Jean-Claude Bourrelier, ancien patron de Bricorama, pousse un coup de gueule. Il constate dans son groupe que le niveau des charges patronales, de plus en plus insupportable, empêche de verser de meilleurs salaires. Selon lui, il faut y remédier en responsabilisant davantage les entrepreneurs et les salariés pour dégager des économies tout en préservant la protection sociale, et instaurer la TVA sociale.
Je demande que celles et ceux qui travaillent puissent vivre mieux de leur emploi. Malheureusement, en France, cela devient de plus en plus difficile en raison des charges qui pèsent sur les salaires.
Nos entreprises plombées par rapport à la concurrence étrangère
En tant qu’employeur, je suis désolé de ne pouvoir reverser à mes salariés qu’une partie très limitée de la valeur qu’ils créent, à peine 50 % alors qu’ils mériteraient 80 %. La France est le pays où les prélèvements sur le travail sont parmi les plus élevés au monde. Lorsque j’ai commencé à travailler dans les années 60, les cotisations représentaient environ 20 % ; aujourd’hui, elles sont de plus ou moins 50 %. La baisse des charges qui ne sont in fine que des charges salariales est indispensable. Réduire ces charges ne constituerait pas un « cadeau » fait aux entreprises, mais serait le moyen d’augmenter considérablement les salaires.
Trop de contributions pèsent sur les salariés sans qu’ils en soient les bénéficiaires. Ce n’est pas aux salariés de financer la politique familiale, 5,25 %. Ce n’est pas aux salariés de payer 4,25 % pour le chômage dont ils sont les victimes ! Ce sont les clients et les politiques de mondialisation qui en sont responsables, pas les salariés. Ils ne doivent plus payer pour certains régimes spécifiques dont ils profitent moins que les autres !
Pourquoi doivent-ils payer pour leur formation professionnelle, alors que ce n’est pas le cas pour les étudiants ? Pourquoi doivent-ils payer tous les ans pour des visites médicales qui ont lieu tous les trois ans ? Pourquoi doivent-ils payer la CSG et la CRDS alors qu’ils n’en sont pas directement bénéficiaires ?
Les primes doivent être exonérées de charges comme dans la fonction publique afin de leur permettre de souscrire pour leur retraite. Revenir à 20 % de charges redonnerait du pouvoir d’achat aux salariés. Si les entreprises françaises sont moins compétitives que certaines de leurs concurrentes étrangères, ce n’est pas par manque de compétence ou de savoir-faire, mais parce que leurs coûts sont plus élevés. Nos entreprises évoluent avec des contraintes qui freinent leur compétitivité.
Pour une TVA sociale
En parallèle, il est essentiel de préserver notre système de protection sociale. Cela passe par la mise en place d’une TVA sociale et une responsabilisation accrue des différents acteurs. Une hausse de la TVA serait largement compensée pour les salariés par l’augmentation importante de leur pouvoir d’achat lié à la baisse des charges.
Le principe de responsabilité me semble fondamental. Cette responsabilisation doit concerner les entreprises. Je propose par exemple qu’elles prennent davantage en charge les arrêts de travail jusqu’à deux ans maximum, comme cela se fait dans certains pays européens tels que les Pays-Bas. Cela encouragerait une vigilance accrue sur les conditions de travail, la prévention et l’absentéisme. Les entreprises devraient assumer davantage les conséquences financières des ruptures conventionnelles. Cela les conduirait à être plus attentives dans leurs décisions d’embauche et de séparation. Elles pourraient se couvrir si elles le désirent via des mécanismes d’assurance adaptés.
Chacun devrait aussi assumer les conséquences de ses choix personnels plutôt que d’en faire supporter systématiquement le coût à la collectivité. Par exemple, si je fais du cheval, je prends une assurance qui couvre la totalité de ce risque. Il faut distinguer les risques subis, comme la maladie, des risques choisis. Dans cette logique, certains remboursements des mutuelles pourraient être plafonnés afin de préserver l’équilibre d’un système financé par tous. Par exemple, les remboursements des frais d’optique et dentaires pourraient être davantage plafonnés.
Enfin, la France, pour libérer le travail, doit impérativement simplifier sa réglementation. Notre droit du travail est devenu d’une complexité excessive, entraînant une perte considérable de temps, d’énergie et d’argent pour les entreprises comme pour les salariés. La France gagnerait à s’inspirer de la Suisse, dont le code du travail compte environ 60 pages contre plus de 3 300 en France.
Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir pris davantage la parole dans le débat public pour défendre les intérêts de mes collaborateurs. Mais il n’est jamais trop tard pour s’engager et faire entendre sa voix.
La péninsule arabique se découvre doublement vulnérable. Ni le parapluie américain ni les pétrodollars ne la protègent des tirs iraniens. Désormais chaque État suit sa stratégie: Abou Dhabi choisit la puissance militaire, Riyad tente l’apaisement, Doha et Oman jouent les médiateurs. Mais tous savent l’avenir incertain.
Elles semblaient vivre hors du temps et de l’espace à l’image de leur urbanisme et de leur étalage de luxe. Longtemps, les monarchies du Golfe, de la frontière irakienne jusqu’à la mer d’Arabie, se sont crues protégées des brutalités du Moyen-Orient par les pétrodollars.
Certes, l’invasion du Koweït par Saddam Hussein en août 1990 a laissé des traces profondes. Cet épisode a brutalement rappelé aux dirigeants de la péninsule Arabique que la richesse pétrolière et gazière n’immunisait pas contre les ambitions régionales, ni contre les contraintes de la géographie et de l’histoire.
Si la géologie les a dotées d’un sous-sol et de fonds marins riches en hydrocarbures, la géographie, quant à elle, les a presque toutes condamnées à exporter cette richesse par quelques goulets d’étranglement maritimes : le détroit d’Ormuz, Bab el-Mandeb et le canal de Suez. Seuls les Émirats arabes unis et Oman disposent d’un accès direct à l’océan Indien sans passer par Ormuz.
L’histoire et la démographie n’ont pas été plus généreuses. Ces États sont petits, tant par leur superficie que par leur population. Pour ne rien arranger, leur richesse gigantesque a attiré une immigration de travail massive, au point que les résidents étrangers y sont aujourd’hui largement plus nombreux que les nationaux. Le Qatar, par exemple, compte environ 2,7 à 2,9 millions d’habitants, dont seulement 350 000 citoyens issus des familles présentes sur la péninsule en 1945. La prospérité du Golfe dépend donc d’une main-d’œuvre importée, situation qui génère des tensions sociales, identitaires et politiques.
Danser sur un derrick
Malgré ces flagrantes faiblesses, un sentiment d’invulnérabilité s’est progressivement installé, à l’abri de la rente pétrolière et des garanties de sécurité américaines. Ces deux éléments leur ont permis d’atteindre, en quelques décennies, un niveau de développement spectaculaire. Dubaï est devenue une plateforme financière et logistique mondiale ainsi qu’un acteur majeur du tourisme international. Doha a construit une diplomatie d’influence largement disproportionnée en comparaison de sa taille. Abou Dhabi investit massivement dans l’intelligence artificielle, les infrastructures, les technologies de défense et les industries stratégiques. Les fonds souverains du Golfe comptent parmi les plus puissants de la planète.
Infographie : Causeur, d’après S&P Global
L’Arabie saoudite occupe une position particulière dans cet ensemble. Par sa taille, sa population, ses ressources énergétiques et son rôle religieux lié aux villes saintes de La Mecque et Médine, elle constitue le véritable centre de gravité de la péninsule Arabique. Mais c’est aussi le pays du Golfe qui cumule le plus de contradictions stratégiques. D’un côté, le royaume cherche à moderniser son économie et à réduire sa dépendance au pétrole. De l’autre, il demeure confronté à une rivalité structurelle avec l’Iran et à la nécessité de préserver un équilibre interne délicat entre modernisation économique et conservatisme religieux.
À cela s’ajoutent les crises régionales chroniques : Liban, Syrie, Irak, Yémen et, bien entendu, le conflit israélo-palestinien. Ayant ravi à l’Égypte le leadership du monde arabe sunnite, l’Arabie saoudite se retrouve sollicitée de toutes parts, diplomatiquement, financièrement et stratégiquement.
L’Amérique, un gendarme peu fiable
Cependant, l’enjeu majeur aujourd’hui, pour le royaume des Saoud, c’est la fiabilité de la garantie de sécurité américaine. La doctrine Carter, formulée après la révolution iranienne et l’invasion soviétique de l’Afghanistan, affirmait explicitement que toute tentative de prise de contrôle du golfe Persique serait considérée comme une menace directe contre les intérêts vitaux américains. Mais depuis plusieurs années, les dirigeants du Golfe doutent de la fiabilité de cet engagement. L’attaque contre les sites pétroliers saoudiens en 2019, revendiquée par les Houthis, mais attribuée par Washington et Riyad à l’Iran, a constitué un véritable électrochoc stratégique. En quelques heures, près de la moitié de la production pétrolière saoudienne a été temporairement paralysée. Donald Trump a décidé de ne pas réagir. Deux ans plus tard, le retrait chaotique d’Afghanistan a encore renforcé ce sentiment de vulnérabilité. Et la manière dont Donald Trump traite ses alliés européens et asiatiques depuis le début de son second mandat n’a pas dissipé les craintes.
La guerre de Quarante Jours et la crise qui s’est ouverte ensuite n’ont fait qu’aggraver ces divergences. Avant le conflit, les positions des membres du CCG (Conseil de coopération du Golfe) étaient déjà loin d’être homogènes. Historiquement, le Qatar cherche à maintenir des canaux de dialogue avec Téhéran, notamment en raison de l’exploitation commune du gigantesque champ gazier de North Dome/South Pars. Oman poursuit de son côté sa traditionnelle diplomatie d’équilibre et de médiation. Le Koweït demeure quant à lui prudent, toujours traumatisé par l’expérience de 1990 et hostile à toute aventure régionale majeure. Bahreïn, dirigé par une monarchie sunnite gouvernant une population majoritairement chiite, reste extrêmement hostile à l’Iran, perçu comme une menace existentielle. Quant à l’Arabie saoudite, elle cherche la désescalade tout en souhaitant endiguer la puissance iranienne.
Les pétromonarchies se sont découvert deux nouveaux points de vulnérabilité : la destruction potentielle des usines de production d’eau douce et celle des câbles sous-marins de télécommunications
La position la plus intéressante est sans doute celle des Émirats arabes unis. Cette fédération se distingue par son choix assumé du « hard power ». Tandis que le Qatar déploie son « soft power », les Émirats, sans négliger cette dimension, ont développé une impressionnante capacité d’intervention armée. De la Libye au Yémen, en passant par le Soudan et la Somalie, Abou Dhabi mène une politique déterminée visant à remodeler les équilibres régionaux par la force lorsque cela lui paraît nécessaire.
Comptes de guerre
Pour tous les États du Golfe, la facture de la guerre des Quarante Jours est salée, quoique inégale. Plusieurs infrastructures énergétiques et logistiques d’Arabie saoudite ont été visées. Le Qatar a subi les perturbations du trafic maritime ainsi que la destruction d’environ 20 % de sa capacité de production de gaz liquéfié. Bahreïn, qui accueille la cinquième flotte américaine, est devenu une cible directe, tandis que le Koweït a aussi subi de multiples attaques de drones et de missiles, et n’arrive presque plus à exporter. Oman, fidèle à sa neutralité prudente, a tenté d’empêcher l’extension du conflit tout en protégeant ses intérêts maritimes et n’a subi que des dégâts limités.
Les Émirats, enfin, ont bénéficié de leur ouverture sur la mer d’Arabie qui permet d’exporter une partie de leur production. Ils ont également été parmi les plus touchés par les frappes de missiles et de drones. Cette situation a conduit le président des Émirats, Mohammed ben Zayed (MBZ) à durcir nettement sa politique vis-à-vis de l’Iran. On sait aujourd’hui que les émirats ont frappé l’Iran 22 fois, histoire de signaler à Téhéran ses lignes rouges – c’est le seul État de golfe à l’avoir fait. L’Arabie saoudite s’est contentée de frapper les milices pro-iraniennes en Irak, qui sont responsables de lancements de drones contre le royaume.
Abou Dhabi joue sur deux tableaux
Pendant longtemps, Abou Dhabi a joué un rôle ambigu dans le système de contournement des sanctions visant Téhéran. Si bien que Dubaï, le premier port du pays, était devenu une véritable soupape économique pour la République islamique grâce aux sociétés écrans, aux réexportations, aux circuits financiers informels et à la « shadow fleet » pétrolière. Les autorités fermaient souvent les yeux, par pragmatisme économique autant que par prudence stratégique. Mais les frappes iraniennes de 2026 contre des cibles émiraties ont profondément modifié les calculs de MBZ qui a instauré des restrictions contre certaines sociétés iraniennes, renforcé la surveillance des circuits financiers, accru la pression sur les bureaux de change, limité les réseaux liés au contournement des sanctions et annulé des milliers de visas accordés à des ressortissants iraniens. Et ce n’est pas tout.
Il y a quelques mois, les Émirats arabes unis ont créé la surprise en annonçant que le sous-sol d’Abou Dhabi recelait un potentiel estimé à quelque 200 milliards de barils de pétrole de schiste, c’est-à-dire à peu près les réserves dont disposent les États-Unis. Pour exploiter cette ressource, les Émirats misent sur des partenariats avec des entreprises américaines disposant du savoir-faire développé dans ce domaine. Fin avril, ils ont annoncé leur départ de l’OPEP. La fédération présidée par MBZ pourrait à terme devenir l’un des acteurs les plus importants du marché des hydrocarbures. Pour y parvenir, elle mise sur ses liens stratégiques avec Washington.
L’heure de vérité
Après une année dramatique ponctuée par deux guerres, l’heure est venue pour tous les États de la rive sud du Golfe de recalculer leur itinéraire stratégique. Toute la région a pu constater que, même affaibli militairement, l’Iran était capable simultanément de menacer le détroit d’Ormuz et Bab el-Mandeb, de frapper des infrastructures pétrolières critiques et d’exercer une pression durable sur le trafic maritime. Les pétromonarchies se sont en outre découvert deux nouveaux points de vulnérabilité : la destruction potentielle des usines de production d’eau douce et celle des câbles sous-marins de télécommunications. Pour des États désertiques dépendant presque entièrement des installations de dessalement et dont l’économie repose sur la connectivité numérique mondiale, ces menaces sont existentielles.
Depuis lors, deux lignes stratégiques se dessinent : apaisement ou affrontement. D’un côté, un axe Qatar-Arabie saoudite considère qu’un changement de régime à Téhéran est irréaliste et, par conséquent, dangereux. Il faut donc chercher un modus vivendi avec les Gardiens de la révolution, quitte à accepter leur « statut spécial » dans Ormuz et payer un prix politique et économique élevé. De l’autre, les Émirats arabes unis estiment qu’un recul face à Téhéran n’ouvrira pas la voie à un nouvel équilibre, mais à de nouvelles extorsions iraniennes : le modus vivendi serait une prise d’otages permanente. Abou Dhabi défend donc le maintien d’une forte pression économique et militaire sur la République islamique, considérant que l’affaiblissement durable de l’Iran constitue une nécessité stratégique vitale.
Couvrir les risques
Le dilemme des monarchies du Golfe apparaît ainsi dans toute sa brutalité. Le retour de la puissance dure montre les limites du « soft power ». Les milliardaires découvrent que non seulement l’argent ne fait pas le bonheur, mais qu’il ne garantit même pas la sécurité. Le choix est difficile. Les États-Unis déçoivent, mais il n’y a pas d’alternative. La Russie, contrairement à l’URSS durant la guerre froide, ne peut remplacer les États-Unis comme fournisseur d’armes, de doctrine, de technologie et de sécurité physique. Et la Chine, qui préfère laisser Washington s’user dans le rôle de gendarme mondial, se contente de profiter de la Pax Americana pour inonder le monde de ses produits sans en supporter les coûts.
