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Dahbia Benkired: les « monstres » sont-ils parmi nous?

«Mon cœur de mère est meurtri à jamais. J’ai la chance d’avoir à mes côtés mon fils Thibault, sinon je ne serais peut-être plus là. Toute ma vie s’est effondrée. Je me demande comment je tiens debout. Cette chose ne nous enlèvera pas l’amour de notre famille» a déclaré hier la mère de Lola, au procès de l’Algérienne Dahbia Benkired, jugée à Paris pour avoir torturé, violé et massacré la jeune fille de 12 ans. La réflexion de Charles Rojzman.



Le procès de la meurtrière de Lola s’ouvre comme une plaie dans le corps malade d’une civilisation qui se croit encore judéo-chrétienne et refuse de se regarder en face. Les médecins légistes ont tout dit, ou presque: le supplice, les gestes, la précision du mal. Les psychiatres, eux, parleront d’abolition du discernement, de déséquilibre, de trouble psychotique. Ce sont les prêtres modernes de notre innocence : ils traduisent la barbarie en pathologie. Mais quelle que soit leur sentence, ils se tromperont. Car la folie, comme le mal, échappe à leur science ; elle appartient à une autre nuit — celle où l’homme, soudain, cesse d’être un homme.

Le problème, ici, n’est pas seulement une « OQTF » non appliquée, ni même une faillite de l’État. Le problème, plus obscur et plus redoutable, est celui-ci : les monstres sont parmi nous. Ils vivent dans nos immeubles, ils partagent nos écrans, ils rient dans les cafés. Ils ont nos visages. Ils viennent souvent d’ailleurs, mais ils viennent aussi du vide que nous portons collectivement.

L’époque de la folie collective

La psychiatrie fut longtemps un art du singulier : elle traitait des délires privés, des fractures intérieures. Mais nous avons basculé dans l’âge de la folie partagée. Il n’est plus besoin d’être fou pour tuer : il suffit d’appartenir à une foule. Regardez Nice. Le camion qui écrase des corps, les cris, la poussière, et ces adolescents filmant les blessés agonisants. Ils fouillent les poches, se photographient devant les cadavres, crient : « On l’a fait ! »

Ils ne sont pas malades. Ils sont adaptés à leur époque. L’époque leur a appris à tout confondre : la mort et le jeu, la cruauté et la notoriété. Ce sont nos enfants, nourris de haine, d’images et de vide. Ils ne viennent pas du dehors : ils sortent de nos écrans. Quand la folie devient collective, elle cesse d’être perçue comme folie. Elle devient norme, morale, identité. L’homme tue non plus parce qu’il délire, mais parce qu’il participe. Le meurtre devient le rite par lequel il retrouve un sens d’appartenance.

Les visages ordinaires du mal

Au Rwanda, j’ai vu comment des paysans tranquilles, des professeurs, des prêtres, pouvaient se transformer en bourreaux. Je leur ai parlé : ils étaient aimables, attentifs, d’une politesse exquise. Ils racontaient les massacres comme on raconte une moisson. Ils n’étaient pas fous. Ils étaient entrés dans une autre normalité. Le collectif, lorsqu’il bascule, délie les consciences, dissout la pitié, justifie l’innommable.

Le voisin devient l’ennemi, la femme enceinte un trophée, l’enfant un symbole à abattre.
Ainsi se révèle la vérité tragique de l’homme : il ne devient monstre qu’à plusieurs. Le monstre est rarement solitaire : il a besoin d’un chœur, d’une cause, d’un public. Au Rwanda, dans les Balkans, dans l’Allemagne nazie, dans Gaza ou Mossoul, le mal n’a jamais été le fruit d’une anomalie individuelle : il est le produit d’une communion inversée, d’une fraternité noire où la destruction devient lien social.

Le glas de la civilisation

La mort de Lola, comme l’égorgement du père Hamel, la décapitation de Samuel Paty, ou la balle dans la tête de la petite Myriam Monsenego, sont autant de cloches funèbres sonnant la fin de notre confort moral.

Nous pensions être vaccinés contre la barbarie : nous découvrons qu’elle est endémique. Nous pensions que le progrès, la raison, la démocratie suffiraient à nous protéger : ils n’ont fait que désarmer nos âmes. Le mal, aujourd’hui, ne porte plus d’uniforme. Il circule librement dans les veines de la société. Il s’appelle indifférence, nihilisme, déliaison, narcissisme collectif et parfois djihad. Dahbia, la meurtrière, n’est pas une bête : c’est une jeune femme de son temps, obsédée par l’image qu’elle projette, hantée par la reconnaissance numérique. Elle n’a pas tué pour une cause, mais pour exister. Son crime n’est pas celui d’une folle : c’est le cri d’un être sans monde.

Quand le collectif révèle le monstre

Il y a dans chaque société un seuil invisible : celui où le lien social cesse d’humaniser pour commencer à déshumaniser. Lorsque la peur remplace la confiance, lorsque la honte devient un étendard, lorsque la haine offre une appartenance, les monstres sortent des ombres. Ce ne sont pas des individus anormaux : ce sont des humains rendus possibles par la désintégration du collectif. Le monstre n’est pas né dans l’asile, mais dans la foule. C’est la foule qui l’autorise, le justifie, le glorifie — et qui, ensuite, s’étonne de ce qu’elle a enfanté.

C’est pourquoi le mal n’est pas seulement une faute morale : il est une contagion politique. Là où disparaissent le sacré, la responsabilité et la mémoire, l’homme devient son propre ennemi. Ce n’est pas en nous que le monstre sommeille, mais entre nous — dans ce vide relationnel où la peur remplace la rencontre, où la honte remplace la parole.

Refuser l’accoutumance

On nous répète qu’il faut s’y habituer : s’habituer aux meurtres, aux attentats, aux visages d’enfants sur les autels improvisés. Mais s’habituer, c’est déjà mourir.

J’ai vu trop de peuples basculer dans l’abîme pour ne pas reconnaître les signes avant-coureurs : la fatigue morale, la perte du sens, le rire indifférent devant la douleur d’autrui. Nous n’avons plus le luxe de l’innocence. Nous devons comprendre ce que nous voyons : le monstre n’est pas seulement un autre, c’est une fonction de la société lorsqu’elle perd son âme. Et tant que nous refuserons de nommer le mal, il continuera de se nourrir de nos silences. Le monstre n’habite pas les ténèbres : il naît à la lumière. Il a nos visages, nos gestes, nos paroles. Et s’il resurgit, c’est que nous avons cessé de nous regarder, nous et les autres.

La société malade

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Trump et le Proche-Orient: qu’est-ce que la «paix par la force»?

Donald Trump a réussi l’impensable en imposant un accord de paix entre Israël et le Hamas, signé à Charm el-Cheikh le 13 octobre 2025, après deux ans de guerre meurtrière. Misant sur sa doctrine de la « paix par la force », il a isolé le Hamas, affaibli l’Iran et rallié les monarchies arabes à un plan en vingt points censé tourner la page de sept décennies de conflit au Proche-Orient. Gerald Olivier raconte et analyse la genèse de cet important accord. Long récit.


« Bienheureux les faiseurs de Paix !» Le président Trump aime dire que s’il s’efforce d’imposer la paix là où la guerre fait loi depuis des années, voire des décennies, c’est pour garantir sa future place au paradis… Au vu de l’accord de paix en vingt points de Charm el-Cheikh, l’affaire est bien engagée ! Prix Nobel ou pas, paix durable ou pas, Donald Trump a fait taire les armes à Gaza et imposé une pacification de l’ensemble du Proche-Orient. Son plan en vingt points a été accepté par les deux principaux belligérants – Israël et le Hamas – puis officiellement signé à Charm el-Cheikh, en Egypte, le 13 octobre, en présence de dirigeants de la région et du monde.

2017–2021, retour sur la genèse d’un accord de paix qui va, peut-être, changer le monde. Les fondations

Le Proche-Orient n’a pas connu une telle perspective de paix, depuis les accords d’Oslo de 1993 et peut-être beaucoup plus longtemps. Trump dit trois mille ans ! C’est sans doute excessif, mais le président américain a toujours vu grand, très grand. Son accomplissement reste monumental. Même s’il est encore inachevé. Le Hamas n’est pas encore désarmé. Ses combattants n’ont pas abandonné l’uniforme pour rentrer chez eux. Ses dirigeants n’ont pas renoncé à leur objectif d’éliminer l’Etat d’Israël dont ils ne reconnaissent toujours pas la légitimité. Gaza n’est pas « déradicalisé » (point numéro un du plan), le « conseil de la paix » (Board of peace) devant gérer sa reconstruction n’est pas installé (point numéro neuf), et la force internationale devant garantir la sécurité n’est même pas constituée (point numéro quinze). Il reste donc de nombreuses étapes à accomplir pour consolider la paix. Rien n’est garanti.

Par le passé, de nombreux cessez-le-feu ont été signés pour être violés après quelques jours ou quelques semaines, et les hostilités reprenaient de plus belle. Pourtant, un air de paix et de liesse inhabituel flottait sur le Proche-Orient, le lundi 13 octobre 2025. Les gens dansaient et chantaient en Israël et à Gaza. Jusqu’à présent on était habitués à ce que lorsque l’un danse, l’autre pleure. Pas cette fois. La réjouissance était dans toutes les têtes et dans les deux camps et l’espoir d’une ère nouvelle semblait dans tous les cœurs. Comment cela a-t-il été possible ? Comment Donald Trump a-t-il donc réussi à imposer la paix, là où tout le monde disait que c’était impossible ? Pourquoi a-t-il réussi alors que tous ses prédécesseurs depuis 1948, avaient échoué ? Principalement par sa force de persuasion. Après tout, conclure des accords c’est sa spécialité. Il en avait fait un livre à succès avant d’entrer en politique, The art of the Deal. Ensuite en bousculant les conventions et le consensus. Trump a inversé les termes de l’équation au Proche-Orient en repoussant délibérément la question d’un Etat palestinien à plus tard. L’expression « solution à deux Etats » n’apparait même pas dans le texte du plan de paix. Enfin parce qu’il a mis la force des Etats-Unis derrière ses mots. Le plan en vingt points appelé « Trump Declaration for Enduring Peace and Prosperity » (Déclaration Trump pour une paix et une prospérité durables) est l’illustration la plus accomplie de la doctrine Trump de « peace through strength », de la paix par la force.

Concrètement, Donald Trump a obtenu un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas qui met fin à deux ans d’un affrontement sans merci. Il a obtenu la libération de tous les otages encore vivants détenus depuis le 7 octobre et la restitution du corps de tous ceux qui sont morts en captivité (seuls sept corps ont pour l’instant été restitués, les autres étant introuvables, selon le Hamas…).

En échange les Israéliens ont libéré 1700 prisonniers palestiniens et 250 terroristes condamnées à perpétuité en Israël. C’est ce qu’on a appelé la phase 1 du plan de paix. La phase 2, officiellement en cours, doit voir le désarmement du Hamas puis sa dissolution, et l’interdiction de sa participation à la gestion future de Gaza ou toute autre entité palestinienne. L’administration de la bande de Gaza sera confiée à une autorité internationale technocratique et sa reconstruction sera financée par les pays arabes et les monarchies du Golfe. La sécurité sera assurée par une « Force d’intervention internationale », sans la participation de soldats américains. Par cet accord, Israël voit accomplis tous les objectifs de guerre que le pays s’était fixé après le massacre du 7 octobre 2023, à savoir : – la récupération des otages ; -l’élimination du Hamas : – et la démilitarisation de Gaza. Le plan en vingt points du président Trump est une victoire incontestable pour Israël et son Premier ministre Benyamin Netanyahu. Le Hamas, en revanche, est perdant. Cet accord signe sa défaite et sa disparition programmée. Volontaire ou forcée. Ce groupe terroriste, affilié aux Frères Musulmans, et fondé en 1987, qui n’a cessé de semer la terreur et répandre le sang, surtout le sang des Palestiniens, a vécu. Il est vaincu, disqualifié à jamais et n’aura aucun rôle dans l’avenir du peuple palestinien. Pourquoi, dès lors, ces dirigeants ont-ils accepté ce plan ? Réponse : parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix. Parce que l’alternative proposée par Trump aurait conduit au même résultat, mais par un chemin beaucoup plus douloureux. Un chemin pas encore totalement écarté. Le Hamas a été décimé par deux ans de guerre et ses combattants sont épuisés. Le Hamas a perdu son principal protecteur et soutien financier, l’Iran. Il se retrouve isolé au Proche Orient, entouré de monarchies arabes fatiguées de soutenir une cause palestinienne de plus en plus radicale et désespérée. Donald Trump avait indiqué qu’en cas de rejet de l’accord, Israël aurait un feu vert pour mener toutes les opérations militaires nécessaires afin d’annihiler le Hamas. En clair le sort de ses combattants et dirigeants était scellé. Il y avait la méthode douce, la libération des otages et leur reddition. Ou la méthode dure, des combats sanglants à l’issue implacable. Le Hamas a choisi (pour l’instant) la méthode douce. Sans doute en se disant que vivre un autre jour lui offre encore la possibilité de négocier une survie. A ce jour, le Hamas respire encore… Cet accord de paix est néanmoins une victoire pour les Palestiniens, au moins ceux d’entre eux désireux de connaître une vie « normale », et ne plus être la chair à canon de la meurtrière obsession de vengeance de leurs chefs fanatiques.

Cet accord a été obtenu en quelques semaines. Entre le 27 août, date d’une réunion clé à la Maison Blanche, et le 29 septembre, date de la venue de Benyamin Netanyahu à la Maison Blanche. Mais ses racines plongent plus profondément dans le temps. Il avait été préparé depuis la réélection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, le 5 novembre 2024, et même encore plus tôt avec la signature des Accords d’Abraham en septembre 2020, au crépuscule de son premier mandat. De tous les accomplissements de sa première administration (2017 – 2021) en matière de relations internationales, Donald Trump jugeait les Accords d’Abraham les plus prometteurs et les plus ambitieux. La réforme de l’Otan, le dialogue direct avec la Corée du Nord, la sortie de l’accord nucléaire avec l’Iran, la défaite de l’Etat islamique en Syrie et en Irak, rien ne rivalisait à ses yeux avec la perspective d’une paix durable au Proche-Orient et la stabilisation de cette région meurtrie par le conflit israélo-palestinien depuis 1948. Ces accords établissaient une normalisation des relations entre Israël et deux Etats arabes du Golfe, les Emirats Arabes unis et Bahreïn. Ils furent signés le 15 septembre 2020 à la Maison Blanche par Donald Trump, président des Etats-Unis, Benyamin Netanyahu, Premier ministre israélien, et les ministres des Affaires étrangères des EAU, Abdullah bin Zayed Al Nahyan, et de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al Zayani. Le Maroc et le Soudan devinrent également signataires dans les mois qui suivirent. L’artisan de ces accords n’était pas un diplomate chevronné, mais un entrepreneur immobilier américain de confession juive de 39 ans, Jared Kushner, également époux d’Ivanka Trump, et donc gendre du président américain. C’est lui qui avait mené les négociations, au nom de Trump, en application d’un plan de paix présenté pour l’ensemble de la région en janvier 2020. Le principe soutenant ces accords allait à l’inverse de l’action diplomatique régionale menée jusqu’alors. Depuis des décennies, la résolution du conflit israélo-palestinien était présentée comme la clé d’une normalisation des rapports entre Israël et ses voisins arabes. La paix et un Etat palestinien conduiraient à une paix régionale. Trump avait choisi une démarche exactement inverse. Il avait choisi de faire de la normalisation des rapports entre Israël et ses voisins la clé d’une résolution du conflit palestinien. La paix régionale viendrait à bout du problème palestinien. Pour lui c’était la démarche la plus logique. D’abord parce que cette normalisation avait déjà commencé. C’était le principe des accords de Camp David signés entre Israël et l’Egypte en 1977, sous l’égide du président Jimmy Carter. Ensuite parce que cette normalisation était souhaitée – au moins en privé – par certains pays, dont l’Arabie Saoudite, fatigués d’être les otages d’une cause palestinienne devenue aussi intransigeante que désespérée. Enfin parce que cette normalisation était le moyen d’affaiblir l’Iran, premier sponsor du terrorisme dans la région et principal financier du Hamas, le groupe terroriste palestinien ayant pris le contrôle de la Bande de Gaza, et qui harcelait Israël à sa frontière sud. L’Arabie Saoudite et les monarchies du Golfe étaient les acteurs clés de la stratégie de Donald Trump. Celle-ci datait de 2017, la première année de son mandat. Au mois de juin de cette année-là, Mohammed Ben Salman, fils du roi Salman, avait été désigné « prince-héritier » du royaume. Il avait 32 ans alors. Son père, le roi, en avait 82 ans et sa santé était déclinante. Au Qatar voisin, l’Emir Tamin ben Hamad Al Thani avait pris la succession de son père Hamad en 2013. Il avait 37 ans. Le Qatar abritait la base militaire américaine d’Al Udeid et était, avec l’Arabie saoudite, le principal allié arabe des Etats-Unis dans la région. Ces deux jeunes dirigeants personnifiaient la génération arabe montante. Une génération qui ne veut plus vivre dans l’ombre de 1948 et de la « Nakba » (catastrophe) du peuple palestinien, mais être tournée vers l’avenir et les défis et opportunités présentées par les nouvelles technologies. Donald Trump, après en avoir discuté avec son conseil de sécurité, avait décidé de « parier » sur cette nouvelle génération de leaders pour changer la donne au Proche-Orient et trouver un chemin vers la paix. C’était l’objectif des accords d’Abraham dont l’étape majeure à venir aurait dû être une normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël. Malheureusement Donald Trump perdit l’élection présidentielle de 2020 et son ambition de paix au Proche-Orient fut retardée. Mais pas totalement abandonnée.

2021 – 2024, la faute tragique de Joe Biden

Sans trop s’en vanter, car l’initiative n’était pas la leur, le président Biden et son secrétaire d’Etat Antony Blinken continuèrent de poursuivre l’extension des accords d’Abraham. Mais, sans rencontrer le succès de leur prédécesseur. Israël et les pays arabes ne manifestaient plus le même empressement. Pour plusieurs raisons. La première raison est que Benyamin Netanyahu doutait de Biden. Le président démocrate ne cessait de rappeler le soutien indéfectible des Etats-Unis à Israël et le droit d’Israël de se défendre après le massacre du 7 octobre, mais il ajoutait toujours un « mais », au sujet des victimes civiles de représailles israéliennes, du droit des Palestiniens, ou autre. Pire il prêchait la retenue alors que Tsahal voulait en finir au plus vite avec le Hamas. Au contraire, Netanyahu avait une confiance absolue en Donald Trump. Trump n’avait-il pas ordonné le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem ainsi que tous les présidents américains s’étaient engagés à le faire depuis Bill Clinton en 1995 sans jamais avoir osé ? Trump n’avait-il pas reconnu l’annexion du plateau du Golan par Israël pour des raisons de sécurité nationale, s’attirant à l’occasion l’opprobre des Nations Unies et d’autres membres du Conseil de Sécurité, dont la France d’Emmanuel Macron ? Trump n’avait-il pas toujours fourni à Israël toutes les armes pour se défendre ? La deuxième raison est que Mohammed Ben Salman, prince héritier et de facto dirigeant de l’Arabie Saoudite arborait les mêmes doutes quant au président américain. Ce dernier l’avait qualifié publiquement de « tueur », pour l’assassinat du journaliste Jamal Kashoggi en Turquie par les services saoudiens en 2018. La relation entre les deux hommes était devenue glaciale. Lors d’une visite officielle de Biden en Arabie Saoudite, ils ne s’étaient même pas serré la main, échangeant simplement un « fist bump ». La troisième raison est qu’au lieu de continuer à isoler et affaiblir l’Iran, Joe Biden avait entrepris de réengager le dialogue avec le régime islamique de Téhéran, comme son prédécesseur démocrate Barack Obama l’avait fait. Une erreur stratégique qui allait avoir des conséquences effroyables. Dès mai 2018, Donald Trump avait fait sortir les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien conclu par Barack Obama en 2015. Appelé « Joint Comprehensive Plan of Action », ou « JCPOA », (ce qui ne veut rien dire), cet accord avait été présenté comme un moyen d’empêcher l’Iran d’obtenir une bombe nucléaire. En fait il ne faisait que repousser l’échéance, tout en réhabilitant le régime des mollahs, pourtant premier sponsor du terrorisme au Proche-Orient. Donald Trump avait lu entre les lignes et dénoncé cet accord comme un attrape-nigauds, une folie. Cela lui avait valu la réprobation de l’ONU et des Européens, signataires de l’accord. Ce dont il ne s’était guère ému cependant ! Donald Trump avait rétabli les sanctions américaines contre l’Iran et forcé l’ONU à imposer à nouveau des sanctions internationales, limitant les revenus du régime de Téhéran. Ces sanctions seraient maintenues, avait-il dit, tant que l’Iran n’aurait pas renoncé à son programme nucléaire militaire, et tant qu’il continuerait à soutenir le terrorisme dans la région. En avril 2019 l’administration Trump avait désigné le corps des gardiens de la révolution, c’est à dire l’armée idéologique du régime, comme une organisation terroriste. Au même titre que le Hamas et le Hezbollah. Une première, autorisant le recours à la force militaire contre cette organisation. Et pour bien faire comprendre qu’il était sérieux, Donald Trump autorisait l’élimination du général Qassem Soleimani, l’un des plus hauts gradés de l’armée iranienne, responsable des opérations terroristes, et donc de la mort de soldats américains, le 3 janvier 2020 !

