Accueil Site Page 1087

« Les blocages se sont étendus à toute la Colombie »

0

La Colombie subit de nombreuses manifestations et violences politiques dans la capitale et les grandes villes du pays. Le processus de paix initié avec les FARC n’a pas encore réglé les problèmes de criminalité et la faillite du voisin vénézuélien fragilise l’ensemble de la région. Entretien avec Cristian Rojas, professeur de sciences politiques, sur la situation sociale du pays.


Cristian Riojas est professeur de sciences politiques à l’Université de La Sabana (Bogota). Propos recueillis par Jean-Baptiste Noé.

Jean-Baptiste Noé (Conflits). Quelle est l’ampleur des manifestations en Colombie ? Est-ce que cela concerne seulement les grandes villes ou bien se déroulent-elles dans tout le pays ? 

Cristian Riojas. Bien que les manifestations et les émeutes se soient étendues à plusieurs régions de Colombie, les situations les plus difficiles persistent aujourd’hui à Bogota et à Cali, deux des principales villes de Colombie. Le bureau du procureur général a annoncé le 29 juin l’ouverture d’enquêtes dans ces deux villes contre des membres de ce qu’on appelle la primera línea [la ligne de front], un groupe sans dirigeants politiques visibles ni organisation claire, mais qui a pris la tête des manifestations et bénéficie du soutien de représentants de la gauche, emmenés par le candidat présidentiel Gustavo Petro.

À lire aussi, Alexis Brunet : « Si la violence prend le dessus en Colombie, cela va encore favoriser les extrêmes »

Bien que les troubles se déroulent principalement dans ces deux villes pour le moment, les blocages se sont étendus à tout le pays, entraînant des pertes de millions de dollars pour les activités productives.

Quelles sont les causes de ces manifestations ? On parle souvent de la hausse des impôts, qui a conduit à la démission du ministre de l’Économie, mais y a-t-il d’autres causes plus profondes ?

Il y avait un projet de réforme fiscale qui n’était soutenu par aucun des secteurs politiques, pas même par le parti au pouvoir. C’est une gaffe du président et de son ministre des finances qui a créé les circonstances parfaites pour une explosion sociale. Le projet a été retiré et le ministre a démissionné, mais deux raisons peuvent expliquer la continuité des mobilisations : d’abord une raison sociale, car comme on le sait la Colombie a des niveaux élevés de pauvreté qui ont empiré avec les confinements décrétés par la pandémie. Le chômage a augmenté et en particulier le chômage des jeunes, ce qui a motivé la participation de nombreux jeunes aux manifestations, car ils ne voient pas de bonnes perspectives d’avenir.

La deuxième raison est d’ordre politique. En 2022, il y aura des élections pour la présidence et la législature, il est donc clair que cela fait partie de la campagne. L’un des épisodes les plus controversés de ces derniers mois de mobilisation a été une vidéo dans laquelle on voit un dirigeant du syndicat des enseignants de l’école publique déclarer que tout cela a pour but de prendre le pouvoir l’année prochaine. C’est le pari de la gauche la plus radicale, mais après deux mois, cette stratégie commence à s’épuiser, car les coûts ont été très élevés et des millions de Colombiens sont affectés par la persistance de la grève. Pour cette raison et pour d’autres, le « comité national de grève », qui regroupe plusieurs syndicats, a suspendu les manifestations, mais les marches et les émeutes persistent – bien qu’avec moins de force – parce que le comité n’a pas le contrôle de ce qui se passe dans les rues.

À lire aussi: Éthiopie, Égypte, Soudan: intense stress hydrique autour du grand barrage de la Renaissance

Qu’en est-il des réfugiés du Venezuela ? Parviennent-ils à s’intégrer dans le pays et à trouver du travail ? 

En Colombie, il n’y a pas de problèmes de xénophobie particulièrement préoccupants. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un pays habitué à l’immigration, les Vénézuéliens ont été accueillis sans problème majeur, entre autres parce qu’il existe une affinité culturelle évidente, il n’y a pas d’altérité problématique. De nombreux citoyens remarquent la présence de Vénézuéliens dans les activités illégales, mais en dehors de l’immigration, la Colombie a une longue et solide histoire de criminalité.

En ce sens, l’intégration a été relativement facile, mais les niveaux de chômage actuels touchent à la fois les nationaux et les immigrants. Le gouvernement a récemment publié un « statut de protection temporaire » qui régularise les Vénézuéliens dont le statut dans le pays n’a pas été résolu. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre dans d’autres contextes, cette politique n’a pas suscité de contre-réactions que l’on aurait pu trouver légitimes.

Pensez-vous que le Venezuela provoque des manifestations, notamment avec d’anciens membres des FARC et des trafiquants de drogue ? 

Avant la fin de son mandat, l’ancien président de l’Équateur, Lenín Moreno, a accusé …

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

Déconstruire est plus facile que construire

Notre monde est porté par une pulsion de déconstruction qui souille tout ce qui est beau et noble, et abat tout ce qui a lentement été construit…


Nicolas d’Estienne d’Orves venant présenter son « Dictionnaire amoureux de Paris », publié en livre de poche, a dressé un cinglant réquisitoire contre l’état du Paris d’Anne Hidalgo : saleté repoussante, laideur du nouveau mobilier, laisser-aller, refus de tout ce qui pourrait distinguer, embellir, enjoliver. Multitude des travaux qui viendront non pas faciliter l’existence ou la circulation mais les rendre jour après jour plus difficiles, épuisantes, stressantes. Pour que le plaisir si ancien et aujourd’hui disparu de la merveille de Paris soit remplacé par le « dur métier de vivre » et l’incommodité structurante d’une gestion sadique.

À lire aussi: Ce lycée qui refuse de porter le nom d’un résistant

Ce qui a immédiatement suscité ma réflexion est le caractère universel sur tous les plans et dans tous les domaines de cette obsession de déstructurer, de briser l’ordre et la cohérence, de dégrader l’harmonie, d’éradiquer tout ce qui a pu faire sens, inspirer une forte et admirative adhésion, de favoriser une homogénéité par le bas, une grisaille qui avec acharnement viendrait effacer, étouffer tout ce qui aurait pu laisser apparaître une différence de qualité, donc un privilège, donc une injustice. Le beau, dans cette conception, constitue à l’évidence une discrimination puisque cet avantage n’est pas partagé. De la même manière qu’il y a des gens sales et que la pente naturelle est de laisser faire et de ne pas apposer une main rigoureuse sur une réalité imparfaite, au nom d’un progressisme de facilité on théorise. Pour se justifier d’accepter ce qu’on n’ose plus interdire. Plutôt que d’imposer une organisation sociale qui aurait de la tenue et serait donc inévitablement conduite à séparer le bon grain de l’ivraie, on préfère faire de l’ivraie de tout.

Tout est à déconstruire

Il n’est pas un champ de l’histoire française et mondiale, de la culture, de la littérature, de l’expression humaine et du langage, il n’est pas un lieu de pensée et de connaissance, il n’est pas une école, une université, une institution, qui ne soient gravement gangrenés par cette aspiration à l’indétermination, à la confusion, non plus à une synthèse enrichissante mais à la mise en pièces de ce qui hier représentait un territoire défini, une visée forte, une appréhension lucide, un jugement sain et un courage certain.

À lire aussi: Le Nord-Est parisien, mal aimé d’Anne Hidalgo

Le président de la République est un parfait exemple de cette tendance, de cette ambition dévastatrice ayant pour finalité de ne rien laisser de noble sur le bord du chemin, de questionner la culture française, la colonisation et notre Histoire. Mais les questionner revient en réalité à les priver de leur spécificité, de ce qui donc pouvait aussi et fièrement les faire applaudir. Quand on affirme que notre génie n’est pas le seul, cela relève moins d’une équité de bon aloi que de cette perversion à sous-estimer, voire à ruiner. Tout, absolument tout est atteint par cette lèpre. Les apparences elles-mêmes n’ont plus le droit de demeurer dans leur genre mais doivent se soumettre à tous les genres aux frontières floues, imprécises, indistinctes. L’identité, quelle qu’elle soit, où qu’elle s’attache, est une réduction, un péché, une honte. Se déstructurer, se perdre dans le halo du mystère qu’on veut être, laisser autrui dans l’incertitude, déstructurer aussi le langage, récuser toute articulation, proférer grognements, borborygmes, enlever la forme pour lui substituer l’informe, l’inachevé, la pauvreté ne relève pas seulement du délitement culturel et langagier mais de cette obscure descente collective vers l’informulé ; parce que ce dernier au moins met tout le monde à la même aune : les classes ont disparu au profit d’une égalité de misère.

Il est dur de construire

Déconstruire tout et partout devient un devoir, une mission, un humanisme à l’envers, le but d’un monde qui, ne sachant plus jouir de ce qu’il a eu de meilleur, a décidé de casser les paradis d’hier pour leur substituer l’universelle déconstruction d’aujourd’hui. Et, malgré les résistances, demain sera encore pire. Il est dur de construire, de faire durer, de magnifier, il est malheureusement trop aisé de réduire en miettes la splendide certitude qui nous faisait vivre, estimer, admirer, nous battre, défendre, préserver, rendre meilleur. Déconstruire nous tue.

Dictionnaire amoureux de Paris

Price: ---

0 used & new available from

Le blason du sang

Pour le profane, c’est une boucherie. Pour le fervent, la corrida est ce par quoi tout devient vrai – un art, une religion. Pas de réconciliation possible !


Je professe envers les défenseurs de la cause animale, et notamment le « Front de libération de la Langouste [1] », un respect convenable mais primo j’adore le paso-doble, secundo je me méfie de ceux qui veulent à tout prix, outre proscrire la mayonnaise, nous priver des douleurs et supprimer le tragique. C’est pourquoi je suis favorable aux courses de taureaux étant par ailleurs fermement opposé aux sacrifices humains.

Ai-je tort ? Je le crains. On ne va pas se mentir, l’afición est une addiction, un vice, une passion comme l’or, la roulette russe ou le tabac. Pire ? Oui, car la corrida exige de la lumière et du sang, elle cumule le raffinement et la sauvagerie, elle sollicite les clameurs de la foule… à cinq heures de l’après-midi – a las cinco de la tarde ! On a le droit de préférer le tiercé, le vélo ou la pêche à la ligne.

Où est l’animalité, dans l’homme ou dans la bête ?

Ce que j’aime dans la corrida, c’est que ce n’est pas très gai. Car la cape, la muleta, est un suaire, un linceul. On immole un animal ahuri devant la foule, on en jouit et l’on transfigure en la parant d’un attrait magique une tuerie. Est-ce fascinant parce que le taureau reçoit sa mort comme un sacrement ? Peut-on justifier cela ? Non, on ne le peut pas. Aucun argument ne permet de défendre ça.

À lire aussi : Corrida, le mystère de la foi

Pour le profane, cela reste une boucherie, une survivance barbare, un rite obscène ! Pour le puriste, en revanche, la tauromachie est ce par quoi tout devient vrai – un art, une religion. Car la civilisation et la cruauté, quoi qu’on pense, ça se touche – il suffit de penser aux Incas, à l’Inde ou à la Chine ! Cette promiscuité vous dégoûte ? Vous avez raison. Moi aussi comme vous, je suis contre la peine de mort, mais comment interdire à jamais aux hommes le goût du sang ? Veut-on légiférer contre une mystique – ou un atavisme ? Peut-on combattre par décret une mémoire, une mythologie sacrée avec ses héros et ses dieux ?

Le danger avec la corrida, invinciblement, c’est qu’on l’intellectualise, on la poétise, on l’euphémise – moi le premier, je plaide coupable. On invoque Leiris et Dionysos. On cite Bergamin et Lorca. On relit Jean Cau. On convoque Georges Bataille – ce qui est toujours mauvais signe. Et l’on s’interroge sans fin : où est la noblesse ? Où est l’animalité, dans l’homme ou dans la bête ? Lequel détient la palme absurde du courage ? Le matador est-il un artiste ? Le taureau est-il un dieu ? Et pourquoi Picasso, ce serial lover, s’est-il plu à se peindre en Minotaure en rêvant d’oreilles et de viol ?

Il est normal de détester la corrida

Le matador réitère – avec l’assentiment très relatif du toro – le pacte mortel de la passion : on s’aime, on se tue. Sans blague ! Je ne suis pas un romantique, je ne crois pas que la corrida sauvera le monde ni même qu’elle l’embellisse – le torero n’est pas un messie – mais parfois, miraculeusement, elle arrête le temps, elle effleure une petite idée de la grâce, elle semble réparer le réel comme on recolle les morceaux d’un miroir brisé. Car le réel, c’est toujours ce qui déçoit, ce qui défaille, ce qui (se) brise, et l’on n’évite pas la corne, et l’on n’étreint jamais qu’une ombre par une médiocre prière.

À lire aussi : La corrida n’est ni de gauche ni de droite

Reste la possibilité d’un songe. Une féerie – un culte, une secte ? Rien ne justifie un crime mais le crime a lieu. Rien ne permet la beauté mais la beauté existe. L’éternité aussi. Ce qui est vrai, ce qui a été vrai, sera vrai toujours. Une véronique d’Ordóñez, une naturelle de Dominguín, un derechazo de José Tomás, l’archange impavide qui n’avait de sourire que sa balafre.

On sait qu’on ne convaincra personne, il est parfaitement normal de détester la corrida. Et si la faena est une catharsis, c’est moins un ballet, et une fête, qu’une parade funèbre. Une mauvaise pensée me vient : et s’il fallait être catholique et romain pour l’aimer ? Et s’il fallait ensuite devenir un saint pour ne plus l’aimer – comme Augustin d’Hippone qui se repent dans ses Confessions des voluptés que lui procuraient jadis les combats de gladiateurs du Colisée ! Qui peut nous garantir qu’on sera pardonné d’avoir torturé une créature de Dieu ? Qui ?… Plus que son instinct, ses pulsions, sa bassesse, ce qu’Augustin condamne, c’est l’hypothèse du néant dans son cœur.

Je n’aime pas la corrida, j’aime une absence – un mystère. Ce que les Castillans appellent d’un mot inactuel et splendide : le duende. « C’est dans les ultimes demeures du sang qu’il faut le réveiller », écrit García Lorca sous la tutelle d’un ange et de sa muse grenadine ; il surgit, note Florence Delay, dans les larmes et dans le cri. C’est lui qui pousse Goya, passé maître dans les gris et les roses délicats de la peinture anglaise, à broyer amoureusement avec ses poings d’horribles noirs de bitume et Manolo Marín, le maître du flamenco, à frayer un passage à ces sons âpres qui montent des entrailles de la terre jusqu’au ciel.

