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Les démissionnaires de la démission


Cela pourrait relever d’un certain syndrome, le syndrome de la bernique (patelle vulgata pour les puristes), ce mollusque qui a la réputation de rester accroché à son rocher quoi qu’il arrive. Ni les flots tempétueux, ni les vents déchaînés ne parviennent à lui faire lâcher prise, à ce qu’on dit sur nos côtes.

Ce syndrome semble sévir avec la même intensité chez nombre de nos élites, surtout celles auto-proclamées. On s’accroche, on résiste. Rien ne semble pouvoir leur faire lâcher prise. Ni les échecs accumulés, ni la honte de l’impéritie, ni l’indécence d’une immunité qu’elles se sont elles-mêmes accordée, ni le ridicule du déni d’irresponsabilité dont l’expression la plus classique, la plus courante tient en ces quelques mots : « C’est pas moi, c’est les autres. »

Bref, dans ces milieux qui sont le haut du panier (de crabes) où nous tâchons de survivre, on ne démissionne pas. Jamais.

Dans l’épouvantable, la révoltante, la désastreuse affaire qui a conduit au martyre de la petite Lyhanna, calamité judiciaire où se trouve illustrée grandeur nature et dans toute son horreur la faillite d’un système, où l’accumulation des manquements tout au long de la chaîne serait à peine digne du plus sordide, du plus pervers des scénarios sortis d’un cerveau malade, dans ce désastre absolu, disais-je, à cette heure, on n’enregistre toujours pas la moindre démission. Rien. Personne dans la sphère en question ne se sent assez concerné par cette abomination pour en tirer la seule conclusion que devrait inspirer ne serait-ce que le reliquat d’un soupçon de dignité, la démission. Non, on attend. D’éventuelles sanctions peut-être, si toutefois il en tombe un jour…

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Chez ces gens-là, Monsieur, on ne démissionne pas. On attend que la bourrasque passe.

Dans un registre fort heureusement moins atroce, nous avons eu le fric-frac hautement comique du Louvre avec le vol de joyaux d’une certaine couronne. Un casse à la papa qui aurait mis en joie les Pieds Nickelés. Là aussi, pas de démission. La directrice de l’époque a cru bon de faire savoir, quelques jours après le coup, qu’elle l’avait présentée, sa dém’ comme on dit, et que celle-ci avait été refusée. La belle affaire ! Quelle hypocrisie ! De qui se fout-on ? À ce degré d’incompétence, de défaillance, on ne présente pas sa démission, on ne propose pas sa démission, on l’impose ! Là encore, affaire de courage, de décence.

Et puis, il y a de surcroît l’affaire Bruel. Le gars (comme dirait Bigard) clame son innocence. Dont acte. Il n’en reste pas moins que les plaintes sont là, qui s’accumulent, prises apparemment au sérieux par l’institution judiciaire. En la circonstance, de nouveau émerge l’esquisse d’une question de dignité. Le mis en cause pouvait fort bien, dès les premières salves – certes clamer haut et fort son innocence – c’est son droit -. Mais il pouvait dans le même mouvement décider de se mettre en retrait des feux de la rampe. La sérénité dans la dignité et avec panache, quoi. Ou quelque chose d’approchant.

Alors, je sais bien, on arguera de la présomption d’innocence, du droit à poursuivre l’activité professionnelle. Comme, par exemple, ce devrait être le cas pour un plombier, un charpentier, un boulanger. Sauf qu’un plombier, un charpentier, un boulanger ne vient pas, son boulot effectué, à la pêche aux applaudissements, ne réclame en aucune façon la célébration de sa petite personne. Un chanteur, un acteur, si. C’est toute la différence.

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Le Bruel qui persiste à jouer – il a continué jusqu’à ce que la situation devienne pour lui franchement intenable – le fait parce qu’il s’estime encore légitime à recevoir – et donc à mériter – les applaudissements des spectateurs, l’expression vibrante de l’admiration des gens. Et cela non pas seulement pour ce qu’il fait (le job) mais pour ce qu’il est (sa personne). Moment privilégié que, peut-être bien, il se voit encouragé à vivre comme une sorte d’absolution profane qui ne dirait pas son nom.

Une chose enfin, pour répondre à ceux qu’offusquent celles de ces dénonciations qui leur paraissent tardives. Voilà quelques années encore, lorsqu’une jeune femme – employée par exemple dans un hôtel de luxe – venait se plaindre à sa hiérarchie du comportement déplacé d’un client classé VIP, elle ne pouvait être assurée que d’une chose : avoir à faire son petit baluchon sans tarder. Virée ! Sur le champ ! C’était la règle. Je peux en témoigner. Que cela ait changé me semble être quand même une excellente chose. N’en déplaise aux Casanovas tout en gueule et en fantasmes, les nostalgiques du silence des agnelles. Ils sont encore légion, hélas.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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La nuit transfigurée

Hitler en chantant…


La bande-son du national-socialisme restait à raconter. Grâce à Isabelle Mity, c’est chose faite [1]. Dans Les Maîtres Chanteurs du IIIe Reich, la germaniste et musicologue ne se contente pas de brosser le panorama des compositeurs et des partitions prisés par un régime prompt à bannir la Entartete Muzik, la « musique dégénérée », elle aborde toutes les facettes du répertoire, du classique à la chanson populaire, du lyrique à la musique de films, du jazz au swing, de la salle de concert au baraquement concentrationnaire. Elle explore aussi ses prémisses, ses ascendances et ses instrumentalisations (Bach, Beethoven, Wagner, Bruckner, Liszt), jusqu’à ses prolongements du Vieux Continent au Hollywood de l’après-guerre.  

Musique omniprésente

On comprend sous la plume de Mity à quel point la musique a battu la mesure de la Seconde Guerre mondiale. Elle est partout, portée par les ondes dans les foyers, répandue sur le front autant qu’à l’arrière par les soldats et les chœurs de l’armée, investissant salles de concert et… camps d’extermination.

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Cette omniprésence se développe par étapes, on suit les modalités de la mise au pas et de l’aryanisation du milieu artistique comme du répertoire :  Chambre de la musique du Reich (instituée dès 1933), stigmatisations, exclusions, exils (Schoenberg, Adorno, Hindemith, etc.) ; ambiguïté des cas Furtwängler et Richard Strauss ; subtils calculs où s’échafaudent les esquives et, a contrario, les compromissions, voire les comportements opportunistes, tel le prodige Karajan, précoce adhérent au parti ; patient travail d’épuration de l’industrie discographique et de la musique de divertissement, notamment de l’opérette honnie (Franz Lehar). Les nazis instaurent dans le même temps une « véritable rééducation par le chant » sous la bannière de la musique chorale, systématisée dans les organisations de jeunesse et paramilitaires.

Diplomatie musicale

Le chant, mais aussi l’orchestre : « L’idéal nazi en musique est le compositeur romantique du XIXe siècle, version monumentale et héroïque », Carmina Burana de Carl Orff (commande de 1937) en offre « l’ersatz le moins calamiteux ». Parangon de l’esthétique nazie, Werner Egk (1901-1983) est le vecteur essentiel de la « stratégie de diplomatie musicale » ; la phalange symphonique figure par excellence l’outil « de légitimation puis de conquête » : Philharmonique de Berlin, Staatoper (opéra d’État) à l’assaut de l’Europe ! « Les musiciens classiques, observe Mity, donnèrent du cœur à l’ouvrage aux soldats, les confortant dans leur mission de sauveurs du patrimoine allemand mais, ajoute-t-elle, ce n’étaient pas eux qui jouaient le premier rôle. » Puis au fil des mois, « la musique légère fut de plus en plus favorisée, et le conflit provoqua une des plus grandes contradictions au sein du régime : le florissement du jazz, adouci en swing, alors même qu’il devait être éradiqué ».

L’ouvrage pointe cet étonnant paradoxe : « en 1943, malgré la bureaucratie censée épurer le milieu musical, des Juifs continuent à jouer de la musique conspuée par le régime » et « la force de frappe de la culture américaine taille des croupières à l’idéal national-socialiste ». Goebbels comprend qu’il ne peut éradiquer les rythmes en vogue, particulièrement à la radio. Il tente donc de « germaniser » le swing, dont il constate l’attrait jusque dans ses rangs. Isabelle Mity mentionne cette photo de Dietrich Schülz-Köhn, officier nazi et éminent spécialiste de jazz, posant à Pigalle avec le manouche Django Reinhardt flanqué de quatre musiciens noirs et, en arrière-plan, Henri Battut, un Juif à qui l’Allemand fournit des tickets de rationnements…

Pessimistes et optimistes

Dès 1940, Goebbels monte l’orchestre Charlie and His Orchestra, propre à rivaliser avec le jazz british via « Germany Calling », émission débitant sa propagande dans la langue de Shakespeare. Plus tard, il tente de galvaniser les foules en radiodiffusant à répétition le « Concert des auditeurs pour la Wehrmacht ». Partitions triomphantes d’Herbert Windt ou de Norbert Schultze pour le grand écran, films d’actualités et longs métrages se fondent dans une même fanfare. Le 7ème art du Reich est aussi une usine à tubes pimentée de mélodies (Franz Grothe, Peter Keuder). Les ritournelles lascives du rossignol chilien Rosita Serrano et de la star suédoise Zarah Leander colonisent le paysage cinématographique jusque dans les pays conquis. Ô ironie, Zarah Leander, « porte-voix de la communauté homosexuelle persécutée sous le IIIe Reich », et qui fuit le joug nazi en 1943, deviendra l’icône gay que l’on sait. Restent, pour faire rêver, le duo Marika Rökk et Johannes Heesters… Et Lili Marleen, mélodie au destin fabuleux, transitant du joyeux vibrato de Lale Andersen – via les roucoulades de la collabo Suzy Solidor – à la rauque et mélancolique tessiture de Marlène Dietrich.

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Plus éprouvante est la voix du Lager, celle, difficilement imaginable, qui sourd de Dachau, de Ravensbrück, de Buchenwald, et dont rend compte la dernière partie du livre, sous l’intitulé À la mort, à la vie. Lecture effarante, qui détaille implacablement cette danse de morts-vivants orchestrée par le crime. Mais Ullmann, Krasa, Haas, Klein ou encore Ilse Weber, compositeurs gazés, survivent à travers leurs œuvres qui nous sont parvenues, pour certaines à l’état de fragments. Selon la célèbre formule de Billy Wilder, citée par Isabelle Mity, « les pessimistes ont fini à Hollywood et les optimistes à Auschwitz ». Toutefois, grâce à Krenek, Wellesz, Schoenberg, Kurt Weill, Korngold, Eisler et tant d’autres, la nuit musicale est transfigurée.   


Les Maîtres Chanteurs du IIIe Reich. Musiques et musiciens sous le nazisme, Isabelle Mity, Perrin, 2026. 336 pages

Cette édition propose, à partir d’un QR code à scanner, une playlist de 120 titres disponibles sur Deezer qui suit la structure du livre.


[1] On lui doit déjà le remarquable Les actrices du IIIe Reich. Splendeurs et misères des icônes du Hollywood nazi, Perrin, 2022.

Sale ambiance en Nouvelle France

Refusant l’héritage de notre cher et vieux pays, la « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon acte la fragmentation de la République et le recul de la civilité. Dans les rues, les stades et les lieux de convivialité, le travail de sape a commencé. Mais la vieille France n’a pas dit son dernier mot.


D’abord un aveu. En préparant ce dossier, nous avons enfreint, en plus de la simple logique, une règle déontologique élémentaire : ne pas parler d’un événement qui ne s’est pas encore produit. Notre numéro étant parti à l’imprimerie le 27 mai, trois jours avant la rencontre PSG-Arsenal, nous ne pouvions pas savoir si les violences, affrontements et dégradations que tout le monde anticipait, à commencer par le ministre de l’Intérieur, se sont effectivement produits.

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Nous avions malheureusement peu de chances de nous tromper puisque c’est désormais la norme. Peu importe qu’il s’agisse d’une victoire ou d’une défaite : chaque grande fête du sport est célébrée par des casseurs déferlant sur la capitale, y semant le chaos et agressant les forces de l’ordre, comme le 6 mai, après la demi-finale PSG-Bayern. Si la soirée du 30 mai s’est déroulée dans le calme, que les échauffourées annoncées n’ont pas eu lieu, nous battons notre coulpe. Tout en remarquant que cette divine surprise est l’exception qui confirme la règle.

Une jeunesse agressive

Le phénomène est désormais établi. Le sport le plus populaire de notre pays, celui qui nous a offert tant d’occasions de communion nationale, dont l’inoubliable victoire de la France lors du Mondial de 1998, nourrit autant la rubrique « violences urbaines » que la chronique sportive. Seuls les (nombreux il est vrai) militants de l’aveuglement le décrivent encore comme un haut-lieu du « vivre-ensemble », mot qui fait d’autant plus florès que la chose disparaît. À la différence du rugby, dont le public familial, enchanté par son légendaire fair-play (voir l’article de Gavin Mortimer dans notre dossier du mois) et sa boboïsation croissante (analysée par Pierre Vermeren), grossit d’année en année, les après-matchs du ballon rond attirent une jeunesse agressive, à l’affût du moindre prétexte pour afficher sa haine des forces de l’ordre et montrer à qui veut l’entendre qu’elle ne compte surtout pas faire la fête avec ceux qui ne lui ressemblent pas. À l’avant-garde d’une « colonisation à l’envers », pour parler comme Gaël Nofri, ces supporteurs-racailles appartiennent pour la plupart à la « Nouvelle France » dont Jean-Luc Mélenchon parle désormais tous les jours, en essayant de faire accroire qu’il désigne là toute la jeunesse du pays, et pas spécialement sa composante immigrée. Cela ne signifie évidemment pas que toute la jeunesse immigrée se reconnaisse dans cette Nouvelle France. Mais ceux qui veulent au contraire s’approprier les mœurs et la culture de la France d’avant (ce qui ne suppose pas qu’ils deviennent blancs et chrétiens) n’intéressent pas les Insoumis.

A lire aussi: Le sport, continuation de la guerre par d’autres moyens, et inversement

Il faut apprendre à parler le Mélenchon. À « Nouvelle France », nouveau lexique. Chez LFI, on dit « genre » au lieu de « sexe », « sioniste » au lieu de « juif », « emprise » au lieu de « relation amoureuse », « pays arriéré » au lieu de « campagnes françaises », « génocide » au lieu de « guerre antiterroriste », « fascisme » au lieu de « droite », « antifas » au lieu de « milice gauchiste », « victime de l’islamophobie » au lieu de « musulman », « toxique » au lieu de « viril », « non racisé » au lieu de « Blanc », « intersectionnel » au lieu d’« incompatible », « systémique » au lieu d’« accidentel », « petit personnage sorti du chapeau » au lieu de « Mohammed Merah », « gentrification imposée » au lieu de « développement économique en banlieue » et « faites mieux ! » au lieu de « je reviendrai ! ».