Quant à l’option d’un « bloc », voire d’une OTAN arabe, elle n’a jamais été véritablement réaliste. Les rivalités entre les États du Golfe sont fortes. En 2017, les Émirats et l’Arabie saoudite, aujourd’hui rivaux sur plusieurs dossiers, étaient à deux doigts d’envahir le Qatar… désormais allié de Riyad ! Derrière l’unité affichée, chaque État poursuit ses propres intérêts stratégiques, la guerre l’a amplement confirmé.
Les monarchies du Golfe n’ont donc d’autre choix que de pratiquer ce que les banquiers appellent le « hedging », une stratégie de couverture des risques. Il s’agit pour elles de se préparer simultanément à plusieurs scénarios, dont le plus dangereux serait une victoire iranienne. Leurs stratégies nationales vont osciller ainsi entre l’option qatarie – apaisement avec l’Iran, prise de distance avec les États-Unis et rapprochement avec la Turquie, le Pakistan et la Chine – et la voie émiratie – défiance vis-à-vis de l’Iran et rapprochement avec les États-Unis, Israël et l’Inde. En attendant, vivre dans une villa de rêve au pied du volcan est déjà beaucoup plus cher et terriblement angoissant.
Après les graves débordements survenus à Paris lors de la finale de la Ligue des Champions, le candidat de la droiteà la présidentielle Bruno Retailleau propose la reconnaissance faciale et la «responsabilité solidaire» des casseurs.
À la suite des violences, des dégradations et des pillages en région parisienne, ainsi que des désordres dans toute la France — qui ont fait plus que gâcher la joie sportive suscitée par un PSG doublement victorieux de la Ligue des champions —, il fallait tout de même un certain culot ministériel pour oser déclarer que « la situation avait été sous contrôle ». Laurent Nuñez a eu cette audace.
Vers une «responsabilité solidaire» des fauteurs de trouble?
Naturellement, mentionner le nom de ce dernier conduit à évoquer Bruno Retailleau, puisque le premier semble n’avoir pour seule ambition que d’affaiblir ou de supprimer ce que le second avait su mettre en œuvre en trop peu de temps.
Bruno Retailleau s’est déclaré favorable à la reconnaissance faciale et, surtout, il a compris que le problème de ces violences collectives résidait dans la difficulté d’incriminer leurs participants dès lors qu’on s’en tenait au principe de la preuve individuelle. Pour que l’efficacité policière soit récompensée et la justice pénale moins impuissante, il convient que les groupes dont la finalité, au-delà du rôle de chacun, est clairement agressive et destructrice soient mis en cause pénalement en tant que tels. Faute de cette globalisation, nous éprouverions le même sentiment d’insatisfaction face au hiatus entre la multitude d’interpellations et la pauvreté ou l’inconsistance des condamnations.
Bruno Retailleau, depuis qu’il a enclenché un rythme soutenu pour sa campagne présidentielle — au sujet de laquelle il ne cesse d’affirmer qu’il ira jusqu’au bout —, confirme son intention de « renverser la table » et d’élaborer un projet de rupture. Il a eu raison de souligner, par exemple le 1er juin sur CNews face à Laurence Ferrari et Pierre de Vilno, qu’Édouard Philippe et Gabriel Attal portaient, dans leur programme, une large part de continuation du macronisme, même s’ils sont contraints à la fois de s’en distancier et de l’assumer.
Nécessaire rigueur: c’est Retailleau qu’il faut à la droite et au centre!
Lorsque Gérard Larcher reprend dans La Tribune Dimanche cette formule « de la droite et du centre » qui auront besoin de n’être représentés « que par un candidat unique », il n’attire pas assez l’attention sur le risque que représenterait la désignation, par quelque mode que ce soit, d’une personnalité autre que celle de Bruno Retailleau. Car nous assisterions inévitablement à la mise en œuvre d’un processus fatal, et trop souvent observé, où la mollesse du centre viendrait gangrener la nécessaire rigueur et la cohérence de la droite.
Pour échapper à ce danger, la seule solution sera de confier la destinée du pays à un homme dont la constance, l’intégrité et la radicalité ne seront pas émoussées par le souci tactique de faire de la place à un centre qui se voudrait moins soporifique.
Si M. Retailleau ne parvient pas à tenir son pari d’une droite retrouvant son aurore fulgurante de 2007, si des joutes mesquines assombrissent le futur du président des Républicains, si certains préfèrent sa défaite au redressement de la France, alors le désastre sera imminent. La présence de Jean-Luc Mélenchon au second tour — Bruno Retailleau a eu le courage et la lucidité d’affirmer qu’aujourd’hui LFI était plus dangereuse que le RN — se solderait probablement par une défaite sèche de ce dernier face au RN. Mais dans les deux cas, la France verra son avenir obscurci et bouché. Pour la droite, l’ancien ministre de l’Intérieur ne doit plus être une option, mais une obligation.
Refusant l’héritage de notre cher et vieux pays, la « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon entérine la fragmentation de la République et le recul de la civilité. Dans les rues, les stades et les lieux de convivialité, le travail de sape a commencé. Mais, selon Jean-Baptiste Roques, qui présente notre dossier du mois, la vieille France n’a pas dit son dernier mot. En l’occurrence, notre numéro était bouclé avant le match PSG-Arsenal et les « débordements » qui ont suivi, à Paris et ailleurs. Mais nous les avons anticipés, car violences, affrontements et dégradations sont désormais la norme du « vivre-ensemble » censé caractériser notre époque. Robert Ménard, dans un entretien avec Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, prend acte du fossé idéologique qui sépare sa génération de la jeunesse progressiste. Le maire de Béziers n’en continue pas moins de tracer sa route, celle du bon sens et de l’intransigeance face au communautarisme islamique. Cette route pourrait-elle le mener jusqu’à la présidentielle ? Dans sa Lettre à Clara, recensée ici par Elisabeth Lévy, Robert Ménard brise le silence qui le sépare de sa fille, jeune révoltée de gauche. Par amour pour elle, pour la comprendre et être compris à son tour, il délaisse la provocation au profit de la volonté de convaincre. Sous des atours chatoyants – « nouvelle France », « créolisation » – la langue mélenchonienne propose purement et simplement de consigner la mort du pays. Fin de l’assimilation, fin de la transmission, fin de la République. Pour Gaël Nofri, cet idiome permet d’éviter de nommer la brutale réalité : la substitution d’une population par une autre. Mathieu Bock-Côté, dont les propos ont été recueillis par Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, affirme que « la France est un lieu d’expansion du Sud global ». Face à la partition rampante du territoire, l’essayiste exhorte la droite à surmonter ses querelles de personnes. Question de vie ou de mort.
Le numéro de juin est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique, et demain mercredi 3 chez votre marchand de journaux !
Quelle est la démographie de la « nouvelle France » ? La population d’origine immigrée n’a jamais été aussi nombreuse. Dans son dernier livre, Immigration, mythes et réalités, Nicolas Pouvreau-Monti décortique une mutation qui, portée par la natalité subsaharienne et l’attractivité du droit d’asile, bouleverse des régions autrefois épargnées. Dans un entretien avec Jean-Baptiste Roques, il évoque un défi sécuritaire, économique et politique majeur. La scission entre l’ancienne France et la nouvelle s’exprime à travers le sport et la cuisine. Car la nouvelle France a sa nouvelle malbouffe. Des fast-foods de poulet bas de gamme pullulent dans nos rues et leurs prix imbattables drainent une clientèle toujours plus nombreuse. Notre envoyé spécial a donné de sa personne pour goûter à ces barquettes qui déplacent les foules. Reportage risqué de Jonathan Siksou. Pierre Vermeren, Gavin Mortimer et Stéphane Germain analysent l’accaparement du football par la nouvelle France et le retranchement de la France traditionnelle dans le monde du rugby. Le football charrie de façon prévisible destructions et violences allant parfois jusqu’à la mort ; tandis que le rugby est célébré par la vieille France avec énergie mais civilité.
Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy parle de l’abrogation du Code noir par l’Assemblée nationale, le 28 mai, ainsi que de la résolution votée par l’Assemblée générale de l’ONU, le 25 mars, qualifiant « la traite des Africains réduitsen esclavage et […] l’esclavage racialisé des Africains » de « plus gravecrime contre l’humanité ». Pour notre directrice de la rédaction, ces votes sont problématiques. Ils reflètent une lecture très partielle de l’histoire car, par exemple, la traite arabo-musulmane est ignorée. Une hiérarchisation est créée entre les crimes contre l’humanité qui est une négation même de la notion de crime contre l’humanité. Et on ouvre la porte à « la concurrence victimaire, où on joue à celui qui a le plus souffert ».
Sur la scène internationale, les pays du Golfe viennent de découvrir que le pétrole ne fait pas le bonheur. Gil Mihaely explique que la péninsule arabique se découvre doublement vulnérable. Ni le parapluie américain ni les pétrodollars ne la protègent des tirs iraniens. Désormais chaque État suit sa stratégie : Abou Dhabi choisit la puissance militaire, Riyad tente l’apaisement, Doha et Oman jouent les médiateurs. Mais tous savent l’avenir incertain. Je présente le quatuor belliqueux à qui on a donné l’acronyme des « CRINK ». Avec la Chine, qui finance leur économie de guerre, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord espèrent renverser l’ordre du monde aujourd’hui sous hégémonie occidentale. Mais cette alliance est fragile car chacun suit ses propres objectifs. Leur jeu dangereux pourrait conduire à une conflagration mondiale. Les Russes vont-ils vers une deuxième défaite en Ukraine ? L’échec de l’offensive « éclair » de 2022 a forcé Moscou à passer à une guerre d’usure, analyse Gil Mihaely. Mais la stratégie de la chair à canon montre ses limites. La triple parade ukrainienne – drones tactiques, solide défense antiaérienne et frappes économiques – a payé. Si bien que les Russes sont désormais menacés sur leur propre territoire.
En France, plus de 2 000 professionnels du cinéma ont signé une pétition retentissante contre Canal+. Selon Elisabeth Lévy, ils n’ont strictement rien à reprocher à la chaîne cryptée, si ce n’est d’être contrôlée par l’ennemi public numéro un des bobos, Bolloré. Le milieu a volé au secours du premier financeur du secteur, à qui le 7e art et la gauche doivent tant. Mais cette nouvelle quinzaine antifasciste montre que la bataille culturelle sera féroce. « Polony, présidente ! », ne devraient pas tarder à crier les foules souverainistes aux prochaines présidentielles. L’ouvrage que l’ex-patronne de Marianne vient de publier (La France corps et âme, que Martin Pimentel a lu pour nous) est rempli d’audacieuses mesures pour redresser une France désindustrialisée et maltraitée par l’Europe. Mais elle n’annonce pas encore sa candidature. Enfin, Pierre Vermeren, familier du Maghreb, démontre dans son nouveau livre, France-Algérie, de 1962 à nos jours, qu’une suite de décisions irrationnelles a scellé la relation entre les deux pays. Français orgueilleux courant à coups de fusil après des mirages, Algériens attachés névrotiquement à un colonisateur qu’ils haïssent… Pour Driss Ghali, cette étude constitue une plongée incontournable dans les vicissitudes d’une relation toxique.
Chez nos chroniqueurs, Emmanuelle Ménard passe en revue la politique actuelle avec ses visées présidentielles et ses lâchetés du quotidien. Ivan Rioufol affirme que les Français n’ont pas à être agressés dans leur mode de vie. Ils ont à défendre leur liberté de dire, de rire, de chanter, sans subir des accusations en racisme, en fascisme ou en islamophobie. Olivier Dartigolles parle de L’Abandon, le film de Vincent Gareng sur la tragédie de Samuel Paty. Cette œuvre s’oppose à la lâcheté et à l’indifférence face au terrorisme islamiste. Il nous rappelle aussi que trop de professeurs sont encore abandonnés. Gilles-William Goldnadel continue chaque jour à lire Le Monde, non par plaisir mais par devoir. Le président d’Avocats sans frontières nous livre un nouvel échantillon des hypocrisies et lâchetés du « quotidien de référence ».
Avez-vous connu celle que l’on surnommait « l’Impératrice » ? Hélène Martini avait monté un empire de la nuit à Pigalle : clubs, bars, cabarets… Elle a toujours été suspectée de fricoter avec la pègre mais n’a jamais été inquiétée. Le costumier David Belugou, qui a travaillé pour elle durant vingt ans, raconte la fin de son règne, en conversation avec Yannis Ezziadi. Tout le monde devrait connaître le nom de Marc Bloch. Cet historien et résistant fusillé par les nazis entrera au Panthéon le 23 juin. Pour Georgia Ray, l’œuvre profondément incarnée de ce génie internationaliste et patriote offre un bel antidote aux travers contemporains : l’anachronisme moralisateur, le manichéisme stérile et l’oubli tragique de notre propre histoire. Camille Autran vient de publier Une fan parfaite. Selon Jean-Michel Delacomptée, nul besoin d’être un adorateur de Julien Clerc pour savourer ce livre qui mêle anecdotes, souvenirs et confidences dans un récit intensément poétique, un éloge de l’admiration et du bonheur. Avec L’assassin du genre humain, le psychanalyste Tobie Nathan explore les profondeurs d’une âme criminelle propre aux époques en pleine dislocation, celle de Marcel Petiot. Alexandra Lemasson a lu cette analyse du médecin, faux résistant et vrai tueur, qui promettait la fuite à des familles juives mais les assassinait puis les incinérait chez lui. Humbert Rambaud salue une nouvelle vie de Maurice Barrès, un des grands maudits des lettres françaises. Sans occulter ses dérives antisémites, la magistrale biographie de Michel Guénaire réhabilite un écrivain complexe qui mérite d’être (re)lu.
Avec Schmattes (Fringues en yiddish), Guillaume Erner ressuscite – selon Élisabeth Lévy – les riches heures d’un monde disparu : le Sentier, capitale parisienne de la fripe, terre natale de La vérité si je mens. Avant de devenir l’irremplaçable matinalier de France Culture, il y a fait ses premières armes – et connu une faillite retentissante. C’est dans un autre quartier, celui de la rue Cherche-Midi, qu’Emmanuel Tresmontant a découvert une table qui fait vivre l’amitié franco-italienne. Cet établissement familial, qui s’appelle justement le Cherche Midi, fondé en 1978, est une véritable ambassade transalpine. Le vrai travail diplomatique s’y fait joyeusement et simplement, à coups de bonnes pasta et d’excellent Marsala. Jean Chauvet salue un biopic sur le général de Gaulle – enfin ! Il est certes partiel mais digne de ce nom, avec un casting soigné et une narration à la hauteur du personnage. Impossible d’en dire autant de la énième production de Quentin Dupieux : un film d’animation des plus navrants. Et pour célébrer la vieille France – l’éternelle – il y a la nouvelle sortie en salles, le 17 juin, de L’Aile ou la Cuisse de Claude Zidi. Ce film, qui « n’a rien perdu de son mordant contre la malbouffe », s’opposait à la nourriture industrielle à outrance des années 1970. Aujourd’hui, sa cible serait aussi les fast foods bas de gamme de la nouvelle France…
Calmez-vous, ce ne sont que des débordements, relativise la gauche, qui n’a vu que des jeunes qui font un peu les fous…
Alors qu’hier, les Londoniens ont célébré l’équipe d’Arsenal, tout juste sacrée championne d’Angleterre, en faisant la fête dans les rues par dizaines de milliers sans qu’aucun incident ne soit signalé, les Parisiens, eux, ont fait un triomphe aux joueurs du PSG, vainqueurs de la Ligue des Champions la veille, dans un contexte nettement moins bon enfant. Car la capitale pansait à peine ses plaies.
