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Violences dans les lycées — notre jeunesse mérite mieux que les marchands de colère

Une tribune de Valérie Rialland, conseillère (UDR) départementale du Var, conseillère municipale du Pradet, enseignante et mère de lycéen


Violences dans les lycées — notre jeunesse mérite mieux que les marchands de colère
Lyon, 6 octobre 2026 © PITTORE/NEIRDAPROD/SIPA

Comment prétendre défendre l’École en détruisant l’École? Beaucoup des émeutiers présents aujourd’hui autour des lycées n’ont en réalité plus leur place à l’école, et pourraient très bien déjà être insérés dans le monde du travail, au lieu d’être les idiots utiles des ambitions de Jean-Luc Mélenchon à l’extrême gauche.


« J’ai demandé à mon fils de rentrer au plus vite. » C’est Sonia, mère d’un adolescent de 16 ans qui me l’a dit hier avec des trémolos dans la voix. Une autre, Marie, me confiait la même inquiétude. « J’ai confiance en mon fils. Ce qui m’inquiète, c’est l’effet de groupe et ceux qui peuvent venir pour en découdre. » Ces mères (les pères aussi !) vivent dans une angoisse indicible depuis une semaine. Un adolescent peut partir le matin pour retrouver ses amis et se retrouver, quelques heures plus tard, pris au piège entre des casseurs armés et des poubelles en feu. A16 ans. Les lycéens ont évidemment le droit de s’exprimer, de contester et de manifester pacifiquement. Et certaines de leurs préoccupations sont réelles. Les professeurs jamais remplacés sont trop nombreux et c’est un véritable scandale. Certains bâtiments qui ont mal vieilli doivent être rénovés. Les classes à 36, la machine infernale Parcoursup exaspèrent et désespèrent. Mais toutes ces difficultés réelles ne justifient pas de fermer les yeux sur le reste.

Un jeune qui manifeste pacifiquement avec une pancarte exerce une liberté démocratique. Un individu cagoulé qui arrive avec des mortiers pour affronter les forces de l’ordre fait autre chose.

Jeudi dernier, à Marseille, un véhicule des marins-pompiers a été pillé puis incendié par des jeunes « lycéens ». Un bus de la RTM a brûlé. À Belfort, un policier a été projeté au sol et roué de coups. On compte désormais par dizaines le nombre de lycées dont le portail voire le hall a brûlé. Pour certains, les dégâts se chiffrent déjà en millions d’euros. Le total cumulé au dernier pointage dans les médias approchait les 50 millions d’euros, à la veille de la journée de mobilisation qui fait peur à tout le monde : préfets, proviseurs, enseignants, mais aussi élèves qui n’ont plus classe et parents terrorisés. Ce ne sont plus des revendications lycéennes. Ce sont des violences urbaines.

L’exemple du lycée nantais Nelson-Mandela parti en flammes est d’ailleurs saisissant. Le lycée avait ouvert en 2014. Un établissement public récent, construit pour offrir de bonnes conditions d’enseignement, est désormais partiellement détruit et donc fermé, au nom d’un mouvement qui réclame… de meilleures conditions d’enseignement ! Comment prétendre défendre l’École en détruisant l’École ?

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Les chiffres permettent aussi de sortir des slogans. Selon l’OCDE, en 2023, les financements publics consacrés aux établissements d’enseignement, du primaire au supérieur, représentaient 4,5 % du PIB en France contre 4 % en Estonie. Pourtant, dans PISA 2025, la France obtient 483 points en sciences, 456 en compréhension de l’écrit et 458 en mathématiques, contre respectivement 527, 499 et 508 pour l’Estonie. Les moyens comptent donc, mais ils n’expliquent pas tout. Il faut aussi avoir le courage de parler d’exigence, d’autorité et d’orientation. L’expérience quotidienne de l’enseignement le montre. La grande majorité de nos jeunes veulent apprendre et avancer. Mais certains ne trouvent plus leur place dans des études générales longues et déconnectées du réel. Pourquoi ? Parce que nous avons progressivement installé l’idée que travailler tôt, à 21 ou 22 ans ou avant, constituait un échec. Pourtant, travailler plus tôt n’est pas une punition. Apprendre un métier en CAP, en BTS n’est pas un déclassement.

