, libre et maître chez lui, dans le respect de ceux qu’il accueille – dans la mesure du possible – mais sans jamais se renier lui-même.


  1. https://www.cnews.fr/emission/2025-10-23/100-politique-emission-du-22102025-1758537 ↩︎

QuotaClimat: Brainwashing vs greenwashing

L’association écolo, spécialisée dans la dénonciation des climato-sceptiques, passe à la vitesse supérieure. Elle a rédigé une proposition de loi, reprise par 78 députés, qui, si elle était adoptée, aurait pour effet de verrouiller totalement l’information sur les sujets liés à l’environnement.


Un projet de loi contre la désinformation environnementale pourrait arriver à l’Assemblée nationale. A priori, c’est une cause indiscutable. Ni Géraldine Woessner, journaliste au Point, auteur d’une excellente enquête sur l’association QuotaClimat qui est à la manœuvre, ni votre servante ne mettent en doute le changement climatique. Seulement, pour l’association, qui défend en réalité les thèses des décroissants, la désinformation commence avec le questionnement.

Populistes, QuotaClimat is watching you…

Ce lobby très militant, qui bénéficie de nombreux soutiens et subventions, a créé il y a un an un observatoire des médias sur l’écologie qui flique une vingtaine de TV et radios (dont Sud Radio) et dont l’algorithme a détecté, en 2025 « 128 cas de désinformation climatique » et 373 cas de « discours de l’inaction », c’est-à-dire « décrédibilisant les solutions ». Si vous n’êtes pas convaincu que les éoliennes vont nous sauver, si vous remettez en cause l’interdiction des voitures thermiques à l’horizon 2035, ou l’efficacité des ZFE comme Alexandre Jardin, vous êtes complotiste, climato-sceptique et QuotaClimat vous dénoncera comme tel, sur les réseaux et à l’Arcom. L’objectif est de faire taire toute divergence, d’interdire tout débat.

A lire aussi, du même auteur: Liberté, retiens nos bras vengeurs

Mais cette association entend participer au débat, pas l’interdire, me réplique-t-on ! Bien sûr que si. Elle exige que les médias audiovisuels consacrent 20% de temps d’antenne aux questions environnementales – pourquoi pas 40% ? – et réclame le vote d’une loi interdisant notamment de minimiser le danger climatique ou de le discréditer. Autrement dit, certaines opinions seraient interdites par la loi, tandis qu’une vérité officielle et ceux qui la défendent seraient protégés contre la critique. Exemples : TF1 a été épinglée pour avoir donné la parole sans contradiction à des agriculteurs protestant contre l’excès de normes. FranceInfo  a de son côté été dénoncée pour avoir interwievé le PDG de CocaCola coupable de « greenwashing ». QuotaClimat préfère sans doute le brainwashing.

Soviétique !

Certes, ce texte liberticide est pour l’instant uniquement soutenu par des élus NFP. Mais, alors que l’Assemblée nationale est bien incapable de voter toute grande réforme, et pendant qu’on ne sait pas comment passer le Budget, les députés pourraient se donner l’illusion d’agir avec un texte que beaucoup voteront de peur d’être eux-mêmes voués aux gémonies du climato-scepticisme… Cette loi serait un grand recul de la raison et de la liberté. La vérité scientifique ne s’impose pas à coups d’amendes ou de condamnations, ou alors il faudrait aussi faire taire ceux qui pensent que la Terre est plate. Au pays de Descartes, on ne répond pas à l’erreur par l’interdit mais par l’argumentation.

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Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Patrick Roger

Des différentes motivations pour critiquer Israël

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À la suite des attaques terroristes du 7-Octobre et après deux années de conflit armé meurtrier entre Israël et le Hamas, notre contributeur rappelle que plusieurs études ont démontré que les attentats terroristes de grande ampleur suscitent, dans un premier temps, un élan spontané de solidarité internationale envers les victimes, avant de provoquer, dans un second temps, une forme de distanciation.


Les développements de la situation à Gaza n’extirperont malheureusement pas les injonctions morales à critiquer Israël.

Certains Juifs, très attachés au sionisme, l’ont fait spontanément en pensant que les accusations étaient suffisamment crédibles pour tirer une sonnette d’alarme. Je pense qu’ils ont été trompés par une information grandement mensongère, d’autant plus perverse qu’elle provient d’institutions supposément respectables. C’est le cas de l’ONU, dont les instances sont élues par des États dont 80% sont des autocraties, et où bien des démocraties résiduelles ont désarmé leur esprit critique, préoccupées qu’elles sont par le maintien de leur influence internationale ou aveuglées par des a priori émotionnels qui assimilent faiblesse et vertu.

Passé maudit

Bien des Juifs ont par ailleurs transféré sur Israël leur colère contre le gouvernement qui dirige le pays. Cela pose deux problèmes. Le premier est qu’on critique un État démocratique qui lutte pour sa survie et dans lequel on a a priori décidé de ne pas habiter. Le second est qu’une telle prise de position sera exploitée par la propagande des pires ennemis de cet État.

Pour d’autres, notamment dans le monde anglo-saxon, leur judaïsme avait déjà dérivé vers un cosmopolitisme humanitariste et naïf, auquel le mouvement woke a délivré un label de cacherout qui devrait servir de repoussoir.

Il y a enfin ceux qui, par engagement politique ou religieux, sectateurs du trotskisme ou du Satmar, ont fait de la haine d’Israël un axe de leur comportement. Avec ceux qui ont apprécié le 7-Octobre comme une punition infligée aux forces du mal, aucun accommodement n’est possible.

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Alors que l’immense majorité des Juifs ont éprouvé le 7-Octobre un sentiment de césure existentielle et ont vu resurgir les images d’un passé maudit, beaucoup de leurs voisins ont considéré cette journée comme un épisode parmi d’autres d’une litanie interminable de violences interethniques.

Leur indifférence a été traumatisante, car elle nous en a rappelé d’autres. Mais s’agit-il seulement d’indifférence ?

En octobre 2003 un sondage avait demandé aux citoyens de 15 États européens quels pays étaient dangereux pour la paix dans le monde. C’est Israël qui remporta cette douteuse victoire, dépassant l’Iran, la Corée du Nord et les États-Unis, qui sortaient alors d’une guerre en Irak.

Or ce sondage survenait quelques jours après un attentat horrible qui avait, dans le restaurant Maxim de Haïfa, provoqué 21 morts et plus d’une soixantaine de blessés, attentat dont chacun avait vu les images.

Octobre 2003, octobre 2023, l’indifférence apparente aux victimes traduit-elle la permanence d’un indécrottable antisémitisme? L’explication me parait plus complexe.

Empathie de courte durée

Plusieurs études ont montré que les attentats terroristes de masse entrainent immédiatement un élan de sympathie pour les victimes, mais génèrent la mise à distance dans un deuxième temps, car des représailles pourraient déclencher une réaction en chaine qui mettrait en danger la sécurité de spectateurs qui, à tort ou à raison, ne se sentent pas eux-mêmes concernés par ces événements. Envers Israël, la période d’empathie fut particulièrement courte.

Pourquoi? Il y a bien sûr l’incrustation du narratif victimaire palestinien, qui a parfois entrainé des réactions de haine du genre «Après tout, ils l’ont bien mérité!».

Mais  il y a aussi autre chose… La compassion pour les persécutions dont les Juifs furent victimes dans l’histoire, l’adhésion à l’égalité de leurs droits sont aujourd’hui courantes dans nos sociétés. Mais, si la légalité de l’État d’Israël est admise, son absolue légitimité ne l’est pas totalement, à preuve l’insinuation maladroite mais significative du président Macron que l’existence d’Israël provient d’un accord de l’ONU, sous entendant apparemment que ce qu’une Assemblée a fait, une autre pourrait le défaire et négligeant le fait que l’existence de cet État, comme celle de bien d’autres dans l’histoire, dépend surtout de sa capacité à se défendre. 

Or, ce recours aux armes percute un imaginaire chrétien immémorial, dans lequel la soif de vengeance est un ressort prétendument essentiel du comportement des Juifs. Les imprécations contre les meurtres rituels ou les accusations de complot mondial se sont transmuées, de façon le plus souvent inconsciente, en imbéciles dénonciations de génocide.

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Dans le sondage de 2003, un pays européen surpassait les autres par sa perception négative d’Israël et il est depuis resté très hostile. Ce pays, ce sont les Pays-Bas, qui représentaient les intérêts d’Israël lorsque ses relations étaient rompues avec le bloc communiste.