Revenu au pouvoir un an plus tard, Biden et les Démocrates abandonnaient cette politique de pression maximale sur l’Iran. Dès janvier 2021, l’administration américaine indiquait sa volonté de ressusciter le JCPOA et de lever les sanctions réimposées par Trump. Des négociations reprenaient à Vienne. Deux ans plus tard, en septembre 2023, en échange de la libération de cinq prisonniers américains détenus en Iran, l’administration Biden autorisait le versement de six milliards de dollars de fonds jusqu’alors « gelés » à l’Iran. Le paiement à peine déguisé d’une rançon. Moins d’un mois plus tard, le 7 octobre 2023, des commandos palestiniens du Hamas et d’autres groupuscules terroristes, entrainés et armés par l’Iran, franchissaient la frontière sud d’Israël et menaient une attaque surprise. L’opération, baptisée « Déluge d’al-aqsa » en Arabe, faisait plus de mille deux cents tués chez les Israéliens, principalement des civils, dont des personnes âgées, des femmes, des enfants et des bébés. Le Hamas capturait aussi deux cent cinquante personnes, emmenées à Gaza comme otages. Ce massacre barbare, rappelant les pogroms d’antan, était qualifiée de « 11 septembre israélien » par Benyamin Netanyahu. Appelant Gaza la « cité du mal », il déclarait l’Etat d’Israël « en guerre » contre le Hamas et le groupe Djihad islamique, promettant « la destruction totale de leurs capacités militaires ». Sans tarder les FDI (Forces de Défense israélienne) recommandaient aux populations civiles de Gaza de fuir l’enclave en anticipation d’une invasion terrestre. Le problème est que ces populations n’avaient nulle part où aller. Aucun pays de la région n’acceptait de les accueillir. L’Egypte et la Jordanie, deux pays arabes ayant accueilli des Palestiniens par le passé, signifiaient sans détour leur refus de prendre de nouveaux réfugiés. Quant aux combattants du Hamas à Gaza, ils avaient ordre d’exécuter quiconque tentait de sauver sa vie et celle de ses proches par la fuite ! La population de Gaza servait de bouclier humain au Hamas et elle allait en payer le prix. Il fallait des victimes civiles au Hamas. Il fallait des morts palestiniens à exhiber à la face du monde. Dans la guerre qui s’ouvrait la communication était la meilleure arme du Hamas et comme cela a toujours été le cas depuis 1948 la misère du peuple palestinien allait être mis en scène et instrumentalisée pour servir la cause supposée… du peuple palestinien ! En même temps qu’elle menait son offensive au sol, l’armée israélienne éliminait un à un les hauts dirigeants du Hamas, présents à Gaza ou ailleurs au Proche-Orient. De janvier à juillet 2024, pas moins de cinq chefs politiques et militaires étaient tués par des tirs ciblés, culminant avec l’élimination d’Ismail Haniyeh, le chef du Hamas, à Téhéran le 31 juillet 2024, puis celle de Yahya Sinwar, chef de la branche armée du Hamas et artisan du 7 octobre, quelques semaines plus tard. Pour mettre à bas tout l’appareil terroriste échafaudé par l’Iran au Proche-Orient, Israël s’en prenait aussi au Hezbollah, la milice chiite libanaise, qui se livrait à des tirs de roquettes incessants sur les villes du nord d’Israël. Tsahal attaquait des cibles terroristes en Syrie, ainsi qu’au Yémen. Les 17 et 18 septembre 2024 plus d’un millier des plus hauts dirigeants du Hezbollah étaient tués ou blessés par l’explosion de leur bipeur. L’opération baptisée « Grim Beeper » (le bipeur sinistre) avait été montée par le Mossad, les services secrets israéliens, qui, en plus d’éliminer leurs adversaires, envoyaient un message clair : aucun ennemi d’Israël n’est à l’abri. La mort pourra le cueillir n’importe où, n’importe quand, n’importe comment ! Une semaine plus tard, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, était tué à Beyrouth dans un bombardement massif. Début octobre, Israël envahissait le sud Liban pour détruire les sites de lancements de roquettes. L’administration américaine, vivement critiquée par les Républicains et les médias de droite, pour sa responsabilité dans l’attaque du 7 octobre – car ce sont les milliards de dollars dégelés par l’administration Biden qui servirent à former et armer les combattants du Hamas – tentait en vain de fomenter un cessez-le-feu. Le président Biden dépêchait son secrétaire d’Etat Anthony Blinken au Proche-Orient. Sans résultat. En pleine campagne présidentielle aux Etats-Unis, l’administration Biden se retrouvait paralysée, prise entre un soutien affirmé à Israël fruit de l’alliance traditionnelle entre les Etats-Unis et l’Etat hébreu, et les exigences de l’aile gauche du parti démocrate, qui orchestrait l’agitation dans les rues et sur les campus universitaires aux cris de « free Palestine, from the river to the sea » « (Libérez la Palestine de la rivière à la mer », ce qui reviendrait à supprimer l’Etat d’Israël). Résultat, Joe Biden s’efforçait de restreindre les activités militaires israéliennes. En mai 2024 il s’opposait à une offensive israélienne contre Rafah, municipalité du sud de Gaza et suspendait une livraison d’armes à Israël pour empêcher cette attaque. Loin de faciliter un dénouement, il prolongeait le conflit. En même temps, le secrétaire d’Etat Antony Blinken multipliait les déclarations conciliatrices vis à vis du Hamas, s’alarmant des victimes civiles côté palestinien, sans condamner le Hamas pour le recours systématique à des boucliers humains. En octobre 2024, au crépuscule du mandat de Joe Biden, le conflit semblait plus insoluble que jamais.

2024 – 2025 De la réélection de Trump à l’opération « Midnight Hammer » jusqu’aux accords historiques de Charm el-Cheikh

Le premier grand tournant de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza survint le 5 novembre 2024 avec l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Après quatre ans d’absence Trump allait faire son retour à la Maison-Blanche et à la tête du monde libre. Au contraire du président Biden qui n’avait cessé de retenir Israël pour éviter une « escalade » du conflit, Donald Trump assurait le Premier ministre Netanyahu de son indéfectible soutien pour la réalisation de ses objectifs de guerre. Son premier message était pour les kidnappeurs du Hamas : « Libérez les otages sinon l’enfer va pleuvoir sur vous. » Dans un langage très peu diplomatique mais parfaitement clair le futur président – Trump ne prendrait ses fonctions qu’au 20 janvier 2025 – intimait l’ordre au Hamas de libérer les otages du 7 octobre avant son entrée en fonction, sauf à en souffrir de graves conséquences. Vues les éliminations d’Abou Bakr El Bagdadi et du général Soleimani, lors de son premier mandat, il était clair que Trump n’est pas homme à proférer des menaces en l’air. De plus, le 8 décembre 2024, le régime de Bachar el Assad tombait en Syrie. L’Iran perdait un nouvel allié de poids dans la région et le Hamas aussi. Le groupe terroriste palestinien se retrouvait plus isolé que jamais. Du coup un accord était trouvé à la veille de l’investiture de Donald Trump, pour un cesser le feu à Gaza et la libération d’otages israéliens détenus par le Hamas, en échange de la libération de prisonniers palestiniens détenus par Israël. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu était contre cet accord. Parce qu’il n’accomplissait pas tous les objectifs de guerre d’Israël. Mais, il céda à la pression du nouveau président américain. Trump voulait une victoire d’entrée de jeu, même symbolique, pour démontrer sa capacité à faire bouger les lignes. Cet accord, déjà célébré par des chants et des danses à Gaza, prévoyait la libération progressive de tous les otages israéliens, puis le retrait des troupes israéliennes de Gaza. Rien sur la reconstruction de Gaza. Interrogé sur ce point, le président Trump indiquait sans sourciller que Gaza était devenu invivable et dangereux pour sa propre population. Dans son propre intérêt, sa population devait être évacuée et relogée ailleurs (en Jordanie ou en Egypte, par exemple) le temps de déminer le sous-sol de Gaza et reconstruire la ville. Vue sa situation géographique, Gaza, dit-il, avait tous les atouts pour devenir une magnifique station balnéaire… Dans les think-tanks et les salles de rédaction occidentales, les experts en eurent le souffle coupé, ne sachant s’il fallait en rire ou en pleurer. Comment, dirent-ils tous, un président des Etats-Unis pouvait-il faire une proposition aussi incongrue et en tel décalage avec les « aspirations du peuple palestinien », à savoir, avoir un Etat à eux, fut-il une taupinière explosive ? Au Proche-Orient cependant, la remarque du président américain eut un tout autre impact. Tout le monde comprit que d’un jour à l’autre, les pays de la région pourraient être appelés à accueillir de nouveaux réfugiés palestiniens et que le « problème palestinien » au lieu d’être circonscris dans Gaza pourrait à nouveau venir déstabiliser leurs pays, comme ce fut le cas pour la Jordanie dans les années soixante. Il devenait donc urgent, non seulement de trouver une vraie solution, mais aussi de faire en sorte que Gaza soit reconstruit par des capitaux arabes, pour éviter qu’un milliardaire américain ne transforme l’endroit en sa vision d’un palais des mille et une nuits… Le cessez-le-feu du 19 janvier survécut tant bien que mal jusqu’à la mi-mars. Le temps d’échanger au compte-gouttes quelques otages israéliens contre des criminels palestiniens, d’acheminer de l’aide humanitaire à Gaza, et de permettre aux combattants de se refaire une santé, notamment en détournant l’aide humanitaire… Le printemps venu, les combats reprirent de plus belle. Toutefois Israël, tout comme les Etats-Unis, avaient le regard également tourné vers l’Iran, et accessoirement son dernier proxy encore actif au Proche-Orient, les Houthis du Yémen. La question dépassait le cadre de la guerre à Gaza et concernait l’éternel programme nucléaire iranien et la menace qu’il fait poser sur Israël, le Proche-Orient et même le monde. Les Etats-Unis et Israël avaient indiqué à de multiples reprises qu’ils ne laisseraient pas l’Iran obtenir sa bombe ! Point final. En revanche, si l’Iran acceptait d’abandonner son programme nucléaire, les Etats-Unis seraient prêts à rétablir des relations commerciales et diplomatiques avec la République islamique. C’est ce que Donald Trump a signifié au Guide Suprême iranien, Ali Khamenei, dans un courrier transmis le 13 mars. Accompagnant son courrier d’un ultimatum. L’Iran avait soixante jours pour renoncer à son programme et parvenir à un accord négocié. Ne pas respecter ce délai exposerait l’Iran à des « conséquences militaires terribles ». Téhéran choisit de jouer la montre. De négocier pour gagner du temps. Une tactique transparente qui ne trompa personne. Le délai imposé par Trump passa, sans accord. Au contraire, Khamenei jurait que l’Iran n’abandonnerait jamais son ambition nucléaire. Israël prit finalement les devants. Estimant que le programme iranien était très proche de son aboutissement, Benyamin Netanyahu ordonnait à Tsahal de frapper l’Iran le 13 juin. L’opération était baptisée « Rising Lion ». L’aviation israélienne ciblait simultanément des sites militaires, des postes de commandement, des hauts gradés de l’armée et des scientifiques impliqués dans le programme iranien. En une nuit l’appareil militaire et scientifique iranien était décapité. Et Téhéran s’avérait incapable de riposter sérieusement. Protégé par le parapluie américain – le « dôme de fer » – Israël détruisait l’essentiel des missiles iraniens en vol. Alors que chaque nuit ses propres appareils poursuivaient leurs bombardements. En douze jours, Israël mit l’Iran à genoux. Bien que son ultimatum initial ait été dépassé, voire ignoré, Donald Trump n’a jamais cessé de garder une communication ouverte avec le régime iranien. Il ne cessait de repousser la possibilité des « terribles sanctions militaires » évoquées plus tôt. « Nous verrons d’ici une semaine ou deux », disait-il. A chaque délai, les observateurs remettaient sa détermination en cause. Puis vint la nuit du 21 juin. Sans rien dire bien sûr, Donald Trump lançait l’opération « Midnight Hammer ». Sept bombardiers furtifs B2 décollaient du Missouri pour un vol de trente-cinq heures et vingt-deux mille kilomètres aller-retour. Objectifs : Fordo, Natanz et Ispahan, les trois principaux sites d’enrichissement d’uranium et de recherches nucléaires iraniens, à onze mille kilomètres de distance. A leur bord, treize bombes GBU 57 de quinze tonnes chacune, capables de pénétrer jusqu’à trente mètres sous terre. Pour les escorter, des dizaines de chasseurs. Pour les ravitailler en carburant, des dizaines d’appareils de ravitaillement en vols, postés le long du parcours. Pour les soutenir, une flotte massée en Méditerranée et en Mer Rouge équipée de dizaines de missiles Tomahawk. En quelques minutes les trois cibles furent « oblitérées » selon les termes du président Trump. Le programme nucléaire iranien venait d’être sinon détruit au moins repoussé de dix ans, sans que les avions américains aient essuyé un seul coup de feu. Trump venait de faire la preuve de sa volonté personnelle et de la force inégalée des Etats-Unis. Un message adressé à l’ensemble du monde et compris par l’ensemble du monde. L’Amérique se réveilla plus forte le 22 juin. Et Donald Trump plus déterminé que jamais à mettre à profit cette force et ce moment pour imposer la paix. Immédiatement il obtint qu’Israël cesse ses opérations de guerre contre l’Iran. Le conflit prit le nom de « guerre des douze jours ». Il pressa aussi Netanyahu de reprendre les négociations avec le Hamas, en vue d’une libération de tous les otages. Steve Witkoff, son émissaire spécial au Proche-Orient reprit ses navettes entre Doha et Le Caire, sites de discussions avec le Hamas par l’entremise du Qatar et de l’Egypte. L’été se déroula au rythme des rapports d’ONG sur la menace d’une famine à Gaza. La supposée famine était en fait orchestrée par le Hamas qui détournait l’aide humanitaire, mais les médias n’en disaient mot. Comme cela a été le cas depuis 1948 la misère du peuple palestinien était à nouveau mise en scène pour attirer la sympathie du monde, et entretenir la haine d’Israël. Comme par le passé cela a marché. Journaux et activistes ont commencé à accuser Israël de « génocide » ! Un comble sachant que la stratégie du Hamas reposait sur l’utilisation de civils palestiniens comme boucliers humains. Même Donald Trump fut ému par cette propagande. Il jugea les images retransmises par les télévisions du monde entier préjudiciables à Israël, et aux négociations. Du coup il pressa encore plus ses émissaires de trouver une solution. Il voulait un accord de paix avant le deuxième anniversaire du 7 octobre. En même temps il mobilisa les alliés arabes des Etats-Unis. Au mois de mai (du 13 au 16) Trump avait effectué une visite mémorable en Arabie Saoudite, au Qatar et à Abou Dabi, où il avait été reçu avec un faste sans précédent. Des dizaines de contrats d’investissements et de coopération avaient été signés à cette occasion. Pour plusieurs milliers de milliards de dollars. Trump rappela alors à ces dirigeants que sans une région apaisée, cette coopération ne porterait jamais ses fruits. A eux de faire pression sur le Hamas, tandis qu’il ferait pression sur Israël. Le 27 août, Trump reçoit MM. Witkoff et Kushner, ses deux émissaires, ainsi que Tony Blair et Ron Dermer, conseiller de Benyamin Nétanyahu, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche pour faire le point. Le message de Kushner et Witkoff est que sur le terrain les acteurs de la guerre sont « fatigués », que le moment est venu de les pousser à cesser le combat. Pour parvenir à cet objectif, disent-ils, il faut un déroulé précis des étapes de cette cessation des combats, avec le retour de tous les otages, et il faut un plan de reconstruction de Gaza. Trump accueille ces deux propositions avec enthousiasme. Il demande à ses négociateurs de mettre tout cela sur du papier. Ce sera le point de départ du « plan en vingt points ». Le 9 septembre, toutefois, Israël tire un missile sur la capitale qatari Doha, ciblant les négociateurs du Hamas. L’attentat échoue. Khalil al-Hayya, principal émissaire du Hamas n’est que blessé. Cependant, un citoyen qatari est tué. C’est la première fois qu’Israël ose attaquer un allié des Etats-Unis dans la région. Les Qataris sont choqués et inquiets. Donald Trump est furieux. Il avait certes été prévenu, mais à la dernière minute. Le Qatar abrite une base militaire américaine. L’émirat est pratiquement sous la protection des Etats-Unis. L’attaque israélienne est un affront à Washington, en même temps qu’une menace sur le processus de négociations en cours. Si Israël avait voulu stopper les négociations il ne s’y serait pas pris autrement. Plutôt que d’abdiquer Trump choisit cet incident pour redoubler de pression sur son allié israélien. Il annonce que les Etats-Unis ne reconnaîtront pas une annexion de la Cisjordanie, une possibilité régulièrement mise en avant par la droite israélienne, pour en finir définitivement avec la « solution à deux Etats ». Un revirement par rapport à ses annoncés passées. Les Etats-Unis signent aussi un accord de défense avec le Qatar, garantissant au petit émirat la protection militaire des Etats-Unis, en cas d’attaque. Quel que soit l’assaillant. A Charm el-Cheikh, en Egypte, Witkoff et Kushner maintiennent un dialogue entre Israël et le Hamas. Sur la base du plan en vingt points. La Turquie s’est jointe aux participants. Graduellement l’idée d’une paix en plusieurs phases fait son chemin. C’était déjà le principe du cessez-le-feu du 19 janvier.

Première phase : cesser le feu, libération des otages, remises de prisonniers et retrait partiel israélien de Gaza.

Deuxième phase : démilitarisation du Hamas, poursuite du retrait militaire israélien, installation d’une force de stabilisation internationale

Troisième phase : reconstruction de Gaza et reconnaissance de l’aspiration du peuple palestinien à disposer d’un Etat propre.

De passage à l’ONU à New-York, pour l’Assemblée Générale le 23 septembre, et après un discours cinglant sur les échecs, les manquements et les abus de l’organisation internationale, Donald Trump préside une réunion avec les représentants de pays arabes et musulmans. Il leur présente son plan de paix en 20 points et obtient qu’ils y adhèrent. Des pays musulmans très influents comme l’Indonésie et le Pakistan suivent Trump. Ce n’est que fort de ce soutien qu’il présente le même plan à Benyamin Netanyahu le 29 septembre lors d’une visite de ce dernier à la Maison-Blanche. Non seulement il impose au Premier ministre israélien d’accepter le plan, mais il lui demande d’appeler son homologue qatari pour lui présenter ses excuses quant à l’attaque du 9 septembre. Cette demande, exécutée par Netanyahu, et relatée par toutes les télévisions du monde, scelle le soutien des pays arabes à Donald Trump. Il a réussi à leur prouver son respect et son intransigeance envers les deux camps. Après plusieurs nouveaux allers-retours entre New-York, Miami, Washington et Charm el-Cheikh, par les émissaires Witkoff et Kushner, Trump annonce le 8 octobre qu’un accord de paix entre Israël et le Hamas a été obtenu, et la libération prochaine des otages israéliens. C’est Marco Rubio lui-même qui lui a glissé l’information à l’oreille au beau milieu d’une réunion de cabinet… Cet accomplissement est historique. Sa signature officielle au bas de l’accord à Charm el-Cheikh, le 13 octobre, est l’événement diplomatique le plus important du 21e siècle, à ce jour. Toutefois il ne faut pas se bercer d’illusions. La paix n’est pas encore définitive. Le cessez-le-feu reste fragile. La seule certitude est que le Hamas est vaincu. La question de savoir comment cette organisation terroriste va gérer cette défaite constitue l’incertitude majeure d’où découlera l’avenir du cessez-le feu. Le Hamas a déjà échoué à respecter ses engagements de la « phase 1 », à savoir restituer les corps des otages décédés. Seuls 7 sur 28 ont été rendus.

Loin de préparer son désarmement, l’organisation terroriste règle ses comptes avec le peuple palestinien par des dizaines d’exécutions publiques à Gaza. Mais Donald Trump a clairement indiqué que le Hamas désarmera ou sera désarmé : « Ils vont désarmer, ils l’ont promis, sinon nous les désarmerons ». Sans préciser qui était « nous ». Les incertitudes sur l’avenir ne doivent pas masquer la recette de son succès. Trump a imposé la paix non par des concessions aux uns et aux autres, mais par la force. Le Hamas a été progressivement isolé, son parrain, l’Iran, a été mis hors d’état de nuire, après quoi les pays de la région ont été invités à contempler la promesse d’un avenir pacifié et à se rallier au plan préparé par le maître du monde. Cette paix durera le temps qu’elle durera, mais la méthode Trump a clairement démontré son efficacité. Il est peut-être temps que certains reconnaissent qu’ils s’étaient trompés sur les capacités de Trump comme sur ses intentions…

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Maroc, les trois péchés de Mohammed VI

Mohammed VI a commis trois péchés qui ne mettent pas en danger sa survie, puisque le peuple est monarchiste, mais son bilan et sa tranquillité d’esprit. Grande analyse.


La terre vient de trembler sous les pieds de Mohammed VI. Des manifestations, d’abord pacifiques, puis émaillées de violence, ont fait vaciller deux mythes marocains : le pays a à sa tête le Roi des pauvres et le Roi démocrate. En quelques jours, le monarque a été mis face au véritable bilan de ses 26 ans passés sur le trône et devant le défi de changer de cap. Une épreuve difficile qui arrive au moment où sa santé semble chancelante.

Gen Z

Tout a commencé le weekend du 28 et 29 septembre, lorsque des jeunes, propres sur eux et éduqués, se sont donnés rendez-vous à Rabat, Tanger et Casablanca. Se revendiquant de la génération Z, celle qui a entre vingt et trente ans aujourd’hui, ils exigent un meilleur système de santé et d’éducation, mais aussi la fin de la corruption. Sans raison valable, la police les soulève de terre et les jette dans les estafettes, tels de vulgaires sacs de patates. Lundi et mardi, le lumpenprolétariat prend le relais. Voitures brûlées, barricades et jets de pierre. Près d’Agadir, la gendarmerie tue trois personnes dans des circonstances encore brumeuses. A Oujda, des véhicules de police, sirènes hurlantes, foncent sur la foule. Amine, 19 ans, a le pied amputé. La bavure ayant été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, l’Etat met le jeune amputé dans un hélico, direction l’hôpital militaire de Rabat, légitimant sans s’en rendre compte les revendications de la génération Z : Oujda, ville de 600 000 habitants, n’est pas outillée pour soigner un polytraumatisé. Et à Rabat, la capitale, on ne cherche pas secours au CHU mais à l’hôpital militaire, prisé par les dignitaires du régime et les VIPs. Au même moment, le Maroc construit le plus grand stade du monde contenant jusqu’à 115 000 spectateurs…

Pendant ce temps, le gouvernement balbutie des demandes timides de dialogue. Au Conseil des ministres, le Premier ministre a l’air d’un épicier que l’on obligerait à composer une dissertation en philosophie : nul et pas à sa place. Les autres partis politiques, même d’opposition, sont à peu près tous aux abonnés absents. La télé publique met quatre jours à se réveiller, rendant par contraste Delphine Ernotte presque sympathique et efficace. 

Le Roi mis en demeure

Et pour ouvrir les yeux des aveugles et les oreilles des sourds, les manifestations du jeudi et du vendredi ont demandé ouvertement à Mohammed VI de sortir de son mutisme. Peu après, un collectif de 60 militants et influenceurs ose l’impensable en envoyant une lettre ouverte au Roi, lui enjoignant, assez abruptement, de se mettre au travail, de renvoyer le Premier ministre, de punir les corrompus, de présenter ses condoléances aux familles des manifestants décédés et de renoncer aux grands travaux qu’ils affectionnent tant. Deux jours après, Mohammed VI, en guise de réponse, donne un discours insipide devant le Parlement où il appelle à un meilleur aménagement du territoire et à une plus grande justice sociale. Aucun mot sur les manifestations.

Depuis, les choses ont l’air de se calmer et le torrent est rentré dans son lit. Mais les dégâts ne sont pas près de s’effacer. Les digues en carton-pâte entre le Roi et le peuple ont été balayées. L’establishment politique et la société civile, voulues par le Roi comme une protection en cas de débordement, sont totalement inopérants. Il n’a qu’à s’en prendre lui-même, car il a tout fait pour les démoraliser.

Mohammed VI a commis trois péchés qui ne mettent pas en danger sa survie, puisque le peuple est monarchiste, mais son bilan et sa tranquillité d’esprit.

Le premier, le plus évident, est la négligence voire le mépris témoigné envers le développement humain. Avant Mohammed VI, les Marocains avaient peur de passer devant un commissariat. Désormais, ils ont la trouille de se rendre à l’hôpital. A l’entrée du centre de soin, c’est un agent de sécurité privée qui décide qui a le droit de voir le médecin et qui doit rebrousser chemin. Il n’a pas étudié la médecine mais il sait compter : 20 DH pour un bonjour, 50 DH pour une info, 100 DH pour recevoir une piqure. Les médecins et les infirmiers renoncent souvent à la blouse blanche pour passer incognito entre les patients qui gémissent et les femmes enceintes qui appellent à l’aide. A l’école, les profs tardent à rejoindre leur poste à la rentrée et la triche est systémique. Au tribunal, il est de notoriété publique que certaines sentences se vendent au plus offrant. Pendant ce temps, le pays est couvert de chantiers gigantesques et de projets futiles comme celui qui a abouti à la construction d’une piste de hockey sur glace à 20 millions d’euros dans un pays semi-aride. Quand ils voient ça, les Marocains se disent que le Maroc est riche et qu’il est entre les mains de vautours, sans foi ni loi. A leur tête, le gouvernement de Aziz Akhannouch, vermoulu de conflits d’intérêts et arrogant à la limite de la provocation.  Récemment, le ministre de la Justice s’est vanté d’être riche au point d’avoir payé deux masters à son fils au Canada tandis que le ministre de la Santé n’a rien trouvé à dire à un patient exaspéré que de « monter à Rabat pour faire un sit-in ». On se croirait face à des clones de Macron qui veulent qu’on aille les chercher

Et quand le Marocain va mal, il appelle son père : le roi. Or, Mohammed VI donne l’impression de ne pas être concerné par les agissements des rapaces qui lui font des courbettes le jour et maltraitent le peuple la nuit. Tel est son deuxième péché et il n’a rien de véniel car au fond de la psychologie marocaine, il y a un contrat social implicite avec la monarchie : on la sert avec fidélité, on ferme les yeux sur l’enrichissement personnel du souverain, mais de grâce qu’il nous protège contre les puissants. La légitimité du Roi ne dépend pas seulement de son lignage qui remonte à la famille du Prophète, elle est fonction directe du rempart qu’il représente aux yeux de tous ses sujets.