Je ne suis pas un aficionado, je le regrette, le spectacle du sang me répugne, la feria m’ennuie, mais je respecte ce culte aride où, devant Dieu muet comme une pierre, l’homme apprend à danser. Du matador, j’aime la présomption, la témérité, la solitude souveraine. J’admire son culot, je salue son obscure allégeance – j’y vois, au-delà du folklore et des simagrées, une forme de piété qui force à baisser les yeux.

À lire aussi : Simon Casas: « La tauromachie a signé mon divorce avec l’époque »

J’aime le silence qui tombe sur lui comme une hache quand soudain la fanfare cesse. J’aime quand il dépose solennellement sa toque noire, la montera, sur le sable au milieu de l’arène. J’aime quand il s’agenouille devant la bête innocente pour se faire entrer son parfum dans le corps. J’aime ses hanches et ses bas roses, et aussi quand il se cambre, s’efface devant la force, caresse les flancs du fauve, comme s’il le suppliait de l’aimer. On dirait que se réincarne devant lui l’auroch primordial qu’il faut séduire et vaincre sans se débrailler, sans défaillir, en trépignant des escarpins comme une ballerine.

Quand on ne sait pas chanter, quand on n’ose pas pleurer, faut-il alors se taire ? « Nul ne te connaît plus. Non. Mais moi je te chante », murmurait Lorca devant le corps de son ami, le torero Ignacio Sánchez Mejías. Sois béni, Federico !  


[1]. Lobster Liberation Front, si, si, ça existe !

Les Confessions

Price: ---

0 used & new available from

Faut-il rendre obligatoire la vaccination des soignants?

0

Au cœur des débats ces derniers jours, vient l’obligation vaccinale des soignants. Olivier Véran concède ne pas y être opposé si besoin est. Mais pourquoi prendre tant de pincettes ?


Interrogé sur France Info mardi, le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué qu’il voulait rendre la vaccination des soignants obligatoire. Du moins, si on n’atteint pas un niveau suffisant en septembre. Aujourd’hui, 57 % des personnels des Ehpad et 64 % seulement des personnels hospitaliers sont vaccinés. Des modèles d’altruisme, vous dit-on… Que les personnels au contact des malades et des personnes fragiles soient vaccinés relève pourtant du bon sens. 

À lire aussi: Évaluation de la gestion de la crise Covid-19: un rapport édulcoré et convenu

Plus largement, il n’y a pas assez de Français vaccinés pour atteindre l’immunité collective. Le gouvernement veut aller chercher les récalcitrants et les oubliés. Des médecins de ville demandent donc la liste de leurs patients non-vaccinés, mais attendent l’autorisation de la CNIL. « Ils l’auront », assure Véran.

Apparemment, l’indépendance des autorités administratives indépendantes peut s’incliner devant l’intérêt général. Tant mieux.

Que penser des choix du gouvernement ? Justement, on peut regretter qu’il ne choisisse pas. Nous sommes dans la politique chèvre-et-chou, qui nécessite de nouvelles usines à gaz (quand on n’est pas fichus d’envoyer des courriers à l’ancienne, on peut s’inquiéter). Ce refus de l’obligation vaccinale des adultes est étrange. Même le Conseil d’État et la Cour européenne des droits de l’Homme estimaient pourtant que la restriction de nos libertés avait été proportionnée : aux oubliettes donc le fantasme sur le biopouvoir et l’intégrité de nos corps ! En revanche, le confinement a lui bien affecté nos corps et nos esprits (en témoigne cette étude qui montre combien la pandémie a affecté les enfants) et a largement piétiné nos libertés fondamentales. Si le vaccin n’est pas obligatoire, il n’y a aucune raison de balancer les noms des récalcitrants aux médecins. Et après, on préviendra l’employeur qu’untel a séché son cours de pilates ?

À lire aussi: On a testé pour vous… la vaccination au Stade de France

Demeure donc un mystère : pourquoi une telle indulgence générale pour les anti-vaccins ? On impose la filiation sans père à toute la société, mais eux, il est interdit de les bousculer ! Le gouvernement les câline, les médias les dorlotent. Il faut respecter leur point de vue. Pourquoi ? Parce qu’ils se soucient exclusivement de leur intérêt supposé ? Parce qu’ils croient lutter contre on ne sait quel système ? Le contrat social suppose certaines contraintes. L’obligation vaccinale serait conforme non seulement à l’intérêt général mais aussi à la volonté majoritaire.

Or, le gouvernement se perd en atermoiements face à une minorité : il veut acheter les jeunes avec des places de ciné et pour les soignants, la culpabilisation morale – « c’est de votre faute si des gens meurent » – et la loi facultative – « allez-y de votre plein gré ou on vous obligera ». Qu’on les y oblige et tout de suite. Si l’autorité ne peut pas convaincre, elle doit pouvoir contraindre.

Cette chronique a initialement été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez le regard libre d’Elisabeth Lévy du lundi au vendredi à 8h15 dans la matinale sur Sud Radio.

Equipe de France: le beauf et les spécialistes avaient raison

2

La France éliminée de l’Euro dès les huitièmes de finale!


Ce n’est pas la première fois que je m’interroge sur la coexistence, dans différents domaines, artistique, politique ou sportif, du regard des professionnels et de celui du profane, de l’amateur. Sur la compatibilité entre la perception du spécialiste et celle du quidam. J’ai à plusieurs reprises pris l’exemple du Festival de Cannes où les jurys sont composés à l’évidence de telle manière que le plaisir, la limpidité et le refus de l’ennui ne soient jamais des critères pour apprécier les films en compétition, mais la technique et, sans ironie, la capacité à produire de la gravité et de la lourdeur en les faisant passer pour du génie. Comment ne pas revenir sur ce thème après l’élimination de l’équipe de France par une talentueuse et vaillante équipe de Suisse dans la soirée du 28 juin ?

J’ai entendu de remarquables analyses, un concert unanime fustigeant les choix et les errements de Didier Deschamps et aussi le manque de réussite de Kylian Mbappé – qui n’a pas manqué son tir au but puisque le goal helvète l’a brillamment détourné comme Hugo Lloris avait su le faire avec celui de Ricardo Rodriguez durant le match. En particulier, sur la chaîne L’Équipe que j’ai découverte et qui offre de loin les meilleurs débats et commentaires.

À lire aussi, du même auteur : L’équipe de France, championne du conformisme

Les spécialistes, après cette élimination surprenante, ont abondé en considérations sur les systèmes de jeu, sur les changements de ceux-ci et l’instabilité qui en résultait pour l’équipe, sur les mauvais choix de Didier Deschamps qui semblait avoir perdu, durant ce championnat, sa lucidité, son intuition et son sens de la stratégie. Je ne doute pas une seconde de la pertinence de ces critiques d’autant plus qu’elles ont été peu ou prou consensuelles et que, de fait, il fallait qu’il y ait eu un gros couac, de vrais dysfonctionnements pour que l’équipe de France abusivement et trop vite qualifiée de favorite soit exclue dès les huitièmes de finale. Pourtant, je ne crois pas qu’on soit tombé dans le péché national de sous-estimation de l’adversaire ou alors si subtilement que l’incidence sur le jeu a eu un effet peu visible.

Il y a les spécialistes et il y a le beauf

Après un premier match remporté avec une faible marge contre l’Allemagne avec un jeu si ennuyeux, la France a été, comme souvent, trop vantée comme si ce début impliquait nécessairement la victoire finale. Pourtant, ensuite, deux matchs nuls avec une équipe plus ballottée que maîtresse, désordonnée, brillante par foucades, avec un Karim Benzema ayant retrouvé le chemin des filets. Mais rien d’éblouissant. Une qualification à la peine.

Arrêt du pénalty de Mbappé par Yann Sommer, le gardien suisse, lors des huitièmes de finale de l’Euro le 28 juin 2021. Cet arrêt a éliminé la France de la compétition
© Vadim Ghirda/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22581156_000403

Enfin la Suisse. Un match palpitant au scénario improbable. Lloris qui n’arrête jamais les penaltys en détourne un. La France menée, alors, a un quart d’heure de grâce, jouant et poussant haut et marquant deux buts. Puis elle est retombée dans un jeu frileux qui a permis à l’adversaire, avec l’absurde sortie de Griezmann, de revenir de 3-1 à 3-3. Les 30 minutes de prolongation, avec des joueurs épuisés de part et d’autre, n’ont rien donné et j’ai été étonné que Didier Deschamps accepte le désir de Kylian Mbappé de tirer, et en dernier, alors qu’il avait tout manqué durant le match et que psychologiquement il n’était pas à ce moment dans de bonnes dispositions.

À lire aussi, Pierre Cretin : Et si on footait la paix aux Hongrois?

Depuis le début de ce championnat d’Europe, on ne regardait pas jouer une grande équipe de France. Le beauf le constatait quand les spécialistes l’analysaient. Mais, désolation, l’un et les autres avaient raison. Il y a évidemment une réalité infiniment plus grave que cette défaite sportive mais quand le pays va mal, les jeux prennent une importance capitale. Avec les inévitables et scandaleuses violences qui accompagnent en France les fêtes et les déboires, notamment à Lyon et à Lille.

On a perdu mais la France ne gagne pas vraiment ailleurs. Les tirs au but se dérouleront en avril 2022.

Out of Africa

Le roi Mswati III a-t-il fui son pays ? Souverain du royaume d’Eswatini, il est le monarque absolu d’une petite monarchie méconnue d’Afrique et fait face à de vastes manifestations populaires.


Le roi Mswati III a t-il fui son pays ? C’est la question que se pose toute la presse africaine depuis hier. À la tête de son pays depuis 1986, rebaptisé Eswatini depuis deux ans, il est l’un des derniers monarques absolus du continent africain. Concentrant l’essentiel des pouvoirs entre ses mains, son train de vie dispendieux est critiqué par une population à bout de souffle et qui ne supporte plus l’absence de tout processus démocratique, qui permet au souverain de nommer ses premiers ministres selon son bon vouloir. C’est le meurtre impuni d’une jeune étudiante, ces derniers jours, qui a jeté le feu aux poudres dans l’ancien Swaziland désormais secoué par de violentes manifestations antimonarchiques.

À lire aussi: En Namibie, le nazisme n’est pas mort

« Je voudrais assurer le peuple d’Eswatini et la communauté internationale que le roi Mswati III est dans le pays et continue de s’acquitter de ses responsabilités afin de continuer au développement du royaume d’Eswatini ». Peu de temps après que la South African Broadcasting Corporation (SABC) ait annoncé le départ du souverain vers Johannesburg, sans toutefois pouvoir confirmer l’information, le gouvernement du Premier ministre par intérim, Themba Masuku, a formellement démenti son départ à l’étranger alors que le royaume est en proie à l’anarchie. Pillage de magasins, usines incendiées par des mystérieux inconnus, l’armée a été déployée dans les principales villes du pays afin de juguler les manifestations qui ont éclatées ces derniers jours, réclamant plus de démocratie au sein de cette enclave sud-africaine. Suspendue depuis 1973 par son prédécesseur, le roi Mswati III a toujours fait fi de la constitution calquée sur le modèle britannique, ancienne puissance colonisatrice, et a instauré un véritable régime autoritaire qui ne laisse aucune place aux partis ou presse d’opposition obligés de s’exiler hors du royaume.

Une situation explosive

À la tête d’une considérable fortune, estimée à plus de 200 millions de dollars, son train de vie contraste drastiquement avec celui de ses sujets astreints à vivre avec moins de deux dollars par jours, à l’avenir incertain dans un pays montagneux durement touché par les virus du SIDA et le Covid. Le parlement, largement assujetti à cet ubu-roi qui gouverne par décrets, a accusé l’opposition de répandre de fausses informations et de tenter de manipuler les étudiants. Un des nombreux fils du roi (il a 14 épouses) a même affirmé publiquement « qu’il n’y avait pas d’oppression au Swaziland, que les swazis étaient tout simplement paresseux qu’ils devraient rentrer chez eux et cultiver leurs champs au lieu de chercher à s’éduquer ». Une déclaration qui a mis en colère, Kenneth Kunene, secrétaire-général du Parti Communiste du Swaziland, qui a rétorqué en appelant à la fin du système monarchique. «Quelle que soit la vérité sur l’endroit où se trouve le roi, la situation sur le terrain dans le pays est extrêmement volatile (…). Certaines informations nous sont parvenues selon lesquelles des manifestants auraient été tués par l’armée ou la police » a indiqué dans un communiqué le porte-parole du Swaziland Solidarity Network, Lucky Lukhele. Cette même organisation à l’origine de la rumeur affirmant que le roi Mswati III a quitté le pays avec son jet privé.

À lire aussi: Éthiopie, Égypte, Soudan: intense stress hydrique autour du grand barrage de la Renaissance

Alors que le gouvernement a annoncé un couvre-feu sur l’ensemble du royaume, opposition comme manifestants ont appelé la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) à intervenir militairement et instaurer un régime de transition afin de mettre en place de nouvelles élections démocratiques. Pour autant rien n’indique  que les « séditieux » souhaitent réellement la fin de l’institution royale.

Nicolas Rey: la légèreté, cette erreur fatale

Son dernier roman, La marge d’erreur (Le Diable Vauvert, juin 2021) est ironique mais jamais sardonique.


Nicolas Rey poursuit son œuvre. À moins que ça ne soit le contraire. Il oscille entre l’autobiographie et la fiction, mêlant parfois subtilement les deux. Son double se nomme Gabriel Salin, il a aimé les nuits parisiennes, les filles faciles, saladiers de coke, shots de vodka. Il a été largué par Joséphine, la femme de sa vie. La relation aura duré cinq ans, de quoi faire mentir Frédéric Beigbeder, le copain de Nicolas Rey, enfin Salin, qui affirme que l’amour dure trois ans. « En fait, toute ma vie, j’aurai vécu seulement cinq années. Mais je ne regrette rien », avoue le narrateur. 