Faire table à part

Mais revenons aux émeutes du PSG, pardon aux « rixes d’après-match ». Sont-elles une parabole d’un avenir dans lequel nous n’aurons même plus de langage commun pour nous disputer ? Quand une partie de la population refuse ostensiblement de partager avec le reste du pays ses moments de joie, non seulement dans les stades mais aussi à table, l’autre lieu par excellence de la convivialité, on se demande si les Français veulent et peuvent encore vivre ensemble. Le 29 avril, le recteur de la Grande Mosquée de Paris n’a pas hésité à accuser le Canon français, ces dîners pantagruéliques au succès grandissant dans toute la France, « d’exclure symboliquement ceux qui ne ressemblent pas » (sic). Le 19 mai, la députée LFI Sarah Legrain en a remis une couche à l’Assemblée nationale en prétendant que « le Canon français sème la terreur dans le pays ». Des propos délirants, mais significatifs : l’élue est terrifiée par des manifestations joyeuses de la culture populaire. Parce que ce n’est pas le bon peuple. Cachez-moi ces cochonnailles. La « Nouvelle France » de LFI n’est pas un enrichissement, mais un effacement. Le Canon français est au contraire tout ce qu’il y a de plus accueillant. Tournée culinaire ouverte à tous, on y sert à des milliers de participants des repas typiques de l’hospitalité française, avec notamment du jambon et du vin que personne n’est bien évidemment obligé de consommer.

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Esprit des banquets républicains, où es-tu ? Emmanuel Macron a pour ainsi dire apporté sa réponse en déclarant à Alexandrie le 9 mai que « l’épicentre du français ne se trouve pas sur les quais de Seine, mais dans le bassin du fleuve Congo ». Manière faussement savante et vraiment démissionnaire de dire que nous nous situons à présent aux confins d’un immense ensemble postcolonial où le nombre prime sur l’histoire. La France ne doit plus être une référence en matière de langue française.

Un sursaut est-il encore possible ?

Consterné par les propos présidentiels, Robert Ménard rétorque que la continuité historique et la cohésion nationale ne sont pas des trésors perdus, ni des gadgets de communicants. La preuve, il est parvenu, en douze ans de mandat municipal, à remettre Béziers sur les rails de la République. Mathieu Bock-Côté et Nicolas Pouvreau-Monti sont plus circonspects. Le premier parce qu’il analyse la « Nouvelle France » comme une culture fonctionnant sur le mode impitoyable de la conquête territoriale. Le second parce qu’il assure que nous n’avons encore rien vu en matière de submersion migratoire. Cependant, aucun des trois n’écarte complètement la possibilité d’un sursaut, d’un changement de cap dont le premier résultat serait un arrêt de l’immigration. Reste à savoir comment réaliser ce prodige politique qui passe par une large coalition des droites.

Bock-Côté, qui se définit dans son dernier ouvrage comme un « pessimiste joyeux », n’est donc pas si désespéré. Il faut dire que, pour ne pas ruiner son moral, nous avons renoncé à le questionner sur Master Poulet, cette antithèse du Canon français tant vantée par LFI. Nous avons préféré envoyer Jonathan Siksou sur le terrain, autrement dit tester un établissement de la chaîne. Grâce soit rendue à l’auteur de Triompher en festins : une histoire de France en vingt repas (Perrin), qui non seulement a relevé le défi, mais en a tiré un chef-d’œuvre de drôlerie et un modèle de grand reportage.

Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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« Ça n’intéresse pas le ministre ! »


Dans la non-communication actuelle entre les entreprises et le gouvernement, en dehors des consultations des pseudo « partenaires sociaux », on pourrait croire qu’il existe une possibilité de s’adresser aux ministres ou à leur cabinet pour attirer leur attention sur des sujets de préoccupation majeure pour leur entreprise. C’est ainsi que des centaines de lettres sont acheminées ou portées au ministre concerné; le tout, évidemment, doublé de courriels. On fait les deux pour être sûr que, sur un malentendu, quelqu’un prenne connaissance du message ! On peut passer de très bons moments à lire la réponse qui arrive, souvent trois mois après le recours engagé. Elle vous remercie alors « de l’intérêt que vous portez aux actions du ministre », alors même que vous avez incendié ce dernier en pointant les anomalies ou le problème rencontré sur le sujet évoqué. Que nenni !

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Cocon

Ces réponses stéréotypées et inadaptées ne sont pas nouvelles. Mais en cette période grinçante où nos forces vives sont sur un fil et ne décolèrent pas, il est d’autant plus important que les ministres interpellés répondent en marquant une attention intelligente à ce qui leur a été dit ou demandé. Or, il n’en est rien, pour une simple raison : les ministres sont « préservés » et laissés dans un cocon par des conseillers (vertueux, forcément !) se chargeant de ne pas encombrer l’esprit du ministre (intègre, forcément) par des problèmes ou réclamations de la piétaille économique. Une des premières réformes, simple et gratuite, serait d’exiger que tout conseiller d’un ministère (et il y en a pléthore) ait passé au moins trois ans dans des entreprises privées. Pas seulement dans un cabinet de conseil, et pas seulement à Paris ! En effet, frais émoulu de Sciences Po ou de l’ENA, notre jeune conseiller, intitulé sobrement « économique », sera chargé de prendre ou non en considération le courrier envoyé à son ministre. En cas de doute existentiel, il pourra aller jusqu’à transmettre ledit courrier au secrétariat du ministre. En cas d’extrême gravité, cela pourra remonter au directeur de cabinet, après être passé par le chef de cabinet, qui ne se remet toujours pas d’avoir obtenu son titre : un assistant qui fait des notes, mais qui est chef ?! Des cabinets qui n’ont d’autre pouvoir que de bloquer.

Les entrepreneurs étouffent

Ce fonctionnement gouvernemental, donc de l’État, est un problème crucial alors que l’informatique, les réseaux sociaux et les messageries ont rendu notre monde interactif au plus haut niveau. « Messieurs les ronds de cuir », a-t-on envie de dire, comment n’avez-vous pas évolué et trouvé le moyen d’étudier avec sérieux et respect les remontées des entrepreneurs qui souffrent ? Ces petits hommes gris continuent de gouverner par l’interdiction et de vivre dans leur monde administratif, en ne comprenant pas eux-mêmes ce qu’ils administrent.

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C’est ainsi qu’alerté sur le fait qu’il conviendrait de réfléchir à une manière de souhaiter une bonne fête aux entreprises (24e édition de « J’aime ma boîte » le jeudi 15 octobre !) et aux Français qui travaillent, le ministre du Travail et des Solidarités a fait répondre – ou du moins le chef de cabinet a répondu – que l’agenda du ministre (cinq mois à l’avance, et sera-t-il encore ministre ?) ne permettrait vraiment pas de répondre positivement à tout ce qui était évoqué ! Par exemple, en enregistrant un simple message vidéo pour souhaiter une bonne fête aux entreprises ! Par-delà le fait scandaleux que le ministre du Travail ne s’intéresse pas à la célébration du travail, il y a la gestion du temps : la nouvelle manie des conseillers est d’attendre et de gérer l’agenda du grand chef selon leur bon vouloir et les fluctuations possibles d’un emploi du temps. C’est donc deux ou trois jours avant que l’on a confirmation de sa participation à un débat, une réunion ou un déplacement… selon la formule consacrée : « l’agenda du ministre ne lui permettra peut-être pas d’honorer son engagement ». Tout est dit. Un chef d’entreprise, lui, s’engage sur tout et à tout moment. Un ministre a tous les droits et peu de devoirs ?

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Quand par hasard on a réussi à communiquer sur la proposition faite ou sur la réforme suggérée, on vous répond systématiquement (c’est la nouvelle mode) : «Oui, mais c’est difficile, il faut d’abord faire de la pédagogie», avec un air lourd, sous-entendu « aux imbéciles qui ne comprendraient pas ». «Faire de la pédagogie» est le nouveau mantra de ceux auxquels, au contraire, les entrepreneurs devraient faire de la pédagogie ! Nous entrons dans une période terrible où les candidats à la présidentielle ne vont certainement pas se risquer à faire la pédagogie de quoi que ce soit. Le meilleur exemple est celui des retraites, car personne ne prendra le risque d’expliquer qu’il est obligatoire (sans discussion possible) de rallonger le temps de travail des salariés français pour la survie du modèle économique français. On confond donc « pédagogie » et « démagogie »… c’est plus simple.

Liberté de circulation: les Français n’en ont pas totalement fini avec les ZFE!

L’État de droit, c’est plus fort que toi ! Le Conseil constitutionnel rallume la mèche sociale. Le 21 mai, il a censuré 25 articles de la loi de simplification de la vie économique, dont celui abrogeant les ZFE. À cause des Sages de la rue de Montpensier, nous n’en avons donc pas fini avec cet « apartheid » social masqué sous couvert de vertu écologique.


La technocratie écocitoyenne est, paraît-il, pavée de bonnes intentions. Une de ses incarnations normatives porte un acronyme bien connu : ZFE, pour « Zones à Faibles Émissions ». Derrière cette formule lissée se cache une réalité infiniment plus brutale que les promoteurs pseudo-écolos du projet tentent de masquer : la transformation de nos métropoles en « Zones à Forte Exclusion ». Sous prétexte de purifier l’air des centres-villes, l’État a voulu organiser le bannissement des classes populaires et moyennes périphériques.

Des centres-villes réservés aux bobos

L’absurdité de ce projet, comme jadis la fermeture de Fessenheim, saute aux yeux. Cette mesure ne présente aucun avantage écologique global substantiel. Elle déplace le problème, privatise le centre pour les privilégiés qui roulent à l’électrique, et rejette les émissions au-delà du périphérique. On ne règle pas la précarité énergétique et automobile des Français, on la repousse hors de vue des privilégiés du centre-ville.

Le caractère profondément discriminant des ZFE est en effet d’une violence inouïe. Pour des millions de Français, la voiture n’est pas un luxe, c’est un outil de survie. C’est le seul moyen de se rendre au travail, d’emmener un enfant chez le médecin, au sport, ou de maintenir un lien social. Décréter qu’un véhicule un peu ancien n’a plus le droit de cité, c’est assigner à résidence ceux qui n’ont pas les moyens de débourser 20 000 ou 30 000 euros pour une voiture électrique. C’est punir la pauvreté et récompenser le riche propriétaire d’une Tesla ou d’un SUV hybride.

A lire aussi: Alexandre Jardin : Gueux malgré eux

Cette déconnexion totale des élites prépare activement une nouvelle « révolte des gueux », comme le martèle l’écrivain Alexandre Jardin, fondateur du mouvement. À force de mépriser la France des fins de mois, celle qui travaille mais ne vit pas dans les beaux quartiers, le pouvoir allume la mèche d’une colère sociale explosive. Comment s’étonner du ressentiment grandissant des Français à l’égard de la politique quand on interdit l’accès à la ville à ceux-là mêmes qui font tourner le pays en occupant les postes les moins rémunérés et les plus pénibles ?

Décision inique

Le summum du déni démocratique a été atteint par une décision purement politique des neuf « Sages » du Conseil constitutionnel. Alors qu’un sursaut de lucidité avait saisi le Parlement (l’Assemblée nationale et le Sénat ayant voté de concert la suppression de ces zones absurdes), les magistrats de la rue de Montpensier ont choisi de rétablir les ZFE. Une décision inique qui en dit long sur le caractère hors-sol et la gauchisation de cette institution, qui avait déjà censuré la loi immigration pour les mêmes raisons idéologiques.

A lire aussi, Pierre Meurin: « Sur les ZFE, je ne lâcherai rien ! »

Nous n’avons cessé, depuis des années, de dénoncer cette prise de pouvoir des juges qui nient la réalité du terrain et court-circuitent les élus locaux comme le Parlement. En imposant par le haut une mesure inapplicable et injuste, le Conseil constitutionnel (et l’État, qui ne proteste pas) s’entêtent dans l’écologie punitive au détriment de l’adhésion populaire.

Le peuple pense mal ? Ignorons le peuple, nous dit le pouvoir. Notre démocratie ne peut plus fonctionner en affichant un tel mépris de la majorité silencieuse. L’heure est venue, comme en Suisse, de consulter le peuple par référendum sur tous les sujets majeurs (immigration de peuplement, écologie punitive, éolien, sécurité, fiscalité, etc.). Autant de sujets sur lesquels l’opinion des Français n’est jamais prise en compte.

Si la transition écologique doit se faire contre les plus modestes, déjà durement touchés par l’explosion des prix des produits de première nécessité, elle ne se fera pas. Faute de quoi, les ZFE ne purifieront pas l’air, elles embraseront la société. Mais les aveugles et sourds qui nous gouvernent en ont-ils conscience ?

🎙️ Podcast: « Malaise dans la génération Z »: le nouveau livre de Pierre Valentin

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Avec Pierre Valentin et Jeremy Stubbs.


Pierre Valentin est un penseur et essayiste qui a déjà publié Comprendre la révolution woke, ouvrage fondamental sur les dérives récentes de l’idéologie progressiste (Gallimard, 2023) et qui anime la chaîne YouTube Transmission destinée à mettre en scène des conversations longues entre membres de différentes générations.

Il vient de publier Malaise dans la génération Z (Gallimard), livre d’une importance capitale pour comprendre pourquoi les jeunes nés à partir de 1995 semblent souffrir plus que les générations qui les ont précédés, notamment les « boomers ».

A lire aussi: Les hommes, ces indésirables

Pierre Valentin nous parle des six facteurs qu’il a identifiés pour expliquer la situation critique de beaucoup de jeunes aujourd’hui.

  • la numérisation. L’addiction aux écrans et aux réseaux dits « sociaux » crée pour beaucoup de jeunes une illusion de sociabilité et les enferme dans une vraie solitude. De surcroît, un grand nombre de parents encouragent cet isolement relatif dans un souci de surprotection.
  • le Covid-19. Cette tendance à la surprotection a été renforcée par l’Etat qui nous a imposé un confinement de longue durée. C’est ainsi que, dans une certaine mesure, l’isolement est devenu une vertu civique, symbolisée par la façon dont certains jeunes continuent de porter le masque dans l’espace public. Pour beaucoup, la relation à autrui est restée pathologique.
  • l’ « effondrement de l’avenir ». Il ne s’agit pas d’une dualité entre l’optimisme et le pessimisme. Dans les sondages, beaucoup de jeunes se qualifient d’ « optimistes ». Le problème, c’est que leur propre avenir est devenu illisible pour eux. Les perspectives d’un emploi stable, de l’achat d’une maison, de la création de leur propre famille… sont très réduites. Au moment même où la grande vague de l’IA est en train de déferler sur nous.
  • le militantisme idéologique. Les idéologies wokistes et islamogauchistes sont censées encourager le progrès social mais se révèlent être plutôt des sources de mal-être pour les personnes qui les soutiennent et les propagent. Dans beaucoup de cas, elles ont pour effet d’encourager un engagement purement numérique – en ligne plutôt que dans l’espace public réel – et ne créent qu’un sentiment d’appartenance superficielle.
  • l’individualisation. Nos jeunes concitoyens sont, pour beaucoup d’entre eux, de plus en plus coupés des sources traditionnelles de la vie commune, comme la religion, les joies et obligations de la vie familiale, ou les institutions démocratiques conventionnelles qui, bien qu’imparfaites, ont fait leurs preuves dans le passé.
  • la psychothérapie. Beaucoup des jeunes qui souffrent expliquent et justifient leurs souffrances en se prétendant affligés par des problèmes de santé mentale. Les diagnostics explosent dans ce domaine et le vocabulaire de la psychothérapie envahit le langage du quotidien. Que ces problèmes soient réels ou non, les figures d’autorité osent rarement mettre en doute l’authenticité de ces troubles et encouragent cette tendance à éviter les responsabilités de la vie en commun.