Chaos inouï
Avec un mort, des centaines de blessés, 890 interpellations et 178 policiers et gendarmes blessés lors de leurs interventions, la France, qui n’avait pourtant que des raisons de se réjouir de cette deuxième victoire européenne du club parisien, a été le théâtre d’un chaos inouï samedi soir.
« Il n’y a qu’en France où la victoire d’un club de foot provoque des émeutes. Il n’y a qu’en France où chacun se sent obligé de s’enfermer chez soi un soir de victoire pour éviter d’être confronté à des violences », a analysé Marine Le Pen, tandis que Jordan Bardella a déploré « une violence d’atmosphère devenue insupportable ». Sur BFMTV ce matin, Jordan Bardella a carrément lancé un appel aux Français à se réveiller, prédisant que bientôt les fauteurs de trouble pénétreraient dans les immeubles et les appartements.
Chez LR, François-Xavier Bellamy a estimé que « ceci n’est pas une fête. Ce n’est même pas un “débordement”. C’est un projet : une minorité a décidé de pirater toute occasion légitime de joie collective pour démontrer sa capacité à s’imposer et à détruire. » Bruno Retailleau a jugé quant à lui que « cette crise de l’autorité ne se résoudra pas sans s’attaquer aux désordres migratoires qui alimentent depuis des années le délitement du rapport à la loi et l’affaiblissement du pacte républicain ».
Chez Reconquête, Sarah Knafo a préféré ironiser : « Paris et la France à feu et à sang pour la victoire du PSG. Encore la faute des familles anglaises de Gérald Darmanin ? Du sport ? De la pauvreté ? De CNews ? Pendant que d’autres cherchent des excuses, nous appliquerons les solutions ». Éric Zemmour, de son côté, a parlé des « premiers symptômes d’une guérilla de civilisation ».
Marre, marre !
Dans les rangs de la macronie, en revanche, le ton était beaucoup moins amer. Alors qu’il recevait les joueurs du PSG à l’Élysée, le chef de l’Etat a certes lancé : « On sera intraitable avec ceux qui ont été attrapés. On ne veut plus voir ça. Fini. On en a ras-le- bol ! ». Mais il s’agissait presque à la virgule près des mêmes mots qu’il avait tenus l’année dernière après des violences comparables… Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a fait encore plus fort dans le déni en accusant Marine Le Pen de « dénigrer systématiquement notre pays », au lieu de voir « une grande victoire française »…
Et bien sûr à gauche, tout va très bien madame la Marquise ! Si Raphaël Glucksmann a dénoncé « la minorité de casseurs qui viennent polluer la fête », Manuel Bompard (LFI) a fustigé « l’absurde stratégie du gouvernement », car voyez-vous selon les Insoumis, les violences urbaines sont déclenchées par les forces de l’ordre. D’après Clémence Guetté, « la police a chargé des gens qui ne commettaient aucun débordement. Ils ont tiré des grenades sur des familles, sur des jeunes gens, simplement parce qu’ils étaient rassemblés. »
Le lendemain, Libération a logiquement titré « Comme à son habitude, l’extrême droite tente d’instrumentaliser les débordements ». Et L’Humanité a naturellement écrit : « En voulant faire de la récupération sur les incidents, c’est l’extrême droite qui gâche la fête. » L’éditorial du Monde a en revanche reconnu « des scènes de violences inadmissibles, devenues malheureusement habituelles après une victoire sportive, notamment du PSG. » Mais c’est la seule phrase consacrée au sujet, l’essentiel du texte étant consacré aux enjeux du foot business. A chacun ses priorités.
Bref, la prochaine fois que vous défendez à votre enfant de se rendre en ville un soir de festivités nationales, de peur qu’il soit touché par un mortier d’artifice tiré par quelque racaille, ne lui dîtes surtout pas que vous vous souciez de sa sécurité, sans quoi vous passeriez pour un fasciste. Dites-lui plutôt que vous ne voulez pas participer à l’odieux récupération de la fachosphère que ne manquerait pas d’arriver s’il perdait un œil.
Le président américain Trump tente encore de faire aboutir les discussions avec Téhéran sur la cessation des hostilités et la réouverture du détroit d’Ormuz. Les Israéliens, eux, connaissent la nature profondément extrémiste et pragmatique du régime iranien, ses mensonges, et sont nettement moins pressés de faire la « paix » tant que les mollahs restent en place. Rappels historiques.
Double discours à Neauphle-le-Château
« La République islamique sera fondée sur la liberté d’expression et luttera contre toutes les formes de censure. » « Les femmes seront libres de choisir le mode vestimentaire qu’elles désirent. » Ce sont des déclarations à la presse internationale de l’ayatollah Khomeini, réfugié à Neauphle-le-Château (78) depuis octobre 1978, après son expulsion de Najaf, en Irak. Six semaines après son retour à Téhéran, Khomeini édicte à l’égard des femmes une série de règles d’une violence exceptionnelle. Puis, lorsque Mehdi Bazargan, son Premier ministre intérimaire, lui propose un référendum sur une république démocratique islamique, il répond que ceux qui parlent de république « démocratique » ne savent rien de l’islam…
Pour Khomeini, mentir était un comportement rationnel et licite de protection (la célèbre taqiya) quand il parlait aux journalistes occidentaux. Ceux-ci auraient dû savoir que ses paroles étaient aux antipodes de ce qu’il avait écrit durant son exil irakien, et notamment de sa doctrine selon laquelle le faqih (le jurisconsulte avisé) devait exercer un pouvoir absolu en tant que représentant sur terre de l’imam caché, et seul interprète légitime du Coran.
Personne ne se préoccupait de ces détails dans l’intelligentsia française qui, à la suite de Sartre et Foucault, exaltait Khomeini comme un libérateur démocrate et l’accompagnait en pâmoison dans l’avion de son retour glorieux à Téhéran.
Bientôt, ceux qui l’avaient aidé en pensant qu’il était compatible avec la liberté de conscience étaient en fuite, morts ou en prison, comme Bazargan, Sanjabi ou Bani Sadr, sans parler de Chapour Bakhtiar, dernier Premier ministre du Shah, égorgé à Paris.
Les trois figures de l’ombre
Khomeini s’est inspiré de trois figures contemporaines, dont les idées et les obsessions ont tourmenté le monde de ces cinquante dernières années :
Navvab Safavi (fusillé en 1956) : Il avait créé une organisation pour assassiner les Iraniens collaborant avec l’Occident. Il l’a appelée « fedayin de l’Islam », la première occurrence du mot dans le vocabulaire islamique moderne. Il signifie « ceux qui se sacrifient », et la notion de martyre au nom d’Allah, inhérente à la tradition chiite, sera largement promue par Khomeini.
Sayyid Qutb : Ce Frère musulman égyptien (donc sunnite) fut pendu en 1966 par Nasser. Il admirait Safavi, et son propre traducteur en persan s’appelait Ali Khamenei. Son appel à la lutte armée de l’islam contre un Occident satanique n’a pas seulement conduit à Al-Qaïda et Daech, mais a profondément inspiré la révolution chiite.
Ali Shariati : Sa mort en 1977, attribuée sans preuve à la police politique du Shah, en a fait un martyr. Il avait étudié à la Sorbonne et a popularisé l’idée, historiquement absurde, que l’islam étant la religion des opprimés, le marxisme y était soluble.
La réalité du régime : répression et pragmatisme
Dans les faits, la République islamique a protégé la propriété privée. Aux déshérités, elle a plutôt offert les fonctions de bassidj : exécuteurs des basses œuvres ou chair à canon au cours de la guerre contre l’Irak. Quant aux communistes du Toudeh (pourtant très déférents à l’égard de Khomeini) ou aux Moudjahidines du peuple (dont la terrible répression s’acheva en 1988 par un massacre dans les prisons), ils sont la preuve d’un islamo-gauchisme et de ses déboires.
Khomeini a imposé la charia dans un bain de sang, et l’assassinat de dizaines de milliers de manifestants en janvier 2026 est un épisode de plus dans cette histoire tragique. Le régime actuel s’inscrit en continuité directe avec celui de Khomeini, à ceci près que son successeur, Khamenei, a fait basculer peu à peu le pouvoir des mains du clergé à celles des chefs pasdarans. Ces hommes se sont extrémisés dans la terrible guerre contre l’Irak qui fit un million de morts. Ce fut un véritable crève–cœur pour Khomeini d’arrêter cette guerre, non pas en raison du nombre de victimes, mais parce qu’il avait espéré en faire l’étendard de sa lutte contre l’Occident honni.
Face à l’Occident et Israël
Certains des dirigeants actuels de l’Iran sont corrompus, mais beaucoup sont convaincus que le martyre les rapprochera de la vérité et vouent un mépris abyssal aux Occidentaux. Trump, qui voit les relations humaines sous forme de transactions où l’argent est le moteur unique, est mal outillé intellectuellement pour les affronter.
L’Europe, inerte, espère une « paix entre ennemis », une notion qui n’a pas de sens si on l’applique à des gens qui ne veulent en aucune façon respecter un accord, mais simplement gagner du temps pour détruire ce qu’ils appellent le Mal : le Grand et le Petit Satan.
La grande majorité des Israéliens savent qu’avec l’Iran des mollahs, la paix ne sera possible que si le régime est détruit pour que, sur ses restes, se construise un Iran de dialogue. C’est un combat existentiel et le livre récent de Stéphanie Rosa et Amirpasha Tavakkoli, Lumières et anti-Lumières en Iran, montre, après d’autres, le caractère obsessionnel de la haine anti-israélienne qui ronge le régime de la théocratie fanatique que Khomeini a imposée.
Madame de Sévigné ressuscite sous les traits de la délicieuse Béatrice Agenin, actuellement au Théâtre de Poche à Paris.
Madame de Sévigné ! Ah ! Cette « épistolière » connue depuis la nuit des temps — Lagarde et Michard– avec son « Je vous le donne en mille, je vous le donne en cent » ! Ou encore le récit de la mort de Vatel ! Comme ils remontent à loin, nos souvenirs écoliers ! Depuis, avait-on jamais vu courir, vraiment, sur le papier, la plume, libre, satirique et intime, futile et grave, de cette mère passionnée de sa fille ? Avait-on jamais entendu cette marquise, née de Rabutin-Chantal, pur produit du Grand siècle, rendue vivante en « féministe baroque », dans une conversation « à bride abattue » sur une scène de théâtre ? La connaissait-on vraiment ? Il était grand temps qu’on dépoussière tout ça ! C’est chose faite grâce au génie de Sébastien Lapaque et de Béatrice Agenin, au théâtre de Poche, pour une soirée de vrai bonheur.
Intelligente et libre
Madame de Sévigné, on ne la présente pas. Aristocrate et bourgeoise, séjournant de temps en temps à Paris mais non femme de la Cour, aimant la Bretagne et la Provence, jamais inféodée au pouvoir royal, fidèle à ses amis frondeurs dont le surintendant Fouquet, cultivée et non femme savante, elle fut une femme de son temps, intelligente et libre. D’où son regard sur la comédie humaine — le lecteur retrouve les morceaux d’anthologie — sa plume, de primesaut, gauloise, parfois libertine, sérieuse et enjouée. Satirique quand elle évoque les rapports entre son fils et Ninon de Lenclos ou la Champmeslée. Grave sur les choses de la vie, toujours fidèle à la religion, « gazetière » comme on disait, n’hésitant pas non plus à se livrer à des confidences, elle incarne à merveille ce que nous appelons et oublions parfois de rappeler : « l’esprit français ».
Passionnée par l’éducation des filles, comme Madame de Maintenon, elle les veut cultivées et non façonnées uniquement pour le mariage dont elle a une conception humaine et digne. A son gendre, elle n’hésite pas à envoyer quelques lettres salées, entre pudeur et impudeur, à propos des grossesses qu’il impose à sa femme et qui l’épuisent. En matière d’hygiène et d’alimentation, elle est moderne par son bon sens, privilégiant les fruits et les légumes. Dites par la voix de Béatrice Agenin, ces lettres prennent, pour nous, dans un siècle féministe, une saveur toute particulière.
A l’amitié, que notre époque privilégie partout, elle accorde une grande place ainsi qu’à ses amis. Et quels amis ! Boileau, Bossuet, La Fontaine, La Rochefoucauld, Madame de La Fayette, — amie de cœur et de plume– que nous voyons mourir sous sa plume avec douleur et pudeur.
Dans un siècle mondain et chrétien, enfin, elle fut chrétienne avec fidélité sans coquetterie ni compromission. Il suffit de quelques lettres pour rendre présent avec humour « le Bourdaloue » — le spectateur appréciera — ou voir la querelle provoquée jusque dans les foyers par le jansénisme. Ainsi d’une conversation, lors d’un dîner mondain où un Jésuite, remis vertement à sa place parce qu’il déniait à Pascal le sens de la vérité. Comme tout un chacun, au XVIIème siècle comme aujourd’hui, on goûtait les plaisirs de ce monde. Mais on connaissait la limite de la condition humaine. La mort n’était pas taboue. C’est ainsi que le spectacle se termine sur une « considération » magnifique sur « cette mort que nous n’aimons pas », à la manière de son ami Bossuet.
Sébastien Lapaque, trésor de connaissances
Ces lettres, enfin, n’excluent pas une peinture d’un moi intime. Servie par la voix nuancée, expressive de Béatrice Agenin, on voit une Madame de Sévigné aussi bien enjouée que d’une souveraine mélancolie. Sébastien Lapaque, écrivain et critique connu, spécialiste de l’époque classique, commente avec naturel, intelligence et humour, les textes lus — et c’est un trésor de connaissances, rendues légères par la place donnée à la musique où l’oreille retrouvera avec bonheur, par exemple, « Les Barricades mystérieuses » de Couperin — laissant toujours à notre épistolière, par un déplacement dans l’espace, par un verre bu ou un sablier retourné sur une table, le temps d’écrire ou de poser un châle, toujours glissant sur le dossier d’un fauteuil, d’allumer une bougie, ou d’esquisser des pas de danse.
Et sa fille, Françoise-Marguerite, dans tout ça ? S’il ne nous est resté d’elle aucune lettre, un portrait de cette fille chérie se dessine en creux dans ces lettres : aimant certainement son mari, sa mère assurément, ayant les mêmes goûts que la marquise pour la littérature et les auteurs religieux.
Au fil de cette soirée, nos esprits sont dépoussiérés et notre mémoire ravivée. Pas un bruit dans la salle. Un crépitement d’applaudissements. Merci à la fée du logis, Stéphanie Tesson, qui fait vivre les trésors oubliés de la littérature et nous en redonne le goût. Comme le veut la vocation du Poche. Alors, courez, courez vite ! Le bonheur est au Poche !
