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Que le pouvoir d’achat augmente, que le travail paye de nouveau!

Une tribune libre de Jean-Claude Bourrelier


Que le pouvoir d’achat augmente, que le travail paye de nouveau!
Le centre commercial Vélizy 2 dans les Yvelines, photographié en 2012 © DURAND FLORENCE/SIPA

Jean-Claude Bourrelier, ancien patron de Bricorama, pousse un coup de gueule. Il constate dans son groupe que le niveau des charges patronales, de plus en plus insupportable, empêche de verser de meilleurs salaires. Selon lui, il faut y remédier en responsabilisant davantage les entrepreneurs et les salariés pour dégager des économies tout en préservant la protection sociale, et instaurer la TVA sociale.


Je demande que celles et ceux qui travaillent puissent vivre mieux de leur emploi. Malheureusement, en France, cela devient de plus en plus difficile en raison des charges qui pèsent sur les salaires.

Nos entreprises plombées par rapport à la concurrence étrangère

En tant qu’employeur, je suis désolé de ne pouvoir reverser à mes salariés qu’une partie très limitée de la valeur qu’ils créent, à peine 50 % alors qu’ils mériteraient 80 %. La France est le pays où les prélèvements sur le travail sont parmi les plus élevés au monde. Lorsque j’ai commencé à travailler dans les années 60, les cotisations représentaient environ 20 % ; aujourd’hui, elles sont de plus ou moins 50 %. La baisse des charges qui ne sont in fine que des charges salariales est indispensable. Réduire ces charges ne constituerait pas un « cadeau » fait aux entreprises, mais serait le moyen d’augmenter considérablement les salaires.

Trop de contributions pèsent sur les salariés sans qu’ils en soient les bénéficiaires. Ce n’est pas aux salariés de financer la politique familiale, 5,25 %. Ce n’est pas aux salariés de payer 4,25 % pour le chômage dont ils sont les victimes ! Ce sont les clients et les politiques de mondialisation qui en sont responsables, pas les salariés. Ils ne doivent plus payer pour certains régimes spécifiques dont ils profitent moins que les autres !

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Pourquoi doivent-ils payer pour leur formation professionnelle, alors que ce n’est pas le cas pour les étudiants ? Pourquoi doivent-ils payer tous les ans pour des visites médicales qui ont lieu tous les trois ans ? Pourquoi doivent-ils payer la CSG et la CRDS alors qu’ils n’en sont pas directement bénéficiaires ?

Les primes doivent être exonérées de charges comme dans la fonction publique afin de leur permettre de souscrire pour leur retraite. Revenir à 20 % de charges redonnerait du pouvoir d’achat aux salariés. Si les entreprises françaises sont moins compétitives que certaines de leurs concurrentes étrangères, ce n’est pas par manque de compétence ou de savoir-faire, mais parce que leurs coûts sont plus élevés. Nos entreprises évoluent avec des contraintes qui freinent leur compétitivité.

Pour une TVA sociale

En parallèle, il est essentiel de préserver notre système de protection sociale. Cela passe par la mise en place d’une TVA sociale et une responsabilisation accrue des différents acteurs. Une hausse de la TVA serait largement compensée pour les salariés par l’augmentation importante de leur pouvoir d’achat lié à la baisse des charges.

Le principe de responsabilité me semble fondamental. Cette responsabilisation doit concerner les entreprises. Je propose par exemple qu’elles prennent davantage en charge les arrêts de travail jusqu’à deux ans maximum, comme cela se fait dans certains pays européens tels que les Pays-Bas. Cela encouragerait une vigilance accrue sur les conditions de travail, la prévention et l’absentéisme. Les entreprises devraient assumer davantage les conséquences financières des ruptures conventionnelles. Cela les conduirait à être plus attentives dans leurs décisions d’embauche et de séparation. Elles pourraient se couvrir si elles le désirent via des mécanismes d’assurance adaptés.

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Chacun devrait aussi assumer les conséquences de ses choix personnels plutôt que d’en faire supporter systématiquement le coût à la collectivité. Par exemple, si je fais du cheval, je prends une assurance qui couvre la totalité de ce risque. Il faut distinguer les risques subis, comme la maladie, des risques choisis. Dans cette logique, certains remboursements des mutuelles pourraient être plafonnés afin de préserver l’équilibre d’un système financé par tous. Par exemple, les remboursements des frais d’optique et dentaires pourraient être davantage plafonnés.

Enfin, la France, pour libérer le travail, doit impérativement simplifier sa réglementation. Notre droit du travail est devenu d’une complexité excessive, entraînant une perte considérable de temps, d’énergie et d’argent pour les entreprises comme pour les salariés. La France gagnerait à s’inspirer de la Suisse, dont le code du travail compte environ 60 pages contre plus de 3 300 en France.

Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir pris davantage la parole dans le débat public pour défendre les intérêts de mes collaborateurs. Mais il n’est jamais trop tard pour s’engager et faire entendre sa voix.



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Jean-Claude Bourrelier est l’ancien patron de Bricorama, qui employait près de 5000 salariés, aujourd’hui président de Bourrelier Group, un groupe organisé autour de diverses activités dans le bricolage, l’industrie, l’hôtellerie ou les énergies renouvelables, près de 2000 salariés en Europe.

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