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La tendance générale qui en résulte est un désir de retourner dans le fœtus, la recherche d’un cocon maternel et maternant qui protège l’individu sans l’intervention d’une autorité paternelle.

Pourtant, il ne faut pas abandonner les jeunes générations. En tenant compte du fait que tous les jeunes ne se ressemblent pas, Pierre Valentin propose des pistes de solution. D’abord, le retour de l’autorité paternelle. Ce retour, presque inévitable, est déjà plébiscité par beaucoup de nos concitoyens, mais il ne faudrait pas qu’il conduise à un excès de sécuritarisme et d’autoritarisme. Ensuite, il faut redécouvrir les valeurs communes que les générations antérieures puisaient dans la religion. Chez les jeunes, il y a déjà un petit sursaut de la croyance religieuse, surtout dans l’Eglise catholique.

A cet égard, Malaise dans la génération Z est non seulement un livre d’analyse qui éclaire notre actualité, mais aussi, dans une certaine mesure, un livre-manifeste qui montre la direction à suivre. Écoutez 👇

Malaise dans la génération Z

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Comprendre la révolution woke

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Horreur bolloréale sur la Croisette

Plus de 2 000 professionnels du cinéma ont signé une pétition retentissante contre Canal +. Ils n’ont strictement rien à reprocher à la chaîne cryptée, si ce n’est d’être contrôlée par l’ennemi public numéro un des bobos, Vincent Bolloré. Le milieu a volé au secours du premier financeur du secteur, à qui le 7 e art et la gauche doivent tant. Mais cette nouvelle quinzaine antifasciste montre que la bataille culturelle sera féroce.


Plus de starlettes ni de seins nus. Désormais, au Festival de Cannes, la seule chose qui s’exhibe sans pudeur, c’est la vertu antifasciste. On n’est pas là pour rigoler mais pour faire la révolution. Et aujourd’hui, n’en déplaise à Mao, la révolution est bien un dîner de gala. Le menu varie – on ne peut pas manger du mâle toxique ou du juif génocidaire à tous les repas. Le fond de sauce est immuable : l’extrême droite arrive. Peur sur la France !

En 2026, c’est Vincent Bolloré qui joue le rôle du méchant, prêt à faire main basse sur les cerveaux disponibles pour favoriser son funeste projet idéologique. Porte-voix et QG de la résistance, Libération raconte ces glorieuses journées avec un sérieux de commissaire politique : « En plus de l’apparition progressive de badges “Zapper Bolloré” sur les poitrines des festivaliers, s’était mise en place une grève des applaudissements à l’apparition du logo de Canal à l’écran, une résistance silencieuse à l’envahisseur breton qui s’est muée samedi soir, lors de la projection de gala du Full Phil de Quentin Dupieux, en concours de huées et de sifflements. » Des badges et des huées contre la Bête immonde, on peine à croire que le confrère ait écrit cette phrase au premier degré. Mais si. Dernier Festival de Cannes avant l’arrivée de l’extrême droite ! « Ne confiez pas votre imagination à n’importe qui », exhorte un mail commercial de Libé qui n’oublie pas de surfer sur la lutte pour vendre de l’abonnement.

La comédie des pétitionnaires

Petit rappel pour ceux qui ont réussi à échapper à la dernière quinzaine anti-Bolloré. Quelques heures avant l’ouverture du Festival, prétextant le rachat d’UGC par Canal +, une dizaine de vedettes multi-pétitionnaires et plusieurs centaines de demi-soldes du cinéma (ou de l’intermittence) alertent sur le risque d’une « prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif ». Rien de neuf, si ce n’est qu’au lieu de tendre la joue gauche, Maxime Saada, patron de la chaîne cryptée, réplique qu’il ne travaillera plus avec des gens qui le traitent de fasciste. Stupeur et tremblements. Ils n’aiment pas être injuriés ? C’est bien la preuve qu’ils sont fascistes. Brandie la veille comme un étendard, la liste des valeureux pétitionnaires devient la « liste noire » de Canal. Et les listes noires, c’est d’extrême droite, sauf quand c’est la gauche qui les dresse. « Réaction brutale et disproportionnée », tance la ministre de la Culture – de quoi je me mêle. Le Monde voit dans la riposte de Saada « une tentative d’intimidation, dont l’objectif serait d’inciter les créateurs à pratiquer l’autocensure ». La CGT-Spectacle et la Ligue des droits de l’Homme portent carrément plainte contre Canal, accusé de discrimination envers les signataires. « Ces gens pensent qu’ils peuvent acheter le silence », s’émeut Marine Tondelier qui, lors de son séjour cannois, a « senti tout le milieu très inquiet de l’offensive réactionnaire en cours »

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En réalité, le milieu est effaré par cette offensive que la liste des films financés par Canal + devrait suffire à faire sombrer dans la honte et le ridicule. Les auteurs Grasset, qui avaient en avril donné une répétition générale de cette comédie, avaient au moins un grief véritable à l’encontre de Bolloré – le limogeage brutal d’Olivier Nora. Mais on cherche en vain sa marque dans les choix de Canal, plutôt marqués par une prédilection pour les œuvres gauchisto-larmoyantes qui n’ont pas toute la qualité de L’Histoire de Souleymane. Judith Godrèche présentait à Cannes Mémoire de fille. Un film Canal dont on pourrait se passer.

La déconfiture des seconds couteaux

Les vrais professionnels du cinéma savent ce qu’ils doivent à Canal. Ce qui menace leur activité, c’est que Bolloré, lassé d’être diffamé, décide de déménager la chaîne au Luxembourg ou ailleurs et de la transformer en plateforme à la Netflix, la libérant du même coup de ses obligations légales vis-à-vis du cinéma. Les agents somment leurs « talents » de garder leurs distances. Certains signataires s’éclipsent, jurant qu’ils avaient mal compris. Ou pas bien lu. À en croire Le JDD, Jean-Pascal Zadi passe un coup de fil d’excuses. Après Alain Chabat, Mathieu Kassovitz défend la chaîne cryptée. Pour une fois, des personnalités refusent de suivre la meute. Gilles Lellouche, qui incarne Jean Moulin, envoie paître un journaliste « antiraciste et décolonial » qui ose cette question : « Pensez-vous qu’il est aujourd’hui primordial, pour ne pas trahir la mémoire de Jean Moulin, de combattre résolument le Rassemblement national ? Pensez-vous également que la France insoumise est aujourd’hui le meilleur rempart contre l’extrême droite, son programme étant aussi inspiré du programme du Conseil national de la Résistance ? » Réponse : « Elle n’est pas un peu orientée, votre question ? »

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On se dit qu’avec des ennemis aussi nigauds, Bolloré peut se passer d’amis. La conjuration de comédie vire à la déconfiture – mauvaise appréciation du rapport des forces. Cependant, le JDNews ironise peut-être trop vite sur « la caste qui pourrait perdre son monopole culturel ». On en est loin. Certes, la pétition du cinéma rassemble surtout des seconds couteaux, mais ça fait du monde qui se répand sur les réseaux sociaux, intimidant et menaçant divergents et dissidents. Dans la foulée, le ban et l’arrière-ban du gauchisme culturel et universitaire se fendent de nouvelles tribunes, sonnant toujours le même tocsin. Les enfants chéris du théâtre subventionné annoncent « un basculement sans précédent vers une mainmise idéologique de l’extrême droite sur les espaces d’art et de pensée en France ». Ces âneries de compétition, qui devraient être balayées par un éclat de rire général, sont reprises en boucle par des médias tenus pour respectables, à commencer par Le Monde qui s’étonne que l’on puisse « se moquer du monde de la création, voire lui couper les vivres, sans être sanctionné par les électeurs ». On comprend sa surprise. Non seulement une partie de la droite commence à se rebeller contre l’hégémonie culturelle de la gauche, mais ces ploucs électeurs, las d’être méprisés par des rebelles subventionnés, applaudissent à leur disgrâce. On ne respecte plus rien.

Ce n’est que partie remise

Pour 2027, la gauche a un seul projet, un unique mot d’ordre, tambouriné en toute occasion : faire barrage aux fascistes – Sophia Chikirou entend « les virer de l’Assemblée et des médias ». Une urgence morale drapée dans un humanisme à géométrie très variable, qui dispense d’honnêteté et même de décence. Ceux qui depuis des décennies arbitrent les élégances morales mobiliseront les pires fadaises, maniganceront les plus abjectes manipulations pour conserver le magistère des esprits qu’ils estiment leur revenir de plein droit : l’imaginaire, comme ils disent, c’est leur domaine réservé. Qualifié de lâche, voire de collabo pour son refus de se prononcer sur l’« extrême droite », Gilles Lellouche rétropédale piteusement, jurant qu’il ne soutiendra « jamaisun parti ou une idéologie qui prône la haine, l’intolérance et la discrimination » – on croit comprendre qu’il ne parle pas de LFI. Cette désolante autocritique en est la preuve : si le camp du Bien a perdu une bataille, il est prêt à tout pour ne pas perdre la guerre.

Ça c’est palace !

Même dans le luxe, le niveau baisse. A la mi-mai, trois palaces parisiens ont ainsi été rétrogradés. Mais la sévère commission d’attribution du label « Palace » fait l’impasse sur un critère important, note Jonathan Siksou.


Causeur sera en cours de distribution dans les kiosques lorsque le ministre du Tourisme Serge Papin annoncera les noms des prestigieux hôtels faisant partie de la « Collection Palace 2026 ». Mais on sait déjà que trois d’entre eux ne seront plus cités, car ils ont été… rétrogradés. Du jamais-vu !

Le Park Hyatt Paris-Vendôme, rue de la Paix, le Mandarin Oriental, rue Saint-Honoré, et, à Biarritz, l’Hôtel du Palais (exploité par le groupe Hyatt) ont dû rendre leur plaque à la mi-mai. On reproche au premier de ne s’être pas assez « renouvelé » depuis son inauguration en 2002, au deuxième de s’essouffler malgré une ouverture en 2011 – mais il s’apprêtait à fermer pour des travaux d’envergure – et au troisième de ne pas avoir rénové toutes ses chambres lors d’un chantier somptuaire en 2020. Qui est « on » ? La commission Palace.

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Jusqu’en 2010, la France n’abritait pas de « palaces » homologués. Les meilleurs établissements pouvaient obtenir cinq étoiles en répondant à une série de critères matériels très précis (surface des chambres, services proposés, qualité du restaurant, etc.), mais l’administration n’avait pas inventé de cases supplémentaires pour distinguer le palace du grand hôtel. Une commission d’enquête hôtelière a donc vu le jour cette année-là pour juger, sur des critères subjectifs, ce qui fait la différence. Passés le Covid et l’hibernation du tourisme mondial, cette commission s’est réformée en 2024 pour rationaliser ses attributions – soit définir de nouvelles normes –, et nommer davantage de professionnels du secteur dans ses rangs. Sans faire offense à leurs compétences, il est un critère qu’ils n’oseront jamais noter : la clientèle. Or, celle-ci, qui était constitutive de l’identité d’un palace, est désormais constituée de familles en short, de vedettes éphémères en jogging, d’instagrameuses monogrammées de la tête aux pieds comme une malle Vuitton et de leurs compagnons ravis de jouer les hommes-sandwichs pour d’autres marques.

On pense à Sacha Guitry : « Le luxe est une affaire d’argent. L’élégance est une question d’éducation. »

Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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Elon Musk, le « robot » qui rêve

Le fondateur de SpaceX semble avoir une bonne longueur d’avance sur le reste de l’humanité concernant les défis actuels de notre civilisation. Son imaginaire, bien nourri par l’univers de son écrivain préféré, y est pour quelque chose.


La scène a fait le tour de la planète. Lors du banquet organisé par le président chinois Xi Jinping en l’honneur de son homologue américain Donald Trump, en marge de leur rencontre à Pékin les 14 et 15 mai derniers, Elon Musk, qui faisait partie de la délégation américaine, ne cachait pas son exaspération face aux demandeurs de selfies qui se pressaient à sa table. Des soupirs, des yeux levés au ciel, l’absence de tout signe de sympathie à l’encontre de ses admirateurs, pourtant tous dirigeants de grandes entreprises chinoises : le PDG de Tesla montrait ouvertement au monde entier que ce genre d’événements mondains, ô combien prestigieux, lui faisait perdre son temps.

Il est vrai que la période actuelle est particulièrement chargée pour l’homme d’affaires sud-africain. Le 12 juin prochain, il devrait introduire en Bourse sa société SpaceX, valorisée à 1 750 milliards de dollars et dont le marché potentiel est estimé à 28 500 milliards de dollars. Ce qui correspond au montant du produit intérieur brut de toute l’économie des États-Unis. L’entrepreneur, dont la fortune cumulée a déjà dépassé le seuil de tout ce que l’idée de la richesse d’un être humain pourrait laisser imaginer (839 milliards de dollars selon le dernier classement de Forbes), serait alors à la tête d’un empire technologique qui rivaliserait avec les plus puissants pays du monde.

La conquête de la galaxie ? Un jeu d’enfant

Pourtant, le rapport de Musk à l’argent tranche avec celui d’autres milliardaires, et notamment de ses compères des GAFAM tels que Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Facebook) ou encore Bill Gates (Microsoft). Ceux-ci ont fait leur fortune dans le domaine de l’Internet et de l’informatique, saisissant habilement la vague du progrès technologique de notre époque et, surtout, jouant de toute leur influence pour verrouiller l’hégémonie de leurs entreprises sur le marché mondial.

Musk, lui, utilise sa puissance financière comme un moyen pour aller constamment de l’avant et accomplir ses rêves d’enfant. Lors du dernier Forum économique de Davos, en mars 2026, il a exposé son ambition professionnelle en ces mots : « L’objectif final de mes entreprises est de maximiser l’avenir de notre civilisation… et d’étendre la conscience au-delà de la Terre. SpaceX, par exemple, vise à faire progresser la technologie des fusées au point de pouvoir étendre la vie et la conscience au-delà de la Terre, vers la Lune, vers Mars, et finalement vers d’autres systèmes stellaires. »

Depuis que Musk est devenu un personnage public, il ne cache pas son amour pour les étoiles et sa volonté de découvrir la vie sur d’autres planètes. Et si le jeune Elon a été habité par ce rêve, c’est qu’il y a eu quelqu’un pour le lui offrir. En effet, il est impossible de comprendre la réussite d’Elon Musk, et par là même l’ambition de l’homme potentiellement le plus puissant de la planète, sans évoquer le nom d’Isaac Asimov.