1h10. Le vendredi et samedi à 19h, le dimanche à 15h. 28€
À quoi a donc pensé notre chroniqueur en faisant l’éloge de la créature aux sabots fendus, impure dans la Bible et proscrite par le Coran ? Par les temps qui courent, quand dîner entre amis est suspect aux yeux de la gauche, chanter le porc est d’une imprudence folle…
Ainsi parle le Poète : « S’en allant aux tects, où restait enfermé le peuple des gorets, il en prit une paire, les rapporta, les immola, les fit flamber et, les ayant tranchés menu, les embrocha. « Quand ce rôti fut prêt, il l’apporta fumant, le mit devant Ulysse, à même sur les broches, en saupoudra les chairs d’une blanche farine, et mélangea dans sa jatte un vin fleurant le miel… » (Odyssée, XIV)
Il est plus que temps de réécrire les classiques : entre la consommation de cochon et l’absorption de vin, Homère n’est pas du tout hallal. C’est que les Grecs — et les Romains — mangeaient volontiers du porc : la truie met bas une douzaine de porcelets, au bas mot, ils se nourrissent du tout-venant, grossissent à vue d’œil et surtout, ils ont une chair exquise : il y a quelques jours, j’ai cuisiné un filet mignon Wellington qui marquera l’histoire des délectations.
De quoi me faire traiter de fasciste par les hurluberlus qui ont manifesté le 30 mai à Colmar contre un banquet organisé par le Canon français. Depuis des mois les militants de LFI et consorts tentent de faire annuler administrativement ou légalement ces manifestations de la convivialité à la française — la même que celle des grands banquets républicains du XIXe siècle.
Le Canon français perçus par certains comme une forme de résistance
Le cochon était le roi de ces banquets populaires, organisés depuis la Fête de la Fédération en 1790, et par lesquels on entrait dans la communauté des Français. Pierre Birnbaum, dans La République et le cochon (Seuil, 2013), raconte comment les juifs avaient alors mis au point un double standard : le porc restait interdit à la maison, conformément au Talmud, mais il était permis aux Israélites d’en manger dans les fêtes collectives. C’est qu’ils étaient assez intelligents pour dissocier la personne privée et l’être public, afin de s’intégrer tout en restant fidèles à eux-mêmes.
Mais, m’objectera-t-on, c’était une France majoritairement paysanne qui s’exprimait alors. Et peut-être faut-il réserver désormais le droit de vote aux urbains qui se nourrissent de vélos électriques et de quinoa d’importation…
Que les musulmans d’aujourd’hui refusent non seulement de manger du cochon (dans lequel tout est bon), mais fassent pression sur les collabos de gauche pour qu’ils s’opposent aux banquets organisés çà et là par le Canon français en dit long sur le fait qu’ils se sentent désormais assez forts pour faire sécession, refuser la République qui les subventionne et pour imposer aux autres leur fanatisme.
Car convenons-en, il faut être fanatique pour refuser de goûter à un porcelet ingénieusement désossé, farci, recousu et cuit à la broche où on l’arrosera, deux ou trois heures durant, d’un mélange aromatique de thym et de laurier émietté, sel et poivre en sus. En arrosant ces agapes d’un rouge plein de corps — un Rasteau de chez moi, par exemple…
Ce n’est pas une question de hiérarchie entre les groupes humains, mais de volonté d’intégration et d’assimilation : les sectateurs de Mahomet, comme on disait jadis (tout au moins les islamistes militants, qui vivent sous la loi des Frères musulmans) ne veulent plus s’intégrer à la nation française. Parce qu’ils sont en train de la conquérir, et que l’envahisseur impose ses coutumes aux peuples vaincus. Voyez ce que les Romains ont fait des Gaulois, ou ce que les Saxons ont fait de l’Angleterre romaine.
Nous en sommes là, et ces banquets du Canon français, vilipendés par les bien-pensants au nom du vivre-ensemble, concept de plus en plus restrictif, sont une forme de résistance à ce grignotage patient du pays par des coutumes nées dans les sables du désert.
Créolisations
Les nouveaux barbares ne cherchent plus à se faufiler dans le tissu français pour s’y dissoudre, mais pour l’anéantir. Imposition de vêtements burlesques et discriminants, au mépris de la Constitution et des droits de la femme, nouveau calendrier scandé par des fêtes venues de déserts lointains, port généralisé de la barbe, amour, jusqu’au carnage, des équipes de foot pourvu qu’elles soient black-beur et ne comptent plus guère de Blancs, cette non-couleur honnie par les « racisés » (toute personne qui utilise sérieusement ce terme ignoble devrait être poursuivie en justice), et revendications fort sérieuses sur la nécessité d’indemniser les uns pour un esclavage qu’ils ont souvent organisé eux-mêmes, les autres pour une colonisation qui leur a tout appris et tout laissé.
Car enfin, pour parler un instant de colonisation, que sont les Arabes qui ont envahi le Maghreb sinon des colonisateurs ? Les Berbères, légitimes occupants de l’Algérie, devraient leur demander des indemnisations colossales pour tant de siècles d’occupation et de massacres — ou les virer d’un pays qu’ils occupent indument et dont ils exploitent les ressources sans en faire profiter les propriétaires historiques, et en les insultant au passage.
Mais la tâche serait ardue : les Algériens, quand par hasard ils se lancent dans des enquêtes sur leur ADN, s’aperçoivent qu’ils sont à peine arabes sur les bords, quelque peu turcs, pas mal français, voire juifs séfarades, et majoritairement kabyles. Et qu’ils parlent une langue qui est essentiellement mêlée de berbère et de romanité — ce qui fait hurler de rire les Arabes du Moyen-Orient.
Autour de la porte Maillot, de la porte d’Auteuil et dans plusieurs quartiers de Paris, mais aussi dans certaines villes de province, la racaille décérébrée a sorti les mortiers ou commis des violences contre les forces de l’ordre ainsi que des dégradations visant vitrines et mobilier urbain dès le début du match du Paris Saint-Germain, samedi.
Les voitures brûlaient tandis que les joueurs du PSG soulevaient la Coupe. Les écrans diffusaient simultanément les images du triomphe et celles des pillages. D’un côté, des footballeurs célébrés comme des héros nationaux. De l’autre, des commerces dévastés, des vitrines brisées, des policiers attaqués, des rues transformées en terrain d’affrontement.
La soirée s’est soldée par un lourd bilan: un mort circulant en deux-roues sur le périphérique envahi par la foule, 219 blessés, dont huit grièvement, et 780 personnes interpellées par la police. Recevant les joueurs à l’Élysée, le président Macron s’est borné hier à déplorer «des scènes de violences inacceptables», sans qu’il soit certain que d’autres émeutes ne se produiront pas lors de la Coupe du monde qui débute dans une dizaine de jours et alors que rien ne permet d’affirmer que les casseurs seront effectivement sévèrement réprimés par la justice.
La France des émeutes intermittentes
Les commentateurs ont parlé de débordements. Mais le mot est faible.
Car ce qui s’est produit à Paris et dans plusieurs villes françaises après la victoire du PSG ne relève plus de l’accident. Ces scènes se répètent après les matchs, les fêtes nationales, le Nouvel An ou le moindre prétexte susceptible de rassembler les foules. Elles sont devenues un phénomène social à part entière.
Depuis des décennies, les gouvernements de gauche, rejoints souvent par une partie de la droite, ainsi que les organisations militantes comme SOS Racisme, ont promu l’idée selon laquelle il suffirait de proclamer le vivre ensemble pour le faire exister.
Ils ont oublié une évidence : le vivre ensemble ne se décrète pas. Il résulte d’une volonté partagée. Il suppose que des individus différents acceptent librement de respecter les mêmes règles, les mêmes institutions et les mêmes limites. Or une partie croissante de la population manifeste depuis longtemps son refus de cette exigence.
Depuis des années, il est devenu évident que la dénonciation permanente du racisme supposé de la société française alimentait paradoxalement les logiques de séparation. À force d’expliquer à certains groupes qu’ils vivent dans un pays fondamentalement hostile, on nourrit moins l’intégration que le ressentiment. On fabrique des adversaires là où l’on prétend créer des citoyens.
Une partie des descendants de l’immigration maghrébine, rejoints aujourd’hui par certains groupes issus d’autres immigrations plus récentes, exprime ce rejet sous des formes diverses : violences gratuites, trafics, agressions, refus de l’autorité, attaques contre les représentants de l’État, émeutes périodiques et parfois terrorisme. Pendant longtemps, ces phénomènes ont été minimisés. On les a présentés comme des faits divers. On les a expliqués par la pauvreté, l’exclusion ou les discriminations. Toute analyse plus profonde devenait aussitôt suspecte. Pourtant, les faits s’accumulent.
Ce que révèlent les violences qui accompagnent désormais tant de célébrations publiques, ce n’est pas seulement un problème de sécurité. C’est l’existence de groupes pour lesquels les institutions, les symboles nationaux et les biens communs ne constituent plus un patrimoine à protéger mais une réalité étrangère, parfois hostile. On ne détruit pas ce que l’on considère comme sien. On ne saccage pas ce à quoi l’on appartient. La question devient alors inévitable : comment une société produit-elle ses propres ennemis ?
Contrairement à ce que prétendent les discours simplistes, l’islam ne suffit pas à expliquer ce phénomène. L’histoire est remplie de mouvements violents qui n’avaient rien de musulman : révolutionnaires chinois, nazis, fascistes, communistes, génocidaires rwandais ou khmers rouges. En Amérique latine, la violence est endémique.
Partout, on retrouve les mêmes mécanismes : le ressentiment, la jalousie, la haine sociale, le désir de domination, la victimisation permanente et, presque toujours, la désignation d’un ennemi supposé responsable de tous les malheurs. Mais dans l’Europe contemporaine, l’islamisme fournit à ces passions un langage, une justification et une promesse.
Nouvelle France
L’immigration massive a favorisé la constitution de territoires où d’autres normes, d’autres autorités et parfois d’autres fidélités concurrencent celles de la nation. Les caïds, les trafiquants et les prédicateurs y exercent souvent davantage d’influence que les représentants de l’État. Les différences de genre, de génération, de couleurs de peau ne sont pas le problème. Le problème est la violence. Le problème est le refus des règles communes. Le problème est l’apparition d’individus ou de groupes qui ne souhaitent pas réellement participer à la société mais la transformer en champ de bataille symbolique où se règlent des comptes historiques, sociaux ou identitaires.
Les prochaines échéances électorales tourneront largement autour de cette question. Car les classes populaires, françaises de toutes origines, vivent quotidiennement les conséquences de cette évolution. Elles n’ont pas la possibilité de s’en abstraire. Les élites, elles, demeurent largement protégées. Elles vivent dans des quartiers préservés, fréquentent des établissements sélectifs et disposent des ressources nécessaires pour échapper aux réalités qu’elles analysent ensuite à distance.
La nuit qui a suivi la victoire du PSG n’était donc pas seulement une nuit d’émeute. Elle fut une démonstration. La démonstration qu’aucune société ne peut survivre longtemps lorsque ceux qui refusent les règles communes deviennent plus déterminés que ceux qui sont chargés de les défendre.
Autour du chef de l’État, on passe son temps à railler Gabriel Attal, Édouard Philippe et les autres prétendants à l’Élysée, jugés incapables de défendre le bilan de la macronie ou de porter une nouvelle « vision » pour la France. Cette acrimonie permanente de l’entourage présidentiel à l’égard de ses putatifs successeurs n’a rien d’anodin. À force d’être systématique, elle risque même de produire ce qu’elle prétend dénoncer, analyse notre chroniqueur.
Reste que les héritiers présumés d’Emmanuel Macron, pour lesquels le président sortant ne compte pas afficher de préfèrence (et qui ne demandent pas son soutien étant donnée son impopularité) ne brillent pas franchement par leur sens politique. Comme le souligne un communicant influent dans les colonnes du Figaro1 : « Gabriel Attal organise son meeting le jour de la finale de la Ligue des champions du PSG. Et Édouard Philippe tient le sien début juillet, deux jours avant le jugement qui dira si Marine Le Pen pourra être candidate ou non. Cela défie l’entendement ! »
Il paraît que le refrain des fidèles d’Emmanuel Macron sur le casting de 2027 est cette interrogation, formulée sur le mode de la dérision : « Y a que ça ? » On invoque « la médiocrité supposée des prétendants à l’Élysée pour faire ressortir positivement la personnalité et le bilan du sortant. » On comprend bien la finalité d’une approche aussi sarcastique : souligner la faiblesse des candidats pour mettre en lumière celui que l’on ne verra plus présider après 2027. Il n’empêche que la médiocrité n’est peut-être pas là où on la place, mais dans ces réactions peu élégantes, qui ne font que confirmer la piètre opinion de certains sur la qualité de quelques proches du président.
Prenez plutôt exemple sur les footeux
Au lendemain du triomphe renouvelé du PSG et de la parade parfaitement organisée qui l’a accompagné, je m’autorise un rapprochement qui n’est peut-être pas si hasardeux.
Imagine-t-on Luis Enrique, son remarquable entraîneur, ironiser sur la faiblesse de ses adversaires pour mieux magnifier les succès de son équipe ? Et, lorsqu’un jour le PSG sera battu en Ligue des champions, moquera-t-on ceux qui l’auront vaincu et qui auront l’ambition de lui succéder au palmarès ?
L’esprit sportif a trouvé une magnifique illustration avec le capitaine du PSG, Marquinhos, venant consoler un compatriote brésilien qui venait de manquer son tir au but, avant même d’aller célébrer la victoire avec les siens.
Pousser plus loin la comparaison aggraverait sans doute le sentiment dominant qui consiste à tourner en dérision la classe politique d’aujourd’hui au regard de celle d’hier. On peut certes admettre que cette dernière lui était, sur bien des points, supérieure : par sa profondeur, son éloquence, sa culture, sa maîtrise des humanités et, plus largement, par son éducation ainsi que par sa capacité à exprimer ses désaccords en mots plutôt qu’en vulgarités ou en insultes.
Prophétie autoréalisatrice
Il y a aussi ce réflexe dévastateur qui conduit chaque génération à se juger meilleure que la précédente et les présidents de la République battus ou sortants à ne pas douter du fait que leurs successeurs ne seront pas à leur hauteur. Pourquoi cette acrimonie du « il n’y a que ça ? » est-elle dangereuse ? Parce que, systématique, elle finit par créer ce qu’elle prétend dénoncer. À force de défaitisme morose ou aigri, on fabrique des responsables politiques qui finissent par ressembler aux caricatures qu’on dresse d’eux. On ne peut pas oublier non plus que les circonstances font souvent surgir, d’une vie apparemment ordinaire, des exceptions politiques brillantes qui, face au réel même le plus éprouvant, étonnent, rassurent ou satisfont le citoyen.
Par ailleurs, est-il permis de suggérer à ceux qui cultivent ces visions sarcastiques de s’interroger eux-mêmes, en ayant la modestie de s’examiner et de vérifier s’ils ont vraiment toute légitimité pour juger de haut ceux qui s’engagent aujourd’hui ? Ces contempteurs de la médiocrité supposée du futur ont-ils de quoi se rengorger ? Peuvent-ils s’appuyer sur un passé exemplaire ou sur un bilan incontestable ? Sont-ils fondés à donner des leçons ?
Enfin, sans surestimer ceux qui, nombreux pour l’instant, aspirent à l’échéance de 2027, peut-on considérer comme une vérité d’Évangile le mépris distillé par quelques proches du président ? Édouard Philippe et Gabriel Attal ne sont certes pas en odeur de sainteté auprès d’eux et d’Emmanuel Macron lui-même, mais qui oserait soutenir qu’ils sont médiocres ou incapables d’administrer et de gouverner ? Qui aurait le front d’affirmer que Bruno Retailleau n’a ni une personnalité remarquable ni un parcours exemplaire ? Et que David Lisnard est dépourvu de talent, de réflexion et de courage ? Il faut arrêter avec ce complexe de supériorité commode, souvent justifié par rien, prendre la mesure d’aujourd’hui, admirer le passé quand il le mérite et se projeter dans un futur que le volontarisme individuel et collectif ne rendra pas nécessairement déprimant.
