C’est du moins ce qu’affirme Maxime Renahy, responsable démissionnaire du pôle investigation au sein du média en ligne lancé par Denis Robert. 


« Nous allons bientôt peser aussi lourd que les médias mainstream. Ceux des milliardaires et de la propagande d’État ». Voilà comment l’écrivain-journaliste Denis Robert présentait son projet de télévision et de journal en ligne Blast, sur Twitter, le 4 février 2021. En accord avec les convictions anti-capitalistes de Denis Robert, Blast repose sur un financement participatif, qui a viré au plébiscite. En moins de trois mois, Blast a engrangé plus de 800 000€ de dons. La somme exacte est de 802 367€, apportés par 8542 donateurs, le 11 mars 2021 à la mi-journée.

C’est le moment qu’a choisi le journaliste Maxime Renahy pour rendre public sur Facebook les raisons qui l’ont poussé à démissionner de son poste de responsable de l’investigation chez Blast, début février. Selon lui, un seul donateur a apporté à lui seul « 100 000 euros à la création du média », avec un engagement pour « 20 000 euros par mois pendant un an, sous forme de dons. Soit 340 000 euros pour commencer ». La mise initiale a été « tronçonnée en plusieurs dons » versés sur Kiss Kiss Bank Bank, plutôt que sous forme de parts sociales, « afin de garantir l’anonymat du donateur ». Maxime Renahy a rencontré ce dernier. Il s’agit du « principal donateur anonyme d’Anticor », l’association anticorruption présidée par « Élise Van Beneden, qui est également l’une des fondatrices de Blast ». Il a été « présenté à Denis Robert par Elise Van Beneden afin d’aider Blast ».

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L’anonymat de ce donateur ne se justifie plus: il s’agit d’Hervé Vinciguerra, un Français ayant fait fortune en revendant sa société d’édition de logiciels financiers Sophis pour 435 millions d’euros en 2010. Pour l’anecdote, Sophis travaillait pour tout ce que Denis Robert dit combattre, et en particulier… les fonds d’investissement. Son dernier livre, Larry et Moi (Ed Massot) est une charge contre l’un d’entre eux, BlackRock.

Soutien d’Arnaud Montebourg?

Maxime Renahy apporte un autre élément, lourd de sens. « Au cours d’une rencontre », Hervé Vinciguerra a indiqué « être un soutien d’Arnaud Montebourg pour l’élection présidentielle », formulant le vœu que Blast enquête « sur Anne Hidalgo, rivale d’Arnaud Montebourg ». Ce dernier a lancé le 10 janvier son parti, dans la perspective de la présidentielle de 2022, L’Engagement. Maxime Renahy ne parle à aucun moment de don d’argent de M. Vinciguerra à Arnaud Montebourg.

« Dès que j’ai pu vérifier le pedigree et les motivations de ce donateur, je me suis fermement opposé à toute implication financière de sa part », poursuit Maxime Renahy. « Le soutien d’un tel financier, quel qu’en soit le montant et les modalités, a toujours des effets délétères sur le fonctionnement d’un média (…) J’ai aussitôt fait part des informations dont je disposais à son sujet à l’ensemble de l’équipe de Blast, en présence de Denis Robert. Tous les membres de l’équipe, à l’exception de Denis, ont partagé mon avis, estimant à raison que ce mode de financement était totalement incompatible avec un appel aux dons citoyens ».

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Contacté, Maxime Renahy maintient l’intégralité de ses propos. Denis Robert n’a pas donné suite dans l’immédiat. Si le témoignage de Renahy est bien confirmé, Blast va peut-être devoir préciser sa définition de l’indépendance. Et quid d’Anticor ? Causeur a écrit dans un article publié le 6 février que Hervé Vinciguerra n’avait « pas d’accointance politique connue ». Cette accointance est désormais publique, Blast étant ouvertement en campagne pour faire tomber Emmanuel Macron. Suite à cet article, Anticor a fait usage de son droit de réponse pour nier tout lien avec Blast, faisant valoir qu’Elise Van Beneden était devenue administratrice fondatrice à titre personnel. Ce serait donc aussi à titre personnel qu’elle aurait présenté à Blast le mécène d’Anticor? Le gouvernement doit dire le 2 avril s’il renouvelle ou non l’agrément qui permet à l’association anti-corruption d’agir en justice.

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