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Musk l’exprime lui-même dans ses tweets : « Les livres (du cycle) “Fondation” d’Asimov ont eu une influence fondamentale sur moi » (6 juin 2023). Ou encore : « Mars pour la Terre est ce que Terminus fut pour Trantor. Lisez Fondation d’Asimov » (2 octobre 2020).

Pour plusieurs générations de lecteurs, l’écrivain Isaac Asimov, fils d’immigrés juifs russes arrivés à New York dans les années 1920, fut un repère indispensable de la littérature de science-fiction. Ses livres permettaient à des millions de lecteurs, dont le jeune Elon, de s’évader de la réalité terrienne qui leur paraissait sombre, terne et ennuyeuse. Les cycles de « Fondation » et des « Robots », composés de plusieurs volumes, racontent la vie des humains d’ici plusieurs milliers d’années, quand ils habiteront sur d’autres planètes de la Galaxie, se transformeront en Spaciens et seront assistés par des robots humanoïdes dans leurs vies professionnelle, sociale et politique.

Mais voilà : plus de 30 ans après la mort d’Isaac Asimov en 1992, ses livres deviennent les récits de nos préoccupations ô combien réelles et frappent par le génie prémonitoire de leur auteur. Les robots-assistants, indispensables alliés des Spaciens colonisateurs d’autres planètes, sont bien là. Et ils ont trouvé un capitaine de vaisseau hyperspatial (imaginé par Asimov en 1950 !) prénommé Elon, prêt à lancer la conquête de Mars !

Se soumettre aux robots ou se méfier d’eux ?

« L’imagination est plus importante que la connaissance. La connaissance est limitée, alors que l’imagination embrasse le monde entier, stimulant le progrès, donnant naissance à l’évolution », disait le génial Einstein. L’imagination d’Asimov a inspiré celle du petit garçon de Pretoria ; l’évolution technologique des temps modernes a fait le reste.

L’utopie envoûtante, captivante et effrayante de l’univers d’Asimov a paru tout à fait réaliste aux yeux de Musk. Plus que cela, les livres de l’écrivain américain servent d’une certaine façon de feuille de route pour l’inarrêtable entrepreneur, qui s’apprête à devenir le premier trillionnaire de l’histoire de l’humanité.

Dans sa nouvelle « Le Robot qui rêvait » (issue du Cycle des Robots), un véritable chef-d’œuvre d’Asimov, il raconte l’histoire d’une jeune roboticienne, Linda Rash, qui a créé secrètement un robot dont les capacités cérébrales ont atteint un niveau jusqu’alors inconnu. Un jour, le « robot-génie » fait un aveu à sa créatrice: il lui arrive de rêver la nuit. En d’autres termes, le spécimen s’est doté non seulement d’une conscience algorithmique, mais aussi d’un subconscient qui échappe au contrôle de l’humain. Effrayée par ces révélations, Linda consulte la célèbre robopsychologue Susan Calvin, personnage principal du cycle. Cette dernière, après une longue réflexion et face au danger potentiel de perdre le pouvoir sur la nouvelle machine, prend la décision de détruire Elvex, ce robot à « l’âme humaine ».

« Tant que les gens ne verront pas des robots descendre dans les rues en tuant d’autres personnes, ils ne sauront pas comment réagir, parce que ça paraît si irréel », a prévenu Musk lors de son discours à la National Governors Association le 16 juillet 2017. Il alertait alors sur l’urgence de réguler l’intelligence artificielle, bien avant, donc, le récent appel du Pape Léon XIV à « désarmer l’IA ».

Alors que notre société ne sait parfois pas comment réagir face à des supporters déchaînés de football, l’homme qui chuchote à l’oreille des robots semble avoir pris une vraie longueur d’avance sur toute la classe politique internationale, mais aussi sur les savants et les intellectuels de notre planète.

« Mais qu’est-ce qu’ils veulent de moi, tous ces pauvres dirigeants ignorants ? », devait se demander Musk lors du fameux dîner à Pékin le mois dernier. Son esprit a bien d’autres priorités à gérer. Son mentor Isaac Asimov lui a laissé un sacré trésor à explorer. Isaac Asimov… initiales : I.A.

Le robot qui rêvait

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Mai-68, 2005, PSG: chaque émeute est un message adressé à la société

Interrogée sur France 2 ce matin au sujet des débordements graves qui ont émaillé la victoire du PSG, la ministre des Sports, Marina Ferrari, a affirmé que la justice « doit faire son travail avec des peines sévères ». Toutefois, ces bonnes paroles ne suffiront pas à remédier au mal français.


Une fois encore, Paris a connu cette étrange célébration dont notre époque a le secret : une fête qui ressemble à une émeute, une victoire qui prend les allures d’une défaite. Après le sacre du Paris Saint-Germain, les images ont défilé avec la régularité d’un rituel désormais bien installé : vitrines brisées, commerces pillés, véhicules incendiés, affrontements avec les forces de l’ordre, mobilier urbain détruit. De Paris à Lyon, de Nantes à Grenoble, de Marseille à Toulouse, la même scène s’est répétée. Et comme toujours, les responsables politiques ont appelé au calme, les commentateurs ont exprimé leur surprise, les experts ont expliqué, contextualisé, nuancé.

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Pourtant, il n’y avait rien de surprenant. Depuis longtemps, les grandes célébrations sportives sont devenues le théâtre d’une démonstration de force où le football n’est souvent qu’un prétexte. Ce qui s’exprime alors n’est pas seulement la joie populaire, mais quelque chose de plus sombre : la fragilisation de l’autorité, l’effacement progressif des frontières entre la fête et la violence, entre la liberté et l’impunité. Il faut également avoir le courage de regarder la réalité telle qu’elle apparaît. Une part importante des violences est le fait de jeunes issus de l’immigration africaine et maghrébine, parfois de nationalité étrangère, parfois nés en France mais vivant dans un rapport de rupture avec l’histoire, la culture et les institutions du pays. À leurs côtés se retrouvent souvent des militants de l’ultra-gauche, héritiers d’une tradition de contestation devenue pure négation, pour lesquels toute manifestation d’autorité constitue une provocation et toute atteinte à l’ordre une forme de libération.

La conquête par la transgression

Les motivations diffèrent parfois ; le résultat est identique. Les uns apportent la force du nombre, les autres une justification idéologique. Les uns expriment une colère diffuse ou une volonté de domination territoriale ; les autres fournissent les mots, les concepts et les excuses. Beaucoup de ces jeunes hommes n’agissent d’ailleurs pas nécessairement au nom d’un projet politique clairement formulé. Ils sont mus par la pulsion du désordre, l’excitation de la transgression, l’ivresse du pillage, le sentiment grisant de puissance que procure l’effacement provisoire des règles communes. Pour certains, il s’agit d’un jeu morbide, d’une fête inversée où la destruction tient lieu de célébration. Ils ne mesurent pas toujours ce dont ils sont les acteurs.

Et pourtant, qu’ils en aient pleinement conscience ou non, leurs gestes s’inscrivent souvent dans une dynamique qui les dépasse. Car derrière la violence apparemment gratuite se dessine parfois autre chose : une progression territoriale, culturelle ou idéologique menée par d’autres forces, plus organisées, plus patientes, plus conscientes de leurs objectifs. Beaucoup de ces jeunes ne sont alors que le petit doigt d’un bras dont ils ignorent parfois l’existence, les exécutants spontanés d’un mouvement plus vaste qui contribue à affaiblir les cadres symboliques, politiques et culturels sur lesquels reposait la nation.

La violence normalisée

Cette alliance de circonstance constitue l’un des phénomènes les plus caractéristiques de notre époque. Vingt ans après les émeutes de 2005, le constat apparaît plus inquiétant encore. À l’époque, beaucoup avaient voulu croire à une crise passagère. Les incendies de voitures et les attaques contre les bâtiments publics furent présentés comme la conséquence mécanique du chômage, de la pauvreté ou de l’exclusion. Quelques voix pourtant avertissaient déjà qu’il se jouait autre chose. Ce qui apparaissait alors n’était pas seulement une crise sociale mais une crise de civilisation. Une crise de l’autorité. Une crise de la transmission. Une crise de la légitimité même de la République.

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Vingt ans plus tard, cette intuition paraît difficilement contestable. Les incendies sont parfois moins spectaculaires ; la décomposition est plus profonde. Ce qui relevait autrefois de l’exception tend à devenir la norme. La violence n’est plus un événement : elle est devenue un climat. Les bandes de jeunes se sont transformées en micro-sociétés où prospèrent les trafics, les logiques de clan, les rapports de force et parfois les influences islamistes les plus diverses. Dans certains quartiers, les représentants de l’État ne pénètrent qu’avec précaution. La loi officielle y coexiste avec d’autres formes d’autorité plus immédiates, plus redoutées et souvent plus respectées.

Mais attribuer cette situation aux seuls phénomènes migratoires serait insuffisant. Le mal est plus ancien. Plus profond. Plus français aussi. Car la véritable révolution qui a bouleversé le pays depuis un demi-siècle n’est pas seulement démographique ou économique. Elle est morale et culturelle. Son acte fondateur porte un nom : Mai 68. Depuis lors, toute forme d’autorité est devenue suspecte. Le maître devait devenir animateur. Le père devait devenir compagnon. Le policier devait comprendre avant de sanctionner. Le juge devait s’interroger sur les causes sociales avant de condamner. L’État lui-même devait apprendre à douter de sa propre légitimité.

Le ver est dans le fruit

Cette révolution culturelle a fini par pénétrer toutes les institutions. L’école a progressivement remplacé la transmission par la pédagogie. La justice a parfois substitué l’explication à la sanction. Les médias ont développé une méfiance quasi instinctive envers toute affirmation de l’autorité. Une même idée s’est imposée partout : l’interdit serait une violence et la sanction une injustice potentielle. Ainsi est née ce que l’on pourrait appeler la culture de l’excuse. Chaque délinquant devient le produit d’un contexte. Chaque violence l’effet d’une exclusion. Chaque émeute est un message adressé à la société. Chaque refus des règles communes une conséquence plutôt qu’une responsabilité. Peu à peu, la notion même de faute s’est dissoute. Le coupable s’est effacé derrière la victime qu’il prétend être.

Et pendant que les institutions cherchaient à comprendre, ceux qui entendaient imposer leur loi, eux, ne doutaient pas. Les trafiquants n’ont jamais renoncé à l’autorité. Les islamistes n’ont jamais abandonné l’idée de hiérarchie. Les chefs de bande ne se sont jamais convertis à la pédagogie bienveillante. Tous ont prospéré dans le vide créé par le recul de l’État. Le paradoxe est d’ailleurs saisissant. Dans nombre de pays dont sont originaires ces jeunes — au Maghreb, en Afrique subsaharienne ou en Turquie — les comportements qui se banalisent aujourd’hui dans certaines villes françaises demeurent fortement condamnés.

Une amie algérienne me disait un jour : « Chez nous, aller en prison est une honte. Le voleur déshonore sa famille. » Cette phrase contient peut-être une vérité que la République contemporaine refuse d’entendre. Car le problème n’est pas seulement l’importation de populations venues d’autres horizons. Le problème réside aussi dans la disparition progressive de la capacité française à transmettre ses propres normes. Les nouveaux venus rencontrent une société qui doute d’elle-même. Une société qui hésite à dire ce qui est permis ou interdit. Une société qui parle sans cesse de droits mais de moins en moins de devoirs. Une société qui craint davantage d’être accusée de discrimination que de laisser prospérer le désordre.

La capitulation intellectuelle précède la défaite politique

Ce vide symbolique est devenu l’un des principaux facteurs de désintégration nationale. Il faut enfin évoquer la responsabilité des élites. Depuis plusieurs décennies, une partie importante des responsables politiques, des universitaires, des magistrats, des journalistes et des acteurs culturels demeure prisonnière des réflexes intellectuels hérités de Mai 68. Ils continuent à considérer l’autorité comme un problème davantage que comme une solution. Ils soupçonnent l’ordre avant même d’en examiner la nécessité. Ils préfèrent souvent compatir plutôt que juger. Comprendre plutôt que protéger. Expliquer plutôt que sanctionner. Dans cette vision du monde, la société est toujours coupable et l’individu toujours victime. La République devient responsable de ceux qui la combattent. La nation coupable de ceux qui refusent de s’y intégrer.

La foule fuit la police qui charge après des débordements, alors que le parc des Princes explose aux couleurs du club PSG, à Paris, le 30 mai 2026 © BENLEULMI ELIAS NEIL/SIPA

Cette logique désarme moralement l’État. Elle nourrit une forme de capitulation intellectuelle qui précède souvent les défaites politiques. Les émeutes de 2005 apparaissent aujourd’hui comme un avertissement qui n’a pas été entendu. Les violences qui ont suivi la victoire du PSG ne sont pas un accident. Elles sont un symptôme. Le symptôme d’une nation qui peine à croire encore en elle-même. Le symptôme d’une République qui multiplie les discours parce qu’elle n’ose plus exercer pleinement l’autorité. Le symptôme d’un pays qui confond trop souvent la tolérance avec la faiblesse, la compassion avec l’abdication et la générosité avec le renoncement. On répète sans cesse que les menaces viennent de l’extérieur. Mais une civilisation ne disparaît pas seulement sous les coups de ses ennemis. Elle disparaît aussi lorsqu’elle cesse de défendre ce qui la constitue. Lorsqu’elle ne croit plus suffisamment en elle-même pour transmettre son histoire, imposer ses règles et protéger ce qu’elle est.

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La question posée par les violences de ces dernières nuits dépasse donc largement le football. Elle touche au cœur même du problème français. Celui d’une République qui semble avoir oublié qu’aucune liberté durable n’existe sans autorité légitime, qu’aucune société ne survit longtemps sans transmission, et qu’aucune nation ne demeure vivante lorsqu’elle renonce à se faire respecter. Car ce qui se joue sous nos yeux n’est peut-être pas seulement une crise de l’ordre public. C’est la confrontation entre une civilisation fatiguée, hésitante, rongée par le doute, et des forces qui, quelles que soient leurs contradictions, avancent avec davantage de certitude qu’elle. Là réside peut-être le drame français : non dans la violence elle-même, mais dans l’incapacité croissante à nommer ce qu’elle révèle.

La société malade

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Les démissionnaires de la démission

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La police garde les lieux près du site où le corps de Lyhanna, 11 ans, a été retrouvé, Puycasquier (32), 5 juin 2026 © Frederic Lancelot/AP/SIPA

Cela pourrait relever d’un certain syndrome, le syndrome de la bernique (patelle vulgata pour les puristes), ce mollusque qui a la réputation de rester accroché à son rocher quoi qu’il arrive. Ni les flots tempétueux, ni les vents déchaînés ne parviennent à lui faire lâcher prise, à ce qu’on dit sur nos côtes.

Ce syndrome semble sévir avec la même intensité chez nombre de nos élites, surtout celles auto-proclamées. On s’accroche, on résiste. Rien ne semble pouvoir leur faire lâcher prise. Ni les échecs accumulés, ni la honte de l’impéritie, ni l’indécence d’une immunité qu’elles se sont elles-mêmes accordée, ni le ridicule du déni d’irresponsabilité dont l’expression la plus classique, la plus courante tient en ces quelques mots : « C’est pas moi, c’est les autres. »

Bref, dans ces milieux qui sont le haut du panier (de crabes) où nous tâchons de survivre, on ne démissionne pas. Jamais.