Jean-Claude Bourrelier, ancien patron de Bricorama, pousse un coup de gueule. Il constate dans son groupe que le niveau des charges patronales, de plus en plus insupportable, empêche de verser de meilleurs salaires. Selon lui, il faut y remédier en responsabilisant davantage les entrepreneurs et les salariés pour dégager des économies tout en préservant la protection sociale, et instaurer la TVA sociale.
Je demande que celles et ceux qui travaillent puissent vivre mieux de leur emploi. Malheureusement, en France, cela devient de plus en plus difficile en raison des charges qui pèsent sur les salaires.
Nos entreprises plombées par rapport à la concurrence étrangère
En tant qu’employeur, je suis désolé de ne pouvoir reverser à mes salariés qu’une partie très limitée de la valeur qu’ils créent, à peine 50 % alors qu’ils mériteraient 80 %. La France est le pays où les prélèvements sur le travail sont parmi les plus élevés au monde. Lorsque j’ai commencé à travailler dans les années 60, les cotisations représentaient environ 20 % ; aujourd’hui, elles sont de plus ou moins 50 %. La baisse des charges qui ne sont in fine que des charges salariales est indispensable. Réduire ces charges ne constituerait pas un « cadeau » fait aux entreprises, mais serait le moyen d’augmenter considérablement les salaires.
Trop de contributions pèsent sur les salariés sans qu’ils en soient les bénéficiaires. Ce n’est pas aux salariés de financer la politique familiale, 5,25 %. Ce n’est pas aux salariés de payer 4,25 % pour le chômage dont ils sont les victimes ! Ce sont les clients et les politiques de mondialisation qui en sont responsables, pas les salariés. Ils ne doivent plus payer pour certains régimes spécifiques dont ils profitent moins que les autres !
Pourquoi doivent-ils payer pour leur formation professionnelle, alors que ce n’est pas le cas pour les étudiants ? Pourquoi doivent-ils payer tous les ans pour des visites médicales qui ont lieu tous les trois ans ? Pourquoi doivent-ils payer la CSG et la CRDS alors qu’ils n’en sont pas directement bénéficiaires ?
Les primes doivent être exonérées de charges comme dans la fonction publique afin de leur permettre de souscrire pour leur retraite. Revenir à 20 % de charges redonnerait du pouvoir d’achat aux salariés. Si les entreprises françaises sont moins compétitives que certaines de leurs concurrentes étrangères, ce n’est pas par manque de compétence ou de savoir-faire, mais parce que leurs coûts sont plus élevés. Nos entreprises évoluent avec des contraintes qui freinent leur compétitivité.
Pour une TVA sociale
En parallèle, il est essentiel de préserver notre système de protection sociale. Cela passe par la mise en place d’une TVA sociale et une responsabilisation accrue des différents acteurs. Une hausse de la TVA serait largement compensée pour les salariés par l’augmentation importante de leur pouvoir d’achat lié à la baisse des charges.
Le principe de responsabilité me semble fondamental. Cette responsabilisation doit concerner les entreprises. Je propose par exemple qu’elles prennent davantage en charge les arrêts de travail jusqu’à deux ans maximum, comme cela se fait dans certains pays européens tels que les Pays-Bas. Cela encouragerait une vigilance accrue sur les conditions de travail, la prévention et l’absentéisme. Les entreprises devraient assumer davantage les conséquences financières des ruptures conventionnelles. Cela les conduirait à être plus attentives dans leurs décisions d’embauche et de séparation. Elles pourraient se couvrir si elles le désirent via des mécanismes d’assurance adaptés.
Chacun devrait aussi assumer les conséquences de ses choix personnels plutôt que d’en faire supporter systématiquement le coût à la collectivité. Par exemple, si je fais du cheval, je prends une assurance qui couvre la totalité de ce risque. Il faut distinguer les risques subis, comme la maladie, des risques choisis. Dans cette logique, certains remboursements des mutuelles pourraient être plafonnés afin de préserver l’équilibre d’un système financé par tous. Par exemple, les remboursements des frais d’optique et dentaires pourraient être davantage plafonnés.
Enfin, la France, pour libérer le travail, doit impérativement simplifier sa réglementation. Notre droit du travail est devenu d’une complexité excessive, entraînant une perte considérable de temps, d’énergie et d’argent pour les entreprises comme pour les salariés. La France gagnerait à s’inspirer de la Suisse, dont le code du travail compte environ 60 pages contre plus de 3 300 en France.
Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir pris davantage la parole dans le débat public pour défendre les intérêts de mes collaborateurs. Mais il n’est jamais trop tard pour s’engager et faire entendre sa voix.
La péninsule arabique se découvre doublement vulnérable. Ni le parapluie américain ni les pétrodollars ne la protègent des tirs iraniens. Désormais chaque État suit sa stratégie: Abou Dhabi choisit la puissance militaire, Riyad tente l’apaisement, Doha et Oman jouent les médiateurs. Mais tous savent l’avenir incertain.
Elles semblaient vivre hors du temps et de l’espace à l’image de leur urbanisme et de leur étalage de luxe. Longtemps, les monarchies du Golfe, de la frontière irakienne jusqu’à la mer d’Arabie, se sont crues protégées des brutalités du Moyen-Orient par les pétrodollars.
Certes, l’invasion du Koweït par Saddam Hussein en août 1990 a laissé des traces profondes. Cet épisode a brutalement rappelé aux dirigeants de la péninsule Arabique que la richesse pétrolière et gazière n’immunisait pas contre les ambitions régionales, ni contre les contraintes de la géographie et de l’histoire.
Si la géologie les a dotées d’un sous-sol et de fonds marins riches en hydrocarbures, la géographie, quant à elle, les a presque toutes condamnées à exporter cette richesse par quelques goulets d’étranglement maritimes : le détroit d’Ormuz, Bab el-Mandeb et le canal de Suez. Seuls les Émirats arabes unis et Oman disposent d’un accès direct à l’océan Indien sans passer par Ormuz.
L’histoire et la démographie n’ont pas été plus généreuses. Ces États sont petits, tant par leur superficie que par leur population. Pour ne rien arranger, leur richesse gigantesque a attiré une immigration de travail massive, au point que les résidents étrangers y sont aujourd’hui largement plus nombreux que les nationaux. Le Qatar, par exemple, compte environ 2,7 à 2,9 millions d’habitants, dont seulement 350 000 citoyens issus des familles présentes sur la péninsule en 1945. La prospérité du Golfe dépend donc d’une main-d’œuvre importée, situation qui génère des tensions sociales, identitaires et politiques.
Danser sur un derrick
Malgré ces flagrantes faiblesses, un sentiment d’invulnérabilité s’est progressivement installé, à l’abri de la rente pétrolière et des garanties de sécurité américaines. Ces deux éléments leur ont permis d’atteindre, en quelques décennies, un niveau de développement spectaculaire. Dubaï est devenue une plateforme financière et logistique mondiale ainsi qu’un acteur majeur du tourisme international. Doha a construit une diplomatie d’influence largement disproportionnée en comparaison de sa taille. Abou Dhabi investit massivement dans l’intelligence artificielle, les infrastructures, les technologies de défense et les industries stratégiques. Les fonds souverains du Golfe comptent parmi les plus puissants de la planète.
Infographie : Causeur, d’après S&P Global
L’Arabie saoudite occupe une position particulière dans cet ensemble. Par sa taille, sa population, ses ressources énergétiques et son rôle religieux lié aux villes saintes de La Mecque et Médine, elle constitue le véritable centre de gravité de la péninsule Arabique. Mais c’est aussi le pays du Golfe qui cumule le plus de contradictions stratégiques. D’un côté, le royaume cherche à moderniser son économie et à réduire sa dépendance au pétrole. De l’autre, il demeure confronté à une rivalité structurelle avec l’Iran et à la nécessité de préserver un équilibre interne délicat entre modernisation économique et conservatisme religieux.
À cela s’ajoutent les crises régionales chroniques : Liban, Syrie, Irak, Yémen et, bien entendu, le conflit israélo-palestinien. Ayant ravi à l’Égypte le leadership du monde arabe sunnite, l’Arabie saoudite se retrouve sollicitée de toutes parts, diplomatiquement, financièrement et stratégiquement.
L’Amérique, un gendarme peu fiable
Cependant, l’enjeu majeur aujourd’hui, pour le royaume des Saoud, c’est la fiabilité de la garantie de sécurité américaine. La doctrine Carter, formulée après la révolution iranienne et l’invasion soviétique de l’Afghanistan, affirmait explicitement que toute tentative de prise de contrôle du golfe Persique serait considérée comme une menace directe contre les intérêts vitaux américains. Mais depuis plusieurs années, les dirigeants du Golfe doutent de la fiabilité de cet engagement. L’attaque contre les sites pétroliers saoudiens en 2019, revendiquée par les Houthis, mais attribuée par Washington et Riyad à l’Iran, a constitué un véritable électrochoc stratégique. En quelques heures, près de la moitié de la production pétrolière saoudienne a été temporairement paralysée. Donald Trump a décidé de ne pas réagir. Deux ans plus tard, le retrait chaotique d’Afghanistan a encore renforcé ce sentiment de vulnérabilité. Et la manière dont Donald Trump traite ses alliés européens et asiatiques depuis le début de son second mandat n’a pas dissipé les craintes.
La guerre de Quarante Jours et la crise qui s’est ouverte ensuite n’ont fait qu’aggraver ces divergences. Avant le conflit, les positions des membres du CCG (Conseil de coopération du Golfe) étaient déjà loin d’être homogènes. Historiquement, le Qatar cherche à maintenir des canaux de dialogue avec Téhéran, notamment en raison de l’exploitation commune du gigantesque champ gazier de North Dome/South Pars. Oman poursuit de son côté sa traditionnelle diplomatie d’équilibre et de médiation. Le Koweït demeure quant à lui prudent, toujours traumatisé par l’expérience de 1990 et hostile à toute aventure régionale majeure. Bahreïn, dirigé par une monarchie sunnite gouvernant une population majoritairement chiite, reste extrêmement hostile à l’Iran, perçu comme une menace existentielle. Quant à l’Arabie saoudite, elle cherche la désescalade tout en souhaitant endiguer la puissance iranienne.
Les pétromonarchies se sont découvert deux nouveaux points de vulnérabilité : la destruction potentielle des usines de production d’eau douce et celle des câbles sous-marins de télécommunications
La position la plus intéressante est sans doute celle des Émirats arabes unis. Cette fédération se distingue par son choix assumé du « hard power ». Tandis que le Qatar déploie son « soft power », les Émirats, sans négliger cette dimension, ont développé une impressionnante capacité d’intervention armée. De la Libye au Yémen, en passant par le Soudan et la Somalie, Abou Dhabi mène une politique déterminée visant à remodeler les équilibres régionaux par la force lorsque cela lui paraît nécessaire.
Comptes de guerre
Pour tous les États du Golfe, la facture de la guerre des Quarante Jours est salée, quoique inégale. Plusieurs infrastructures énergétiques et logistiques d’Arabie saoudite ont été visées. Le Qatar a subi les perturbations du trafic maritime ainsi que la destruction d’environ 20 % de sa capacité de production de gaz liquéfié. Bahreïn, qui accueille la cinquième flotte américaine, est devenu une cible directe, tandis que le Koweït a aussi subi de multiples attaques de drones et de missiles, et n’arrive presque plus à exporter. Oman, fidèle à sa neutralité prudente, a tenté d’empêcher l’extension du conflit tout en protégeant ses intérêts maritimes et n’a subi que des dégâts limités.
Les Émirats, enfin, ont bénéficié de leur ouverture sur la mer d’Arabie qui permet d’exporter une partie de leur production. Ils ont également été parmi les plus touchés par les frappes de missiles et de drones. Cette situation a conduit le président des Émirats, Mohammed ben Zayed (MBZ) à durcir nettement sa politique vis-à-vis de l’Iran. On sait aujourd’hui que les émirats ont frappé l’Iran 22 fois, histoire de signaler à Téhéran ses lignes rouges – c’est le seul État de golfe à l’avoir fait. L’Arabie saoudite s’est contentée de frapper les milices pro-iraniennes en Irak, qui sont responsables de lancements de drones contre le royaume.
Abou Dhabi joue sur deux tableaux
Pendant longtemps, Abou Dhabi a joué un rôle ambigu dans le système de contournement des sanctions visant Téhéran. Si bien que Dubaï, le premier port du pays, était devenu une véritable soupape économique pour la République islamique grâce aux sociétés écrans, aux réexportations, aux circuits financiers informels et à la « shadow fleet » pétrolière. Les autorités fermaient souvent les yeux, par pragmatisme économique autant que par prudence stratégique. Mais les frappes iraniennes de 2026 contre des cibles émiraties ont profondément modifié les calculs de MBZ qui a instauré des restrictions contre certaines sociétés iraniennes, renforcé la surveillance des circuits financiers, accru la pression sur les bureaux de change, limité les réseaux liés au contournement des sanctions et annulé des milliers de visas accordés à des ressortissants iraniens. Et ce n’est pas tout.
Il y a quelques mois, les Émirats arabes unis ont créé la surprise en annonçant que le sous-sol d’Abou Dhabi recelait un potentiel estimé à quelque 200 milliards de barils de pétrole de schiste, c’est-à-dire à peu près les réserves dont disposent les États-Unis. Pour exploiter cette ressource, les Émirats misent sur des partenariats avec des entreprises américaines disposant du savoir-faire développé dans ce domaine. Fin avril, ils ont annoncé leur départ de l’OPEP. La fédération présidée par MBZ pourrait à terme devenir l’un des acteurs les plus importants du marché des hydrocarbures. Pour y parvenir, elle mise sur ses liens stratégiques avec Washington.
L’heure de vérité
Après une année dramatique ponctuée par deux guerres, l’heure est venue pour tous les États de la rive sud du Golfe de recalculer leur itinéraire stratégique. Toute la région a pu constater que, même affaibli militairement, l’Iran était capable simultanément de menacer le détroit d’Ormuz et Bab el-Mandeb, de frapper des infrastructures pétrolières critiques et d’exercer une pression durable sur le trafic maritime. Les pétromonarchies se sont en outre découvert deux nouveaux points de vulnérabilité : la destruction potentielle des usines de production d’eau douce et celle des câbles sous-marins de télécommunications. Pour des États désertiques dépendant presque entièrement des installations de dessalement et dont l’économie repose sur la connectivité numérique mondiale, ces menaces sont existentielles.
Depuis lors, deux lignes stratégiques se dessinent : apaisement ou affrontement. D’un côté, un axe Qatar-Arabie saoudite considère qu’un changement de régime à Téhéran est irréaliste et, par conséquent, dangereux. Il faut donc chercher un modus vivendi avec les Gardiens de la révolution, quitte à accepter leur « statut spécial » dans Ormuz et payer un prix politique et économique élevé. De l’autre, les Émirats arabes unis estiment qu’un recul face à Téhéran n’ouvrira pas la voie à un nouvel équilibre, mais à de nouvelles extorsions iraniennes : le modus vivendi serait une prise d’otages permanente. Abou Dhabi défend donc le maintien d’une forte pression économique et militaire sur la République islamique, considérant que l’affaiblissement durable de l’Iran constitue une nécessité stratégique vitale.
Couvrir les risques
Le dilemme des monarchies du Golfe apparaît ainsi dans toute sa brutalité. Le retour de la puissance dure montre les limites du « soft power ». Les milliardaires découvrent que non seulement l’argent ne fait pas le bonheur, mais qu’il ne garantit même pas la sécurité. Le choix est difficile. Les États-Unis déçoivent, mais il n’y a pas d’alternative. La Russie, contrairement à l’URSS durant la guerre froide, ne peut remplacer les États-Unis comme fournisseur d’armes, de doctrine, de technologie et de sécurité physique. Et la Chine, qui préfère laisser Washington s’user dans le rôle de gendarme mondial, se contente de profiter de la Pax Americana pour inonder le monde de ses produits sans en supporter les coûts.