Le seul qui soit encore légitime aux yeux des Marocains est le Roi, pas la classe politique. Personne n’est descendu dans la rue pour demander l’arrivée du pouvoir de tel ou tel parti politique. Personne n’est en prison parce qu’il veut remplacer le gouvernement actuel par une équipe islamiste ou socialiste. Les Marocains ne croient plus en leur classe politique et dans ce cas aussi Mohammed VI y est pour quelque chose, lui qui a tout fait pour décrédibiliser la classe politique, commettant ainsi son troisième péché, le plus incompréhensible car il l’a commis contre ses propres intérêts. 

Mohammed VI part du principe que les politiciens ne sont pas à la hauteur de sa vision. Alors, il les a marginalisés depuis son arrivée, leur préférant des financiers formés aux Etats-Unis et des Polytechniciens qui ne le contredisent pas. Le Roi s’inspire de Dubaï et veut reproduire au Maroc ses tours rutilantes et ses marinas qui sentent l’eau de rose. Si l’on veut monter à bord du train et participer de la fête – car le Maroc des appels d’offres et des grands travaux est une fête – il faut se transformer en hommes d’affaires ou en inspecteur des travaux finis. L’incarnation la plus aboutie est l’inégalable Aziz Akhannouch, surnommé par les Marocains de moule eshekara, l’homme à la sacoche pleine de billets. L’idéologie et le débat d’idées n’ont plus aucune utilité dans ce contexte. La politique est morte au Maroc.

L’heure des choix

Mohammed VI ne fait que récolter les fruits qu’il a semés. Il a voulu être le seul à réfléchir, à imaginer et à décider, il se retrouve seul face au peuple qui lui tend la facture. 

Certains observateurs pointent l’hypothèse d’une ingérence étrangère qui aurait voulu réaliser une révolution colorée au Maroc. D’autres croient voire une opération interne, reflet d’une guerre de factions au sein même du régime. Tout est possible. Et dans les deux cas, le seul moyen d’éviter une déstabilisation consiste à soigner les vulnérabilités pointées par la jeunesse. Elle a fait œuvre d’utilité publique en dressant, sans flagornerie, le bilan de Mohammed VI. Bilan provisoire heureusement, car il est encore temps d’ajuster le tir. La génération Z a rendu un grand service au Roi. Il peut s’appuyer sur elle et la perspective d’un grand soir pour faire peur aux oligarques et aux hauts fonctionnaires et les amener à rentrer dans le rang.

Que doit donc faire Mohammed VI et que peut-il faire exactement ?

Des têtes doivent tomber. Il s’agit d’un préalable. Les Marocains veulent que le Roi réoccupe sa fonction de justicier ultime. Ils veulent être vengés.

Il doit s’atteler tambours battants à améliorer les services publics. Mission impossible au sein d’une société corrompue, à moins de placer un policier derrière chaque fonctionnaire et de placer un policier derrière chaque policier qui surveille un fonctionnaire. En réalité, le Roi ne peut que palier au plus urgent et mettre fin aux scandales les plus insoutenables.

S’il veut avoir la paix durablement et se consacrer à ses grands projets, il devra relancer la croissance économique, histoire que les Marocains gagnent assez d’argent pour corrompre les uns et amadouer les autres. La croissance est en panne : à peine 2,5% l’an depuis 2015. Cela s’explique largement par les réformes que le Roi n’a pas faites à commencer par celle de la propriété foncière, de la fiscalité et de la justice.  Les investisseurs se plaignent de la lenteur des tribunaux et de la difficulté à notifier les parties. Enfin, le Roi devrait se retirer un tant soit peu de l’économie marocaine où il détient la première banque du pays, le leader de la grande distribution et le numéro 1 des énergies renouvelables. Aucun investisseur n’est prêt à se mesurer à une entreprise proche du Palais dans un pays où la justice est réputée aux ordres. Résultat : le capital marocain dort à Marbella au lieu de s’investir à Casablanca…

Mohammed VI, le Magnifique

Une chose est sûre, le roi ne peut pas rester les bras croisés. S’il ne fait rien, son héritage sera entaché alors qu’il a de nombreux aspects positifs. Mohammed VI a rendu aux Marocains la confiance en eux-mêmes et en une certaine idée de leur génie. Par son volontarisme et son audace, il les a poussés à exprimer ce qu’il y a de mieux dans leur identité. Il leur a rappelé qu’ils descendent d’un peuple qui était grand et qui l’a oublié. Un peuple de bâtisseurs qui a laissé en héritage des palais et des mausolées que le monde entier en pèlerinage vient visiter.

Le Roi doit sauver son règne et tout conspire en sa faveur. Il fait consensus au sein de la population. Les gens qui manifestent veulent plus de Roi, pas moins de Roi. Il n’a aucune opposition structurée face à lui. Le monde entier veut l’aider à commencer par le FMI, l’Union Européenne, les Etats-Unis et Israël.

Il doit juste sortir de son rêve éveillé et comprendre qu’il ne marche plus sur l’eau. Il est comme tout le monde, il est redevable de ses contradictions. Fini le temps où il gouverne tout en faisant croire que le Premier ministre est en charge. Fini le temps où il a le dernier mot sur tout sans être redevable des conséquences de ses actes. Fini le temps où l’inflation vide le frigo des Marocains sans que personne ne descende dans la rue. Le Roi est devenu normal.

S’il veut continuer à se faire plaisir en construisant des stades ultramodernes et des tours interminables, il doit accepter d’ajuster sa feuille de route. Cruelle remise en cause au milieu d’une maladie qui saute aux yeux de tout le monde et que le Palais refuse de reconnaître. Le Roi est affaibli, il a vieilli prématurément.  Peut-être que le fait de redevenir lui-même et de renouer le contact avec son peuple le guériront du mal qui l’afflige. Peut-être que la meilleure thérapie est d’embastiller les vautours et d’exalter les justes.

Il ne tient qu’à lui pour passer de Mohammed VI le Bâtisseur à Mohammed VI le Magnifique. Autrement, à la prochaine crise, les manifestants ne se réuniront pas devant le Parlement mais aux portes du Palais Royal. Et là ce sera une autre histoire.

Les juges feront-ils de Sarko un héros?

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L’ancien président de la République a révélé emporter avec lui Le Comte de Monte-Cristo de Dumas à la prison de la Santé.


Dans son « chemin de croix », ainsi qu’il décrit son emprisonnement, Nicolas Sarkozy a emporté, parmi ses livres, le Jésus de l’historien Jean-Christian Petitfils. L’ancien président de la République, incarcéré hier à la Santé, a promis d’écrire sur son calvaire. Espère-t-il, dans cette épreuve, une résurrection politique ? « Ils ont voulu me faire disparaître et ils m’ont fait renaître », a-t-il expliqué au Figaro.

La bataille de l’opinion

Sarkozy a déjà réussi un premier miracle : il a renversé la charge de la honte. Mardi, à 9h39, c’est la victime d’un « scandale judiciaire » qui a franchi, en voiture officielle suivie d’un cortège de motards de la police et des télévisions, les portes de la maison d’arrêt. L’appel de son jugement faisant de lui un présumé innocent incarcéré, les juges vont avoir à répondre devant l’opinion de leur choix discrétionnaire d’une humiliante exécution provisoire, décidée pour un délit de sale gueule (association de malfaiteurs). Présidant à la rédaction du Code civil de 1804, Napoléon avait mis en garde contre « la tyrannie de la loi et l’arbitraire du juge (qui) sont les deux plus grands abus qu’on puisse craindre dans un gouvernement. » Dans leur abus de pouvoir, les juges ont puni Sarkozy en dépit d’une absence reconnue de preuves. Ils sont les vainqueurs immédiats d’un homme qui les a beaucoup méprisés. Cependant leur manque de discernement, s’il ravit les coupeurs de têtes, risque de hausser l’ex-président en martyr d’un système déboussolé.

A lire aussi: Les irréductibles du sarkozysme, ou la nostalgie d’un chef

Isolé dans 9 m2, il pourra aussi méditer sur son œuvre politique

Dans le tome III de ses Mémoires de guerre, Charles de Gaulle avait choisi de mettre en exergue ce vers de La Chanson de Roland (XI e siècle) : « Moult a appris qui bien conut ahan » (« A beaucoup appris celui qui a beaucoup souffert »). En faisant subir à Sarkozy de telles charges infamantes, si mal argumentées de surcroit, la machine judiciaire est en train de faire de lui un héros grandi par l’adversité.

D’ailleurs le prévenu, isolé dans une cellule de 9 m2, fait preuve d’une incontestable dignité. Mais, ce faisant, les juges enterrent, sous d’inutiles leçons de morale, les vrais griefs qui auraient pu être portés contre celui qui participa à maltraiter la démocratie. C’est Sarkozy qui a décidé de tourner le dos au référendum de 2005 et au choix des Français de refuser à 55% la Constitution européenne, pour imposer avec le traité de Lisbonne une organisation supranationale indifférente aux peuples et aux nations. C’est lui qui, en 2008, eut cette idée dangereuse d’inscrire la Diversité dans le préambule de la Constitution, avant d’en être dissuadé par Simone Veil évoquant les risques de communautarisme.

C’est lui qui voulut imposer le métissage à marche forcée et qui choisit, en s’ouvrant à la gauche, de trahir de nombreux électeurs de droite. Lui encore qui a permis au Qatar de développer en France son « soft power » tout en finançant dans les banlieues les frères musulmans. Mais grâce aux juges qui ont voulu maladroitement sa peau, Sarkozy peut espérer sa vengeance, au nom de sa légitime défense. Il a pris aussi, dans son embastillement, Le Comte de Monte-Cristo. Un symbole.

Le Comte de Monte-Cristo

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Fric-Frac

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Le Louvre a rouvert ses portes ce matin. Les médias n’en ont-ils pas un peu trop fait sur le casse de dimanche dernier ? La directrice du musée, auditionnée aujourd’hui au Sénat, doit-elle démissionner ?


Le casse du Louvre est-il une humiliation pour la France ? Dans la séquence calamiteuse que nous connaissons, entre le vaudeville gouvernemental, l’incarcération d’un ancien président de la République, le bazar des retraites et notre perte d’influence internationale, on est tenté de faire de ce cambriolage un symbole supplémentaire du désastre français.

Alors que nombre de Français rêvent de couper la tête de leur monarque républicain (métaphoriquement, bien sûr), le vol des bijoux de la couronne est une parabole.

Le plus curieux, c’est qu’on arrive à s’affronter politiquement autour d’un événement qui fait pourtant consensus. A droite, on dramatise, à gauche on minimise.

Je ne suis pas de gauche, mais je pense qu’on a un peu surjoué le traumatisme des Français dont bien peu connaissaient ces joyaux. La comparaison avec l’incendie de Notre-Dame de Paris est totalement à côté de la plaque. Au pays d’Arsène Lupin, ce vol sans violence est un bras d’honneur au système. Il a suscité moult plaisanteries assez nulles d’ailleurs (« alors, tu les rends ces bijoux ? » se balance-t-on au téléphone). Personne ne plaisantait après Notre-Dame.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Voici venu le temps de la curée

Cependant, la présidente du Louvre ne devrait-elle pas démissionner ? Évidemment, ça fait désordre qu’il soit aussi facile de s’introduire dans le plus grand musée du monde et d’en repartir avec un tel butin. Les voleurs n’ont pas eu besoin d’informatique sophistiquée pour arrêter les caméras comme dans les films puisqu’il n’y a pas de caméras dans la plupart des salles. Or, à en croire le patron de La Tribune de l’Art Didier Rykner, Laurence Des Cars a une responsabilité directe car elle a préféré rénover une salle à manger pour 500 000€ et engager des millions dans la rénovation du département des arts islamiques conçu par Rudy Ricciotti il y a seulement 15 ans, plutôt que d’engager les nécessaires dépenses de sécurité. Donc Emmanuel Macron aurait peut-être dû accepter sa démission.

Au-delà des erreurs de Madame Des Cars, le casse spectaculaire de dimanche dernier interroge notre incapacité à préserver ce que les siècles passés nous ont légués. Nous renonçons à transmettre les grandes œuvres de notre littérature, et comme nous sommes obsédés par les revenus du tourisme, nous condamnons nos pauvres monuments à périr d’épuisement sous le piétinement. L’urgence, ce n’est pas de couper des têtes mais de limiter drastiquement le nombre de visiteurs.

En attendant, le vol des bijoux de la couronne fera certainement un film épatant. Et je vous fiche mon billet que les voleurs seront sympathiques.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Justice: après le «maelström» Sarkozy

Notre chroniqueur a vu dans l’incarcération de Nicolas Sarkozy et les réactions politiques et médiatiques qui l’ont suivie une inégalité et un traitement de faveur envers les puissants, détournant le débat public du fond judiciaire du dossier, et, redoute-t-il, fragilisant la crédibilité démocratique de notre justice.


Nicolas Sarkozy a été incarcéré à la prison de la Santé hier, à l’isolement pour sa sauvegarde, dans un quartier spécial. Ses avocats ont interjeté appel de cette privation de liberté et la chambre des appels correctionnels devra statuer dans un délai maximal de deux mois.

J’espère que l’ancien président de la République sera libéré le plus vite possible car je n’ai pas éprouvé la moindre « joie mauvaise » devant cet enfermement. Au contraire, cette exécution provisoire inutile a complètement détourné l’attention de ce que la décision elle-même avait de pertinent et de solidement argumenté. Après que ce jugement a été frappé d’appel par le Parquet National Financier et la défense, c’est uniquement la polémique sur l’emprisonnement qui a occupé le débat public, éclipsant toute discussion de fond.

Mauvaise argumentation

Mon impression initiale, face à ceux qui contestent une décision en disant qu’elle n’aurait pas été aussi sévère envers des délinquants ordinaires, demeure : je crois qu’ils se trompent profondément. Ce n’est pas en comparant les puissants aux délinquants ordinaires, aux voyous qu’il faut juger ce type de condamnation.

Au contraire, il est normal que les personnes qui ont du pouvoir ou des privilèges soient punies plus sévèrement lorsqu’elles sont coupables, car elles ont moins d’excuses sociales et moins de circonstances atténuantes à faire valoir que les autres.

C’est en raison de cette conviction que je crains le pire, demain, sur le plan judiciaire, avec ce que j’ai nommé « le maelström Sarkozy ». Je suis à peu près persuadé que dans les prochains mois, les prévenus ou les accusés se serviront de ce bouleversement et de cette stupéfiante disparité dans l’équité pour en faire, grâce à leurs avocats, au moins une part de leur argumentation.

En effet, on constate que tout ce qui se déroule depuis le jugement du 25 septembre dépasse l’entendement, la critique judiciaire légitime et la mesure démocratique. Même une fois admis le caractère heureusement exceptionnel de la grave mise en cause d’un ancien président de la République, qui n’en était pas à son coup d’essai…

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En effet, l’expression paroxystique de cette incroyable inégalité judiciaire, politique et médiatique, au bénéfice exclusif de Nicolas Sarkozy, va probablement s’enkyster dans la tête des citoyens comme un malaise démocratique insurmontable et, pour les transgresseurs à venir, être exploitée telle une indécente opportunité.

Je n’ai pas fait le compte de tout ce qui a été dit et écrit sur la condamnation de Nicolas Sarkozy par ses soutiens, sur un mode totalement décalé et périphérique, sans le moindre lien avec le problème de justice essentiel. Pour ma part, et nous sommes nombreux à éprouver ce sentiment, je n’ai jamais douté du courage de Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine, de son amour de la France, du fait qu’en certaines circonstances il a été un grand président, de l’affection de ses enfants pour lui, de l’amour et de l’admiration de son épouse à son égard, de sa personnalité hors du commun, pour le meilleur comme pour le pire. Mais ce ne sont pas les données prioritaires qui vont mobiliser demain la cour d’appel. Est-il coupable ou non des quatre infractions que le Parquet national financier lui a reprochées et dont trois sur quatre ont été écartées par les premiers juges ?

Le pire auquel je fais allusion n’est pas mince, car il se rapporte à un passé judiciaire conséquent.

On peut considérer que la différence absolue de traitement ayant favorisé Nicolas Sarkozy, sur divers points, est normale ou au contraire choquante sur le plan judiciaire comme dans le registre républicain. Faut-il admirer la constance dans l’amitié de Gérald Darmanin, qui lui rendra visite, et dont on peut admettre qu’en sa qualité de garde des Sceaux il soit attentif aux exigences de sécurité pour ce haut personnage détenu ?

D’étranges plaidoiries à venir

En revanche, je ne parviens pas à comprendre la bienveillance du président le recevant durant une heure et prenant la précaution de nous affirmer, comme si on allait le croire, que le fond du dossier n’avait pas été abordé… À quel titre donner une telle prime d’honorabilité à quelqu’un qui, coupable ou non coupable, aurait dû inspirer plutôt une forme de distance en cette période ? Ou faut-il admettre cette perversion française qui ne peut se défaire du respect pour les importants même s’ils ont failli ?

La manifestation de solidarité à l’initiative des enfants, le 21 octobre, a été inspirée par le cœur et qui pourrait la discuter ? Aux côtés des nombreux policiers et journalistes, une centaine de vrais fidèles…

Nous n’avons pas eu à proprement parler une justice de classe mais nous avons retrouvé une justice politique comme on croyait l’avoir perdue : traiter les politiques soupçonnés ou condamnés comme si la justice ne comptait pas mais que l’inégalité était tout.

La morale médiatique a été inexistante qui jamais n’a cherché à restaurer, dans ces outrances et ces apologies, un équilibre, une équité démocratique.

Après ce maelström, demain on entendra, j’en suis sûr, d’étranges plaidoiries provocatrices devant toutes les juridictions.

«L’islamisme instaure une contre-culture patiente et méthodique en Europe!»

Selon l’essayiste et ancien agent du Service action de la DGSE, Français et Britanniques cèdent le terrain aux islamistes. Seule une riposte ferme, structurée et spirituelle, résolue à combattre l’islamisme visible et à maitriser strictement l’immigration, peut éviter un basculement sociétal tragique. Réaffirmer un projet national enraciné dans les valeurs judéo-chrétiennes et républicaines est une nécessité, selon lui.


Causeur. L’attaque meurtrière du 2 octobre 2025 devant la synagogue d’Heaton Park, première en Angleterre liée à l’antisémitisme, était-elle prévisible ?

Pierre Martinet. Absolument. J’ai vécu cinq ans en Grande-Bretagne, jusqu’à mon retour fin 2020, après le Brexit. J’y ai travaillé à plusieurs reprises pour la DGSE. Bien avant le 11 septembre 2001, l’antisémitisme s’exprimait librement à Hyde Park Corner : tous les dimanches, des prêcheurs hurlaient « Mort aux Juifs ! » en toute impunité. Mais l’antisémitisme n’est pas nouveau dans certaines franges de l’islam politique britannique. Il est enraciné dans l’idéologie des Frères musulmans, nés en Égypte dans le rejet des Britanniques et des Juifs. Dans cette vision, les Juifs incarnent l’ennemi absolu, éternel. Le 7 octobre 2023 a agi comme un catalyseur, non pas en déclenchant une guerre, mais en dévoilant le vrai visage d’une partie de l’Occident.

Nos ennemis ne se cachent plus. Ils sortent au grand jour, défilant avec des drapeaux du Hamas ou de Daech, criant des slogans antisémites sans retenue. Chez certains, la haine ne reste pas qu’un discours, elle mène à l’acte. L’Europe est un ventre mou, et l’islamisme y progresse non pas militairement, mais culturellement, en instaurant une contre-culture patiente et méthodique. Le temps ne joue pas contre eux : leur projet est à long terme. Depuis 1979, on compte entre 250 000 à 300 000 morts dans le monde dans des attentats islamistes.

Plus islamisée que la France, l’Angleterre aurait dû être frappée plus tôt ; alors, pourquoi son premier assassinat antisémite n’est-il survenu qu’en 2025 ?

C’est une excellente question. En France, les morts antisémites se sont multipliées bien plus tôt : Ilan Halimi, Toulouse, l’Hyper Cacher, sans parler des attentats de 1995 à Saint-Michel. La menace est installée depuis longtemps, et la France reste la cible principale du djihadisme en Europe. En Angleterre, la stratégie a été différente, pas besoin d’attentats spectaculaires; l’infiltration idéologique a suffi.

À Londres, certains quartiers sont devenus des enclaves. De nombreux maires sont musulmans, et on y recense entre 150 à 200 tribunaux islamiques en activité. J’ai vécu à Wapping, près de Tower Bridge. Le vendredi, à Whitechapel, les femmes voilées sont omniprésentes, on avait parfois l’impression d’être à Kaboul. Les attentats, eux, servent à créer une psychose, à provoquer des affrontements, voire à préparer une guerre civile si les armes venaient à circuler. L’explication tient aussi à l’omerta médiatique britannique, bien plus marquée qu’en France. Chez nous, la parole s’est un peu libérée depuis 2016. Avant cela, les journalistes évitaient soigneusement les mots « islamisme » ou « djihad ». Manuel Valls fut le premier à parler de « fascisme islamiste ». Cela fait quarante ans que le déni domine, pendant que l’offensive idéologique, elle, progresse.

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La laïcité française masque-t-elle un islamisme aussi virulent qu’en Angleterre ?

Les deux modèles ont échoué. Le multiculturalisme britannique est en faillite et la laïcité française apparaît impuissante face à un islam politique conquérant. Il faut tout repenser, repartir de zéro. L’islam politique est fondamentalement incompatible avec les principes de la République. Dans les services de l’État — armée, police, renseignement — on voit parfois des engagements clairs contre l’islamisation, mais cela reste marginal. La majorité n’agit pas réellement. Notre faiblesse, c’est notre vision à court terme : cinq ans au mieux. Eux, en face, ont une stratégie sur le long terme. Les Frères musulmans œuvrent depuis 77 ans, patiemment: prêcher, gagner les esprits, s’implanter village par village. Nous réagissons à l’urgence ; eux développent un projet de civilisation. Il nous reste peut-être dix à quinze ans pour inverser la tendance. Au-delà, ce sont nos enfants et petits-enfants qui vivront dans une société islamisée.

Après Manchester, les chrétiens seront-ils la prochaine cible ? Quel avenir en France après le père Hamel ?

Ils le sont déjà. L’assassinat du père Hamel, les profanations régulières d’églises et de cimetières en témoignent. L’avenir ? S’il ne change pas radicalement, il se résume à un mot : disparition. D’ici à cinquante ans, l’Europe sera soit islamisée, soit en guerre civile. Dans les pays musulmans, les chrétiens sont déjà persécutés. Au Niger ou en Mauritanie, ils sont obligés de cacher leurs croix. Je n’ai vu là-bas qu’une seule église visible et elle ne montre aucun signe ostentatoire. Ce que les islamistes exploitent ici, c’est un vide spirituel, moral, social que les chrétiens devraient pourtant combler.

Notre erreur, c’est de croire qu’un combat militaire suffit, alors que dans le même temps, les puissances du Golfe – Qatar, Arabie saoudite, Émirats – financent massivement l’islamisme en Occident. Prenons le Qatar, par exemple : investissements massifs dans l’immobilier londonien, proximité assumée avec la Couronne. À Londres, les églises ferment, pendant que mosquées et salles de prière se multiplient. C’est une stratégie d’implantation, de visibilité, de conquête. Sans une spiritualité chrétienne vivante, sans une réaction à la fois spirituelle et civique, les chrétiens d’Europe disparaîtront. Mon reproche principal aux Églises et aux fidèles, c’est leur passivité, ce réflexe de « tendre l’autre joue », alors que la situation exige désormais un réveil, une résistance.

