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Le choc des civilisations, demandez le programme!

Driss Ghali, auteur bien connu des lecteurs de Causeur, publie sous forme de livre électronique une réflexion aussi audacieuse que clivante sur le thème de la diversité et du séparatisme. Celui qui s’affirme comme « intellectuel engagé, là où on ne l’attend pas » tient sa promesse. Pas question de concessions, alors amateurs de safe spaces s’abstenir !


L’affrontement se rapproche d’heure en heure. Pire, il est déjà là, perceptible par ces petites escarmouches qui sont autant d’avancées vers la catastrophe qui semble inéluctable. « Les faits divers de plus en plus brutaux racontent l’histoire d’un terrorisme qui ne dit pas son nom. (…) L’on exerce une action psychologique sur la communauté de la victime : sa famille, son peuple et sa confession (…). Seuls les progressistes français, dont certains juges et politiciens, refusent de l’admettre ».

Tel est le constat de départ, du bref mais dense essai de Driss Ghali De la diversité au séparatisme : le choc des civilisations ici et maintenant. Et encore, le mot essai pour définir pareil ouvrage pourrait laisser sous-entendre qu’il s’agit d’une œuvre abstraite d’intellectuel désengagé. Au contraire, l’auteur pose un regard lucide et, audace rarissime, se risque même à émettre des solutions.

La France divisée contre elle-même

Depuis la Révolution française, la France a toujours été divisée. Le camp universaliste et progressiste a remporté une victoire en mai 68. Son adversaire subit depuis son hégémonie morale. Il poursuit son œuvre de destruction, s’attaquant à la culture, l’éducation, l’autorité, la souveraineté, préférant saborder le navire pour que personne n’en reste maitre si ce n’est lui. L’immigration, problème majeur de nos jours selon Driss Ghali, n’est venue que surinfecter des plaies déjà purulentes.

À lire aussi, Driss Ghali: L’immense quiproquo entre la France et ses diasporas africaine et maghrébine

Cette immigration est justifiée par le mantra de la diversité. Mais où est la diversité, demande l’auteur, lorsque l’immense majorité des immigrés provient des pays du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, et appartient quasi-exclusivement à la culture et à la religion musulmane ? Les chiffres démontrent qu’il ne s’agit plus d’une diaspora, mais d’embryons de peuples, véritables « objets politiques ».

Des civilisations antagonistes?

Driss Ghali poursuit sa démonstration originale en affirmant que tous ces peuples qui désormais cohabitent en France sont fondamentalement insolubles. Il distingue trois civilisations, celle de souche – chrétienne – la maghrébine et l’africaine, qui déterminent leurs sujets. « Chaque peuple obéit à sa civilisation, qui lui concède une identité et une personnalité. Elle lui inspire ses haines et ses affinités. (…). Elle détient les clefs de l’assimilation, elle en contrôle le rythme et l’ampleur ».

À lire aussi: Pour un débat dépassionné sur l’immigration

Les deux dernières, déjà naturellement opposées entre elles, ne trouveraient leur unité propre que par opposition à la France. D’un côté, comme l’histoire commune entre la France et l’Afrique est assez courte, et que la séparation fut relativement tranquille, l’avenir de leur relation est assez ouvert. De l’autre cependant, l’histoire des deux rives de la Méditerranée est multiséculaire et conflictuelle par nature, tant les deux civilisations sont antagonistes. Ce n’est pas la première fois qu’elles tentent de cohabiter, mais il faut souligner que les diverses expériences se sont toutes conclues par la violence, de la Reconquista au Kosovo, en passant par la guerre d’Algérie. Cependant c’est la première fois que des millions de musulmans se retrouvent répartis dans toute l’Europe. « Désormais, l’Islam a sauté la barrière des Pyrénées et des Balkans et se retrouve, pacifiquement et sans faire de bruit, à Rome, Anvers ou Munich. C’est une première, un évènement de la même magnitude que la Découverte de l’Amérique ou le contournement du Cap de Bonne Espérance ».

Le caractère propre des différentes civilisations

Intellectuel singulier, Driss Ghali est un amoureux de la France. Musulman et natif du Maroc de parents arabes, il porte également un regard lucide sur son pays d’origine et sur sa civilisation. « La civilisation maghrébine est abonnée à l’échec. Elle rate, l’un après l’autre, les grands tournants historiques ». Elle est dotée d’une langue qui ne permet pas d’accéder aux concepts. Le bien commun n’y existe pas et les notions d’ordre et d’autorité n’y sont pas comprises de la même manière qu’en France. De plus, comme la République française a renoncé à l’autorité et à l’emploi légitime de la force, elle n’a aucun moyen de faire respecter l’ordre.

L’Afrique subsaharienne, quant à elle, est passée le temps d’une vie humaine de la préhistoire à la modernité et en sort « sidérée ». « L’Afrique absorbe encore l’onde de choc causée par l’exode rural qui a jeté, les unes sur les autres, des populations clochardisées et vulnérables. Coupées de l’équilibre de la vie tribale, privées de leurs guides spirituels et de leurs chefs traditionnels, ces populations ont subi une perte immense ».

Le ressentiment et la fabrique des barbares

Pour s’excuser de leurs échecs, les immigrés cultivent le ressentiment et accusent les Français de leurs propres insuccès, analyse Driss Ghali. En face, les seules solutions proposées par la France sont, soit une coupable faiblesse, soit des propositions inacceptables pour des populations traditionnelles (blasphème, indécence…). On va chercher dans l’islam ou la culture américaine tout ce qui permet d’attaquer la France.

A lire aussi, Driss Ghali: Immigration maghrébine, chronique d’un (colossal) rendez-vous raté

L’immigration n’est donc pas une chance pour la France et répéter cette phrase telle une formule magique ne modifiera pas la réalité, selon l’auteur. Il affirme qu’elle profite même parfois aux pays d’origine, qui s’enrichissent et se débarrassent de leurs éléments les plus turbulents…

Le séparatisme est donc inéluctable : « à long terme, le séparatisme se transformera en énergie politique. Il cessera d’être un réflexe silencieux pour assumer un rôle central dans les affaires publiques ».

Penser avec un marteau

Face à cette situation dramatique, « le temps est venu de penser avec un marteau ». L’heure n’est plus au compromis mais aux solutions fortes. Bien qu’il semble à Driss Ghali que l’issue la plus probable sera l’affrontement généralisé aux conséquences imprévisibles, il se risque donc à proposer des solutions.

Il faut faire sauter nos « cages mentales », stopper l’immigration, réaffirmer la supériorité de la civilisation française sur son sol et vouloir la préserver coûte que coûte. La remigration est trop compliquée, et il faut de facto accepter le séparatisme déjà en place, postule Driss Ghali, qui va jusqu’à envisager des différences de statuts entre ceux qui aiment la France et embrassent sa civilisation et ceux qui la refusent et lui seront alors seulement « associés ».

« J’entends déjà les protestations d’une certaine gauche, je lui réponds qu’il fallait choisir en amont (c’est-à-dire il y a quarante ans) entre immigration de masse et liberté d’expression. Maintenant, il est trop tard ». Décidément, Driss Ghali est plus corrosif que jamais !

De la diversité au séparatisme, Le choc des civilisations ici et maintenant, Driss Ghali 8,99€ https://drissghali.com/ebook/

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Macron: en même temps, ce n’était qu’un scrutin régional…

Le président voudrait vite passer à autre chose, pas nous!


Les leçons du scrutin de Philippe Bilger

Plusieurs leçons incontestables, devenues banales à force d’être répétées, après ce second tour des élections régionales et départementales :

– Le désastre démocratique de l’abstention le 20 juin n’était pas un feu de paille : il a été confirmé le 27 juin.

– La forte reculade du RN. Il serait intéressant de se pencher sur l’évolution de ce parti qui a semblé longtemps avoir le vent en poupe, à cause notamment de la faiblesse régalienne du pouvoir et de son laxisme en matière d’immigration illégale aussi bien que légale, puis qui a beaucoup perdu au point d’être malmené par ses adversaires de toujours mais aussi par certains de ses militants qui le trouvent trop tiède.

– La déconfiture sans précédent du parti présidentiel. On aura beau invoquer sa jeunesse (seulement quatre ans) et donc son manque d’ancrage, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une déroute.

– La renaissance de la droite que pour ma part je n’ai jamais cru morte et qui est parvenue à résister même à sa nomenklatura officielle dont la tactique constante était de l’enterrer avant l’heure et qui semble vouloir persévérer dans l’erreur en traînant de la résolution et de l’énergie pour l’organisation rapide d’une primaire.

– Le caractère délétère de toute alliance à gauche dès lors que LFI en sera partie prenante.

A lire aussi, Jean Messiha: Rassemblement national: Zéro + Zéro = Zéro

Au regard de ces données, on comprend bien pourquoi le président n’a qu’une envie : passer vite à autre chose ! Mais pas nous. Il faudra que royal ou républicain il accepte de demeurer quelques instants dans les péripéties tellement lourdes de sens de ces élections. Celles-ci ont été nationalisées sous son égide puisqu’une noria de ministres s’est abattue sur les listes LREM moins pour battre le RN que, par exemple, Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France ou obliger au moins ce dernier à être sauvé par ceux qui le combattent. Comme l’échec a été cinglant, on a décidé que tout cela était dérisoire, purement local, et que bien sûr aucun ministre égaré dans cette entreprise ayant dévoyé leur mission fondamentale et sèchement vaincu ne serait renvoyé. Pourquoi ?

Macron hypocrite envers Bertrand

Cette attitude d’irresponsabilité est d’autant plus choquante que lui-même s’était engagé, dans une campagne qui ne disait pas son nom, dans cette joute prétendument et seulement régionale. Et après sa victoire, on félicite Xavier Bertrand : tout cela ne relève plus de la courtoisie républicaine mais d’une hypocrisie qui ridiculise les choix authentiques.

Je n’aurais pas l’impudence de comparer cet effondrement avec celui du 29 mai 2005 tenu pour rien plus tard, mais la désinvolture avec laquelle le président de la République traite les enseignements capitaux des 20 et 27 juin – il fait distiller le message qu’il interviendrait peut-être au début du mois de juillet et qu’il n’y aurait pas de remaniement mais des « ajustements » – n’est guère républicaine. C’est à la fois mépriser tactiquement mais absurdement ces élections intermédiaires, les Français qui ont voté et l’immensité des citoyens qui ne l’ont pas fait. Il dépend de son bon vouloir d’attacher ou non de l’importance à ce que le peuple a décidé explicitement ou par son considérable refus. Il n’a pas à se soucier de la semonce radicale qui a été adressée à son camp et donc à lui-même puisque il en est l’élément central, voire exclusif. Cette manière condescendante de refuser d’aller au-delà des résultats apparents déjà catastrophiques est typique d’une tradition française du pouvoir où on fait tout pour hypertrophier l’élection présidentielle en réduisant à la portion congrue tout ce qui la précède et qui est pourtant très éclairant.

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Le retour du clivage gauche-droite ?

Nul doute cependant qu’Emmanuel Macron, avec lucidité, cynisme et invocation permanente des valeurs pour ennoblir ses calculs, sent bien que le paysage a changé, que le RN n’est pas aux portes du pouvoir et que lui-même ne peut plus être perçu comme un bouclier plausible puisque, avant d’être réuni avec lui dans la même déroute contrastée, il l’avait consciencieusement fait monter par faiblesse et stérilité opératoire du « en même temps ».

Je suis persuadé qu’il parviendra à profiter des erreurs de ses adversaires et je crains qu’il puisse trop compter pour cela sur Christian Jacob et son équipe rapprochée. Mais, depuis le 27 juin, on sait que LREM est très bas et qu’une forêt exsangue ne parviendra plus à occulter l’arbre fortement touché. Qu’il veuille vite tourner la page, ce désir de sa part est compréhensible. Mais qu’il nous laisse au moins le temps de savourer cette déconfiture politique, ce retour des forces traditionnelles, et, à la fois, de déplorer ce désastre démocratique : le peuple s’est mis aux abonnés absents mais il gronde.

Nous ne sommes pas encore passés à autre chose.

De l’arène à l’assiette

Un taureau tué dans une arène finit toujours dans une casserole ! La corrida n’est pas une mise à mort gratuite, mais un abattage… rituel. Le plus grand chef étoilé du monde et son épouse, Pierre et Sylvie Gagnaire, en savent quelque chose.