Depuis la terre de liberté pour les Juifs victimes de l’Inquisition jusqu’à l’appellation de «club juif» attribuée à l’Ajax d’Amsterdam, en passant par l’aide à la famille d’Anne Franck, l’image des Pays-Bas est positive dans la mémoire juive et le grand nombre de Justes néerlandais a fait oublier que les trois quarts de la communauté juive y ont été exterminés.

J’ai l’impression que les principaux vecteurs de cette hostilité à l’égard d’Israël ne sont pas, comme chez les voisins belges et français, la présence d’une importante communauté musulmane et l’existence de partis désireux d’en faire une clientèle électorale. Ils me semblent plutôt liés au pacifisme et à un passé colonial dont certains, suivant un schéma bien huilé, attribuent la responsabilité au capitalisme américain  et  ses alliés où  Israël figure évidemment en première ligne. 

Mais pèse aussi aux Pays Bas le poids moral des organisations religieuses et humanitaires, qui sont sensibles à la dichotomie entre les forts et les faibles et vertueusement aveugles et sourdes aux appels au massacre de l’islam radical. Lors du procès des atterrantes violences survenues il y a un an contre les supporters du Maccabi Tel Aviv, certains juges ont refusé de parler d’antisémitisme. 

Les prochaines élections législatives néerlandaises seront scrutées avec attention bien au-delà du pays…

La Syrie des deux Assad était-elle réellement laïque?

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Ahmed al-Charaa, le nouveau maitre de Damas, ici photographié à l'ONU à New York le 23 septembre 2025 © Lev Radin/Shutterstock/SIPA

La chute du régime Assad en 2024 marque la fin d’une longue ère d’un demi-siècle durant laquelle sous couvert de laïcité et de nationalisme arabe, le Parti Baas a en réalité instauré un pouvoir confessionnel fondé sur l’armée et les minorités, transformant la religion en instrument de légitimation politique. Analyse.


Le 8 décembre 2024, le Proche-Orient apprenait la chute du régime de Bachar Al-Assad et l’arrivée au pouvoir d’Abou Mohammad al-Jolani, nom de guerre Ahmed al-Charaa. Un journaliste syrien résuma l’événement par un cri resté célèbre : « À 6h18, la Syrie est désormais sans Bachar Al-Assad ! ». Ainsi prenait fin le régime fondé 54 ans plus tôt par Hafez Al-Assad, arrivé au pouvoir par le coup d’État du 16 novembre 1970, qu’il avait lui-même baptisé « Mouvement correctif ».

Minorités inquiètes

L’avènement d’un nouveau régime issu du djihadisme réjouissait certains et inquiétait d’autres. Après tout, le nouvel homme fort de la Syrie traînait un passé difficile à assumer : membre d’Al-Qaïda en Irak au début des années 2000, il fonde en 2012 le Front al-Nosra (Jabhat al-Nosra) en Syrie avec le soutien direct du réseau d’Oussama ben Laden. En juillet 2016, il annonce la rupture officielle avec Al-Qaïda et rebaptise son organisation Jabhat Fatah al-Sham. Quelques mois plus tard, en janvier 2017, plusieurs factions rebelles fusionnent pour former Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), dont Ahmed al-Charaa devient l’émir. Voir un tel homme présider au destin de la Syrie a ravivé un vieux débat. Déjà dans les années 1980, ensanglantées par les conflits avec les Frères musulmans syriens, comme au cours de la guerre civile déclenchée en 2011, nombreux furent ceux qui considéraient le régime Assad comme laïc et donc protecteur des minorités religieuses et le soutenaient, y voyant un rempart contre l’islamisme. Mais ce régime était-il réellement laïc ? Et le Parti Baas arabe socialiste a-t-il jamais incarné l’idéal de laïcité qu’il revendiquait ? La réponse est deux fois non.

Hafez el-Assad, lui-même, a été profondément nourri par l’idéologie baasiste, qui lui offrait un cadre de légitimité nationale et sociale propre à rompre avec l’ancien ordre dominé par les notables sunnites urbains. Cependant, il n’a pas hésité à transformer ce cadre idéologique en instrument de conquête et de consolidation d’un pouvoir personnel et militaire. Au-delà de cette instrumentalisation, il faut rappeler que Michel Aflak, fondateur du Baas, bien que chrétien, avait dès l’origine inscrit le mouvement dans une vision où l’islam occupait une place centrale. En d’autres termes, cette idéologie se réclamant de la laïcité reposait sur un postulat explicite: l’impossibilité de dissocier l’identité arabe de la religion musulmane. Ainsi, le baasisme, loin d’être un projet strictement sécularisé, articulait dès sa genèse nationalisme et spiritualité, ce qui en faisait une laïcité d’apparence plus que de substance.

Revenons un peu en arrière. Le Parti Baas arabe socialiste résulte de la fusion, en 1952, de deux formations : le Mouvement de la Baas arabe, fondé par Michel Aflak, créé officieusement en 1943 et officiellement constitué en 1947, et le Parti arabe socialiste fondé en 1951 par Akram Hourani.

En 1943, Michel Aflak lança le mouvement Baas arabe par un discours à tonalité antimatérialiste : « Nous, fils du Baas, représentons l’esprit de cette nation face au matérialisme qui a envahi le monde. » L’année suivante il a pris un pas en avant. Dans un célèbre discours prononcé au grand amphithéâtre de l’Université de Damas, en hommage à Mahomet, le fondateur de l’islam, intitulé « En mémoire du Prophète arabe», dans lequel il déclara : « Mahomet fut tout entier les Arabes ; que tous les Arabes soient aujourd’hui Mahomet. » Le nom même du mouvement, Baas, qui signifie « Résurrection », relève du vocabulaire théologique et renvoie à la vie après la mort. En effet, bien qu’il fût chrétien orthodoxe, Aflak revendiquait l’islam comme faisant parti intégral et essentiel de la renaissance spirituelle et morale de la nation arabe.

Quant à l’autre cofondateur, Akram Hourani, voisin et un temps proche du président syrien Adib Chichakli, il fut bientôt persécuté par ce dernier, soucieux d’empêcher que son Parti arabe socialiste ne devienne une force concurrente du pouvoir. Contraint à l’exil, Hourani finit par fusionner son mouvement avec le Mouvement du Baas arabe, donnant naissance au Parti Baas arabe socialiste. Il y apporta une dimension nouvelle, un discours ouvertement populiste et social, fondé sur l’alliance avec les classes opprimées et sur la perspective d’une véritable révolution sociale, avec comme mesure phare (et très dans l’air du temps) la revendication d’une réforme agraire.

Marginalisation des vrais laïcs

En réalité, ces « classes opprimées » désignaient avant tout les minorités musulmanes chiites, alaouites, druzes et ismaéliennes, historiquement marginalisées et parmi les plus pauvres du pays. Quant aux paysans sunnites démunis et aux tribus bédouines, plus dispersés à travers le territoire, ils se rallièrent souvent à d’autres courants nationalistes, notamment au nassérisme. Le taux d’analphabétisme y demeurait particulièrement élevé, ce qui limita leur participation politique et leur capacité d’organisation. Ces groupes envoyaient massivement leurs enfants dans l’armée, contrairement à la bourgeoisie sunnite et chrétienne, qui cherchait le plus souvent à éviter le service militaire, n’hésitant pas parfois à payer une compensation pour en être exemptée. Derrière le discours égalitaire de Hourani se dessinait ainsi une transformation sociale silencieuse, où l’armée devenait le vecteur d’ascension des périphéries religieuses et rurales au cœur du pouvoir syrien. Derrière le discours de Hourani se profilait ainsi une logique de mobilisation confessionnelle plus qu’une véritable théorie de la lutte des classes.

Cette logique de mobilisation confessionnelle prit corps après la chute du régime d’Adib Chichakli en 1954, qui marqua la disparition progressive de la classe politique laïque incarnée par Fares al-Khoury, seul chrétien à avoir dirigé un gouvernement syrien et ardent défenseur d’un État laïque, opposé à la fois aux Frères musulmans et au panarabisme nassérien. Dans le même temps, d’autres figures issues de la bourgeoisie sunnite, telles que Khalid al-Azm, furent à leur tour marginalisées, ouvrant la voie à une recomposition du pouvoir au profit des élites militaires et des minorités religieuses, qui allaient bientôt dominer les institutions syriennes.