Nous restons prisonniers d’un univers de droits de l’homme et de compassion naïve : cela finira par nous perdre. L’Occident traverse une fin de cycle : spirituellement à bout de souffle, financièrement affaibli, incapable de proposer un véritable projet de société. En face, ils en ont un, l’islam encadre tous les aspects de la vie. Nous, nous ne proposons plus rien. C’est le vide contre la structure.

L’entrisme islamique est partout : médecine, justice, armée… Comment inverser la tendance malgré nos blocages européens ?

L’immigration est le problème central. Depuis 15 à 20 ans, tout s’est accéléré. Nous avons perdu le contrôle, et nous n’avons plus la maîtrise du processus. Ce n’est pas une immigration d’intégration, c’est une immigration de transformation : pour modifier le continent, maintenir des pratiques étrangères et implanter une contre-culture. Pour renverser la vapeur, il faut un président déterminé à affirmer que la France n’est pas une terre d’islam. Il faut rétablir des frontières, des contrôles migratoires stricts, et une laïcité repensée, adaptée aux défis d’aujourd’hui. La France doit redevenir le fer de lance de la résistance. Aujourd’hui, nous subissons les renoncements, la défaite idéologique.

Et le plus préoccupant : une partie des jeunes n’en a même plus conscience. Pour eux, une France musulmane n’est pas un problème. Le kebab est halal, le goût est le même. Leur conscience historique, culturelle, identitaire est faible. L’idéologie islamiste a infiltré la nourriture, l’habillement, le sport… C’est un projet ancien, bien documenté, annoncé depuis des décennies. Et notre lâcheté politique est abyssale. Si j’étais président, je donnerais dix ans pour éradiquer l’islamisme visible. Retour du sacré apaisé, des repères clairs, de l’ordre. On ne combat pas une offensive idéologique par la mollesse : il faut une réponse déterminée, structurée, enracinée.

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Vous êtes président, quelles seraient vos dix premières mesures à prendre dans les 100 premiers jours ?

Je commence par reconnaître officiellement que le projet islamiste fondamentaliste, incarné par les Frères musulmans et les salafistes, constitue une menace nationale majeure, avec un discours clair et sans ambiguïté. Je classe les Frères musulmans comme organisation terroriste et lance leur démantèlement systématique. Le salafisme, en tant que dérive sectaire, devrait être criminalisé : cela passe par la fermeture des mosquées salafistes et l’interdiction des pratiques vestimentaires ostentatoires dans l’espace public.

Il est indispensable d’appliquer strictement les lois déjà en vigueur, notamment l’interdiction du voile intégral, instaurée en 2010, et de mettre fin aux prières dans la rue. Dans les services publics, aucune dérogation religieuse ne doit être tolérée : par exemple, le halal serait interdit dans les cantines publiques, sauf dans les établissements confessionnels. Le voile total, porteur d’une idéologie politique, doit être interdit, tandis que la kippa reste autorisée, car elle ne représente pas un projet politique comparable. Toutes les religions doivent être confinées à la sphère privée, avec une affirmation claire de la primauté des lois de la République.

Pour faire face aux blocages juridiques et administratifs, il faudra instaurer des lois d’exception permettant des décrets rapides, et mener un combat tenace sur une décennie. La maîtrise des frontières est également cruciale, avec une politique rigoureuse d’immigration et de contrôle étanche. Enfin, un audit complet des institutions devra être lancé pour identifier tout entrisme islamiste, suivi d’expulsions massives des individus impliqués.

L’Occident doit-il se ressouder autour d’un socle judéo-chrétien face à l’islamisme, comme le prônent Netanyahu, Vance ou Trump ?

Oui, c’est la seule voie possible. La solidarité avec Israël est essentielle : ce qui se passe là-bas peut arriver ici – pas forcément sous la même forme, mais c’est possible. Il faut une alliance spirituelle et un projet de société solides pour leur faire face. Or, nous, je l’ai dit, nous n’en avons actuellement aucun. Nos villes, nos modes de vie, n’offrent aucune alternative idéologique. En 1975, il y avait huit mosquées en France ; aujourd’hui, plus de 3 000 mosquées, salles de prière et associations forment un véritable écosystème. Ces associations, parfois légitimes, sont souvent idéologiques, et ont profité de l’absence de réponse structurée. Ce phénomène ne concerne pas que l’islam. Les associations chrétiennes, débordées par un pseudo-humanisme ne proposent plus rien de fort. Il faut un retour à une spiritualité active et à un projet national clair. Sinon, le terrain est laissé aux autres.

Prenez le train de l’Art déco!

Le Musée des Arts Décoratifs de la rue de Rivoli fête les 100 ans de l’Art déco dans une exposition mettant en lumière l’art du voyage à bord de l’Orient-Express, le mobilier d’élite ou encore la joaillerie française signée Cartier…


Notre pays bégaie. Un œil dans le rétroviseur, l’autre dans le vague. Difficile d’avancer dans ces conditions-là. Quand rien ne va plus au pays de la culture, quand on braque la couronne un dimanche matin, il est normal de se tourner vers du « sûr », du « valorisé », du « beau » et désormais du « classique ». L’image de la France resplendit enfin. Les musées s’en emparent. Les marchands s’agenouillent. Les collectionneurs américains ne s’en lassent toujours pas. Le « rassurant » n’est pas forcément une faute de goût, messieurs les censeurs. La transgression esthétique a perdu de sa superbe ces dernières années. Chez soi, on préfère du Lalique et du Ruhlmann, du galuchat et du sycomore au plastique moulé et aux performances aussi gênantes qu’encombrantes de nos nouveaux directeurs de conscience. Même les réfractaires à la ligne claire se soumettent à l’Art déco par peur de passer pour des ignorants ou des radicalisés. Que n’a-t-on pourtant dit, craché, vitupéré, écrit ou souri sur ce pseudo-mouvement décadent par sa joliesse et sa rectitude géométrique ; né dans les Années folles, il fut souvent rabaissé car trop équilibré, trop harmonieux et trop « propre » sur lui. Trop « lisible ». Il plaisait, quel crime ! Il n’offusquait pas le regard, quelle infamie !

Pierre Chareau — Bureau-bibliothèque des appartements intimes d’une Ambassade française à l’exposition internationale de 1925 © Les Arts Décoratifs Luc Boegly

Succès « populaire »

En politique comme en ébénisterie, la fioriture, le verbiage, la charge héroïque nuisent à la clarté du discours. Plus on tentait de déconstruire ce style d’apparat, de minorer son éclat et de le rejeter au rang d’art factice, presque risible, seulement bon à meubler les intérieurs des économiquement aisés, plus il résistait, il a même vu son aura grandir au fil des décennies. L’objet « Art déco » est l’élu de ceux qui n’y connaissaient rien. D’instinct, ils l’ont adopté. Les « spécialistes » ne lui ont jamais pardonné ce succès populaire. Dégoûtant !

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Dans une succession, on se bat pour un buffet en érable à la teinte douce, une touche d’ivoire et d’émeraude sur un bijou de famille même de faible valeur peut conduire à des duels fratricides. Naturellement, on délaisse les pierrailles et les boursouflures, les dorures accablantes et les névroses des créateurs au profit de cette simplicité raffinée. D’une émotion délicate qui ravit l’œil et qui charge la mémoire. L’Art déco charrie tant de souvenirs, il est le parfait véhicule pour l’imaginaire, il permet à l’esprit de se déplacer librement sans contrainte, il ne phagocyte pas la rêverie, sa pondération est une échappatoire qui n’a jamais été aussi indispensable qu’aujourd’hui. L’Art déco est le prolongement de l’amour courtois. On connaît ses influences : ballets russes, vitesse, attirance pour l’Orient, fêtes du Vicomte de Noailles, laques d’Eileen Gray et « ascèse décorative ». Nous pourrions ici faire le parallèle avec la Nouvelle Vague au cinéma dont il ne reste presque rien, si ce n’est les blousons en suédine de la bande du « Drugstore » et les étudiantes en tee-shirt blanc remontant les Champs-Elysées, un journal à la main. Truffaut ce classique qui s’ignorait trouvait à la fin de sa vie que les élucubrations des petits caïds des Cahiers étaient réductrices. En ce temps-là, il fallait bien faire sa place quitte à dénigrer les réalisateurs « à papa ». Ces « besogneux » qui soignaient le scénario, la lumière, le maquillage, le placement et promouvaient une forme de narration compréhensible par un être humain n’étaient que des pleutres, des affidés au système, quasiment des traitres au septième art. La tambouille, l’amateurisme, la glu intellectuelle qui accompagnèrent les premiers films d’auteurs (comme si les autres étaient des tâcherons) nous apparaissent désormais dans leur nudité idiote. Crue. Bavarde et vaine. Et les autres, les ringards, les graisseux Verneuil et Broca ou les plus anciens, Autant-Lara et Guitry, les robustes artisans avec leurs histoires ficelées, leurs dialogues à la virgule près et leur cadre précis sont des « classiques ».

Chaise et table à journaux de Clément Rousseau (1872-1950), décorateur et pare-feu de Clément Mère (1861-1940), décorateur, Chartier, ébéniste © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière

Pas « disruptif »

Pareillement, l’Art déco ne fait pas de la modernité un Aventin et il s’en nourrit cependant. Il ne cherche pas à disrupter tout en modifiant nos perceptions par la grâce. Pour mieux appréhender son histoire et sa plasticité, il faut se rendre au Musée des Arts Décoratifs de Paris où démarre ce mercredi 22 octobre l’exposition « 1925-2025 Cent ans d’Art déco ». « Mobilier sculptural, bijoux précieux, objets d’art, dessins, affiches, et pièces de mode : plus de 1 200 œuvres racontent la richesse, l’élégance et les contradictions d’un mouvement qui continue de fasciner », nous annoncent les organisateurs.

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Durant les vacances de la Toussaint, allez donc du côté de la rue de Rivoli, simplement voir, presque toucher de « belles choses », c’est un privilège rare dans un monde si laid. La collection de bijoux Cartier datant de cette période-là est féérique. Et surtout, « montez » dans l’Orient-Express, ce temple de la marqueterie trône avec tout son faste et sa magie au milieu d’un étage. L’architecte Maxime d’Angeac a fait renaître ce mythe roulant en réaménageant un compartiment centenaire. Il a réinventé les décors manquants en faisant notamment appel à Jean-Brieuc Chevalier, maître en borderie sur bois, si vous n’avez jamais vu des perles du Japon brodées sur d’aussi grandes surfaces par cet artisan d’art d’Angers, c’est une occasion unique. Ne loupez pas le train du « beau » !


15 €.
Informations pratiques ici.

Marronnier rose

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Les campagnes de « sensibilisation », notre chroniqueuse en a soupé! Billet d’humeur.


Tels les marronniers journalistiques, octobre qui s’achève est revenu enquiquiner le monde. Ce n’est plus un mois, c’est un bulletin médical. Autrefois, la pudeur et le savoir-vivre commandaient qu’on ne parle pas de tout, partout.

Tous ensemble, ouais !

Aujourd’hui, ces vertus passent pour une faute politique. La santé ne se vit plus, elle se partage. On ne soigne plus son corps, on en rend compte.

Le pays tout entier se couvre de rubans roses comme d’une varicelle morale : vitrines, écoles, réseaux sociaux, entreprises, ministères… tous mobilisés. La couleur de la douceur, paraît-il. En réalité, celle de la surveillance bienveillante, mais sourcilleuse.

« Octobre Rose » n’est pas une simple campagne, c’est une croisade hygiéniste. On n’en appelle plus à la responsabilité individuelle mais à la dévotion collective. La République ne se contente plus de vacciner : elle veut palper, sonder, scanner. Elle s’invite dans les tissus mammaires comme autrefois dans les consciences. On croyait que le salut passait par la foi, on découvre qu’il passe désormais par la mammographie.
Le plus fascinant, c’est la ferveur civique avec laquelle chacun s’improvise apôtre de la prévention.

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« Tu devrais vraiment prendre rendez-vous, hein ! » dit la collègue à la pause-café, l’air grave d’un curé à confesse.

« Tu n’as pas encore fait ta mammographie ? » s’indigne la voisine, comme si on venait d’avouer un meurtre.

Le génie de notre époque, c’est d’avoir transformé le contrôle en sollicitude. Refuser de participer à la course caritative, c’est suspect.
Ne pas afficher le petit ruban sur sa photo de profil, c’est presque du négationnisme médical. La santé est devenue un devoir civique, une liturgie sociale, un rite de conformité. Le plus ironique, c’est que cette surveillance douce se pare du visage de la liberté.

« Informer, sensibiliser, accompagner », voilà les trois vertus cardinales du nouveau clergé sanitaire.

C’est pour mieux vous sensibiliser, mon enfant

Mais informer, n’est-ce pas déjà présupposer qu’on sait mieux que l’autre ? Sensibiliser, n’est-ce estimer qu’il ne l’est pas assez ?
Quant à accompagner, c’est surtout s’assurer qu’il ne s’écarte pas du bon chemin. Dorénavant, octobre n’est plus le mois des plantations ou de l’ouverture de la chasse, c’est le mois de la citoyenneté mammaire, nouvelle forme de vertu républicaine. Chacun surveille son prochain au nom du bien et c’est ainsi que se bâtit le contrôle social le plus efficace jamais inventé : l’injonction compatissante, que Tocqueville avait entrevue.

Ce n’est plus la police qui vous observe, c’est votre entourage, votre famille, vos collègues, vos followers. Big Sister is watching your boobs. Et peu-à-peu, le ruban rose remplace le brassard, tout comme la compassion tient lieu de légitime autorité.

Si autrefois, on confessait ses péchés au prêtre, aujourd’hui, on confesse ses oublis médicaux à l’État. On ne dit plus : « J’ai péché. », on dit : « J’ai oublié mon dépistage. » Le médecin devient curé, le dossier médical partagé, registre paroissial. L’Assurance Maladie que vous financez, elle, veille : elle sait si vous avez manqué à vos devoirs sanitaires.

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On imagine déjà la prochaine étape.

Un soutien-gorge intelligent, estampillé Santé Publique France, équipé de capteurs thermiques et d’un QR code tricolore. Ou rose. Chaque matin, il transmettra au ministère votre indice mammaire de conformité. À chaque contrôle, un message : « Félicitations, votre poitrine est en règle avec la République. » Peut-être certaines start-up sont-elles déjà sur l’affaire !

Refuser de partager cette ferveur sanitaire ? C’est louche, ça. Presqu’autant que ne pas être vacciné contre le Covid. C’est une trahison civique et les regards se feront pesants. Avant de passer à la vitesse supérieure ? Qui sait ? Bientôt, les entreprises exigeront peut-être une attestation de dépistage pour accéder à la machine à café. Les femmes libres seront désormais celles qui se laissent examiner sans broncher. La pudeur ou le quant-à-soi deviendront un archaïsme réactionnaire, un reste d’individualisme bourgeois.

« Octobre Rose » n’a rien d’un complot, c’est pire : c’est une évidence. La surveillance la plus aboutie, c’est celle que les gens réclament eux-mêmes, persuadés qu’elle les protège.

Le rose, tout à la fois couleur de l’enfance et de l’érotisme, apaise, endort, séduit. Il est la couleur idéale du contrôle : doux, rassurant, charmeur et maternant. Mais cette colonisation du corps au nom du bien commun qu’est devenue la santé est d’autant plus redoutable qu’elle se fait sans violence.

«C’est Nicolas qui va payer»

Choses vues et entendues ce matin, en immersion parmi les soutiens de Nicolas Sarkozy, dans le XVIᵉ arrondissement…


Il fallait être matinal, ce mardi 21 octobre, pour assister au déferrement de Nicolas Sarkozy, prévu à 8 h 30. Ou chômeur. Ou bien retraité.
Au pied des balcons cossus du XVIᵉ arrondissement, les fourrures avaient été ressorties des placards : une foule d’environ un millier de fidèles (militants, admirateurs, simples curieux) s’était massée pour soutenir l’ancien président.
Beaucoup de visages grisonnants, quelques étudiants, et ces retraités nostalgiques des années Sarkozy, donc. Des anciens LR, des anciens UMP, voire même, confie Didier, Parisien sexagénaire, un « ancien UDR, du temps de Pompidou ».
L’ambiance est militante, un peu émue. On scande « Sarkozy président ! », on brandit de vieilles affiches officielles. Chantal et Annie, venues du XVIᵉ et de Versailles, précisent qu’elles ne sont « pas militantes, mais là pour un homme ».

Morano, Guaino et les irréductibles

Nadine Morano, fidèle parmi les fidèles, n’a rien perdu de sa gouaille. « Au regard de tout ce qu’il a fait pour le pays, on peut être fier de lui ! » lance-t-elle, avant d’énumérer les crises traversées « avec brio » par son champion. Face aux journalistes, elle s’emporte. Quand Quotidien lui lance : « association de malfaiteurs », elle réplique, cinglante : « Une juge d’instruction m’a dit que c’était une décision politique. »« Mais que connaissez-vous du dossier ? », lui rétorque-t-on. — « Et vous, vous êtes qui ? »
Henri Guaino, lui aussi présent, n’a pas manqué le rendez-vous. Celui qui rêvait, en 2017, de se présenter, au besoin contre son ancien patron, évoque depuis quelques jours sur les plateaux télé une nouvelle décapitation symbolique des corps du roi, une volonté d’atteindre la Ve République… Il parle aujourd’hui du pouvoir judiciaire, des principes constitutionnels, et jure un peu dans cette ambiance militante et émotive.
Roger Karoutchi, indémodable, érudit, agrégé d’histoire, sourit à l’évocation des figures politiques passées par la prison avant la rédemption — Louis-Napoléon Bonaparte, Nelson Mandela, Jacques Médecin : « Permettez-moi de préférer Louis-Napoléon à Jacques Médecin. » Puis ajoute, plus grave : « Il y a une incompréhension entre le monde politique et le monde judiciaire. Les affaires se succèdent : cela va trop loin. »

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Absences remarquées, ferveur populaire

Quelques fidèles sont là, mais aucun ténor des LR. Ni Bruno Retailleau, ni Laurent Wauquiez, en Abel et Caïn ingrats, n’ont fait le déplacement. En revanche, la base, plus radicale, s’exprime : « Les juges en prison ! », « En enfer ! » — « Ne dites pas ça, ça va être répété », tempère une militante. On entend aussi : « Mediapart, torchon ! »
« On sera là dans cinq ans, à la sortie de la Santé »
, plaisante un autre.
Parmi les anonymes : Alain, François, Parisiens sarkozystes et aujourd’hui adhérents de « Reconquête ». Qui incarne, selon eux, le mieux les valeurs du sarkozysme ? « Sarah Knafo. »
Eva Stattin, Franco-Suédoise naturalisée en 2006 « pour voter Sarkozy », habite place Beauvau. Elle est venue pour son ancien voisin. En tenue de guinguette sarkozyste, elle confie pourtant pencher désormais pour Édouard Philippe.

 Folklore militant, une militante franco-suédoise « naturalisée en 2006 pour pouvoir voter Sarkozy » soutient avec ferveur son champion.

Famille, loyauté et mise en scène

Il y a là des sarkozystes, des zemmouristes, des philippistes, des curieux, mais surtout la famille, version Scorsese. La famille Sarkozy descend: les enfants des trois unions et épouses confondues arrivent en rangs serrés à 9h précises à l’angle des rues Pierre Guérin et de la Source. Les fils ont lancé un appel à la loyauté ; il a été entendu.
« J’ai répondu au magnifique appel des enfants à leur père », confie une grand-mère émue.
L’image a tout d’une saga familiale : la dramaturgie fonctionne. Thierry Saussez, le communicant des années Sarkozy, jure qu’il n’y a « aucune mise en scène, seulement de l’affection sincère ». Roger Karoutchi résume la situation, en vieux sage de la droite : « On est là dans les moments difficiles. Loyauté, fidélité… ce n’est plus à la mode. Je dois être vieille école. »
Il y a aussi les journalistes de gauche — Paul Gasnier de Quotidien en tête — narquois, pas mécontents de pouvoir ricaner au milieu du peuple de droite.
Des larmes, des chants, et le corbillard pénitentiaire d’une présidence déchue : la familia grande au grand complet ! Le déferrement ressemblait, il faut bien le reconnaître, à un genre de sacre à rebours. On pleurait autant un homme politique qu’un style : celui des fidélités de sang comme de clan, quand la loyauté l’emporte sur la morale et la lignée sur les idées. Mi-bourgeoise, mi-corse, sentimentale jusque dans le calcul, fidèle jusque dans la disgrâce… la droite vibre à de vieux affects.
Et quand les mamies en vison regagnent leurs appartements du XVIᵉ, la sono continue : entre deux Marseillaises, résonne une playlist choisie avec à-propos : Du ferme de La Fouine et Les Portes du pénitencier de Johnny. Bien mises, elles applaudissent celui qui mérite désormais son titre de parrain de la droite française, et cocottent de bon matin. Leur odeur s’appelle : fidélité.


Emmanuelle Brisson, jeune étoile montante des LR, au ton pugnace, présente de bon matin, a répondu à nos questions.
Figure montante des Républicains, parfois critique à l’égard de sa famille politique, Emmanuelle Brisson, candidate LR dans les Pyrénées-Atlantiques en 2024, était présente au rassemblement.
Causeur. Vous êtes aujourd’hui en première ligne pour ce rassemblement de soutien au président Sarkozy. Est-ce une démarche personnelle ou une action politique ?
Emmanuelle Brisson. C’est d’abord un magnifique hommage des fils de Nicolas Sarkozy à leur père, et j’ai tenu à être présente. Je suis militante encartée à l’UMP et chez LR depuis mes seize ans. On en a assez également de cette justice à deux vitesses. Certains auteurs de délits violents reçoivent une peine bien moindre que celle de cinq ans de Nicolas Sarkozy, alors que l’ancien président n’est en rien une menace pour la société. La gauche préfère voir Nicolas Sarkozy dormir en prison plutôt que de voir les voyous, les crapules derrière les barreaux. Je pense aussi au courage du maire de Neuilly, qui a risqué sa vie autrefois et qui a reçu la Légion d’Honneur pour cet acte remarquable. Ce courage, cette dignité, cette loyauté, nous les avons retrouvés aujourd’hui.
Dans ce moment difficile, ce n’est pas seulement un ancien président que nous voyons : c’est un homme qui incarne l’engagement, le dévouement et la fidélité à ses valeurs. 17 ans de procédure – et de procédure politique, plein de perquisitions, et le juge qui l’a condamné avait manifesté contre lui en 2011. Je suis par ailleurs très déçue que la droite n’ait pas organisé cette manifestation. Les Français se souviennent aussi de l’homme courageux et engagé depuis les images de la prise d’otages de la maternelle de Neuilly en 1993.
Aujourd’hui il y a des militants de plusieurs partis politiques, c’est la grande union des droites ? 
Il est normal de trouver des militants de différents partis politiques : Horizons, LR, Reconquête… C’était le président de tous les Français, de la classe populaire comme de la classe bourgeoise.
Où en êtes-vous personnellement avec votre parti, les LR, avec lesquels vous êtes parfois critique ?
Je suis attaché à ma famille politique. Les médias nous enterrent mais on continue d’incarner les valeurs de la droite. Maintenant, il faut du panache et du courage. Il ne faut plus avoir peur des mots qui fâchent.

Dahbia Benkired: les « monstres » sont-ils parmi nous?

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Obsèques de la collégienne de 12 ans Lola, à Lillers, dans le nord de la France, le lundi 24 octobre 2022 © Sarah ALCALAY/SIPA

«Mon cœur de mère est meurtri à jamais. J’ai la chance d’avoir à mes côtés mon fils Thibault, sinon je ne serais peut-être plus là. Toute ma vie s’est effondrée. Je me demande comment je tiens debout. Cette chose ne nous enlèvera pas l’amour de notre famille» a déclaré hier la mère de Lola, au procès de l’Algérienne Dahbia Benkired, jugée à Paris pour avoir torturé, violé et massacré la jeune fille de 12 ans. La réflexion de Charles Rojzman.