Après ce fut la descente aux enfers. Le type est brisé, il grossit, se voûte, ses cheveux blanchissent, sa diction est lente et pâteuse. C’est l’ange déchu. Mais un ange reste toujours un ange. Il faut le savoir. Bref, Salin erre comme un fantôme dans un terrain vague, assommé par les anxiolytiques et les séries télévisées. La dépression nourrit une fêlure qui remonte sûrement à l’enfance. Mais c’est une autre histoire. 

A lire aussi: Bertrand Burgalat, les mélodies du bonheur

Là, si on considère que Salin est le double de Rey, on prend une gifle – c’est à la mode – en pleine gueule. Salin s’essouffle vite. Pas son style, je vous rassure. Il consulte. Verdict : cancer du poumon, trois mois à vivre. Avec une marge d’erreur. Donc, là, on se dit que ça ne peut pas être l’auteur. Qu’il faut faire le distinguo avec le narrateur. Nicolas Rey a beaucoup décliné, certes, mais on l’aime bien, car c’est un gars jamais méchant dans ses livres. 

La société sous moraline

Il est ironique, jamais sardonique. Salin pourrait faire le tour du monde, revoir les lieux où il fut heureux avec Joséphine, prendre chaque matin dans ses bras son fils, Hippolyte, lui apprendre que la vie se résume à la phrase de Céline, que Nicolas Rey cite, oh le vilain, il a osé : « C’est peut-être ça qu’on cherche à travers la vie, le plus grand chagrin possible pour devenir enfin soi-même. » Hippolyte a de la chance d’avoir un tel père. Ça rend lucide. Quand on lui demande s’il va bien, le garçon répond : « Je vais bien. Et je suis perdu. Comme tout le monde. » Non, Salin continue à s’enfoncer dans sa médiocrité graisseuse et grise. Il pense à Joséphine, en boucle. Il continue d’écrire ses articles. Il en consacre un à Jean-Claude Brisseau, dans Le Figaro, le cinéaste condamné pour harcèlement sexuel à l’encontre de deux jeunes comédiennes. Les essais s’éternisaient… Nicolas Rey en profite pour égratigner une société sous moraline, soumise à la dictature du camp du Bien. 

A lire ensuite: Jacqueline de Ribes, une reine proustienne

L’époque, comme une bulle de champagne

Et puis il y a l’histoire d’amour avec sa charmante voisine, Diane. C’est très érotique, franchement crû, avec poils, odeurs, fluides divers. Retour au XIXe siècle, direct. Diane est professeur des écoles, enseignant en ZEP, un monde nouveau pour le narrateur – et l’auteur. Le chapitre 49 est peut-être le plus intéressant, car Nicolas Rey devient grave sur un sujet fondamental : l’apprentissage de la tolérance. Le constat que dresse Diane est sans appel. Les profs sont livrés à eux-mêmes, contraints par leur hiérarchie de jouer la carte du compromis face à des parents et des élèves qui refusent les règles qu’impose la laïcité. 

Diane : « (…) la tête de Samuel Paty roule sur un trottoir. Tous les cœurs s’émeuvent. On est sans doute encore tous Samuel Paty. Enfin, pour une minute. » La frivolité qu’on a pu reprocher jadis à Nicolas Rey s’efface. Mea culpa de l’auteur : « J’avais traversé l’existence comme une bulle de champagne, sourd à tous les drames qui pouvaient se jouer ailleurs, sous le vernis d’une fête déjà morte depuis longtemps. Un foutu gâchis. » L’erreur n’est plus permise. L’époque l’exige.

Nicolas Rey, La marge d’erreur, Au diable vauvert.

La marge d'erreur

Price: ---

0 used & new available from

Régionales: se méfier de l’électeur qui dort

Il serait hasardeux de tirer des conclusions des élections régionales pour les appliquer à la prochaine présidentielle.


Le club des sortants

Le premier vainqueur des élections régionales et départementales, c’est le club des sortants. Tous les présidents de région sont réélus en métropole, aucune (hors la Réunion) n’a vu sa majorité basculer. Comment s’en étonner ? La région ne sert qu’à distribuer de l’argent aux départements, aux communes, aux entreprises et aux associations. C’est même par elle que transitent les crédits européens (la fameuse «Europe des régions»). Le président de région n’a presque aucun de ces pouvoirs régaliens qui pourraient faire des mécontents : police de la circulation et du stationnement, urbanisme, gestion des innombrables problèmes de proximité [1]. C’est essentiellement le maire et le préfet qui se chargent de ces tâches ingrates. La fiscalité régionale, mêlée aux autres, passe inaperçue.

Les opposants au système ont compris que, pour effectuer un vrai changement, les élections régionales ne servaient à rien

Au départ, les régions avaient des compétences stratégiques : aménagement du territoire, action économique (très limitée par les règles anticoncurrentielles de Bruxelles), formation professionnelle, plus les lycées et, de fait, l’enseignement supérieur. Mais les conseils régionaux ont voulu se rapprocher du terrain multipliant, en concurrence avec les conseils départementaux, les petites enveloppes destinées aux communes, finançant ici un cinéma, là le toit d’une église, là un terrain de football, etc. Toutes opérations plus clientélistes que stratégiques. Comment ne pas dire alors merci aux présidents en place ? Il n’était donc pas facile de battre un sortant. Et personne ne l’a fait.

À lire aussi: Macron: en même temps, ce n’était qu’un scrutin régional…

Au point qu’on s’interroge de plus en plus sur l’utilité d’une structure coûteuse qui fait souvent double emploi avec les départements et l’Etat : on évoque le retour à l’élection indirecte par les entités locales sur un format plus réduit, soit la suppression pure et simple de la région.

Une abstention logique

L’autre vainqueur, ce sont les abstentionnistes : près des deux tiers du corps électoral. Elle s’explique aussi.

Ne nous y trompons pas : le rejet de la classe politique et du système, dans les profondeurs du peuple français, est violent. Les ténors issus des Républicains, brillamment réélus, Bertrand, Pécresse, Wauquiez auraient tort d’imaginer que les électeurs, assagis, seraient revenus au bercail du « cercle de raison », à un centre droit à l’identité plus incertaine que jamais.

Il ne sert à rien de faire le procès des hommes politiques ; c’est la ligne (ou l’absence de ligne) des partis du courant principal, qui est en cause. Ils semblent ne plus faire qu’appliquer des décisions prises au niveau international (OMC, OMS, GIEC, OTAN, OCDE) ou continental (CEDH), la commission de Bruxelles n’étant qu’un rouage exécutif. Cette politique mondialisée, les Français n’en perçoivent pas toujours l’origine, mais ils l’abhorrent et voient qu’aucun politique français n’est assez courageux pour la remettre en cause. Ce rejet peut s’exprimer électoralement de deux manières : le vote de rupture ou l’abstention. C’est celle-ci qui a été choisie aux régionales. Très intelligemment, les opposants au système ont compris que, pour effectuer un vrai changement, les élections régionales ne servaient à rien.

À lire aussi: Ensemble, tout devient possible

Ceux qui sont allés voter, les raisonnables et les obéissants (on les dit plus instruits, les fameuses CSP +, mais ils comprennent aussi beaucoup de personnes âgées de niveau modeste) ont voté comme on votait il y a cinquante ans : gauche /droite. Habitués à ce monde, ils sont moins portés aux ruptures. Mais, dans un autre contexte, par exemple lors d’un second tour de présidentielle serré entre des options antinomiques, comme ce fut le cas récemment aux Etats-Unis, il ne faut pas exclure que cette masse qui semble aujourd’hui assoupie (et comprend le plupart des jeunes) se réveille, et cela pour «casser la baraque», faisant le choix de la rupture, surtout si le candidat des forces dominantes reste Macron dont l’élection a montré l’usure.

Pas de figure de référence

Une telle rupture supposerait qu’il y ait une figure de référence. Mais Marine Le Pen sort elle aussi affaiblie de ces régionales, malgré la mise en avant de ralliés crédibles comme Garraud, Mariani, Juvin. Son recul général ne s’explique pas seulement par l’abstention. Ont aussi joué une campagne peu imaginative, axée sur le seul thème de la sécurité (dont la demande qui ressort des sondages n’est que l’expression d’un malaise beaucoup plus profond), les efforts de dédiabolisation (sur l’Europe, sur le covid etc.) qui laissent de moins en moins espérer d’elle une vraie rupture, une politique interne qui a conduit à mettre à l’écart un peu partout les militants éprouvés au bénéfice de jeunes apparatchiks sans attaches locales, entrainant la désorganisation de beaucoup de fédérations. Mais comme disait Sieyès, en politique, on ne supprime que ce qu’on remplace et pour le moment, M. Le Pen n’est pas remplacée.

À lire aussi: Rassemblement national: Zéro + Zéro = Zéro

La gauche, depuis longtemps à la remorque d’un mondialisme honni, est, malgré les gesticulations pathétiques de Mélenchon, encore moins en mesure d’offrir une alternative. La stagnation générale de notre paysage politique qui ressort de ces élections est en décalage total avec l’immense malaise qui est celui de la France d’aujourd’hui. Dans un tel contexte, toute initiative qui pourrait faire bouger les lignes est désormais bienvenue.


[1] Il est d’autant plus paradoxal que tant de candidats aient fait campagne sur la sécurité sur laquelle la Région n’a aucune prise.

Rassemblement national: Zéro + Zéro = Zéro

0

Neuf années de dédiabolisation. Et moi, et moi, et moi… Une tribune libre de Jean Messiha.


Les Français ont accueilli qui indifférents, qui goguenards, qui atterrés, les affligeants chiffres de participation aux élections régionales et départementales. Ils sont indéniablement choquants. Notre pays est une démocratie. Une démocratie sans votants n’en est plus une, car c’est alors une infime minorité de citoyens qui choisit pour tout le monde.

Nous avons connu dans la première moitié du 19ème siècle le suffrage censitaire qui accordait le droit de vote à une poignée d’électeurs suffisamment riches pour payer l’impôt. Il fut remplacé par le suffrage universel. Mais avec la désertion des urnes par une grande majorité d’électeurs, ce sont à nouveau des citoyens très minoritaires qui déterminent le sort du pays. Et c’est insupportable.

Ceci étant posé, l’enseignement le plus frappant de ce simulacre d’élection c’est bien le collapsus du Rassemblement national. 

Nous eûmes la débâcle combinée de 2017, marquée par les 33% au deuxième tour de la présidentielle (malgré des sondages à 42% juste avant l’élection), et des huit malheureux députés élus à l’Assemblée Nationale (sur 577), alors que l’on en espérait 80. Il n’aura juste manqué qu’un zéro… Huit députés, chiffre inimaginable pour un parti dont la candidate a été finaliste à l’élection élyséenne. En tout cas une première dans l’histoire de la Vème République, et probablement de la République tout court. Premier parti d’opposition de fait, mais incapable de former un groupe parlementaire faute d’élus suffisants. La France Insoumise y est arrivée, elle.   

Marine Le Pen en avait tiré la conclusion qu’il fallait « tout changer du sol au plafond » et avait promis de remettre le mouvement en ordre de marche pour le match retour de 2022. 

Jean Messiha prononce un discours à Paris, 20 février 2021 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01005342_000054

Certes, les européennes de juin 2019 furent gagnées. Mais d’extrême justesse devant un parti présidentiel qui aurait dû être essoré par la longue crise des « gilets jaunes ». D’ailleurs, la totalité des médias n’a pas parlé de victoire du Rassemblement national, se contentant de souligner une place d’ex æquo avec la liste Renaissance conduite par l’inepte LREM Nathalie Loiseau. 

Avec moins de 24% des voix, le RN se trouvait à 10% en dessous de son partenaire italien La Lega de Matteo Salvini qui, contre toute attente, devenait la première force politique du groupe souverainiste au Parlement Européen avec 29 sièges contre 23 pour le RN et en prenait très logiquement la tête.   

Neuf années de « dédiabolisation »

Suivirent les municipales. En 2011, la nouvelle présidente de ce qui était encore le Front National, avait fixé comme objectif central du parti, l’ancrage local. En 2014, premier test. Un peu plus de 1 500 conseillers municipaux élus sur plus de 500 000. Et la conquête de neuf villes dont la plus importante, Fréjus, compte environ 50 000 habitants. Modeste, mais il faut bien commencer quelque part. 

En 2020, brutal retour sur terre. Le « premier parti de France » n’est en mesure de présenter que 411 listes pour les communes de plus de 1 000 habitants.  La France en compte près de 10 000. Neuf années de « dédiabolisation ». Et pourtant une immense réticence à s’afficher au niveau local avec l’étiquette lepéniste, même renommée « Rassemblement ». Au final, les villes RN sont conservées et Perpignan est conquise. Mais le nombre de conseillers municipaux tombe à 827 pour les communes de plus de 1 000 habitants. Moins que ceux du PCF (1 426). Marine Le Pen pointait déjà l’abstention due à la crise sanitaire comme responsable de ce résultat médiocre. Soit. Mais alors comment expliquer que dans exactement le même contexte, le parti Europe-Ecologie-Les Verts fait la conquête de Lyon, Strasbourg, Poitiers, Tours, Bordeaux, Annecy, Besançon et conserve Grenoble (rien que cela !) ? Allié au PS, EELV gère également Paris, Marseille, Montpellier, Nantes, Nancy, Rennes. On peut bien sûr se gausser de leurs bourdes et dénoncer leurs dérives. Mais les résultats sont là. La droite, comme la gauche d’ailleurs, conserve quantité de bastions. Ils sont aux manettes ; le camp national, lui, fait des claquettes.  

Comme il faut avoir des élus locaux pour avoir des sénateurs, le RN se retrouve avec un seul sénateur sur… 348, au terme des élections sénatoriales de fin septembre 2020. Un miracle dû à l’acharnement et à la combativité de Stéphane Ravier, promis à l’éviction du palais du Luxembourg après la perte de sa mairie du 7ème arrondissement. 

A lire aussi: Stéphane Ravier: « À Marseille, il faut aussi craindre l’islamo-droitisme! »

Le RN n’a donc qu’un seul et unique sénateur. Vous savez combien le PCF, grand brulé de la politique française, en compte ? Une quinzaine ! 

Ces municipales m’ont ouvert les yeux sur la gestion du Rassemblement national. 

Poussé par quelques cadres du mouvement, je me suis déclaré prêt à porter les couleurs du RN pour la bataille de la capitale de la France. Ma notoriété médiatique avait pris de l’ampleur en raison des innombrables invitations dont je bénéficiais, mon nombre d’abonnés explosait sur les réseaux sociaux. Les militants parisiens me réclamaient. 