Une fable nationale est parfois plus révélatrice qu’un fait historique. Dans les années 1950-1960 et surtout après la morte d’al-Khoury en 1962, apparait l’histoire de sa prière à l’ONU en 1945. Selon le récit populaire, alors que les délégués des puissances coloniales débattaient du sort du mandat français sur la Syrie, Fares al-Khoury, chrétien protestant, se serait avancé dans la salle du Conseil de sécurité, aurait déroulé un tapis et accompli une prière musulmane, pour rappeler la profonde appartenance de la Syrie à la civilisation arabo-islamique et affirmer l’unité nationale au-delà des confessions. Cette histoire n’apparaît dans aucun document officiel de la conférence de San Francisco ni dans les archives diplomatiques de l’époque, et relève davantage de la légende politique mais témoigne de ce besoin de légitimer l’appartenance d’un chrétien à la nation arabe par un lien avec l’islam.

Le coup d’État du 8 mars 1963 porta le Parti Baas au pouvoir et concrétisa le projet d’Akram Hourani, fondé sur une alliance entre le Baas et les classes ainsi que les minorités longtemps marginalisées. Le pouvoir militaire passa alors aux mains d’officiers issus de ces milieux, principalement alaouites tels que Salah Jadid, Mohammad Omran et Hafez al-Assad, mais aussi druzes et ismaéliens comme Salim Hatoum et Abdel Karim al-Jundi. Quant aux officiers sunnites issus des campagnes ou des tribus bédouines, tels que Jassem Alwan, ils furent rapidement écartés du pouvoir après leur tentative de coup d’État du 18 juillet 1963, inspirée par le courant nassérien et soutenue de manière officieuse par Le Caire.

Conclusion

Au-delà des discours et des messages de propagande, la Syrie des Assad père et fils n’a donc jamais été véritablement laïque. Le régime se drapait dans le vocabulaire du sécularisme pour mieux masquer une politique confessionnelle. Sous couvert d’unité nationale et de socialisme arabe, l’appareil baasiste a fait de l’armée un ascenseur social pour les minorités, substituant à la laïcité une coalition d’intérêts communautaires solidement encadrée par le parti et les services de sécurité. De Hafez à Bachar, la religion n’a jamais disparu du politique. Elle s’est tout simplement muée en instrument de contrôle, en langage de légitimation et en outil de survie.

La chute de 2024 ne vient donc pas clore une expérience laïque, mais sceller l’échec d’un demi-siècle d’ambiguïtés, où le discours du Baas sur la modernité et l’unité arabe n’aura servi qu’à dissimuler la domination d’un système confessionnel d’État.

Shein au BHV, taxe sur les petits colis: les vieilles peurs du commerce français

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Le socialiste Emmanuel Grégoire parle devant le BHV dans le centre de Paris, le 10 octobre 2025 © Stephane Lemouton/SIPA

L’annonce du partenariat entre le BHV et Shein a déclenché une vague de réactions où se mêlent nostalgie, inquiétude et une certaine méfiance de principe. Une panique morale qui conduit souvent à l’outrance, à l’autoritarisme, et, spécialité française… à de nouvelles taxes. Ainsi de celle sur les petits colis, censée protéger nos commerçants de la déferlante asiatique mais qui pourrait bien, paradoxalement, accentuer encore leurs difficultés.


Rhétorique de la forteresse assiégée

L’ancien patron de Système U et actuel ministre des PME, du Commerce et de l’Artisanat, Serge Papin, a été parmi les premiers à s’émouvoir du partenariat entre le mastodonte chinois et la très prestigieuse adresse parisienne. « Nous sommes en train de nous faire envahir », a-t-il averti, n’hésitant pas à avoir recours à la rhétorique de la forteresse assiégée. Il y a quelque chose de tout à fait « soviétoïde » dans l’affirmation de Bercy selon laquelle « l’intention de Serge Papin est de rouvrir le dossier et de voir comment il serait possible d’empêcher cette collaboration ». La France, où la liberté d’association serait remise en cause ? La France, où un secteur tenu par quelques familles pourrait faire barrage à des choix éclairés de marques et entreprises privées en s’appuyant sur tous les relais économiques et administratifs du pays ?

Les propriétaires du BHV, Frédéric et sa sœur Maryline Merlin, n’ont pas cherché à déplaire à monsieur Papin, ils ont fait un pari : celui que commerce physique et numérique ne sont plus des mondes séparés, mais les deux faces d’une même économie. Ouvrir un espace Shein dans le BHV, c’est admettre qu’une partie de la clientèle d’aujourd’hui — jeune, connectée, exigeante sur les prix — ne se reconnaît plus dans le grand magasin d’hier. Il n’est pas sûr que ce pari soit sans risques ; mais il a au moins le mérite d’assumer la modernité du moment.

Car le modèle Shein n’a pas grand-chose à voir avec celui des enseignes de fast-fashion des années 2000, comme Kiabi ou Zara. Sa force réside dans la production à la demande : fabriquer en fonction de la demande réelle, en petites séries, sans stock inutile. En somme, une mode de grande consommation plus réactive qu’industrielle — et, paradoxalement, moins gaspilleuse que celle d’hier, car elle ne génère presque pas d’invendus.

Pas de pétrole… et de moins en moins d’idées

À en croire certains, Shein serait responsable de la désertification des centres-villes, de la perte de souveraineté économique et du déclin du textile français. Mais ces maux sont bien antérieurs à l’essor du e-commerce. Les hypermarchés, dont Serge Papin fut l’un des grands patrons, avaient déjà aspiré la vitalité des petits commerces ; la fiscalité, les loyers et la centralisation urbaine ont fait le reste.

A lire aussi: Ultra fast-fashion: fin du game?

La crise du commerce de proximité n’est pas chinoise, elle est française. Dans Le JDD, le négociant en vin international spécialiste des marchés asiatiques, Jean-Guillaume Remise, le rappelait à juste titre : « L’arrivée de Shein ou Temu n’est pas la cause du déclin, mais un symptôme d’une transformation plus profonde. » Autrement dit, ce n’est pas Shein qui a dévitalisé le commerce français, c’est notre incapacité à en réinventer les modèles. À produire des idées neuves, et à les mettre en pratique.

Des pages du site Web Shein, à gauche, et du site Temu, à droite © Richard Drew/AP/SIPA

À chaque problème sa taxe

Dans ce contexte, il est d’autant plus ironique d’entendre certains prôner de nouvelles taxes nationales sur les petits colis importés. Présentée comme une mesure de “justice économique”, la taxe de deux euros appliquée sur chaque article présent dans les colis d’une valeur de moins de 150 euros importés depuis l’extérieur de l’Europe, pèsera surtout sur les consommateurs les plus modestes — ceux pour qui l’achat en ligne n’est pas un choix de confort, mais une nécessité budgétaire. Là encore, Serge Papin plaide pour une moralisation du commerce, sans voir que la morale coûte cher à ceux qu’elle prétend défendre.

Mais, de façon tout à fait contreproductive, les petits commerçants risquent eux aussi d’en payer le prix : utilisant les mêmes canaux logistiques que les plateformes étrangères pour leurs importations, ils verront leurs coûts grimper, leur compétitivité s’éroder, et leurs marges se réduire, face à des concurrents qui n’auront pas à s’acquitter de cette taxe.

Shein n’est pas un modèle à suivre aveuglément, ni un danger à conjurer à tout prix. C’est un symptôme, parfois inquiétant, souvent éclairant, d’un monde où la compétitivité prime sur la nostalgie. Les Merlin, en l’accueillant, ont pris un risque : celui de vivre avec leur temps. Le reste du commerce français est-il, de son côté, encore capable de se battre autrement qu’à coups de sermons ? Les indignations passent, les transformations, elles, s’installent.

Le 7-Octobre, une nouvelle fracture pour la société française?

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Paris, octobre 2025 © Amer Ghazzal/Cover Images/SIPA

Dans l’ouvrage collectif 7 octobre, une fracture française, dix-sept contributeurs interrogent les conséquences de cette journée fatidique sur la société française, démêlent les confusions régnantes concernant l’islam, l’islamisme, la cause palestinienne ou le djihad, et proposent des actions très concrètes.


Une terrible inversion accusatoire

Georges Bensoussan rappelle, dès la préface, qu’en 1939, le IIIᵉ Reich avait déjà inversé les rôles en accusant les Juifs d’avoir « déclaré la guerre à l’Allemagne ». Laurence Croix, maîtresse de conférences à l’université depuis trente ans, raconte son expérience au sein de l’institution et dit avoir lu, cinq jours seulement après l’attaque du Hamas, ces mots sur les murs de son université: « Israël assassin ».