Dans l’épouvantable, la révoltante, la désastreuse affaire qui a conduit au martyre de la petite Lyhanna, calamité judiciaire où se trouve illustrée grandeur nature et dans toute son horreur la faillite d’un système, où l’accumulation des manquements tout au long de la chaîne serait à peine digne du plus sordide, du plus pervers des scénarios sortis d’un cerveau malade, dans ce désastre absolu, disais-je, à cette heure, on n’enregistre toujours pas la moindre démission. Rien. Personne dans la sphère en question ne se sent assez concerné par cette abomination pour en tirer la seule conclusion que devrait inspirer ne serait-ce que le reliquat d’un soupçon de dignité, la démission. Non, on attend. D’éventuelles sanctions peut-être, si toutefois il en tombe un jour…

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Chez ces gens-là, Monsieur, on ne démissionne pas. On attend que la bourrasque passe.

Dans un registre fort heureusement moins atroce, nous avons eu le fric-frac hautement comique du Louvre avec le vol de joyaux d’une certaine couronne. Un casse à la papa qui aurait mis en joie les Pieds Nickelés. Là aussi, pas de démission. La directrice de l’époque a cru bon de faire savoir, quelques jours après le coup, qu’elle l’avait présentée, sa dém’ comme on dit, et que celle-ci avait été refusée. La belle affaire ! Quelle hypocrisie ! De qui se fout-on ? À ce degré d’incompétence, de défaillance, on ne présente pas sa démission, on ne propose pas sa démission, on l’impose ! Là encore, affaire de courage, de décence.

Et puis, il y a de surcroît l’affaire Bruel. Le gars (comme dirait Bigard) clame son innocence. Dont acte. Il n’en reste pas moins que les plaintes sont là, qui s’accumulent, prises apparemment au sérieux par l’institution judiciaire. En la circonstance, de nouveau émerge l’esquisse d’une question de dignité. Le mis en cause pouvait fort bien, dès les premières salves – certes clamer haut et fort son innocence – c’est son droit -. Mais il pouvait dans le même mouvement décider de se mettre en retrait des feux de la rampe. La sérénité dans la dignité et avec panache, quoi. Ou quelque chose d’approchant.

Alors, je sais bien, on arguera de la présomption d’innocence, du droit à poursuivre l’activité professionnelle. Comme, par exemple, ce devrait être le cas pour un plombier, un charpentier, un boulanger. Sauf qu’un plombier, un charpentier, un boulanger ne vient pas, son boulot effectué, à la pêche aux applaudissements, ne réclame en aucune façon la célébration de sa petite personne. Un chanteur, un acteur, si. C’est toute la différence.

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Le Bruel qui persiste à jouer – il a continué jusqu’à ce que la situation devienne pour lui franchement intenable – le fait parce qu’il s’estime encore légitime à recevoir – et donc à mériter – les applaudissements des spectateurs, l’expression vibrante de l’admiration des gens. Et cela non pas seulement pour ce qu’il fait (le job) mais pour ce qu’il est (sa personne). Moment privilégié que, peut-être bien, il se voit encouragé à vivre comme une sorte d’absolution profane qui ne dirait pas son nom.

Une chose enfin, pour répondre à ceux qu’offusquent celles de ces dénonciations qui leur paraissent tardives. Voilà quelques années encore, lorsqu’une jeune femme – employée par exemple dans un hôtel de luxe – venait se plaindre à sa hiérarchie du comportement déplacé d’un client classé VIP, elle ne pouvait être assurée que d’une chose : avoir à faire son petit baluchon sans tarder. Virée ! Sur le champ ! C’était la règle. Je peux en témoigner. Que cela ait changé me semble être quand même une excellente chose. N’en déplaise aux Casanovas tout en gueule et en fantasmes, les nostalgiques du silence des agnelles. Ils sont encore légion, hélas.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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La nuit transfigurée

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© Perrin

Hitler en chantant…


La bande-son du national-socialisme restait à raconter. Grâce à Isabelle Mity, c’est chose faite [1]. Dans Les Maîtres Chanteurs du IIIe Reich, la germaniste et musicologue ne se contente pas de brosser le panorama des compositeurs et des partitions prisés par un régime prompt à bannir la Entartete Muzik, la « musique dégénérée », elle aborde toutes les facettes du répertoire, du classique à la chanson populaire, du lyrique à la musique de films, du jazz au swing, de la salle de concert au baraquement concentrationnaire. Elle explore aussi ses prémisses, ses ascendances et ses instrumentalisations (Bach, Beethoven, Wagner, Bruckner, Liszt), jusqu’à ses prolongements du Vieux Continent au Hollywood de l’après-guerre.  

Musique omniprésente

On comprend sous la plume de Mity à quel point la musique a battu la mesure de la Seconde Guerre mondiale. Elle est partout, portée par les ondes dans les foyers, répandue sur le front autant qu’à l’arrière par les soldats et les chœurs de l’armée, investissant salles de concert et… camps d’extermination.

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Cette omniprésence se développe par étapes, on suit les modalités de la mise au pas et de l’aryanisation du milieu artistique comme du répertoire :  Chambre de la musique du Reich (instituée dès 1933), stigmatisations, exclusions, exils (Schoenberg, Adorno, Hindemith, etc.) ; ambiguïté des cas Furtwängler et Richard Strauss ; subtils calculs où s’échafaudent les esquives et, a contrario, les compromissions, voire les comportements opportunistes, tel le prodige Karajan, précoce adhérent au parti ; patient travail d’épuration de l’industrie discographique et de la musique de divertissement, notamment de l’opérette honnie (Franz Lehar). Les nazis instaurent dans le même temps une « véritable rééducation par le chant » sous la bannière de la musique chorale, systématisée dans les organisations de jeunesse et paramilitaires.

Diplomatie musicale

Le chant, mais aussi l’orchestre : « L’idéal nazi en musique est le compositeur romantique du XIXe siècle, version monumentale et héroïque », Carmina Burana de Carl Orff (commande de 1937) en offre « l’ersatz le moins calamiteux ». Parangon de l’esthétique nazie, Werner Egk (1901-1983) est le vecteur essentiel de la « stratégie de diplomatie musicale » ; la phalange symphonique figure par excellence l’outil « de légitimation puis de conquête » : Philharmonique de Berlin, Staatoper (opéra d’État) à l’assaut de l’Europe ! « Les musiciens classiques, observe Mity, donnèrent du cœur à l’ouvrage aux soldats, les confortant dans leur mission de sauveurs du patrimoine allemand mais, ajoute-t-elle, ce n’étaient pas eux qui jouaient le premier rôle. » Puis au fil des mois, « la musique légère fut de plus en plus favorisée, et le conflit provoqua une des plus grandes contradictions au sein du régime : le florissement du jazz, adouci en swing, alors même qu’il devait être éradiqué ».

L’ouvrage pointe cet étonnant paradoxe : « en 1943, malgré la bureaucratie censée épurer le milieu musical, des Juifs continuent à jouer de la musique conspuée par le régime » et « la force de frappe de la culture américaine taille des croupières à l’idéal national-socialiste ». Goebbels comprend qu’il ne peut éradiquer les rythmes en vogue, particulièrement à la radio. Il tente donc de « germaniser » le swing, dont il constate l’attrait jusque dans ses rangs. Isabelle Mity mentionne cette photo de Dietrich Schülz-Köhn, officier nazi et éminent spécialiste de jazz, posant à Pigalle avec le manouche Django Reinhardt flanqué de quatre musiciens noirs et, en arrière-plan, Henri Battut, un Juif à qui l’Allemand fournit des tickets de rationnements…

Pessimistes et optimistes

Dès 1940, Goebbels monte l’orchestre Charlie and His Orchestra, propre à rivaliser avec le jazz british via « Germany Calling », émission débitant sa propagande dans la langue de Shakespeare. Plus tard, il tente de galvaniser les foules en radiodiffusant à répétition le « Concert des auditeurs pour la Wehrmacht ». Partitions triomphantes d’Herbert Windt ou de Norbert Schultze pour le grand écran, films d’actualités et longs métrages se fondent dans une même fanfare. Le 7ème art du Reich est aussi une usine à tubes pimentée de mélodies (Franz Grothe, Peter Keuder). Les ritournelles lascives du rossignol chilien Rosita Serrano et de la star suédoise Zarah Leander colonisent le paysage cinématographique jusque dans les pays conquis. Ô ironie, Zarah Leander, « porte-voix de la communauté homosexuelle persécutée sous le IIIe Reich », et qui fuit le joug nazi en 1943, deviendra l’icône gay que l’on sait. Restent, pour faire rêver, le duo Marika Rökk et Johannes Heesters… Et Lili Marleen, mélodie au destin fabuleux, transitant du joyeux vibrato de Lale Andersen – via les roucoulades de la collabo Suzy Solidor – à la rauque et mélancolique tessiture de Marlène Dietrich.

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Plus éprouvante est la voix du Lager, celle, difficilement imaginable, qui sourd de Dachau, de Ravensbrück, de Buchenwald, et dont rend compte la dernière partie du livre, sous l’intitulé À la mort, à la vie. Lecture effarante, qui détaille implacablement cette danse de morts-vivants orchestrée par le crime. Mais Ullmann, Krasa, Haas, Klein ou encore Ilse Weber, compositeurs gazés, survivent à travers leurs œuvres qui nous sont parvenues, pour certaines à l’état de fragments. Selon la célèbre formule de Billy Wilder, citée par Isabelle Mity, « les pessimistes ont fini à Hollywood et les optimistes à Auschwitz ». Toutefois, grâce à Krenek, Wellesz, Schoenberg, Kurt Weill, Korngold, Eisler et tant d’autres, la nuit musicale est transfigurée.   


Les Maîtres Chanteurs du IIIe Reich. Musiques et musiciens sous le nazisme, Isabelle Mity, Perrin, 2026. 336 pages

Cette édition propose, à partir d’un QR code à scanner, une playlist de 120 titres disponibles sur Deezer qui suit la structure du livre.


[1] On lui doit déjà le remarquable Les actrices du IIIe Reich. Splendeurs et misères des icônes du Hollywood nazi, Perrin, 2022.

Sale ambiance en Nouvelle France

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Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, en visite au pavillon algérien de la Foire de Paris, 7 mai 2026. © Grande Mosquée de Paris

Refusant l’héritage de notre cher et vieux pays, la « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon acte la fragmentation de la République et le recul de la civilité. Dans les rues, les stades et les lieux de convivialité, le travail de sape a commencé. Mais la vieille France n’a pas dit son dernier mot.


D’abord un aveu. En préparant ce dossier, nous avons enfreint, en plus de la simple logique, une règle déontologique élémentaire : ne pas parler d’un événement qui ne s’est pas encore produit. Notre numéro étant parti à l’imprimerie le 27 mai, trois jours avant la rencontre PSG-Arsenal, nous ne pouvions pas savoir si les violences, affrontements et dégradations que tout le monde anticipait, à commencer par le ministre de l’Intérieur, se sont effectivement produits.

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Nous avions malheureusement peu de chances de nous tromper puisque c’est désormais la norme. Peu importe qu’il s’agisse d’une victoire ou d’une défaite : chaque grande fête du sport est célébrée par des casseurs déferlant sur la capitale, y semant le chaos et agressant les forces de l’ordre, comme le 6 mai, après la demi-finale PSG-Bayern. Si la soirée du 30 mai s’est déroulée dans le calme, que les échauffourées annoncées n’ont pas eu lieu, nous battons notre coulpe. Tout en remarquant que cette divine surprise est l’exception qui confirme la règle.

Une jeunesse agressive

Le phénomène est désormais établi. Le sport le plus populaire de notre pays, celui qui nous a offert tant d’occasions de communion nationale, dont l’inoubliable victoire de la France lors du Mondial de 1998, nourrit autant la rubrique « violences urbaines » que la chronique sportive. Seuls les (nombreux il est vrai) militants de l’aveuglement le décrivent encore comme un haut-lieu du « vivre-ensemble », mot qui fait d’autant plus florès que la chose disparaît. À la différence du rugby, dont le public familial, enchanté par son légendaire fair-play (voir l’article de Gavin Mortimer dans notre dossier du mois) et sa boboïsation croissante (analysée par Pierre Vermeren), grossit d’année en année, les après-matchs du ballon rond attirent une jeunesse agressive, à l’affût du moindre prétexte pour afficher sa haine des forces de l’ordre et montrer à qui veut l’entendre qu’elle ne compte surtout pas faire la fête avec ceux qui ne lui ressemblent pas. À l’avant-garde d’une « colonisation à l’envers », pour parler comme Gaël Nofri, ces supporteurs-racailles appartiennent pour la plupart à la « Nouvelle France » dont Jean-Luc Mélenchon parle désormais tous les jours, en essayant de faire accroire qu’il désigne là toute la jeunesse du pays, et pas spécialement sa composante immigrée. Cela ne signifie évidemment pas que toute la jeunesse immigrée se reconnaisse dans cette Nouvelle France. Mais ceux qui veulent au contraire s’approprier les mœurs et la culture de la France d’avant (ce qui ne suppose pas qu’ils deviennent blancs et chrétiens) n’intéressent pas les Insoumis.

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Il faut apprendre à parler le Mélenchon. À « Nouvelle France », nouveau lexique. Chez LFI, on dit « genre » au lieu de « sexe », « sioniste » au lieu de « juif », « emprise » au lieu de « relation amoureuse », « pays arriéré » au lieu de « campagnes françaises », « génocide » au lieu de « guerre antiterroriste », « fascisme » au lieu de « droite », « antifas » au lieu de « milice gauchiste », « victime de l’islamophobie » au lieu de « musulman », « toxique » au lieu de « viril », « non racisé » au lieu de « Blanc », « intersectionnel » au lieu d’« incompatible », « systémique » au lieu d’« accidentel », « petit personnage sorti du chapeau » au lieu de « Mohammed Merah », « gentrification imposée » au lieu de « développement économique en banlieue » et « faites mieux ! » au lieu de « je reviendrai ! ».

Faire table à part

Mais revenons aux émeutes du PSG, pardon aux « rixes d’après-match ». Sont-elles une parabole d’un avenir dans lequel nous n’aurons même plus de langage commun pour nous disputer ? Quand une partie de la population refuse ostensiblement de partager avec le reste du pays ses moments de joie, non seulement dans les stades mais aussi à table, l’autre lieu par excellence de la convivialité, on se demande si les Français veulent et peuvent encore vivre ensemble. Le 29 avril, le recteur de la Grande Mosquée de Paris n’a pas hésité à accuser le Canon français, ces dîners pantagruéliques au succès grandissant dans toute la France, « d’exclure symboliquement ceux qui ne ressemblent pas » (sic). Le 19 mai, la députée LFI Sarah Legrain en a remis une couche à l’Assemblée nationale en prétendant que « le Canon français sème la terreur dans le pays ». Des propos délirants, mais significatifs : l’élue est terrifiée par des manifestations joyeuses de la culture populaire. Parce que ce n’est pas le bon peuple. Cachez-moi ces cochonnailles. La « Nouvelle France » de LFI n’est pas un enrichissement, mais un effacement. Le Canon français est au contraire tout ce qu’il y a de plus accueillant. Tournée culinaire ouverte à tous, on y sert à des milliers de participants des repas typiques de l’hospitalité française, avec notamment du jambon et du vin que personne n’est bien évidemment obligé de consommer.