Le rendez-vous n’a pas été donné dans les arènes de Pampelune, qu’ils connaissent bien, mais dans leur restaurant Le Gaya, rue Saint-Simon, au cœur du 7e arrondissement de Paris. Ici, aucune chance de trouver du taureau à la carte mais peu importe, ce qui nous intéresse, c’est le lien qui existe entre gastronomie et tauromachie. Et c’est précisément le sujet du prochain roman de Sylvie Le Bihan (Mme Gagnaire à la ville). Pour elle, ces deux univers sont intimement liés car les taureaux sont tués pour être mangés, « ce ne sont pas des visons, on ne les élève pas pour en faire des manteaux », explique-t-elle. À cela s’ajoute ce qui n’est pas un détail : la corrida est associée à la ripaille et à la fête. La bonne bouffe. « Le taureau se cuisine en ragoût, précise Pierre Gagnaire, c’est une cuisine généreuse, de famille et de partage. On l’appelle “la daube des gardians”, on peut y ajouter des anchois, des abricots, des fruits secs. On la mouille avec des vins puissants, des côtes-du-rhône ou de la rioja. Ce sont des sauces qui tiennent au corps, qui enrobent les morceaux de viande et arrosent les nouilles ou les pommes de terre qui les accompagnent, sans oublier les croûtons frottés d’ail. C’est savoureux et roboratif. Peu sophistiqué, contrairement au spectacle qui s’associe à cette cuisine. » Un paradoxe qui s’expliquerait par la nature même de l’événement : on a vu la mort et on est heureux d’être en vie. Célébration sans chichis de l’existence, dans le bruit, la musique et les marmites.

À lire aussi, Emmanuel Tresmontant : Éloge du saucisson

La table est omniprésente dans l’univers tauromachique. Il est courant qu’un torero ait, parmi sa suite, son cuisinier personnel, comme il a son porte-épée. Et comme les comédiens, les toreros (et leurs proches) se retrouvent toujours autour d’un bon repas après une représentation/une corrida. D’ailleurs, Sylvie a vite fait le parallèle entre un chef et un torero : chacun vit au milieu de la mort, la travaille, s’y révèle. Et chacun d’eux sait revêtir son habit immaculé pour aller saluer son public : les clients attablés en salle pour l’un, les spectateurs de l’arène pour l’autre.

De la tête à la queue

Comme dans le cochon où tout est bon, le taureau a des parties mythiques. Et ses cojones, ses testicules, sont un met prisé et rare : on ne tue que six bêtes par corrida (et il n’y en pas plus de 200 par an), le calcul est vite fait. Si elles sont généralement réservées au vainqueur du jour, tous ne sont pas amateurs d’abats. « Je garde un souvenir un peu surréaliste de la seule fois où j’ai cuisiné des couilles de taureau, reconnaît Pierre Gagnaire (et il était un peu tard dans la nuit !). J’étais perdu face à un produit que je n’avais jamais préparé. Je les ai faites braiser avec des épices, de l’orange, un peu de rhum et du gingembre râpé. C’était hautement expérimental… et c’était bien meilleur le lendemain, servi froid ! Mais, que je prépare des couilles ou autre chose, je laisse aux autres le soin de goûter et de juger ma cuisine. »

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La CIA, l’armée américaine et l’armée russe ont mis en ligne dernièrement des vidéos de recrutement au style radicalement différent…


Après le monde universitaire, celui des Rambos et des Jason Bourne de la vie réelle est-il aujourd’hui complètement gangrené par l’idéologie progressiste ? C’est la conclusion qui s’impose à la lumière d’une série de vidéos de recrutement lancée par la CIA, qui présente des salariés de l’agence d’espionnage légendaire. La mise en scène est d’un sentimentalisme étonnant, tout en voix off susurrantes et ralentis langoureux.

Dans l’un de ces clips, une jeune femme latina met en avant son statut de « femme de couleur intersectionnelle » et de « milléniale cisgenre souffrant de troubles anxieux généralisés ». Dans un autre, un bibliothécaire gay explique qu’il a choisi cette profession parce qu’il s’est toujours senti en sécurité dans une bibliothèque. Dans un troisième, une femme garde du corps parle de l’équilibre fragile entre vie pro et vie perso.

À lire aussi : Causeur: la France résiste au woke

La CIA nouvelle version est-elle de nature à effrayer les services secrets des autres pays ? « On entend d’ici les rires des Chinois et des Russes qui voient la CIA virer woke », a tweeté Donald Trump Junior. Selon le post d’un ancien agent, le caractère politique de l’agence est aujourd’hui un danger et l’Amérique est moins bien défendue. Les États-Unis de Joe Biden un tigre de papier ?

Cette impression a été renforcée par le partage d’un montage vidéo comparant les clips de recrutement des armées américaine et russe. Dans le russe, on voit un skinhead baraqué qui, l’air menaçant, charge son fusil et saute en parachute. Dans l’américain, dont une partie est un dessin animé, une jeune caporale explique qu’elle a été élevée par deux mamans et que, ayant participé à des manifs contre la discrimination, elle a toujours défendu la liberté. Selon un blogueur conservateur, les militaires russes ont pour but de tuer des gens et détruire des choses, tandis que les Américains sont formés pour expliquer les micro-agressions et la théorie critique de la race aux guerriers afghans.

Ensemble, tout devient possible

Il n’y a franchement pas de quoi pavoiser. L’abstention au scrutin régional de dimanche est telle que rien ne bouge. Les sortants ont tous été reconduits ! Bien malin celui qui pourra tirer quelque enseignement pertinent de ces élections pour la prochaine présidentielle. Analyse.


À abstention inédite, résultat sans précédent. Les listes conduites par les 13 sortants aux élections régionales françaises ont toutes gagné. Aucune de nos provinces retaillées à la hussarde par Hollande en 2015 ne changera de majorité. Marqué par une abstention record de 66% hier, le second tour a donc confirmé cette fameuse “prime aux sortants”, en reconduisant tous les anciens présidents dans leurs sièges. Pour eux, c’est le grand Chelem ! 

LR et PS: entrez les sortants !

À droite, Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez ont été annoncés vainqueurs dès 20 heures avec respectivement 52% pour l’un et 55% pour l’autre. Le premier, déjà candidat à la présidentielle, voit sa stratégie personnelle confirmée. Satisfait, il a annoncé qu’il partait dès maintenant “à la rencontre des Français”, lesquels n’en demandaient pas tant. Il a dit aussi qu’il lui serait plus facile de discuter face à un militant communiste que face à un militant identitaire dans ce pèlerinage… Nous verrons bien. Valérie Pécresse, de son côté, remporte une large victoire dans la région capitale avec 46% des suffrages exprimés, 12 points devant la redoutable alliance des partis de gauche emmenée par le Vert Julien Bayou. Elle a fait son allocution plus tardivement dans la soirée, toute de blanc vêtue. Une apparition ! 

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On le pensait en difficulté, mais Renaud Muselier est donc réélu en PACA (57%) face au RN Thierry Mariani (43%). En Pays de la Loire, Christelle Morançais l’emporte avec 46%. À gauche, Alain Rousset (Nouvelle Aquitaine), Marie-Guite Dufay (Bourgogne Franche-Comté) et Loïg Chesnais-Girard (Bretagne) conservent leurs présidences. C’est Carole Delga (PS) en Occitanie qui fait le score le plus impressionnant avec un canon 58%. Elle s’était même payé le luxe de refuser le soutien des Insoumis pendant sa campagne, lesquels sont désormais partout suspectés d’islamo-gauchisme.

Une claque pour la droite nationale, une déconfiture pour LREM

Le Rassemblement National échoue à s’imposer, y compris dans la région PACA où il était en position de l’emporter, et alors que les sondeurs ont longtemps estimé que plusieurs régions étaient à sa portée (PACA, Hauts de France, voire Occitanie…). Le RN réalise donc une piètre performance, mais les petits arrangements électoraux dans les arrière-cuisines à droite et chez LREM, s’ils peuvent conjoncturellement s’avérer profitables, pourraient à long terme lasser ou dégouter les électeurs. En attendant, la droite radicale se console en observant le parti communiste perdre son dernier bastion, le Val-de-Marne. LREM, enfin, a été incapable d’obtenir des résultats à ces scrutins locaux, et est si faible qu’elle n’a même pas pu jouer les arbitres lors de l’entre deux tours.

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Les commentateurs s’accordaient hier soir pour nous dire que cette abstention massive était un nouveau signe d’une grogne des Français envers leurs dirigeants politiques. En sont-ils si sûrs ? 

D’une part, s’il y avait un réel ras le bol au niveau local, pas de raison dans ce cas que le “dégagisme” en vigueur dans le pays ces dernières années ne frappe pas une nouvelle fois. D’autre part, lors de ces deux tours, les journalistes n’ont cessé d’interroger avec compassion les abstentionnistes. Benêts et pas fichus d’expliquer de façon convaincante devant les micros complaisants les raisons expliquant qu’ils fassent défaut à un devoir civique somme toute assez élémentaire, on leur a tout passé ! Enfin, comme nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes, c’est surtout le désintérêt des Français pour l’échelon régional qui mériterait d’être souligné par tous ces brillants éditocrates.

Pas de remaniement prévu

Reste que les nettes victoires de la droite ont mis du baume au cœur chez les LR. Au PS aussi, on ne cachait pas hier une certaine satisfaction. La mine joyeuse affichée à la télévision par un Christian Jacob ou un Olivier Faure avait quelque chose de déplaisant. Ces responsables de nos partis historiques se satisferaient-ils de cette démocratie mollassonne ? Avec deux électeurs sur trois qui ne se sont pas déplacés, LR pense-t-il vraiment que ses bons résultats seront une rampe de lancement pour leur candidat – il n’est même pas désigné, ce qui est encore une autre affaire, et pas le moindre des problèmes – à l’élection présidentielle à venir ?

Si la France n’est plus dégagiste, c’est avant tout Marine Le Pen qui en fait les frais. Son vibrant appel au sursaut lors du soir du premier tour n’a pas été entendu par les électeurs. Fragilisée, privée de toute dynamique par cette contre performance, elle risque même de voir sa stratégie politique critiquée en interne à l’approche de 2022. 

De son côté, Emmanuel Macron se garde évidemment bien d’apparaitre ou de faire connaitre son appréciation du scrutin. Tout juste ses soutiens, comme Gabriel Attal, se bornent-ils à se réjouir de la déconfiture de la droite nationale et à rappeler qu’on ne peut pas tirer d’enseignement national de ces élections intermédiaires. Les ministres qui avaient été envoyés au casse pipe dans les régions ont pourtant tous pris une grosse raclée. Mais il n’est pas question d’envisager un remaniement ministériel. Macron pourrait même vite nous reparler de la réforme des retraites pour montrer qu’il est le grand réformateur qu’on nous a vendu.

Dans un pays tourmenté où les camps politiques traditionnels sont désordonnés, où l’on vote un peu comme l’on consomme et où l’on peut s’abstenir sans ne plus ressentir aucune honte, Macron aura beau jeu de rappeler que lui aussi est un sortant, après tout. 

Retour de la droite aux responsabilités en 2022 ou pas, aucun vrai changement politique n’est possible si une majorité de Français ne reprend pas goût au vote démocratique.

Le vilain petit canard hongrois

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Les 27 chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles ont échangé, le 24 juin, sur la loi hongroise qui interdit notamment « la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs ».


Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a été la cible exclusive de ses collègues à l’exception du Premier ministre slovène qui a pris son parti et du Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki qui a rappelé que la Hongrie comme la Pologne « avait subi le communisme et l’oppression soviétique », mais en assurant que « les mentalités évoluent ». Le Premier ministre luxembourgeois, homosexuel, a semoncé Viktor Orban: « L’homosexualité, ce n’est pas un choix, tu nais comme cela » et avant le sommet le même avait dénoncé la confusion entre « pédophilie, pornographie et homosexualité ». Le Premier ministre belge n’a pas été en reste en déclarant : « Être homosexuel n’est pas un choix, être homophobe l’est ». Le Premier ministre néerlandais furieux a averti Viktor Orban qu’il pouvait activer l’article 50 du traité pour sortir de l’Union européenne. En quelque sorte, bon débarras.

