Dans un énième brulot ennuyeux, la lfiste Clémence Guetté propose de politiser l’amitié et entend lui attribuer de nouveaux droits, estimant que notre société valorise à l’excès la famille traditionnelle (pouah !) En réalité, l’amitié est une valeur de droite parce qu’elle repose sur la loyauté, l’effort et le devoir.
Dans un court essai, la députée insoumise Clémence Guetté propose de mettre en place une « politique de l’amitié », souhaitant par là étendre certains droits liés à la famille aux amis (dont l’instauration d’un congé de deuil pour un ami proche et d’un PACS amical). Derrière l’idée, on devine sans mal la volonté de déconstruire un peu plus les liens familiaux traditionnels qui déplaisent viscéralement à la gauche. Cette dernière pourtant n’a pas le monopole de l’amitié et il est bon de rappeler en quoi elle se vit aussi de façon intense à droite.
Guetté ne parviendra pas à préempter l’amitié
En grossissant le trait, on pourrait esquisser ainsi le profil d’un groupe de camarades dont le cœur bat à gauche : discussions tournant autour de la dénonciation du patriarcat, du capitalisme et de l’extrême droite avec en fond sonore du rap insultant la police, guenilleux en t-shirts sans forme mais ornementés de slogans, piercings dans le nez et joint qui circule pour sceller le lien… Mais, qu’ils ne se méprennent pas, il existe aussi une façon tout aussi caricaturale d’être amis quand on penche à droite : seulement, les sujets tournent autour de la civilisation, de l’immigration massive et de la décadence ; les chemises blanches sont repassées ; on écoute de la variété française ou du vieux rock ; et certains fument le cigare pour se donner des airs virils.
A rebours de l’idée d’amitié défendue par Guetté, qui tente de préempter l’amitié, selon elle “lien d’entraide en période de précarisation”, “refuge et ferment antifasciste et pôle de résistance à l’extrême droite” ou “république des ami.es contre la république des copains”, la notion se cristallise, dans son acception droitière, dans la loyauté, l’honneur et le sacrifice ; elle est faite d’échappées belles au détour des sentiers battus et rebattus de la vie ; elle ne revendique aucun droit, que des devoirs, et encore… ; elle se cristallise dans l’effort, le panache, les petites et grandes aventures, les combats communs autour d’une cause supérieure.
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Un pour tous, tous pour un !
Ainsi en est-il du lien unissant les Trois Mousquetaires, scellé par un serment apocryphe : “un pour tous, tous pour uns”. Dissemblables dans leurs caractères et leur renommée, entre D’Artagnan, vaillant fer de lance, Aramis, romantique et secret, Athos, sage et torturé, Porthos, armoire à glace et plus rustre, ils n’ont jamais trahi leur relation et, lorsque quelque dissension se fit jour, ils se retrouvèrent, renouvelant le pacte qui les unissait. “Leçon politique majeure : primauté absolue d’un sentiment, l’amitié sur une affinité partisane ou idéologique”, écrivait dans L’âme française le regretté Denis Tillinac qui ajoutait que jamais un collégien, après avoir lu le chef d’œuvre d’Alexandre Dumas, “ne voudrait être de gauche”.
Ne pas tout politiser
Contrairement à la députée LFI je ne pense pas que l’amitié soit « profondément politique », car tout, dans la vie, ne doit pas l’être et, de surcroît, la chose politique peut elle-même constituer un sujet dérisoire parmi ceux que l’on aborde avec nos amis – je me suis bien plus disputé avec des amis pour des questions footballistiques que politiques. On pourrait encore ajouter comme argument à l’encontre de Clémence Guetté qu’on ne perçoit pas en quoi l’amitié ne serait pas soumise elle aussi aux déconstructions habituelles de la gauche qui a l’habitude d’excommunier, jusqu’à passer à la guillotine les anciens camarades.
Tous les secteurs où l’homme se grandit se nourrissent de ces relations exceptionnelles qu’on appelle l’amitié. Ainsi en est-elle de l’aventure partagée par les pionniers de l’aviation et de l’Aéropostale, pour lesquels j’ai une admiration sans limite. Pensons à celle qui unissait Saint-Exupéry et Guillaumet, atteignant son paroxysme lorsque le premier partit à la recherche du second dans l’hostile Cordillère des Andes suite à un crash ou Jean Mermoz et l’écrivain Joseph Kessel, immortalisée par le second dans un magnifique ouvrage qui se lit avec l’“aride sanglot viril” au coin de l’oeil : “ quand j’étais prêt à renoncer à l’effort (…), je me disais : il y a Mermoz… il va revenir par-dessus l’Atlantique… De lui, de lui seul, j’aurai honte. Et je recommençais la sourde bataille que tout homme se doit de mener, jusqu’à sa mort, contre lui-même”. On ne pourrait soupçonner aucun des quatre hommes, génies dans leur domaine, libres par-dessus tout, aventuriers hors pair, d’être des égalitaristes de gauche quémandant un PACS amical ou des congés de deuil pour mieux sceller leur relation.