Mais l’inversion victimaire peut également être chronologique, comme l’indique Michèle Tribalat: par exemple, lorsque la presse rapporte une riposte israélienne avant d’évoquer l’attaque terroriste qui l’a provoquée — quand elle n’oublie pas tout simplement d’en parler…

Le préfacier ajoute que si le crime a réellement eu lieu, c’est qu’il profite, dans ce cas, à sa victime. « Ici, l’inversion du réel entre dans une zone de folie collective qui ruine toute possibilité d’enseignement. » C’est pourquoi il estime essentiel de remettre à l’endroit « la stupéfiante réécriture “néocoloniale” de cette histoire », et commence par rappeler ce que signifient dhimmitude et djihad.

Nature et stratégies du djihad

C’est à cela que s’emploie Bat Ye’or : « À l’époque des grandes conquêtes, les armées bédouines musulmanes soumirent en un siècle des territoires s’étendant de l’Espagne jusqu’à l’Indus. » Juifs et chrétiens furent confrontés à ces deux réalités que sont le djihad et la dhimmitude pendant quatorze siècles. « Le djihad est une doctrine guerrière théologique qui prescrit des buts, des stratégies et des tactiques militaires structurés par une juridiction religieuse. Son but est d’imposer sur toute la terre la loi d’Allah et la suppression de la “mécréance”. » Parmi ses stratégies : « attiser ou instrumentaliser les conflits entre États chrétiens afin que le camp de la mécréance s’autodétruise de lui-même. » Cela passe naturellement par le refus de la culture du mécréant et, donc, par le refus de l’assimilation à celle-ci. D’autre part, « par le djihad, les musulmans se réapproprient les pays qui leur sont destinés mais que les nations mécréantes détiennent illégalement ». Les autochtones mécréants apparaissent dès lors comme des « occupants ». Ce qui faisait dire à Yasser Arafat que « la paix, pour nous, signifie la destruction d’Israël ». Bat Ye’or précise que ces interprétations du djihad sont présentes chez les théologiens et historiens musulmans dès le VIIᵉ siècle !

Statut du dhimmi

« Le mot dhimmitude vient, lui, du mot dhimmi, qui veut dire “protégé”. Protégé non par amitié, mais comme ennemi vaincu de guerre, échappant à la mort ordonnée par le djihad. Cette protection est conditionnelle à une soumission et peut être abrogée. » Cette protection, qui visait aussi d’autres populations, n’empêchait pas les pogroms d’avoir lieu et restreignait également les droits des minorités. Georges Bensoussan rappelle cette signification d’Israël, trop longtemps oubliée, pour les Juifs vivant en terre d’islam : l’émancipation de ce statut de dhimmi.

Frères musulmans et construction du « peuple palestinien »

Pierre-André Taguieff livre une genèse des Frères musulmans en rappelant qu’en 1937-1938, Hassan al-Banna, un des cofondateurs, n’hésitait pas à dire : « À une nation qui perfectionne l’industrie de la mort et qui sait comment mourir, Dieu donne une vie fière dans ce monde et la grâce éternelle de la vie à venir. » Et l’on lisait déjà, dans le point 5 du credo des Frères musulmans, entériné par le IIIᵉ Congrès des Frères en mars 1935 : « La bannière de l’islam doit couvrir le genre humain. » Il est montré par la suite comment, des Frères musulmans à des responsables politiques tels que Yasser Arafat, l’idée de nation fut d’une extrême ambiguïté, voire inexistante, sauf à être utilisée stratégiquement.

A lire aussi: Trump et le Proche-Orient: qu’est-ce que la «paix par la force»?

Le chef de l’OLP déclarait le 26 janvier 2002 : « Nous ne défendons pas la Palestine en tant que Palestiniens. Nous la défendons plutôt au nom de la nation arabe, au nom de la nation islamique. » Ainsi se dévoilait nettement l’islamisation profonde de la cause palestinienne.
Et si le terme « nation » demeure encore, de manière résiduelle, la Oumma est appelée à le remplacer. Le philosophe en déduit très logiquement qu’il nous faut « sortir de la mythologie palestiniste, et pour cela reconnaître d’abord que les Palestiniens ne constituent pas un “peuple” en quête d’un État-nation indépendant et souverain. »

Du reste, Zaheir Muhsein, membre de l’OLP, le disait déjà le 31 mars 1977 : « Le peuple palestinien n’existe pas. La création d’un État palestinien n’est qu’un moyen de poursuivre notre lutte contre l’État d’Israël pour notre unité arabe. Ce n’est que pour des raisons politiques et tactiques que nous parlons aujourd’hui de l’existence d’un peuple palestinien. »

Islam et islamisme : questions et réponses

Matthias Küntzel, de son côté, enjoint à prendre la Charte du Hamas très au sérieux, à en voir les liens évidents avec le nazisme, et démonte méthodiquement l’interprétation selon laquelle le massacre du 7 octobre aurait été une réponse à cinquante-six ans d’occupation.

Alexandre Feigenbaum, quant à lui, montre comment certains intellectuels marxistes contribuent aux narratifs djihadistes.

Fadila Maaroufi et Razika Adnani témoignent de la violence intrafamiliale musulmane, qui se défoule sur un bouc émissaire et se transmet de génération en génération. Elles interrogent également la possibilité d’un « islam qui ne serait pas un islamisme », en y répondant chacune différemment.

Sonya Zadig les accompagne dans leur réflexion en estimant que le terme « islamisme » « n’est qu’un néologisme franco-occidental inventé pour adoucir la formulation et brouiller les cartes », et en appelle à considérer les musulmans comme des adultes : non des enfants à protéger et à défendre, mais des citoyens à part entière auxquels on peut légitimement poser des questions et demander des comptes.

C’est ce que fait, du reste, Daniel Sibony, qui propose, très courtoisement, une prière et un questionnaire en trois parties à adresser à nos compatriotes musulmans.

Propositions très actuelles

Dans la suite des propositions tout à fait concrètes, Didier Lemaire explique les actions de son association Défendre les serviteurs de la République. Gilbert Abergel indique qu’il existe un Comité Laïcité République et rappelle que la laïcité n’est pas une opinion mais un principe juridique — ce qui fait de la loi notre arme principale. Il est rejoint ici par Barbara Lefebvre, qui veut ériger « un mur de fer législatif », c’est-à-dire un retour à la loi assumée et appliquée, en commençant par l’interdiction du port du voile dans l’espace public, estimant que le voile est le maillon déterminant de tous ceux qui suivent.

Pascal Bruckner, pour sa part, préconise de désigner l’ennemi pour mieux le combattre et, pour cela, de ne pas utiliser le langage de celui-ci lorsqu’il est faussé.

Enfin, Martine Ghnassia et Jean-Charles Goldberg dressent la liste de tous les collectifs et actions nés du 7 octobre, auxquels le lecteur pourra se référer.


7 octobre, une fracture française, préface de Georges Bensoussan, aux Éditions les Umpertinents. 210 pages.

7 octobre

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Le Comte de Monte-Sarko

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© Laurent VU/SIPA

Nicolas Sarkozy à la Santé ou la naissance d’un mythe politique moderne


Mardi 21 octobre, Nicolas Sarkozy a été incarcéré à la prison de la Santé. Cette sanction inédite pour un ancien président de la République rappelle, à bien des égards, l’exil à Sainte-Hélène de Napoléon, et laisse à penser qu’à travers cet événement, Nicolas Sarkozy devient un mythe politique moderne.

Jusqu’à présent, Nicolas Sarkozy était, aux yeux des Français, un ancien chef de l’État médiatique aux multiples procès qui, néanmoins, avait toujours suscité passion, rejet, admiration ou haine. Qu’on apprécie ou non le personnage, force est de constater que l’épreuve qu’il traverse, après avoir connu les sommets victorieux et les défaites cuisantes, lui confère une dimension tragique et littéraire, dans la grande tradition française.

Personnalité unique, sanction extraordinaire

Le mythe moderne, en 2025, ne se construit plus dans le sacré, mais dans le spectacle médiatique. La chute d’un homme d’État questionne aussi la justice, la morale, le pouvoir et, in fine, la fatalité du destin. Nicolas Sarkozy ne laisse personne indifférent. Son incarcération est d’une force symbolique rare. Le contraste avec son passé, souvent victorieux, saisissant.