Nous n’avons pas les mêmes valeurs…

Comment notre président aurait-il pu se tenir à l’écart d’un tel concert correspondant si bien aux valeurs dont il s’est fait le chantre, avec un zeste de condescendance et un peu de mépris pour ces pays d’Europe, « avec la montée, chez eux, de l’illibéralisme et d’un conservatisme anti-libéral ». On comprend bien que pour Emmanuel Macron il y a là deux plaies qu’il convient de pourfendre sans cesse puisque la question des valeurs pour l’Europe est « existentielle, principielle ». Qui oserait, avec mauvais esprit, souligner que si le président s’indigne à Bruxelles, en France en revanche les agressions contre les homosexuels se multiplient et trouvent trop rarement une juste répression ? Je n’aurais pas le courage intellectuel d’une Chantal Delsol qui, réfléchissant sur les raisons d’un antagonisme, s’interroge ainsi: « Comment comprendre qu’une communauté de liberté qui s’était étendue dans la joie après la chute du communisme, en soit venue à imposer si radicalement une seule vision éthique » ?

A lire aussi: Et si on footait la paix aux Hongrois?

Il serait inconcevable de contester le fond de ce qui a été vigoureusement asséné à Viktor Orban même si on peut discuter qu’au nom de l’Europe on ait par principe le droit de s’immiscer dans les législations internes pour dénier à l’une – toujours la même – la liberté de considérer l’homosexualité autrement et, plus globalement, d’être attachée à une autre vision de la famille et de la société. Mais la manière avec laquelle on traite Orban est choquante, comme un enfant pris en faute, à mettre au coin, face à des maîtres tellement sûrs d’eux et, paraît-il, éthiquement et collectivement impeccables…

Des valeurs europénnes ou celles de l’idéologie diversitaire?

Ce Conseil européen qui choisit ses valeurs, en privilégie certaines tenant à un humanisme abstrait et en écarte d’autres qui seraient reliées à la sauvegarde des nations – Eric Zemmour a affirmé récemment que l’UE défendait l’idéologie diversitaire plus que les valeurs européennes – est-il vraiment fondé à user de cette forme à l’égard d’un pays et d’un Premier ministre qui n’ont pas plus à rougir que d’autres de leur histoire après de terrifiantes années de glaciation ?

A lire aussi: États-Unis: une armée d’un autre genre?

Je n’aime pas le ton du Conseil européen à l’encontre de nations qui ne sont pas malfaisantes parce qu’elles ne partagent pas notre détestation pour le « conservatisme antilibéral ». Si les valeurs qui seraient si remarquables que l’Europe éclairée les partagerait obligatoirement doivent être ainsi jetées à la face de nations souveraines tels des diktats, on peut douter du futur.

Et craindre qu’un jour les progressistes autoproclamés se retrouvent entre eux après avoir chassé de leur cercle, par mépris et arrogance, les indignes décrétés tels ! Le Conseil européen, machine de guerre plus que d’apaisement et de compréhension ?

Laïcité : sortis par la porte, les “collabos” rentrent par la fenêtre

Pédagogisme. Si vous pensiez que la cause laïque, après tant d’attentats et de provocations, allait désormais de soi, détrompez-vous : les amis de la laïcité ouverte, comme les cuisses du même nom, n’ont pas dit leur dernier mot. Et Jean-Louis Bianco est leur prophète, si je puis dire…


À peine débarqué de l’Observatoire de la laïcité, le « machin », comme aurait dit De Gaulle, mis sur pied jadis par Jean-Marc Ayrault pour donner un job à Jean-Louis Bianco, l’ex-président a fondé une « Vigie de la laïcité » dont le souci immédiat, à en croire sa première newsletter, est de mettre des bâtons dans les roues du projet de Jean-Michel Blanquer de formation à la laïcité des enseignants. Mais il en est de même de tous les hommes de (petit) pouvoir. Bianco ronronnait depuis huit ans dans son Observatoire, l’idée d’une mise à pied le chagrine. Alors, il sonne la charge — et si possible l’hallali.

Cible première, le rapport fourni au ministre par Jean-Pierre Obin, que j’évoquais ici-même la semaine dernière

Le Café pédagogique, cet Observatoire de la doxa qui a anéanti l’École depuis vingt ans, avait prévenu : « Toute l’action de Jean-Michel Blanquer depuis 2017 vise la destruction de la culture pédagogique française et le remplacement des personnalités qui l’incarnent. Pourtant, toute cette communication ministérielle sur une laïcité d’exclusion a peu d’avenir dans le système éducatif. » Et d’insinuer qu’il s’agit juste pour le ministre de « préparer les élections » de l’année prochaine — en imaginant que Blanquer sera toujours là. 

A lire aussi: Deux idéologies accablent Mila

Approche « idéologique », dit la Vigie. Rappelons que selon la définition immortelle de Hannah Arendt, l’idéologie est ce qui n’a aucun rapport avec la réalité. Il faut donc prendre les déclarations de la « Vigie » comme une boussole qui indique le Sud. 

Jean-Pierre Obin lors d’une interview sur France Inter en septembre 2020. Capture d’écran YouTube

Raisonnement en deux temps :

– On cite l’adversaire en le tronçonnant et on lui offre sans preuve un démenti global :

Sans citer la moindre source, l’auteur affirme :
« Les dérives idéologiques que l’on connaît et qui affectent certains départements universitaires de sciences humaines ont pénétré quelques instituts (…) En guise de formation à la laïcité, on inflige parfois aux étudiants des cours ou des mémoires portant sur la ‘déconstruction’ du discours officiel sur la laïcité, prétendant mettre à jour le « racisme systémique » d’un État « post-colonial » et « islamophobe ». » M. Obin conclut en demandant un « contrôle » direct, par « le ministère chargé de l’Éducation nationale (…) sur la formation » délivré dans les INSPÉ, une fois encore, sans jamais simplement mentionner le nécessaire respect des règles de droit.

– Et on en tire la conclusion qu’à cette prémisse idéologique correspond une conclusion — l’action future du ministre — qui ne l’est pas moins :  

« En conséquence, si l’objectif de formation des personnels de l’Éducation nationale à la laïcité ne peut qu’être soutenu (mais il a en réalité déjà fait l’objet de nombreuses préconisations antérieures), l’orientation générale proposée par le rapport de M. Obin est particulièrement problématique. Elle substitue à l’idée de formation fondée sur le droit, les outils d’une véritable « police de la pensée » en contradiction avec l’idée même d’une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». »

« Fondée sur le droit »… Le droit est malheureusement devenu, entre les pattes des manipulateurs de réel, un atelier à faire mentir les faits. La police de la pensée est dans tous les lieux d’exercice de la « cancel culture » : dans les universités où les projets de thèse sur le « genre » et ses avatars se multiplient, à l’IHESS, nid d’islamo-gauchistes convaincus que leurs convictions font office de réalité, et dans les médias, où les journalistes « de gauche » (il semble bien que ce soit un pléonasme) suggèrent que l’on fasse taire leurs confrères de droite — ou supposés tels. Voir Léa Salamé, qui à la remarque de Valérie Pécresse sur le fait qu’il fallait choisir entre la République — elle — et un néo-fascisme vert-rouge, s’est exclamée : « Ah, carrément ! » — ce qu’elle n’aurait pas lancé à tout homme politique selon son cœur évoquant le fameux « front républicain » destiné à bloquer Marine Le Pen. Voir Geoffroy de Lagasnerie, suggérant que l’on interdise de médias tous ceux qui ne pensent pas comme lui, et délimiter un périmètre de la pensée, comme le dit très bien Eugénie Bastié dans le Figaro, qui soit circonscrit à ses amis : à fasciste, fasciste et demi. Voir Jean-Louis Bianco et sa Vigie.

A lire aussi: La laïcité ne peut être aimée, si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée

La laïcité est en si piteux état, après des années de concessions et de coups de canifs dans la loi de 1905, que je n’ai pas le cœur à ironiser davantage. C’est bien d’une guerre qu’il s’agit, et il faut être clair : il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté, et les sous-marins de l’islam wahhabite, qui se parent de belles plumes universitaires ou journalistiques, mériteront un jour ou l’autre de s’expliquer devant le peuple, qui encaisse longtemps jusqu’au jour où il ne fait plus de cadeaux.

PS. Je sais que les liens hypertexte alourdissent un peu la lecture. Mais d’un côté, les affirmations de ces adorateurs de la charia à venir sont si incroyables qu’il vaut mieux citer les références. Et d’autre part, retenez-bien leurs noms, il faudra quelque jour leur demander des comptes et leur présenter l’addition.

Que serait un été sans Aldo la classe?

Chanteur, acteur, playboy d’opérette, merveilleux diffuseur d’un art de vivre décomplexé, Aldo Maccione est toujours présent dans notre imaginaire…


Aucune actualité sur Amazon depuis mars 2020 et la sortie de L’Animal en Blu-ray. Aucune biographie documentée. Aucune émission TV hagiographique sur le service public. Aucune thèse lacrymale et victimaire. Aucun colloque à visée rééducative. Aucune chaire de sociologie en branle. Aucun dossier thématique glorifiant le nanar et l’apnée boulevardière dans Télérama. Aucun penseur progressiste n’a même soulevé sa plume pour témoigner de ce large mouvement d’émancipation, de la drague foireuse à la symbolique métaphysique du string durant les années 1970/1980 comme derniers signes d’une civilisation éclairée. Aucune station balnéaire n’a encore donné son nom à une avenue ombragée ou à un rond-point fleuri. Aucune association intersectionnelle n’a défendu l’homme et l’acteur, la puissance comique et l’absurdité magnifiée, le topless et l’amitié franco-italienne, la fesse libre et la farce désenchantée. Aucun réactionnaire n’a déclaré sa flamme à ce trublion plus proche de Muray que de Duras.

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Pourquoi ce silence ? Pourquoi cette volonté toujours d’ignorer, de mépriser le bourreau des cœurs, le ringard transalpin, le héros au gros nez de notre jeunesse ? Pourquoi cet ostracisme honteux qui en dit long sur notre perte des valeurs et l’abandon de la gaudriole dans les usages de la civilité ? L’individu-procureur masqué nous tient en laisse. La blague est aujourd’hui forcément incomprise. La légèreté se chasse en meute. L’élan rieur est jugé parfaitement inconvenant alors que tant de minorités luttent pour leur survie médiatique.

Aldo Maccione, italo-disco

Alors, vous pensez bien que la « 7ème Compagnie » et « Plus beau que moi tu meurs » ne peuvent susciter que moqueries et opprobre. Et pourtant, quelle carrière improbable, quel souffle disruptif, quelle onde nostalgique, des Brutos aux comédies ensoleillées du dimanche soir ! Suivant les conseils d’Eddy Mitchell, j’ai décidé d’oublier de l’oublier. Aldo Maccione est vivant. Il apparaissait à l’écran et nous étions déjà en vacances. Au bord de l’eau.

Dans les éclaboussures et le marivaudage patelin, jamais dans l’aigreur, jamais dans le ressentiment, avec l’envie d’amuser la galerie, de plaire exagérément, de retrouver cette innocence gamine, de s’extraire d’une année poisseuse, de dire enfin merde aux dealers de l’ascèse. Pino d’Angio et Adriano Celentano, choristes de nos étés soyeux, assuraient la couverture musicale avec l’accent et cette morgue enchanteresse. J’entendais au loin les incantations de Righeira : « Vamos à la playa ». L’italo-disco est la plus belle avancée sociale après l’arrivée du graphite dans la composition des raquettes de tennis. Samantha et Sabrina, impudiques et solaires, s’ébrouaient dans la piscine de l’hôtel. Edwige Fenech gironde et spirituelle n’obéissait qu’à son désir. Les garçons lisaient Martin Veyron, les filles s’endormaient avec Emmanuelle Arsan. Sur le parking, les cabriolets Talbot Samba et Fiat Ritmo donnaient de la consistance aux apprentis-séducteurs. Le gin-fizz était la boisson des nuits trop courtes, la poudre Tang intriguait les enfants à l’heure du goûter.

Un guide bienveillant

C’est juré, cette année, sur la plage, je me lance, j’imiterai sa démarche décalée bravant le ridicule ; j’oserai sa parade désarticulée par provocation goguenarde et hommage sincère. Lui seul avait le bon tempo, la bonne inclinaison et cette raideur claudicante dans la jambe qui font toute la différence. Ah le charme de la lose, le romantisme du sable chaud, à la fois baromètre de notre humeur et surtout de notre absence de sérieux. Nous étions moins cons, moins sensibles à notre image, donc plus perméables à la rencontre. Aldo le turinois né en 1935 et habitant aux dernières nouvelles sur la Côte d’Azur, c’est beaucoup plus que Maccione. C’est un guide bienveillant dans la froide mondialisation, un strapontin pour le glandilleux et la tendresse taquine. Son compatriote Uderzo l’avait dessiné dans Astérix. Lelouch lui a taillé sur-mesure le costard du souffre-douleur toujours gai, du factotum traînard et essentiel à la mécanique du rire. Pierre Richard s’en est fait un mentor, un professor en échappées amoureuses et catastrophiques, en compagnon admirable des galères surjouées et des flirts chaotiques.

