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Nation contre «islamo-gauchisme»: la crainte du développement d’une contre-société

Nation contre «islamo-gauchisme»: la crainte du développement d’une contre-société
Le sociologue Tarik Yildiz © Photographe : Hannah Assouline

Une tribune du sociologue Tarik Yildiz, auteur notamment de De la fatigue d’être soi au prêt-à-croire. Lutter contre la délinquance pour combattre le radicalisme islamiste, Editions du Puits de Roulle, 2020.


Le 24 février dernier, un sondage[tooltips content=”Odoxa-Backbone Consulting pour France Info et Le Figaro“](1)[/tooltips] révélait que près de sept Français sur 10 estiment qu’il existe un problème « d’islamo-gauchisme » en France. La définition retenue du concept controversé évoque une complaisance avec l’islamisme radical de personnalités ou de partis politiques de gauche, voire leur refus de prendre des positions fermes contre, par souci de ne pas « stigmatiser les musulmans ».

La nation doit réaffirmer une vision politique partagée pour dépasser les assignations identitaires

Si des réserves méthodologiques s’imposent à l’analyse de ces résultats, ils traduisent manifestement une crainte d’une partie non négligeable de notre société quant à l’influence de « l’islamisme radical ». Ce sondage illustre que les polémiques autour de ce débat ne sont pas de simples phénomènes médiatiques: certains courants idéologiques sont perçus comme menaçant l’intégrité et la cohésion du pays.

Le développement d’une contre-société

Au-delà du caractère imprécis de l’expression – souvent pointé du doigt par des individus usant eux-mêmes de concepts tout aussi imprécis durant de nombreuses années (« ultra-conservateurs, « néo réactionnaires », « souveraino-populistes »…)- l’exécutif est légitime à tenter de répondre aux peurs de ses citoyens. Les inquiétudes sont liées non seulement à la nature de l’idéologie, mais aussi à ce qu’elle suscite dans une partie de la population, qui perçoit le développement d’une contre-société. L’islamisme radical ne représente pas uniquement une manière de pratiquer la religion ou de concevoir le monde, il est le symbole de la puissance du dépassement de l’individualisme par un idéal plus large. Comme l’exprimait Karl Marx il y a près de deux siècles, « la religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu ». Avant d’indiquer que la religion est l’opium du peuple, Marx décrit la puissance d’une certaine forme du religieux, expérience collective qui a longtemps régressé dans les pays les plus développés où l’on observe une individualisation des croyances.

A lire aussi, Renée Fregosi: Les fronts de l’islamo-gauchisme

Les trajectoires d’individus qui se radicalisent sont significatives: cette forme de religion globalisante leur permet de rompre avec une société de la liberté individuelle. Elle constitue un prêt-à-croire répondant à l’ensemble des questions qu’un individu peut se poser, y compris les plus anecdotiques (est-il licite de consommer du fromage « Caprice des Dieux » étant donné le pluriel au mot Dieu ?) tout en fixant un horizon dépassant l’individualisme des sociétés de consommation.

La ministre Frédérique Vidal a eu le courage de parler de l'islamo-gauchisme qui gangrène l'université française. Elle est depuis la cible des attaques de la gauche radicale et d'une partie de la presse française © MAXIME BIHOREAU/SIPA Numéro de reportage: 00944089_000018
La ministre Frédérique Vidal a eu le courage de parler de l’islamo-gauchisme qui gangrène l’université française. Elle est depuis la cible des attaques de la gauche radicale et d’une partie de la presse française
© MAXIME BIHOREAU/SIPA Numéro de reportage: 00944089_000018

La nation pour dépasser les assignations identitaires

Certains courants politiques ont voulu voir, chez les musulmans, les nouveaux damnés de la terre. Ils ont eu l’heur d’observer, avec une forme de fascination, le sacrifice de soi des éléments les plus radicaux, allant jusqu’à le confondre avec l’héroïsme révolutionnaire sublimé par certains mouvements d’extrême-gauche. Et l’objet de cette attirance semble avoir toujours su se renouveler, depuis plus de 40 ans et l’enthousiasme fondateur suscité par l’exilé de Neauphle-le-Château[tooltips content=”L’ayatollah Khomeini se réfugie dans cette commune des Yvelines en 1978 NDLR”](2)[/tooltips].

Du droit à la différence, ils sont passés à l’exaltation de cette dernière, se sentant valorisés par cette posture si bien décrite par Jean-Paul Sartre dans Les Mots, lorsqu’il évoquait l’amour de son grand-père: « Il adorait en moi sa générosité ». Ils adorent, chez les musulmans, leur propre défense des opprimés supposés.

A lire aussi, Nicolas Lecaussin: L’islamo-gauchisme ou les liens de sang entre l’islamisme et le communisme

Cette assignation des musulmans à un rôle de victimes perpétuelles menace le socle de la vision politique de notre nation à laquelle une grande partie de la société est attachée comme démontré dans l’étude La France des valeurs (sous la direction de P. Bréchon, PUG, 2019).

Au-delà des débats autour du monde de la recherche auquel il convient de garantir une totale liberté, le rôle de l’exécutif pourrait être de réaffirmer la vision politique de la Nation partagée par un grand nombre de citoyens : combattre les idéologies imposant des identités et juger chacun par rapport à ses actes.

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est sociologue spécialiste de l'islam de France. Dernière publicatioin: « De la fatigue d’être soi au prêt-à-croire. Lutter contre la délinquance pour combattre le radicalisme islamiste », Editions du Puits de Roulle.

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