Décision de la présidente du RN : ne présenter personne, soutenir un candidat externe inconnu et qui faisait autant envie qu’un sandwich au concombre dans une soirée de rugbymen. Résultat la plus monumentale raclée du RN à Paris depuis des lustres : 1.47% !

Nous voici donc arrivés à la dernière marche avant la présidentielle, les élections combinées régionales et départementales. Des sondages flatteurs, comme à chaque fois. Six régions gagnables, dont une presque garantie : PACA. Et patatras. Les électeurs ne se déplacent pas. Et tout particulièrement ceux du RN. Ils avaient, moyennant un petit effort, la possibilité de placer Marine le Pen en orbite haute pour la présidentielle ; la possibilité, comme disent les politologues, de créer une dynamique. « Nan ! On va à la pêche, on reste chez nous, on bricole, on jardine, on se balade. Mais on ne se déplace pas pour voter pour le RN ». Dingue.

En PACA Thierry Mariani s’est bien battu. Mais au final c’est une défaite sans appel.   

Dans les Hauts-de-France, c’est l’effondrement avec Sébastien Chenu qui fait 24% au premier tour contre 40% en 2015. Et au deuxième tour, les résultats ne s’améliorent pas. Il avait déjà pris une veste monumentale aux municipales à Denain, où la maire socialiste a été réélue dès le premier tour. Qu’à cela ne tienne ! Il est investi tête de liste aux régionales. 

En Ile-de-France, Marine le Pen avait décidé d’envoyer son « dauphin » bardé de son Bac ES pour affronter la « techno » ultra-compétente Valérie Pécresse. 13%, 5 points de moins que Wallerand de Saint-Just en 2015 au premier tour et moins de 11% au deuxième. Qui aurait cru possible de faire bien pire que le cruchon à qui le parti doit sa déliquescence à Paris ? Difficile, par ailleurs, de mettre ce résultat sur le dos du remplacement de peuple car l’abstention la plus forte a été précisément enregistrée dans les départements où la proportion d’immigrés est la plus forte, Seine Saint-Denis en tête.     

En Auvergne-Rhône-Alpes, le score très honorable de 2015 (25%) est divisé par deux. 

En Grand-Est, où Florian Philippot avait dépassé les 36% en 2015, le RN se retrouve à 28%.    

En Occitanie, c’est le PS qui est arrivé en tête au premier tour, se payant le luxe d’augmenter son score de 16% à 40% alors que celui de Marine Le Pen chute de 9%. Le deuxième tour est un plébiscite pour la présidente socialiste.

La déconfiture est générale

Oh, bien sûr, la République en Marche a pris une « branlée » encore pire. Mais elle et son champion ou inversement avaient quand même réussi en 2017 à ravir l’Élysée et 308 sièges à l’Assemblée nationale. Pas mal pour un monsieur inconnu trois ans avant son élection et un parti créé en avril 2016. Il y une différence entre décrocher la médaille d’or et patauger ensuite, et patauger tout le temps. 

Dimanche 27 juin, au soir du deuxième tour, le bilan du RN pour cette double élection territoriale est clair : ZÉRO + ZÉRO= ZERO. Car ce que nous a caché le buzz autour des régionales, c’est une bérézina pire encore. Le RN ne gagne AUCUN conseil départemental sur les plus de 100 que compte notre pays. En tête dans quelques cantons, il n’a été en mesure de remporter une majorité départementale nulle part. Effarant ! D’autant que cette collectivité est celle que le camp national privilégie et à juste titre car elle est à la fois proche des administrés et héritière de la construction historique de la République. Un petit incident pour l’anecdote. Savez-vous que notre pays a connu 20 élections législatives partielles depuis l’été 2017 ? Bilan pour le RN ? Devinez !

On se demande partout : mais pourquoi le peuple RN ne s’est pas déplacé ? Les leaders du parti racontent que leurs électeurs ne s’intéressent pas aux élections locales. Mais c’est faux. En 2015 le parti avait enregistré des gains majeurs grâce à une forte mobilisation ce qui avait permis au FN de s’implanter fortement dans les conseils régionaux et départementaux, créant ainsi une vraie dynamique pour 2017. En 2021, le RN va voir sa représentation locale régresser fortement ce qui va, par ailleurs, accroître ses difficultés financières.     

Je connais le peuple français. Il est courageux. Il est dur à la tâche. Il n’hésitera jamais à prendre une heure ou deux pour aller voter un dimanche. Mais voter pour quoi ? Voter pour qui ? Pour un mouvement qui se « chiraquise »? Qui commence à dire que l’islamisation de masse n’est pas une régression ? Que la CEDH ce n’est pas un problème ? Que l’on va s’accommoder de l’UE sans faire d’histoires ? 

Le RN a préféré faire le choix de la sécurité comme leitmotiv électoral. Il n’y a qu’un malheur : la sécurité n’est que marginalement dans la compétence des régions et des départements… Mais le comble est que la sécurité figurait malgré tout et d’après un sondage réalisé par l’institut Opinion Way quelques jours avant le scrutin régional, au premier rang des préoccupations des électeurs. Cela n’a pas suffit à les faire se déplacer pour le parti qui est supposé l’incarner le mieux.

Un second rôle éternel ?

Mais là n’est peut-être pas le plus grave. Ce peuple, il a besoin de chair et d’âme, de présence, du contact avec celle ou celui qui est censé(e) l’incarner. Moi président du RN, j’aurais arpenté la France en long en large et en travers, levé tôt, couché tard, parlé, écouté, discuté, bu un coup, blagué et compati avec cette France qui souffre et espère tant. Je l’ai tellement fait. Je n’aurais pas fait des apparitions éclairs, des visites d’une petite heure, souvent sur un marché, une conférence de presse vite torchée, un petit tour chez un agriculteur et zou on reprend vite le train pour Paris. Je ne me serais pas uniquement montré dans des bourgs ou des hameaux bien tranquilles où il n’y a pas de risque de face-à-face avec des adversaires qui vous chahutent et qu’il faut savoir affronter plutôt qu’éviter. Bon sang, la France c’est aussi les villes : 50% des Français vivent dans une commune de plus de 10 000 habitants !

A lire aussi, Laurence Trochu: Élections régionales: le marteau et la faucille recyclés

Mais au-delà des choix de candidats, des thèmes et du type de campagne, il y a en politique, et tout particulièrement dans un mouvement populaire, l’incarnation. L’incarnation : tout est là. C’est un subtil mélange de charisme, de compétence, de sacrifices, de travail acharné et il faut le dire de chance. Et ça, ça ne s’invente pas. Pas plus que ça ne s’acquiert. On l’a ou on ne l’a pas. Pour réussir cette rencontre magique avec le peuple il faut savoir parler à ses tripes, à son cœur et à son cerveau. Chacun des présidents de la Vème ont eu, à des degrés divers, ce don. Même le bien mièvre François Hollande a eu en 2012 ce coup de génie de se poser en « ennemi de la finance », dans un contexte qui s’y prêtait parfaitement, tout en assénant cette redoutable anaphore « moi président » qui a enseveli Sarkozy lors de leur débat. Bref, il faut être « bon ». Mais pas seulement. Pour être la ou le meilleur, il faut s’entourer des meilleurs. Car c’est à leur contact que l’on s’élève… à condition de les écouter et de les lire. S’entourer de beaucoup de médiocres, qui ont le mérite d’être fidèles et flatteurs, pour se grandir est une erreur capitale. Car ce faisant, on cumule le manque d’émulation, de remise en cause et on n’inspire pas confiance à un peuple qui sait qu’un président est un chef d’orchestre.                               

Marine Le Pen a pris les rênes du parti il y a 10 ans. 10 ans après c’est un parti financièrement exsangue. Je lisais il y a quelques jours que LREM venait d’acheter un siège de 2.800 m2 dans Paris pour 35 millions d’euros. Contraste ! 10 ans après, la présidente du Rassemblement national n’a pas tout à fait tout raté. Mais elle n’a rien réussi vraiment. Elle a solidement installé le RN et elle-même sur la scène politique française en tant que figurant, second rôle et parfois tête d’affiche. Mais jamais comme producteur, scénariste, réalisateur et metteur en scène. 

Elle a gagné la bataille de certaines idées. Mais n’a jamais convaincu les Français qu’elle et son équipe étaient capables de gouverner une région ou un simple département. « Vous n’avez jamais voulu me confier ne serait-ce que la Lozère. Mais je vous demande de me confier la France ». Voilà ce qui pourrait être le slogan de 2022. La présidente du RN a concédé vendredi dernier sur France Info qu’« il faudra récréer une dynamique » pour la présidentielle. Elle a une certaine habitude des montagnes russes. Mais cette fois-ci le chariot a-t-il encore assez de puissance pour remonter une énième pente ? 

« Vous réglez vos comptes avec elle », va-t-on me reprocher. Pas du tout. Je ne règle pas des comptes. Je FAIS les comptes. Qui suis-je pour me le permettre ? En quittant le RN, à regrets, j’ai fondé avec une petite équipe de fidèles ultra-compétents, un think tank qui en sept mois a réuni près de 6000 adhérents, et une jolie brochette d’experts qui m’apportent idées et propositions. Les comptes de mes réseaux sociaux connaissent une croissance exponentielle et il n’est pas de jour où dans les rues, partout en France, des femmes et des hommes de tous âges, de toutes origines et de toutes conditions me saluent, m’encouragent et me remercient. Alors oui, à mon modeste niveau, je crois pouvoir donner un avis sur une personnalité qui a reçue en héritage une organisation solide et a bénéficié du sens de l’histoire.     

J’ai beaucoup rencontré à travers le pays ces militants, adhérents électeurs du RN qui se battent pour que la France reste la France. Et franchement, ils méritent mieux. En fait c’est toute la France qui mérite mieux que ce qu’est le Rassemblement national aujourd’hui. Ce mouvement, allié à d’autres, porte en lui l’espoir d’un avenir meilleur. Mais encore faut-il qu’il soit dirigé par les meilleurs. Que faire alors ? Encore un peu de patience. On en reparle très bientôt.

PMA, Delta+, LGBTQIA+, c’est la débandade!

La loi bioéthique marque le clap de fin du quinquennat de Macron. Variations sur le virus, par Marie-Hélène Verdier…


Le virus delta a bon dos : comme c’est un mutant, on le retrouve et retrouvera partout. Et comme il est muet, il va nous faire parler sans fin. D’où l’instant favorable pour faire passer la chimère bioéthique.

La seule réforme qui n’est pas repoussée par le virus

Je serais président, je me demanderais pourquoi, avec tout mon charisme, si peu d’électeurs ont voté pour mon parti. Pourquoi mes ministres ont été battus aux élections. Pourquoi mon quinquennat sombre comme le Titanic. Pourquoi on gifle la fonction présidentielle même si une fois n’est pas coutume. Et pourquoi un enfant me demande, le lendemain, si c’est agréable de se voir gifler.

À lire aussi: Emmanuelle Ménard: « La PMA crée une situation dégradée pour l’enfant dès sa naissance ! »

Mais Jupiter il est, Jupiter il reste. Et têtu, avec ça ! Il poursuit son bonhomme de chemin comme si de rien n’était alors que, justement, quelque chose est. La seule réforme à laquelle il s’agrippe, comme à une bouée, est une loi injuste pour ne pas dire « scélérate » (adjectif consacré) qui prive un enfant de sa filiation, dès sa conception dans le ventre de « sa maman », et à sa naissance. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, et en même temps, de porter une gerbe au pied du Soldat Inconnu et de tous les petits orphelins de guerre. Vous savez, les enfants, « les plus fragiles » de nos sociétés ? Et de célébrer la journée de l’abolition de l’esclavage.

Soumission française

Le président est soumis. Soumis à Madame Taubira. Soumis à Madame Ursula von der Leyen. Soumis à une Chimère — l’Europe des pères fondateurs— alors qu’il n’y a plus de père. Comme il a fait pareil que Madame Taubira, il dit pareil que Madame Ursula von der Leyen s’offusquant de l’illibéralisme hongrois. Mais son peuple, il ne le sent pas. Le corps charnel de la France, il ne le tient pas contre lui. L’amour charnel de la France, il ne le connaît pas. « O ma France, ô ma délaissée… » Il faut relire Les yeux d’Elsa.

À lire aussi: Le vilain petit canard hongrois

Et si, avec la PMA pour toutes, le président Macron signait la fin de son quinquennat ? Il y a eu « la loi Taubira ». Il y aura la loi Macron. Beau trophée, en vérité ! La PMA pour toutes, c’est comme la Toyota pour tous. Rien d’autre qu’une opération de marketing. On lance ça sur le marché. Les lobbys tiennent le manche, et peu importe que les enfants sans père se lèvent déjà de leurs berceaux pour demander des comptes.

Alors que c’est la débandade dans le camp LREM, et que la France est divisée comme jamais, vous vous demandez pourquoi la minorité LGBTQIXYZ fait la loi au sein de notre Parlement ? La réponse est toute trouvée. À cause du variant delta+ !

Et si cette loi bioéthique signait le clap de fin du quinquennat ?

La fabrique d´orphelins - Essai

Price: ---

0 used & new available from

La guerre au français

Price: ---

0 used & new available from

Les Yeux d'Elsa

Price: ---

0 used & new available from

« Les blocages se sont étendus à toute la Colombie »

0
Un homme brandit un drapeau colombien lors d'affrontements avec la police alors que les manifestations antigouvernementales déclenchées par les augmentations de taxes proposées sur les services publics, le carburant, les salaires et les retraites se poursuivent, Bogota, Colombie, 28 juin 2021 © Fernando Vergara/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22581234_000007

La Colombie subit de nombreuses manifestations et violences politiques dans la capitale et les grandes villes du pays. Le processus de paix initié avec les FARC n’a pas encore réglé les problèmes de criminalité et la faillite du voisin vénézuélien fragilise l’ensemble de la région. Entretien avec Cristian Rojas, professeur de sciences politiques, sur la situation sociale du pays.


Cristian Riojas est professeur de sciences politiques à l’Université de La Sabana (Bogota). Propos recueillis par Jean-Baptiste Noé.

Jean-Baptiste Noé (Conflits). Quelle est l’ampleur des manifestations en Colombie ? Est-ce que cela concerne seulement les grandes villes ou bien se déroulent-elles dans tout le pays ? 