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Cinéma débonnaire

L’admirable Philippe Clair, réalisateur du bordel carnavalesque, dont l’œuvre commence tout juste à interroger les cinéphiles réfractaires au bonheur, l’a élevé en tête de gondole d’un cinéma débonnaire et décorseté. Chez ces gens-là, on savait apprécier le second degré troupier, l’érotico-godelureaux à destination des familles réunies, l’esthétique du pire avec le sourire. C’est-à-dire un art détaché de moraline et de prétentions pompeuses. La comédie humaine sans la quincaille idéologique et les avertissements sonores.  Je veux donc ici, avant le changement de saison, et l’entrée dans l’été, réparer cette injustice. Aldo, le dragueur classe fut et reste notre soleil de minuit.

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Les cours de rééducation sexuelle de Giulia Foïs

Il n’y a pas que les chroniques sexo ultra-woke de Maïa Mazaurette dans la vie! Sur France Inter, Giulia Foïs propage elle aussi sans relâche la théorie du genre et la doxa progressiste. Sans accepter la moindre contradiction, la benjamine – et la moins drôle – des sœurs Foïs entend bien vous rééduquer. Morceaux choisis.


Idéalement calibrées pour et par de pseudo-révolutionnaires qui préfèrent, à la rude lutte des classes, l’opportuniste lutte des places dans les médias ou les universités, les théories du genre et du néo-féminisme ont l’avantage de ne pas s’embarrasser de concepts complexes. Elles sont, pour tout dire, à la portée de n’importe qui. Giulia Foïs, sœur de la dame caca de la dernière Cérémonie des César, perpétue la tradition familiale en ramassant de son côté les crottes progressistes que l’actualité charrie. Elle déverse le résultat de sa récolte chaque semaine sur les ondes de la radio publique.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Ceci est mon sang

Oyez, Oyez, braves gens ! la propagande france-intériste !! Morceaux choisis de « Pas son genre », l’émission qu’elle produit et anime :

9 mars. 1) Giulia est contente : une enquête sur l’égalité femmes/hommes montre que 80% des personnes interrogées considèrent que « l’égalité de genre est un sujet important . » Cette enquête souligne qu’après l’égalité de genre et celle des salaires, les sujets qui semblent préoccuper prioritairement les sondés sont… « la santé sexuelle et reproductive des femmes » et… « le soutien aux mouvements féministes. » Drôlement bien fichue cette enquête.

2) En Wallonie, on féminise les noms des rues, on “visibilise” les entreprises dirigées par des femmes, on sensibilise les médecins « aux violences gynécologiques. » C’est bien. Au Dakota, on interdit aux femmes transgenres (hommes au départ) de participer au sport féminin, en particulier dans les lycées. C’est mal. Comme ce sont des parents d’élèves qui se sont plaints de cette concurrence déloyale, Giulia Foïs saisit ce prétexte pour se moquer de la famille traditionnelle, qu’elle a en horreur, et pour ironiser sur une fausse « dévotion familiale » cachant difficilement une réelle transphobie, selon elle.

A lire aussi, enquête: Caroline de Haas, la fortune de la vertu

1 avril. 1) Sandra Muller a d’abord été condamnée puis a gagné en appel contre Éric Brion. Giulia est ravie. Nous aussi : après le dénouement de cette lamentable histoire, Sandra Muller a réintégré la faille spatio-temporelle qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

2) D’après l’IFOP, 22% des 18-30 ans ne se reconnaissent pas dans les catégories hommes/femmes. Après avoir vanté de « délicieux bonbons clitoris », Giulia promeut joyeusement une lingerie destinée aux non-binaires mais aussi aux hommes transgenres (femmes au départ) qui doivent composer avec « une vulve, un vagin, des règles. » La société Moodz propose un « joli boxer menstruel unisexe » (sic). La dentellière Giulia Foïs conclut : « Tout ce qui interroge le genre nous interroge nous, parce que tout ce qui secoue les normes nous donne de l’air à nous aussi, et parce que le centre a toujours eu besoin de la marge pour se décaler, et donc pour évoluer, je sais pas, un jour ou l’autre. »

27 mai. Le lesbianisme, dit Giulia, est l’allié du féminisme. Son slogan préféré : « Le féminisme c’est la théorie, le lesbianisme, la pratique. » Émule de Judith Butler, elle aussi veut troubler le genre pour déconstruire l’hétéronormativité qui nous « coincent dans des rôles et des modèles aussi genrés que millénaires. » Le programme est coffinien : les femmes doivent « s’autoriser à se passer des hommes, dans leur tête comme dans leur lit. […] N’avoir ni mari, ni enfants, devient la meilleure garantie, pour n’être jamais au service de quiconque. […] l’hétérosexualité n’est plus qu’une option, parmi d’autres. Les hommes ne sont plus qu’une option, parmi d’autres. »

A lire aussi: Selon la cour d’appel, Sandra Muller a eu raison de diffamer Eric Brion

1 juin. 1) Giulia est à la pointe de tous les combats progressistes. La série Sex and the City aussi. Cette dernière « révolutionnait les codes du genre » et « secouait la ménagère » en parlant « un peu plus souvent de masturbation que de layette. » Il y avait quand même un hic : les héroïnes étaient toutes… blanches. Ce temps-là est révolu, claironne Giulia : « La bande sera rejointe par trois femmes racisées, pour refléter le New York de 2021. » Si j’osais, je dirais que ça manque quand même d’actrices non-binaires “de petite taille” ou transgenres “en situation de handicap”…

2) Le mouvement LGBT et Giulia sautent de joie : la banque hollandaise Bund « va permettre aux personnes transgenres ou non binaires d’inscrire leur nom d’usage, celui qu’elles se sont choisies, sur leur Mastercard. » La banque surfe sur la vague LGBTesque, reconnaît toutefois avec regret la chroniqueuse qui semble découvrir qu’il y a des sociétés prêtes à toutes les filouteries “marketing” pour attirer de nouveaux clients.

3) Giulia est une locutrice acharnée de la novlangue progressiste. Transgenre, dit-elle, c’est déjà mieux que transsexuel, « mais on peut mieux faire encore ». Démonstration : si vous utilisez le préfixe trans c’est que vous considérez que « la normela normalité, c’est une femme née femme et un homme né homme. » Obscurantiste que vous êtes. Et la construction sociale et culturelle des dominants qui ont institué une norme sexuelle qui n’existe pas en réalité, qu’est-ce que vous en faites ? Heureusement, la branche canadienne de l’Unesco vient d’écrire un bréviaire à l’usage des journalistes dans lequel on trouve un mot permettant de désigner un transgenre sans référence, même lointaine, au système sexuel normatif : « personne aux deux esprits. » Giulia en pleurerait presque : « C’est joli, c’est poétique, et surtout ça rappelle qu’on a tous du masculin ET du féminin en nous. »

A lire aussi, du même auteur: Augustin Trapenard troublé par Judith Butler

3 juin. 1) La fête des mères, qui « a été instaurée en 1940 par Pétain » et « perpétue un modèle de parentalité légèrement obsolète », doit disparaître, exige Giulia. « Deux papas, deux mamans, ou un.e seul.e, un beau-père, une belle-mère, qui on veut… Décomposée, recomposée, c’est ça la famille d’aujourd’hui. » Dans les écoles d’Alençon, nous apprend la cuculapralinesque chroniqueuse en lévitation, on ne fête plus ni les pères ni les mères mais …“les gens qu’on aime”.

2) Les jeux vidéo prennent « des couleurs arc en ciel. » Une boîte française vient de créer “Tell me why” : « C’est un jeu narratif où vous entrez dans la peau de deux jumeaux, Alison et Tyler, avec ce qu’il faut de suspense et de rebondissements propres au genre (sic). Et puis, ce petit détail, tout de même : Tyler est né dans un corps de fille avant de faire sa transition. » Sur le site des très futés concepteurs de ce jeu, on peut lire : « Les deux personnages enquêtent sur une enfance floue et troublée. » Vivement un prochain jeu sanglant dans lequel un personnage “aux deux esprits” enquêtera sur le vol d’un boxer menstruel unisexe (voir plus haut).

Giulia cite souvent Virginie Despentes en exemple. Elle est pour l’écriture inclusive, bien entendu. Elle adore Judith Butler. Elle soutient ardemment Alice Coffin et pense que le dernier livre de Caroline De Haas est « fondamental. » Bref, Giulia Foïs et France Inter collaborent activement au travail de propagande des théories du genre et du néo-féminisme via une émission sans contradicteurs : « “Pas son genre” ne sera pas une émission de débat », avait prévenu la journaliste dans Le Monde, confirmant ainsi l’analyse d’Anne-Sophie Chazaud sur ce« néoprogressisme autoproclamé qui, investi de la certitude d’incarner le Bien, et culturellement dominant dans les institutions ayant traditionnellement en charge la fabrique du citoyen (éducation, médias,…), ne peut littéralement pas admettre que ses postulats soient erronés ou simplement battus en brèche non plus que simplement débattus. » Et qui, par conséquent, n’a plus qu’un objectif : nous rééduquer.

Libérons nous du féminisme !

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Mishima ou Montaigne?

Le billet du vaurien


Vouloir continuer à entretenir en soi le désir de vivre n’est pas chose aisée. Nous nous y employons, faute de mieux. Nous n’attendons plus rien de la vie et pourtant nous redoutons de la perdre. Nos vieux démons nous poussent à franchir le seuil fatal sans vraiment y parvenir. Il est désespérant de demeurer si attaché à un monde dont nous avons épuisé les attraits. Il l’est encore plus de se calfeutrer dans un petit confort en attendant que la mort vienne nous cueillir. Il fut un temps où notre vanité l’emportait sur tout. Maintenant, c’est la couardise.

Étendu sur mon lit, j’écoute des mélodies d’autrefois en me demandant si je suis encore vivant. Le peu de lucidité qu’il me reste, me souffle la réponse : « Bien sûr que non ». J’hésite à vider le flacon de sirop mexicain qui m’enverrait directement ad patres. Mais soudain, je recule avec le vain espoir que demain sera un autre jour. Un jour sans fin. 

Nous aurions tout donné pour cette fée

Qu’est-ce que l’amour, sinon s’emparer d’une autre vie, la coloniser, l’annexer à la nôtre? Même ce petit jeu nous lasse et finalement nous n’aspirons plus qu’à une existence solitaire peuplée de fantômes. Rien ne nous trouble plus que de les voir réapparaître dans notre vie quotidienne : nous aurions tout donné pour cette fée. Nous sommes maintenant prêts à tout sacrifier pour que cette épave disparaisse au plus vite. Nous feignons néanmoins d’avoir encore de l’affection pour elle et nous égrenons des souvenirs qui l’émeuvent autant qu’ils nous indiffèrent. 

A lire aussi: Goethe, les garçons et les filles

Mais nous n’en laissons rien paraître. Jeunes, nous étions des goujats. Vieux, des hypocrites un peu gâteux. Mais il arrive que nous préférions encore leur compagnie à la solitude, surtout quand la nuit tombe. Ce n’est pas glorieux, mais plus rien ne l’est.

Dans un palace lausannois

Blaise Pascal reprochait à Montaigne, lui qui avait écrit ce mot définitif : « La plus volontaire mort, c’est la plus belle », de ne penser qu’à mourir « lâchement et mollement par tout son livre. » Mourir lâchement et mollement, il fut un temps où je trouvais cela méprisable, moi aussi. Se faire seppuku, comme Mishima, avait quand même plus d’allure. Et me voici résigné à mourir lâchement et mollement dans un palace lausannois. Parfois, je tente de me ressaisir. 

Cela ne dure jamais longtemps.

Le Monde d'avant: Journal 1983-1988

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Le choc des civilisations, demandez le programme!

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L'essayiste Driss Ghali. D.R.

Driss Ghali, auteur bien connu des lecteurs de Causeur, publie sous forme de livre électronique une réflexion aussi audacieuse que clivante sur le thème de la diversité et du séparatisme. Celui qui s’affirme comme « intellectuel engagé, là où on ne l’attend pas » tient sa promesse. Pas question de concessions, alors amateurs de safe spaces s’abstenir !