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Esprit des banquets républicains, où es-tu ? Emmanuel Macron a pour ainsi dire apporté sa réponse en déclarant à Alexandrie le 9 mai que « l’épicentre du français ne se trouve pas sur les quais de Seine, mais dans le bassin du fleuve Congo ». Manière faussement savante et vraiment démissionnaire de dire que nous nous situons à présent aux confins d’un immense ensemble postcolonial où le nombre prime sur l’histoire. La France ne doit plus être une référence en matière de langue française.

Un sursaut est-il encore possible ?

Consterné par les propos présidentiels, Robert Ménard rétorque que la continuité historique et la cohésion nationale ne sont pas des trésors perdus, ni des gadgets de communicants. La preuve, il est parvenu, en douze ans de mandat municipal, à remettre Béziers sur les rails de la République. Mathieu Bock-Côté et Nicolas Pouvreau-Monti sont plus circonspects. Le premier parce qu’il analyse la « Nouvelle France » comme une culture fonctionnant sur le mode impitoyable de la conquête territoriale. Le second parce qu’il assure que nous n’avons encore rien vu en matière de submersion migratoire. Cependant, aucun des trois n’écarte complètement la possibilité d’un sursaut, d’un changement de cap dont le premier résultat serait un arrêt de l’immigration. Reste à savoir comment réaliser ce prodige politique qui passe par une large coalition des droites.

Bock-Côté, qui se définit dans son dernier ouvrage comme un « pessimiste joyeux », n’est donc pas si désespéré. Il faut dire que, pour ne pas ruiner son moral, nous avons renoncé à le questionner sur Master Poulet, cette antithèse du Canon français tant vantée par LFI. Nous avons préféré envoyer Jonathan Siksou sur le terrain, autrement dit tester un établissement de la chaîne. Grâce soit rendue à l’auteur de Triompher en festins : une histoire de France en vingt repas (Perrin), qui non seulement a relevé le défi, mais en a tiré un chef-d’œuvre de drôlerie et un modèle de grand reportage.

Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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« Ça n’intéresse pas le ministre ! »

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Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou photographié au Sénat, le 20 mai 2026 © ISA HARSIN/SIPA

Dans la non-communication actuelle entre les entreprises et le gouvernement, en dehors des consultations des pseudo « partenaires sociaux », on pourrait croire qu’il existe une possibilité de s’adresser aux ministres ou à leur cabinet pour attirer leur attention sur des sujets de préoccupation majeure pour leur entreprise. C’est ainsi que des centaines de lettres sont acheminées ou portées au ministre concerné; le tout, évidemment, doublé de courriels. On fait les deux pour être sûr que, sur un malentendu, quelqu’un prenne connaissance du message ! On peut passer de très bons moments à lire la réponse qui arrive, souvent trois mois après le recours engagé. Elle vous remercie alors « de l’intérêt que vous portez aux actions du ministre », alors même que vous avez incendié ce dernier en pointant les anomalies ou le problème rencontré sur le sujet évoqué. Que nenni !

A lire aussi: Taxicomanie: l’addiction sans l’addition

Cocon

Ces réponses stéréotypées et inadaptées ne sont pas nouvelles. Mais en cette période grinçante où nos forces vives sont sur un fil et ne décolèrent pas, il est d’autant plus important que les ministres interpellés répondent en marquant une attention intelligente à ce qui leur a été dit ou demandé. Or, il n’en est rien, pour une simple raison : les ministres sont « préservés » et laissés dans un cocon par des conseillers (vertueux, forcément !) se chargeant de ne pas encombrer l’esprit du ministre (intègre, forcément) par des problèmes ou réclamations de la piétaille économique. Une des premières réformes, simple et gratuite, serait d’exiger que tout conseiller d’un ministère (et il y en a pléthore) ait passé au moins trois ans dans des entreprises privées. Pas seulement dans un cabinet de conseil, et pas seulement à Paris ! En effet, frais émoulu de Sciences Po ou de l’ENA, notre jeune conseiller, intitulé sobrement « économique », sera chargé de prendre ou non en considération le courrier envoyé à son ministre. En cas de doute existentiel, il pourra aller jusqu’à transmettre ledit courrier au secrétariat du ministre. En cas d’extrême gravité, cela pourra remonter au directeur de cabinet, après être passé par le chef de cabinet, qui ne se remet toujours pas d’avoir obtenu son titre : un assistant qui fait des notes, mais qui est chef ?! Des cabinets qui n’ont d’autre pouvoir que de bloquer.

Les entrepreneurs étouffent

Ce fonctionnement gouvernemental, donc de l’État, est un problème crucial alors que l’informatique, les réseaux sociaux et les messageries ont rendu notre monde interactif au plus haut niveau. « Messieurs les ronds de cuir », a-t-on envie de dire, comment n’avez-vous pas évolué et trouvé le moyen d’étudier avec sérieux et respect les remontées des entrepreneurs qui souffrent ? Ces petits hommes gris continuent de gouverner par l’interdiction et de vivre dans leur monde administratif, en ne comprenant pas eux-mêmes ce qu’ils administrent.

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C’est ainsi qu’alerté sur le fait qu’il conviendrait de réfléchir à une manière de souhaiter une bonne fête aux entreprises (24e édition de « J’aime ma boîte » le jeudi 15 octobre !) et aux Français qui travaillent, le ministre du Travail et des Solidarités a fait répondre – ou du moins le chef de cabinet a répondu – que l’agenda du ministre (cinq mois à l’avance, et sera-t-il encore ministre ?) ne permettrait vraiment pas de répondre positivement à tout ce qui était évoqué ! Par exemple, en enregistrant un simple message vidéo pour souhaiter une bonne fête aux entreprises ! Par-delà le fait scandaleux que le ministre du Travail ne s’intéresse pas à la célébration du travail, il y a la gestion du temps : la nouvelle manie des conseillers est d’attendre et de gérer l’agenda du grand chef selon leur bon vouloir et les fluctuations possibles d’un emploi du temps. C’est donc deux ou trois jours avant que l’on a confirmation de sa participation à un débat, une réunion ou un déplacement… selon la formule consacrée : « l’agenda du ministre ne lui permettra peut-être pas d’honorer son engagement ». Tout est dit. Un chef d’entreprise, lui, s’engage sur tout et à tout moment. Un ministre a tous les droits et peu de devoirs ?

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Quand par hasard on a réussi à communiquer sur la proposition faite ou sur la réforme suggérée, on vous répond systématiquement (c’est la nouvelle mode) : «Oui, mais c’est difficile, il faut d’abord faire de la pédagogie», avec un air lourd, sous-entendu « aux imbéciles qui ne comprendraient pas ». «Faire de la pédagogie» est le nouveau mantra de ceux auxquels, au contraire, les entrepreneurs devraient faire de la pédagogie ! Nous entrons dans une période terrible où les candidats à la présidentielle ne vont certainement pas se risquer à faire la pédagogie de quoi que ce soit. Le meilleur exemple est celui des retraites, car personne ne prendra le risque d’expliquer qu’il est obligatoire (sans discussion possible) de rallonger le temps de travail des salariés français pour la survie du modèle économique français. On confond donc « pédagogie » et « démagogie »… c’est plus simple.

Liberté de circulation: les Français n’en ont pas totalement fini avec les ZFE!

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© SYSPEO/SIPA

L’État de droit, c’est plus fort que toi ! Le Conseil constitutionnel rallume la mèche sociale. Le 21 mai, il a censuré 25 articles de la loi de simplification de la vie économique, dont celui abrogeant les ZFE. À cause des Sages de la rue de Montpensier, nous n’en avons donc pas fini avec cet « apartheid » social masqué sous couvert de vertu écologique.


La technocratie écocitoyenne est, paraît-il, pavée de bonnes intentions. Une de ses incarnations normatives porte un acronyme bien connu : ZFE, pour « Zones à Faibles Émissions ». Derrière cette formule lissée se cache une réalité infiniment plus brutale que les promoteurs pseudo-écolos du projet tentent de masquer : la transformation de nos métropoles en « Zones à Forte Exclusion ». Sous prétexte de purifier l’air des centres-villes, l’État a voulu organiser le bannissement des classes populaires et moyennes périphériques.

Des centres-villes réservés aux bobos

L’absurdité de ce projet, comme jadis la fermeture de Fessenheim, saute aux yeux. Cette mesure ne présente aucun avantage écologique global substantiel. Elle déplace le problème, privatise le centre pour les privilégiés qui roulent à l’électrique, et rejette les émissions au-delà du périphérique. On ne règle pas la précarité énergétique et automobile des Français, on la repousse hors de vue des privilégiés du centre-ville.

Le caractère profondément discriminant des ZFE est en effet d’une violence inouïe. Pour des millions de Français, la voiture n’est pas un luxe, c’est un outil de survie. C’est le seul moyen de se rendre au travail, d’emmener un enfant chez le médecin, au sport, ou de maintenir un lien social. Décréter qu’un véhicule un peu ancien n’a plus le droit de cité, c’est assigner à résidence ceux qui n’ont pas les moyens de débourser 20 000 ou 30 000 euros pour une voiture électrique. C’est punir la pauvreté et récompenser le riche propriétaire d’une Tesla ou d’un SUV hybride.

A lire aussi: Alexandre Jardin : Gueux malgré eux

Cette déconnexion totale des élites prépare activement une nouvelle « révolte des gueux », comme le martèle l’écrivain Alexandre Jardin, fondateur du mouvement. À force de mépriser la France des fins de mois, celle qui travaille mais ne vit pas dans les beaux quartiers, le pouvoir allume la mèche d’une colère sociale explosive. Comment s’étonner du ressentiment grandissant des Français à l’égard de la politique quand on interdit l’accès à la ville à ceux-là mêmes qui font tourner le pays en occupant les postes les moins rémunérés et les plus pénibles ?

Décision inique

Le summum du déni démocratique a été atteint par une décision purement politique des neuf « Sages » du Conseil constitutionnel. Alors qu’un sursaut de lucidité avait saisi le Parlement (l’Assemblée nationale et le Sénat ayant voté de concert la suppression de ces zones absurdes), les magistrats de la rue de Montpensier ont choisi de rétablir les ZFE. Une décision inique qui en dit long sur le caractère hors-sol et la gauchisation de cette institution, qui avait déjà censuré la loi immigration pour les mêmes raisons idéologiques.

A lire aussi, Pierre Meurin: « Sur les ZFE, je ne lâcherai rien ! »

Nous n’avons cessé, depuis des années, de dénoncer cette prise de pouvoir des juges qui nient la réalité du terrain et court-circuitent les élus locaux comme le Parlement. En imposant par le haut une mesure inapplicable et injuste, le Conseil constitutionnel (et l’État, qui ne proteste pas) s’entêtent dans l’écologie punitive au détriment de l’adhésion populaire.

Le peuple pense mal ? Ignorons le peuple, nous dit le pouvoir. Notre démocratie ne peut plus fonctionner en affichant un tel mépris de la majorité silencieuse. L’heure est venue, comme en Suisse, de consulter le peuple par référendum sur tous les sujets majeurs (immigration de peuplement, écologie punitive, éolien, sécurité, fiscalité, etc.). Autant de sujets sur lesquels l’opinion des Français n’est jamais prise en compte.

Si la transition écologique doit se faire contre les plus modestes, déjà durement touchés par l’explosion des prix des produits de première nécessité, elle ne se fera pas. Faute de quoi, les ZFE ne purifieront pas l’air, elles embraseront la société. Mais les aveugles et sourds qui nous gouvernent en ont-ils conscience ?

🎙️ Podcast: « Malaise dans la génération Z »: le nouveau livre de Pierre Valentin

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Une adolescente se détend sur un canapé en écoutant de la musique sur son téléphone portable. Photo du 12 septembre 2013 © J.M. Guyon - Copyright 2/AP/SIPA

Avec Pierre Valentin et Jeremy Stubbs.


Pierre Valentin est un penseur et essayiste qui a déjà publié Comprendre la révolution woke, ouvrage fondamental sur les dérives récentes de l’idéologie progressiste (Gallimard, 2023) et qui anime la chaîne YouTube Transmission destinée à mettre en scène des conversations longues entre membres de différentes générations.

Il vient de publier Malaise dans la génération Z (Gallimard), livre d’une importance capitale pour comprendre pourquoi les jeunes nés à partir de 1995 semblent souffrir plus que les générations qui les ont précédés, notamment les « boomers ».

A lire aussi: Les hommes, ces indésirables

Pierre Valentin nous parle des six facteurs qu’il a identifiés pour expliquer la situation critique de beaucoup de jeunes aujourd’hui.

  • la numérisation. L’addiction aux écrans et aux réseaux dits « sociaux » crée pour beaucoup de jeunes une illusion de sociabilité et les enferme dans une vraie solitude. De surcroît, un grand nombre de parents encouragent cet isolement relatif dans un souci de surprotection.
  • le Covid-19. Cette tendance à la surprotection a été renforcée par l’Etat qui nous a imposé un confinement de longue durée. C’est ainsi que, dans une certaine mesure, l’isolement est devenu une vertu civique, symbolisée par la façon dont certains jeunes continuent de porter le masque dans l’espace public. Pour beaucoup, la relation à autrui est restée pathologique.
  • l’ « effondrement de l’avenir ». Il ne s’agit pas d’une dualité entre l’optimisme et le pessimisme. Dans les sondages, beaucoup de jeunes se qualifient d’ « optimistes ». Le problème, c’est que leur propre avenir est devenu illisible pour eux. Les perspectives d’un emploi stable, de l’achat d’une maison, de la création de leur propre famille… sont très réduites. Au moment même où la grande vague de l’IA est en train de déferler sur nous.
  • le militantisme idéologique. Les idéologies wokistes et islamogauchistes sont censées encourager le progrès social mais se révèlent être plutôt des sources de mal-être pour les personnes qui les soutiennent et les propagent. Dans beaucoup de cas, elles ont pour effet d’encourager un engagement purement numérique – en ligne plutôt que dans l’espace public réel – et ne créent qu’un sentiment d’appartenance superficielle.
  • l’individualisation. Nos jeunes concitoyens sont, pour beaucoup d’entre eux, de plus en plus coupés des sources traditionnelles de la vie commune, comme la religion, les joies et obligations de la vie familiale, ou les institutions démocratiques conventionnelles qui, bien qu’imparfaites, ont fait leurs preuves dans le passé.
  • la psychothérapie. Beaucoup des jeunes qui souffrent expliquent et justifient leurs souffrances en se prétendant affligés par des problèmes de santé mentale. Les diagnostics explosent dans ce domaine et le vocabulaire de la psychothérapie envahit le langage du quotidien. Que ces problèmes soient réels ou non, les figures d’autorité osent rarement mettre en doute l’authenticité de ces troubles et encouragent cette tendance à éviter les responsabilités de la vie en commun.

