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Causeur #146 : Peut-on encore vivre ensemble?

Foot contre rugby / Master poulet contre Canon français: notre numéro de juin est en vente


Causeur #146 : Peut-on encore vivre ensemble?
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Refusant l’héritage de notre cher et vieux pays, la « Nouvelle France » de Jean-Luc Mélenchon entérine la fragmentation de la République et le recul de la civilité. Dans les rues, les stades et les lieux de convivialité, le travail de sape a commencé. Mais, selon Jean-Baptiste Roques, qui présente notre dossier du mois, la vieille France n’a pas dit son dernier mot. En l’occurrence, notre numéro était bouclé avant le match PSG-Arsenal et les « débordements » qui ont suivi, à Paris et ailleurs. Mais nous les avons anticipés, car violences, affrontements et dégradations sont désormais la norme du « vivre-ensemble » censé caractériser notre époque. Robert Ménard, dans un entretien avec Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, prend acte du fossé idéologique qui sépare sa génération de la jeunesse progressiste. Le maire de Béziers n’en continue pas moins de tracer sa route, celle du bon sens et de l’intransigeance face au communautarisme islamique. Cette route pourrait-elle le mener jusqu’à la présidentielle ? Dans sa Lettre à Clara, recensée ici par Elisabeth Lévy, Robert Ménard brise le silence qui le sépare de sa fille, jeune révoltée de gauche. Par amour pour elle, pour la comprendre et être compris à son tour, il délaisse la provocation au profit de la volonté de convaincre. Sous des atours chatoyants – « nouvelle France », « créolisation » – la langue mélenchonienne propose purement et simplement de consigner la mort du pays. Fin de l’assimilation, fin de la transmission, fin de la République. Pour Gaël Nofri, cet idiome permet d’éviter de nommer la brutale réalité : la substitution d’une population par une autre. Mathieu Bock-Côté, dont les propos ont été recueillis par Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques, affirme que « la France est un lieu d’expansion du Sud global ». Face à la partition rampante du territoire, l’essayiste exhorte la droite à surmonter ses querelles de personnes. Question de vie ou de mort.

Le numéro de juin est disponible aujourd’hui sur le kiosque numérique, et demain mercredi 3 chez votre marchand de journaux !

Quelle est la démographie de la « nouvelle France » ? La population d’origine immigrée n’a jamais été aussi nombreuse. Dans son dernier livre, Immigration, mythes et réalités, Nicolas Pouvreau-Monti décortique une mutation qui, portée par la natalité subsaharienne et l’attractivité du droit d’asile, bouleverse des régions autrefois épargnées. Dans un entretien avec Jean-Baptiste Roques, il évoque un défi sécuritaire, économique et politique majeur. La scission entre l’ancienne France et la nouvelle s’exprime à travers le sport et la cuisine. Car la nouvelle France a sa nouvelle malbouffe. Des fast-foods de poulet bas de gamme pullulent dans nos rues et leurs prix imbattables drainent une clientèle toujours plus nombreuse. Notre envoyé spécial a donné de sa personne pour goûter à ces barquettes qui déplacent les foules. Reportage risqué de Jonathan Siksou. Pierre Vermeren, Gavin Mortimer et Stéphane Germain analysent l’accaparement du football par la nouvelle France et le retranchement de la France traditionnelle dans le monde du rugby. Le football charrie de façon prévisible destructions et violences allant parfois jusqu’à la mort ; tandis que le rugby est célébré par la vieille France avec énergie mais civilité.

Dans son édito du mois, Elisabeth Lévy parle de l’abrogation du Code noir par l’Assemblée nationale, le 28 mai, ainsi que de la résolution votée par l’Assemblée générale de l’ONU, le 25 mars, qualifiant « la traite des Africains réduits en esclavage et […] l’esclavage racialisé des Africains » de « plus grave crime contre l’humanité ». Pour notre directrice de la rédaction, ces votes sont problématiques. Ils reflètent une lecture très partielle de l’histoire car, par exemple, la traite arabo-musulmane est ignorée. Une hiérarchisation est créée entre les crimes contre l’humanité qui est une négation même de la notion de crime contre l’humanité. Et on ouvre la porte à « la concurrence victimaire, où on joue à celui qui a le plus souffert ».

Sur la scène internationale, les pays du Golfe viennent de découvrir que le pétrole ne fait pas le bonheur. Gil Mihaely explique que la péninsule arabique se découvre doublement vulnérable. Ni le parapluie américain ni les pétrodollars ne la protègent des tirs iraniens. Désormais chaque État suit sa stratégie : Abou Dhabi choisit la puissance militaire, Riyad tente l’apaisement, Doha et Oman jouent les médiateurs. Mais tous savent l’avenir incertain. Je présente le quatuor belliqueux à qui on a donné l’acronyme des « CRINK ». Avec la Chine, qui finance leur économie de guerre, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord espèrent renverser l’ordre du monde aujourd’hui sous hégémonie occidentale. Mais cette alliance est fragile car chacun suit ses propres objectifs. Leur jeu dangereux pourrait conduire à une conflagration mondiale. Les Russes vont-ils vers une deuxième défaite en Ukraine ? L’échec de l’offensive « éclair » de 2022 a forcé Moscou à passer à une guerre d’usure, analyse Gil Mihaely. Mais la stratégie de la chair à canon montre ses limites. La triple parade ukrainienne – drones tactiques, solide défense antiaérienne et frappes économiques – a payé. Si bien que les Russes sont désormais menacés sur leur propre territoire.