L’affrontement se rapproche d’heure en heure. Pire, il est déjà là, perceptible par ces petites escarmouches qui sont autant d’avancées vers la catastrophe qui semble inéluctable. « Les faits divers de plus en plus brutaux racontent l’histoire d’un terrorisme qui ne dit pas son nom. (…) L’on exerce une action psychologique sur la communauté de la victime : sa famille, son peuple et sa confession (…). Seuls les progressistes français, dont certains juges et politiciens, refusent de l’admettre ».

Tel est le constat de départ, du bref mais dense essai de Driss Ghali De la diversité au séparatisme : le choc des civilisations ici et maintenant. Et encore, le mot essai pour définir pareil ouvrage pourrait laisser sous-entendre qu’il s’agit d’une œuvre abstraite d’intellectuel désengagé. Au contraire, l’auteur pose un regard lucide et, audace rarissime, se risque même à émettre des solutions.

La France divisée contre elle-même

Depuis la Révolution française, la France a toujours été divisée. Le camp universaliste et progressiste a remporté une victoire en mai 68. Son adversaire subit depuis son hégémonie morale. Il poursuit son œuvre de destruction, s’attaquant à la culture, l’éducation, l’autorité, la souveraineté, préférant saborder le navire pour que personne n’en reste maitre si ce n’est lui. L’immigration, problème majeur de nos jours selon Driss Ghali, n’est venue que surinfecter des plaies déjà purulentes.

À lire aussi, Driss Ghali: L’immense quiproquo entre la France et ses diasporas africaine et maghrébine

Cette immigration est justifiée par le mantra de la diversité. Mais où est la diversité, demande l’auteur, lorsque l’immense majorité des immigrés provient des pays du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, et appartient quasi-exclusivement à la culture et à la religion musulmane ? Les chiffres démontrent qu’il ne s’agit plus d’une diaspora, mais d’embryons de peuples, véritables « objets politiques ».

Des civilisations antagonistes?

Driss Ghali poursuit sa démonstration originale en affirmant que tous ces peuples qui désormais cohabitent en France sont fondamentalement insolubles. Il distingue trois civilisations, celle de souche – chrétienne – la maghrébine et l’africaine, qui déterminent leurs sujets. « Chaque peuple obéit à sa civilisation, qui lui concède une identité et une personnalité. Elle lui inspire ses haines et ses affinités. (…). Elle détient les clefs de l’assimilation, elle en contrôle le rythme et l’ampleur ».

À lire aussi: Pour un débat dépassionné sur l’immigration

Les deux dernières, déjà naturellement opposées entre elles, ne trouveraient leur unité propre que par opposition à la France. D’un côté, comme l’histoire commune entre la France et l’Afrique est assez courte, et que la séparation fut relativement tranquille, l’avenir de leur relation est assez ouvert. De l’autre cependant, l’histoire des deux rives de la Méditerranée est multiséculaire et conflictuelle par nature, tant les deux civilisations sont antagonistes. Ce n’est pas la première fois qu’elles tentent de cohabiter, mais il faut souligner que les diverses expériences se sont toutes conclues par la violence, de la Reconquista au Kosovo, en passant par la guerre d’Algérie. Cependant c’est la première fois que des millions de musulmans se retrouvent répartis dans toute l’Europe. « Désormais, l’Islam a sauté la barrière des Pyrénées et des Balkans et se retrouve, pacifiquement et sans faire de bruit, à Rome, Anvers ou Munich. C’est une première, un évènement de la même magnitude que la Découverte de l’Amérique ou le contournement du Cap de Bonne Espérance ».

Le caractère propre des différentes civilisations

Intellectuel singulier, Driss Ghali est un amoureux de la France. Musulman et natif du Maroc de parents arabes, il porte également un regard lucide sur son pays d’origine et sur sa civilisation. « La civilisation maghrébine est abonnée à l’échec. Elle rate, l’un après l’autre, les grands tournants historiques ». Elle est dotée d’une langue qui ne permet pas d’accéder aux concepts. Le bien commun n’y existe pas et les notions d’ordre et d’autorité n’y sont pas comprises de la même manière qu’en France. De plus, comme la République française a renoncé à l’autorité et à l’emploi légitime de la force, elle n’a aucun moyen de faire respecter l’ordre.

L’Afrique subsaharienne, quant à elle, est passée le temps d’une vie humaine de la préhistoire à la modernité et en sort « sidérée ». « L’Afrique absorbe encore l’onde de choc causée par l’exode rural qui a jeté, les unes sur les autres, des populations clochardisées et vulnérables. Coupées de l’équilibre de la vie tribale, privées de leurs guides spirituels et de leurs chefs traditionnels, ces populations ont subi une perte immense ».

Le ressentiment et la fabrique des barbares

Pour s’excuser de leurs échecs, les immigrés cultivent le ressentiment et accusent les Français de leurs propres insuccès, analyse Driss Ghali. En face, les seules solutions proposées par la France sont, soit une coupable faiblesse, soit des propositions inacceptables pour des populations traditionnelles (blasphème, indécence…). On va chercher dans l’islam ou la culture américaine tout ce qui permet d’attaquer la France.

A lire aussi, Driss Ghali: Immigration maghrébine, chronique d’un (colossal) rendez-vous raté

L’immigration n’est donc pas une chance pour la France et répéter cette phrase telle une formule magique ne modifiera pas la réalité, selon l’auteur. Il affirme qu’elle profite même parfois aux pays d’origine, qui s’enrichissent et se débarrassent de leurs éléments les plus turbulents…

Le séparatisme est donc inéluctable : « à long terme, le séparatisme se transformera en énergie politique. Il cessera d’être un réflexe silencieux pour assumer un rôle central dans les affaires publiques ».

Penser avec un marteau

Face à cette situation dramatique, « le temps est venu de penser avec un marteau ». L’heure n’est plus au compromis mais aux solutions fortes. Bien qu’il semble à Driss Ghali que l’issue la plus probable sera l’affrontement généralisé aux conséquences imprévisibles, il se risque donc à proposer des solutions.

Il faut faire sauter nos « cages mentales », stopper l’immigration, réaffirmer la supériorité de la civilisation française sur son sol et vouloir la préserver coûte que coûte. La remigration est trop compliquée, et il faut de facto accepter le séparatisme déjà en place, postule Driss Ghali, qui va jusqu’à envisager des différences de statuts entre ceux qui aiment la France et embrassent sa civilisation et ceux qui la refusent et lui seront alors seulement « associés ».

« J’entends déjà les protestations d’une certaine gauche, je lui réponds qu’il fallait choisir en amont (c’est-à-dire il y a quarante ans) entre immigration de masse et liberté d’expression. Maintenant, il est trop tard ». Décidément, Driss Ghali est plus corrosif que jamais !

De la diversité au séparatisme, Le choc des civilisations ici et maintenant, Driss Ghali 8,99€ https://drissghali.com/ebook/

Mon père, le Maroc et moi: Une chronique contemporaine

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David Galula et la théorie de la contre-insurrection

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Macron: en même temps, ce n’était qu’un scrutin régional…

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Le président voudrait vite passer à autre chose, pas nous!


Les leçons du scrutin de Philippe Bilger

Plusieurs leçons incontestables, devenues banales à force d’être répétées, après ce second tour des élections régionales et départementales :

– Le désastre démocratique de l’abstention le 20 juin n’était pas un feu de paille : il a été confirmé le 27 juin.

– La forte reculade du RN. Il serait intéressant de se pencher sur l’évolution de ce parti qui a semblé longtemps avoir le vent en poupe, à cause notamment de la faiblesse régalienne du pouvoir et de son laxisme en matière d’immigration illégale aussi bien que légale, puis qui a beaucoup perdu au point d’être malmené par ses adversaires de toujours mais aussi par certains de ses militants qui le trouvent trop tiède.

– La déconfiture sans précédent du parti présidentiel. On aura beau invoquer sa jeunesse (seulement quatre ans) et donc son manque d’ancrage, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une déroute.

– La renaissance de la droite que pour ma part je n’ai jamais cru morte et qui est parvenue à résister même à sa nomenklatura officielle dont la tactique constante était de l’enterrer avant l’heure et qui semble vouloir persévérer dans l’erreur en traînant de la résolution et de l’énergie pour l’organisation rapide d’une primaire.

– Le caractère délétère de toute alliance à gauche dès lors que LFI en sera partie prenante.

A lire aussi, Jean Messiha: Rassemblement national: Zéro + Zéro = Zéro

Au regard de ces données, on comprend bien pourquoi le président n’a qu’une envie : passer vite à autre chose ! Mais pas nous. Il faudra que royal ou républicain il accepte de demeurer quelques instants dans les péripéties tellement lourdes de sens de ces élections. Celles-ci ont été nationalisées sous son égide puisqu’une noria de ministres s’est abattue sur les listes LREM moins pour battre le RN que, par exemple, Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France ou obliger au moins ce dernier à être sauvé par ceux qui le combattent. Comme l’échec a été cinglant, on a décidé que tout cela était dérisoire, purement local, et que bien sûr aucun ministre égaré dans cette entreprise ayant dévoyé leur mission fondamentale et sèchement vaincu ne serait renvoyé. Pourquoi ?

Macron hypocrite envers Bertrand

Cette attitude d’irresponsabilité est d’autant plus choquante que lui-même s’était engagé, dans une campagne qui ne disait pas son nom, dans cette joute prétendument et seulement régionale. Et après sa victoire, on félicite Xavier Bertrand : tout cela ne relève plus de la courtoisie républicaine mais d’une hypocrisie qui ridiculise les choix authentiques.

Je n’aurais pas l’impudence de comparer cet effondrement avec celui du 29 mai 2005 tenu pour rien plus tard, mais la désinvolture avec laquelle le président de la République traite les enseignements capitaux des 20 et 27 juin – il fait distiller le message qu’il interviendrait peut-être au début du mois de juillet et qu’il n’y aurait pas de remaniement mais des « ajustements » – n’est guère républicaine. C’est à la fois mépriser tactiquement mais absurdement ces élections intermédiaires, les Français qui ont voté et l’immensité des citoyens qui ne l’ont pas fait. Il dépend de son bon vouloir d’attacher ou non de l’importance à ce que le peuple a décidé explicitement ou par son considérable refus. Il n’a pas à se soucier de la semonce radicale qui a été adressée à son camp et donc à lui-même puisque il en est l’élément central, voire exclusif. Cette manière condescendante de refuser d’aller au-delà des résultats apparents déjà catastrophiques est typique d’une tradition française du pouvoir où on fait tout pour hypertrophier l’élection présidentielle en réduisant à la portion congrue tout ce qui la précède et qui est pourtant très éclairant.

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Le retour du clivage gauche-droite ?

Nul doute cependant qu’Emmanuel Macron, avec lucidité, cynisme et invocation permanente des valeurs pour ennoblir ses calculs, sent bien que le paysage a changé, que le RN n’est pas aux portes du pouvoir et que lui-même ne peut plus être perçu comme un bouclier plausible puisque, avant d’être réuni avec lui dans la même déroute contrastée, il l’avait consciencieusement fait monter par faiblesse et stérilité opératoire du « en même temps ».

Je suis persuadé qu’il parviendra à profiter des erreurs de ses adversaires et je crains qu’il puisse trop compter pour cela sur Christian Jacob et son équipe rapprochée. Mais, depuis le 27 juin, on sait que LREM est très bas et qu’une forêt exsangue ne parviendra plus à occulter l’arbre fortement touché. Qu’il veuille vite tourner la page, ce désir de sa part est compréhensible. Mais qu’il nous laisse au moins le temps de savourer cette déconfiture politique, ce retour des forces traditionnelles, et, à la fois, de déplorer ce désastre démocratique : le peuple s’est mis aux abonnés absents mais il gronde.

Nous ne sommes pas encore passés à autre chose.

De l’arène à l’assiette

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Pierre et Sylvie Gagnaire © Ethan Miller/Getty Images for CityCenter/AFP

Un taureau tué dans une arène finit toujours dans une casserole ! La corrida n’est pas une mise à mort gratuite, mais un abattage… rituel. Le plus grand chef étoilé du monde et son épouse, Pierre et Sylvie Gagnaire, en savent quelque chose.