A lire aussi, éditorial: Code noir et chèque en blanc

La tendance générale qui en résulte est un désir de retourner dans le fœtus, la recherche d’un cocon maternel et maternant qui protège l’individu sans l’intervention d’une autorité paternelle.

Pourtant, il ne faut pas abandonner les jeunes générations. En tenant compte du fait que tous les jeunes ne se ressemblent pas, Pierre Valentin propose des pistes de solution. D’abord, le retour de l’autorité paternelle. Ce retour, presque inévitable, est déjà plébiscité par beaucoup de nos concitoyens, mais il ne faudrait pas qu’il conduise à un excès de sécuritarisme et d’autoritarisme. Ensuite, il faut redécouvrir les valeurs communes que les générations antérieures puisaient dans la religion. Chez les jeunes, il y a déjà un petit sursaut de la croyance religieuse, surtout dans l’Eglise catholique.

A cet égard, Malaise dans la génération Z est non seulement un livre d’analyse qui éclaire notre actualité, mais aussi, dans une certaine mesure, un livre-manifeste qui montre la direction à suivre. Écoutez 👇

Malaise dans la génération Z

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Comprendre la révolution woke

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Horreur bolloréale sur la Croisette

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Tapis rouge pour "La Bataille de Gaulle", au Festival de Cannes, 20 mai 2026. La révolution reste un dîner de gala. © Mickael Chavet/ZUMA Press Wire/SIPA

Plus de 2 000 professionnels du cinéma ont signé une pétition retentissante contre Canal +. Ils n’ont strictement rien à reprocher à la chaîne cryptée, si ce n’est d’être contrôlée par l’ennemi public numéro un des bobos, Vincent Bolloré. Le milieu a volé au secours du premier financeur du secteur, à qui le 7 e art et la gauche doivent tant. Mais cette nouvelle quinzaine antifasciste montre que la bataille culturelle sera féroce.


Plus de starlettes ni de seins nus. Désormais, au Festival de Cannes, la seule chose qui s’exhibe sans pudeur, c’est la vertu antifasciste. On n’est pas là pour rigoler mais pour faire la révolution. Et aujourd’hui, n’en déplaise à Mao, la révolution est bien un dîner de gala. Le menu varie – on ne peut pas manger du mâle toxique ou du juif génocidaire à tous les repas. Le fond de sauce est immuable : l’extrême droite arrive. Peur sur la France !

En 2026, c’est Vincent Bolloré qui joue le rôle du méchant, prêt à faire main basse sur les cerveaux disponibles pour favoriser son funeste projet idéologique. Porte-voix et QG de la résistance, Libération raconte ces glorieuses journées avec un sérieux de commissaire politique : « En plus de l’apparition progressive de badges “Zapper Bolloré” sur les poitrines des festivaliers, s’était mise en place une grève des applaudissements à l’apparition du logo de Canal à l’écran, une résistance silencieuse à l’envahisseur breton qui s’est muée samedi soir, lors de la projection de gala du Full Phil de Quentin Dupieux, en concours de huées et de sifflements. » Des badges et des huées contre la Bête immonde, on peine à croire que le confrère ait écrit cette phrase au premier degré. Mais si. Dernier Festival de Cannes avant l’arrivée de l’extrême droite ! « Ne confiez pas votre imagination à n’importe qui », exhorte un mail commercial de Libé qui n’oublie pas de surfer sur la lutte pour vendre de l’abonnement.

La comédie des pétitionnaires

Petit rappel pour ceux qui ont réussi à échapper à la dernière quinzaine anti-Bolloré. Quelques heures avant l’ouverture du Festival, prétextant le rachat d’UGC par Canal +, une dizaine de vedettes multi-pétitionnaires et plusieurs centaines de demi-soldes du cinéma (ou de l’intermittence) alertent sur le risque d’une « prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif ». Rien de neuf, si ce n’est qu’au lieu de tendre la joue gauche, Maxime Saada, patron de la chaîne cryptée, réplique qu’il ne travaillera plus avec des gens qui le traitent de fasciste. Stupeur et tremblements. Ils n’aiment pas être injuriés ? C’est bien la preuve qu’ils sont fascistes. Brandie la veille comme un étendard, la liste des valeureux pétitionnaires devient la « liste noire » de Canal. Et les listes noires, c’est d’extrême droite, sauf quand c’est la gauche qui les dresse. « Réaction brutale et disproportionnée », tance la ministre de la Culture – de quoi je me mêle. Le Monde voit dans la riposte de Saada « une tentative d’intimidation, dont l’objectif serait d’inciter les créateurs à pratiquer l’autocensure ». La CGT-Spectacle et la Ligue des droits de l’Homme portent carrément plainte contre Canal, accusé de discrimination envers les signataires. « Ces gens pensent qu’ils peuvent acheter le silence », s’émeut Marine Tondelier qui, lors de son séjour cannois, a « senti tout le milieu très inquiet de l’offensive réactionnaire en cours »

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En réalité, le milieu est effaré par cette offensive que la liste des films financés par Canal + devrait suffire à faire sombrer dans la honte et le ridicule. Les auteurs Grasset, qui avaient en avril donné une répétition générale de cette comédie, avaient au moins un grief véritable à l’encontre de Bolloré – le limogeage brutal d’Olivier Nora. Mais on cherche en vain sa marque dans les choix de Canal, plutôt marqués par une prédilection pour les œuvres gauchisto-larmoyantes qui n’ont pas toute la qualité de L’Histoire de Souleymane. Judith Godrèche présentait à Cannes Mémoire de fille. Un film Canal dont on pourrait se passer.

La déconfiture des seconds couteaux

Les vrais professionnels du cinéma savent ce qu’ils doivent à Canal. Ce qui menace leur activité, c’est que Bolloré, lassé d’être diffamé, décide de déménager la chaîne au Luxembourg ou ailleurs et de la transformer en plateforme à la Netflix, la libérant du même coup de ses obligations légales vis-à-vis du cinéma. Les agents somment leurs « talents » de garder leurs distances. Certains signataires s’éclipsent, jurant qu’ils avaient mal compris. Ou pas bien lu. À en croire Le JDD, Jean-Pascal Zadi passe un coup de fil d’excuses. Après Alain Chabat, Mathieu Kassovitz défend la chaîne cryptée. Pour une fois, des personnalités refusent de suivre la meute. Gilles Lellouche, qui incarne Jean Moulin, envoie paître un journaliste « antiraciste et décolonial » qui ose cette question : « Pensez-vous qu’il est aujourd’hui primordial, pour ne pas trahir la mémoire de Jean Moulin, de combattre résolument le Rassemblement national ? Pensez-vous également que la France insoumise est aujourd’hui le meilleur rempart contre l’extrême droite, son programme étant aussi inspiré du programme du Conseil national de la Résistance ? » Réponse : « Elle n’est pas un peu orientée, votre question ? »

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On se dit qu’avec des ennemis aussi nigauds, Bolloré peut se passer d’amis. La conjuration de comédie vire à la déconfiture – mauvaise appréciation du rapport des forces. Cependant, le JDNews ironise peut-être trop vite sur « la caste qui pourrait perdre son monopole culturel ». On en est loin. Certes, la pétition du cinéma rassemble surtout des seconds couteaux, mais ça fait du monde qui se répand sur les réseaux sociaux, intimidant et menaçant divergents et dissidents. Dans la foulée, le ban et l’arrière-ban du gauchisme culturel et universitaire se fendent de nouvelles tribunes, sonnant toujours le même tocsin. Les enfants chéris du théâtre subventionné annoncent « un basculement sans précédent vers une mainmise idéologique de l’extrême droite sur les espaces d’art et de pensée en France ». Ces âneries de compétition, qui devraient être balayées par un éclat de rire général, sont reprises en boucle par des médias tenus pour respectables, à commencer par Le Monde qui s’étonne que l’on puisse « se moquer du monde de la création, voire lui couper les vivres, sans être sanctionné par les électeurs ». On comprend sa surprise. Non seulement une partie de la droite commence à se rebeller contre l’hégémonie culturelle de la gauche, mais ces ploucs électeurs, las d’être méprisés par des rebelles subventionnés, applaudissent à leur disgrâce. On ne respecte plus rien.

Ce n’est que partie remise

Pour 2027, la gauche a un seul projet, un unique mot d’ordre, tambouriné en toute occasion : faire barrage aux fascistes – Sophia Chikirou entend « les virer de l’Assemblée et des médias ». Une urgence morale drapée dans un humanisme à géométrie très variable, qui dispense d’honnêteté et même de décence. Ceux qui depuis des décennies arbitrent les élégances morales mobiliseront les pires fadaises, maniganceront les plus abjectes manipulations pour conserver le magistère des esprits qu’ils estiment leur revenir de plein droit : l’imaginaire, comme ils disent, c’est leur domaine réservé. Qualifié de lâche, voire de collabo pour son refus de se prononcer sur l’« extrême droite », Gilles Lellouche rétropédale piteusement, jurant qu’il ne soutiendra « jamaisun parti ou une idéologie qui prône la haine, l’intolérance et la discrimination » – on croit comprendre qu’il ne parle pas de LFI. Cette désolante autocritique en est la preuve : si le camp du Bien a perdu une bataille, il est prêt à tout pour ne pas perdre la guerre.

Ça c’est palace !

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Le Park Hyatt Paris-Vendôme. D.R.

Même dans le luxe, le niveau baisse. A la mi-mai, trois palaces parisiens ont ainsi été rétrogradés. Mais la sévère commission d’attribution du label « Palace » fait l’impasse sur un critère important, note Jonathan Siksou.


Causeur sera en cours de distribution dans les kiosques lorsque le ministre du Tourisme Serge Papin annoncera les noms des prestigieux hôtels faisant partie de la « Collection Palace 2026 ». Mais on sait déjà que trois d’entre eux ne seront plus cités, car ils ont été… rétrogradés. Du jamais-vu !

Le Park Hyatt Paris-Vendôme, rue de la Paix, le Mandarin Oriental, rue Saint-Honoré, et, à Biarritz, l’Hôtel du Palais (exploité par le groupe Hyatt) ont dû rendre leur plaque à la mi-mai. On reproche au premier de ne s’être pas assez « renouvelé » depuis son inauguration en 2002, au deuxième de s’essouffler malgré une ouverture en 2011 – mais il s’apprêtait à fermer pour des travaux d’envergure – et au troisième de ne pas avoir rénové toutes ses chambres lors d’un chantier somptuaire en 2020. Qui est « on » ? La commission Palace.

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Jusqu’en 2010, la France n’abritait pas de « palaces » homologués. Les meilleurs établissements pouvaient obtenir cinq étoiles en répondant à une série de critères matériels très précis (surface des chambres, services proposés, qualité du restaurant, etc.), mais l’administration n’avait pas inventé de cases supplémentaires pour distinguer le palace du grand hôtel. Une commission d’enquête hôtelière a donc vu le jour cette année-là pour juger, sur des critères subjectifs, ce qui fait la différence. Passés le Covid et l’hibernation du tourisme mondial, cette commission s’est réformée en 2024 pour rationaliser ses attributions – soit définir de nouvelles normes –, et nommer davantage de professionnels du secteur dans ses rangs. Sans faire offense à leurs compétences, il est un critère qu’ils n’oseront jamais noter : la clientèle. Or, celle-ci, qui était constitutive de l’identité d’un palace, est désormais constituée de familles en short, de vedettes éphémères en jogging, d’instagrameuses monogrammées de la tête aux pieds comme une malle Vuitton et de leurs compagnons ravis de jouer les hommes-sandwichs pour d’autres marques.

On pense à Sacha Guitry : « Le luxe est une affaire d’argent. L’élégance est une question d’éducation. »

Triompher en festins: Une histoire de France en vingt repas

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Elon Musk, le « robot » qui rêve

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Le milliardaire de la tech et fondateur de Tesla, Elon Musk, traverse le Grand Palais du Peuple avec son fils X Æ A-XII. Le président américain Trump est accompagné lors de sa visite en Chine par une importante délégation commerciale. 14 mai 2026, Pékin © Johannes Neudecker/DPA/SIPA

Le fondateur de SpaceX semble avoir une bonne longueur d’avance sur le reste de l’humanité concernant les défis actuels de notre civilisation. Son imaginaire, bien nourri par l’univers de son écrivain préféré, y est pour quelque chose.


La scène a fait le tour de la planète. Lors du banquet organisé par le président chinois Xi Jinping en l’honneur de son homologue américain Donald Trump, en marge de leur rencontre à Pékin les 14 et 15 mai derniers, Elon Musk, qui faisait partie de la délégation américaine, ne cachait pas son exaspération face aux demandeurs de selfies qui se pressaient à sa table. Des soupirs, des yeux levés au ciel, l’absence de tout signe de sympathie à l’encontre de ses admirateurs, pourtant tous dirigeants de grandes entreprises chinoises : le PDG de Tesla montrait ouvertement au monde entier que ce genre d’événements mondains, ô combien prestigieux, lui faisait perdre son temps.

Il est vrai que la période actuelle est particulièrement chargée pour l’homme d’affaires sud-africain. Le 12 juin prochain, il devrait introduire en Bourse sa société SpaceX, valorisée à 1 750 milliards de dollars et dont le marché potentiel est estimé à 28 500 milliards de dollars. Ce qui correspond au montant du produit intérieur brut de toute l’économie des États-Unis. L’entrepreneur, dont la fortune cumulée a déjà dépassé le seuil de tout ce que l’idée de la richesse d’un être humain pourrait laisser imaginer (839 milliards de dollars selon le dernier classement de Forbes), serait alors à la tête d’un empire technologique qui rivaliserait avec les plus puissants pays du monde.

La conquête de la galaxie ? Un jeu d’enfant

Pourtant, le rapport de Musk à l’argent tranche avec celui d’autres milliardaires, et notamment de ses compères des GAFAM tels que Jeff Bezos (Amazon), Mark Zuckerberg (Facebook) ou encore Bill Gates (Microsoft). Ceux-ci ont fait leur fortune dans le domaine de l’Internet et de l’informatique, saisissant habilement la vague du progrès technologique de notre époque et, surtout, jouant de toute leur influence pour verrouiller l’hégémonie de leurs entreprises sur le marché mondial.

Musk, lui, utilise sa puissance financière comme un moyen pour aller constamment de l’avant et accomplir ses rêves d’enfant. Lors du dernier Forum économique de Davos, en mars 2026, il a exposé son ambition professionnelle en ces mots : « L’objectif final de mes entreprises est de maximiser l’avenir de notre civilisation… et d’étendre la conscience au-delà de la Terre. SpaceX, par exemple, vise à faire progresser la technologie des fusées au point de pouvoir étendre la vie et la conscience au-delà de la Terre, vers la Lune, vers Mars, et finalement vers d’autres systèmes stellaires. »

Depuis que Musk est devenu un personnage public, il ne cache pas son amour pour les étoiles et sa volonté de découvrir la vie sur d’autres planètes. Et si le jeune Elon a été habité par ce rêve, c’est qu’il y a eu quelqu’un pour le lui offrir. En effet, il est impossible de comprendre la réussite d’Elon Musk, et par là même l’ambition de l’homme potentiellement le plus puissant de la planète, sans évoquer le nom d’Isaac Asimov.