Développons des formations professionnelles courtes et qualifiantes, l’apprentissage et de véritables passerelles permettant de reprendre des études plus tard. Faire confiance à la jeunesse, c’est aussi accepter que tous les jeunes ne suivent pas le même chemin.

Mais cette crise pose aussi la question de la responsabilité des adultes. Celle des parents d’abord. Demander à son enfant de rentrer lorsqu’une manifestation dégénère n’est pas l’empêcher de penser. Savoir où il se trouve lorsque son établissement ferme plus tôt n’est pas attenter à sa liberté. Lui interdire de rejoindre un rassemblement où circulent mortiers et individus cagoulés n’est pas faire preuve d’autoritarisme. Cela s’appelle être parent.

Nos adolescents peuvent être intelligents, équilibrés et bien éduqués et néanmoins être emportés par l’effet de groupe. Les réseaux sociaux, leurs algorithmes et les bulles informationnelles accélèrent encore ces phénomènes. Nos enfants ont besoin de confiance, mais ils ont aussi besoin de limites.

Valérie Rialland.

Certains hommes et femmes politiques sont aussi responsables de ce qui se passe aujourd’hui sous nos yeux. La France insoumise a choisi de soutenir activement cette mobilisation. Ses élus et militants se sont rendus devant des établissements et ont appelé à amplifier le mouvement et pour certains justifié la violence ! Face à cette attitude une question se pose. Quelle responsabilité prend un élu lorsqu’il encourage des adolescents à brûler des poubelles devant son lycée alors qu’il sait pertinemment que cela peut dégénérer ? Notre jeunesse ne devrait jamais devenir la force d’appoint d’une stratégie politique. Le rôle d’un adulte n’est pas d’attiser chaque colère. C’est parfois de savoir dire que l’inquiétude est légitime, que la parole mérite d’être entendue, mais que certaines limites ne se franchissent pas.

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Car une inquiétante inversion des valeurs s’installe dans notre pays. Celui qui fait respecter la loi devient suspect, tandis que celui qui la transgresse bénéficie immédiatement d’une justification sociale ou politique. L’autorité serait devenue oppressive et la transgression presque vertueuse. Cette inversion doit être refusée. La police et la gendarmerie ne sont pas des ennemis de notre jeunesse. Elles protègent aussi le lycéen qui veut entrer en cours, le professeur qui veut enseigner et le pompier qui doit pouvoir éteindre un incendie sans voir son véhicule d’intervention caillassé ou partir en fumée.

La liberté de manifester est fondamentale. Celle de ne pas manifester l’est tout autant. Sans autorité de l’État, ces libertés finissent par céder devant la loi du plus fort. Il faut tout autant refuser le discours d’une jeunesse perdue. Chaque jour, les enseignants côtoient des jeunes sérieux, généreux, curieux et capables d’efforts considérables lorsqu’ils trouvent leur voie.

C’est précisément parce qu’il faut croire en eux que l’excuse permanente ne peut devenir leur horizon.

Notre jeunesse mérite une École exigeante, des professeurs devant les élèves, des bâtiments entretenus et des perspectives professionnelles. Mais elle mérite également des adultes qui se comportent en adultes, des parents qui protègent, des enseignants qui transmettent, des responsables politiques qui n’attisent pas et une République qui assume son autorité. Et des jeunes qui prennent leur part du projet pédagogique dans un monde en profonde mutation, notamment avec la déferlante de l’IA.

Aimer notre jeunesse, ce n’est pas applaudir toutes ses colères. C’est lui transmettre ce qui lui permettra demain d’être réellement libre, la culture, un métier, la responsabilité et le respect de la loi. Et lui rappeler cette évidence. On ne construit pas son avenir en brûlant ce que la société a construit pour vous.



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