Le procès de la meurtrière de Lola s’ouvre comme une plaie dans le corps malade d’une civilisation qui se croit encore judéo-chrétienne et refuse de se regarder en face. Les médecins légistes ont tout dit, ou presque: le supplice, les gestes, la précision du mal. Les psychiatres, eux, parleront d’abolition du discernement, de déséquilibre, de trouble psychotique. Ce sont les prêtres modernes de notre innocence : ils traduisent la barbarie en pathologie. Mais quelle que soit leur sentence, ils se tromperont. Car la folie, comme le mal, échappe à leur science ; elle appartient à une autre nuit — celle où l’homme, soudain, cesse d’être un homme.

Le problème, ici, n’est pas seulement une « OQTF » non appliquée, ni même une faillite de l’État. Le problème, plus obscur et plus redoutable, est celui-ci : les monstres sont parmi nous. Ils vivent dans nos immeubles, ils partagent nos écrans, ils rient dans les cafés. Ils ont nos visages. Ils viennent souvent d’ailleurs, mais ils viennent aussi du vide que nous portons collectivement.

L’époque de la folie collective

La psychiatrie fut longtemps un art du singulier : elle traitait des délires privés, des fractures intérieures. Mais nous avons basculé dans l’âge de la folie partagée. Il n’est plus besoin d’être fou pour tuer : il suffit d’appartenir à une foule. Regardez Nice. Le camion qui écrase des corps, les cris, la poussière, et ces adolescents filmant les blessés agonisants. Ils fouillent les poches, se photographient devant les cadavres, crient : « On l’a fait ! »

Ils ne sont pas malades. Ils sont adaptés à leur époque. L’époque leur a appris à tout confondre : la mort et le jeu, la cruauté et la notoriété. Ce sont nos enfants, nourris de haine, d’images et de vide. Ils ne viennent pas du dehors : ils sortent de nos écrans. Quand la folie devient collective, elle cesse d’être perçue comme folie. Elle devient norme, morale, identité. L’homme tue non plus parce qu’il délire, mais parce qu’il participe. Le meurtre devient le rite par lequel il retrouve un sens d’appartenance.

Les visages ordinaires du mal

Au Rwanda, j’ai vu comment des paysans tranquilles, des professeurs, des prêtres, pouvaient se transformer en bourreaux. Je leur ai parlé : ils étaient aimables, attentifs, d’une politesse exquise. Ils racontaient les massacres comme on raconte une moisson. Ils n’étaient pas fous. Ils étaient entrés dans une autre normalité. Le collectif, lorsqu’il bascule, délie les consciences, dissout la pitié, justifie l’innommable.

Le voisin devient l’ennemi, la femme enceinte un trophée, l’enfant un symbole à abattre.
Ainsi se révèle la vérité tragique de l’homme : il ne devient monstre qu’à plusieurs. Le monstre est rarement solitaire : il a besoin d’un chœur, d’une cause, d’un public. Au Rwanda, dans les Balkans, dans l’Allemagne nazie, dans Gaza ou Mossoul, le mal n’a jamais été le fruit d’une anomalie individuelle : il est le produit d’une communion inversée, d’une fraternité noire où la destruction devient lien social.

Le glas de la civilisation

La mort de Lola, comme l’égorgement du père Hamel, la décapitation de Samuel Paty, ou la balle dans la tête de la petite Myriam Monsenego, sont autant de cloches funèbres sonnant la fin de notre confort moral.

Nous pensions être vaccinés contre la barbarie : nous découvrons qu’elle est endémique. Nous pensions que le progrès, la raison, la démocratie suffiraient à nous protéger : ils n’ont fait que désarmer nos âmes. Le mal, aujourd’hui, ne porte plus d’uniforme. Il circule librement dans les veines de la société. Il s’appelle indifférence, nihilisme, déliaison, narcissisme collectif et parfois djihad. Dahbia, la meurtrière, n’est pas une bête : c’est une jeune femme de son temps, obsédée par l’image qu’elle projette, hantée par la reconnaissance numérique. Elle n’a pas tué pour une cause, mais pour exister. Son crime n’est pas celui d’une folle : c’est le cri d’un être sans monde.

Quand le collectif révèle le monstre

Il y a dans chaque société un seuil invisible : celui où le lien social cesse d’humaniser pour commencer à déshumaniser. Lorsque la peur remplace la confiance, lorsque la honte devient un étendard, lorsque la haine offre une appartenance, les monstres sortent des ombres. Ce ne sont pas des individus anormaux : ce sont des humains rendus possibles par la désintégration du collectif. Le monstre n’est pas né dans l’asile, mais dans la foule. C’est la foule qui l’autorise, le justifie, le glorifie — et qui, ensuite, s’étonne de ce qu’elle a enfanté.

C’est pourquoi le mal n’est pas seulement une faute morale : il est une contagion politique. Là où disparaissent le sacré, la responsabilité et la mémoire, l’homme devient son propre ennemi. Ce n’est pas en nous que le monstre sommeille, mais entre nous — dans ce vide relationnel où la peur remplace la rencontre, où la honte remplace la parole.

Refuser l’accoutumance

On nous répète qu’il faut s’y habituer : s’habituer aux meurtres, aux attentats, aux visages d’enfants sur les autels improvisés. Mais s’habituer, c’est déjà mourir.

J’ai vu trop de peuples basculer dans l’abîme pour ne pas reconnaître les signes avant-coureurs : la fatigue morale, la perte du sens, le rire indifférent devant la douleur d’autrui. Nous n’avons plus le luxe de l’innocence. Nous devons comprendre ce que nous voyons : le monstre n’est pas seulement un autre, c’est une fonction de la société lorsqu’elle perd son âme. Et tant que nous refuserons de nommer le mal, il continuera de se nourrir de nos silences. Le monstre n’habite pas les ténèbres : il naît à la lumière. Il a nos visages, nos gestes, nos paroles. Et s’il resurgit, c’est que nous avons cessé de nous regarder, nous et les autres.

La société malade

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Trump et le Proche-Orient: qu’est-ce que la «paix par la force»?

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L’émir du Qatar, le cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, serre la main de l’envoyé spécial de la Maison-Blanche, Steve Witkoff, alors qu’ils s’entretiennent avec le président Donald Trump avant un dîner d’État à Doha, au Qatar, le 14 mai 2025 © Alex Brandon/AP/SIPA

Donald Trump a réussi l’impensable en imposant un accord de paix entre Israël et le Hamas, signé à Charm el-Cheikh le 13 octobre 2025, après deux ans de guerre meurtrière. Misant sur sa doctrine de la « paix par la force », il a isolé le Hamas, affaibli l’Iran et rallié les monarchies arabes à un plan en vingt points censé tourner la page de sept décennies de conflit au Proche-Orient. Gerald Olivier raconte et analyse la genèse de cet important accord. Long récit.


« Bienheureux les faiseurs de Paix !» Le président Trump aime dire que s’il s’efforce d’imposer la paix là où la guerre fait loi depuis des années, voire des décennies, c’est pour garantir sa future place au paradis… Au vu de l’accord de paix en vingt points de Charm el-Cheikh, l’affaire est bien engagée ! Prix Nobel ou pas, paix durable ou pas, Donald Trump a fait taire les armes à Gaza et imposé une pacification de l’ensemble du Proche-Orient. Son plan en vingt points a été accepté par les deux principaux belligérants – Israël et le Hamas – puis officiellement signé à Charm el-Cheikh, en Egypte, le 13 octobre, en présence de dirigeants de la région et du monde.

2017–2021, retour sur la genèse d’un accord de paix qui va, peut-être, changer le monde. Les fondations

Le Proche-Orient n’a pas connu une telle perspective de paix, depuis les accords d’Oslo de 1993 et peut-être beaucoup plus longtemps. Trump dit trois mille ans ! C’est sans doute excessif, mais le président américain a toujours vu grand, très grand. Son accomplissement reste monumental. Même s’il est encore inachevé. Le Hamas n’est pas encore désarmé. Ses combattants n’ont pas abandonné l’uniforme pour rentrer chez eux. Ses dirigeants n’ont pas renoncé à leur objectif d’éliminer l’Etat d’Israël dont ils ne reconnaissent toujours pas la légitimité. Gaza n’est pas « déradicalisé » (point numéro un du plan), le « conseil de la paix » (Board of peace) devant gérer sa reconstruction n’est pas installé (point numéro neuf), et la force internationale devant garantir la sécurité n’est même pas constituée (point numéro quinze). Il reste donc de nombreuses étapes à accomplir pour consolider la paix. Rien n’est garanti.

Par le passé, de nombreux cessez-le-feu ont été signés pour être violés après quelques jours ou quelques semaines, et les hostilités reprenaient de plus belle. Pourtant, un air de paix et de liesse inhabituel flottait sur le Proche-Orient, le lundi 13 octobre 2025. Les gens dansaient et chantaient en Israël et à Gaza. Jusqu’à présent on était habitués à ce que lorsque l’un danse, l’autre pleure. Pas cette fois. La réjouissance était dans toutes les têtes et dans les deux camps et l’espoir d’une ère nouvelle semblait dans tous les cœurs. Comment cela a-t-il été possible ? Comment Donald Trump a-t-il donc réussi à imposer la paix, là où tout le monde disait que c’était impossible ? Pourquoi a-t-il réussi alors que tous ses prédécesseurs depuis 1948, avaient échoué ? Principalement par sa force de persuasion. Après tout, conclure des accords c’est sa spécialité. Il en avait fait un livre à succès avant d’entrer en politique, The art of the Deal. Ensuite en bousculant les conventions et le consensus. Trump a inversé les termes de l’équation au Proche-Orient en repoussant délibérément la question d’un Etat palestinien à plus tard. L’expression « solution à deux Etats » n’apparait même pas dans le texte du plan de paix. Enfin parce qu’il a mis la force des Etats-Unis derrière ses mots. Le plan en vingt points appelé « Trump Declaration for Enduring Peace and Prosperity » (Déclaration Trump pour une paix et une prospérité durables) est l’illustration la plus accomplie de la doctrine Trump de « peace through strength », de la paix par la force.

Concrètement, Donald Trump a obtenu un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas qui met fin à deux ans d’un affrontement sans merci. Il a obtenu la libération de tous les otages encore vivants détenus depuis le 7 octobre et la restitution du corps de tous ceux qui sont morts en captivité (seuls sept corps ont pour l’instant été restitués, les autres étant introuvables, selon le Hamas…).

En échange les Israéliens ont libéré 1700 prisonniers palestiniens et 250 terroristes condamnées à perpétuité en Israël. C’est ce qu’on a appelé la phase 1 du plan de paix. La phase 2, officiellement en cours, doit voir le désarmement du Hamas puis sa dissolution, et l’interdiction de sa participation à la gestion future de Gaza ou toute autre entité palestinienne. L’administration de la bande de Gaza sera confiée à une autorité internationale technocratique et sa reconstruction sera financée par les pays arabes et les monarchies du Golfe. La sécurité sera assurée par une « Force d’intervention internationale », sans la participation de soldats américains. Par cet accord, Israël voit accomplis tous les objectifs de guerre que le pays s’était fixé après le massacre du 7 octobre 2023, à savoir : – la récupération des otages ; -l’élimination du Hamas : – et la démilitarisation de Gaza. Le plan en vingt points du président Trump est une victoire incontestable pour Israël et son Premier ministre Benyamin Netanyahu. Le Hamas, en revanche, est perdant. Cet accord signe sa défaite et sa disparition programmée. Volontaire ou forcée. Ce groupe terroriste, affilié aux Frères Musulmans, et fondé en 1987, qui n’a cessé de semer la terreur et répandre le sang, surtout le sang des Palestiniens, a vécu. Il est vaincu, disqualifié à jamais et n’aura aucun rôle dans l’avenir du peuple palestinien. Pourquoi, dès lors, ces dirigeants ont-ils accepté ce plan ? Réponse : parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix. Parce que l’alternative proposée par Trump aurait conduit au même résultat, mais par un chemin beaucoup plus douloureux. Un chemin pas encore totalement écarté. Le Hamas a été décimé par deux ans de guerre et ses combattants sont épuisés. Le Hamas a perdu son principal protecteur et soutien financier, l’Iran. Il se retrouve isolé au Proche Orient, entouré de monarchies arabes fatiguées de soutenir une cause palestinienne de plus en plus radicale et désespérée. Donald Trump avait indiqué qu’en cas de rejet de l’accord, Israël aurait un feu vert pour mener toutes les opérations militaires nécessaires afin d’annihiler le Hamas. En clair le sort de ses combattants et dirigeants était scellé. Il y avait la méthode douce, la libération des otages et leur reddition. Ou la méthode dure, des combats sanglants à l’issue implacable. Le Hamas a choisi (pour l’instant) la méthode douce. Sans doute en se disant que vivre un autre jour lui offre encore la possibilité de négocier une survie. A ce jour, le Hamas respire encore… Cet accord de paix est néanmoins une victoire pour les Palestiniens, au moins ceux d’entre eux désireux de connaître une vie « normale », et ne plus être la chair à canon de la meurtrière obsession de vengeance de leurs chefs fanatiques.

Cet accord a été obtenu en quelques semaines. Entre le 27 août, date d’une réunion clé à la Maison Blanche, et le 29 septembre, date de la venue de Benyamin Netanyahu à la Maison Blanche. Mais ses racines plongent plus profondément dans le temps. Il avait été préparé depuis la réélection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, le 5 novembre 2024, et même encore plus tôt avec la signature des Accords d’Abraham en septembre 2020, au crépuscule de son premier mandat. De tous les accomplissements de sa première administration (2017 – 2021) en matière de relations internationales, Donald Trump jugeait les Accords d’Abraham les plus prometteurs et les plus ambitieux. La réforme de l’Otan, le dialogue direct avec la Corée du Nord, la sortie de l’accord nucléaire avec l’Iran, la défaite de l’Etat islamique en Syrie et en Irak, rien ne rivalisait à ses yeux avec la perspective d’une paix durable au Proche-Orient et la stabilisation de cette région meurtrie par le conflit israélo-palestinien depuis 1948. Ces accords établissaient une normalisation des relations entre Israël et deux Etats arabes du Golfe, les Emirats Arabes unis et Bahreïn. Ils furent signés le 15 septembre 2020 à la Maison Blanche par Donald Trump, président des Etats-Unis, Benyamin Netanyahu, Premier ministre israélien, et les ministres des Affaires étrangères des EAU, Abdullah bin Zayed Al Nahyan, et de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al Zayani. Le Maroc et le Soudan devinrent également signataires dans les mois qui suivirent. L’artisan de ces accords n’était pas un diplomate chevronné, mais un entrepreneur immobilier américain de confession juive de 39 ans, Jared Kushner, également époux d’Ivanka Trump, et donc gendre du président américain. C’est lui qui avait mené les négociations, au nom de Trump, en application d’un plan de paix présenté pour l’ensemble de la région en janvier 2020. Le principe soutenant ces accords allait à l’inverse de l’action diplomatique régionale menée jusqu’alors. Depuis des décennies, la résolution du conflit israélo-palestinien était présentée comme la clé d’une normalisation des rapports entre Israël et ses voisins arabes. La paix et un Etat palestinien conduiraient à une paix régionale. Trump avait choisi une démarche exactement inverse. Il avait choisi de faire de la normalisation des rapports entre Israël et ses voisins la clé d’une résolution du conflit palestinien. La paix régionale viendrait à bout du problème palestinien. Pour lui c’était la démarche la plus logique. D’abord parce que cette normalisation avait déjà commencé. C’était le principe des accords de Camp David signés entre Israël et l’Egypte en 1977, sous l’égide du président Jimmy Carter. Ensuite parce que cette normalisation était souhaitée – au moins en privé – par certains pays, dont l’Arabie Saoudite, fatigués d’être les otages d’une cause palestinienne devenue aussi intransigeante que désespérée. Enfin parce que cette normalisation était le moyen d’affaiblir l’Iran, premier sponsor du terrorisme dans la région et principal financier du Hamas, le groupe terroriste palestinien ayant pris le contrôle de la Bande de Gaza, et qui harcelait Israël à sa frontière sud. L’Arabie Saoudite et les monarchies du Golfe étaient les acteurs clés de la stratégie de Donald Trump. Celle-ci datait de 2017, la première année de son mandat. Au mois de juin de cette année-là, Mohammed Ben Salman, fils du roi Salman, avait été désigné « prince-héritier » du royaume. Il avait 32 ans alors. Son père, le roi, en avait 82 ans et sa santé était déclinante. Au Qatar voisin, l’Emir Tamin ben Hamad Al Thani avait pris la succession de son père Hamad en 2013. Il avait 37 ans. Le Qatar abritait la base militaire américaine d’Al Udeid et était, avec l’Arabie saoudite, le principal allié arabe des Etats-Unis dans la région. Ces deux jeunes dirigeants personnifiaient la génération arabe montante. Une génération qui ne veut plus vivre dans l’ombre de 1948 et de la « Nakba » (catastrophe) du peuple palestinien, mais être tournée vers l’avenir et les défis et opportunités présentées par les nouvelles technologies. Donald Trump, après en avoir discuté avec son conseil de sécurité, avait décidé de « parier » sur cette nouvelle génération de leaders pour changer la donne au Proche-Orient et trouver un chemin vers la paix. C’était l’objectif des accords d’Abraham dont l’étape majeure à venir aurait dû être une normalisation des relations entre l’Arabie saoudite et Israël. Malheureusement Donald Trump perdit l’élection présidentielle de 2020 et son ambition de paix au Proche-Orient fut retardée. Mais pas totalement abandonnée.

2021 – 2024, la faute tragique de Joe Biden

Sans trop s’en vanter, car l’initiative n’était pas la leur, le président Biden et son secrétaire d’Etat Antony Blinken continuèrent de poursuivre l’extension des accords d’Abraham. Mais, sans rencontrer le succès de leur prédécesseur. Israël et les pays arabes ne manifestaient plus le même empressement. Pour plusieurs raisons. La première raison est que Benyamin Netanyahu doutait de Biden. Le président démocrate ne cessait de rappeler le soutien indéfectible des Etats-Unis à Israël et le droit d’Israël de se défendre après le massacre du 7 octobre, mais il ajoutait toujours un « mais », au sujet des victimes civiles de représailles israéliennes, du droit des Palestiniens, ou autre. Pire il prêchait la retenue alors que Tsahal voulait en finir au plus vite avec le Hamas. Au contraire, Netanyahu avait une confiance absolue en Donald Trump. Trump n’avait-il pas ordonné le déménagement de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem ainsi que tous les présidents américains s’étaient engagés à le faire depuis Bill Clinton en 1995 sans jamais avoir osé ? Trump n’avait-il pas reconnu l’annexion du plateau du Golan par Israël pour des raisons de sécurité nationale, s’attirant à l’occasion l’opprobre des Nations Unies et d’autres membres du Conseil de Sécurité, dont la France d’Emmanuel Macron ? Trump n’avait-il pas toujours fourni à Israël toutes les armes pour se défendre ? La deuxième raison est que Mohammed Ben Salman, prince héritier et de facto dirigeant de l’Arabie Saoudite arborait les mêmes doutes quant au président américain. Ce dernier l’avait qualifié publiquement de « tueur », pour l’assassinat du journaliste Jamal Kashoggi en Turquie par les services saoudiens en 2018. La relation entre les deux hommes était devenue glaciale. Lors d’une visite officielle de Biden en Arabie Saoudite, ils ne s’étaient même pas serré la main, échangeant simplement un « fist bump ». La troisième raison est qu’au lieu de continuer à isoler et affaiblir l’Iran, Joe Biden avait entrepris de réengager le dialogue avec le régime islamique de Téhéran, comme son prédécesseur démocrate Barack Obama l’avait fait. Une erreur stratégique qui allait avoir des conséquences effroyables. Dès mai 2018, Donald Trump avait fait sortir les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien conclu par Barack Obama en 2015. Appelé « Joint Comprehensive Plan of Action », ou « JCPOA », (ce qui ne veut rien dire), cet accord avait été présenté comme un moyen d’empêcher l’Iran d’obtenir une bombe nucléaire. En fait il ne faisait que repousser l’échéance, tout en réhabilitant le régime des mollahs, pourtant premier sponsor du terrorisme au Proche-Orient. Donald Trump avait lu entre les lignes et dénoncé cet accord comme un attrape-nigauds, une folie. Cela lui avait valu la réprobation de l’ONU et des Européens, signataires de l’accord. Ce dont il ne s’était guère ému cependant ! Donald Trump avait rétabli les sanctions américaines contre l’Iran et forcé l’ONU à imposer à nouveau des sanctions internationales, limitant les revenus du régime de Téhéran. Ces sanctions seraient maintenues, avait-il dit, tant que l’Iran n’aurait pas renoncé à son programme nucléaire militaire, et tant qu’il continuerait à soutenir le terrorisme dans la région. En avril 2019 l’administration Trump avait désigné le corps des gardiens de la révolution, c’est à dire l’armée idéologique du régime, comme une organisation terroriste. Au même titre que le Hamas et le Hezbollah. Une première, autorisant le recours à la force militaire contre cette organisation. Et pour bien faire comprendre qu’il était sérieux, Donald Trump autorisait l’élimination du général Qassem Soleimani, l’un des plus hauts gradés de l’armée iranienne, responsable des opérations terroristes, et donc de la mort de soldats américains, le 3 janvier 2020 !

