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L’élection du 27 octobre en Israël est proprement existentielle. Comme l’explique Jean-Baptiste Roques dans son introduction à notre dossier, les électeurs décideront si, oui ou non, ils veulent que le pays soit dirigé par un homme qui, bien qu’au pouvoir depuis dix-sept ans (sauf une parenthèse en 2021-2022), refuse d’assumer ses responsabilités dans les échecs du pays. Pourtant, il existe des arguments pour voter Netanyahou. Si l’État juif et son Premier ministre font l’objet d’une détestation insensée sur la scène internationale, les Israéliens vont resserrer les rangs, en maintenant leur soutien à Bibi. Et au regard des dangers pesant sur la nation, beaucoup d’électeurs préfèrent être dirigés par un homme à poigne. Le 27 octobre, les Israéliens auront à choisir – explique Gil Mihaely – entre deux conceptions de leur nation : un régime combinant libéralisme politique et respect de l’identité juive, ou un système niant l’état de droit et déléguant la définition du caractère juif à l’orthodoxie religieuse. C’est la question laissée sans réponse depuis 1948 : qu’est-ce qu’un « État juif » ? Justement, selon l’analyse de l’historien Aviad Kleinberg, certains courants orthodoxes et nationalistes, de plus en plus influents en Israël, pensent que la démocratie libérale est la marque du seul Occident chrétien, et qu’à ce titre, l’État juif doit divorcer des Lumières. Plus que jamais, l’avenir du pays dépend de la résistance des modernes à cette offensive obscurantiste.
Si Netanyahou perd, qui accédera au pouvoir ? Est-ce que ce sera son rival le plus sérieux, Gadi Eizenkot, fils d’une famille juive marocaine, élevé à Eilat puis formé par les fortes têtes de Golani ? Pour Gil Mihaely, sa sobriété et son dédain pour l’emphase pourraient offrir un contrepoint salutaire à un Israël chauffé à blanc depuis le 7-Octobre. Nathalie Ohana se demande si, trois ans après les massacres, l’État juif saura une nouvelle fois se réinventer à la faveur de ce grand rendez-vous démocratique. Barbara Lefebvre analyse la série israélienne, Fauda, dont la cinquième saison restitue l’attaque terroriste du 7-Octobre avec un réalisme époustouflant. Les critiques acerbes de Libération, ce journal qui ne cesse de relayer la propagande islamiste, n’ont pas empêché la série de connaître un succès dans la plupart des pays arabes. Beaucoup des « grands » médias français reproduisent les mêmes mensonges que Libé. Pourtant, rectifie Gil Mihaely, il n’y a pas eu de « famine » à Gaza, les « journalistes tués » étaient des djihadistes, et de nombreux « employés de l’UNRWA » étaient des agents des terroristes.
Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy compare la réaction populaire, surtout chez les jeunes, à la visite de Léon XIV aux scènes de chaos et de violence qui ont accompagné le mouvement de protestation des lycéens. Conclusion : « Il est difficile de ne pas penser que Léon XIV incarne notre passé et Bally Bagayoko notre avenir. Et ça, ce n’est pas une « bonne nouvelle » ». Notre directrice de la rédaction revient aussi sur l’affaire Charles Sapin qui montre que Radio France, tout occupée à faire « barrage à l’extrême droite », vit dans une réalité parallèle ou le pluralisme est impensable. « Tout le camp progressiste se satisfait d’un pluralisme limité, comme la souveraineté des pays frères de l’URSS dans le pacte de Varsovie ». Franz-Olivier Giesbert, dont les propos ont été recueillis par Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, salue le travail d’enquête mené par Sarah Knafo dans Le Casse du siècle. Ce livre a le mérite de dénoncer notre modèle social avec un humour devenu rare. FOG brosse le portrait d’une talentueuse figure du libéralisme capable d’œuvrer à l’union des droites, tout en lui déconseillant, pour le moment, la course à l’Élysée.
Ceux qui ont du mal à comprendre le trumpisme devraient aller faire un séjour dans le bayou. Dans son premier reportage pour Causeur, Louis Sarkozy a rencontré des chasseurs d’alligators autour du gouverneur de Louisiane qui est en campagne pour les midterms. Tout vulgaires qu’ils sont, ils travaillent dur, vivent libres et selon leurs principes, et voient dans l’Europe un continent à la ramasse. Jean-Baptiste Roques nous emmène dans l’ex-Allemagne de l’Est où on ne pense pas comme l’Ouest, France comprise. L’AfD y fait des scores pétaradants. Le parti, né d’un mélange de révolte contre la politique migratoire de Merkel et de nostalgie de l’URSS (eh oui), prône aussi la liberté de penser ce qu’on veut de la Shoah. Une voisine pas très rassurante, et bientôt surarmée. Ensuite, Sylvie Perez nous ramène à Bruxelles, où elle a rencontré Frank Furedi. Cet intellectuel défenseur du populisme a été trotskiste, communiste, libertaire anti-étatiste, anti-wokiste et enfin orbaniste. Un expert du grand écart ? Non, un fidèle de la liberté, et un fidèle du peuple, répond-il ! Portrait d’un aventurier-sociologue.