L’institution judiciaire eût été sûrement mieux avisée, et comprise par les citoyens, d’attendre l’appel et la cassation avant de le placer en prison… L’enfermer préventivement, comme si un ancien président de 70 ans pouvait être un danger public semble disproportionné. Il demeure un symbole de l’État qui rejoint la liste des dirigeants (légitimes ou non) français qui ont connu une telle situation : Louis XVI, Napoléon et le maréchal Pétain. Ce qui arrive à Nicolas Sarkozy est une sanction extraordinaire.

Napoléon à Sainte-Hélène, miroir de Nicolas Sarkozy en prison

La comparaison avec l’épopée napoléonienne prend, ici, tout son sens. Napoléon connut deux exils. Le premier, sur l’île d’Elbe, fut celui de l’attente, de la dépression, de l’ennui et de la peur d’être assassiné. Il s’en évada pour l’aventure des « Cent-Jours ». Le second exil, sur l’île de Sainte-Hélène, fut le dernier : six années d’isolement à raconter sa vie, à méditer sur son œuvre et à écrire sa légende pour les générations futures.

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N’eût-il pas connu ces épreuves, jamais il n’aurait bâti cette image de prophète qui marquerait la postérité. Fils de la Révolution de 1789, Corse de cœur, prodige révélé lors du siège de Toulon en 1793, général victorieux de l’armée d’Italie, Premier Consul qui sut reconstruire la France, puis Empereur vaincu par l’Europe entière, Napoléon connut une chute si retentissante qu’elle continue de hanter les imaginaires.

Comme il l’écrivait à Joséphine en avril 1814 : « Ma chute est grande, mais au moins elle est utile. Je vais, dans ma retraite, substituer la plume à l’épée. L’histoire de mon règne sera curieuse ; on ne m’a vu que de profil, je me montrerai tout entier. Que de choses n’ai-je pas à faire connaître ! »

Nicolas Sarkozy et le « moment Sainte-Hélène »

Nicolas Sarkozy vit, à sa manière, un « moment Sainte-Hélène » qui, toutes proportions gardées, rappelle Napoléon Bonaparte. Si l’on pousse la comparaison, l’épisode de l’île d’Elbe correspond à son retrait après la défaite présidentielle de 2012 avant la tentative de reconquête. Son Waterloo, c’est la grande défaite aux primaires de la droite en 2016 et la fin de sa carrière politique. Aujourd’hui, c’est Sainte-Hélène. Le temps de l’enfermement, de la solitude et de la naissance d’un symbole pour une partie du peuple de droite dont il fut le héros.

Il ne s’agit évidemment pas de confondre les deux hommes. Napoléon demeure un mythe universel, dont l’écho résonnera encore dans des millénaires. Mais, il y a chez Nicolas Sarkozy comme chez l’Empereur, cette même envie et volonté de transformer son destin en légende historico-politique. Napoléon ne devient Napoléon qu’à travers l’infortune de Sainte-Hélène et c’est cette prison à ciel ouvert qui couronne son épopée. De même, Nicolas Sarkozy, par l’épreuve de la détention, tend à devenir un personnage romanesque car enchaîné.

Un mythe politique consacré par la postérité ?

Ce que les juges ignorent et ce que ses détracteurs ne perçoivent pas, c’est que les martyrs, réels ou fictifs, triomphent souvent avec le recul du temps. Le Comte de Monte-Cristo, Edmond Dantès, triomphe par la justice de sa vengeance ; Napoléon, par la victoire morale et historique que lui a accordée la postérité. Lorsque les passions se seront apaisées, on réalisera probablement que Nicolas Sarkozy fut surtout condamné pour l’exemple et pour expier ses affrontements passés avec des juges qui n’ont rien oublié.

L’opinion publique, elle, retiendra l’image d’un président derrière les barreaux et, au-delà de sa personne, le fait que la France et l’État sont atteints. S’il semble inévitable que cet épisode trouble le rapport des Français à l’institution judiciaire, il consacre Nicolas Sarkozy comme un mythe politique moderne qui laissera des traces. À travers lui, la France contemple sa propre histoire.

Encore un effort pour tout détruire…

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Emmanuel Macrone t Philippe de Villiers au Puy du Fou, 19 août 2016 © SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA

Il rêvait de « réinventer la France ». Mais, au milieu des ruines, le président de la République semble plutôt avoir ouvert la voie non pas à sa renaissance mais à une lente destruction, observe notre chroniqueur…


Au mois d’avril 2023, dans son discours de Vendôme, le président de la République a déclaré : « On est dans une période où on refonde, on est en train de réinventer un modèle. C’est plus dur de le réinventer quand tout n’a pas été détruit. »

Cette citation est rapportée par Philippe de Villiers dans son dernier livre Populicide, dans un chapitre ainsi intitulé : « Au-dessus du peuple s’élève un pouvoir immense et tutélaire ».

La méthode de gouvernement d’Emmanuel Macron aurait donc été, pour pouvoir tout refaire de fond en comble, de laisser tout détruire.

J’entends bien qu’une part de provocation n’est pas étrangère à la pensée du président et qu’il ne faut sans doute pas prendre au pied de la lettre cette envie de table rase, de page blanche.

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Il n’empêche que, derrière toute ambition globale, assurée d’elle-même et de son importance pour le pays, il y a probablement ce rêve inouï d’un bouleversement total, ne laissant plus la moindre trace du monde imparfait d’avant, de la France tellement en retard d’hier.

Qu’on se rappelle d’ailleurs le titre du livre qu’a écrit Emmanuel Macron et qui n’annonçait rien de moins qu’une Révolution !

Il est intéressant de constater, sans abuser de la comparaison, que cette aspiration totalitaire a été celle des régimes dictatoriaux — nazisme, communisme chinois, le Cambodge terrifiant — qui prétendaient à bien plus qu’à la politique : une nouvelle humanité débarrassée des péchés anciens.

L’amer paradoxe est que ce propos du président, en 2023, est demeuré lettre morte ; mais il s’en faut de peu pour que la société actuelle ne soit pas engagée dans un processus de lamentable destruction, dans plusieurs domaines capitaux tenant aussi bien à l’identité, au régalien, au vivre-ensemble, à la qualité de la démocratie, à l’économie qu’à notre rôle international. À tel point que personne n’aurait l’optimisme d’Emmanuel Macron quant à la résolution de restaurer après le désastre consommé, mais que tous sont persuadés de l’impossibilité d’une remise en ordre de tout ce qui va mal dans notre pays.

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La destruction qui nous guette n’est pas de celle qui, organisée et créatrice, serait le terreau d’une renaissance — parce que même nos meilleurs politiques ne nous rassurent pas sur leur lucidité et leur courage. Mais, insinuante, progressive, quasiment irrésistible ici, irréversible là, décourageante à force de résistance aux efforts qui cherchent à la réduire, elle représente un poison qui, en 2027, nous tuera si personne ne sort du lot pour nous sauver.

Face à ce délitement sous toutes ses formes, je songe à Jacques Perret — j’ai abusé de la citation — qui se demandait pourquoi on attend d’être au fond du trou pour savoir comment on est arrivé au bord.

Je crains que nous n’ayons même pas besoin d’un effort pour tout détruire. Que le président Macron se rassure : les choses continuent à mal se passer…

Populicide

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Albanie: dites bonjour à Madame Soleil!

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Tirana, 12 septembre 2025 © Vlasov Sulaj/AP/SIPA

Avec l’arrivée au gouvernement d’un pays européen (l’Albanie) d’un ministre virtuel, l’intelligence artificielle s’empare du domaine de l’activité humaine qu’elle convoite sans doute le plus: le pouvoir exécutif !


Au mois de juillet dernier, l’entreprise américaine Microsoft a publié sur le site de l’Université Cornell une étude1 consacrée aux métiers les plus susceptibles d’être remplacés, dans un avenir proche, par l’intelligence artificielle. Dans la liste des 40 professions identifiées, on retrouvait les traducteurs, les téléopérateurs, les agents de voyage, mais aussi les historiens, les mathématiciens ou encore les écrivains. Les algorithmes de l’IA, capables d’absorber des quantités quasi illimitées d’informations en l’espace de quelques secondes, pourront aisément se substituer aux tâches accomplies par les humains dans les domaines de la communication, de l’interprétation, du calcul et même de la création.