Quant à l’option d’un « bloc », voire d’une OTAN arabe, elle n’a jamais été véritablement réaliste. Les rivalités entre les États du Golfe sont fortes. En 2017, les Émirats et l’Arabie saoudite, aujourd’hui rivaux sur plusieurs dossiers, étaient à deux doigts d’envahir le Qatar… désormais allié de Riyad ! Derrière l’unité affichée, chaque État poursuit ses propres intérêts stratégiques, la guerre l’a amplement confirmé.
Les monarchies du Golfe n’ont donc d’autre choix que de pratiquer ce que les banquiers appellent le « hedging », une stratégie de couverture des risques. Il s’agit pour elles de se préparer simultanément à plusieurs scénarios, dont le plus dangereux serait une victoire iranienne. Leurs stratégies nationales vont osciller ainsi entre l’option qatarie – apaisement avec l’Iran, prise de distance avec les États-Unis et rapprochement avec la Turquie, le Pakistan et la Chine – et la voie émiratie – défiance vis-à-vis de l’Iran et rapprochement avec les États-Unis, Israël et l’Inde. En attendant, vivre dans une villa de rêve au pied du volcan est déjà beaucoup plus cher et terriblement angoissant.
Le président des Républicains Bruno Retailleau était invité hier en soirée sur CNEWS. DR.
Après les graves débordements survenus à Paris lors de la finale de la Ligue des Champions, le candidat de la droiteà la présidentielle Bruno Retailleau propose la reconnaissance faciale et la «responsabilité solidaire» des casseurs.
À la suite des violences, des dégradations et des pillages en région parisienne, ainsi que des désordres dans toute la France — qui ont fait plus que gâcher la joie sportive suscitée par un PSG doublement victorieux de la Ligue des champions —, il fallait tout de même un certain culot ministériel pour oser déclarer que « la situation avait été sous contrôle ». Laurent Nuñez a eu cette audace.
Vers une «responsabilité solidaire» des fauteurs de trouble?
Naturellement, mentionner le nom de ce dernier conduit à évoquer Bruno Retailleau, puisque le premier semble n’avoir pour seule ambition que d’affaiblir ou de supprimer ce que le second avait su mettre en œuvre en trop peu de temps.
Bruno Retailleau s’est déclaré favorable à la reconnaissance faciale et, surtout, il a compris que le problème de ces violences collectives résidait dans la difficulté d’incriminer leurs participants dès lors qu’on s’en tenait au principe de la preuve individuelle. Pour que l’efficacité policière soit récompensée et la justice pénale moins impuissante, il convient que les groupes dont la finalité, au-delà du rôle de chacun, est clairement agressive et destructrice soient mis en cause pénalement en tant que tels. Faute de cette globalisation, nous éprouverions le même sentiment d’insatisfaction face au hiatus entre la multitude d’interpellations et la pauvreté ou l’inconsistance des condamnations.
Bruno Retailleau, depuis qu’il a enclenché un rythme soutenu pour sa campagne présidentielle — au sujet de laquelle il ne cesse d’affirmer qu’il ira jusqu’au bout —, confirme son intention de « renverser la table » et d’élaborer un projet de rupture. Il a eu raison de souligner, par exemple le 1er juin sur CNews face à Laurence Ferrari et Pierre de Vilno, qu’Édouard Philippe et Gabriel Attal portaient, dans leur programme, une large part de continuation du macronisme, même s’ils sont contraints à la fois de s’en distancier et de l’assumer.
Nécessaire rigueur: c’est Retailleau qu’il faut à la droite et au centre!
Lorsque Gérard Larcher reprend dans La Tribune Dimanche cette formule « de la droite et du centre » qui auront besoin de n’être représentés « que par un candidat unique », il n’attire pas assez l’attention sur le risque que représenterait la désignation, par quelque mode que ce soit, d’une personnalité autre que celle de Bruno Retailleau. Car nous assisterions inévitablement à la mise en œuvre d’un processus fatal, et trop souvent observé, où la mollesse du centre viendrait gangrener la nécessaire rigueur et la cohérence de la droite.
Pour échapper à ce danger, la seule solution sera de confier la destinée du pays à un homme dont la constance, l’intégrité et la radicalité ne seront pas émoussées par le souci tactique de faire de la place à un centre qui se voudrait moins soporifique.
Si M. Retailleau ne parvient pas à tenir son pari d’une droite retrouvant son aurore fulgurante de 2007, si des joutes mesquines assombrissent le futur du président des Républicains, si certains préfèrent sa défaite au redressement de la France, alors le désastre sera imminent. La présence de Jean-Luc Mélenchon au second tour — Bruno Retailleau a eu le courage et la lucidité d’affirmer qu’aujourd’hui LFI était plus dangereuse que le RN — se solderait probablement par une défaite sèche de ce dernier face au RN. Mais dans les deux cas, la France verra son avenir obscurci et bouché. Pour la droite, l’ancien ministre de l’Intérieur ne doit plus être une option, mais une obligation.
Refusant l’héritage de notre cher et vieux pays, la « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon entérine la fragmentation de la République et le recul de la civilité. Dans les rues, les stades et les lieux de convivialité, le travail de sape a commencé. Mais, selon Jean-Baptiste Roques, qui présente notre dossier du mois, la vieille France n’a pas dit son dernier mot. En l’occurrence, notre numéro était bouclé avant le match PSG-Arsenal et les « débordements » qui ont suivi, à Paris et ailleurs. Mais nous les avons anticipés, car violences, affrontements et dégradations sont désormais la norme du « vivre-ensemble » censé caractériser notre époque. Robert Ménard, dans un entretien avec Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, prend acte du fossé idéologique qui sépare sa génération de la jeunesse progressiste. Le maire de Béziers n’en continue pas moins de tracer sa route, celle du bon sens et de l’intransigeance face au communautarisme islamique. Cette route pourrait-elle le mener jusqu’à la présidentielle ? Dans sa Lettre à Clara, recensée ici par Elisabeth Lévy, Robert Ménard brise le silence qui le sépare de sa fille, jeune révoltée de gauche. Par amour pour elle, pour la comprendre et être compris à son tour, il délaisse la provocation au profit de la volonté de convaincre. Sous des atours chatoyants – « nouvelle France », « créolisation » – la langue mélenchonienne propose purement et simplement de consigner la mort du pays. Fin de l’assimilation, fin de la transmission, fin de la République. Pour Gaël Nofri, cet idiome permet d’éviter de nommer la brutale réalité : la substitution d’une population par une autre. Mathieu Bock-Côté, dont les propos ont été recueillis par Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, affirme que « la France est un lieu d’expansion du Sud global ». Face à la partition rampante du territoire, l’essayiste exhorte la droite à surmonter ses querelles de personnes. Question de vie ou de mort.
Le numéro de juin est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique, et demain mercredi 3 chez votre marchand de journaux !
Quelle est la démographie de la « nouvelle France » ? La population d’origine immigrée n’a jamais été aussi nombreuse. Dans son dernier livre, Immigration, mythes et réalités, Nicolas Pouvreau-Monti décortique une mutation qui, portée par la natalité subsaharienne et l’attractivité du droit d’asile, bouleverse des régions autrefois épargnées. Dans un entretien avec Jean-Baptiste Roques, il évoque un défi sécuritaire, économique et politique majeur. La scission entre l’ancienne France et la nouvelle s’exprime à travers le sport et la cuisine. Car la nouvelle France a sa nouvelle malbouffe. Des fast-foods de poulet bas de gamme pullulent dans nos rues et leurs prix imbattables drainent une clientèle toujours plus nombreuse. Notre envoyé spécial a donné de sa personne pour goûter à ces barquettes qui déplacent les foules. Reportage risqué de Jonathan Siksou. Pierre Vermeren, Gavin Mortimer et Stéphane Germain analysent l’accaparement du football par la nouvelle France et le retranchement de la France traditionnelle dans le monde du rugby. Le football charrie de façon prévisible destructions et violences allant parfois jusqu’à la mort ; tandis que le rugby est célébré par la vieille France avec énergie mais civilité.
Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy parle de l’abrogation du Code noir par l’Assemblée nationale, le 28 mai, ainsi que de la résolution votée par l’Assemblée générale de l’ONU, le 25 mars, qualifiant « la traite des Africains réduitsen esclavage et […] l’esclavage racialisé des Africains » de « plus gravecrime contre l’humanité ». Pour notre directrice de la rédaction, ces votes sont problématiques. Ils reflètent une lecture très partielle de l’histoire car, par exemple, la traite arabo-musulmane est ignorée. Une hiérarchisation est créée entre les crimes contre l’humanité qui est une négation même de la notion de crime contre l’humanité. Et on ouvre la porte à « la concurrence victimaire, où on joue à celui qui a le plus souffert ».
Sur la scène internationale, les pays du Golfe viennent de découvrir que le pétrole ne fait pas le bonheur. Gil Mihaely explique que la péninsule arabique se découvre doublement vulnérable. Ni le parapluie américain ni les pétrodollars ne la protègent des tirs iraniens. Désormais chaque État suit sa stratégie : Abou Dhabi choisit la puissance militaire, Riyad tente l’apaisement, Doha et Oman jouent les médiateurs. Mais tous savent l’avenir incertain. Je présente le quatuor belliqueux à qui on a donné l’acronyme des « CRINK ». Avec la Chine, qui finance leur économie de guerre, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord espèrent renverser l’ordre du monde aujourd’hui sous hégémonie occidentale. Mais cette alliance est fragile car chacun suit ses propres objectifs. Leur jeu dangereux pourrait conduire à une conflagration mondiale. Les Russes vont-ils vers une deuxième défaite en Ukraine ? L’échec de l’offensive « éclair » de 2022 a forcé Moscou à passer à une guerre d’usure, analyse Gil Mihaely. Mais la stratégie de la chair à canon montre ses limites. La triple parade ukrainienne – drones tactiques, solide défense antiaérienne et frappes économiques – a payé. Si bien que les Russes sont désormais menacés sur leur propre territoire.
En France, plus de 2 000 professionnels du cinéma ont signé une pétition retentissante contre Canal+. Selon Elisabeth Lévy, ils n’ont strictement rien à reprocher à la chaîne cryptée, si ce n’est d’être contrôlée par l’ennemi public numéro un des bobos, Bolloré. Le milieu a volé au secours du premier financeur du secteur, à qui le 7e art et la gauche doivent tant. Mais cette nouvelle quinzaine antifasciste montre que la bataille culturelle sera féroce. « Polony, présidente ! », ne devraient pas tarder à crier les foules souverainistes aux prochaines présidentielles. L’ouvrage que l’ex-patronne de Marianne vient de publier (La France corps et âme, que Martin Pimentel a lu pour nous) est rempli d’audacieuses mesures pour redresser une France désindustrialisée et maltraitée par l’Europe. Mais elle n’annonce pas encore sa candidature. Enfin, Pierre Vermeren, familier du Maghreb, démontre dans son nouveau livre, France-Algérie, de 1962 à nos jours, qu’une suite de décisions irrationnelles a scellé la relation entre les deux pays. Français orgueilleux courant à coups de fusil après des mirages, Algériens attachés névrotiquement à un colonisateur qu’ils haïssent… Pour Driss Ghali, cette étude constitue une plongée incontournable dans les vicissitudes d’une relation toxique.
Chez nos chroniqueurs, Emmanuelle Ménard passe en revue la politique actuelle avec ses visées présidentielles et ses lâchetés du quotidien. Ivan Rioufol affirme que les Français n’ont pas à être agressés dans leur mode de vie. Ils ont à défendre leur liberté de dire, de rire, de chanter, sans subir des accusations en racisme, en fascisme ou en islamophobie. Olivier Dartigolles parle de L’Abandon, le film de Vincent Gareng sur la tragédie de Samuel Paty. Cette œuvre s’oppose à la lâcheté et à l’indifférence face au terrorisme islamiste. Il nous rappelle aussi que trop de professeurs sont encore abandonnés. Gilles-William Goldnadel continue chaque jour à lire Le Monde, non par plaisir mais par devoir. Le président d’Avocats sans frontières nous livre un nouvel échantillon des hypocrisies et lâchetés du « quotidien de référence ».
Avez-vous connu celle que l’on surnommait « l’Impératrice » ? Hélène Martini avait monté un empire de la nuit à Pigalle : clubs, bars, cabarets… Elle a toujours été suspectée de fricoter avec la pègre mais n’a jamais été inquiétée. Le costumier David Belugou, qui a travaillé pour elle durant vingt ans, raconte la fin de son règne, en conversation avec Yannis Ezziadi. Tout le monde devrait connaître le nom de Marc Bloch. Cet historien et résistant fusillé par les nazis entrera au Panthéon le 23 juin. Pour Georgia Ray, l’œuvre profondément incarnée de ce génie internationaliste et patriote offre un bel antidote aux travers contemporains : l’anachronisme moralisateur, le manichéisme stérile et l’oubli tragique de notre propre histoire. Camille Autran vient de publier Une fan parfaite. Selon Jean-Michel Delacomptée, nul besoin d’être un adorateur de Julien Clerc pour savourer ce livre qui mêle anecdotes, souvenirs et confidences dans un récit intensément poétique, un éloge de l’admiration et du bonheur. Avec L’assassin du genre humain, le psychanalyste Tobie Nathan explore les profondeurs d’une âme criminelle propre aux époques en pleine dislocation, celle de Marcel Petiot. Alexandra Lemasson a lu cette analyse du médecin, faux résistant et vrai tueur, qui promettait la fuite à des familles juives mais les assassinait puis les incinérait chez lui. Humbert Rambaud salue une nouvelle vie de Maurice Barrès, un des grands maudits des lettres françaises. Sans occulter ses dérives antisémites, la magistrale biographie de Michel Guénaire réhabilite un écrivain complexe qui mérite d’être (re)lu.
Avec Schmattes (Fringues en yiddish), Guillaume Erner ressuscite – selon Élisabeth Lévy – les riches heures d’un monde disparu : le Sentier, capitale parisienne de la fripe, terre natale de La vérité si je mens. Avant de devenir l’irremplaçable matinalier de France Culture, il y a fait ses premières armes – et connu une faillite retentissante. C’est dans un autre quartier, celui de la rue Cherche-Midi, qu’Emmanuel Tresmontant a découvert une table qui fait vivre l’amitié franco-italienne. Cet établissement familial, qui s’appelle justement le Cherche Midi, fondé en 1978, est une véritable ambassade transalpine. Le vrai travail diplomatique s’y fait joyeusement et simplement, à coups de bonnes pasta et d’excellent Marsala. Jean Chauvet salue un biopic sur le général de Gaulle – enfin ! Il est certes partiel mais digne de ce nom, avec un casting soigné et une narration à la hauteur du personnage. Impossible d’en dire autant de la énième production de Quentin Dupieux : un film d’animation des plus navrants. Et pour célébrer la vieille France – l’éternelle – il y a la nouvelle sortie en salles, le 17 juin, de L’Aile ou la Cuisse de Claude Zidi. Ce film, qui « n’a rien perdu de son mordant contre la malbouffe », s’opposait à la nourriture industrielle à outrance des années 1970. Aujourd’hui, sa cible serait aussi les fast foods bas de gamme de la nouvelle France…
Calmez-vous, ce ne sont que des débordements, relativise la gauche, qui n’a vu que des jeunes qui font un peu les fous…
Alors qu’hier, les Londoniens ont célébré l’équipe d’Arsenal, tout juste sacrée championne d’Angleterre, en faisant la fête dans les rues par dizaines de milliers sans qu’aucun incident ne soit signalé, les Parisiens, eux, ont fait un triomphe aux joueurs du PSG, vainqueurs de la Ligue des Champions la veille, dans un contexte nettement moins bon enfant. Car la capitale pansait à peine ses plaies.
