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Doudou le Havrais en mode prémonitoire?

Le billet sarcastique de Dominique Labarrière


Doudou le Havrais en mode prémonitoire?
Edouard Philippe sur le plateau de France 2, le 8 septembre 2026. A ses cotés, Caroline Roux, Maryse Burgot, Benjamin Duhamel, Eugénie Bastié et Thomas Porcher © Jeanne Accorsini /SIPA

L’ancien Premier ministre Édouard Philippe était l’invité, hier soir, du « reboot » de L’Heure de vérité sur France 2. Malgré ses annonces politiques fracassantes faites face à la journaliste aux toilettes toujours impeccables Caroline Roux, l’audience de cette nouvelle émission — pourtant capitale pour le camp progressiste face aux médias bollorisés — s’est révélée très décevante.


Il doit être furieux, le Havrais, vu que, malgré son passage à l’émission politique L’Heure de vérité — remake approximatif du programme éponyme des belles années de la télé où, tant les invités que les interviewers, étaient talentueux et leurs propos toujours intéressants —, l’enthousiasme populaire tant espéré se fait encore attendre. En reprenant le titre de cette émission culte, le service public et France 2 espéraient probablement, jouant sur la confusion et le malentendu, s’offrir un matelas d’audience confortable, directement hérité de la version mère.

Battu par la rediffusion du TV-film policier provincial de France 3

On ne peut pas dire que cela ait vraiment fonctionné. Le premier invité de ce plat audiovisuel réchauffé était Édouard Philippe, ex-Premier ministre d’enchanteresse mémoire, et emballant candidat aux élections présidentielles qui auront lieu dans sept mois (Putain, sept mois ! On n’en a pas fini avec les soirées TV de prêchi-prêcha. Vite, qu’on nous rende du culturel de belle tenue, Intervilles et les vachettes, par exemple !).

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Score d’audience plutôt médiocre pour l’invité : 1,6 million. Moins que la brochette socialiste de la semaine passée. Assez loin surtout derrière le programme de TF1, avec un épisode de la série Intraçables, et assez loin aussi derrière France 3 avec Meurtres dans le Jura, une rediffusion pourtant. Donc, pas de quoi pavoiser.

De plus, comme je le suggérais plus haut, le maire du Havre — cité côtière et port très actif, dit-on, dans le registre juteux façon plaque tournante du trafic international de came — se voit piquer la vedette par un autre politicien, du même marais centro-mou du genou que lui qui plus est. Ah, les amis ! On ne se méfie jamais assez des amis ! J’ai nommé ici le Premier ministre, M. Lecornu. Celui-ci en effet s’attire ces heures-ci les feux des projecteurs et l’estime du grand public. Ne venons-nous pas d’apprendre que l’hôte de Matignon serait adepte du Slip Français ? La chose aurait été découverte à la suite du piratage des données de l’entreprise. Qui ira dire après cela que notre Premier ministre ne fait rien pour le pays et sa prospérité ?

La barre à droite

En conséquence, il reste à M. Édouard Philippe, s’il entend ne pas se laisser dépasser dans l’affection des foules, à prendre position sur l’opportunité ou non d’adhérer au port du slip tricolore. Quand, en audience, on est envoyé dans les cordes par un programme intitulé Intraçables, il semble que le message soit limpide : corriger le tir et jouer à fond la carte de la traçabilité, cela va du caleçon aux moindres implications programmatiques (pour causer comme on cause à l’ENA) de la cuisine électorale proposée. Définir très clairement où l’on veut conduire la nation, ses populations, et le chemin à suivre. Pour l’heure, c’est encore un peu flou. Flou et mouvant.

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Le candidat, ces jours-ci, semble muscler sa droite. C’est ce qui ressort de l’émission en question. On y apprend tout de même que le candidat se propose de diviser par deux l’immigration légale (ça c’est pour plaire à droite, justement), qu’il ne vivra pas à l’Élysée s’il est élu (ça c’est pour se démarquer de Macron — quelle audace, quelle rupture, non ?). Et puis, il n’assistera pas au tour de chant de Patrick Bruel (ça, c’est pour complaire à ces dames fémininisses, comme disent les Deschiens). Et aussi, on l’entend reprendre le petit air connu « Travailler plus pour gagner plus », comme quoi il n’y a pas que l’émission elle-même qui relève du réchauffé (là, c’est pour ravir le Medef). Quant à l’âge de la retraite, ce sera 65 balais. Il la voulait à 67 ans il y a peu encore, mais, comme dirait l’autre, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis (là, c’est pour ne pas désespérer l’estimable corporation des fabricants de girouettes). En un mot comme en cent : pas à dire, caquetage et saupoudrage demeurent bel et bien les deux mamelles de ce genre d’exercice cathodique. De ce point de vue, M. Philippe est loin d’avoir démérité. C’est déjà cela.

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Toutefois, l’homme du Havre a par ailleurs quelques motifs de satisfaction. Le service public de télévision va diffuser la série Dans l’ombre, adaptée d’un thriller politique écrit par lui-même en binôme avec le sieur Gilles Boyer, qui est aussi un de ses très proches conseillers en politique. Cela dit, M. Édouard Philippe nous fait quand même la grâce de nous tenir au courant au moins sur un point. La première chose qu’il ferait s’il était élu serait de prendre des vacances, vu que mener campagne ça use, ça userait même énormément à l’entendre. Le temps de trousser un polar, peut-être ? Titré Dans la merde, en référence à l’état où lui et son mentor M. Macron auront laissé le pays ? Ironie facile, me direz-vous. Restons-en donc à Dans l’ombre. Titre éventuellement prémonitoire ? Allez savoir. Dans l’ombre, ne serait-ce pas là où devrait retourner Doudou le Havrais après que les Français auront compris que ce n’est pas seulement une émission des temps glorieux de la télévision qu’on nous refourguerait, mais la flamboyante, la pétaradante politique macroniste des dix dernières années, celle qui nous a fait tant de bien.

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Ex-prof de philo, auteur, conférencier, chroniqueur. Dernière parution : « Je suis Solognot mais je me soigne » éditions Héliopoles, 2025

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