En France, plus de 2 000 professionnels du cinéma ont signé une pétition retentissante contre Canal+. Selon Elisabeth Lévy, ils n’ont strictement rien à reprocher à la chaîne cryptée, si ce n’est d’être contrôlée par l’ennemi public numéro un des bobos, Bolloré. Le milieu a volé au secours du premier financeur du secteur, à qui le 7e art et la gauche doivent tant. Mais cette nouvelle quinzaine antifasciste montre que la bataille culturelle sera féroce. « Polony, présidente ! », ne devraient pas tarder à crier les foules souverainistes aux prochaines présidentielles. L’ouvrage que l’ex-patronne de Marianne vient de publier (La France corps et âme, que Martin Pimentel a lu pour nous) est rempli d’audacieuses mesures pour redresser une France désindustrialisée et maltraitée par l’Europe. Mais elle n’annonce pas encore sa candidature. Enfin, Pierre Vermeren, familier du Maghreb, démontre dans son nouveau livre, France-Algérie, de 1962 à nos jours, qu’une suite de décisions irrationnelles a scellé la relation entre les deux pays. Français orgueilleux courant à coups de fusil après des mirages, Algériens attachés névrotiquement à un colonisateur qu’ils haïssent… Pour Driss Ghali, cette étude constitue une plongée incontournable dans les vicissitudes d’une relation toxique.

Chez nos chroniqueurs, Emmanuelle Ménard passe en revue la politique actuelle avec ses visées présidentielles et ses lâchetés du quotidien. Ivan Rioufol affirme que les Français n’ont pas à être agressés dans leur mode de vie. Ils ont à défendre leur liberté de dire, de rire, de chanter, sans subir des accusations en racisme, en fascisme ou en islamophobie. Olivier Dartigolles parle de L’Abandon, le film de Vincent Gareng sur la tragédie de Samuel Paty. Cette œuvre s’oppose à la lâcheté et à l’indifférence face au terrorisme islamiste. Il nous rappelle aussi que trop de professeurs sont encore abandonnés. Gilles-William Goldnadel continue chaque jour à lire Le Monde, non par plaisir mais par devoir. Le président d’Avocats sans frontières nous livre un nouvel échantillon des hypocrisies et lâchetés du « quotidien de référence ».

Avez-vous connu celle que l’on surnommait « l’Impératrice » ? Hélène Martini avait monté un empire de la nuit à Pigalle : clubs, bars, cabarets… Elle a toujours été suspectée de fricoter avec la pègre mais n’a jamais été inquiétée. Le costumier David Belugou, qui a travaillé pour elle durant vingt ans, raconte la fin de son règne, en conversation avec Yannis Ezziadi. Tout le monde devrait connaître le nom de Marc Bloch. Cet historien et résistant fusillé par les nazis entrera au Panthéon le 23 juin. Pour Georgia Ray, l’œuvre profondément incarnée de ce génie internationaliste et patriote offre un bel antidote aux travers contemporains : l’anachronisme moralisateur, le manichéisme stérile et l’oubli tragique de notre propre histoire. Camille Autran vient de publier Une fan parfaite. Selon Jean-Michel Delacomptée, nul besoin d’être un adorateur de Julien Clerc pour savourer ce livre qui mêle anecdotes, souvenirs et confidences dans un récit intensément poétique, un éloge de l’admiration et du bonheur. Avec L’assassin du genre humain, le psychanalyste Tobie Nathan explore les profondeurs d’une âme criminelle propre aux époques en pleine dislocation, celle de Marcel Petiot. Alexandra Lemasson a lu cette analyse du médecin, faux résistant et vrai tueur, qui promettait la fuite à des familles juives mais les assassinait puis les incinérait chez lui. Humbert Rambaud salue une nouvelle vie de Maurice Barrès, un des grands maudits des lettres françaises. Sans occulter ses dérives antisémites, la magistrale biographie de Michel Guénaire réhabilite un écrivain complexe qui mérite d’être (re)lu.

Avec Schmattes (Fringues en yiddish), Guillaume Erner ressuscite – selon Élisabeth Lévy – les riches heures d’un monde disparu : le Sentier, capitale parisienne de la fripe, terre natale de La vérité si je mens. Avant de devenir l’irremplaçable matinalier de France Culture, il y a fait ses premières armes – et connu une faillite retentissante. C’est dans un autre quartier, celui de la rue Cherche-Midi, qu’Emmanuel Tresmontant a découvert une table qui fait vivre l’amitié franco-italienne. Cet établissement familial, qui s’appelle justement le Cherche Midi, fondé en 1978, est une véritable ambassade transalpine. Le vrai travail diplomatique s’y fait joyeusement et simplement, à coups de bonnes pasta et d’excellent Marsala. Jean Chauvet salue un biopic sur le général de Gaulle – enfin ! Il est certes partiel mais digne de ce nom, avec un casting soigné et une narration à la hauteur du personnage. Impossible d’en dire autant de la énième production de Quentin Dupieux : un film d’animation des plus navrants. Et pour célébrer la vieille France – l’éternelle – il y a la nouvelle sortie en salles, le 17 juin, de L’Aile ou la Cuisse de Claude Zidi. Ce film, qui « n’a rien perdu de son mordant contre la malbouffe », s’opposait à la nourriture industrielle à outrance des années 1970. Aujourd’hui, sa cible serait aussi les fast foods bas de gamme de la nouvelle France…

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