Refusant l’héritage de notre cher et vieux pays, la « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon acte la fragmentation de la République et le recul de la civilité. Dans les rues, les stades et les lieux de convivialité, le travail de sape a commencé. Mais la vieille France n’a pas dit son dernier mot.
D’abord un aveu. En préparant ce dossier, nous avons enfreint, en plus de la simple logique, une règle déontologique élémentaire : ne pas parler d’un événement qui ne s’est pas encore produit. Notre numéro étant parti à l’imprimerie le 27 mai, trois jours avant la rencontre PSG-Arsenal, nous ne pouvions pas savoir si les violences, affrontements et dégradations que tout le monde anticipait, à commencer par le ministre de l’Intérieur, se sont effectivement produits.
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Nous avions malheureusement peu de chances de nous tromper puisque c’est désormais la norme. Peu importe qu’il s’agisse d’une victoire ou d’une défaite : chaque grande fête du sport est célébrée par des casseurs déferlant sur la capitale, y semant le chaos et agressant les forces de l’ordre, comme le 6 mai, après la demi-finale PSG-Bayern. Si la soirée du 30 mai s’est déroulée dans le calme, que les échauffourées annoncées n’ont pas eu lieu, nous battons notre coulpe. Tout en remarquant que cette divine surprise est l’exception qui confirme la règle.
Une jeunesse agressive
Le phénomène est désormais établi. Le sport le plus populaire de notre pays, celui qui nous a offert tant d’occasions de communion nationale, dont l’inoubliable victoire de la France lors du Mondial de 1998, nourrit autant la rubrique « violences urbaines » que la chronique sportive. Seuls les (nombreux il est vrai) militants de l’aveuglement le décrivent encore comme un haut-lieu du « vivre-ensemble », mot qui fait d’autant plus florès que la chose disparaît. À la différence du rugby, dont le public familial, enchanté par son légendaire fair-play (voir l’article de Gavin Mortimer dans notre dossier du mois) et sa boboïsation croissante (analysée par Pierre Vermeren), grossit d’année en année, les après-matchs du ballon rond attirent une jeunesse agressive, à l’affût du moindre prétexte pour afficher sa haine des forces de l’ordre et montrer à qui veut l’entendre qu’elle ne compte surtout pas faire la fête avec ceux qui ne lui ressemblent pas. À l’avant-garde d’une « colonisation à l’envers », pour parler comme Gaël Nofri, ces supporteurs-racailles appartiennent pour la plupart à la « Nouvelle France » dont Jean-Luc Mélenchon parle désormais tous les jours, en essayant de faire accroire qu’il désigne là toute la jeunesse du pays, et pas spécialement sa composante immigrée. Cela ne signifie évidemment pas que toute la jeunesse immigrée se reconnaisse dans cette Nouvelle France. Mais ceux qui veulent au contraire s’approprier les mœurs et la culture de la France d’avant (ce qui ne suppose pas qu’ils deviennent blancs et chrétiens) n’intéressent pas les Insoumis.
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Il faut apprendre à parler le Mélenchon. À « Nouvelle France », nouveau lexique. Chez LFI, on dit « genre » au lieu de « sexe », « sioniste » au lieu de « juif », « emprise » au lieu de « relation amoureuse », « pays arriéré » au lieu de « campagnes françaises », « génocide » au lieu de « guerre antiterroriste », « fascisme » au lieu de « droite », « antifas » au lieu de « milice gauchiste », « victime de l’islamophobie » au lieu de « musulman », « toxique » au lieu de « viril », « non racisé » au lieu de « Blanc », « intersectionnel » au lieu d’« incompatible », « systémique » au lieu d’« accidentel », « petit personnage sorti du chapeau » au lieu de « Mohammed Merah », « gentrification imposée » au lieu de « développement économique en banlieue » et « faites mieux ! » au lieu de « je reviendrai ! ».
Faire table à part
Mais revenons aux émeutes du PSG, pardon aux « rixes d’après-match ». Sont-elles une parabole d’un avenir dans lequel nous n’aurons même plus de langage commun pour nous disputer ? Quand une partie de la population refuse ostensiblement de partager avec le reste du pays ses moments de joie, non seulement dans les stades mais aussi à table, l’autre lieu par excellence de la convivialité, on se demande si les Français veulent et peuvent encore vivre ensemble. Le 29 avril, le recteur de la Grande Mosquée de Paris n’a pas hésité à accuser le Canon français, ces dîners pantagruéliques au succès grandissant dans toute la France, « d’exclure symboliquement ceux qui ne ressemblent pas » (sic). Le 19 mai, la députée LFI Sarah Legrain en a remis une couche à l’Assemblée nationale en prétendant que « le Canon français sème la terreur dans le pays ». Des propos délirants, mais significatifs : l’élue est terrifiée par des manifestations joyeuses de la culture populaire. Parce que ce n’est pas le bon peuple. Cachez-moi ces cochonnailles. La « Nouvelle France » de LFI n’est pas un enrichissement, mais un effacement. Le Canon français est au contraire tout ce qu’il y a de plus accueillant. Tournée culinaire ouverte à tous, on y sert à des milliers de participants des repas typiques de l’hospitalité française, avec notamment du jambon et du vin que personne n’est bien évidemment obligé de consommer.
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Esprit des banquets républicains, où es-tu ? Emmanuel Macron a pour ainsi dire apporté sa réponse en déclarant à Alexandrie le 9 mai que « l’épicentre du français ne se trouve pas sur les quais de Seine, mais dans le bassin du fleuve Congo ». Manière faussement savante et vraiment démissionnaire de dire que nous nous situons à présent aux confins d’un immense ensemble postcolonial où le nombre prime sur l’histoire. La France ne doit plus être une référence en matière de langue française.
Un sursaut est-il encore possible ?
Consterné par les propos présidentiels, Robert Ménard rétorque que la continuité historique et la cohésion nationale ne sont pas des trésors perdus, ni des gadgets de communicants. La preuve, il est parvenu, en douze ans de mandat municipal, à remettre Béziers sur les rails de la République. Mathieu Bock-Côté et Nicolas Pouvreau-Monti sont plus circonspects. Le premier parce qu’il analyse la « Nouvelle France » comme une culture fonctionnant sur le mode impitoyable de la conquête territoriale. Le second parce qu’il assure que nous n’avons encore rien vu en matière de submersion migratoire. Cependant, aucun des trois n’écarte complètement la possibilité d’un sursaut, d’un changement de cap dont le premier résultat serait un arrêt de l’immigration. Reste à savoir comment réaliser ce prodige politique qui passe par une large coalition des droites.
Bock-Côté, qui se définit dans son dernier ouvrage comme un « pessimiste joyeux », n’est donc pas si désespéré. Il faut dire que, pour ne pas ruiner son moral, nous avons renoncé à le questionner sur Master Poulet, cette antithèse du Canon français tant vantée par LFI. Nous avons préféré envoyer Jonathan Siksou sur le terrain, autrement dit tester un établissement de la chaîne. Grâce soit rendue à l’auteur de Triompher en festins : une histoire de France en vingt repas (Perrin), qui non seulement a relevé le défi, mais en a tiré un chef-d’œuvre de drôlerie et un modèle de grand reportage.