De mon côté, j’essaie de voir clair à travers le bruit et la fureur qui entourent les derniers progrès de l’IA. Cette nouvelle technologie s’emballe et s’emballe si fort que des pontes de la Silicon Valley démissionnent, effrayés de la voir toujours plus autonome, jusqu’à, disent-ils, pouvoir tuer l’humanité. Mais la régulation ne semble pas encore au programme : un ralentissement de l’innovation signifierait, pour les Américains, de laisser la première place aux Chinois. Et l’IA en littérature ? Jonathan Siksou analyse le cas de Thélyson Orélien, le chouchou de cette rentrée qui aurait généré son livre par IA. Face au scandale, le Landerneau littéraire a crié au racisme, évitant le vrai problème : la qualité de la production contemporaine.
Chez nos chroniqueurs, Olivier Dartigolles salue en la visite de Léon XIV une espérance pour tous les Français, qu’on croie au Ciel ou qu’on n’y croie pas. Pour Ivan Rioufol, le double effondrement de la croissance et de l’enseignement en France confirme l’échec des centristes melliflus. Après des décennies d’endoctrinement, le peuple français est en train se réveiller. Emmanuelle Ménard nous présente les débuts de la campagne présidentielle vue de Béziers, pendant que Gilles-William Goldnadel, président d’Avocats Sans Frontières, ne décolère pas depuis qu’Emmanuel Macron a proféré à la tribune de l’ONU des mensonges sur Israël.
Côté culture, Tintoret est au musée Jacquemart-André et il vaut mieux s’y presser, nous recommande Georgia Ray. On y voit des corps michelangelesques, aux gestes dramatiques et tremblants, bercés par les ors et les roux, en lutte ou en extase, d’une magnifique et haute matérialité. Une leçon de pesanteur et de grâce pour nos petites âmes dévorées par le virtuel. Acteur lyrique, tragédien éblouissant, Philippe Girard a incarné la langue des plus grands poètes du théâtre. Se confiant à Yannis Ezziadi, il nous transmet l’enseignement de son maître Antoine Vitez, l’homme qui a changé sa vie. Patrice Jean nous fait connaître le monde magique de l’influenceuse Lena Situations, où capitalisme et communisme ont fusionné. A coups de vidéos YouTube, elle a inventé le kolkhoze en bikini ! Les prolétaires sont riches, à moitié à poil, et le cul au bord d’une piscine. Dieu merci ils ne travaillent pas – les sponsors paient le loyer.
Julien San Frax a visité la galerie de Martine Gossieaux qui est un temple de poche où l’on vénère le dessin d’humour. À ses simaises, Sempé, Chaval ou Savignac clabaudent gaiement dans leurs traits de crayons et leurs traits d’esprit, indifférents à jamais au catéchisme et au ricanement contemporains. Emmanuel Domont salue la publication du deuxième roman d’Esther Teillard, une traversée existentielle drôle et trash ; Yannis Ezziadi, un livre d’art de Lilian Euzéby, dont le coup de pinceau se double d’une belle plume ; et Jonathan Siksou, une anthologie signée Thomas B. Reverdy pleine de poésie sur l’idée de ville, véritable kaléidoscope littéraire qui reflète les multiples vies citadines. Pour Jean Chauvet, c’est un film russe, Grand Prix du jury au dernier Festival de Cannes, qui domine nettement les sorties cinéma de ce mois d’octobre. Minotaure, signé Andrei Zviaguintsev, s’impose par sa redoutable maîtrise. Enfin, Emmanuel Tresmontant est allé au marché Saint-Martin découvrir le repère que l’Israélien Roy Hendel vient d’ouvrir et qui est dédié aux épices d’Orient et d’Asie. C’est auprès de petits producteurs à travers le monde qu’il déniche lui-même ces épices dont les parfums et les saveurs ancestrales inspirent déjà la gastronomie du futur. Mais n’oubliez pas que, en termes d’actualités, Causeur est le piment de la vie.
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