Cristian Riojas. Bien que les manifestations et les émeutes se soient étendues à plusieurs régions de Colombie, les situations les plus difficiles persistent aujourd’hui à Bogota et à Cali, deux des principales villes de Colombie. Le bureau du procureur général a annoncé le 29 juin l’ouverture d’enquêtes dans ces deux villes contre des membres de ce qu’on appelle la primera línea [la ligne de front], un groupe sans dirigeants politiques visibles ni organisation claire, mais qui a pris la tête des manifestations et bénéficie du soutien de représentants de la gauche, emmenés par le candidat présidentiel Gustavo Petro.

À lire aussi, Alexis Brunet : « Si la violence prend le dessus en Colombie, cela va encore favoriser les extrêmes »

Bien que les troubles se déroulent principalement dans ces deux villes pour le moment, les blocages se sont étendus à tout le pays, entraînant des pertes de millions de dollars pour les activités productives.

Quelles sont les causes de ces manifestations ? On parle souvent de la hausse des impôts, qui a conduit à la démission du ministre de l’Économie, mais y a-t-il d’autres causes plus profondes ?

Il y avait un projet de réforme fiscale qui n’était soutenu par aucun des secteurs politiques, pas même par le parti au pouvoir. C’est une gaffe du président et de son ministre des finances qui a créé les circonstances parfaites pour une explosion sociale. Le projet a été retiré et le ministre a démissionné, mais deux raisons peuvent expliquer la continuité des mobilisations : d’abord une raison sociale, car comme on le sait la Colombie a des niveaux élevés de pauvreté qui ont empiré avec les confinements décrétés par la pandémie. Le chômage a augmenté et en particulier le chômage des jeunes, ce qui a motivé la participation de nombreux jeunes aux manifestations, car ils ne voient pas de bonnes perspectives d’avenir.

La deuxième raison est d’ordre politique. En 2022, il y aura des élections pour la présidence et la législature, il est donc clair que cela fait partie de la campagne. L’un des épisodes les plus controversés de ces derniers mois de mobilisation a été une vidéo dans laquelle on voit un dirigeant du syndicat des enseignants de l’école publique déclarer que tout cela a pour but de prendre le pouvoir l’année prochaine. C’est le pari de la gauche la plus radicale, mais après deux mois, cette stratégie commence à s’épuiser, car les coûts ont été très élevés et des millions de Colombiens sont affectés par la persistance de la grève. Pour cette raison et pour d’autres, le « comité national de grève », qui regroupe plusieurs syndicats, a suspendu les manifestations, mais les marches et les émeutes persistent – bien qu’avec moins de force – parce que le comité n’a pas le contrôle de ce qui se passe dans les rues.

À lire aussi: Éthiopie, Égypte, Soudan: intense stress hydrique autour du grand barrage de la Renaissance

Qu’en est-il des réfugiés du Venezuela ? Parviennent-ils à s’intégrer dans le pays et à trouver du travail ? 

En Colombie, il n’y a pas de problèmes de xénophobie particulièrement préoccupants. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un pays habitué à l’immigration, les Vénézuéliens ont été accueillis sans problème majeur, entre autres parce qu’il existe une affinité culturelle évidente, il n’y a pas d’altérité problématique. De nombreux citoyens remarquent la présence de Vénézuéliens dans les activités illégales, mais en dehors de l’immigration, la Colombie a une longue et solide histoire de criminalité.

En ce sens, l’intégration a été relativement facile, mais les niveaux de chômage actuels touchent à la fois les nationaux et les immigrants. Le gouvernement a récemment publié un « statut de protection temporaire » qui régularise les Vénézuéliens dont le statut dans le pays n’a pas été résolu. Contrairement à ce que l’on pourrait attendre dans d’autres contextes, cette politique n’a pas suscité de contre-réactions que l’on aurait pu trouver légitimes.

Pensez-vous que le Venezuela provoque des manifestations, notamment avec d’anciens membres des FARC et des trafiquants de drogue ? 

Avant la fin de son mandat, l’ancien président de l’Équateur, Lenín Moreno, a accusé …

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

Déconstruire est plus facile que construire

0
Anne Hidalgo à l'inauguration du musée Carnavalet, 26 mai 2021, Paris © JEANNE ACCORSINI/SIPA Numéro de reportage : 01021232_000027

Notre monde est porté par une pulsion de déconstruction qui souille tout ce qui est beau et noble, et abat tout ce qui a lentement été construit…


Nicolas d’Estienne d’Orves venant présenter son « Dictionnaire amoureux de Paris », publié en livre de poche, a dressé un cinglant réquisitoire contre l’état du Paris d’Anne Hidalgo : saleté repoussante, laideur du nouveau mobilier, laisser-aller, refus de tout ce qui pourrait distinguer, embellir, enjoliver. Multitude des travaux qui viendront non pas faciliter l’existence ou la circulation mais les rendre jour après jour plus difficiles, épuisantes, stressantes. Pour que le plaisir si ancien et aujourd’hui disparu de la merveille de Paris soit remplacé par le « dur métier de vivre » et l’incommodité structurante d’une gestion sadique.

À lire aussi: Ce lycée qui refuse de porter le nom d’un résistant

Ce qui a immédiatement suscité ma réflexion est le caractère universel sur tous les plans et dans tous les domaines de cette obsession de déstructurer, de briser l’ordre et la cohérence, de dégrader l’harmonie, d’éradiquer tout ce qui a pu faire sens, inspirer une forte et admirative adhésion, de favoriser une homogénéité par le bas, une grisaille qui avec acharnement viendrait effacer, étouffer tout ce qui aurait pu laisser apparaître une différence de qualité, donc un privilège, donc une injustice. Le beau, dans cette conception, constitue à l’évidence une discrimination puisque cet avantage n’est pas partagé. De la même manière qu’il y a des gens sales et que la pente naturelle est de laisser faire et de ne pas apposer une main rigoureuse sur une réalité imparfaite, au nom d’un progressisme de facilité on théorise. Pour se justifier d’accepter ce qu’on n’ose plus interdire. Plutôt que d’imposer une organisation sociale qui aurait de la tenue et serait donc inévitablement conduite à séparer le bon grain de l’ivraie, on préfère faire de l’ivraie de tout.

Tout est à déconstruire

Il n’est pas un champ de l’histoire française et mondiale, de la culture, de la littérature, de l’expression humaine et du langage, il n’est pas un lieu de pensée et de connaissance, il n’est pas une école, une université, une institution, qui ne soient gravement gangrenés par cette aspiration à l’indétermination, à la confusion, non plus à une synthèse enrichissante mais à la mise en pièces de ce qui hier représentait un territoire défini, une visée forte, une appréhension lucide, un jugement sain et un courage certain.

À lire aussi: Le Nord-Est parisien, mal aimé d’Anne Hidalgo

Le président de la République est un parfait exemple de cette tendance, de cette ambition dévastatrice ayant pour finalité de ne rien laisser de noble sur le bord du chemin, de questionner la culture française, la colonisation et notre Histoire. Mais les questionner revient en réalité à les priver de leur spécificité, de ce qui donc pouvait aussi et fièrement les faire applaudir. Quand on affirme que notre génie n’est pas le seul, cela relève moins d’une équité de bon aloi que de cette perversion à sous-estimer, voire à ruiner. Tout, absolument tout est atteint par cette lèpre. Les apparences elles-mêmes n’ont plus le droit de demeurer dans leur genre mais doivent se soumettre à tous les genres aux frontières floues, imprécises, indistinctes. L’identité, quelle qu’elle soit, où qu’elle s’attache, est une réduction, un péché, une honte. Se déstructurer, se perdre dans le halo du mystère qu’on veut être, laisser autrui dans l’incertitude, déstructurer aussi le langage, récuser toute articulation, proférer grognements, borborygmes, enlever la forme pour lui substituer l’informe, l’inachevé, la pauvreté ne relève pas seulement du délitement culturel et langagier mais de cette obscure descente collective vers l’informulé ; parce que ce dernier au moins met tout le monde à la même aune : les classes ont disparu au profit d’une égalité de misère.

Il est dur de construire

Déconstruire tout et partout devient un devoir, une mission, un humanisme à l’envers, le but d’un monde qui, ne sachant plus jouir de ce qu’il a eu de meilleur, a décidé de casser les paradis d’hier pour leur substituer l’universelle déconstruction d’aujourd’hui. Et, malgré les résistances, demain sera encore pire. Il est dur de construire, de faire durer, de magnifier, il est malheureusement trop aisé de réduire en miettes la splendide certitude qui nous faisait vivre, estimer, admirer, nous battre, défendre, préserver, rendre meilleur. Déconstruire nous tue.

Dictionnaire amoureux de Paris

Price: ---

0 used & new available from

Le blason du sang

0
Sébastian Castella aux arènes de Mexico, Mexico © AFP PHOTO/AVG PLAZA DE ARMAS

Pour le profane, c’est une boucherie. Pour le fervent, la corrida est ce par quoi tout devient vrai – un art, une religion. Pas de réconciliation possible !


Je professe envers les défenseurs de la cause animale, et notamment le « Front de libération de la Langouste [1] », un respect convenable mais primo j’adore le paso-doble, secundo je me méfie de ceux qui veulent à tout prix, outre proscrire la mayonnaise, nous priver des douleurs et supprimer le tragique. C’est pourquoi je suis favorable aux courses de taureaux étant par ailleurs fermement opposé aux sacrifices humains.

Ai-je tort ? Je le crains. On ne va pas se mentir, l’afición est une addiction, un vice, une passion comme l’or, la roulette russe ou le tabac. Pire ? Oui, car la corrida exige de la lumière et du sang, elle cumule le raffinement et la sauvagerie, elle sollicite les clameurs de la foule… à cinq heures de l’après-midi – a las cinco de la tarde ! On a le droit de préférer le tiercé, le vélo ou la pêche à la ligne.

Où est l’animalité, dans l’homme ou dans la bête ?

Ce que j’aime dans la corrida, c’est que ce n’est pas très gai. Car la cape, la muleta, est un suaire, un linceul. On immole un animal ahuri devant la foule, on en jouit et l’on transfigure en la parant d’un attrait magique une tuerie. Est-ce fascinant parce que le taureau reçoit sa mort comme un sacrement ? Peut-on justifier cela ? Non, on ne le peut pas. Aucun argument ne permet de défendre ça.

À lire aussi : Corrida, le mystère de la foi

Pour le profane, cela reste une boucherie, une survivance barbare, un rite obscène ! Pour le puriste, en revanche, la tauromachie est ce par quoi tout devient vrai – un art, une religion. Car la civilisation et la cruauté, quoi qu’on pense, ça se touche – il suffit de penser aux Incas, à l’Inde ou à la Chine ! Cette promiscuité vous dégoûte ? Vous avez raison. Moi aussi comme vous, je suis contre la peine de mort, mais comment interdire à jamais aux hommes le goût du sang ? Veut-on légiférer contre une mystique – ou un atavisme ? Peut-on combattre par décret une mémoire, une mythologie sacrée avec ses héros et ses dieux ?

Le danger avec la corrida, invinciblement, c’est qu’on l’intellectualise, on la poétise, on l’euphémise – moi le premier, je plaide coupable. On invoque Leiris et Dionysos. On cite Bergamin et Lorca. On relit Jean Cau. On convoque Georges Bataille – ce qui est toujours mauvais signe. Et l’on s’interroge sans fin : où est la noblesse ? Où est l’animalité, dans l’homme ou dans la bête ? Lequel détient la palme absurde du courage ? Le matador est-il un artiste ? Le taureau est-il un dieu ? Et pourquoi Picasso, ce serial lover, s’est-il plu à se peindre en Minotaure en rêvant d’oreilles et de viol ?

Il est normal de détester la corrida

Le matador réitère – avec l’assentiment très relatif du toro – le pacte mortel de la passion : on s’aime, on se tue. Sans blague ! Je ne suis pas un romantique, je ne crois pas que la corrida sauvera le monde ni même qu’elle l’embellisse – le torero n’est pas un messie – mais parfois, miraculeusement, elle arrête le temps, elle effleure une petite idée de la grâce, elle semble réparer le réel comme on recolle les morceaux d’un miroir brisé. Car le réel, c’est toujours ce qui déçoit, ce qui défaille, ce qui (se) brise, et l’on n’évite pas la corne, et l’on n’étreint jamais qu’une ombre par une médiocre prière.

À lire aussi : La corrida n’est ni de gauche ni de droite

Reste la possibilité d’un songe. Une féerie – un culte, une secte ? Rien ne justifie un crime mais le crime a lieu. Rien ne permet la beauté mais la beauté existe. L’éternité aussi. Ce qui est vrai, ce qui a été vrai, sera vrai toujours. Une véronique d’Ordóñez, une naturelle de Dominguín, un derechazo de José Tomás, l’archange impavide qui n’avait de sourire que sa balafre.

On sait qu’on ne convaincra personne, il est parfaitement normal de détester la corrida. Et si la faena est une catharsis, c’est moins un ballet, et une fête, qu’une parade funèbre. Une mauvaise pensée me vient : et s’il fallait être catholique et romain pour l’aimer ? Et s’il fallait ensuite devenir un saint pour ne plus l’aimer – comme Augustin d’Hippone qui se repent dans ses Confessions des voluptés que lui procuraient jadis les combats de gladiateurs du Colisée ! Qui peut nous garantir qu’on sera pardonné d’avoir torturé une créature de Dieu ? Qui ?… Plus que son instinct, ses pulsions, sa bassesse, ce qu’Augustin condamne, c’est l’hypothèse du néant dans son cœur.

Je n’aime pas la corrida, j’aime une absence – un mystère. Ce que les Castillans appellent d’un mot inactuel et splendide : le duende. « C’est dans les ultimes demeures du sang qu’il faut le réveiller », écrit García Lorca sous la tutelle d’un ange et de sa muse grenadine ; il surgit, note Florence Delay, dans les larmes et dans le cri. C’est lui qui pousse Goya, passé maître dans les gris et les roses délicats de la peinture anglaise, à broyer amoureusement avec ses poings d’horribles noirs de bitume et Manolo Marín, le maître du flamenco, à frayer un passage à ces sons âpres qui montent des entrailles de la terre jusqu’au ciel.