Revenu au pouvoir un an plus tard, Biden et les Démocrates abandonnaient cette politique de pression maximale sur l’Iran. Dès janvier 2021, l’administration américaine indiquait sa volonté de ressusciter le JCPOA et de lever les sanctions réimposées par Trump. Des négociations reprenaient à Vienne. Deux ans plus tard, en septembre 2023, en échange de la libération de cinq prisonniers américains détenus en Iran, l’administration Biden autorisait le versement de six milliards de dollars de fonds jusqu’alors « gelés » à l’Iran. Le paiement à peine déguisé d’une rançon. Moins d’un mois plus tard, le 7 octobre 2023, des commandos palestiniens du Hamas et d’autres groupuscules terroristes, entrainés et armés par l’Iran, franchissaient la frontière sud d’Israël et menaient une attaque surprise. L’opération, baptisée « Déluge d’al-aqsa » en Arabe, faisait plus de mille deux cents tués chez les Israéliens, principalement des civils, dont des personnes âgées, des femmes, des enfants et des bébés. Le Hamas capturait aussi deux cent cinquante personnes, emmenées à Gaza comme otages. Ce massacre barbare, rappelant les pogroms d’antan, était qualifiée de « 11 septembre israélien » par Benyamin Netanyahu. Appelant Gaza la « cité du mal », il déclarait l’Etat d’Israël « en guerre » contre le Hamas et le groupe Djihad islamique, promettant « la destruction totale de leurs capacités militaires ». Sans tarder les FDI (Forces de Défense israélienne) recommandaient aux populations civiles de Gaza de fuir l’enclave en anticipation d’une invasion terrestre. Le problème est que ces populations n’avaient nulle part où aller. Aucun pays de la région n’acceptait de les accueillir. L’Egypte et la Jordanie, deux pays arabes ayant accueilli des Palestiniens par le passé, signifiaient sans détour leur refus de prendre de nouveaux réfugiés. Quant aux combattants du Hamas à Gaza, ils avaient ordre d’exécuter quiconque tentait de sauver sa vie et celle de ses proches par la fuite ! La population de Gaza servait de bouclier humain au Hamas et elle allait en payer le prix. Il fallait des victimes civiles au Hamas. Il fallait des morts palestiniens à exhiber à la face du monde. Dans la guerre qui s’ouvrait la communication était la meilleure arme du Hamas et comme cela a toujours été le cas depuis 1948 la misère du peuple palestinien allait être mis en scène et instrumentalisée pour servir la cause supposée… du peuple palestinien ! En même temps qu’elle menait son offensive au sol, l’armée israélienne éliminait un à un les hauts dirigeants du Hamas, présents à Gaza ou ailleurs au Proche-Orient. De janvier à juillet 2024, pas moins de cinq chefs politiques et militaires étaient tués par des tirs ciblés, culminant avec l’élimination d’Ismail Haniyeh, le chef du Hamas, à Téhéran le 31 juillet 2024, puis celle de Yahya Sinwar, chef de la branche armée du Hamas et artisan du 7 octobre, quelques semaines plus tard. Pour mettre à bas tout l’appareil terroriste échafaudé par l’Iran au Proche-Orient, Israël s’en prenait aussi au Hezbollah, la milice chiite libanaise, qui se livrait à des tirs de roquettes incessants sur les villes du nord d’Israël. Tsahal attaquait des cibles terroristes en Syrie, ainsi qu’au Yémen. Les 17 et 18 septembre 2024 plus d’un millier des plus hauts dirigeants du Hezbollah étaient tués ou blessés par l’explosion de leur bipeur. L’opération baptisée « Grim Beeper » (le bipeur sinistre) avait été montée par le Mossad, les services secrets israéliens, qui, en plus d’éliminer leurs adversaires, envoyaient un message clair : aucun ennemi d’Israël n’est à l’abri. La mort pourra le cueillir n’importe où, n’importe quand, n’importe comment ! Une semaine plus tard, Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, était tué à Beyrouth dans un bombardement massif. Début octobre, Israël envahissait le sud Liban pour détruire les sites de lancements de roquettes. L’administration américaine, vivement critiquée par les Républicains et les médias de droite, pour sa responsabilité dans l’attaque du 7 octobre – car ce sont les milliards de dollars dégelés par l’administration Biden qui servirent à former et armer les combattants du Hamas – tentait en vain de fomenter un cessez-le-feu. Le président Biden dépêchait son secrétaire d’Etat Anthony Blinken au Proche-Orient. Sans résultat. En pleine campagne présidentielle aux Etats-Unis, l’administration Biden se retrouvait paralysée, prise entre un soutien affirmé à Israël fruit de l’alliance traditionnelle entre les Etats-Unis et l’Etat hébreu, et les exigences de l’aile gauche du parti démocrate, qui orchestrait l’agitation dans les rues et sur les campus universitaires aux cris de « free Palestine, from the river to the sea » « (Libérez la Palestine de la rivière à la mer », ce qui reviendrait à supprimer l’Etat d’Israël). Résultat, Joe Biden s’efforçait de restreindre les activités militaires israéliennes. En mai 2024 il s’opposait à une offensive israélienne contre Rafah, municipalité du sud de Gaza et suspendait une livraison d’armes à Israël pour empêcher cette attaque. Loin de faciliter un dénouement, il prolongeait le conflit. En même temps, le secrétaire d’Etat Antony Blinken multipliait les déclarations conciliatrices vis à vis du Hamas, s’alarmant des victimes civiles côté palestinien, sans condamner le Hamas pour le recours systématique à des boucliers humains. En octobre 2024, au crépuscule du mandat de Joe Biden, le conflit semblait plus insoluble que jamais.

2024 – 2025 De la réélection de Trump à l’opération « Midnight Hammer » jusqu’aux accords historiques de Charm el-Cheikh

Le premier grand tournant de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza survint le 5 novembre 2024 avec l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Après quatre ans d’absence Trump allait faire son retour à la Maison-Blanche et à la tête du monde libre. Au contraire du président Biden qui n’avait cessé de retenir Israël pour éviter une « escalade » du conflit, Donald Trump assurait le Premier ministre Netanyahu de son indéfectible soutien pour la réalisation de ses objectifs de guerre. Son premier message était pour les kidnappeurs du Hamas : « Libérez les otages sinon l’enfer va pleuvoir sur vous. » Dans un langage très peu diplomatique mais parfaitement clair le futur président – Trump ne prendrait ses fonctions qu’au 20 janvier 2025 – intimait l’ordre au Hamas de libérer les otages du 7 octobre avant son entrée en fonction, sauf à en souffrir de graves conséquences. Vues les éliminations d’Abou Bakr El Bagdadi et du général Soleimani, lors de son premier mandat, il était clair que Trump n’est pas homme à proférer des menaces en l’air. De plus, le 8 décembre 2024, le régime de Bachar el Assad tombait en Syrie. L’Iran perdait un nouvel allié de poids dans la région et le Hamas aussi. Le groupe terroriste palestinien se retrouvait plus isolé que jamais. Du coup un accord était trouvé à la veille de l’investiture de Donald Trump, pour un cesser le feu à Gaza et la libération d’otages israéliens détenus par le Hamas, en échange de la libération de prisonniers palestiniens détenus par Israël. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu était contre cet accord. Parce qu’il n’accomplissait pas tous les objectifs de guerre d’Israël. Mais, il céda à la pression du nouveau président américain. Trump voulait une victoire d’entrée de jeu, même symbolique, pour démontrer sa capacité à faire bouger les lignes. Cet accord, déjà célébré par des chants et des danses à Gaza, prévoyait la libération progressive de tous les otages israéliens, puis le retrait des troupes israéliennes de Gaza. Rien sur la reconstruction de Gaza. Interrogé sur ce point, le président Trump indiquait sans sourciller que Gaza était devenu invivable et dangereux pour sa propre population. Dans son propre intérêt, sa population devait être évacuée et relogée ailleurs (en Jordanie ou en Egypte, par exemple) le temps de déminer le sous-sol de Gaza et reconstruire la ville. Vue sa situation géographique, Gaza, dit-il, avait tous les atouts pour devenir une magnifique station balnéaire… Dans les think-tanks et les salles de rédaction occidentales, les experts en eurent le souffle coupé, ne sachant s’il fallait en rire ou en pleurer. Comment, dirent-ils tous, un président des Etats-Unis pouvait-il faire une proposition aussi incongrue et en tel décalage avec les « aspirations du peuple palestinien », à savoir, avoir un Etat à eux, fut-il une taupinière explosive ? Au Proche-Orient cependant, la remarque du président américain eut un tout autre impact. Tout le monde comprit que d’un jour à l’autre, les pays de la région pourraient être appelés à accueillir de nouveaux réfugiés palestiniens et que le « problème palestinien » au lieu d’être circonscris dans Gaza pourrait à nouveau venir déstabiliser leurs pays, comme ce fut le cas pour la Jordanie dans les années soixante. Il devenait donc urgent, non seulement de trouver une vraie solution, mais aussi de faire en sorte que Gaza soit reconstruit par des capitaux arabes, pour éviter qu’un milliardaire américain ne transforme l’endroit en sa vision d’un palais des mille et une nuits… Le cessez-le-feu du 19 janvier survécut tant bien que mal jusqu’à la mi-mars. Le temps d’échanger au compte-gouttes quelques otages israéliens contre des criminels palestiniens, d’acheminer de l’aide humanitaire à Gaza, et de permettre aux combattants de se refaire une santé, notamment en détournant l’aide humanitaire… Le printemps venu, les combats reprirent de plus belle. Toutefois Israël, tout comme les Etats-Unis, avaient le regard également tourné vers l’Iran, et accessoirement son dernier proxy encore actif au Proche-Orient, les Houthis du Yémen. La question dépassait le cadre de la guerre à Gaza et concernait l’éternel programme nucléaire iranien et la menace qu’il fait poser sur Israël, le Proche-Orient et même le monde. Les Etats-Unis et Israël avaient indiqué à de multiples reprises qu’ils ne laisseraient pas l’Iran obtenir sa bombe ! Point final. En revanche, si l’Iran acceptait d’abandonner son programme nucléaire, les Etats-Unis seraient prêts à rétablir des relations commerciales et diplomatiques avec la République islamique. C’est ce que Donald Trump a signifié au Guide Suprême iranien, Ali Khamenei, dans un courrier transmis le 13 mars. Accompagnant son courrier d’un ultimatum. L’Iran avait soixante jours pour renoncer à son programme et parvenir à un accord négocié. Ne pas respecter ce délai exposerait l’Iran à des « conséquences militaires terribles ». Téhéran choisit de jouer la montre. De négocier pour gagner du temps. Une tactique transparente qui ne trompa personne. Le délai imposé par Trump passa, sans accord. Au contraire, Khamenei jurait que l’Iran n’abandonnerait jamais son ambition nucléaire. Israël prit finalement les devants. Estimant que le programme iranien était très proche de son aboutissement, Benyamin Netanyahu ordonnait à Tsahal de frapper l’Iran le 13 juin. L’opération était baptisée « Rising Lion ». L’aviation israélienne ciblait simultanément des sites militaires, des postes de commandement, des hauts gradés de l’armée et des scientifiques impliqués dans le programme iranien. En une nuit l’appareil militaire et scientifique iranien était décapité. Et Téhéran s’avérait incapable de riposter sérieusement. Protégé par le parapluie américain – le « dôme de fer » – Israël détruisait l’essentiel des missiles iraniens en vol. Alors que chaque nuit ses propres appareils poursuivaient leurs bombardements. En douze jours, Israël mit l’Iran à genoux. Bien que son ultimatum initial ait été dépassé, voire ignoré, Donald Trump n’a jamais cessé de garder une communication ouverte avec le régime iranien. Il ne cessait de repousser la possibilité des « terribles sanctions militaires » évoquées plus tôt. « Nous verrons d’ici une semaine ou deux », disait-il. A chaque délai, les observateurs remettaient sa détermination en cause. Puis vint la nuit du 21 juin. Sans rien dire bien sûr, Donald Trump lançait l’opération « Midnight Hammer ». Sept bombardiers furtifs B2 décollaient du Missouri pour un vol de trente-cinq heures et vingt-deux mille kilomètres aller-retour. Objectifs : Fordo, Natanz et Ispahan, les trois principaux sites d’enrichissement d’uranium et de recherches nucléaires iraniens, à onze mille kilomètres de distance. A leur bord, treize bombes GBU 57 de quinze tonnes chacune, capables de pénétrer jusqu’à trente mètres sous terre. Pour les escorter, des dizaines de chasseurs. Pour les ravitailler en carburant, des dizaines d’appareils de ravitaillement en vols, postés le long du parcours. Pour les soutenir, une flotte massée en Méditerranée et en Mer Rouge équipée de dizaines de missiles Tomahawk. En quelques minutes les trois cibles furent « oblitérées » selon les termes du président Trump. Le programme nucléaire iranien venait d’être sinon détruit au moins repoussé de dix ans, sans que les avions américains aient essuyé un seul coup de feu. Trump venait de faire la preuve de sa volonté personnelle et de la force inégalée des Etats-Unis. Un message adressé à l’ensemble du monde et compris par l’ensemble du monde. L’Amérique se réveilla plus forte le 22 juin. Et Donald Trump plus déterminé que jamais à mettre à profit cette force et ce moment pour imposer la paix. Immédiatement il obtint qu’Israël cesse ses opérations de guerre contre l’Iran. Le conflit prit le nom de « guerre des douze jours ». Il pressa aussi Netanyahu de reprendre les négociations avec le Hamas, en vue d’une libération de tous les otages. Steve Witkoff, son émissaire spécial au Proche-Orient reprit ses navettes entre Doha et Le Caire, sites de discussions avec le Hamas par l’entremise du Qatar et de l’Egypte. L’été se déroula au rythme des rapports d’ONG sur la menace d’une famine à Gaza. La supposée famine était en fait orchestrée par le Hamas qui détournait l’aide humanitaire, mais les médias n’en disaient mot. Comme cela a été le cas depuis 1948 la misère du peuple palestinien était à nouveau mise en scène pour attirer la sympathie du monde, et entretenir la haine d’Israël. Comme par le passé cela a marché. Journaux et activistes ont commencé à accuser Israël de « génocide » ! Un comble sachant que la stratégie du Hamas reposait sur l’utilisation de civils palestiniens comme boucliers humains. Même Donald Trump fut ému par cette propagande. Il jugea les images retransmises par les télévisions du monde entier préjudiciables à Israël, et aux négociations. Du coup il pressa encore plus ses émissaires de trouver une solution. Il voulait un accord de paix avant le deuxième anniversaire du 7 octobre. En même temps il mobilisa les alliés arabes des Etats-Unis. Au mois de mai (du 13 au 16) Trump avait effectué une visite mémorable en Arabie Saoudite, au Qatar et à Abou Dabi, où il avait été reçu avec un faste sans précédent. Des dizaines de contrats d’investissements et de coopération avaient été signés à cette occasion. Pour plusieurs milliers de milliards de dollars. Trump rappela alors à ces dirigeants que sans une région apaisée, cette coopération ne porterait jamais ses fruits. A eux de faire pression sur le Hamas, tandis qu’il ferait pression sur Israël. Le 27 août, Trump reçoit MM. Witkoff et Kushner, ses deux émissaires, ainsi que Tony Blair et Ron Dermer, conseiller de Benyamin Nétanyahu, dans le bureau ovale de la Maison-Blanche pour faire le point. Le message de Kushner et Witkoff est que sur le terrain les acteurs de la guerre sont « fatigués », que le moment est venu de les pousser à cesser le combat. Pour parvenir à cet objectif, disent-ils, il faut un déroulé précis des étapes de cette cessation des combats, avec le retour de tous les otages, et il faut un plan de reconstruction de Gaza. Trump accueille ces deux propositions avec enthousiasme. Il demande à ses négociateurs de mettre tout cela sur du papier. Ce sera le point de départ du « plan en vingt points ». Le 9 septembre, toutefois, Israël tire un missile sur la capitale qatari Doha, ciblant les négociateurs du Hamas. L’attentat échoue. Khalil al-Hayya, principal émissaire du Hamas n’est que blessé. Cependant, un citoyen qatari est tué. C’est la première fois qu’Israël ose attaquer un allié des Etats-Unis dans la région. Les Qataris sont choqués et inquiets. Donald Trump est furieux. Il avait certes été prévenu, mais à la dernière minute. Le Qatar abrite une base militaire américaine. L’émirat est pratiquement sous la protection des Etats-Unis. L’attaque israélienne est un affront à Washington, en même temps qu’une menace sur le processus de négociations en cours. Si Israël avait voulu stopper les négociations il ne s’y serait pas pris autrement. Plutôt que d’abdiquer Trump choisit cet incident pour redoubler de pression sur son allié israélien. Il annonce que les Etats-Unis ne reconnaîtront pas une annexion de la Cisjordanie, une possibilité régulièrement mise en avant par la droite israélienne, pour en finir définitivement avec la « solution à deux Etats ». Un revirement par rapport à ses annoncés passées. Les Etats-Unis signent aussi un accord de défense avec le Qatar, garantissant au petit émirat la protection militaire des Etats-Unis, en cas d’attaque. Quel que soit l’assaillant. A Charm el-Cheikh, en Egypte, Witkoff et Kushner maintiennent un dialogue entre Israël et le Hamas. Sur la base du plan en vingt points. La Turquie s’est jointe aux participants. Graduellement l’idée d’une paix en plusieurs phases fait son chemin. C’était déjà le principe du cessez-le-feu du 19 janvier.

Première phase : cesser le feu, libération des otages, remises de prisonniers et retrait partiel israélien de Gaza.

Deuxième phase : démilitarisation du Hamas, poursuite du retrait militaire israélien, installation d’une force de stabilisation internationale

Troisième phase : reconstruction de Gaza et reconnaissance de l’aspiration du peuple palestinien à disposer d’un Etat propre.

De passage à l’ONU à New-York, pour l’Assemblée Générale le 23 septembre, et après un discours cinglant sur les échecs, les manquements et les abus de l’organisation internationale, Donald Trump préside une réunion avec les représentants de pays arabes et musulmans. Il leur présente son plan de paix en 20 points et obtient qu’ils y adhèrent. Des pays musulmans très influents comme l’Indonésie et le Pakistan suivent Trump. Ce n’est que fort de ce soutien qu’il présente le même plan à Benyamin Netanyahu le 29 septembre lors d’une visite de ce dernier à la Maison-Blanche. Non seulement il impose au Premier ministre israélien d’accepter le plan, mais il lui demande d’appeler son homologue qatari pour lui présenter ses excuses quant à l’attaque du 9 septembre. Cette demande, exécutée par Netanyahu, et relatée par toutes les télévisions du monde, scelle le soutien des pays arabes à Donald Trump. Il a réussi à leur prouver son respect et son intransigeance envers les deux camps. Après plusieurs nouveaux allers-retours entre New-York, Miami, Washington et Charm el-Cheikh, par les émissaires Witkoff et Kushner, Trump annonce le 8 octobre qu’un accord de paix entre Israël et le Hamas a été obtenu, et la libération prochaine des otages israéliens. C’est Marco Rubio lui-même qui lui a glissé l’information à l’oreille au beau milieu d’une réunion de cabinet… Cet accomplissement est historique. Sa signature officielle au bas de l’accord à Charm el-Cheikh, le 13 octobre, est l’événement diplomatique le plus important du 21e siècle, à ce jour. Toutefois il ne faut pas se bercer d’illusions. La paix n’est pas encore définitive. Le cessez-le-feu reste fragile. La seule certitude est que le Hamas est vaincu. La question de savoir comment cette organisation terroriste va gérer cette défaite constitue l’incertitude majeure d’où découlera l’avenir du cessez-le feu. Le Hamas a déjà échoué à respecter ses engagements de la « phase 1 », à savoir restituer les corps des otages décédés. Seuls 7 sur 28 ont été rendus.

Loin de préparer son désarmement, l’organisation terroriste règle ses comptes avec le peuple palestinien par des dizaines d’exécutions publiques à Gaza. Mais Donald Trump a clairement indiqué que le Hamas désarmera ou sera désarmé : « Ils vont désarmer, ils l’ont promis, sinon nous les désarmerons ». Sans préciser qui était « nous ». Les incertitudes sur l’avenir ne doivent pas masquer la recette de son succès. Trump a imposé la paix non par des concessions aux uns et aux autres, mais par la force. Le Hamas a été progressivement isolé, son parrain, l’Iran, a été mis hors d’état de nuire, après quoi les pays de la région ont été invités à contempler la promesse d’un avenir pacifié et à se rallier au plan préparé par le maître du monde. Cette paix durera le temps qu’elle durera, mais la méthode Trump a clairement démontré son efficacité. Il est peut-être temps que certains reconnaissent qu’ils s’étaient trompés sur les capacités de Trump comme sur ses intentions…

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Maroc, les trois péchés de Mohammed VI

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Rabat, octobre 2024 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Mohammed VI a commis trois péchés qui ne mettent pas en danger sa survie, puisque le peuple est monarchiste, mais son bilan et sa tranquillité d’esprit. Grande analyse.


La terre vient de trembler sous les pieds de Mohammed VI. Des manifestations, d’abord pacifiques, puis émaillées de violence, ont fait vaciller deux mythes marocains : le pays a à sa tête le Roi des pauvres et le Roi démocrate. En quelques jours, le monarque a été mis face au véritable bilan de ses 26 ans passés sur le trône et devant le défi de changer de cap. Une épreuve difficile qui arrive au moment où sa santé semble chancelante.

Gen Z

Tout a commencé le weekend du 28 et 29 septembre, lorsque des jeunes, propres sur eux et éduqués, se sont donnés rendez-vous à Rabat, Tanger et Casablanca. Se revendiquant de la génération Z, celle qui a entre vingt et trente ans aujourd’hui, ils exigent un meilleur système de santé et d’éducation, mais aussi la fin de la corruption. Sans raison valable, la police les soulève de terre et les jette dans les estafettes, tels de vulgaires sacs de patates. Lundi et mardi, le lumpenprolétariat prend le relais. Voitures brûlées, barricades et jets de pierre. Près d’Agadir, la gendarmerie tue trois personnes dans des circonstances encore brumeuses. A Oujda, des véhicules de police, sirènes hurlantes, foncent sur la foule. Amine, 19 ans, a le pied amputé. La bavure ayant été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux, l’Etat met le jeune amputé dans un hélico, direction l’hôpital militaire de Rabat, légitimant sans s’en rendre compte les revendications de la génération Z : Oujda, ville de 600 000 habitants, n’est pas outillée pour soigner un polytraumatisé. Et à Rabat, la capitale, on ne cherche pas secours au CHU mais à l’hôpital militaire, prisé par les dignitaires du régime et les VIPs. Au même moment, le Maroc construit le plus grand stade du monde contenant jusqu’à 115 000 spectateurs…

Pendant ce temps, le gouvernement balbutie des demandes timides de dialogue. Au Conseil des ministres, le Premier ministre a l’air d’un épicier que l’on obligerait à composer une dissertation en philosophie : nul et pas à sa place. Les autres partis politiques, même d’opposition, sont à peu près tous aux abonnés absents. La télé publique met quatre jours à se réveiller, rendant par contraste Delphine Ernotte presque sympathique et efficace. 

Le Roi mis en demeure

Et pour ouvrir les yeux des aveugles et les oreilles des sourds, les manifestations du jeudi et du vendredi ont demandé ouvertement à Mohammed VI de sortir de son mutisme. Peu après, un collectif de 60 militants et influenceurs ose l’impensable en envoyant une lettre ouverte au Roi, lui enjoignant, assez abruptement, de se mettre au travail, de renvoyer le Premier ministre, de punir les corrompus, de présenter ses condoléances aux familles des manifestants décédés et de renoncer aux grands travaux qu’ils affectionnent tant. Deux jours après, Mohammed VI, en guise de réponse, donne un discours insipide devant le Parlement où il appelle à un meilleur aménagement du territoire et à une plus grande justice sociale. Aucun mot sur les manifestations.

Depuis, les choses ont l’air de se calmer et le torrent est rentré dans son lit. Mais les dégâts ne sont pas près de s’effacer. Les digues en carton-pâte entre le Roi et le peuple ont été balayées. L’establishment politique et la société civile, voulues par le Roi comme une protection en cas de débordement, sont totalement inopérants. Il n’a qu’à s’en prendre lui-même, car il a tout fait pour les démoraliser.

Mohammed VI a commis trois péchés qui ne mettent pas en danger sa survie, puisque le peuple est monarchiste, mais son bilan et sa tranquillité d’esprit.

Le premier, le plus évident, est la négligence voire le mépris témoigné envers le développement humain. Avant Mohammed VI, les Marocains avaient peur de passer devant un commissariat. Désormais, ils ont la trouille de se rendre à l’hôpital. A l’entrée du centre de soin, c’est un agent de sécurité privée qui décide qui a le droit de voir le médecin et qui doit rebrousser chemin. Il n’a pas étudié la médecine mais il sait compter : 20 DH pour un bonjour, 50 DH pour une info, 100 DH pour recevoir une piqure. Les médecins et les infirmiers renoncent souvent à la blouse blanche pour passer incognito entre les patients qui gémissent et les femmes enceintes qui appellent à l’aide. A l’école, les profs tardent à rejoindre leur poste à la rentrée et la triche est systémique. Au tribunal, il est de notoriété publique que certaines sentences se vendent au plus offrant. Pendant ce temps, le pays est couvert de chantiers gigantesques et de projets futiles comme celui qui a abouti à la construction d’une piste de hockey sur glace à 20 millions d’euros dans un pays semi-aride. Quand ils voient ça, les Marocains se disent que le Maroc est riche et qu’il est entre les mains de vautours, sans foi ni loi. A leur tête, le gouvernement de Aziz Akhannouch, vermoulu de conflits d’intérêts et arrogant à la limite de la provocation.  Récemment, le ministre de la Justice s’est vanté d’être riche au point d’avoir payé deux masters à son fils au Canada tandis que le ministre de la Santé n’a rien trouvé à dire à un patient exaspéré que de « monter à Rabat pour faire un sit-in ». On se croirait face à des clones de Macron qui veulent qu’on aille les chercher

Et quand le Marocain va mal, il appelle son père : le roi. Or, Mohammed VI donne l’impression de ne pas être concerné par les agissements des rapaces qui lui font des courbettes le jour et maltraitent le peuple la nuit. Tel est son deuxième péché et il n’a rien de véniel car au fond de la psychologie marocaine, il y a un contrat social implicite avec la monarchie : on la sert avec fidélité, on ferme les yeux sur l’enrichissement personnel du souverain, mais de grâce qu’il nous protège contre les puissants. La légitimité du Roi ne dépend pas seulement de son lignage qui remonte à la famille du Prophète, elle est fonction directe du rempart qu’il représente aux yeux de tous ses sujets.