Nine-Eleven : la Big Tech californienne prend le contrôle

Mais, cette vision de notre avenir offerte par le géant de la tech fondé par Bill Gates ne précisait pas le sort réservé aux responsables politiques. Le 11 septembre, le monde a découvert Diella, la nouvelle ministre des Marchés publics du gouvernement albanais et pur produit de l’intelligence artificielle. Dotée d’une apparence de femme agréable, vêtue d’un costume national et d’un foulard sur les cheveux, conformément à la tradition de ce pays majoritairement musulman, la ministre virtuelle a tenu un discours projeté sur grand écran au Parlement pour défendre sa nomination par le Premier ministre socialiste Edi Rama. Ses arguments furent d’une logique implacable : « Les véritables dangers pour les Constitutions n’ont jamais été des machines, mais des décisions humaines prises par des personnes2. »

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Si l’on comprend la colère de l’opposition face à ce coup de communication du parti au pouvoir, on devine aussi la joie que cette première mondiale a suscitée chez certains dans la Silicon Valley. Car, si officiellement Diella est présentée comme la création de l’AKSHI, l’Agence nationale pour la société de l’information d’Albanie, nul doute que ce sont ses célèbres partenaires sur ce projet, Microsoft et Open AI, qui peuvent véritablement revendiquer la paternité de cette œuvre révolutionnaire.

Bienvenue dans l’Uber-politique

Bien que la femme « Soleil » (traduction du prénom Diella en albanais) soit pour l’heure la seule responsable politique au monde à exercer sa fonction à l’aide d’algorithmes de machine learning, il n’est pas impossible que ses concepteurs cherchent à renouveler l’expérience pour d’autres postes gouvernementaux et dans d’autres pays — et pourquoi pas, à terme, la généraliser. Ces vingt dernières années, l’empire du numérique a profondément transformé notre rapport au travail, au commerce, à la culture, à l’information, et surtout nos relations les uns avec les autres. Dans chacun de ces domaines s’est installée une sorte d’ombre permanente : cet univers virtuel qui nous fournit des réponses à tout, immédiatement et en continu. Ce qui, autrefois, exigeait l’effort de notre imagination, de notre réflexion et de notre curiosité, semble désormais accessible en un simple clic.

La déshumanisation de la sphère politique est un pas en avant naturel et inévitable de cette conquête numérique du monde, au moins dans une société qui, jusqu’à maintenant, n’a rien pu opposer au rouleau compresseur de la virtualisation de notre vie quotidienne.

La perspective de voir les frères et sœurs de Diella envahir le terrain politique européen semble d’autant plus crédible au vu de la crise politique actuelle en France. Après avoir brûlé sa dernière cartouche avec la nomination de Sébastien Lecornu au poste de Premier ministre, Emmanuel Macron ne céderait-il pas, à son tour, à la tentation de confier la composition du prochain gouvernement à un Premier ministre virtuel ? OpenAI ou un autre spécialiste du sujet (sur les quinze plus grandes entreprises du secteur par capitalisation boursière, 14 sont américaines, la seule autre étant chinoise3) pourrait-il créer l’algorithme capable de répondre enfin aux aspirations de la gauche comme de la droite ? En d’autres termes, faire ce que le président du « en même temps » promet depuis huit ans et demi, mais en plus efficace ?

La barbarie à visage inhumain

Cet inquiétant jeu de devinettes sur les rôles que l’IA pourra jouer dans la société de demain prêterait presque à sourire, si l’arrivée de Diella ne marquait pas une nouvelle étape dans la subordination (ou, diront certains esprits critiques, la colonisation) du continent européen par les géants du numérique d’outre-Atlantique. Certes, l’Albanie demeure l’un des pays les plus pauvres et les moins développés d’Europe, mais c’est précisément pour accélérer son intégration à l’Union européenne que Diella s’engage à lutter sans relâche contre la corruption et à arbitrer les appels d’offres publics sur la seule base de critères techniques et fonctionnels. Diella défend la cause du Bien, elle promet de rester calme en toutes circonstances, et toujours respectueuse face aux critiques venant de tous bords, un peu comme la patronne de l’Europe Ursula von der Leyen ! 

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Certains citoyens européens se souviennent encore du discours enflammé de la députée Ewa Zajaczkowska-Hernik, à l’été 2024, lorsqu’elle accusa l’Allemande d’être responsable de l’appauvrissement des peuples européens, de la disparition de nos agricultures et des viols de femmes commis par des migrants que la politique de l’UE encourage à venir en masse sur le continent. « Votre place n’est pas à la tête de la Commission européenne, mais en prison ! » avait-elle lancé4, avant de déchirer sous les yeux de sa “patronne” le Pacte vert pour l’Europe. Mais Ursula von der Leyen était restée stoïque face aux accusations de l’élue de droite radicale polonaise, esquissant un sourire forcé avant d’appeler les Européens à « rester unis face aux dangers du monde moderne ».

L’Union européenne ne serait-elle pas, à terme, le cadre réglementaire idéal pour imposer un quota de ministres ou députés virtuels ? La mesure permettrait de réduire les budgets des États ! En plus de filer droit, Diella, à la différence de tous ces politiciens beaux parleurs, travaille gratuitement et sans jamais prendre de repos…

« La mort de l’empathie humaine est l’un des premiers signes d’une culture sur le point de sombrer dans la barbarie », écrivait Hannah Arendt. Les ministres parfaits, incorruptibles et infatigables, issus des entrailles de processeurs surpuissants, auront sans doute toutes les qualités opérationnelles. En revanche, leur chaleur et leur empathie, même s’ils parviennent un jour à s’en procurer, ne seront jamais humaines. Mais notre société donne parfois l’impression de ne plus en avoir besoin. Sommes-nous redevenus des barbares ?


  1. https://www.thehrdigest.com/which-jobs-are-most-likely-to-be-replaced-by-ai-microsoft-chips-in/ ↩︎
  2. https://www.youtube.com/watch?v=vW5PJkOIS50 ↩︎
  3. https://companiesmarketcap.com/artificial-intelligence/largest-ai-companies-by-marketcap/ ↩︎
  4. https://www.youtube.com/watch?v=86UeVXyvevs ↩︎

Paris VIII: la barbarie en amphi

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Meeting "anti-impérialisme" à l'université Paris-8, 15 octobre 2025. Image: réseaux sociaux.

Un rassemblement propalestinien s’est tenu le 15 octobre à l’université Paris-8, durant lequel les intervenants ont refusé de condamner les attaques du 7-Octobre et ont tenu des propos pouvant être considérés comme une apologie du terrorisme. L’université a signalé les faits au procureur de la République, et ouvert une enquête interne. Le ministère de l’Enseignement supérieur a dénoncé un « rassemblement aux relents antisémites » et s’interroge sur la responsabilité de l’université, laquelle affirme avoir été trompée par les organisateurs sur la nature réelle de l’événement… Notre chroniqueur analyse la logique et les dynamiques à l’œuvre dans cette meute islamo-gauchiste.


« Condamnez-vous le 7 octobre ?» Telle est la question. « Non» est la réponse. Quelque trois cents individus dont on veut bien croire qu’on puisse encore les appeler étudiants répondent « non » d’une seule et même voix, si ce n’est du même cœur, car, dans ce genre de moment où un public se mue en populace décérébrée, il faut toujours compter avec l’effet de meute.

Un campus hors contrôle ?

La scène se déroule dans un amphi de l’université Paris VIII, le 15 octobre dernier[1].  Des activistes pro-terroristes en chambre, avançant sous la banderole de la Palestine, tiennent meeting dans ses locaux, tant il est vrai qu’on peut se demander si certaines de nos universités et écoles d’enseignement supérieur sont encore des lieux d’étude, où l’on dispense et acquiert un savoir, ou si ce ne sont plus que de commodes et confortables repaires où se réunissent les anars petits bourgeois d’aujourd’hui que les caves à rats et sous-pentes de la grande époque des Ravachol rebuteraient. Le contribuable paie la lumière, le chauffage, le nettoyage des saloperies, répare les dégradations, finance le fonctionnement de tout ce bazar. Pourquoi se gêner ?

A lire aussi: Causeur: sommes-nous foutus ?

Il faudrait tout de même un jour se donner la peine de définir le cadre précis de mise à disposition des lieux universitaires de ce pays. Certes l’université a vocation à être – et doit effectivement demeurer – un sanctuaire de pensée libre, encore conviendrait-il que ce qui s’y exprime, qui y est exalté, ait tout de même le moins de différence possible, justement, avec le noble effort de penser. Or, brailler qu’on ne condamne pas la prise d’otages d’innocents, le viol de femmes, le meurtre de jeunes ou de vieillards — et tant d’autres atrocités — n’a manifestement que peu à voir avec l’acte de penser, du moins tel qu’on devrait l’entendre dans le temple du savoir et de la réflexion que prétendent être encore nos universités.