Le rendez-vous n’a pas été donné dans les arènes de Pampelune, qu’ils connaissent bien, mais dans leur restaurant Le Gaya, rue Saint-Simon, au cœur du 7e arrondissement de Paris. Ici, aucune chance de trouver du taureau à la carte mais peu importe, ce qui nous intéresse, c’est le lien qui existe entre gastronomie et tauromachie. Et c’est précisément le sujet du prochain roman de Sylvie Le Bihan (Mme Gagnaire à la ville). Pour elle, ces deux univers sont intimement liés car les taureaux sont tués pour être mangés, « ce ne sont pas des visons, on ne les élève pas pour en faire des manteaux », explique-t-elle. À cela s’ajoute ce qui n’est pas un détail : la corrida est associée à la ripaille et à la fête. La bonne bouffe. « Le taureau se cuisine en ragoût, précise Pierre Gagnaire, c’est une cuisine généreuse, de famille et de partage. On l’appelle “la daube des gardians”, on peut y ajouter des anchois, des abricots, des fruits secs. On la mouille avec des vins puissants, des côtes-du-rhône ou de la rioja. Ce sont des sauces qui tiennent au corps, qui enrobent les morceaux de viande et arrosent les nouilles ou les pommes de terre qui les accompagnent, sans oublier les croûtons frottés d’ail. C’est savoureux et roboratif. Peu sophistiqué, contrairement au spectacle qui s’associe à cette cuisine. » Un paradoxe qui s’expliquerait par la nature même de l’événement : on a vu la mort et on est heureux d’être en vie. Célébration sans chichis de l’existence, dans le bruit, la musique et les marmites.

À lire aussi, Emmanuel Tresmontant : Éloge du saucisson

La table est omniprésente dans l’univers tauromachique. Il est courant qu’un torero ait, parmi sa suite, son cuisinier personnel, comme il a son porte-épée. Et comme les comédiens, les toreros (et leurs proches) se retrouvent toujours autour d’un bon repas après une représentation/une corrida. D’ailleurs, Sylvie a vite fait le parallèle entre un chef et un torero : chacun vit au milieu de la mort, la travaille, s’y révèle. Et chacun d’eux sait revêtir son habit immaculé pour aller saluer son public : les clients attablés en salle pour l’un, les spectateurs de l’arène pour l’autre.

De la tête à la queue

Comme dans le cochon où tout est bon, le taureau a des parties mythiques. Et ses cojones, ses testicules, sont un met prisé et rare : on ne tue que six bêtes par corrida (et il n’y en pas plus de 200 par an), le calcul est vite fait. Si elles sont généralement réservées au vainqueur du jour, tous ne sont pas amateurs d’abats. « Je garde un souvenir un peu surréaliste de la seule fois où j’ai cuisiné des couilles de taureau, reconnaît Pierre Gagnaire (et il était un peu tard dans la nuit !). J’étais perdu face à un produit que je n’avais jamais préparé. Je les ai faites braiser avec des épices, de l’orange, un peu de rhum et du gingembre râpé. C’était hautement expérimental… et c’était bien meilleur le lendemain, servi froid ! Mais, que je prépare des couilles ou autre chose, je laisse aux autres le soin de goûter et de juger ma cuisine. »

L'Autre

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Montage de captures d'écrans Youtube de la CIA © D.R.

La CIA, l’armée américaine et l’armée russe ont mis en ligne dernièrement des vidéos de recrutement au style radicalement différent…


Après le monde universitaire, celui des Rambos et des Jason Bourne de la vie réelle est-il aujourd’hui complètement gangrené par l’idéologie progressiste ? C’est la conclusion qui s’impose à la lumière d’une série de vidéos de recrutement lancée par la CIA, qui présente des salariés de l’agence d’espionnage légendaire. La mise en scène est d’un sentimentalisme étonnant, tout en voix off susurrantes et ralentis langoureux.

Dans l’un de ces clips, une jeune femme latina met en avant son statut de « femme de couleur intersectionnelle » et de « milléniale cisgenre souffrant de troubles anxieux généralisés ». Dans un autre, un bibliothécaire gay explique qu’il a choisi cette profession parce qu’il s’est toujours senti en sécurité dans une bibliothèque. Dans un troisième, une femme garde du corps parle de l’équilibre fragile entre vie pro et vie perso.

À lire aussi : Causeur: la France résiste au woke

La CIA nouvelle version est-elle de nature à effrayer les services secrets des autres pays ? « On entend d’ici les rires des Chinois et des Russes qui voient la CIA virer woke », a tweeté Donald Trump Junior. Selon le post d’un ancien agent, le caractère politique de l’agence est aujourd’hui un danger et l’Amérique est moins bien défendue. Les États-Unis de Joe Biden un tigre de papier ?

Cette impression a été renforcée par le partage d’un montage vidéo comparant les clips de recrutement des armées américaine et russe. Dans le russe, on voit un skinhead baraqué qui, l’air menaçant, charge son fusil et saute en parachute. Dans l’américain, dont une partie est un dessin animé, une jeune caporale explique qu’elle a été élevée par deux mamans et que, ayant participé à des manifs contre la discrimination, elle a toujours défendu la liberté. Selon un blogueur conservateur, les militaires russes ont pour but de tuer des gens et détruire des choses, tandis que les Américains sont formés pour expliquer les micro-agressions et la théorie critique de la race aux guerriers afghans.

Ensemble, tout devient possible

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Victorieuse, Valérie Pécresse prononce son allocution à l'issue du second tour des élections régionales, Paris, 27 juin 2021 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01025718_000004

Il n’y a franchement pas de quoi pavoiser. L’abstention au scrutin régional de dimanche est telle que rien ne bouge. Les sortants ont tous été reconduits ! Bien malin celui qui pourra tirer quelque enseignement pertinent de ces élections pour la prochaine présidentielle. Analyse.


À abstention inédite, résultat sans précédent. Les listes conduites par les 13 sortants aux élections régionales françaises ont toutes gagné. Aucune de nos provinces retaillées à la hussarde par Hollande en 2015 ne changera de majorité. Marqué par une abstention record de 66% hier, le second tour a donc confirmé cette fameuse “prime aux sortants”, en reconduisant tous les anciens présidents dans leurs sièges. Pour eux, c’est le grand Chelem ! 

LR et PS: entrez les sortants !

À droite, Xavier Bertrand et Laurent Wauquiez ont été annoncés vainqueurs dès 20 heures avec respectivement 52% pour l’un et 55% pour l’autre. Le premier, déjà candidat à la présidentielle, voit sa stratégie personnelle confirmée. Satisfait, il a annoncé qu’il partait dès maintenant “à la rencontre des Français”, lesquels n’en demandaient pas tant. Il a dit aussi qu’il lui serait plus facile de discuter face à un militant communiste que face à un militant identitaire dans ce pèlerinage… Nous verrons bien. Valérie Pécresse, de son côté, remporte une large victoire dans la région capitale avec 46% des suffrages exprimés, 12 points devant la redoutable alliance des partis de gauche emmenée par le Vert Julien Bayou. Elle a fait son allocution plus tardivement dans la soirée, toute de blanc vêtue. Une apparition ! 

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Pécresse contre les Khmers

On le pensait en difficulté, mais Renaud Muselier est donc réélu en PACA (57%) face au RN Thierry Mariani (43%). En Pays de la Loire, Christelle Morançais l’emporte avec 46%. À gauche, Alain Rousset (Nouvelle Aquitaine), Marie-Guite Dufay (Bourgogne Franche-Comté) et Loïg Chesnais-Girard (Bretagne) conservent leurs présidences. C’est Carole Delga (PS) en Occitanie qui fait le score le plus impressionnant avec un canon 58%. Elle s’était même payé le luxe de refuser le soutien des Insoumis pendant sa campagne, lesquels sont désormais partout suspectés d’islamo-gauchisme.

Une claque pour la droite nationale, une déconfiture pour LREM

Le Rassemblement National échoue à s’imposer, y compris dans la région PACA où il était en position de l’emporter, et alors que les sondeurs ont longtemps estimé que plusieurs régions étaient à sa portée (PACA, Hauts de France, voire Occitanie…). Le RN réalise donc une piètre performance, mais les petits arrangements électoraux dans les arrière-cuisines à droite et chez LREM, s’ils peuvent conjoncturellement s’avérer profitables, pourraient à long terme lasser ou dégouter les électeurs. En attendant, la droite radicale se console en observant le parti communiste perdre son dernier bastion, le Val-de-Marne. LREM, enfin, a été incapable d’obtenir des résultats à ces scrutins locaux, et est si faible qu’elle n’a même pas pu jouer les arbitres lors de l’entre deux tours.

A lire aussi, Thomas Zlowodzki: A-t-on encore le droit d’être de droite aux LR?

Les commentateurs s’accordaient hier soir pour nous dire que cette abstention massive était un nouveau signe d’une grogne des Français envers leurs dirigeants politiques. En sont-ils si sûrs ? 

D’une part, s’il y avait un réel ras le bol au niveau local, pas de raison dans ce cas que le “dégagisme” en vigueur dans le pays ces dernières années ne frappe pas une nouvelle fois. D’autre part, lors de ces deux tours, les journalistes n’ont cessé d’interroger avec compassion les abstentionnistes. Benêts et pas fichus d’expliquer de façon convaincante devant les micros complaisants les raisons expliquant qu’ils fassent défaut à un devoir civique somme toute assez élémentaire, on leur a tout passé ! Enfin, comme nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes, c’est surtout le désintérêt des Français pour l’échelon régional qui mériterait d’être souligné par tous ces brillants éditocrates.

Pas de remaniement prévu

Reste que les nettes victoires de la droite ont mis du baume au cœur chez les LR. Au PS aussi, on ne cachait pas hier une certaine satisfaction. La mine joyeuse affichée à la télévision par un Christian Jacob ou un Olivier Faure avait quelque chose de déplaisant. Ces responsables de nos partis historiques se satisferaient-ils de cette démocratie mollassonne ? Avec deux électeurs sur trois qui ne se sont pas déplacés, LR pense-t-il vraiment que ses bons résultats seront une rampe de lancement pour leur candidat – il n’est même pas désigné, ce qui est encore une autre affaire, et pas le moindre des problèmes – à l’élection présidentielle à venir ?

Si la France n’est plus dégagiste, c’est avant tout Marine Le Pen qui en fait les frais. Son vibrant appel au sursaut lors du soir du premier tour n’a pas été entendu par les électeurs. Fragilisée, privée de toute dynamique par cette contre performance, elle risque même de voir sa stratégie politique critiquée en interne à l’approche de 2022. 

De son côté, Emmanuel Macron se garde évidemment bien d’apparaitre ou de faire connaitre son appréciation du scrutin. Tout juste ses soutiens, comme Gabriel Attal, se bornent-ils à se réjouir de la déconfiture de la droite nationale et à rappeler qu’on ne peut pas tirer d’enseignement national de ces élections intermédiaires. Les ministres qui avaient été envoyés au casse pipe dans les régions ont pourtant tous pris une grosse raclée. Mais il n’est pas question d’envisager un remaniement ministériel. Macron pourrait même vite nous reparler de la réforme des retraites pour montrer qu’il est le grand réformateur qu’on nous a vendu.

Dans un pays tourmenté où les camps politiques traditionnels sont désordonnés, où l’on vote un peu comme l’on consomme et où l’on peut s’abstenir sans ne plus ressentir aucune honte, Macron aura beau jeu de rappeler que lui aussi est un sortant, après tout. 

Retour de la droite aux responsabilités en 2022 ou pas, aucun vrai changement politique n’est possible si une majorité de Français ne reprend pas goût au vote démocratique.

Le vilain petit canard hongrois

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Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, Bruxelles, 24 juin 2021 © John Thys/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22579712_000009

Les 27 chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles ont échangé, le 24 juin, sur la loi hongroise qui interdit notamment « la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs ».


Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a été la cible exclusive de ses collègues à l’exception du Premier ministre slovène qui a pris son parti et du Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki qui a rappelé que la Hongrie comme la Pologne « avait subi le communisme et l’oppression soviétique », mais en assurant que « les mentalités évoluent ». Le Premier ministre luxembourgeois, homosexuel, a semoncé Viktor Orban: « L’homosexualité, ce n’est pas un choix, tu nais comme cela » et avant le sommet le même avait dénoncé la confusion entre « pédophilie, pornographie et homosexualité ». Le Premier ministre belge n’a pas été en reste en déclarant : « Être homosexuel n’est pas un choix, être homophobe l’est ». Le Premier ministre néerlandais furieux a averti Viktor Orban qu’il pouvait activer l’article 50 du traité pour sortir de l’Union européenne. En quelque sorte, bon débarras.

