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Horreur bolloréale sur la croisette

"Zapper Bolloré" ? Arrêtez votre cinéma !


Horreur bolloréale sur la croisette
Tapis rouge pour "La Bataille de Gaulle", au Festival de Cannes, 20 mai 2026. La révolution reste un dîner de gala. © Mickael Chavet/ZUMA Press Wire/SIPA

Plus de 2 000 professionnels du cinéma ont signé une pétition retentissante contre Canal +. Ils n’ont strictement rien à reprocher à la chaîne cryptée, si ce n’est d’être contrôlée par l’ennemi public numéro un des bobos, Vincent Bolloré. Le milieu a volé au secours du premier financeur du secteur, à qui le 7 e art et la gauche doivent tant. Mais cette nouvelle quinzaine antifasciste montre que la bataille culturelle sera féroce.


Plus de starlettes ni de seins nus. Désormais, au Festival de Cannes, la seule chose qui s’exhibe sans pudeur, c’est la vertu antifasciste. On n’est pas là pour rigoler mais pour faire la révolution. Et aujourd’hui, n’en déplaise à Mao, la révolution est bien un dîner de gala. Le menu varie – on ne peut pas manger du mâle toxique ou du juif génocidaire à tous les repas. Le fond de sauce est immuable : l’extrême droite arrive. Peur sur la France !

En 2026, c’est Vincent Bolloré qui joue le rôle du méchant, prêt à faire main basse sur les cerveaux disponibles pour favoriser son funeste projet idéologique. Porte-voix et QG de la résistance, Libération raconte ces glorieuses journées avec un sérieux de commissaire politique : « En plus de l’apparition progressive de badges “Zapper Bolloré” sur les poitrines des festivaliers, s’était mise en place une grève des applaudissements à l’apparition du logo de Canal à l’écran, une résistance silencieuse à l’envahisseur breton qui s’est muée samedi soir, lors de la projection de gala du Full Phil de Quentin Dupieux, en concours de huées et de sifflements. » Des badges et des huées contre la Bête immonde, on peine à croire que le confrère ait écrit cette phrase au premier degré. Mais si. Dernier Festival de Cannes avant l’arrivée de l’extrême droite ! « Ne confiez pas votre imagination à n’importe qui », exhorte un mail commercial de Libé qui n’oublie pas de surfer sur la lutte pour vendre de l’abonnement.

La comédie des pétitionnaires

Petit rappel pour ceux qui ont réussi à échapper à la dernière quinzaine anti-Bolloré. Quelques heures avant l’ouverture du Festival, prétextant le rachat d’UGC par Canal +, une dizaine de vedettes multi-pétitionnaires et plusieurs centaines de demi-soldes du cinéma (ou de l’intermittence) alertent sur le risque d’une « prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif ». Rien de neuf, si ce n’est qu’au lieu de tendre la joue gauche, Maxime Saada, patron de la chaîne cryptée, réplique qu’il ne travaillera plus avec des gens qui le traitent de fasciste. Stupeur et tremblements. Ils n’aiment pas être injuriés ? C’est bien la preuve qu’ils sont fascistes. Brandie la veille comme un étendard, la liste des valeureux pétitionnaires devient la « liste noire » de Canal. Et les listes noires, c’est d’extrême droite, sauf quand c’est la gauche qui les dresse. « Réaction brutale et disproportionnée », tance la ministre de la Culture – de quoi je me mêle. Le Monde voit dans la riposte de Saada « une tentative d’intimidation, dont l’objectif serait d’inciter les créateurs à pratiquer l’autocensure ». La CGT-Spectacle et la Ligue des droits de l’Homme portent carrément plainte contre Canal, accusé de discrimination envers les signataires. « Ces gens pensent qu’ils peuvent acheter le silence », s’émeut Marine Tondelier qui, lors de son séjour cannois, a « senti tout le milieu très inquiet de l’offensive réactionnaire en cours »

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En réalité, le milieu est effaré par cette offensive que la liste des films financés par Canal + devrait suffire à faire sombrer dans la honte et le ridicule. Les auteurs Grasset, qui avaient en avril donné une répétition générale de cette comédie, avaient au moins un grief véritable à l’encontre de Bolloré – le limogeage brutal d’Olivier Nora. Mais on cherche en vain sa marque dans les choix de Canal, plutôt marqués par une prédilection pour les œuvres gauchisto-larmoyantes qui n’ont pas toute la qualité de L’Histoire de Souleymane. Judith Godrèche présentait à Cannes Mémoire de fille. Un film Canal dont on pourrait se passer.