Effet de meute

Est-ce que pris un par un par un, les yeux dans les yeux, obtiendrait-on de ces trois cents participants, trois cents « non » ? J’ai intimement la conviction que le compte n’y serait pas.

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Mais voilà. C’est là qu’intervient le fameux effet de meute. Qu’intervient aussi la manipulation des meneurs, de l’hystérico-barbare qui, à la tribune, lance l’hallucinante question et la menace induite qu’elle recèle car, bien entendu, malheur à l’audacieux, à l’impertinent, à l’individu sain de cœur et d’esprit qui oserait ne pas répondre « non » ! Oui, malheur à lui !

Et c’est bien là que se trouve magistralement illustrée la formule de Roland Barthes énonçant cette vérité à inscrire au fronton de tous les amphis de France : « Le fascisme, ce n’est pas empêcher de dire, c’est d’obliger à dire. » Car c’est effectivement ce à quoi nous assistons toujours et encore à ce genre de meeting, au fascisme en actes et en verbe, tel qu’en lui-même. Les individus présents répondent « non » parce qu’il leur est radicalement impossible de répondre autre chose, d’émettre le moindre bémol, la plus infime réserve. Leur parole est asservie, contrainte, de même que leur pensée. Ils incarnent donc tout le contraire de ce qui devrait constituer le ferment et être l’honneur de l’université, la pensée libre. N’ayant donc rien à faire dans ces murs, ils devraient en être exclus.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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[1] https://www.lepoint.fr/societe/a-l-universite-paris-8-un-meeting-propalestinien-derape-avec-des-propos-polemiques-sur-le-7-octobre-22-10-2025-2601588_23.php

L’antiracisme ou la morale du servage

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Des livreurs en vélo manifestent contre Gérald Darmanin à Paris, 25 mars 2023 © ISA HARSIN/SIPA

Dans une France qui se fragmente et se renie, les travailleurs venus d’ailleurs sont utilisés pour faire tourner l’économie nationale, tout en restant exclus d’une véritable intégration. Ce drame, les idéologues immigrationnistes le maquillent en idéal.


Lorsque Gérald Darmanin explique sur CNews, le 22 octobre à 21 h 301, sur un ton faussement neutre, qu’heureusement que les étrangers sont là pour « ramasser nos poubelles » ou « cueillir les légumes du Vaucluse », il ne commet pas une maladresse : il dit la vérité nue de la France mondialisée.

Une vérité qu’on enrobe de bons sentiments, mais qui demeure implacable : l’immigration est devenue la variable d’ajustement d’un système économique sans honneur.

Sous le vernis de l’universalisme et de l’antiracisme, on entretient un servage moderne.

Terrible mécanique

Les travailleurs venus d’ailleurs, qu’on invoque au nom de la diversité, sont en réalité assignés aux tâches que la société française n’assume plus.

On ne les intègre pas : on les emploie, au sens le plus brutal du terme.

Et pour que cette main-d’œuvre reste abondante, on fait venir toujours plus de monde – quand bien même à peine 15% de l’immigration est réellement de travail.

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C’est une rhétorique à double tranchant :

– d’un côté, elle flatte les élites économiques qui profitent de cette main-d’œuvre bon marché ;

– de l’autre, elle humilie à la fois les travailleurs immigrés (cantonnés à un rôle servile) et les Français (présentés comme fainéants ou « au-dessus » de ces tâches).

Le reste relève d’une mécanique sociale dont les Français paient le prix : aides, logements, santé, école, sécurité.

Et cela, dans un pays où le chômage frappe déjà une partie de la jeunesse nationale, et où les descendants d’immigrés de deuxième, troisième ou quatrième génération végètent dans l’entre-deux : ni pleinement intégrés, ni franchement rejetés, pris dans une relégation morale et identitaire.

Féodalité postmoderne

À cette logique d’exploitation s’est ajoutée une dérive idéologique et religieuse. L’islamisme est devenu le ciment d’une jeunesse déracinée. Quand l’école et la nation échouent à transmettre un sens, la mosquée radicale ou le caïdat de quartier offrent un substitut de communauté.

Là où l’assimilation aurait pu faire des Français, le laxisme et le clientélisme ont importé des clans.

Les caïds, souvent issus des mêmes lignées d’immigration, sont les nouveaux seigneurs de territoires que l’État a désertés. Ils contrôlent, imposent leur loi, parfois en alliance avec les islamistes. Ensemble, ils incarnent une féodalité postmoderne, née du désordre migratoire et de la lâcheté politique.

L’économie souterraine remplace l’effort, la prière remplace la patrie, la loi du plus fort supplante la loi commune.

C’est la revanche des tribus sur la nation, des allégeances claniques sur le destin collectif.

Ce drame, on le maquille en idéal.

L’antiracisme, devenu religion d’État, n’a plus pour objet d’unir mais de disqualifier. Il sert de cache-sexe moral à une logique d’exploitation : les puissants s’achètent une bonne conscience pendant que les classes moyennes financent l’échec du modèle. La compassion est devenue un alibi ; la morale, un instrument de domination.

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Pendant que les uns parlent de tolérance, les autres ramassent les ordures.

Pendant que les uns s’indignent à la télévision, les autres enterrent leurs enfants victimes de règlements de compte.

Pendant que les uns vantent la diversité, les autres découvrent que leur pays s’est fragmenté en archipels ennemis.

Une République qui délègue le travail aux immigrés, la sécurité aux caïds et la morale aux idéologues n’est plus une République : c’est une concession du monde global, un territoire sous-traité, un marché ethnique administré.

L’antiracisme institutionnel, loin de combattre ce système, en est devenu le bouclier moral.

Quiconque dénonce cette réalité est aussitôt disqualifié, tandis que les profiteurs – grandes entreprises, associations subventionnées, politiciens de salon – continuent de se présenter en gardiens de la morale républicaine.

Ainsi s’institutionnalise une forme de servage moderne, incompatible avec la dignité du travail et l’assimilation républicaine.

Il nous faudra réapprendre à distinguer la charité de la lâcheté, la justice de la complaisance, la fraternité de l’oubli de soi. Car le salut de la France ne viendra pas d’un antiracisme policier qui protège un servage néocolonialiste, mais du retour d’une vérité simple et fière : celle d’un peuple qui veut vivre debout, libre et maître chez lui, dans le respect de ceux qu’il accueille – dans la mesure du possible – mais sans jamais se renier lui-même.


  1. https://www.cnews.fr/emission/2025-10-23/100-politique-emission-du-22102025-1758537 ↩︎

QuotaClimat: Brainwashing vs greenwashing

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La militante Eva Morel, ici photographiée à Bonn en Allemagne en juin 2025, veut légiférer pour augmenter le temps médiatique dédié aux sujets environnementaux et sanctionner les discours réfutant le changement climatique © Bianca Otero/ZUMA/SIPA

L’association écolo, spécialisée dans la dénonciation des climato-sceptiques, passe à la vitesse supérieure. Elle a rédigé une proposition de loi, reprise par 78 députés, qui, si elle était adoptée, aurait pour effet de verrouiller totalement l’information sur les sujets liés à l’environnement.


Un projet de loi contre la désinformation environnementale pourrait arriver à l’Assemblée nationale. A priori, c’est une cause indiscutable. Ni Géraldine Woessner, journaliste au Point, auteur d’une excellente enquête sur l’association QuotaClimat qui est à la manœuvre, ni votre servante ne mettent en doute le changement climatique. Seulement, pour l’association, qui défend en réalité les thèses des décroissants, la désinformation commence avec le questionnement.

Populistes, QuotaClimat is watching you…

Ce lobby très militant, qui bénéficie de nombreux soutiens et subventions, a créé il y a un an un observatoire des médias sur l’écologie qui flique une vingtaine de TV et radios (dont Sud Radio) et dont l’algorithme a détecté, en 2025 « 128 cas de désinformation climatique » et 373 cas de « discours de l’inaction », c’est-à-dire « décrédibilisant les solutions ». Si vous n’êtes pas convaincu que les éoliennes vont nous sauver, si vous remettez en cause l’interdiction des voitures thermiques à l’horizon 2035, ou l’efficacité des ZFE comme Alexandre Jardin, vous êtes complotiste, climato-sceptique et QuotaClimat vous dénoncera comme tel, sur les réseaux et à l’Arcom. L’objectif est de faire taire toute divergence, d’interdire tout débat.