Nous n’avons pas les mêmes valeurs…

Comment notre président aurait-il pu se tenir à l’écart d’un tel concert correspondant si bien aux valeurs dont il s’est fait le chantre, avec un zeste de condescendance et un peu de mépris pour ces pays d’Europe, « avec la montée, chez eux, de l’illibéralisme et d’un conservatisme anti-libéral ». On comprend bien que pour Emmanuel Macron il y a là deux plaies qu’il convient de pourfendre sans cesse puisque la question des valeurs pour l’Europe est « existentielle, principielle ». Qui oserait, avec mauvais esprit, souligner que si le président s’indigne à Bruxelles, en France en revanche les agressions contre les homosexuels se multiplient et trouvent trop rarement une juste répression ? Je n’aurais pas le courage intellectuel d’une Chantal Delsol qui, réfléchissant sur les raisons d’un antagonisme, s’interroge ainsi: « Comment comprendre qu’une communauté de liberté qui s’était étendue dans la joie après la chute du communisme, en soit venue à imposer si radicalement une seule vision éthique » ?

A lire aussi: Et si on footait la paix aux Hongrois?

Il serait inconcevable de contester le fond de ce qui a été vigoureusement asséné à Viktor Orban même si on peut discuter qu’au nom de l’Europe on ait par principe le droit de s’immiscer dans les législations internes pour dénier à l’une – toujours la même – la liberté de considérer l’homosexualité autrement et, plus globalement, d’être attachée à une autre vision de la famille et de la société. Mais la manière avec laquelle on traite Orban est choquante, comme un enfant pris en faute, à mettre au coin, face à des maîtres tellement sûrs d’eux et, paraît-il, éthiquement et collectivement impeccables…

Des valeurs europénnes ou celles de l’idéologie diversitaire?

Ce Conseil européen qui choisit ses valeurs, en privilégie certaines tenant à un humanisme abstrait et en écarte d’autres qui seraient reliées à la sauvegarde des nations – Eric Zemmour a affirmé récemment que l’UE défendait l’idéologie diversitaire plus que les valeurs européennes – est-il vraiment fondé à user de cette forme à l’égard d’un pays et d’un Premier ministre qui n’ont pas plus à rougir que d’autres de leur histoire après de terrifiantes années de glaciation ?

A lire aussi: États-Unis: une armée d’un autre genre?

Je n’aime pas le ton du Conseil européen à l’encontre de nations qui ne sont pas malfaisantes parce qu’elles ne partagent pas notre détestation pour le « conservatisme antilibéral ». Si les valeurs qui seraient si remarquables que l’Europe éclairée les partagerait obligatoirement doivent être ainsi jetées à la face de nations souveraines tels des diktats, on peut douter du futur.

Et craindre qu’un jour les progressistes autoproclamés se retrouvent entre eux après avoir chassé de leur cercle, par mépris et arrogance, les indignes décrétés tels ! Le Conseil européen, machine de guerre plus que d’apaisement et de compréhension ?

Laïcité : sortis par la porte, les “collabos” rentrent par la fenêtre

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Jean-Louis Bianco et Najat Vallaud-Belkacem, Pantin, 2014 © EREZ LICHTFELD/SIPA/SIPA Numéro de reportage : 00699717_000036

Pédagogisme. Si vous pensiez que la cause laïque, après tant d’attentats et de provocations, allait désormais de soi, détrompez-vous : les amis de la laïcité ouverte, comme les cuisses du même nom, n’ont pas dit leur dernier mot. Et Jean-Louis Bianco est leur prophète, si je puis dire…


À peine débarqué de l’Observatoire de la laïcité, le « machin », comme aurait dit De Gaulle, mis sur pied jadis par Jean-Marc Ayrault pour donner un job à Jean-Louis Bianco, l’ex-président a fondé une « Vigie de la laïcité » dont le souci immédiat, à en croire sa première newsletter, est de mettre des bâtons dans les roues du projet de Jean-Michel Blanquer de formation à la laïcité des enseignants. Mais il en est de même de tous les hommes de (petit) pouvoir. Bianco ronronnait depuis huit ans dans son Observatoire, l’idée d’une mise à pied le chagrine. Alors, il sonne la charge — et si possible l’hallali.

Cible première, le rapport fourni au ministre par Jean-Pierre Obin, que j’évoquais ici-même la semaine dernière

Le Café pédagogique, cet Observatoire de la doxa qui a anéanti l’École depuis vingt ans, avait prévenu : « Toute l’action de Jean-Michel Blanquer depuis 2017 vise la destruction de la culture pédagogique française et le remplacement des personnalités qui l’incarnent. Pourtant, toute cette communication ministérielle sur une laïcité d’exclusion a peu d’avenir dans le système éducatif. » Et d’insinuer qu’il s’agit juste pour le ministre de « préparer les élections » de l’année prochaine — en imaginant que Blanquer sera toujours là. 

A lire aussi: Deux idéologies accablent Mila

Approche « idéologique », dit la Vigie. Rappelons que selon la définition immortelle de Hannah Arendt, l’idéologie est ce qui n’a aucun rapport avec la réalité. Il faut donc prendre les déclarations de la « Vigie » comme une boussole qui indique le Sud. 

Jean-Pierre Obin lors d’une interview sur France Inter en septembre 2020. Capture d’écran YouTube

Raisonnement en deux temps :

– On cite l’adversaire en le tronçonnant et on lui offre sans preuve un démenti global :

Sans citer la moindre source, l’auteur affirme :
« Les dérives idéologiques que l’on connaît et qui affectent certains départements universitaires de sciences humaines ont pénétré quelques instituts (…) En guise de formation à la laïcité, on inflige parfois aux étudiants des cours ou des mémoires portant sur la ‘déconstruction’ du discours officiel sur la laïcité, prétendant mettre à jour le « racisme systémique » d’un État « post-colonial » et « islamophobe ». » M. Obin conclut en demandant un « contrôle » direct, par « le ministère chargé de l’Éducation nationale (…) sur la formation » délivré dans les INSPÉ, une fois encore, sans jamais simplement mentionner le nécessaire respect des règles de droit.

– Et on en tire la conclusion qu’à cette prémisse idéologique correspond une conclusion — l’action future du ministre — qui ne l’est pas moins :  

« En conséquence, si l’objectif de formation des personnels de l’Éducation nationale à la laïcité ne peut qu’être soutenu (mais il a en réalité déjà fait l’objet de nombreuses préconisations antérieures), l’orientation générale proposée par le rapport de M. Obin est particulièrement problématique. Elle substitue à l’idée de formation fondée sur le droit, les outils d’une véritable « police de la pensée » en contradiction avec l’idée même d’une « République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». »

« Fondée sur le droit »… Le droit est malheureusement devenu, entre les pattes des manipulateurs de réel, un atelier à faire mentir les faits. La police de la pensée est dans tous les lieux d’exercice de la « cancel culture » : dans les universités où les projets de thèse sur le « genre » et ses avatars se multiplient, à l’IHESS, nid d’islamo-gauchistes convaincus que leurs convictions font office de réalité, et dans les médias, où les journalistes « de gauche » (il semble bien que ce soit un pléonasme) suggèrent que l’on fasse taire leurs confrères de droite — ou supposés tels. Voir Léa Salamé, qui à la remarque de Valérie Pécresse sur le fait qu’il fallait choisir entre la République — elle — et un néo-fascisme vert-rouge, s’est exclamée : « Ah, carrément ! » — ce qu’elle n’aurait pas lancé à tout homme politique selon son cœur évoquant le fameux « front républicain » destiné à bloquer Marine Le Pen. Voir Geoffroy de Lagasnerie, suggérant que l’on interdise de médias tous ceux qui ne pensent pas comme lui, et délimiter un périmètre de la pensée, comme le dit très bien Eugénie Bastié dans le Figaro, qui soit circonscrit à ses amis : à fasciste, fasciste et demi. Voir Jean-Louis Bianco et sa Vigie.

A lire aussi: La laïcité ne peut être aimée, si l’on n’a pas rendu aimable le pays qui l’a inventée

La laïcité est en si piteux état, après des années de concessions et de coups de canifs dans la loi de 1905, que je n’ai pas le cœur à ironiser davantage. C’est bien d’une guerre qu’il s’agit, et il faut être clair : il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la liberté, et les sous-marins de l’islam wahhabite, qui se parent de belles plumes universitaires ou journalistiques, mériteront un jour ou l’autre de s’expliquer devant le peuple, qui encaisse longtemps jusqu’au jour où il ne fait plus de cadeaux.

PS. Je sais que les liens hypertexte alourdissent un peu la lecture. Mais d’un côté, les affirmations de ces adorateurs de la charia à venir sont si incroyables qu’il vaut mieux citer les références. Et d’autre part, retenez-bien leurs noms, il faudra quelque jour leur demander des comptes et leur présenter l’addition.

Que serait un été sans Aldo la classe?

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"Si tu vas à Rio tu meurs" (1987), de Philippe Clair © NANA PRODUCTIONS/SIPA Numéro de reportage : 00476490_000001

Chanteur, acteur, playboy d’opérette, merveilleux diffuseur d’un art de vivre décomplexé, Aldo Maccione est toujours présent dans notre imaginaire…


Aucune actualité sur Amazon depuis mars 2020 et la sortie de L’Animal en Blu-ray. Aucune biographie documentée. Aucune émission TV hagiographique sur le service public. Aucune thèse lacrymale et victimaire. Aucun colloque à visée rééducative. Aucune chaire de sociologie en branle. Aucun dossier thématique glorifiant le nanar et l’apnée boulevardière dans Télérama. Aucun penseur progressiste n’a même soulevé sa plume pour témoigner de ce large mouvement d’émancipation, de la drague foireuse à la symbolique métaphysique du string durant les années 1970/1980 comme derniers signes d’une civilisation éclairée. Aucune station balnéaire n’a encore donné son nom à une avenue ombragée ou à un rond-point fleuri. Aucune association intersectionnelle n’a défendu l’homme et l’acteur, la puissance comique et l’absurdité magnifiée, le topless et l’amitié franco-italienne, la fesse libre et la farce désenchantée. Aucun réactionnaire n’a déclaré sa flamme à ce trublion plus proche de Muray que de Duras.

A lire aussi: On revoit un Max Pécas et on boit frais à Saint-Tropez

Pourquoi ce silence ? Pourquoi cette volonté toujours d’ignorer, de mépriser le bourreau des cœurs, le ringard transalpin, le héros au gros nez de notre jeunesse ? Pourquoi cet ostracisme honteux qui en dit long sur notre perte des valeurs et l’abandon de la gaudriole dans les usages de la civilité ? L’individu-procureur masqué nous tient en laisse. La blague est aujourd’hui forcément incomprise. La légèreté se chasse en meute. L’élan rieur est jugé parfaitement inconvenant alors que tant de minorités luttent pour leur survie médiatique.

Aldo Maccione, italo-disco

Alors, vous pensez bien que la « 7ème Compagnie » et « Plus beau que moi tu meurs » ne peuvent susciter que moqueries et opprobre. Et pourtant, quelle carrière improbable, quel souffle disruptif, quelle onde nostalgique, des Brutos aux comédies ensoleillées du dimanche soir ! Suivant les conseils d’Eddy Mitchell, j’ai décidé d’oublier de l’oublier. Aldo Maccione est vivant. Il apparaissait à l’écran et nous étions déjà en vacances. Au bord de l’eau.

Dans les éclaboussures et le marivaudage patelin, jamais dans l’aigreur, jamais dans le ressentiment, avec l’envie d’amuser la galerie, de plaire exagérément, de retrouver cette innocence gamine, de s’extraire d’une année poisseuse, de dire enfin merde aux dealers de l’ascèse. Pino d’Angio et Adriano Celentano, choristes de nos étés soyeux, assuraient la couverture musicale avec l’accent et cette morgue enchanteresse. J’entendais au loin les incantations de Righeira : « Vamos à la playa ». L’italo-disco est la plus belle avancée sociale après l’arrivée du graphite dans la composition des raquettes de tennis. Samantha et Sabrina, impudiques et solaires, s’ébrouaient dans la piscine de l’hôtel. Edwige Fenech gironde et spirituelle n’obéissait qu’à son désir. Les garçons lisaient Martin Veyron, les filles s’endormaient avec Emmanuelle Arsan. Sur le parking, les cabriolets Talbot Samba et Fiat Ritmo donnaient de la consistance aux apprentis-séducteurs. Le gin-fizz était la boisson des nuits trop courtes, la poudre Tang intriguait les enfants à l’heure du goûter.