Je ne suis pas un aficionado, je le regrette, le spectacle du sang me répugne, la feria m’ennuie, mais je respecte ce culte aride où, devant Dieu muet comme une pierre, l’homme apprend à danser. Du matador, j’aime la présomption, la témérité, la solitude souveraine. J’admire son culot, je salue son obscure allégeance – j’y vois, au-delà du folklore et des simagrées, une forme de piété qui force à baisser les yeux.

À lire aussi : Simon Casas: « La tauromachie a signé mon divorce avec l’époque »

J’aime le silence qui tombe sur lui comme une hache quand soudain la fanfare cesse. J’aime quand il dépose solennellement sa toque noire, la montera, sur le sable au milieu de l’arène. J’aime quand il s’agenouille devant la bête innocente pour se faire entrer son parfum dans le corps. J’aime ses hanches et ses bas roses, et aussi quand il se cambre, s’efface devant la force, caresse les flancs du fauve, comme s’il le suppliait de l’aimer. On dirait que se réincarne devant lui l’auroch primordial qu’il faut séduire et vaincre sans se débrailler, sans défaillir, en trépignant des escarpins comme une ballerine.

Quand on ne sait pas chanter, quand on n’ose pas pleurer, faut-il alors se taire ? « Nul ne te connaît plus. Non. Mais moi je te chante », murmurait Lorca devant le corps de son ami, le torero Ignacio Sánchez Mejías. Sois béni, Federico !  


[1]. Lobster Liberation Front, si, si, ça existe !

Les Confessions

Price: ---

0 used & new available from

Faut-il rendre obligatoire la vaccination des soignants?

0
Olivier Véran sur Franceinfo, le 29 juin 2021 © capture d'écran Franceinfo

Au cœur des débats ces derniers jours, vient l’obligation vaccinale des soignants. Olivier Véran concède ne pas y être opposé si besoin est. Mais pourquoi prendre tant de pincettes ?


Interrogé sur France Info mardi, le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué qu’il voulait rendre la vaccination des soignants obligatoire. Du moins, si on n’atteint pas un niveau suffisant en septembre. Aujourd’hui, 57 % des personnels des Ehpad et 64 % seulement des personnels hospitaliers sont vaccinés. Des modèles d’altruisme, vous dit-on… Que les personnels au contact des malades et des personnes fragiles soient vaccinés relève pourtant du bon sens. 

À lire aussi: Évaluation de la gestion de la crise Covid-19: un rapport édulcoré et convenu

Plus largement, il n’y a pas assez de Français vaccinés pour atteindre l’immunité collective. Le gouvernement veut aller chercher les récalcitrants et les oubliés. Des médecins de ville demandent donc la liste de leurs patients non-vaccinés, mais attendent l’autorisation de la CNIL. « Ils l’auront », assure Véran.

Apparemment, l’indépendance des autorités administratives indépendantes peut s’incliner devant l’intérêt général. Tant mieux.

Que penser des choix du gouvernement ? Justement, on peut regretter qu’il ne choisisse pas. Nous sommes dans la politique chèvre-et-chou, qui nécessite de nouvelles usines à gaz (quand on n’est pas fichus d’envoyer des courriers à l’ancienne, on peut s’inquiéter). Ce refus de l’obligation vaccinale des adultes est étrange. Même le Conseil d’État et la Cour européenne des droits de l’Homme estimaient pourtant que la restriction de nos libertés avait été proportionnée : aux oubliettes donc le fantasme sur le biopouvoir et l’intégrité de nos corps ! En revanche, le confinement a lui bien affecté nos corps et nos esprits (en témoigne cette étude qui montre combien la pandémie a affecté les enfants) et a largement piétiné nos libertés fondamentales. Si le vaccin n’est pas obligatoire, il n’y a aucune raison de balancer les noms des récalcitrants aux médecins. Et après, on préviendra l’employeur qu’untel a séché son cours de pilates ?

À lire aussi: On a testé pour vous… la vaccination au Stade de France

Demeure donc un mystère : pourquoi une telle indulgence générale pour les anti-vaccins ? On impose la filiation sans père à toute la société, mais eux, il est interdit de les bousculer ! Le gouvernement les câline, les médias les dorlotent. Il faut respecter leur point de vue. Pourquoi ? Parce qu’ils se soucient exclusivement de leur intérêt supposé ? Parce qu’ils croient lutter contre on ne sait quel système ? Le contrat social suppose certaines contraintes. L’obligation vaccinale serait conforme non seulement à l’intérêt général mais aussi à la volonté majoritaire.

Or, le gouvernement se perd en atermoiements face à une minorité : il veut acheter les jeunes avec des places de ciné et pour les soignants, la culpabilisation morale – « c’est de votre faute si des gens meurent » – et la loi facultative – « allez-y de votre plein gré ou on vous obligera ». Qu’on les y oblige et tout de suite. Si l’autorité ne peut pas convaincre, elle doit pouvoir contraindre.

Cette chronique a initialement été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez le regard libre d’Elisabeth Lévy du lundi au vendredi à 8h15 dans la matinale sur Sud Radio.

Equipe de France: le beauf et les spécialistes avaient raison

2
La défaite de l'équipe de France le 28 juin face à la Suisse en huitièmes de finale est due à un pénalty de Mbappé arrêté par Yann Sommer. Mbappé, le 29 juin arrivant à l'aéroport du Bourget © Francois Mori/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22581441_000003

La France éliminée de l’Euro dès les huitièmes de finale!


Ce n’est pas la première fois que je m’interroge sur la coexistence, dans différents domaines, artistique, politique ou sportif, du regard des professionnels et de celui du profane, de l’amateur. Sur la compatibilité entre la perception du spécialiste et celle du quidam. J’ai à plusieurs reprises pris l’exemple du Festival de Cannes où les jurys sont composés à l’évidence de telle manière que le plaisir, la limpidité et le refus de l’ennui ne soient jamais des critères pour apprécier les films en compétition, mais la technique et, sans ironie, la capacité à produire de la gravité et de la lourdeur en les faisant passer pour du génie. Comment ne pas revenir sur ce thème après l’élimination de l’équipe de France par une talentueuse et vaillante équipe de Suisse dans la soirée du 28 juin ?

J’ai entendu de remarquables analyses, un concert unanime fustigeant les choix et les errements de Didier Deschamps et aussi le manque de réussite de Kylian Mbappé – qui n’a pas manqué son tir au but puisque le goal helvète l’a brillamment détourné comme Hugo Lloris avait su le faire avec celui de Ricardo Rodriguez durant le match. En particulier, sur la chaîne L’Équipe que j’ai découverte et qui offre de loin les meilleurs débats et commentaires.

À lire aussi, du même auteur : L’équipe de France, championne du conformisme

Les spécialistes, après cette élimination surprenante, ont abondé en considérations sur les systèmes de jeu, sur les changements de ceux-ci et l’instabilité qui en résultait pour l’équipe, sur les mauvais choix de Didier Deschamps qui semblait avoir perdu, durant ce championnat, sa lucidité, son intuition et son sens de la stratégie. Je ne doute pas une seconde de la pertinence de ces critiques d’autant plus qu’elles ont été peu ou prou consensuelles et que, de fait, il fallait qu’il y ait eu un gros couac, de vrais dysfonctionnements pour que l’équipe de France abusivement et trop vite qualifiée de favorite soit exclue dès les huitièmes de finale. Pourtant, je ne crois pas qu’on soit tombé dans le péché national de sous-estimation de l’adversaire ou alors si subtilement que l’incidence sur le jeu a eu un effet peu visible.

Il y a les spécialistes et il y a le beauf

Après un premier match remporté avec une faible marge contre l’Allemagne avec un jeu si ennuyeux, la France a été, comme souvent, trop vantée comme si ce début impliquait nécessairement la victoire finale. Pourtant, ensuite, deux matchs nuls avec une équipe plus ballottée que maîtresse, désordonnée, brillante par foucades, avec un Karim Benzema ayant retrouvé le chemin des filets. Mais rien d’éblouissant. Une qualification à la peine.

Arrêt du pénalty de Mbappé par Yann Sommer, le gardien suisse, lors des huitièmes de finale de l’Euro le 28 juin 2021. Cet arrêt a éliminé la France de la compétition
© Vadim Ghirda/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22581156_000403

Enfin la Suisse. Un match palpitant au scénario improbable. Lloris qui n’arrête jamais les penaltys en détourne un. La France menée, alors, a un quart d’heure de grâce, jouant et poussant haut et marquant deux buts. Puis elle est retombée dans un jeu frileux qui a permis à l’adversaire, avec l’absurde sortie de Griezmann, de revenir de 3-1 à 3-3. Les 30 minutes de prolongation, avec des joueurs épuisés de part et d’autre, n’ont rien donné et j’ai été étonné que Didier Deschamps accepte le désir de Kylian Mbappé de tirer, et en dernier, alors qu’il avait tout manqué durant le match et que psychologiquement il n’était pas à ce moment dans de bonnes dispositions.

À lire aussi, Pierre Cretin : Et si on footait la paix aux Hongrois?

Depuis le début de ce championnat d’Europe, on ne regardait pas jouer une grande équipe de France. Le beauf le constatait quand les spécialistes l’analysaient. Mais, désolation, l’un et les autres avaient raison. Il y a évidemment une réalité infiniment plus grave que cette défaite sportive mais quand le pays va mal, les jeux prennent une importance capitale. Avec les inévitables et scandaleuses violences qui accompagnent en France les fêtes et les déboires, notamment à Lyon et à Lille.

On a perdu mais la France ne gagne pas vraiment ailleurs. Les tirs au but se dérouleront en avril 2022.

Out of Africa

0
Le roi Mswati III d'Eswatini au stand Kalashnikov au sommet et forum économique russo-africain, à Sotchi, Russie, 2019 © Donat Sorokin/TASS/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA30187161_000012

Le roi Mswati III a-t-il fui son pays ? Souverain du royaume d’Eswatini, il est le monarque absolu d’une petite monarchie méconnue d’Afrique et fait face à de vastes manifestations populaires.


Le roi Mswati III a t-il fui son pays ? C’est la question que se pose toute la presse africaine depuis hier. À la tête de son pays depuis 1986, rebaptisé Eswatini depuis deux ans, il est l’un des derniers monarques absolus du continent africain. Concentrant l’essentiel des pouvoirs entre ses mains, son train de vie dispendieux est critiqué par une population à bout de souffle et qui ne supporte plus l’absence de tout processus démocratique, qui permet au souverain de nommer ses premiers ministres selon son bon vouloir. C’est le meurtre impuni d’une jeune étudiante, ces derniers jours, qui a jeté le feu aux poudres dans l’ancien Swaziland désormais secoué par de violentes manifestations antimonarchiques.

À lire aussi: En Namibie, le nazisme n’est pas mort

« Je voudrais assurer le peuple d’Eswatini et la communauté internationale que le roi Mswati III est dans le pays et continue de s’acquitter de ses responsabilités afin de continuer au développement du royaume d’Eswatini ». Peu de temps après que la South African Broadcasting Corporation (SABC) ait annoncé le départ du souverain vers Johannesburg, sans toutefois pouvoir confirmer l’information, le gouvernement du Premier ministre par intérim, Themba Masuku, a formellement démenti son départ à l’étranger alors que le royaume est en proie à l’anarchie. Pillage de magasins, usines incendiées par des mystérieux inconnus, l’armée a été déployée dans les principales villes du pays afin de juguler les manifestations qui ont éclatées ces derniers jours, réclamant plus de démocratie au sein de cette enclave sud-africaine. Suspendue depuis 1973 par son prédécesseur, le roi Mswati III a toujours fait fi de la constitution calquée sur le modèle britannique, ancienne puissance colonisatrice, et a instauré un véritable régime autoritaire qui ne laisse aucune place aux partis ou presse d’opposition obligés de s’exiler hors du royaume.

Une situation explosive

À la tête d’une considérable fortune, estimée à plus de 200 millions de dollars, son train de vie contraste drastiquement avec celui de ses sujets astreints à vivre avec moins de deux dollars par jours, à l’avenir incertain dans un pays montagneux durement touché par les virus du SIDA et le Covid. Le parlement, largement assujetti à cet ubu-roi qui gouverne par décrets, a accusé l’opposition de répandre de fausses informations et de tenter de manipuler les étudiants. Un des nombreux fils du roi (il a 14 épouses) a même affirmé publiquement « qu’il n’y avait pas d’oppression au Swaziland, que les swazis étaient tout simplement paresseux qu’ils devraient rentrer chez eux et cultiver leurs champs au lieu de chercher à s’éduquer ». Une déclaration qui a mis en colère, Kenneth Kunene, secrétaire-général du Parti Communiste du Swaziland, qui a rétorqué en appelant à la fin du système monarchique. «Quelle que soit la vérité sur l’endroit où se trouve le roi, la situation sur le terrain dans le pays est extrêmement volatile (…). Certaines informations nous sont parvenues selon lesquelles des manifestants auraient été tués par l’armée ou la police » a indiqué dans un communiqué le porte-parole du Swaziland Solidarity Network, Lucky Lukhele. Cette même organisation à l’origine de la rumeur affirmant que le roi Mswati III a quitté le pays avec son jet privé.

À lire aussi: Éthiopie, Égypte, Soudan: intense stress hydrique autour du grand barrage de la Renaissance

Alors que le gouvernement a annoncé un couvre-feu sur l’ensemble du royaume, opposition comme manifestants ont appelé la SADC (Communauté de développement d’Afrique australe) à intervenir militairement et instaurer un régime de transition afin de mettre en place de nouvelles élections démocratiques. Pour autant rien n’indique  que les « séditieux » souhaitent réellement la fin de l’institution royale.

Nicolas Rey: la légèreté, cette erreur fatale

0
L'écrivain Nicolas Rey © Jacques BENAROCH/SIPA Numéro de reportage : 00832176_000033

Son dernier roman, La marge d’erreur (Le Diable Vauvert, juin 2021) est ironique mais jamais sardonique.


Nicolas Rey poursuit son œuvre. À moins que ça ne soit le contraire. Il oscille entre l’autobiographie et la fiction, mêlant parfois subtilement les deux. Son double se nomme Gabriel Salin, il a aimé les nuits parisiennes, les filles faciles, saladiers de coke, shots de vodka. Il a été largué par Joséphine, la femme de sa vie. La relation aura duré cinq ans, de quoi faire mentir Frédéric Beigbeder, le copain de Nicolas Rey, enfin Salin, qui affirme que l’amour dure trois ans. « En fait, toute ma vie, j’aurai vécu seulement cinq années. Mais je ne regrette rien », avoue le narrateur. 