Chaos inouï
Avec un mort, des centaines de blessés, 890 interpellations et 178 policiers et gendarmes blessés lors de leurs interventions, la France, qui n’avait pourtant que des raisons de se réjouir de cette deuxième victoire européenne du club parisien, a été le théâtre d’un chaos inouï samedi soir.
« Il n’y a qu’en France où la victoire d’un club de foot provoque des émeutes. Il n’y a qu’en France où chacun se sent obligé de s’enfermer chez soi un soir de victoire pour éviter d’être confronté à des violences », a analysé Marine Le Pen, tandis que Jordan Bardella a déploré « une violence d’atmosphère devenue insupportable ». Sur BFMTV ce matin, Jordan Bardella a carrément lancé un appel aux Français à se réveiller, prédisant que bientôt les fauteurs de trouble pénétreraient dans les immeubles et les appartements.
Chez LR, François-Xavier Bellamy a estimé que « ceci n’est pas une fête. Ce n’est même pas un “débordement”. C’est un projet : une minorité a décidé de pirater toute occasion légitime de joie collective pour démontrer sa capacité à s’imposer et à détruire. » Bruno Retailleau a jugé quant à lui que « cette crise de l’autorité ne se résoudra pas sans s’attaquer aux désordres migratoires qui alimentent depuis des années le délitement du rapport à la loi et l’affaiblissement du pacte républicain ».
Chez Reconquête, Sarah Knafo a préféré ironiser : « Paris et la France à feu et à sang pour la victoire du PSG. Encore la faute des familles anglaises de Gérald Darmanin ? Du sport ? De la pauvreté ? De CNews ? Pendant que d’autres cherchent des excuses, nous appliquerons les solutions ». Éric Zemmour, de son côté, a parlé des « premiers symptômes d’une guérilla de civilisation ».
Marre, marre !
Dans les rangs de la macronie, en revanche, le ton était beaucoup moins amer. Alors qu’il recevait les joueurs du PSG à l’Élysée, le chef de l’Etat a certes lancé : « On sera intraitable avec ceux qui ont été attrapés. On ne veut plus voir ça. Fini. On en a ras-le- bol ! ». Mais il s’agissait presque à la virgule près des mêmes mots qu’il avait tenus l’année dernière après des violences comparables… Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, a fait encore plus fort dans le déni en accusant Marine Le Pen de « dénigrer systématiquement notre pays », au lieu de voir « une grande victoire française »…
Et bien sûr à gauche, tout va très bien madame la Marquise ! Si Raphaël Glucksmann a dénoncé « la minorité de casseurs qui viennent polluer la fête », Manuel Bompard (LFI) a fustigé « l’absurde stratégie du gouvernement », car voyez-vous selon les Insoumis, les violences urbaines sont déclenchées par les forces de l’ordre. D’après Clémence Guetté, « la police a chargé des gens qui ne commettaient aucun débordement. Ils ont tiré des grenades sur des familles, sur des jeunes gens, simplement parce qu’ils étaient rassemblés. »
Le lendemain, Libération a logiquement titré « Comme à son habitude, l’extrême droite tente d’instrumentaliser les débordements ». Et L’Humanité a naturellement écrit : « En voulant faire de la récupération sur les incidents, c’est l’extrême droite qui gâche la fête. » L’éditorial du Monde a en revanche reconnu « des scènes de violences inadmissibles, devenues malheureusement habituelles après une victoire sportive, notamment du PSG. » Mais c’est la seule phrase consacrée au sujet, l’essentiel du texte étant consacré aux enjeux du foot business. A chacun ses priorités.
Bref, la prochaine fois que vous défendez à votre enfant de se rendre en ville un soir de festivités nationales, de peur qu’il soit touché par un mortier d’artifice tiré par quelque racaille, ne lui dîtes surtout pas que vous vous souciez de sa sécurité, sans quoi vous passeriez pour un fasciste. Dites-lui plutôt que vous ne voulez pas participer à l’odieux récupération de la fachosphère que ne manquerait pas d’arriver s’il perdait un œil.
Le président américain Trump tente encore de faire aboutir les discussions avec Téhéran sur la cessation des hostilités et la réouverture du détroit d’Ormuz. Les Israéliens, eux, connaissent la nature profondément extrémiste et pragmatique du régime iranien, ses mensonges, et sont nettement moins pressés de faire la « paix » tant que les mollahs restent en place. Rappels historiques.
Double discours à Neauphle-le-Château
« La République islamique sera fondée sur la liberté d’expression et luttera contre toutes les formes de censure. » « Les femmes seront libres de choisir le mode vestimentaire qu’elles désirent. » Ce sont des déclarations à la presse internationale de l’ayatollah Khomeini, réfugié à Neauphle-le-Château (78) depuis octobre 1978, après son expulsion de Najaf, en Irak. Six semaines après son retour à Téhéran, Khomeini édicte à l’égard des femmes une série de règles d’une violence exceptionnelle. Puis, lorsque Mehdi Bazargan, son Premier ministre intérimaire, lui propose un référendum sur une république démocratique islamique, il répond que ceux qui parlent de république « démocratique » ne savent rien de l’islam…
Pour Khomeini, mentir était un comportement rationnel et licite de protection (la célèbre taqiya) quand il parlait aux journalistes occidentaux. Ceux-ci auraient dû savoir que ses paroles étaient aux antipodes de ce qu’il avait écrit durant son exil irakien, et notamment de sa doctrine selon laquelle le faqih (le jurisconsulte avisé) devait exercer un pouvoir absolu en tant que représentant sur terre de l’imam caché, et seul interprète légitime du Coran.
Personne ne se préoccupait de ces détails dans l’intelligentsia française qui, à la suite de Sartre et Foucault, exaltait Khomeini comme un libérateur démocrate et l’accompagnait en pâmoison dans l’avion de son retour glorieux à Téhéran.
Bientôt, ceux qui l’avaient aidé en pensant qu’il était compatible avec la liberté de conscience étaient en fuite, morts ou en prison, comme Bazargan, Sanjabi ou Bani Sadr, sans parler de Chapour Bakhtiar, dernier Premier ministre du Shah, égorgé à Paris.
Les trois figures de l’ombre
Khomeini s’est inspiré de trois figures contemporaines, dont les idées et les obsessions ont tourmenté le monde de ces cinquante dernières années :
Navvab Safavi (fusillé en 1956) : Il avait créé une organisation pour assassiner les Iraniens collaborant avec l’Occident. Il l’a appelée « fedayin de l’Islam », la première occurrence du mot dans le vocabulaire islamique moderne. Il signifie « ceux qui se sacrifient », et la notion de martyre au nom d’Allah, inhérente à la tradition chiite, sera largement promue par Khomeini.
Sayyid Qutb : Ce Frère musulman égyptien (donc sunnite) fut pendu en 1966 par Nasser. Il admirait Safavi, et son propre traducteur en persan s’appelait Ali Khamenei. Son appel à la lutte armée de l’islam contre un Occident satanique n’a pas seulement conduit à Al-Qaïda et Daech, mais a profondément inspiré la révolution chiite.
Ali Shariati : Sa mort en 1977, attribuée sans preuve à la police politique du Shah, en a fait un martyr. Il avait étudié à la Sorbonne et a popularisé l’idée, historiquement absurde, que l’islam étant la religion des opprimés, le marxisme y était soluble.
La réalité du régime : répression et pragmatisme
Dans les faits, la République islamique a protégé la propriété privée. Aux déshérités, elle a plutôt offert les fonctions de bassidj : exécuteurs des basses œuvres ou chair à canon au cours de la guerre contre l’Irak. Quant aux communistes du Toudeh (pourtant très déférents à l’égard de Khomeini) ou aux Moudjahidines du peuple (dont la terrible répression s’acheva en 1988 par un massacre dans les prisons), ils sont la preuve d’un islamo-gauchisme et de ses déboires.
Khomeini a imposé la charia dans un bain de sang, et l’assassinat de dizaines de milliers de manifestants en janvier 2026 est un épisode de plus dans cette histoire tragique. Le régime actuel s’inscrit en continuité directe avec celui de Khomeini, à ceci près que son successeur, Khamenei, a fait basculer peu à peu le pouvoir des mains du clergé à celles des chefs pasdarans. Ces hommes se sont extrémisés dans la terrible guerre contre l’Irak qui fit un million de morts. Ce fut un véritable crève–cœur pour Khomeini d’arrêter cette guerre, non pas en raison du nombre de victimes, mais parce qu’il avait espéré en faire l’étendard de sa lutte contre l’Occident honni.
Face à l’Occident et Israël
Certains des dirigeants actuels de l’Iran sont corrompus, mais beaucoup sont convaincus que le martyre les rapprochera de la vérité et vouent un mépris abyssal aux Occidentaux. Trump, qui voit les relations humaines sous forme de transactions où l’argent est le moteur unique, est mal outillé intellectuellement pour les affronter.
L’Europe, inerte, espère une « paix entre ennemis », une notion qui n’a pas de sens si on l’applique à des gens qui ne veulent en aucune façon respecter un accord, mais simplement gagner du temps pour détruire ce qu’ils appellent le Mal : le Grand et le Petit Satan.
La grande majorité des Israéliens savent qu’avec l’Iran des mollahs, la paix ne sera possible que si le régime est détruit pour que, sur ses restes, se construise un Iran de dialogue. C’est un combat existentiel et le livre récent de Stéphanie Rosa et Amirpasha Tavakkoli, Lumières et anti-Lumières en Iran, montre, après d’autres, le caractère obsessionnel de la haine anti-israélienne qui ronge le régime de la théocratie fanatique que Khomeini a imposée.
Madame de Sévigné ressuscite sous les traits de la délicieuse Béatrice Agenin, actuellement au Théâtre de Poche à Paris.
Madame de Sévigné ! Ah ! Cette « épistolière » connue depuis la nuit des temps — Lagarde et Michard– avec son « Je vous le donne en mille, je vous le donne en cent » ! Ou encore le récit de la mort de Vatel ! Comme ils remontent à loin, nos souvenirs écoliers ! Depuis, avait-on jamais vu courir, vraiment, sur le papier, la plume, libre, satirique et intime, futile et grave, de cette mère passionnée de sa fille ? Avait-on jamais entendu cette marquise, née de Rabutin-Chantal, pur produit du Grand siècle, rendue vivante en « féministe baroque », dans une conversation « à bride abattue » sur une scène de théâtre ? La connaissait-on vraiment ? Il était grand temps qu’on dépoussière tout ça ! C’est chose faite grâce au génie de Sébastien Lapaque et de Béatrice Agenin, au théâtre de Poche, pour une soirée de vrai bonheur.
Intelligente et libre
Madame de Sévigné, on ne la présente pas. Aristocrate et bourgeoise, séjournant de temps en temps à Paris mais non femme de la Cour, aimant la Bretagne et la Provence, jamais inféodée au pouvoir royal, fidèle à ses amis frondeurs dont le surintendant Fouquet, cultivée et non femme savante, elle fut une femme de son temps, intelligente et libre. D’où son regard sur la comédie humaine — le lecteur retrouve les morceaux d’anthologie — sa plume, de primesaut, gauloise, parfois libertine, sérieuse et enjouée. Satirique quand elle évoque les rapports entre son fils et Ninon de Lenclos ou la Champmeslée. Grave sur les choses de la vie, toujours fidèle à la religion, « gazetière » comme on disait, n’hésitant pas non plus à se livrer à des confidences, elle incarne à merveille ce que nous appelons et oublions parfois de rappeler : « l’esprit français ».
Passionnée par l’éducation des filles, comme Madame de Maintenon, elle les veut cultivées et non façonnées uniquement pour le mariage dont elle a une conception humaine et digne. A son gendre, elle n’hésite pas à envoyer quelques lettres salées, entre pudeur et impudeur, à propos des grossesses qu’il impose à sa femme et qui l’épuisent. En matière d’hygiène et d’alimentation, elle est moderne par son bon sens, privilégiant les fruits et les légumes. Dites par la voix de Béatrice Agenin, ces lettres prennent, pour nous, dans un siècle féministe, une saveur toute particulière.
A l’amitié, que notre époque privilégie partout, elle accorde une grande place ainsi qu’à ses amis. Et quels amis ! Boileau, Bossuet, La Fontaine, La Rochefoucauld, Madame de La Fayette, — amie de cœur et de plume– que nous voyons mourir sous sa plume avec douleur et pudeur.
Dans un siècle mondain et chrétien, enfin, elle fut chrétienne avec fidélité sans coquetterie ni compromission. Il suffit de quelques lettres pour rendre présent avec humour « le Bourdaloue » — le spectateur appréciera — ou voir la querelle provoquée jusque dans les foyers par le jansénisme. Ainsi d’une conversation, lors d’un dîner mondain où un Jésuite, remis vertement à sa place parce qu’il déniait à Pascal le sens de la vérité. Comme tout un chacun, au XVIIème siècle comme aujourd’hui, on goûtait les plaisirs de ce monde. Mais on connaissait la limite de la condition humaine. La mort n’était pas taboue. C’est ainsi que le spectacle se termine sur une « considération » magnifique sur « cette mort que nous n’aimons pas », à la manière de son ami Bossuet.
Sébastien Lapaque, trésor de connaissances
Ces lettres, enfin, n’excluent pas une peinture d’un moi intime. Servie par la voix nuancée, expressive de Béatrice Agenin, on voit une Madame de Sévigné aussi bien enjouée que d’une souveraine mélancolie. Sébastien Lapaque, écrivain et critique connu, spécialiste de l’époque classique, commente avec naturel, intelligence et humour, les textes lus — et c’est un trésor de connaissances, rendues légères par la place donnée à la musique où l’oreille retrouvera avec bonheur, par exemple, « Les Barricades mystérieuses » de Couperin — laissant toujours à notre épistolière, par un déplacement dans l’espace, par un verre bu ou un sablier retourné sur une table, le temps d’écrire ou de poser un châle, toujours glissant sur le dossier d’un fauteuil, d’allumer une bougie, ou d’esquisser des pas de danse.
Et sa fille, Françoise-Marguerite, dans tout ça ? S’il ne nous est resté d’elle aucune lettre, un portrait de cette fille chérie se dessine en creux dans ces lettres : aimant certainement son mari, sa mère assurément, ayant les mêmes goûts que la marquise pour la littérature et les auteurs religieux.
Au fil de cette soirée, nos esprits sont dépoussiérés et notre mémoire ravivée. Pas un bruit dans la salle. Un crépitement d’applaudissements. Merci à la fée du logis, Stéphanie Tesson, qui fait vivre les trésors oubliés de la littérature et nous en redonne le goût. Comme le veut la vocation du Poche. Alors, courez, courez vite ! Le bonheur est au Poche !
1h10. Le vendredi et samedi à 19h, le dimanche à 15h. 28€
Publicité pour un évènement du "Canon français" à Colmar. DR.
