Bibi or not Bibi ? Les Israéliens sont appelés aux urnes le 27 octobre. Nous consacrons à cette actualité notre grand dossier du mois (25 pages)

La vérité attendra. Le 23 septembre, la Cour suprême israélienne a, une fois de plus, ajourné la création d’une commission d’enquête sur l’attaque du 7-Octobre. Confrontée à une énième manœuvre dilatoire du gouvernement (qui a invoqué « les contraintes du calendrier de la Knesset »), la haute juridiction n’a eu d’autre choix que de renvoyer sa décision à après les élections législatives du 27 octobre.
Vent mauvais
Il est pourtant de tradition en Israël, seul État de droit au Moyen-Orient, de mener promptement ce type de travaux lorsqu’une catastrophe ou un scandale de dimension nationale vient de se produire. En 1973, la fameuse commission Agranat a ainsi été formée moins d’un mois après le fiasco de la guerre du Kippour. Mais à présent, un vent mauvais souffle sur les institutions du pays. Se posant en victime permanente des élites, Benyamin Netanyahou ne recule devant aucune outrance populiste pour entraver l’action des contre-pouvoirs.
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Résultat, les responsabilités de ceux qui ont failli lors de l’attaque du 7-Octobre n’ont toujours pas été établies. Alors que divers médias (dont Haaretz dans son édition du 8 septembre) ont pointé des dysfonctionnements graves au sein de l’exécutif, jusqu’au Premier ministre en personne.
Le 27 octobre, les électeurs décideront s’ils veulent que le pays soit dirigé par un homme qui, bien qu’au pouvoir depuis dix-sept ans (sauf la parenthèse Natfali Bennett en 2021-2022), refuse d’assumer ses responsabilités dans les échecs du pays. La partie s’annonce serrée. Face à la détestation insensée de l’État juif, les Israéliens ont tendance à resserrer les rangs. Si le monde entier vomit Bibi, il ne peut pas être mauvais. De plus, au regard des immenses dangers pesant sur la nation, beaucoup préfèrent être dirigés par un homme à poigne quand bien même il prendrait des libertés avec les règles. Aussi excusent-ils Netanyahou quand il refuse certaines embauches dans l’audiovisuel public, repousse la nomination de nouveaux juges à la Cour suprême et s’entoure de ministres non seulement cités dans des affaires de corruption, mais également incompétents, telle la ministre du Tourisme Miri Regev, qui faisait du tourisme au Maroc pendant la dernière grève à l’aéroport Ben-Gourion.
Le piège du tout religieux
Ajoutez à cela la présence au gouvernement d’intégristes juifs qui ne font plus mystère de leur projet de saper le compromis officieux régissant les relations entre pouvoir et religion depuis 1947. Un « statu quo » que l’on pourrait résumer par cette formule d’équilibre : « Israël est en même temps un État juif et une démocratie libérale ». Dopés par une démographie galopante, divers courants ultra-orthodoxes alliés de Netanyahou rêvent de ne plus retenir que le premier terme du contrat social afin de transformer progressivement le pays en régime plébiscitaire, voire en théocratie déguisée en démocratie.
Ne croyez pas que ce portrait accablant de l’équipe sortante émane de quelque esprit gauchiste ou complotiste. Ce constat éminemment inquiet, des conservateurs israéliens dont personne ne conteste le sérieux le partagent aussi : par exemple, Ehud Olmert ou Benny Begin (fils de Menahem), deux figures du Likoud old school classées dans la droite dure en raison de leur défense des implantations en Cisjordanie, mais écœurés par les dégâts commis par leur ancien ami Netanyahou.
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En somme, au-delà d’une classique confrontation entre programmes et entre leaders, l’élection déterminera le sort des garde-fous institutionnels qui depuis près de quatre-vingts ans font d’Israël une démocratie vivante, évidemment imparfaite, mais « sachant cultiver l’héritage biblique dans un attachement commun à la dignité humaine et à la liberté », pour parler comme Golda Meir en 1969. L’élection du 27 octobre est donc proprement existentielle.