Après ce fut la descente aux enfers. Le type est brisé, il grossit, se voûte, ses cheveux blanchissent, sa diction est lente et pâteuse. C’est l’ange déchu. Mais un ange reste toujours un ange. Il faut le savoir. Bref, Salin erre comme un fantôme dans un terrain vague, assommé par les anxiolytiques et les séries télévisées. La dépression nourrit une fêlure qui remonte sûrement à l’enfance. Mais c’est une autre histoire. 

A lire aussi: Bertrand Burgalat, les mélodies du bonheur

Là, si on considère que Salin est le double de Rey, on prend une gifle – c’est à la mode – en pleine gueule. Salin s’essouffle vite. Pas son style, je vous rassure. Il consulte. Verdict : cancer du poumon, trois mois à vivre. Avec une marge d’erreur. Donc, là, on se dit que ça ne peut pas être l’auteur. Qu’il faut faire le distinguo avec le narrateur. Nicolas Rey a beaucoup décliné, certes, mais on l’aime bien, car c’est un gars jamais méchant dans ses livres. 

La société sous moraline

Il est ironique, jamais sardonique. Salin pourrait faire le tour du monde, revoir les lieux où il fut heureux avec Joséphine, prendre chaque matin dans ses bras son fils, Hippolyte, lui apprendre que la vie se résume à la phrase de Céline, que Nicolas Rey cite, oh le vilain, il a osé : « C’est peut-être ça qu’on cherche à travers la vie, le plus grand chagrin possible pour devenir enfin soi-même. » Hippolyte a de la chance d’avoir un tel père. Ça rend lucide. Quand on lui demande s’il va bien, le garçon répond : « Je vais bien. Et je suis perdu. Comme tout le monde. » Non, Salin continue à s’enfoncer dans sa médiocrité graisseuse et grise. Il pense à Joséphine, en boucle. Il continue d’écrire ses articles. Il en consacre un à Jean-Claude Brisseau, dans Le Figaro, le cinéaste condamné pour harcèlement sexuel à l’encontre de deux jeunes comédiennes. Les essais s’éternisaient… Nicolas Rey en profite pour égratigner une société sous moraline, soumise à la dictature du camp du Bien. 

A lire ensuite: Jacqueline de Ribes, une reine proustienne

L’époque, comme une bulle de champagne

Et puis il y a l’histoire d’amour avec sa charmante voisine, Diane. C’est très érotique, franchement crû, avec poils, odeurs, fluides divers. Retour au XIXe siècle, direct. Diane est professeur des écoles, enseignant en ZEP, un monde nouveau pour le narrateur – et l’auteur. Le chapitre 49 est peut-être le plus intéressant, car Nicolas Rey devient grave sur un sujet fondamental : l’apprentissage de la tolérance. Le constat que dresse Diane est sans appel. Les profs sont livrés à eux-mêmes, contraints par leur hiérarchie de jouer la carte du compromis face à des parents et des élèves qui refusent les règles qu’impose la laïcité. 

Diane : « (…) la tête de Samuel Paty roule sur un trottoir. Tous les cœurs s’émeuvent. On est sans doute encore tous Samuel Paty. Enfin, pour une minute. » La frivolité qu’on a pu reprocher jadis à Nicolas Rey s’efface. Mea culpa de l’auteur : « J’avais traversé l’existence comme une bulle de champagne, sourd à tous les drames qui pouvaient se jouer ailleurs, sous le vernis d’une fête déjà morte depuis longtemps. Un foutu gâchis. » L’erreur n’est plus permise. L’époque l’exige.

Nicolas Rey, La marge d’erreur, Au diable vauvert.

La marge d'erreur

Price: ---

0 used & new available from

Régionales: se méfier de l’électeur qui dort

0
Laurent Wauquiez, réélu président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, célébrant sa victoire au Selcius, à Lyon, 27 juin 2021 © KONRAD K./SIPA Numéro de reportage : 01025716_000018

Il serait hasardeux de tirer des conclusions des élections régionales pour les appliquer à la prochaine présidentielle.


Le club des sortants

Le premier vainqueur des élections régionales et départementales, c’est le club des sortants. Tous les présidents de région sont réélus en métropole, aucune (hors la Réunion) n’a vu sa majorité basculer. Comment s’en étonner ? La région ne sert qu’à distribuer de l’argent aux départements, aux communes, aux entreprises et aux associations. C’est même par elle que transitent les crédits européens (la fameuse «Europe des régions»). Le président de région n’a presque aucun de ces pouvoirs régaliens qui pourraient faire des mécontents : police de la circulation et du stationnement, urbanisme, gestion des innombrables problèmes de proximité [1]. C’est essentiellement le maire et le préfet qui se chargent de ces tâches ingrates. La fiscalité régionale, mêlée aux autres, passe inaperçue.

Les opposants au système ont compris que, pour effectuer un vrai changement, les élections régionales ne servaient à rien

Au départ, les régions avaient des compétences stratégiques : aménagement du territoire, action économique (très limitée par les règles anticoncurrentielles de Bruxelles), formation professionnelle, plus les lycées et, de fait, l’enseignement supérieur. Mais les conseils régionaux ont voulu se rapprocher du terrain multipliant, en concurrence avec les conseils départementaux, les petites enveloppes destinées aux communes, finançant ici un cinéma, là le toit d’une église, là un terrain de football, etc. Toutes opérations plus clientélistes que stratégiques. Comment ne pas dire alors merci aux présidents en place ? Il n’était donc pas facile de battre un sortant. Et personne ne l’a fait.

À lire aussi: Macron: en même temps, ce n’était qu’un scrutin régional…

Au point qu’on s’interroge de plus en plus sur l’utilité d’une structure coûteuse qui fait souvent double emploi avec les départements et l’Etat : on évoque le retour à l’élection indirecte par les entités locales sur un format plus réduit, soit la suppression pure et simple de la région.

Une abstention logique

L’autre vainqueur, ce sont les abstentionnistes : près des deux tiers du corps électoral. Elle s’explique aussi.

Ne nous y trompons pas : le rejet de la classe politique et du système, dans les profondeurs du peuple français, est violent. Les ténors issus des Républicains, brillamment réélus, Bertrand, Pécresse, Wauquiez auraient tort d’imaginer que les électeurs, assagis, seraient revenus au bercail du « cercle de raison », à un centre droit à l’identité plus incertaine que jamais.

Il ne sert à rien de faire le procès des hommes politiques ; c’est la ligne (ou l’absence de ligne) des partis du courant principal, qui est en cause. Ils semblent ne plus faire qu’appliquer des décisions prises au niveau international (OMC, OMS, GIEC, OTAN, OCDE) ou continental (CEDH), la commission de Bruxelles n’étant qu’un rouage exécutif. Cette politique mondialisée, les Français n’en perçoivent pas toujours l’origine, mais ils l’abhorrent et voient qu’aucun politique français n’est assez courageux pour la remettre en cause. Ce rejet peut s’exprimer électoralement de deux manières : le vote de rupture ou l’abstention. C’est celle-ci qui a été choisie aux régionales. Très intelligemment, les opposants au système ont compris que, pour effectuer un vrai changement, les élections régionales ne servaient à rien.

À lire aussi: Ensemble, tout devient possible

Ceux qui sont allés voter, les raisonnables et les obéissants (on les dit plus instruits, les fameuses CSP +, mais ils comprennent aussi beaucoup de personnes âgées de niveau modeste) ont voté comme on votait il y a cinquante ans : gauche /droite. Habitués à ce monde, ils sont moins portés aux ruptures. Mais, dans un autre contexte, par exemple lors d’un second tour de présidentielle serré entre des options antinomiques, comme ce fut le cas récemment aux Etats-Unis, il ne faut pas exclure que cette masse qui semble aujourd’hui assoupie (et comprend le plupart des jeunes) se réveille, et cela pour «casser la baraque», faisant le choix de la rupture, surtout si le candidat des forces dominantes reste Macron dont l’élection a montré l’usure.

Pas de figure de référence

Une telle rupture supposerait qu’il y ait une figure de référence. Mais Marine Le Pen sort elle aussi affaiblie de ces régionales, malgré la mise en avant de ralliés crédibles comme Garraud, Mariani, Juvin. Son recul général ne s’explique pas seulement par l’abstention. Ont aussi joué une campagne peu imaginative, axée sur le seul thème de la sécurité (dont la demande qui ressort des sondages n’est que l’expression d’un malaise beaucoup plus profond), les efforts de dédiabolisation (sur l’Europe, sur le covid etc.) qui laissent de moins en moins espérer d’elle une vraie rupture, une politique interne qui a conduit à mettre à l’écart un peu partout les militants éprouvés au bénéfice de jeunes apparatchiks sans attaches locales, entrainant la désorganisation de beaucoup de fédérations. Mais comme disait Sieyès, en politique, on ne supprime que ce qu’on remplace et pour le moment, M. Le Pen n’est pas remplacée.

À lire aussi: Rassemblement national: Zéro + Zéro = Zéro

La gauche, depuis longtemps à la remorque d’un mondialisme honni, est, malgré les gesticulations pathétiques de Mélenchon, encore moins en mesure d’offrir une alternative. La stagnation générale de notre paysage politique qui ressort de ces élections est en décalage total avec l’immense malaise qui est celui de la France d’aujourd’hui. Dans un tel contexte, toute initiative qui pourrait faire bouger les lignes est désormais bienvenue.


[1] Il est d’autant plus paradoxal que tant de candidats aient fait campagne sur la sécurité sur laquelle la Région n’a aucune prise.

Rassemblement national: Zéro + Zéro = Zéro

0
Marine Le Pen le 27 juin 2021 à Hénin Beaumont © FRANCOIS GREUEZ/SIPA Numéro de reportage : 01025631_000005

Neuf années de dédiabolisation. Et moi, et moi, et moi… Une tribune libre de Jean Messiha.


Les Français ont accueilli qui indifférents, qui goguenards, qui atterrés, les affligeants chiffres de participation aux élections régionales et départementales. Ils sont indéniablement choquants. Notre pays est une démocratie. Une démocratie sans votants n’en est plus une, car c’est alors une infime minorité de citoyens qui choisit pour tout le monde.

Nous avons connu dans la première moitié du 19ème siècle le suffrage censitaire qui accordait le droit de vote à une poignée d’électeurs suffisamment riches pour payer l’impôt. Il fut remplacé par le suffrage universel. Mais avec la désertion des urnes par une grande majorité d’électeurs, ce sont à nouveau des citoyens très minoritaires qui déterminent le sort du pays. Et c’est insupportable.

Ceci étant posé, l’enseignement le plus frappant de ce simulacre d’élection c’est bien le collapsus du Rassemblement national. 

Nous eûmes la débâcle combinée de 2017, marquée par les 33% au deuxième tour de la présidentielle (malgré des sondages à 42% juste avant l’élection), et des huit malheureux députés élus à l’Assemblée Nationale (sur 577), alors que l’on en espérait 80. Il n’aura juste manqué qu’un zéro… Huit députés, chiffre inimaginable pour un parti dont la candidate a été finaliste à l’élection élyséenne. En tout cas une première dans l’histoire de la Vème République, et probablement de la République tout court. Premier parti d’opposition de fait, mais incapable de former un groupe parlementaire faute d’élus suffisants. La France Insoumise y est arrivée, elle.   

Marine Le Pen en avait tiré la conclusion qu’il fallait « tout changer du sol au plafond » et avait promis de remettre le mouvement en ordre de marche pour le match retour de 2022. 

Jean Messiha prononce un discours à Paris, 20 février 2021 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 01005342_000054

Certes, les européennes de juin 2019 furent gagnées. Mais d’extrême justesse devant un parti présidentiel qui aurait dû être essoré par la longue crise des « gilets jaunes ». D’ailleurs, la totalité des médias n’a pas parlé de victoire du Rassemblement national, se contentant de souligner une place d’ex æquo avec la liste Renaissance conduite par l’inepte LREM Nathalie Loiseau. 

Avec moins de 24% des voix, le RN se trouvait à 10% en dessous de son partenaire italien La Lega de Matteo Salvini qui, contre toute attente, devenait la première force politique du groupe souverainiste au Parlement Européen avec 29 sièges contre 23 pour le RN et en prenait très logiquement la tête.   

Neuf années de « dédiabolisation »

Suivirent les municipales. En 2011, la nouvelle présidente de ce qui était encore le Front National, avait fixé comme objectif central du parti, l’ancrage local. En 2014, premier test. Un peu plus de 1 500 conseillers municipaux élus sur plus de 500 000. Et la conquête de neuf villes dont la plus importante, Fréjus, compte environ 50 000 habitants. Modeste, mais il faut bien commencer quelque part. 

En 2020, brutal retour sur terre. Le « premier parti de France » n’est en mesure de présenter que 411 listes pour les communes de plus de 1 000 habitants.  La France en compte près de 10 000. Neuf années de « dédiabolisation ». Et pourtant une immense réticence à s’afficher au niveau local avec l’étiquette lepéniste, même renommée « Rassemblement ». Au final, les villes RN sont conservées et Perpignan est conquise. Mais le nombre de conseillers municipaux tombe à 827 pour les communes de plus de 1 000 habitants. Moins que ceux du PCF (1 426). Marine Le Pen pointait déjà l’abstention due à la crise sanitaire comme responsable de ce résultat médiocre. Soit. Mais alors comment expliquer que dans exactement le même contexte, le parti Europe-Ecologie-Les Verts fait la conquête de Lyon, Strasbourg, Poitiers, Tours, Bordeaux, Annecy, Besançon et conserve Grenoble (rien que cela !) ? Allié au PS, EELV gère également Paris, Marseille, Montpellier, Nantes, Nancy, Rennes. On peut bien sûr se gausser de leurs bourdes et dénoncer leurs dérives. Mais les résultats sont là. La droite, comme la gauche d’ailleurs, conserve quantité de bastions. Ils sont aux manettes ; le camp national, lui, fait des claquettes.  

Comme il faut avoir des élus locaux pour avoir des sénateurs, le RN se retrouve avec un seul sénateur sur… 348, au terme des élections sénatoriales de fin septembre 2020. Un miracle dû à l’acharnement et à la combativité de Stéphane Ravier, promis à l’éviction du palais du Luxembourg après la perte de sa mairie du 7ème arrondissement. 