Le seul qui soit encore légitime aux yeux des Marocains est le Roi, pas la classe politique. Personne n’est descendu dans la rue pour demander l’arrivée du pouvoir de tel ou tel parti politique. Personne n’est en prison parce qu’il veut remplacer le gouvernement actuel par une équipe islamiste ou socialiste. Les Marocains ne croient plus en leur classe politique et dans ce cas aussi Mohammed VI y est pour quelque chose, lui qui a tout fait pour décrédibiliser la classe politique, commettant ainsi son troisième péché, le plus incompréhensible car il l’a commis contre ses propres intérêts. 

Mohammed VI part du principe que les politiciens ne sont pas à la hauteur de sa vision. Alors, il les a marginalisés depuis son arrivée, leur préférant des financiers formés aux Etats-Unis et des Polytechniciens qui ne le contredisent pas. Le Roi s’inspire de Dubaï et veut reproduire au Maroc ses tours rutilantes et ses marinas qui sentent l’eau de rose. Si l’on veut monter à bord du train et participer de la fête – car le Maroc des appels d’offres et des grands travaux est une fête – il faut se transformer en hommes d’affaires ou en inspecteur des travaux finis. L’incarnation la plus aboutie est l’inégalable Aziz Akhannouch, surnommé par les Marocains de moule eshekara, l’homme à la sacoche pleine de billets. L’idéologie et le débat d’idées n’ont plus aucune utilité dans ce contexte. La politique est morte au Maroc.

L’heure des choix

Mohammed VI ne fait que récolter les fruits qu’il a semés. Il a voulu être le seul à réfléchir, à imaginer et à décider, il se retrouve seul face au peuple qui lui tend la facture. 

Certains observateurs pointent l’hypothèse d’une ingérence étrangère qui aurait voulu réaliser une révolution colorée au Maroc. D’autres croient voire une opération interne, reflet d’une guerre de factions au sein même du régime. Tout est possible. Et dans les deux cas, le seul moyen d’éviter une déstabilisation consiste à soigner les vulnérabilités pointées par la jeunesse. Elle a fait œuvre d’utilité publique en dressant, sans flagornerie, le bilan de Mohammed VI. Bilan provisoire heureusement, car il est encore temps d’ajuster le tir. La génération Z a rendu un grand service au Roi. Il peut s’appuyer sur elle et la perspective d’un grand soir pour faire peur aux oligarques et aux hauts fonctionnaires et les amener à rentrer dans le rang.

Que doit donc faire Mohammed VI et que peut-il faire exactement ?

Des têtes doivent tomber. Il s’agit d’un préalable. Les Marocains veulent que le Roi réoccupe sa fonction de justicier ultime. Ils veulent être vengés.

Il doit s’atteler tambours battants à améliorer les services publics. Mission impossible au sein d’une société corrompue, à moins de placer un policier derrière chaque fonctionnaire et de placer un policier derrière chaque policier qui surveille un fonctionnaire. En réalité, le Roi ne peut que palier au plus urgent et mettre fin aux scandales les plus insoutenables.

S’il veut avoir la paix durablement et se consacrer à ses grands projets, il devra relancer la croissance économique, histoire que les Marocains gagnent assez d’argent pour corrompre les uns et amadouer les autres. La croissance est en panne : à peine 2,5% l’an depuis 2015. Cela s’explique largement par les réformes que le Roi n’a pas faites à commencer par celle de la propriété foncière, de la fiscalité et de la justice.  Les investisseurs se plaignent de la lenteur des tribunaux et de la difficulté à notifier les parties. Enfin, le Roi devrait se retirer un tant soit peu de l’économie marocaine où il détient la première banque du pays, le leader de la grande distribution et le numéro 1 des énergies renouvelables. Aucun investisseur n’est prêt à se mesurer à une entreprise proche du Palais dans un pays où la justice est réputée aux ordres. Résultat : le capital marocain dort à Marbella au lieu de s’investir à Casablanca…

Mohammed VI, le Magnifique

Une chose est sûre, le roi ne peut pas rester les bras croisés. S’il ne fait rien, son héritage sera entaché alors qu’il a de nombreux aspects positifs. Mohammed VI a rendu aux Marocains la confiance en eux-mêmes et en une certaine idée de leur génie. Par son volontarisme et son audace, il les a poussés à exprimer ce qu’il y a de mieux dans leur identité. Il leur a rappelé qu’ils descendent d’un peuple qui était grand et qui l’a oublié. Un peuple de bâtisseurs qui a laissé en héritage des palais et des mausolées que le monde entier en pèlerinage vient visiter.

Le Roi doit sauver son règne et tout conspire en sa faveur. Il fait consensus au sein de la population. Les gens qui manifestent veulent plus de Roi, pas moins de Roi. Il n’a aucune opposition structurée face à lui. Le monde entier veut l’aider à commencer par le FMI, l’Union Européenne, les Etats-Unis et Israël.

Il doit juste sortir de son rêve éveillé et comprendre qu’il ne marche plus sur l’eau. Il est comme tout le monde, il est redevable de ses contradictions. Fini le temps où il gouverne tout en faisant croire que le Premier ministre est en charge. Fini le temps où il a le dernier mot sur tout sans être redevable des conséquences de ses actes. Fini le temps où l’inflation vide le frigo des Marocains sans que personne ne descende dans la rue. Le Roi est devenu normal.

S’il veut continuer à se faire plaisir en construisant des stades ultramodernes et des tours interminables, il doit accepter d’ajuster sa feuille de route. Cruelle remise en cause au milieu d’une maladie qui saute aux yeux de tout le monde et que le Palais refuse de reconnaître. Le Roi est affaibli, il a vieilli prématurément.  Peut-être que le fait de redevenir lui-même et de renouer le contact avec son peuple le guériront du mal qui l’afflige. Peut-être que la meilleure thérapie est d’embastiller les vautours et d’exalter les justes.

Il ne tient qu’à lui pour passer de Mohammed VI le Bâtisseur à Mohammed VI le Magnifique. Autrement, à la prochaine crise, les manifestants ne se réuniront pas devant le Parlement mais aux portes du Palais Royal. Et là ce sera une autre histoire.

Les juges feront-ils de Sarko un héros?

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Paris, le 21 octobre 2025 © Thibault Camus/AP/SIPA

L’ancien président de la République a révélé emporter avec lui Le Comte de Monte-Cristo de Dumas à la prison de la Santé.


Dans son « chemin de croix », ainsi qu’il décrit son emprisonnement, Nicolas Sarkozy a emporté, parmi ses livres, le Jésus de l’historien Jean-Christian Petitfils. L’ancien président de la République, incarcéré hier à la Santé, a promis d’écrire sur son calvaire. Espère-t-il, dans cette épreuve, une résurrection politique ? « Ils ont voulu me faire disparaître et ils m’ont fait renaître », a-t-il expliqué au Figaro.

La bataille de l’opinion

Sarkozy a déjà réussi un premier miracle : il a renversé la charge de la honte. Mardi, à 9h39, c’est la victime d’un « scandale judiciaire » qui a franchi, en voiture officielle suivie d’un cortège de motards de la police et des télévisions, les portes de la maison d’arrêt. L’appel de son jugement faisant de lui un présumé innocent incarcéré, les juges vont avoir à répondre devant l’opinion de leur choix discrétionnaire d’une humiliante exécution provisoire, décidée pour un délit de sale gueule (association de malfaiteurs). Présidant à la rédaction du Code civil de 1804, Napoléon avait mis en garde contre « la tyrannie de la loi et l’arbitraire du juge (qui) sont les deux plus grands abus qu’on puisse craindre dans un gouvernement. » Dans leur abus de pouvoir, les juges ont puni Sarkozy en dépit d’une absence reconnue de preuves. Ils sont les vainqueurs immédiats d’un homme qui les a beaucoup méprisés. Cependant leur manque de discernement, s’il ravit les coupeurs de têtes, risque de hausser l’ex-président en martyr d’un système déboussolé.

A lire aussi: Les irréductibles du sarkozysme, ou la nostalgie d’un chef

Isolé dans 9 m2, il pourra aussi méditer sur son œuvre politique

Dans le tome III de ses Mémoires de guerre, Charles de Gaulle avait choisi de mettre en exergue ce vers de La Chanson de Roland (XI e siècle) : « Moult a appris qui bien conut ahan » (« A beaucoup appris celui qui a beaucoup souffert »). En faisant subir à Sarkozy de telles charges infamantes, si mal argumentées de surcroit, la machine judiciaire est en train de faire de lui un héros grandi par l’adversité.

D’ailleurs le prévenu, isolé dans une cellule de 9 m2, fait preuve d’une incontestable dignité. Mais, ce faisant, les juges enterrent, sous d’inutiles leçons de morale, les vrais griefs qui auraient pu être portés contre celui qui participa à maltraiter la démocratie. C’est Sarkozy qui a décidé de tourner le dos au référendum de 2005 et au choix des Français de refuser à 55% la Constitution européenne, pour imposer avec le traité de Lisbonne une organisation supranationale indifférente aux peuples et aux nations. C’est lui qui, en 2008, eut cette idée dangereuse d’inscrire la Diversité dans le préambule de la Constitution, avant d’en être dissuadé par Simone Veil évoquant les risques de communautarisme.

C’est lui qui voulut imposer le métissage à marche forcée et qui choisit, en s’ouvrant à la gauche, de trahir de nombreux électeurs de droite. Lui encore qui a permis au Qatar de développer en France son « soft power » tout en finançant dans les banlieues les frères musulmans. Mais grâce aux juges qui ont voulu maladroitement sa peau, Sarkozy peut espérer sa vengeance, au nom de sa légitime défense. Il a pris aussi, dans son embastillement, Le Comte de Monte-Cristo. Un symbole.

Le Comte de Monte-Cristo

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Fric-Frac

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La directrice du Louvre Laurence Des Cars photographiée le 25 mars 2025 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Le Louvre a rouvert ses portes ce matin. Les médias n’en ont-ils pas un peu trop fait sur le casse de dimanche dernier ? La directrice du musée, auditionnée aujourd’hui au Sénat, doit-elle démissionner ?


Le casse du Louvre est-il une humiliation pour la France ? Dans la séquence calamiteuse que nous connaissons, entre le vaudeville gouvernemental, l’incarcération d’un ancien président de la République, le bazar des retraites et notre perte d’influence internationale, on est tenté de faire de ce cambriolage un symbole supplémentaire du désastre français.

Alors que nombre de Français rêvent de couper la tête de leur monarque républicain (métaphoriquement, bien sûr), le vol des bijoux de la couronne est une parabole.

Le plus curieux, c’est qu’on arrive à s’affronter politiquement autour d’un événement qui fait pourtant consensus. A droite, on dramatise, à gauche on minimise.

Je ne suis pas de gauche, mais je pense qu’on a un peu surjoué le traumatisme des Français dont bien peu connaissaient ces joyaux. La comparaison avec l’incendie de Notre-Dame de Paris est totalement à côté de la plaque. Au pays d’Arsène Lupin, ce vol sans violence est un bras d’honneur au système. Il a suscité moult plaisanteries assez nulles d’ailleurs (« alors, tu les rends ces bijoux ? » se balance-t-on au téléphone). Personne ne plaisantait après Notre-Dame.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Voici venu le temps de la curée

Cependant, la présidente du Louvre ne devrait-elle pas démissionner ? Évidemment, ça fait désordre qu’il soit aussi facile de s’introduire dans le plus grand musée du monde et d’en repartir avec un tel butin. Les voleurs n’ont pas eu besoin d’informatique sophistiquée pour arrêter les caméras comme dans les films puisqu’il n’y a pas de caméras dans la plupart des salles. Or, à en croire le patron de La Tribune de l’Art Didier Rykner, Laurence Des Cars a une responsabilité directe car elle a préféré rénover une salle à manger pour 500 000€ et engager des millions dans la rénovation du département des arts islamiques conçu par Rudy Ricciotti il y a seulement 15 ans, plutôt que d’engager les nécessaires dépenses de sécurité. Donc Emmanuel Macron aurait peut-être dû accepter sa démission.

Au-delà des erreurs de Madame Des Cars, le casse spectaculaire de dimanche dernier interroge notre incapacité à préserver ce que les siècles passés nous ont légués. Nous renonçons à transmettre les grandes œuvres de notre littérature, et comme nous sommes obsédés par les revenus du tourisme, nous condamnons nos pauvres monuments à périr d’épuisement sous le piétinement. L’urgence, ce n’est pas de couper des têtes mais de limiter drastiquement le nombre de visiteurs.

En attendant, le vol des bijoux de la couronne fera certainement un film épatant. Et je vous fiche mon billet que les voleurs seront sympathiques.


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Justice: après le «maelström» Sarkozy

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Philippe Bilger © Pierre Olivier

Notre chroniqueur a vu dans l’incarcération de Nicolas Sarkozy et les réactions politiques et médiatiques qui l’ont suivie une inégalité et un traitement de faveur envers les puissants, détournant le débat public du fond judiciaire du dossier, et, redoute-t-il, fragilisant la crédibilité démocratique de notre justice.


Nicolas Sarkozy a été incarcéré à la prison de la Santé hier, à l’isolement pour sa sauvegarde, dans un quartier spécial. Ses avocats ont interjeté appel de cette privation de liberté et la chambre des appels correctionnels devra statuer dans un délai maximal de deux mois.

J’espère que l’ancien président de la République sera libéré le plus vite possible car je n’ai pas éprouvé la moindre « joie mauvaise » devant cet enfermement. Au contraire, cette exécution provisoire inutile a complètement détourné l’attention de ce que la décision elle-même avait de pertinent et de solidement argumenté. Après que ce jugement a été frappé d’appel par le Parquet National Financier et la défense, c’est uniquement la polémique sur l’emprisonnement qui a occupé le débat public, éclipsant toute discussion de fond.

Mauvaise argumentation

Mon impression initiale, face à ceux qui contestent une décision en disant qu’elle n’aurait pas été aussi sévère envers des délinquants ordinaires, demeure : je crois qu’ils se trompent profondément. Ce n’est pas en comparant les puissants aux délinquants ordinaires, aux voyous qu’il faut juger ce type de condamnation.

Au contraire, il est normal que les personnes qui ont du pouvoir ou des privilèges soient punies plus sévèrement lorsqu’elles sont coupables, car elles ont moins d’excuses sociales et moins de circonstances atténuantes à faire valoir que les autres.

C’est en raison de cette conviction que je crains le pire, demain, sur le plan judiciaire, avec ce que j’ai nommé « le maelström Sarkozy ». Je suis à peu près persuadé que dans les prochains mois, les prévenus ou les accusés se serviront de ce bouleversement et de cette stupéfiante disparité dans l’équité pour en faire, grâce à leurs avocats, au moins une part de leur argumentation.

En effet, on constate que tout ce qui se déroule depuis le jugement du 25 septembre dépasse l’entendement, la critique judiciaire légitime et la mesure démocratique. Même une fois admis le caractère heureusement exceptionnel de la grave mise en cause d’un ancien président de la République, qui n’en était pas à son coup d’essai…

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En effet, l’expression paroxystique de cette incroyable inégalité judiciaire, politique et médiatique, au bénéfice exclusif de Nicolas Sarkozy, va probablement s’enkyster dans la tête des citoyens comme un malaise démocratique insurmontable et, pour les transgresseurs à venir, être exploitée telle une indécente opportunité.

Je n’ai pas fait le compte de tout ce qui a été dit et écrit sur la condamnation de Nicolas Sarkozy par ses soutiens, sur un mode totalement décalé et périphérique, sans le moindre lien avec le problème de justice essentiel. Pour ma part, et nous sommes nombreux à éprouver ce sentiment, je n’ai jamais douté du courage de Nicolas Sarkozy à Neuilly-sur-Seine, de son amour de la France, du fait qu’en certaines circonstances il a été un grand président, de l’affection de ses enfants pour lui, de l’amour et de l’admiration de son épouse à son égard, de sa personnalité hors du commun, pour le meilleur comme pour le pire. Mais ce ne sont pas les données prioritaires qui vont mobiliser demain la cour d’appel. Est-il coupable ou non des quatre infractions que le Parquet national financier lui a reprochées et dont trois sur quatre ont été écartées par les premiers juges ?

Le pire auquel je fais allusion n’est pas mince, car il se rapporte à un passé judiciaire conséquent.

On peut considérer que la différence absolue de traitement ayant favorisé Nicolas Sarkozy, sur divers points, est normale ou au contraire choquante sur le plan judiciaire comme dans le registre républicain. Faut-il admirer la constance dans l’amitié de Gérald Darmanin, qui lui rendra visite, et dont on peut admettre qu’en sa qualité de garde des Sceaux il soit attentif aux exigences de sécurité pour ce haut personnage détenu ?

D’étranges plaidoiries à venir

En revanche, je ne parviens pas à comprendre la bienveillance du président le recevant durant une heure et prenant la précaution de nous affirmer, comme si on allait le croire, que le fond du dossier n’avait pas été abordé… À quel titre donner une telle prime d’honorabilité à quelqu’un qui, coupable ou non coupable, aurait dû inspirer plutôt une forme de distance en cette période ? Ou faut-il admettre cette perversion française qui ne peut se défaire du respect pour les importants même s’ils ont failli ?

La manifestation de solidarité à l’initiative des enfants, le 21 octobre, a été inspirée par le cœur et qui pourrait la discuter ? Aux côtés des nombreux policiers et journalistes, une centaine de vrais fidèles…

Nous n’avons pas eu à proprement parler une justice de classe mais nous avons retrouvé une justice politique comme on croyait l’avoir perdue : traiter les politiques soupçonnés ou condamnés comme si la justice ne comptait pas mais que l’inégalité était tout.

La morale médiatique a été inexistante qui jamais n’a cherché à restaurer, dans ces outrances et ces apologies, un équilibre, une équité démocratique.

Après ce maelström, demain on entendra, j’en suis sûr, d’étranges plaidoiries provocatrices devant toutes les juridictions.

«L’islamisme instaure une contre-culture patiente et méthodique en Europe!»

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Pierre Martinet. DR.

Selon l’essayiste et ancien agent du Service action de la DGSE, Français et Britanniques cèdent le terrain aux islamistes. Seule une riposte ferme, structurée et spirituelle, résolue à combattre l’islamisme visible et à maitriser strictement l’immigration, peut éviter un basculement sociétal tragique. Réaffirmer un projet national enraciné dans les valeurs judéo-chrétiennes et républicaines est une nécessité, selon lui.


Causeur. L’attaque meurtrière du 2 octobre 2025 devant la synagogue d’Heaton Park, première en Angleterre liée à l’antisémitisme, était-elle prévisible ?

Pierre Martinet. Absolument. J’ai vécu cinq ans en Grande-Bretagne, jusqu’à mon retour fin 2020, après le Brexit. J’y ai travaillé à plusieurs reprises pour la DGSE. Bien avant le 11 septembre 2001, l’antisémitisme s’exprimait librement à Hyde Park Corner : tous les dimanches, des prêcheurs hurlaient « Mort aux Juifs ! » en toute impunité. Mais l’antisémitisme n’est pas nouveau dans certaines franges de l’islam politique britannique. Il est enraciné dans l’idéologie des Frères musulmans, nés en Égypte dans le rejet des Britanniques et des Juifs. Dans cette vision, les Juifs incarnent l’ennemi absolu, éternel. Le 7 octobre 2023 a agi comme un catalyseur, non pas en déclenchant une guerre, mais en dévoilant le vrai visage d’une partie de l’Occident.

Nos ennemis ne se cachent plus. Ils sortent au grand jour, défilant avec des drapeaux du Hamas ou de Daech, criant des slogans antisémites sans retenue. Chez certains, la haine ne reste pas qu’un discours, elle mène à l’acte. L’Europe est un ventre mou, et l’islamisme y progresse non pas militairement, mais culturellement, en instaurant une contre-culture patiente et méthodique. Le temps ne joue pas contre eux : leur projet est à long terme. Depuis 1979, on compte entre 250 000 à 300 000 morts dans le monde dans des attentats islamistes.

Plus islamisée que la France, l’Angleterre aurait dû être frappée plus tôt ; alors, pourquoi son premier assassinat antisémite n’est-il survenu qu’en 2025 ?

C’est une excellente question. En France, les morts antisémites se sont multipliées bien plus tôt : Ilan Halimi, Toulouse, l’Hyper Cacher, sans parler des attentats de 1995 à Saint-Michel. La menace est installée depuis longtemps, et la France reste la cible principale du djihadisme en Europe. En Angleterre, la stratégie a été différente, pas besoin d’attentats spectaculaires; l’infiltration idéologique a suffi.

À Londres, certains quartiers sont devenus des enclaves. De nombreux maires sont musulmans, et on y recense entre 150 à 200 tribunaux islamiques en activité. J’ai vécu à Wapping, près de Tower Bridge. Le vendredi, à Whitechapel, les femmes voilées sont omniprésentes, on avait parfois l’impression d’être à Kaboul. Les attentats, eux, servent à créer une psychose, à provoquer des affrontements, voire à préparer une guerre civile si les armes venaient à circuler. L’explication tient aussi à l’omerta médiatique britannique, bien plus marquée qu’en France. Chez nous, la parole s’est un peu libérée depuis 2016. Avant cela, les journalistes évitaient soigneusement les mots « islamisme » ou « djihad ». Manuel Valls fut le premier à parler de « fascisme islamiste ». Cela fait quarante ans que le déni domine, pendant que l’offensive idéologique, elle, progresse.

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La laïcité française masque-t-elle un islamisme aussi virulent qu’en Angleterre ?

Les deux modèles ont échoué. Le multiculturalisme britannique est en faillite et la laïcité française apparaît impuissante face à un islam politique conquérant. Il faut tout repenser, repartir de zéro. L’islam politique est fondamentalement incompatible avec les principes de la République. Dans les services de l’État — armée, police, renseignement — on voit parfois des engagements clairs contre l’islamisation, mais cela reste marginal. La majorité n’agit pas réellement. Notre faiblesse, c’est notre vision à court terme : cinq ans au mieux. Eux, en face, ont une stratégie sur le long terme. Les Frères musulmans œuvrent depuis 77 ans, patiemment: prêcher, gagner les esprits, s’implanter village par village. Nous réagissons à l’urgence ; eux développent un projet de civilisation. Il nous reste peut-être dix à quinze ans pour inverser la tendance. Au-delà, ce sont nos enfants et petits-enfants qui vivront dans une société islamisée.

Après Manchester, les chrétiens seront-ils la prochaine cible ? Quel avenir en France après le père Hamel ?

Ils le sont déjà. L’assassinat du père Hamel, les profanations régulières d’églises et de cimetières en témoignent. L’avenir ? S’il ne change pas radicalement, il se résume à un mot : disparition. D’ici à cinquante ans, l’Europe sera soit islamisée, soit en guerre civile. Dans les pays musulmans, les chrétiens sont déjà persécutés. Au Niger ou en Mauritanie, ils sont obligés de cacher leurs croix. Je n’ai vu là-bas qu’une seule église visible et elle ne montre aucun signe ostentatoire. Ce que les islamistes exploitent ici, c’est un vide spirituel, moral, social que les chrétiens devraient pourtant combler.

Notre erreur, c’est de croire qu’un combat militaire suffit, alors que dans le même temps, les puissances du Golfe – Qatar, Arabie saoudite, Émirats – financent massivement l’islamisme en Occident. Prenons le Qatar, par exemple : investissements massifs dans l’immobilier londonien, proximité assumée avec la Couronne. À Londres, les églises ferment, pendant que mosquées et salles de prière se multiplient. C’est une stratégie d’implantation, de visibilité, de conquête. Sans une spiritualité chrétienne vivante, sans une réaction à la fois spirituelle et civique, les chrétiens d’Europe disparaîtront. Mon reproche principal aux Églises et aux fidèles, c’est leur passivité, ce réflexe de « tendre l’autre joue », alors que la situation exige désormais un réveil, une résistance.