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Musk l’exprime lui-même dans ses tweets : « Les livres (du cycle) “Fondation” d’Asimov ont eu une influence fondamentale sur moi » (6 juin 2023). Ou encore : « Mars pour la Terre est ce que Terminus fut pour Trantor. Lisez Fondation d’Asimov » (2 octobre 2020).

Pour plusieurs générations de lecteurs, l’écrivain Isaac Asimov, fils d’immigrés juifs russes arrivés à New York dans les années 1920, fut un repère indispensable de la littérature de science-fiction. Ses livres permettaient à des millions de lecteurs, dont le jeune Elon, de s’évader de la réalité terrienne qui leur paraissait sombre, terne et ennuyeuse. Les cycles de « Fondation » et des « Robots », composés de plusieurs volumes, racontent la vie des humains d’ici plusieurs milliers d’années, quand ils habiteront sur d’autres planètes de la Galaxie, se transformeront en Spaciens et seront assistés par des robots humanoïdes dans leurs vies professionnelle, sociale et politique.

Mais voilà : plus de 30 ans après la mort d’Isaac Asimov en 1992, ses livres deviennent les récits de nos préoccupations ô combien réelles et frappent par le génie prémonitoire de leur auteur. Les robots-assistants, indispensables alliés des Spaciens colonisateurs d’autres planètes, sont bien là. Et ils ont trouvé un capitaine de vaisseau hyperspatial (imaginé par Asimov en 1950 !) prénommé Elon, prêt à lancer la conquête de Mars !

Se soumettre aux robots ou se méfier d’eux ?

« L’imagination est plus importante que la connaissance. La connaissance est limitée, alors que l’imagination embrasse le monde entier, stimulant le progrès, donnant naissance à l’évolution », disait le génial Einstein. L’imagination d’Asimov a inspiré celle du petit garçon de Pretoria ; l’évolution technologique des temps modernes a fait le reste.

L’utopie envoûtante, captivante et effrayante de l’univers d’Asimov a paru tout à fait réaliste aux yeux de Musk. Plus que cela, les livres de l’écrivain américain servent d’une certaine façon de feuille de route pour l’inarrêtable entrepreneur, qui s’apprête à devenir le premier trillionnaire de l’histoire de l’humanité.

Dans sa nouvelle « Le Robot qui rêvait » (issue du Cycle des Robots), un véritable chef-d’œuvre d’Asimov, il raconte l’histoire d’une jeune roboticienne, Linda Rash, qui a créé secrètement un robot dont les capacités cérébrales ont atteint un niveau jusqu’alors inconnu. Un jour, le « robot-génie » fait un aveu à sa créatrice: il lui arrive de rêver la nuit. En d’autres termes, le spécimen s’est doté non seulement d’une conscience algorithmique, mais aussi d’un subconscient qui échappe au contrôle de l’humain. Effrayée par ces révélations, Linda consulte la célèbre robopsychologue Susan Calvin, personnage principal du cycle. Cette dernière, après une longue réflexion et face au danger potentiel de perdre le pouvoir sur la nouvelle machine, prend la décision de détruire Elvex, ce robot à « l’âme humaine ».

« Tant que les gens ne verront pas des robots descendre dans les rues en tuant d’autres personnes, ils ne sauront pas comment réagir, parce que ça paraît si irréel », a prévenu Musk lors de son discours à la National Governors Association le 16 juillet 2017. Il alertait alors sur l’urgence de réguler l’intelligence artificielle, bien avant, donc, le récent appel du Pape Léon XIV à « désarmer l’IA ».

Alors que notre société ne sait parfois pas comment réagir face à des supporters déchaînés de football, l’homme qui chuchote à l’oreille des robots semble avoir pris une vraie longueur d’avance sur toute la classe politique internationale, mais aussi sur les savants et les intellectuels de notre planète.

« Mais qu’est-ce qu’ils veulent de moi, tous ces pauvres dirigeants ignorants ? », devait se demander Musk lors du fameux dîner à Pékin le mois dernier. Son esprit a bien d’autres priorités à gérer. Son mentor Isaac Asimov lui a laissé un sacré trésor à explorer. Isaac Asimov… initiales : I.A.

Le robot qui rêvait

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Mai-68, 2005, PSG: chaque émeute est un message adressé à la société

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Un policier antiémeute près d'un véhicule en flammes à Paris, le 31 mai 2026. Les supporters du Paris Saint-Germain (PSG) s'étaient rassemblés pour célébrer le deuxième titre consécutif de leur équipe en Ligue des champions de l'UEFA après sa victoire contre Arsenal FC à Budapest. Les célébrations parisiennes ont ensuite dégénéré en affrontements avec les forces de l'ordre © Nael Chahine/MEI/SIPA

Interrogée sur France 2 ce matin au sujet des débordements graves qui ont émaillé la victoire du PSG, la ministre des Sports, Marina Ferrari, a affirmé que la justice « doit faire son travail avec des peines sévères ». Toutefois, ces bonnes paroles ne suffiront pas à remédier au mal français.


Une fois encore, Paris a connu cette étrange célébration dont notre époque a le secret : une fête qui ressemble à une émeute, une victoire qui prend les allures d’une défaite. Après le sacre du Paris Saint-Germain, les images ont défilé avec la régularité d’un rituel désormais bien installé : vitrines brisées, commerces pillés, véhicules incendiés, affrontements avec les forces de l’ordre, mobilier urbain détruit. De Paris à Lyon, de Nantes à Grenoble, de Marseille à Toulouse, la même scène s’est répétée. Et comme toujours, les responsables politiques ont appelé au calme, les commentateurs ont exprimé leur surprise, les experts ont expliqué, contextualisé, nuancé.

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Pourtant, il n’y avait rien de surprenant. Depuis longtemps, les grandes célébrations sportives sont devenues le théâtre d’une démonstration de force où le football n’est souvent qu’un prétexte. Ce qui s’exprime alors n’est pas seulement la joie populaire, mais quelque chose de plus sombre : la fragilisation de l’autorité, l’effacement progressif des frontières entre la fête et la violence, entre la liberté et l’impunité. Il faut également avoir le courage de regarder la réalité telle qu’elle apparaît. Une part importante des violences est le fait de jeunes issus de l’immigration africaine et maghrébine, parfois de nationalité étrangère, parfois nés en France mais vivant dans un rapport de rupture avec l’histoire, la culture et les institutions du pays. À leurs côtés se retrouvent souvent des militants de l’ultra-gauche, héritiers d’une tradition de contestation devenue pure négation, pour lesquels toute manifestation d’autorité constitue une provocation et toute atteinte à l’ordre une forme de libération.

La conquête par la transgression

Les motivations diffèrent parfois ; le résultat est identique. Les uns apportent la force du nombre, les autres une justification idéologique. Les uns expriment une colère diffuse ou une volonté de domination territoriale ; les autres fournissent les mots, les concepts et les excuses. Beaucoup de ces jeunes hommes n’agissent d’ailleurs pas nécessairement au nom d’un projet politique clairement formulé. Ils sont mus par la pulsion du désordre, l’excitation de la transgression, l’ivresse du pillage, le sentiment grisant de puissance que procure l’effacement provisoire des règles communes. Pour certains, il s’agit d’un jeu morbide, d’une fête inversée où la destruction tient lieu de célébration. Ils ne mesurent pas toujours ce dont ils sont les acteurs.

Et pourtant, qu’ils en aient pleinement conscience ou non, leurs gestes s’inscrivent souvent dans une dynamique qui les dépasse. Car derrière la violence apparemment gratuite se dessine parfois autre chose : une progression territoriale, culturelle ou idéologique menée par d’autres forces, plus organisées, plus patientes, plus conscientes de leurs objectifs. Beaucoup de ces jeunes ne sont alors que le petit doigt d’un bras dont ils ignorent parfois l’existence, les exécutants spontanés d’un mouvement plus vaste qui contribue à affaiblir les cadres symboliques, politiques et culturels sur lesquels reposait la nation.

La violence normalisée

Cette alliance de circonstance constitue l’un des phénomènes les plus caractéristiques de notre époque. Vingt ans après les émeutes de 2005, le constat apparaît plus inquiétant encore. À l’époque, beaucoup avaient voulu croire à une crise passagère. Les incendies de voitures et les attaques contre les bâtiments publics furent présentés comme la conséquence mécanique du chômage, de la pauvreté ou de l’exclusion. Quelques voix pourtant avertissaient déjà qu’il se jouait autre chose. Ce qui apparaissait alors n’était pas seulement une crise sociale mais une crise de civilisation. Une crise de l’autorité. Une crise de la transmission. Une crise de la légitimité même de la République.

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Vingt ans plus tard, cette intuition paraît difficilement contestable. Les incendies sont parfois moins spectaculaires ; la décomposition est plus profonde. Ce qui relevait autrefois de l’exception tend à devenir la norme. La violence n’est plus un événement : elle est devenue un climat. Les bandes de jeunes se sont transformées en micro-sociétés où prospèrent les trafics, les logiques de clan, les rapports de force et parfois les influences islamistes les plus diverses. Dans certains quartiers, les représentants de l’État ne pénètrent qu’avec précaution. La loi officielle y coexiste avec d’autres formes d’autorité plus immédiates, plus redoutées et souvent plus respectées.

Mais attribuer cette situation aux seuls phénomènes migratoires serait insuffisant. Le mal est plus ancien. Plus profond. Plus français aussi. Car la véritable révolution qui a bouleversé le pays depuis un demi-siècle n’est pas seulement démographique ou économique. Elle est morale et culturelle. Son acte fondateur porte un nom : Mai 68. Depuis lors, toute forme d’autorité est devenue suspecte. Le maître devait devenir animateur. Le père devait devenir compagnon. Le policier devait comprendre avant de sanctionner. Le juge devait s’interroger sur les causes sociales avant de condamner. L’État lui-même devait apprendre à douter de sa propre légitimité.

Le ver est dans le fruit

Cette révolution culturelle a fini par pénétrer toutes les institutions. L’école a progressivement remplacé la transmission par la pédagogie. La justice a parfois substitué l’explication à la sanction. Les médias ont développé une méfiance quasi instinctive envers toute affirmation de l’autorité. Une même idée s’est imposée partout : l’interdit serait une violence et la sanction une injustice potentielle. Ainsi est née ce que l’on pourrait appeler la culture de l’excuse. Chaque délinquant devient le produit d’un contexte. Chaque violence l’effet d’une exclusion. Chaque émeute est un message adressé à la société. Chaque refus des règles communes une conséquence plutôt qu’une responsabilité. Peu à peu, la notion même de faute s’est dissoute. Le coupable s’est effacé derrière la victime qu’il prétend être.

Et pendant que les institutions cherchaient à comprendre, ceux qui entendaient imposer leur loi, eux, ne doutaient pas. Les trafiquants n’ont jamais renoncé à l’autorité. Les islamistes n’ont jamais abandonné l’idée de hiérarchie. Les chefs de bande ne se sont jamais convertis à la pédagogie bienveillante. Tous ont prospéré dans le vide créé par le recul de l’État. Le paradoxe est d’ailleurs saisissant. Dans nombre de pays dont sont originaires ces jeunes — au Maghreb, en Afrique subsaharienne ou en Turquie — les comportements qui se banalisent aujourd’hui dans certaines villes françaises demeurent fortement condamnés.

Une amie algérienne me disait un jour : « Chez nous, aller en prison est une honte. Le voleur déshonore sa famille. » Cette phrase contient peut-être une vérité que la République contemporaine refuse d’entendre. Car le problème n’est pas seulement l’importation de populations venues d’autres horizons. Le problème réside aussi dans la disparition progressive de la capacité française à transmettre ses propres normes. Les nouveaux venus rencontrent une société qui doute d’elle-même. Une société qui hésite à dire ce qui est permis ou interdit. Une société qui parle sans cesse de droits mais de moins en moins de devoirs. Une société qui craint davantage d’être accusée de discrimination que de laisser prospérer le désordre.

La capitulation intellectuelle précède la défaite politique

Ce vide symbolique est devenu l’un des principaux facteurs de désintégration nationale. Il faut enfin évoquer la responsabilité des élites. Depuis plusieurs décennies, une partie importante des responsables politiques, des universitaires, des magistrats, des journalistes et des acteurs culturels demeure prisonnière des réflexes intellectuels hérités de Mai 68. Ils continuent à considérer l’autorité comme un problème davantage que comme une solution. Ils soupçonnent l’ordre avant même d’en examiner la nécessité. Ils préfèrent souvent compatir plutôt que juger. Comprendre plutôt que protéger. Expliquer plutôt que sanctionner. Dans cette vision du monde, la société est toujours coupable et l’individu toujours victime. La République devient responsable de ceux qui la combattent. La nation coupable de ceux qui refusent de s’y intégrer.

La foule fuit la police qui charge après des débordements, alors que le parc des Princes explose aux couleurs du club PSG, à Paris, le 30 mai 2026 © BENLEULMI ELIAS NEIL/SIPA

Cette logique désarme moralement l’État. Elle nourrit une forme de capitulation intellectuelle qui précède souvent les défaites politiques. Les émeutes de 2005 apparaissent aujourd’hui comme un avertissement qui n’a pas été entendu. Les violences qui ont suivi la victoire du PSG ne sont pas un accident. Elles sont un symptôme. Le symptôme d’une nation qui peine à croire encore en elle-même. Le symptôme d’une République qui multiplie les discours parce qu’elle n’ose plus exercer pleinement l’autorité. Le symptôme d’un pays qui confond trop souvent la tolérance avec la faiblesse, la compassion avec l’abdication et la générosité avec le renoncement. On répète sans cesse que les menaces viennent de l’extérieur. Mais une civilisation ne disparaît pas seulement sous les coups de ses ennemis. Elle disparaît aussi lorsqu’elle cesse de défendre ce qui la constitue. Lorsqu’elle ne croit plus suffisamment en elle-même pour transmettre son histoire, imposer ses règles et protéger ce qu’elle est.

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La question posée par les violences de ces dernières nuits dépasse donc largement le football. Elle touche au cœur même du problème français. Celui d’une République qui semble avoir oublié qu’aucune liberté durable n’existe sans autorité légitime, qu’aucune société ne survit longtemps sans transmission, et qu’aucune nation ne demeure vivante lorsqu’elle renonce à se faire respecter. Car ce qui se joue sous nos yeux n’est peut-être pas seulement une crise de l’ordre public. C’est la confrontation entre une civilisation fatiguée, hésitante, rongée par le doute, et des forces qui, quelles que soient leurs contradictions, avancent avec davantage de certitude qu’elle. Là réside peut-être le drame français : non dans la violence elle-même, mais dans l’incapacité croissante à nommer ce qu’elle révèle.

La société malade

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