A lire aussi: Stéphane Ravier: « À Marseille, il faut aussi craindre l’islamo-droitisme! »

Le RN n’a donc qu’un seul et unique sénateur. Vous savez combien le PCF, grand brulé de la politique française, en compte ? Une quinzaine ! 

Ces municipales m’ont ouvert les yeux sur la gestion du Rassemblement national. 

Poussé par quelques cadres du mouvement, je me suis déclaré prêt à porter les couleurs du RN pour la bataille de la capitale de la France. Ma notoriété médiatique avait pris de l’ampleur en raison des innombrables invitations dont je bénéficiais, mon nombre d’abonnés explosait sur les réseaux sociaux. Les militants parisiens me réclamaient. 

Décision de la présidente du RN : ne présenter personne, soutenir un candidat externe inconnu et qui faisait autant envie qu’un sandwich au concombre dans une soirée de rugbymen. Résultat la plus monumentale raclée du RN à Paris depuis des lustres : 1.47% !

Nous voici donc arrivés à la dernière marche avant la présidentielle, les élections combinées régionales et départementales. Des sondages flatteurs, comme à chaque fois. Six régions gagnables, dont une presque garantie : PACA. Et patatras. Les électeurs ne se déplacent pas. Et tout particulièrement ceux du RN. Ils avaient, moyennant un petit effort, la possibilité de placer Marine le Pen en orbite haute pour la présidentielle ; la possibilité, comme disent les politologues, de créer une dynamique. « Nan ! On va à la pêche, on reste chez nous, on bricole, on jardine, on se balade. Mais on ne se déplace pas pour voter pour le RN ». Dingue.

En PACA Thierry Mariani s’est bien battu. Mais au final c’est une défaite sans appel.   

Dans les Hauts-de-France, c’est l’effondrement avec Sébastien Chenu qui fait 24% au premier tour contre 40% en 2015. Et au deuxième tour, les résultats ne s’améliorent pas. Il avait déjà pris une veste monumentale aux municipales à Denain, où la maire socialiste a été réélue dès le premier tour. Qu’à cela ne tienne ! Il est investi tête de liste aux régionales. 

En Ile-de-France, Marine le Pen avait décidé d’envoyer son « dauphin » bardé de son Bac ES pour affronter la « techno » ultra-compétente Valérie Pécresse. 13%, 5 points de moins que Wallerand de Saint-Just en 2015 au premier tour et moins de 11% au deuxième. Qui aurait cru possible de faire bien pire que le cruchon à qui le parti doit sa déliquescence à Paris ? Difficile, par ailleurs, de mettre ce résultat sur le dos du remplacement de peuple car l’abstention la plus forte a été précisément enregistrée dans les départements où la proportion d’immigrés est la plus forte, Seine Saint-Denis en tête.     

En Auvergne-Rhône-Alpes, le score très honorable de 2015 (25%) est divisé par deux. 

En Grand-Est, où Florian Philippot avait dépassé les 36% en 2015, le RN se retrouve à 28%.    

En Occitanie, c’est le PS qui est arrivé en tête au premier tour, se payant le luxe d’augmenter son score de 16% à 40% alors que celui de Marine Le Pen chute de 9%. Le deuxième tour est un plébiscite pour la présidente socialiste.

La déconfiture est générale

Oh, bien sûr, la République en Marche a pris une « branlée » encore pire. Mais elle et son champion ou inversement avaient quand même réussi en 2017 à ravir l’Élysée et 308 sièges à l’Assemblée nationale. Pas mal pour un monsieur inconnu trois ans avant son élection et un parti créé en avril 2016. Il y une différence entre décrocher la médaille d’or et patauger ensuite, et patauger tout le temps. 

Dimanche 27 juin, au soir du deuxième tour, le bilan du RN pour cette double élection territoriale est clair : ZÉRO + ZÉRO= ZERO. Car ce que nous a caché le buzz autour des régionales, c’est une bérézina pire encore. Le RN ne gagne AUCUN conseil départemental sur les plus de 100 que compte notre pays. En tête dans quelques cantons, il n’a été en mesure de remporter une majorité départementale nulle part. Effarant ! D’autant que cette collectivité est celle que le camp national privilégie et à juste titre car elle est à la fois proche des administrés et héritière de la construction historique de la République. Un petit incident pour l’anecdote. Savez-vous que notre pays a connu 20 élections législatives partielles depuis l’été 2017 ? Bilan pour le RN ? Devinez !

On se demande partout : mais pourquoi le peuple RN ne s’est pas déplacé ? Les leaders du parti racontent que leurs électeurs ne s’intéressent pas aux élections locales. Mais c’est faux. En 2015 le parti avait enregistré des gains majeurs grâce à une forte mobilisation ce qui avait permis au FN de s’implanter fortement dans les conseils régionaux et départementaux, créant ainsi une vraie dynamique pour 2017. En 2021, le RN va voir sa représentation locale régresser fortement ce qui va, par ailleurs, accroître ses difficultés financières.     

Je connais le peuple français. Il est courageux. Il est dur à la tâche. Il n’hésitera jamais à prendre une heure ou deux pour aller voter un dimanche. Mais voter pour quoi ? Voter pour qui ? Pour un mouvement qui se « chiraquise »? Qui commence à dire que l’islamisation de masse n’est pas une régression ? Que la CEDH ce n’est pas un problème ? Que l’on va s’accommoder de l’UE sans faire d’histoires ? 

Le RN a préféré faire le choix de la sécurité comme leitmotiv électoral. Il n’y a qu’un malheur : la sécurité n’est que marginalement dans la compétence des régions et des départements… Mais le comble est que la sécurité figurait malgré tout et d’après un sondage réalisé par l’institut Opinion Way quelques jours avant le scrutin régional, au premier rang des préoccupations des électeurs. Cela n’a pas suffit à les faire se déplacer pour le parti qui est supposé l’incarner le mieux.

Un second rôle éternel ?

Mais là n’est peut-être pas le plus grave. Ce peuple, il a besoin de chair et d’âme, de présence, du contact avec celle ou celui qui est censé(e) l’incarner. Moi président du RN, j’aurais arpenté la France en long en large et en travers, levé tôt, couché tard, parlé, écouté, discuté, bu un coup, blagué et compati avec cette France qui souffre et espère tant. Je l’ai tellement fait. Je n’aurais pas fait des apparitions éclairs, des visites d’une petite heure, souvent sur un marché, une conférence de presse vite torchée, un petit tour chez un agriculteur et zou on reprend vite le train pour Paris. Je ne me serais pas uniquement montré dans des bourgs ou des hameaux bien tranquilles où il n’y a pas de risque de face-à-face avec des adversaires qui vous chahutent et qu’il faut savoir affronter plutôt qu’éviter. Bon sang, la France c’est aussi les villes : 50% des Français vivent dans une commune de plus de 10 000 habitants !

A lire aussi, Laurence Trochu: Élections régionales: le marteau et la faucille recyclés

Mais au-delà des choix de candidats, des thèmes et du type de campagne, il y a en politique, et tout particulièrement dans un mouvement populaire, l’incarnation. L’incarnation : tout est là. C’est un subtil mélange de charisme, de compétence, de sacrifices, de travail acharné et il faut le dire de chance. Et ça, ça ne s’invente pas. Pas plus que ça ne s’acquiert. On l’a ou on ne l’a pas. Pour réussir cette rencontre magique avec le peuple il faut savoir parler à ses tripes, à son cœur et à son cerveau. Chacun des présidents de la Vème ont eu, à des degrés divers, ce don. Même le bien mièvre François Hollande a eu en 2012 ce coup de génie de se poser en « ennemi de la finance », dans un contexte qui s’y prêtait parfaitement, tout en assénant cette redoutable anaphore « moi président » qui a enseveli Sarkozy lors de leur débat. Bref, il faut être « bon ». Mais pas seulement. Pour être la ou le meilleur, il faut s’entourer des meilleurs. Car c’est à leur contact que l’on s’élève… à condition de les écouter et de les lire. S’entourer de beaucoup de médiocres, qui ont le mérite d’être fidèles et flatteurs, pour se grandir est une erreur capitale. Car ce faisant, on cumule le manque d’émulation, de remise en cause et on n’inspire pas confiance à un peuple qui sait qu’un président est un chef d’orchestre.                               

Marine Le Pen a pris les rênes du parti il y a 10 ans. 10 ans après c’est un parti financièrement exsangue. Je lisais il y a quelques jours que LREM venait d’acheter un siège de 2.800 m2 dans Paris pour 35 millions d’euros. Contraste ! 10 ans après, la présidente du Rassemblement national n’a pas tout à fait tout raté. Mais elle n’a rien réussi vraiment. Elle a solidement installé le RN et elle-même sur la scène politique française en tant que figurant, second rôle et parfois tête d’affiche. Mais jamais comme producteur, scénariste, réalisateur et metteur en scène. 

Elle a gagné la bataille de certaines idées. Mais n’a jamais convaincu les Français qu’elle et son équipe étaient capables de gouverner une région ou un simple département. « Vous n’avez jamais voulu me confier ne serait-ce que la Lozère. Mais je vous demande de me confier la France ». Voilà ce qui pourrait être le slogan de 2022. La présidente du RN a concédé vendredi dernier sur France Info qu’« il faudra récréer une dynamique » pour la présidentielle. Elle a une certaine habitude des montagnes russes. Mais cette fois-ci le chariot a-t-il encore assez de puissance pour remonter une énième pente ? 

« Vous réglez vos comptes avec elle », va-t-on me reprocher. Pas du tout. Je ne règle pas des comptes. Je FAIS les comptes. Qui suis-je pour me le permettre ? En quittant le RN, à regrets, j’ai fondé avec une petite équipe de fidèles ultra-compétents, un think tank qui en sept mois a réuni près de 6000 adhérents, et une jolie brochette d’experts qui m’apportent idées et propositions. Les comptes de mes réseaux sociaux connaissent une croissance exponentielle et il n’est pas de jour où dans les rues, partout en France, des femmes et des hommes de tous âges, de toutes origines et de toutes conditions me saluent, m’encouragent et me remercient. Alors oui, à mon modeste niveau, je crois pouvoir donner un avis sur une personnalité qui a reçue en héritage une organisation solide et a bénéficié du sens de l’histoire.     

J’ai beaucoup rencontré à travers le pays ces militants, adhérents électeurs du RN qui se battent pour que la France reste la France. Et franchement, ils méritent mieux. En fait c’est toute la France qui mérite mieux que ce qu’est le Rassemblement national aujourd’hui. Ce mouvement, allié à d’autres, porte en lui l’espoir d’un avenir meilleur. Mais encore faut-il qu’il soit dirigé par les meilleurs. Que faire alors ? Encore un peu de patience. On en reparle très bientôt.

PMA, Delta+, LGBTQIA+, c’est la débandade!

0
Personnel de santé réalisant un test de détection du Covid-19 à un passager à la gare de Dadar, Mumbai, Inde, 28 juin 2021. Repéré en Inde en avril, le variant "Delta Plus" est une réelle menace sanitaire © Anshuman Poyrekar/Hindustan Time/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40862824_000006

La loi bioéthique marque le clap de fin du quinquennat de Macron. Variations sur le virus, par Marie-Hélène Verdier…


Le virus delta a bon dos : comme c’est un mutant, on le retrouve et retrouvera partout. Et comme il est muet, il va nous faire parler sans fin. D’où l’instant favorable pour faire passer la chimère bioéthique.

La seule réforme qui n’est pas repoussée par le virus

Je serais président, je me demanderais pourquoi, avec tout mon charisme, si peu d’électeurs ont voté pour mon parti. Pourquoi mes ministres ont été battus aux élections. Pourquoi mon quinquennat sombre comme le Titanic. Pourquoi on gifle la fonction présidentielle même si une fois n’est pas coutume. Et pourquoi un enfant me demande, le lendemain, si c’est agréable de se voir gifler.

À lire aussi: Emmanuelle Ménard: « La PMA crée une situation dégradée pour l’enfant dès sa naissance ! »

Mais Jupiter il est, Jupiter il reste. Et têtu, avec ça ! Il poursuit son bonhomme de chemin comme si de rien n’était alors que, justement, quelque chose est. La seule réforme à laquelle il s’agrippe, comme à une bouée, est une loi injuste pour ne pas dire « scélérate » (adjectif consacré) qui prive un enfant de sa filiation, dès sa conception dans le ventre de « sa maman », et à sa naissance. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, et en même temps, de porter une gerbe au pied du Soldat Inconnu et de tous les petits orphelins de guerre. Vous savez, les enfants, « les plus fragiles » de nos sociétés ? Et de célébrer la journée de l’abolition de l’esclavage.

Soumission française

Le président est soumis. Soumis à Madame Taubira. Soumis à Madame Ursula von der Leyen. Soumis à une Chimère — l’Europe des pères fondateurs— alors qu’il n’y a plus de père. Comme il a fait pareil que Madame Taubira, il dit pareil que Madame Ursula von der Leyen s’offusquant de l’illibéralisme hongrois. Mais son peuple, il ne le sent pas. Le corps charnel de la France, il ne le tient pas contre lui. L’amour charnel de la France, il ne le connaît pas. « O ma France, ô ma délaissée… » Il faut relire Les yeux d’Elsa.

À lire aussi: Le vilain petit canard hongrois

Et si, avec la PMA pour toutes, le président Macron signait la fin de son quinquennat ? Il y a eu « la loi Taubira ». Il y aura la loi Macron. Beau trophée, en vérité ! La PMA pour toutes, c’est comme la Toyota pour tous. Rien d’autre qu’une opération de marketing. On lance ça sur le marché. Les lobbys tiennent le manche, et peu importe que les enfants sans père se lèvent déjà de leurs berceaux pour demander des comptes.

Alors que c’est la débandade dans le camp LREM, et que la France est divisée comme jamais, vous vous demandez pourquoi la minorité LGBTQIXYZ fait la loi au sein de notre Parlement ? La réponse est toute trouvée. À cause du variant delta+ !

Et si cette loi bioéthique signait le clap de fin du quinquennat ?

La fabrique d´orphelins - Essai

Price: ---

0 used & new available from

La guerre au français

Price: ---

0 used & new available from

Les Yeux d'Elsa

Price: ---

0 used & new available from