À quoi a donc pensé notre chroniqueur en faisant l’éloge de la créature aux sabots fendus, impure dans la Bible et proscrite par le Coran ? Par les temps qui courent, quand dîner entre amis est suspect aux yeux de la gauche, chanter le porc est d’une imprudence folle…
Ainsi parle le Poète : « S’en allant aux tects, où restait enfermé le peuple des gorets, il en prit une paire, les rapporta, les immola, les fit flamber et, les ayant tranchés menu, les embrocha. « Quand ce rôti fut prêt, il l’apporta fumant, le mit devant Ulysse, à même sur les broches, en saupoudra les chairs d’une blanche farine, et mélangea dans sa jatte un vin fleurant le miel… » (Odyssée, XIV)
Il est plus que temps de réécrire les classiques : entre la consommation de cochon et l’absorption de vin, Homère n’est pas du tout hallal. C’est que les Grecs — et les Romains — mangeaient volontiers du porc : la truie met bas une douzaine de porcelets, au bas mot, ils se nourrissent du tout-venant, grossissent à vue d’œil et surtout, ils ont une chair exquise : il y a quelques jours, j’ai cuisiné un filet mignon Wellington qui marquera l’histoire des délectations.
De quoi me faire traiter de fasciste par les hurluberlus qui ont manifesté le 30 mai à Colmar contre un banquet organisé par le Canon français. Depuis des mois les militants de LFI et consorts tentent de faire annuler administrativement ou légalement ces manifestations de la convivialité à la française — la même que celle des grands banquets républicains du XIXe siècle.
Le Canon français perçus par certains comme une forme de résistance
Le cochon était le roi de ces banquets populaires, organisés depuis la Fête de la Fédération en 1790, et par lesquels on entrait dans la communauté des Français. Pierre Birnbaum, dans La République et le cochon (Seuil, 2013), raconte comment les juifs avaient alors mis au point un double standard : le porc restait interdit à la maison, conformément au Talmud, mais il était permis aux Israélites d’en manger dans les fêtes collectives. C’est qu’ils étaient assez intelligents pour dissocier la personne privée et l’être public, afin de s’intégrer tout en restant fidèles à eux-mêmes.
Mais, m’objectera-t-on, c’était une France majoritairement paysanne qui s’exprimait alors. Et peut-être faut-il réserver désormais le droit de vote aux urbains qui se nourrissent de vélos électriques et de quinoa d’importation…
Que les musulmans d’aujourd’hui refusent non seulement de manger du cochon (dans lequel tout est bon), mais fassent pression sur les collabos de gauche pour qu’ils s’opposent aux banquets organisés çà et là par le Canon français en dit long sur le fait qu’ils se sentent désormais assez forts pour faire sécession, refuser la République qui les subventionne et pour imposer aux autres leur fanatisme.
Car convenons-en, il faut être fanatique pour refuser de goûter à un porcelet ingénieusement désossé, farci, recousu et cuit à la broche où on l’arrosera, deux ou trois heures durant, d’un mélange aromatique de thym et de laurier émietté, sel et poivre en sus. En arrosant ces agapes d’un rouge plein de corps — un Rasteau de chez moi, par exemple…
Ce n’est pas une question de hiérarchie entre les groupes humains, mais de volonté d’intégration et d’assimilation : les sectateurs de Mahomet, comme on disait jadis (tout au moins les islamistes militants, qui vivent sous la loi des Frères musulmans) ne veulent plus s’intégrer à la nation française. Parce qu’ils sont en train de la conquérir, et que l’envahisseur impose ses coutumes aux peuples vaincus. Voyez ce que les Romains ont fait des Gaulois, ou ce que les Saxons ont fait de l’Angleterre romaine.
Nous en sommes là, et ces banquets du Canon français, vilipendés par les bien-pensants au nom du vivre-ensemble, concept de plus en plus restrictif, sont une forme de résistance à ce grignotage patient du pays par des coutumes nées dans les sables du désert.
Créolisations
Les nouveaux barbares ne cherchent plus à se faufiler dans le tissu français pour s’y dissoudre, mais pour l’anéantir. Imposition de vêtements burlesques et discriminants, au mépris de la Constitution et des droits de la femme, nouveau calendrier scandé par des fêtes venues de déserts lointains, port généralisé de la barbe, amour, jusqu’au carnage, des équipes de foot pourvu qu’elles soient black-beur et ne comptent plus guère de Blancs, cette non-couleur honnie par les « racisés » (toute personne qui utilise sérieusement ce terme ignoble devrait être poursuivie en justice), et revendications fort sérieuses sur la nécessité d’indemniser les uns pour un esclavage qu’ils ont souvent organisé eux-mêmes, les autres pour une colonisation qui leur a tout appris et tout laissé.
Car enfin, pour parler un instant de colonisation, que sont les Arabes qui ont envahi le Maghreb sinon des colonisateurs ? Les Berbères, légitimes occupants de l’Algérie, devraient leur demander des indemnisations colossales pour tant de siècles d’occupation et de massacres — ou les virer d’un pays qu’ils occupent indument et dont ils exploitent les ressources sans en faire profiter les propriétaires historiques, et en les insultant au passage.
Mais la tâche serait ardue : les Algériens, quand par hasard ils se lancent dans des enquêtes sur leur ADN, s’aperçoivent qu’ils sont à peine arabes sur les bords, quelque peu turcs, pas mal français, voire juifs séfarades, et majoritairement kabyles. Et qu’ils parlent une langue qui est essentiellement mêlée de berbère et de romanité — ce qui fait hurler de rire les Arabes du Moyen-Orient.
Autour de la porte Maillot, de la porte d’Auteuil et dans plusieurs quartiers de Paris, mais aussi dans certaines villes de province, la racaille décérébrée a sorti les mortiers ou commis des violences contre les forces de l’ordre ainsi que des dégradations visant vitrines et mobilier urbain dès le début du match du Paris Saint-Germain, samedi.
Les voitures brûlaient tandis que les joueurs du PSG soulevaient la Coupe. Les écrans diffusaient simultanément les images du triomphe et celles des pillages. D’un côté, des footballeurs célébrés comme des héros nationaux. De l’autre, des commerces dévastés, des vitrines brisées, des policiers attaqués, des rues transformées en terrain d’affrontement.
La soirée s’est soldée par un lourd bilan: un mort circulant en deux-roues sur le périphérique envahi par la foule, 219 blessés, dont huit grièvement, et 780 personnes interpellées par la police. Recevant les joueurs à l’Élysée, le président Macron s’est borné hier à déplorer «des scènes de violences inacceptables», sans qu’il soit certain que d’autres émeutes ne se produiront pas lors de la Coupe du monde qui débute dans une dizaine de jours et alors que rien ne permet d’affirmer que les casseurs seront effectivement sévèrement réprimés par la justice.
La France des émeutes intermittentes
Les commentateurs ont parlé de débordements. Mais le mot est faible.
Car ce qui s’est produit à Paris et dans plusieurs villes françaises après la victoire du PSG ne relève plus de l’accident. Ces scènes se répètent après les matchs, les fêtes nationales, le Nouvel An ou le moindre prétexte susceptible de rassembler les foules. Elles sont devenues un phénomène social à part entière.
Depuis des décennies, les gouvernements de gauche, rejoints souvent par une partie de la droite, ainsi que les organisations militantes comme SOS Racisme, ont promu l’idée selon laquelle il suffirait de proclamer le vivre ensemble pour le faire exister.
Ils ont oublié une évidence : le vivre ensemble ne se décrète pas. Il résulte d’une volonté partagée. Il suppose que des individus différents acceptent librement de respecter les mêmes règles, les mêmes institutions et les mêmes limites. Or une partie croissante de la population manifeste depuis longtemps son refus de cette exigence.
Depuis des années, il est devenu évident que la dénonciation permanente du racisme supposé de la société française alimentait paradoxalement les logiques de séparation. À force d’expliquer à certains groupes qu’ils vivent dans un pays fondamentalement hostile, on nourrit moins l’intégration que le ressentiment. On fabrique des adversaires là où l’on prétend créer des citoyens.
Une partie des descendants de l’immigration maghrébine, rejoints aujourd’hui par certains groupes issus d’autres immigrations plus récentes, exprime ce rejet sous des formes diverses : violences gratuites, trafics, agressions, refus de l’autorité, attaques contre les représentants de l’État, émeutes périodiques et parfois terrorisme. Pendant longtemps, ces phénomènes ont été minimisés. On les a présentés comme des faits divers. On les a expliqués par la pauvreté, l’exclusion ou les discriminations. Toute analyse plus profonde devenait aussitôt suspecte. Pourtant, les faits s’accumulent.
Ce que révèlent les violences qui accompagnent désormais tant de célébrations publiques, ce n’est pas seulement un problème de sécurité. C’est l’existence de groupes pour lesquels les institutions, les symboles nationaux et les biens communs ne constituent plus un patrimoine à protéger mais une réalité étrangère, parfois hostile. On ne détruit pas ce que l’on considère comme sien. On ne saccage pas ce à quoi l’on appartient. La question devient alors inévitable : comment une société produit-elle ses propres ennemis ?
Contrairement à ce que prétendent les discours simplistes, l’islam ne suffit pas à expliquer ce phénomène. L’histoire est remplie de mouvements violents qui n’avaient rien de musulman : révolutionnaires chinois, nazis, fascistes, communistes, génocidaires rwandais ou khmers rouges. En Amérique latine, la violence est endémique.
Partout, on retrouve les mêmes mécanismes : le ressentiment, la jalousie, la haine sociale, le désir de domination, la victimisation permanente et, presque toujours, la désignation d’un ennemi supposé responsable de tous les malheurs. Mais dans l’Europe contemporaine, l’islamisme fournit à ces passions un langage, une justification et une promesse.
Nouvelle France
L’immigration massive a favorisé la constitution de territoires où d’autres normes, d’autres autorités et parfois d’autres fidélités concurrencent celles de la nation. Les caïds, les trafiquants et les prédicateurs y exercent souvent davantage d’influence que les représentants de l’État. Les différences de genre, de génération, de couleurs de peau ne sont pas le problème. Le problème est la violence. Le problème est le refus des règles communes. Le problème est l’apparition d’individus ou de groupes qui ne souhaitent pas réellement participer à la société mais la transformer en champ de bataille symbolique où se règlent des comptes historiques, sociaux ou identitaires.
Les prochaines échéances électorales tourneront largement autour de cette question. Car les classes populaires, françaises de toutes origines, vivent quotidiennement les conséquences de cette évolution. Elles n’ont pas la possibilité de s’en abstraire. Les élites, elles, demeurent largement protégées. Elles vivent dans des quartiers préservés, fréquentent des établissements sélectifs et disposent des ressources nécessaires pour échapper aux réalités qu’elles analysent ensuite à distance.
La nuit qui a suivi la victoire du PSG n’était donc pas seulement une nuit d’émeute. Elle fut une démonstration. La démonstration qu’aucune société ne peut survivre longtemps lorsque ceux qui refusent les règles communes deviennent plus déterminés que ceux qui sont chargés de les défendre.
Autour du chef de l’État, on passe son temps à railler Gabriel Attal, Édouard Philippe et les autres prétendants à l’Élysée, jugés incapables de défendre le bilan de la macronie ou de porter une nouvelle « vision » pour la France. Cette acrimonie permanente de l’entourage présidentiel à l’égard de ses putatifs successeurs n’a rien d’anodin. À force d’être systématique, elle risque même de produire ce qu’elle prétend dénoncer, analyse notre chroniqueur.
Reste que les héritiers présumés d’Emmanuel Macron, pour lesquels le président sortant ne compte pas afficher de préfèrence (et qui ne demandent pas son soutien étant donnée son impopularité) ne brillent pas franchement par leur sens politique. Comme le souligne un communicant influent dans les colonnes du Figaro1 : « Gabriel Attal organise son meeting le jour de la finale de la Ligue des champions du PSG. Et Édouard Philippe tient le sien début juillet, deux jours avant le jugement qui dira si Marine Le Pen pourra être candidate ou non. Cela défie l’entendement ! »
Il paraît que le refrain des fidèles d’Emmanuel Macron sur le casting de 2027 est cette interrogation, formulée sur le mode de la dérision : « Y a que ça ? » On invoque « la médiocrité supposée des prétendants à l’Élysée pour faire ressortir positivement la personnalité et le bilan du sortant. » On comprend bien la finalité d’une approche aussi sarcastique : souligner la faiblesse des candidats pour mettre en lumière celui que l’on ne verra plus présider après 2027. Il n’empêche que la médiocrité n’est peut-être pas là où on la place, mais dans ces réactions peu élégantes, qui ne font que confirmer la piètre opinion de certains sur la qualité de quelques proches du président.
Prenez plutôt exemple sur les footeux
Au lendemain du triomphe renouvelé du PSG et de la parade parfaitement organisée qui l’a accompagné, je m’autorise un rapprochement qui n’est peut-être pas si hasardeux.
Imagine-t-on Luis Enrique, son remarquable entraîneur, ironiser sur la faiblesse de ses adversaires pour mieux magnifier les succès de son équipe ? Et, lorsqu’un jour le PSG sera battu en Ligue des champions, moquera-t-on ceux qui l’auront vaincu et qui auront l’ambition de lui succéder au palmarès ?
L’esprit sportif a trouvé une magnifique illustration avec le capitaine du PSG, Marquinhos, venant consoler un compatriote brésilien qui venait de manquer son tir au but, avant même d’aller célébrer la victoire avec les siens.
Pousser plus loin la comparaison aggraverait sans doute le sentiment dominant qui consiste à tourner en dérision la classe politique d’aujourd’hui au regard de celle d’hier. On peut certes admettre que cette dernière lui était, sur bien des points, supérieure : par sa profondeur, son éloquence, sa culture, sa maîtrise des humanités et, plus largement, par son éducation ainsi que par sa capacité à exprimer ses désaccords en mots plutôt qu’en vulgarités ou en insultes.
Prophétie autoréalisatrice
Il y a aussi ce réflexe dévastateur qui conduit chaque génération à se juger meilleure que la précédente et les présidents de la République battus ou sortants à ne pas douter du fait que leurs successeurs ne seront pas à leur hauteur. Pourquoi cette acrimonie du « il n’y a que ça ? » est-elle dangereuse ? Parce que, systématique, elle finit par créer ce qu’elle prétend dénoncer. À force de défaitisme morose ou aigri, on fabrique des responsables politiques qui finissent par ressembler aux caricatures qu’on dresse d’eux. On ne peut pas oublier non plus que les circonstances font souvent surgir, d’une vie apparemment ordinaire, des exceptions politiques brillantes qui, face au réel même le plus éprouvant, étonnent, rassurent ou satisfont le citoyen.
Par ailleurs, est-il permis de suggérer à ceux qui cultivent ces visions sarcastiques de s’interroger eux-mêmes, en ayant la modestie de s’examiner et de vérifier s’ils ont vraiment toute légitimité pour juger de haut ceux qui s’engagent aujourd’hui ? Ces contempteurs de la médiocrité supposée du futur ont-ils de quoi se rengorger ? Peuvent-ils s’appuyer sur un passé exemplaire ou sur un bilan incontestable ? Sont-ils fondés à donner des leçons ?
Enfin, sans surestimer ceux qui, nombreux pour l’instant, aspirent à l’échéance de 2027, peut-on considérer comme une vérité d’Évangile le mépris distillé par quelques proches du président ? Édouard Philippe et Gabriel Attal ne sont certes pas en odeur de sainteté auprès d’eux et d’Emmanuel Macron lui-même, mais qui oserait soutenir qu’ils sont médiocres ou incapables d’administrer et de gouverner ? Qui aurait le front d’affirmer que Bruno Retailleau n’a ni une personnalité remarquable ni un parcours exemplaire ? Et que David Lisnard est dépourvu de talent, de réflexion et de courage ? Il faut arrêter avec ce complexe de supériorité commode, souvent justifié par rien, prendre la mesure d’aujourd’hui, admirer le passé quand il le mérite et se projeter dans un futur que le volontarisme individuel et collectif ne rendra pas nécessairement déprimant.