A lire aussi, du même auteur: Liberté, retiens nos bras vengeurs

Mais cette association entend participer au débat, pas l’interdire, me réplique-t-on ! Bien sûr que si. Elle exige que les médias audiovisuels consacrent 20% de temps d’antenne aux questions environnementales – pourquoi pas 40% ? – et réclame le vote d’une loi interdisant notamment de minimiser le danger climatique ou de le discréditer. Autrement dit, certaines opinions seraient interdites par la loi, tandis qu’une vérité officielle et ceux qui la défendent seraient protégés contre la critique. Exemples : TF1 a été épinglée pour avoir donné la parole sans contradiction à des agriculteurs protestant contre l’excès de normes. FranceInfo  a de son côté été dénoncée pour avoir interwievé le PDG de CocaCola coupable de « greenwashing ». QuotaClimat préfère sans doute le brainwashing.

Soviétique !

Certes, ce texte liberticide est pour l’instant uniquement soutenu par des élus NFP. Mais, alors que l’Assemblée nationale est bien incapable de voter toute grande réforme, et pendant qu’on ne sait pas comment passer le Budget, les députés pourraient se donner l’illusion d’agir avec un texte que beaucoup voteront de peur d’être eux-mêmes voués aux gémonies du climato-scepticisme… Cette loi serait un grand recul de la raison et de la liberté. La vérité scientifique ne s’impose pas à coups d’amendes ou de condamnations, ou alors il faudrait aussi faire taire ceux qui pensent que la Terre est plate. Au pays de Descartes, on ne répond pas à l’erreur par l’interdit mais par l’argumentation.

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Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Patrick Roger

Des différentes motivations pour critiquer Israël

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L’otage israélien libéré Avinatan Or arrive chez lui dans la colonie de Shilo, en Cisjordanie occupée, le 21 octobre 2025 © Eyal Warshavsky / SOPA/SIPA

À la suite des attaques terroristes du 7-Octobre et après deux années de conflit armé meurtrier entre Israël et le Hamas, notre contributeur rappelle que plusieurs études ont démontré que les attentats terroristes de grande ampleur suscitent, dans un premier temps, un élan spontané de solidarité internationale envers les victimes, avant de provoquer, dans un second temps, une forme de distanciation.


Les développements de la situation à Gaza n’extirperont malheureusement pas les injonctions morales à critiquer Israël.

Certains Juifs, très attachés au sionisme, l’ont fait spontanément en pensant que les accusations étaient suffisamment crédibles pour tirer une sonnette d’alarme. Je pense qu’ils ont été trompés par une information grandement mensongère, d’autant plus perverse qu’elle provient d’institutions supposément respectables. C’est le cas de l’ONU, dont les instances sont élues par des États dont 80% sont des autocraties, et où bien des démocraties résiduelles ont désarmé leur esprit critique, préoccupées qu’elles sont par le maintien de leur influence internationale ou aveuglées par des a priori émotionnels qui assimilent faiblesse et vertu.

Passé maudit

Bien des Juifs ont par ailleurs transféré sur Israël leur colère contre le gouvernement qui dirige le pays. Cela pose deux problèmes. Le premier est qu’on critique un État démocratique qui lutte pour sa survie et dans lequel on a a priori décidé de ne pas habiter. Le second est qu’une telle prise de position sera exploitée par la propagande des pires ennemis de cet État.

Pour d’autres, notamment dans le monde anglo-saxon, leur judaïsme avait déjà dérivé vers un cosmopolitisme humanitariste et naïf, auquel le mouvement woke a délivré un label de cacherout qui devrait servir de repoussoir.

Il y a enfin ceux qui, par engagement politique ou religieux, sectateurs du trotskisme ou du Satmar, ont fait de la haine d’Israël un axe de leur comportement. Avec ceux qui ont apprécié le 7-Octobre comme une punition infligée aux forces du mal, aucun accommodement n’est possible.

A lire aussi, Gerald Olivier: Trump et le Proche-Orient: qu’est-ce que la «paix par la force»?

Alors que l’immense majorité des Juifs ont éprouvé le 7-Octobre un sentiment de césure existentielle et ont vu resurgir les images d’un passé maudit, beaucoup de leurs voisins ont considéré cette journée comme un épisode parmi d’autres d’une litanie interminable de violences interethniques.

Leur indifférence a été traumatisante, car elle nous en a rappelé d’autres. Mais s’agit-il seulement d’indifférence ?

En octobre 2003 un sondage avait demandé aux citoyens de 15 États européens quels pays étaient dangereux pour la paix dans le monde. C’est Israël qui remporta cette douteuse victoire, dépassant l’Iran, la Corée du Nord et les États-Unis, qui sortaient alors d’une guerre en Irak.

Or ce sondage survenait quelques jours après un attentat horrible qui avait, dans le restaurant Maxim de Haïfa, provoqué 21 morts et plus d’une soixantaine de blessés, attentat dont chacun avait vu les images.

Octobre 2003, octobre 2023, l’indifférence apparente aux victimes traduit-elle la permanence d’un indécrottable antisémitisme? L’explication me parait plus complexe.

Empathie de courte durée

Plusieurs études ont montré que les attentats terroristes de masse entrainent immédiatement un élan de sympathie pour les victimes, mais génèrent la mise à distance dans un deuxième temps, car des représailles pourraient déclencher une réaction en chaine qui mettrait en danger la sécurité de spectateurs qui, à tort ou à raison, ne se sentent pas eux-mêmes concernés par ces événements. Envers Israël, la période d’empathie fut particulièrement courte.

Pourquoi? Il y a bien sûr l’incrustation du narratif victimaire palestinien, qui a parfois entrainé des réactions de haine du genre «Après tout, ils l’ont bien mérité!».

Mais  il y a aussi autre chose… La compassion pour les persécutions dont les Juifs furent victimes dans l’histoire, l’adhésion à l’égalité de leurs droits sont aujourd’hui courantes dans nos sociétés. Mais, si la légalité de l’État d’Israël est admise, son absolue légitimité ne l’est pas totalement, à preuve l’insinuation maladroite mais significative du président Macron que l’existence d’Israël provient d’un accord de l’ONU, sous entendant apparemment que ce qu’une Assemblée a fait, une autre pourrait le défaire et négligeant le fait que l’existence de cet État, comme celle de bien d’autres dans l’histoire, dépend surtout de sa capacité à se défendre. 

Or, ce recours aux armes percute un imaginaire chrétien immémorial, dans lequel la soif de vengeance est un ressort prétendument essentiel du comportement des Juifs. Les imprécations contre les meurtres rituels ou les accusations de complot mondial se sont transmuées, de façon le plus souvent inconsciente, en imbéciles dénonciations de génocide.

A lire aussi, Rene ter Steege: Le chanteur antisioniste, la canicule et l’ex-petite copine juive

Dans le sondage de 2003, un pays européen surpassait les autres par sa perception négative d’Israël et il est depuis resté très hostile. Ce pays, ce sont les Pays-Bas, qui représentaient les intérêts d’Israël lorsque ses relations étaient rompues avec le bloc communiste.

Depuis la terre de liberté pour les Juifs victimes de l’Inquisition jusqu’à l’appellation de «club juif» attribuée à l’Ajax d’Amsterdam, en passant par l’aide à la famille d’Anne Franck, l’image des Pays-Bas est positive dans la mémoire juive et le grand nombre de Justes néerlandais a fait oublier que les trois quarts de la communauté juive y ont été exterminés.

J’ai l’impression que les principaux vecteurs de cette hostilité à l’égard d’Israël ne sont pas, comme chez les voisins belges et français, la présence d’une importante communauté musulmane et l’existence de partis désireux d’en faire une clientèle électorale. Ils me semblent plutôt liés au pacifisme et à un passé colonial dont certains, suivant un schéma bien huilé, attribuent la responsabilité au capitalisme américain  et  ses alliés où  Israël figure évidemment en première ligne. 

Mais pèse aussi aux Pays Bas le poids moral des organisations religieuses et humanitaires, qui sont sensibles à la dichotomie entre les forts et les faibles et vertueusement aveugles et sourdes aux appels au massacre de l’islam radical. Lors du procès des atterrantes violences survenues il y a un an contre les supporters du Maccabi Tel Aviv, certains juges ont refusé de parler d’antisémitisme. 

Les prochaines élections législatives néerlandaises seront scrutées avec attention bien au-delà du pays…