Nous restons prisonniers d’un univers de droits de l’homme et de compassion naïve : cela finira par nous perdre. L’Occident traverse une fin de cycle : spirituellement à bout de souffle, financièrement affaibli, incapable de proposer un véritable projet de société. En face, ils en ont un, l’islam encadre tous les aspects de la vie. Nous, nous ne proposons plus rien. C’est le vide contre la structure.

L’entrisme islamique est partout : médecine, justice, armée… Comment inverser la tendance malgré nos blocages européens ?

L’immigration est le problème central. Depuis 15 à 20 ans, tout s’est accéléré. Nous avons perdu le contrôle, et nous n’avons plus la maîtrise du processus. Ce n’est pas une immigration d’intégration, c’est une immigration de transformation : pour modifier le continent, maintenir des pratiques étrangères et implanter une contre-culture. Pour renverser la vapeur, il faut un président déterminé à affirmer que la France n’est pas une terre d’islam. Il faut rétablir des frontières, des contrôles migratoires stricts, et une laïcité repensée, adaptée aux défis d’aujourd’hui. La France doit redevenir le fer de lance de la résistance. Aujourd’hui, nous subissons les renoncements, la défaite idéologique.

Et le plus préoccupant : une partie des jeunes n’en a même plus conscience. Pour eux, une France musulmane n’est pas un problème. Le kebab est halal, le goût est le même. Leur conscience historique, culturelle, identitaire est faible. L’idéologie islamiste a infiltré la nourriture, l’habillement, le sport… C’est un projet ancien, bien documenté, annoncé depuis des décennies. Et notre lâcheté politique est abyssale. Si j’étais président, je donnerais dix ans pour éradiquer l’islamisme visible. Retour du sacré apaisé, des repères clairs, de l’ordre. On ne combat pas une offensive idéologique par la mollesse : il faut une réponse déterminée, structurée, enracinée.

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Vous êtes président, quelles seraient vos dix premières mesures à prendre dans les 100 premiers jours ?

Je commence par reconnaître officiellement que le projet islamiste fondamentaliste, incarné par les Frères musulmans et les salafistes, constitue une menace nationale majeure, avec un discours clair et sans ambiguïté. Je classe les Frères musulmans comme organisation terroriste et lance leur démantèlement systématique. Le salafisme, en tant que dérive sectaire, devrait être criminalisé : cela passe par la fermeture des mosquées salafistes et l’interdiction des pratiques vestimentaires ostentatoires dans l’espace public.

Il est indispensable d’appliquer strictement les lois déjà en vigueur, notamment l’interdiction du voile intégral, instaurée en 2010, et de mettre fin aux prières dans la rue. Dans les services publics, aucune dérogation religieuse ne doit être tolérée : par exemple, le halal serait interdit dans les cantines publiques, sauf dans les établissements confessionnels. Le voile total, porteur d’une idéologie politique, doit être interdit, tandis que la kippa reste autorisée, car elle ne représente pas un projet politique comparable. Toutes les religions doivent être confinées à la sphère privée, avec une affirmation claire de la primauté des lois de la République.

Pour faire face aux blocages juridiques et administratifs, il faudra instaurer des lois d’exception permettant des décrets rapides, et mener un combat tenace sur une décennie. La maîtrise des frontières est également cruciale, avec une politique rigoureuse d’immigration et de contrôle étanche. Enfin, un audit complet des institutions devra être lancé pour identifier tout entrisme islamiste, suivi d’expulsions massives des individus impliqués.

L’Occident doit-il se ressouder autour d’un socle judéo-chrétien face à l’islamisme, comme le prônent Netanyahu, Vance ou Trump ?

Oui, c’est la seule voie possible. La solidarité avec Israël est essentielle : ce qui se passe là-bas peut arriver ici – pas forcément sous la même forme, mais c’est possible. Il faut une alliance spirituelle et un projet de société solides pour leur faire face. Or, nous, je l’ai dit, nous n’en avons actuellement aucun. Nos villes, nos modes de vie, n’offrent aucune alternative idéologique. En 1975, il y avait huit mosquées en France ; aujourd’hui, plus de 3 000 mosquées, salles de prière et associations forment un véritable écosystème. Ces associations, parfois légitimes, sont souvent idéologiques, et ont profité de l’absence de réponse structurée. Ce phénomène ne concerne pas que l’islam. Les associations chrétiennes, débordées par un pseudo-humanisme ne proposent plus rien de fort. Il faut un retour à une spiritualité active et à un projet national clair. Sinon, le terrain est laissé aux autres.

Prenez le train de l’Art déco!

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Wagon-bar du Nouvel Orient Express 2020-2025. Maxime d’Angeac (né en 1962), architecte Maquette échelle 1 © Orient Express

Le Musée des Arts Décoratifs de la rue de Rivoli fête les 100 ans de l’Art déco dans une exposition mettant en lumière l’art du voyage à bord de l’Orient-Express, le mobilier d’élite ou encore la joaillerie française signée Cartier…


Notre pays bégaie. Un œil dans le rétroviseur, l’autre dans le vague. Difficile d’avancer dans ces conditions-là. Quand rien ne va plus au pays de la culture, quand on braque la couronne un dimanche matin, il est normal de se tourner vers du « sûr », du « valorisé », du « beau » et désormais du « classique ». L’image de la France resplendit enfin. Les musées s’en emparent. Les marchands s’agenouillent. Les collectionneurs américains ne s’en lassent toujours pas. Le « rassurant » n’est pas forcément une faute de goût, messieurs les censeurs. La transgression esthétique a perdu de sa superbe ces dernières années. Chez soi, on préfère du Lalique et du Ruhlmann, du galuchat et du sycomore au plastique moulé et aux performances aussi gênantes qu’encombrantes de nos nouveaux directeurs de conscience. Même les réfractaires à la ligne claire se soumettent à l’Art déco par peur de passer pour des ignorants ou des radicalisés. Que n’a-t-on pourtant dit, craché, vitupéré, écrit ou souri sur ce pseudo-mouvement décadent par sa joliesse et sa rectitude géométrique ; né dans les Années folles, il fut souvent rabaissé car trop équilibré, trop harmonieux et trop « propre » sur lui. Trop « lisible ». Il plaisait, quel crime ! Il n’offusquait pas le regard, quelle infamie !

Pierre Chareau — Bureau-bibliothèque des appartements intimes d’une Ambassade française à l’exposition internationale de 1925 © Les Arts Décoratifs Luc Boegly

Succès « populaire »

En politique comme en ébénisterie, la fioriture, le verbiage, la charge héroïque nuisent à la clarté du discours. Plus on tentait de déconstruire ce style d’apparat, de minorer son éclat et de le rejeter au rang d’art factice, presque risible, seulement bon à meubler les intérieurs des économiquement aisés, plus il résistait, il a même vu son aura grandir au fil des décennies. L’objet « Art déco » est l’élu de ceux qui n’y connaissaient rien. D’instinct, ils l’ont adopté. Les « spécialistes » ne lui ont jamais pardonné ce succès populaire. Dégoûtant !

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Dans une succession, on se bat pour un buffet en érable à la teinte douce, une touche d’ivoire et d’émeraude sur un bijou de famille même de faible valeur peut conduire à des duels fratricides. Naturellement, on délaisse les pierrailles et les boursouflures, les dorures accablantes et les névroses des créateurs au profit de cette simplicité raffinée. D’une émotion délicate qui ravit l’œil et qui charge la mémoire. L’Art déco charrie tant de souvenirs, il est le parfait véhicule pour l’imaginaire, il permet à l’esprit de se déplacer librement sans contrainte, il ne phagocyte pas la rêverie, sa pondération est une échappatoire qui n’a jamais été aussi indispensable qu’aujourd’hui. L’Art déco est le prolongement de l’amour courtois. On connaît ses influences : ballets russes, vitesse, attirance pour l’Orient, fêtes du Vicomte de Noailles, laques d’Eileen Gray et « ascèse décorative ». Nous pourrions ici faire le parallèle avec la Nouvelle Vague au cinéma dont il ne reste presque rien, si ce n’est les blousons en suédine de la bande du « Drugstore » et les étudiantes en tee-shirt blanc remontant les Champs-Elysées, un journal à la main. Truffaut ce classique qui s’ignorait trouvait à la fin de sa vie que les élucubrations des petits caïds des Cahiers étaient réductrices. En ce temps-là, il fallait bien faire sa place quitte à dénigrer les réalisateurs « à papa ». Ces « besogneux » qui soignaient le scénario, la lumière, le maquillage, le placement et promouvaient une forme de narration compréhensible par un être humain n’étaient que des pleutres, des affidés au système, quasiment des traitres au septième art. La tambouille, l’amateurisme, la glu intellectuelle qui accompagnèrent les premiers films d’auteurs (comme si les autres étaient des tâcherons) nous apparaissent désormais dans leur nudité idiote. Crue. Bavarde et vaine. Et les autres, les ringards, les graisseux Verneuil et Broca ou les plus anciens, Autant-Lara et Guitry, les robustes artisans avec leurs histoires ficelées, leurs dialogues à la virgule près et leur cadre précis sont des « classiques ».

Chaise et table à journaux de Clément Rousseau (1872-1950), décorateur et pare-feu de Clément Mère (1861-1940), décorateur, Chartier, ébéniste © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière

Pas « disruptif »

Pareillement, l’Art déco ne fait pas de la modernité un Aventin et il s’en nourrit cependant. Il ne cherche pas à disrupter tout en modifiant nos perceptions par la grâce. Pour mieux appréhender son histoire et sa plasticité, il faut se rendre au Musée des Arts Décoratifs de Paris où démarre ce mercredi 22 octobre l’exposition « 1925-2025 Cent ans d’Art déco ». « Mobilier sculptural, bijoux précieux, objets d’art, dessins, affiches, et pièces de mode : plus de 1 200 œuvres racontent la richesse, l’élégance et les contradictions d’un mouvement qui continue de fasciner », nous annoncent les organisateurs.

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Durant les vacances de la Toussaint, allez donc du côté de la rue de Rivoli, simplement voir, presque toucher de « belles choses », c’est un privilège rare dans un monde si laid. La collection de bijoux Cartier datant de cette période-là est féérique. Et surtout, « montez » dans l’Orient-Express, ce temple de la marqueterie trône avec tout son faste et sa magie au milieu d’un étage. L’architecte Maxime d’Angeac a fait renaître ce mythe roulant en réaménageant un compartiment centenaire. Il a réinventé les décors manquants en faisant notamment appel à Jean-Brieuc Chevalier, maître en borderie sur bois, si vous n’avez jamais vu des perles du Japon brodées sur d’aussi grandes surfaces par cet artisan d’art d’Angers, c’est une occasion unique. Ne loupez pas le train du « beau » !

1925-2025: Cent ans d’Art déco

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Marronnier rose

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DR.

Les campagnes de « sensibilisation », notre chroniqueuse en a soupé! Billet d’humeur.


Tels les marronniers journalistiques, octobre qui s’achève est revenu enquiquiner le monde. Ce n’est plus un mois, c’est un bulletin médical. Autrefois, la pudeur et le savoir-vivre commandaient qu’on ne parle pas de tout, partout.

Tous ensemble, ouais !

Aujourd’hui, ces vertus passent pour une faute politique. La santé ne se vit plus, elle se partage. On ne soigne plus son corps, on en rend compte.

Le pays tout entier se couvre de rubans roses comme d’une varicelle morale : vitrines, écoles, réseaux sociaux, entreprises, ministères… tous mobilisés. La couleur de la douceur, paraît-il. En réalité, celle de la surveillance bienveillante, mais sourcilleuse.

« Octobre Rose » n’est pas une simple campagne, c’est une croisade hygiéniste. On n’en appelle plus à la responsabilité individuelle mais à la dévotion collective. La République ne se contente plus de vacciner : elle veut palper, sonder, scanner. Elle s’invite dans les tissus mammaires comme autrefois dans les consciences. On croyait que le salut passait par la foi, on découvre qu’il passe désormais par la mammographie.
Le plus fascinant, c’est la ferveur civique avec laquelle chacun s’improvise apôtre de la prévention.

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« Tu devrais vraiment prendre rendez-vous, hein ! » dit la collègue à la pause-café, l’air grave d’un curé à confesse.

« Tu n’as pas encore fait ta mammographie ? » s’indigne la voisine, comme si on venait d’avouer un meurtre.

Le génie de notre époque, c’est d’avoir transformé le contrôle en sollicitude. Refuser de participer à la course caritative, c’est suspect.
Ne pas afficher le petit ruban sur sa photo de profil, c’est presque du négationnisme médical. La santé est devenue un devoir civique, une liturgie sociale, un rite de conformité. Le plus ironique, c’est que cette surveillance douce se pare du visage de la liberté.

« Informer, sensibiliser, accompagner », voilà les trois vertus cardinales du nouveau clergé sanitaire.

C’est pour mieux vous sensibiliser, mon enfant

Mais informer, n’est-ce pas déjà présupposer qu’on sait mieux que l’autre ? Sensibiliser, n’est-ce estimer qu’il ne l’est pas assez ?
Quant à accompagner, c’est surtout s’assurer qu’il ne s’écarte pas du bon chemin. Dorénavant, octobre n’est plus le mois des plantations ou de l’ouverture de la chasse, c’est le mois de la citoyenneté mammaire, nouvelle forme de vertu républicaine. Chacun surveille son prochain au nom du bien et c’est ainsi que se bâtit le contrôle social le plus efficace jamais inventé : l’injonction compatissante, que Tocqueville avait entrevue.

Ce n’est plus la police qui vous observe, c’est votre entourage, votre famille, vos collègues, vos followers. Big Sister is watching your boobs. Et peu-à-peu, le ruban rose remplace le brassard, tout comme la compassion tient lieu de légitime autorité.

Si autrefois, on confessait ses péchés au prêtre, aujourd’hui, on confesse ses oublis médicaux à l’État. On ne dit plus : « J’ai péché. », on dit : « J’ai oublié mon dépistage. » Le médecin devient curé, le dossier médical partagé, registre paroissial. L’Assurance Maladie que vous financez, elle, veille : elle sait si vous avez manqué à vos devoirs sanitaires.

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On imagine déjà la prochaine étape.

Un soutien-gorge intelligent, estampillé Santé Publique France, équipé de capteurs thermiques et d’un QR code tricolore. Ou rose. Chaque matin, il transmettra au ministère votre indice mammaire de conformité. À chaque contrôle, un message : « Félicitations, votre poitrine est en règle avec la République. » Peut-être certaines start-up sont-elles déjà sur l’affaire !

Refuser de partager cette ferveur sanitaire ? C’est louche, ça. Presqu’autant que ne pas être vacciné contre le Covid. C’est une trahison civique et les regards se feront pesants. Avant de passer à la vitesse supérieure ? Qui sait ? Bientôt, les entreprises exigeront peut-être une attestation de dépistage pour accéder à la machine à café. Les femmes libres seront désormais celles qui se laissent examiner sans broncher. La pudeur ou le quant-à-soi deviendront un archaïsme réactionnaire, un reste d’individualisme bourgeois.

« Octobre Rose » n’a rien d’un complot, c’est pire : c’est une évidence. La surveillance la plus aboutie, c’est celle que les gens réclament eux-mêmes, persuadés qu’elle les protège.

Le rose, tout à la fois couleur de l’enfance et de l’érotisme, apaise, endort, séduit. Il est la couleur idéale du contrôle : doux, rassurant, charmeur et maternant. Mais cette colonisation du corps au nom du bien commun qu’est devenue la santé est d’autant plus redoutable qu’elle se fait sans violence.

«C’est Nicolas qui va payer»

Des partisans devant le domicile de Nicolas Sarkozy, avant son départ pour la prison de la Santé, où il doit commencer à purger une peine de cinq ans de réclusion après sa condamnation pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement libyen présumé de sa campagne présidentielle de 2007. Paris, 21 octobre © Frederic Munsch/SIPA

Choses vues et entendues ce matin, en immersion parmi les soutiens de Nicolas Sarkozy, dans le XVIᵉ arrondissement…


Il fallait être matinal, ce mardi 21 octobre, pour assister au déferrement de Nicolas Sarkozy, prévu à 8 h 30. Ou chômeur. Ou bien retraité.
Au pied des balcons cossus du XVIᵉ arrondissement, les fourrures avaient été ressorties des placards : une foule d’environ un millier de fidèles (militants, admirateurs, simples curieux) s’était massée pour soutenir l’ancien président.
Beaucoup de visages grisonnants, quelques étudiants, et ces retraités nostalgiques des années Sarkozy, donc. Des anciens LR, des anciens UMP, voire même, confie Didier, Parisien sexagénaire, un « ancien UDR, du temps de Pompidou ».
L’ambiance est militante, un peu émue. On scande « Sarkozy président ! », on brandit de vieilles affiches officielles. Chantal et Annie, venues du XVIᵉ et de Versailles, précisent qu’elles ne sont « pas militantes, mais là pour un homme ».

Morano, Guaino et les irréductibles

Nadine Morano, fidèle parmi les fidèles, n’a rien perdu de sa gouaille. « Au regard de tout ce qu’il a fait pour le pays, on peut être fier de lui ! » lance-t-elle, avant d’énumérer les crises traversées « avec brio » par son champion. Face aux journalistes, elle s’emporte. Quand Quotidien lui lance : « association de malfaiteurs », elle réplique, cinglante : « Une juge d’instruction m’a dit que c’était une décision politique. »« Mais que connaissez-vous du dossier ? », lui rétorque-t-on. — « Et vous, vous êtes qui ? »
Henri Guaino, lui aussi présent, n’a pas manqué le rendez-vous. Celui qui rêvait, en 2017, de se présenter, au besoin contre son ancien patron, évoque depuis quelques jours sur les plateaux télé une nouvelle décapitation symbolique des corps du roi, une volonté d’atteindre la Ve République… Il parle aujourd’hui du pouvoir judiciaire, des principes constitutionnels, et jure un peu dans cette ambiance militante et émotive.
Roger Karoutchi, indémodable, érudit, agrégé d’histoire, sourit à l’évocation des figures politiques passées par la prison avant la rédemption — Louis-Napoléon Bonaparte, Nelson Mandela, Jacques Médecin : « Permettez-moi de préférer Louis-Napoléon à Jacques Médecin. » Puis ajoute, plus grave : « Il y a une incompréhension entre le monde politique et le monde judiciaire. Les affaires se succèdent : cela va trop loin. »

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Absences remarquées, ferveur populaire

Quelques fidèles sont là, mais aucun ténor des LR. Ni Bruno Retailleau, ni Laurent Wauquiez, en Abel et Caïn ingrats, n’ont fait le déplacement. En revanche, la base, plus radicale, s’exprime : « Les juges en prison ! », « En enfer ! » — « Ne dites pas ça, ça va être répété », tempère une militante. On entend aussi : « Mediapart, torchon ! »
« On sera là dans cinq ans, à la sortie de la Santé »
, plaisante un autre.
Parmi les anonymes : Alain, François, Parisiens sarkozystes et aujourd’hui adhérents de « Reconquête ». Qui incarne, selon eux, le mieux les valeurs du sarkozysme ? « Sarah Knafo. »
Eva Stattin, Franco-Suédoise naturalisée en 2006 « pour voter Sarkozy », habite place Beauvau. Elle est venue pour son ancien voisin. En tenue de guinguette sarkozyste, elle confie pourtant pencher désormais pour Édouard Philippe.

 Folklore militant, une militante franco-suédoise « naturalisée en 2006 pour pouvoir voter Sarkozy » soutient avec ferveur son champion.

Famille, loyauté et mise en scène

Il y a là des sarkozystes, des zemmouristes, des philippistes, des curieux, mais surtout la famille, version Scorsese. La famille Sarkozy descend: les enfants des trois unions et épouses confondues arrivent en rangs serrés à 9h précises à l’angle des rues Pierre Guérin et de la Source. Les fils ont lancé un appel à la loyauté ; il a été entendu.
« J’ai répondu au magnifique appel des enfants à leur père », confie une grand-mère émue.
L’image a tout d’une saga familiale : la dramaturgie fonctionne. Thierry Saussez, le communicant des années Sarkozy, jure qu’il n’y a « aucune mise en scène, seulement de l’affection sincère ». Roger Karoutchi résume la situation, en vieux sage de la droite : « On est là dans les moments difficiles. Loyauté, fidélité… ce n’est plus à la mode. Je dois être vieille école. »
Il y a aussi les journalistes de gauche — Paul Gasnier de Quotidien en tête — narquois, pas mécontents de pouvoir ricaner au milieu du peuple de droite.
Des larmes, des chants, et le corbillard pénitentiaire d’une présidence déchue : la familia grande au grand complet ! Le déferrement ressemblait, il faut bien le reconnaître, à un genre de sacre à rebours. On pleurait autant un homme politique qu’un style : celui des fidélités de sang comme de clan, quand la loyauté l’emporte sur la morale et la lignée sur les idées. Mi-bourgeoise, mi-corse, sentimentale jusque dans le calcul, fidèle jusque dans la disgrâce… la droite vibre à de vieux affects.
Et quand les mamies en vison regagnent leurs appartements du XVIᵉ, la sono continue : entre deux Marseillaises, résonne une playlist choisie avec à-propos : Du ferme de La Fouine et Les Portes du pénitencier de Johnny. Bien mises, elles applaudissent celui qui mérite désormais son titre de parrain de la droite française, et cocottent de bon matin. Leur odeur s’appelle : fidélité.


Emmanuelle Brisson, jeune étoile montante des LR, au ton pugnace, présente de bon matin, a répondu à nos questions.
Figure montante des Républicains, parfois critique à l’égard de sa famille politique, Emmanuelle Brisson, candidate LR dans les Pyrénées-Atlantiques en 2024, était présente au rassemblement.
Causeur. Vous êtes aujourd’hui en première ligne pour ce rassemblement de soutien au président Sarkozy. Est-ce une démarche personnelle ou une action politique ?
Emmanuelle Brisson. C’est d’abord un magnifique hommage des fils de Nicolas Sarkozy à leur père, et j’ai tenu à être présente. Je suis militante encartée à l’UMP et chez LR depuis mes seize ans. On en a assez également de cette justice à deux vitesses. Certains auteurs de délits violents reçoivent une peine bien moindre que celle de cinq ans de Nicolas Sarkozy, alors que l’ancien président n’est en rien une menace pour la société. La gauche préfère voir Nicolas Sarkozy dormir en prison plutôt que de voir les voyous, les crapules derrière les barreaux. Je pense aussi au courage du maire de Neuilly, qui a risqué sa vie autrefois et qui a reçu la Légion d’Honneur pour cet acte remarquable. Ce courage, cette dignité, cette loyauté, nous les avons retrouvés aujourd’hui.
Dans ce moment difficile, ce n’est pas seulement un ancien président que nous voyons : c’est un homme qui incarne l’engagement, le dévouement et la fidélité à ses valeurs. 17 ans de procédure – et de procédure politique, plein de perquisitions, et le juge qui l’a condamné avait manifesté contre lui en 2011. Je suis par ailleurs très déçue que la droite n’ait pas organisé cette manifestation. Les Français se souviennent aussi de l’homme courageux et engagé depuis les images de la prise d’otages de la maternelle de Neuilly en 1993.
Aujourd’hui il y a des militants de plusieurs partis politiques, c’est la grande union des droites ? 
Il est normal de trouver des militants de différents partis politiques : Horizons, LR, Reconquête… C’était le président de tous les Français, de la classe populaire comme de la classe bourgeoise.
Où en êtes-vous personnellement avec votre parti, les LR, avec lesquels vous êtes parfois critique ?
Je suis attaché à ma famille politique. Les médias nous enterrent mais on continue d’incarner les valeurs de la droite. Maintenant, il faut du panache et du courage. Il ne faut plus avoir peur des mots qui fâchent.