Un guide bienveillant

C’est juré, cette année, sur la plage, je me lance, j’imiterai sa démarche décalée bravant le ridicule ; j’oserai sa parade désarticulée par provocation goguenarde et hommage sincère. Lui seul avait le bon tempo, la bonne inclinaison et cette raideur claudicante dans la jambe qui font toute la différence. Ah le charme de la lose, le romantisme du sable chaud, à la fois baromètre de notre humeur et surtout de notre absence de sérieux. Nous étions moins cons, moins sensibles à notre image, donc plus perméables à la rencontre. Aldo le turinois né en 1935 et habitant aux dernières nouvelles sur la Côte d’Azur, c’est beaucoup plus que Maccione. C’est un guide bienveillant dans la froide mondialisation, un strapontin pour le glandilleux et la tendresse taquine. Son compatriote Uderzo l’avait dessiné dans Astérix. Lelouch lui a taillé sur-mesure le costard du souffre-douleur toujours gai, du factotum traînard et essentiel à la mécanique du rire. Pierre Richard s’en est fait un mentor, un professor en échappées amoureuses et catastrophiques, en compagnon admirable des galères surjouées et des flirts chaotiques.

A lire aussi: “Côté jardin: de Monet à Bonnard”, une exposition qui ne pouvait avoir lieu qu’à Giverny!

Cinéma débonnaire

L’admirable Philippe Clair, réalisateur du bordel carnavalesque, dont l’œuvre commence tout juste à interroger les cinéphiles réfractaires au bonheur, l’a élevé en tête de gondole d’un cinéma débonnaire et décorseté. Chez ces gens-là, on savait apprécier le second degré troupier, l’érotico-godelureaux à destination des familles réunies, l’esthétique du pire avec le sourire. C’est-à-dire un art détaché de moraline et de prétentions pompeuses. La comédie humaine sans la quincaille idéologique et les avertissements sonores.  Je veux donc ici, avant le changement de saison, et l’entrée dans l’été, réparer cette injustice. Aldo, le dragueur classe fut et reste notre soleil de minuit.

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Les cours de rééducation sexuelle de Giulia Foïs

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La productrice et féministe Julia Foïs Image: capture d'écran YouTube.

Il n’y a pas que les chroniques sexo ultra-woke de Maïa Mazaurette dans la vie! Sur France Inter, Giulia Foïs propage elle aussi sans relâche la théorie du genre et la doxa progressiste. Sans accepter la moindre contradiction, la benjamine – et la moins drôle – des sœurs Foïs entend bien vous rééduquer. Morceaux choisis.


Idéalement calibrées pour et par de pseudo-révolutionnaires qui préfèrent, à la rude lutte des classes, l’opportuniste lutte des places dans les médias ou les universités, les théories du genre et du néo-féminisme ont l’avantage de ne pas s’embarrasser de concepts complexes. Elles sont, pour tout dire, à la portée de n’importe qui. Giulia Foïs, sœur de la dame caca de la dernière Cérémonie des César, perpétue la tradition familiale en ramassant de son côté les crottes progressistes que l’actualité charrie. Elle déverse le résultat de sa récolte chaque semaine sur les ondes de la radio publique.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Ceci est mon sang

Oyez, Oyez, braves gens ! la propagande france-intériste !! Morceaux choisis de « Pas son genre », l’émission qu’elle produit et anime :

9 mars. 1) Giulia est contente : une enquête sur l’égalité femmes/hommes montre que 80% des personnes interrogées considèrent que « l’égalité de genre est un sujet important . » Cette enquête souligne qu’après l’égalité de genre et celle des salaires, les sujets qui semblent préoccuper prioritairement les sondés sont… « la santé sexuelle et reproductive des femmes » et… « le soutien aux mouvements féministes. » Drôlement bien fichue cette enquête.

2) En Wallonie, on féminise les noms des rues, on “visibilise” les entreprises dirigées par des femmes, on sensibilise les médecins « aux violences gynécologiques. » C’est bien. Au Dakota, on interdit aux femmes transgenres (hommes au départ) de participer au sport féminin, en particulier dans les lycées. C’est mal. Comme ce sont des parents d’élèves qui se sont plaints de cette concurrence déloyale, Giulia Foïs saisit ce prétexte pour se moquer de la famille traditionnelle, qu’elle a en horreur, et pour ironiser sur une fausse « dévotion familiale » cachant difficilement une réelle transphobie, selon elle.

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1 avril. 1) Sandra Muller a d’abord été condamnée puis a gagné en appel contre Éric Brion. Giulia est ravie. Nous aussi : après le dénouement de cette lamentable histoire, Sandra Muller a réintégré la faille spatio-temporelle qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

2) D’après l’IFOP, 22% des 18-30 ans ne se reconnaissent pas dans les catégories hommes/femmes. Après avoir vanté de « délicieux bonbons clitoris », Giulia promeut joyeusement une lingerie destinée aux non-binaires mais aussi aux hommes transgenres (femmes au départ) qui doivent composer avec « une vulve, un vagin, des règles. » La société Moodz propose un « joli boxer menstruel unisexe » (sic). La dentellière Giulia Foïs conclut : « Tout ce qui interroge le genre nous interroge nous, parce que tout ce qui secoue les normes nous donne de l’air à nous aussi, et parce que le centre a toujours eu besoin de la marge pour se décaler, et donc pour évoluer, je sais pas, un jour ou l’autre. »

27 mai. Le lesbianisme, dit Giulia, est l’allié du féminisme. Son slogan préféré : « Le féminisme c’est la théorie, le lesbianisme, la pratique. » Émule de Judith Butler, elle aussi veut troubler le genre pour déconstruire l’hétéronormativité qui nous « coincent dans des rôles et des modèles aussi genrés que millénaires. » Le programme est coffinien : les femmes doivent « s’autoriser à se passer des hommes, dans leur tête comme dans leur lit. […] N’avoir ni mari, ni enfants, devient la meilleure garantie, pour n’être jamais au service de quiconque. […] l’hétérosexualité n’est plus qu’une option, parmi d’autres. Les hommes ne sont plus qu’une option, parmi d’autres. »

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1 juin. 1) Giulia est à la pointe de tous les combats progressistes. La série Sex and the City aussi. Cette dernière « révolutionnait les codes du genre » et « secouait la ménagère » en parlant « un peu plus souvent de masturbation que de layette. » Il y avait quand même un hic : les héroïnes étaient toutes… blanches. Ce temps-là est révolu, claironne Giulia : « La bande sera rejointe par trois femmes racisées, pour refléter le New York de 2021. » Si j’osais, je dirais que ça manque quand même d’actrices non-binaires “de petite taille” ou transgenres “en situation de handicap”…

2) Le mouvement LGBT et Giulia sautent de joie : la banque hollandaise Bund « va permettre aux personnes transgenres ou non binaires d’inscrire leur nom d’usage, celui qu’elles se sont choisies, sur leur Mastercard. » La banque surfe sur la vague LGBTesque, reconnaît toutefois avec regret la chroniqueuse qui semble découvrir qu’il y a des sociétés prêtes à toutes les filouteries “marketing” pour attirer de nouveaux clients.

3) Giulia est une locutrice acharnée de la novlangue progressiste. Transgenre, dit-elle, c’est déjà mieux que transsexuel, « mais on peut mieux faire encore ». Démonstration : si vous utilisez le préfixe trans c’est que vous considérez que « la normela normalité, c’est une femme née femme et un homme né homme. » Obscurantiste que vous êtes. Et la construction sociale et culturelle des dominants qui ont institué une norme sexuelle qui n’existe pas en réalité, qu’est-ce que vous en faites ? Heureusement, la branche canadienne de l’Unesco vient d’écrire un bréviaire à l’usage des journalistes dans lequel on trouve un mot permettant de désigner un transgenre sans référence, même lointaine, au système sexuel normatif : « personne aux deux esprits. » Giulia en pleurerait presque : « C’est joli, c’est poétique, et surtout ça rappelle qu’on a tous du masculin ET du féminin en nous. »

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3 juin. 1) La fête des mères, qui « a été instaurée en 1940 par Pétain » et « perpétue un modèle de parentalité légèrement obsolète », doit disparaître, exige Giulia. « Deux papas, deux mamans, ou un.e seul.e, un beau-père, une belle-mère, qui on veut… Décomposée, recomposée, c’est ça la famille d’aujourd’hui. » Dans les écoles d’Alençon, nous apprend la cuculapralinesque chroniqueuse en lévitation, on ne fête plus ni les pères ni les mères mais …“les gens qu’on aime”.

2) Les jeux vidéo prennent « des couleurs arc en ciel. » Une boîte française vient de créer “Tell me why” : « C’est un jeu narratif où vous entrez dans la peau de deux jumeaux, Alison et Tyler, avec ce qu’il faut de suspense et de rebondissements propres au genre (sic). Et puis, ce petit détail, tout de même : Tyler est né dans un corps de fille avant de faire sa transition. » Sur le site des très futés concepteurs de ce jeu, on peut lire : « Les deux personnages enquêtent sur une enfance floue et troublée. » Vivement un prochain jeu sanglant dans lequel un personnage “aux deux esprits” enquêtera sur le vol d’un boxer menstruel unisexe (voir plus haut).

Giulia cite souvent Virginie Despentes en exemple. Elle est pour l’écriture inclusive, bien entendu. Elle adore Judith Butler. Elle soutient ardemment Alice Coffin et pense que le dernier livre de Caroline De Haas est « fondamental. » Bref, Giulia Foïs et France Inter collaborent activement au travail de propagande des théories du genre et du néo-féminisme via une émission sans contradicteurs : « “Pas son genre” ne sera pas une émission de débat », avait prévenu la journaliste dans Le Monde, confirmant ainsi l’analyse d’Anne-Sophie Chazaud sur ce« néoprogressisme autoproclamé qui, investi de la certitude d’incarner le Bien, et culturellement dominant dans les institutions ayant traditionnellement en charge la fabrique du citoyen (éducation, médias,…), ne peut littéralement pas admettre que ses postulats soient erronés ou simplement battus en brèche non plus que simplement débattus. » Et qui, par conséquent, n’a plus qu’un objectif : nous rééduquer.

Libérons nous du féminisme !

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Mishima ou Montaigne?

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Le billet du vaurien


Vouloir continuer à entretenir en soi le désir de vivre n’est pas chose aisée. Nous nous y employons, faute de mieux. Nous n’attendons plus rien de la vie et pourtant nous redoutons de la perdre. Nos vieux démons nous poussent à franchir le seuil fatal sans vraiment y parvenir. Il est désespérant de demeurer si attaché à un monde dont nous avons épuisé les attraits. Il l’est encore plus de se calfeutrer dans un petit confort en attendant que la mort vienne nous cueillir. Il fut un temps où notre vanité l’emportait sur tout. Maintenant, c’est la couardise.

Étendu sur mon lit, j’écoute des mélodies d’autrefois en me demandant si je suis encore vivant. Le peu de lucidité qu’il me reste, me souffle la réponse : « Bien sûr que non ». J’hésite à vider le flacon de sirop mexicain qui m’enverrait directement ad patres. Mais soudain, je recule avec le vain espoir que demain sera un autre jour. Un jour sans fin. 

Nous aurions tout donné pour cette fée

Qu’est-ce que l’amour, sinon s’emparer d’une autre vie, la coloniser, l’annexer à la nôtre? Même ce petit jeu nous lasse et finalement nous n’aspirons plus qu’à une existence solitaire peuplée de fantômes. Rien ne nous trouble plus que de les voir réapparaître dans notre vie quotidienne : nous aurions tout donné pour cette fée. Nous sommes maintenant prêts à tout sacrifier pour que cette épave disparaisse au plus vite. Nous feignons néanmoins d’avoir encore de l’affection pour elle et nous égrenons des souvenirs qui l’émeuvent autant qu’ils nous indiffèrent. 

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Mais nous n’en laissons rien paraître. Jeunes, nous étions des goujats. Vieux, des hypocrites un peu gâteux. Mais il arrive que nous préférions encore leur compagnie à la solitude, surtout quand la nuit tombe. Ce n’est pas glorieux, mais plus rien ne l’est.

Dans un palace lausannois

Blaise Pascal reprochait à Montaigne, lui qui avait écrit ce mot définitif : « La plus volontaire mort, c’est la plus belle », de ne penser qu’à mourir « lâchement et mollement par tout son livre. » Mourir lâchement et mollement, il fut un temps où je trouvais cela méprisable, moi aussi. Se faire seppuku, comme Mishima, avait quand même plus d’allure. Et me voici résigné à mourir lâchement et mollement dans un palace lausannois. Parfois, je tente de me ressaisir. 

Cela ne dure jamais longtemps.

Le Monde d'avant: Journal 1983-1988

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