La déconfiture des seconds couteaux

Les vrais professionnels du cinéma savent ce qu’ils doivent à Canal. Ce qui menace leur activité, c’est que Bolloré, lassé d’être diffamé, décide de déménager la chaîne au Luxembourg ou ailleurs et de la transformer en plateforme à la Netflix, la libérant du même coup de ses obligations légales vis-à-vis du cinéma. Les agents somment leurs « talents » de garder leurs distances. Certains signataires s’éclipsent, jurant qu’ils avaient mal compris. Ou pas bien lu. À en croire Le JDD, Jean-Pascal Zadi passe un coup de fil d’excuses. Après Alain Chabat, Mathieu Kassovitz défend la chaîne cryptée. Pour une fois, des personnalités refusent de suivre la meute. Gilles Lellouche, qui incarne Jean Moulin, envoie paître un journaliste « antiraciste et décolonial » qui ose cette question : « Pensez-vous qu’il est aujourd’hui primordial, pour ne pas trahir la mémoire de Jean Moulin, de combattre résolument le Rassemblement national ? Pensez-vous également que la France insoumise est aujourd’hui le meilleur rempart contre l’extrême droite, son programme étant aussi inspiré du programme du Conseil national de la Résistance ? » Réponse : « Elle n’est pas un peu orientée, votre question ? »

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On se dit qu’avec des ennemis aussi nigauds, Bolloré peut se passer d’amis. La conjuration de comédie vire à la déconfiture – mauvaise appréciation du rapport des forces. Cependant, le JDNews ironise peut-être trop vite sur « la caste qui pourrait perdre son monopole culturel ». On en est loin. Certes, la pétition du cinéma rassemble surtout des seconds couteaux, mais ça fait du monde qui se répand sur les réseaux sociaux, intimidant et menaçant divergents et dissidents. Dans la foulée, le ban et l’arrière-ban du gauchisme culturel et universitaire se fendent de nouvelles tribunes, sonnant toujours le même tocsin. Les enfants chéris du théâtre subventionné annoncent « un basculement sans précédent vers une mainmise idéologique de l’extrême droite sur les espaces d’art et de pensée en France ». Ces âneries de compétition, qui devraient être balayées par un éclat de rire général, sont reprises en boucle par des médias tenus pour respectables, à commencer par Le Monde qui s’étonne que l’on puisse « se moquer du monde de la création, voire lui couper les vivres, sans être sanctionné par les électeurs ». On comprend sa surprise. Non seulement une partie de la droite commence à se rebeller contre l’hégémonie culturelle de la gauche, mais ces ploucs électeurs, las d’être méprisés par des rebelles subventionnés, applaudissent à leur disgrâce. On ne respecte plus rien.

Ce n’est que partie remise

Pour 2027, la gauche a un seul projet, un unique mot d’ordre, tambouriné en toute occasion : faire barrage aux fascistes – Sophia Chikirou entend « les virer de l’Assemblée et des médias ». Une urgence morale drapée dans un humanisme à géométrie très variable, qui dispense d’honnêteté et même de décence. Ceux qui depuis des décennies arbitrent les élégances morales mobiliseront les pires fadaises, maniganceront les plus abjectes manipulations pour conserver le magistère des esprits qu’ils estiment leur revenir de plein droit : l’imaginaire, comme ils disent, c’est leur domaine réservé. Qualifié de lâche, voire de collabo pour son refus de se prononcer sur l’« extrême droite », Gilles Lellouche rétropédale piteusement, jurant qu’il ne soutiendra « jamaisun parti ou une idéologie qui prône la haine, l’intolérance et la discrimination » – on croit comprendre qu’il ne parle pas de LFI. Cette désolante autocritique en est la preuve : si le camp du Bien a perdu une bataille, il est prêt à tout pour ne pas perdre la guerre.

Juin 2026 - #146

Article extrait du Magazine Causeur




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Fondatrice et directrice de la rédaction de Causeur. Journaliste, elle est chroniqueuse sur CNews, Sud Radio... Auparavant, Elisabeth Lévy a notamment collaboré à Marianne, au Figaro Magazine, à France Culture et aux émissions de télévision de Franz-Olivier Giesbert (France 2). Elle est l’auteur de plusieurs essais, dont le dernier "Les rien-pensants" (Cerf), est sorti en 2017.

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