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Il n’y a pas que ça!

Le billet politique de Philippe Bilger


Il n’y a pas que ça!
Le conseiller du président Jonas Bayard et le secrétaire général de l'Elysée Pierre-André Imbert, 20 mai 2026 © Jeanne Accorsini/SIPA

Autour du chef de l’État, on passe son temps à railler Gabriel Attal, Édouard Philippe et les autres prétendants à l’Élysée, jugés incapables de défendre le bilan de la macronie ou de porter une nouvelle « vision » pour la France. Cette acrimonie permanente de l’entourage présidentiel à l’égard de ses putatifs successeurs n’a rien d’anodin. À force d’être systématique, elle risque même de produire ce qu’elle prétend dénoncer, analyse notre chroniqueur.


Reste que les héritiers présumés d’Emmanuel Macron, pour lesquels le président sortant ne compte pas afficher de préfèrence (et qui ne demandent pas son soutien étant donnée son impopularité) ne brillent pas franchement par leur sens politique. Comme le souligne un communicant influent dans les colonnes du Figaro1 : « Gabriel Attal organise son meeting le jour de la finale de la Ligue des champions du PSG. Et Édouard Philippe tient le sien début juillet, deux jours avant le jugement qui dira si Marine Le Pen pourra être candidate ou non. Cela défie l’entendement ! »


Il paraît que le refrain des fidèles d’Emmanuel Macron sur le casting de 2027 est cette interrogation, formulée sur le mode de la dérision : « Y a que ça ? » On invoque « la médiocrité supposée des prétendants à l’Élysée pour faire ressortir positivement la personnalité et le bilan du sortant. » On comprend bien la finalité d’une approche aussi sarcastique : souligner la faiblesse des candidats pour mettre en lumière celui que l’on ne verra plus présider après 2027. Il n’empêche que la médiocrité n’est peut-être pas là où on la place, mais dans ces réactions peu élégantes, qui ne font que confirmer la piètre opinion de certains sur la qualité de quelques proches du président.

Prenez plutôt exemple sur les footeux

Au lendemain du triomphe renouvelé du PSG et de la parade parfaitement organisée qui l’a accompagné, je m’autorise un rapprochement qui n’est peut-être pas si hasardeux.

Imagine-t-on Luis Enrique, son remarquable entraîneur, ironiser sur la faiblesse de ses adversaires pour mieux magnifier les succès de son équipe ? Et, lorsqu’un jour le PSG sera battu en Ligue des champions, moquera-t-on ceux qui l’auront vaincu et qui auront l’ambition de lui succéder au palmarès ?

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L’esprit sportif a trouvé une magnifique illustration avec le capitaine du PSG, Marquinhos, venant consoler un compatriote brésilien qui venait de manquer son tir au but, avant même d’aller célébrer la victoire avec les siens.

Pousser plus loin la comparaison aggraverait sans doute le sentiment dominant qui consiste à tourner en dérision la classe politique d’aujourd’hui au regard de celle d’hier. On peut certes admettre que cette dernière lui était, sur bien des points, supérieure : par sa profondeur, son éloquence, sa culture, sa maîtrise des humanités et, plus largement, par son éducation ainsi que par sa capacité à exprimer ses désaccords en mots plutôt qu’en vulgarités ou en insultes.

Prophétie autoréalisatrice

Il y a aussi ce réflexe dévastateur qui conduit chaque génération à se juger meilleure que la précédente et les présidents de la République battus ou sortants à ne pas douter du fait que leurs successeurs ne seront pas à leur hauteur. Pourquoi cette acrimonie du « il n’y a que ça ? » est-elle dangereuse ? Parce que, systématique, elle finit par créer ce qu’elle prétend dénoncer. À force de défaitisme morose ou aigri, on fabrique des responsables politiques qui finissent par ressembler aux caricatures qu’on dresse d’eux. On ne peut pas oublier non plus que les circonstances font souvent surgir, d’une vie apparemment ordinaire, des exceptions politiques brillantes qui, face au réel même le plus éprouvant, étonnent, rassurent ou satisfont le citoyen.

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Par ailleurs, est-il permis de suggérer à ceux qui cultivent ces visions sarcastiques de s’interroger eux-mêmes, en ayant la modestie de s’examiner et de vérifier s’ils ont vraiment toute légitimité pour juger de haut ceux qui s’engagent aujourd’hui ? Ces contempteurs de la médiocrité supposée du futur ont-ils de quoi se rengorger ? Peuvent-ils s’appuyer sur un passé exemplaire ou sur un bilan incontestable ? Sont-ils fondés à donner des leçons ?

Enfin, sans surestimer ceux qui, nombreux pour l’instant, aspirent à l’échéance de 2027, peut-on considérer comme une vérité d’Évangile le mépris distillé par quelques proches du président ? Édouard Philippe et Gabriel Attal ne sont certes pas en odeur de sainteté auprès d’eux et d’Emmanuel Macron lui-même, mais qui oserait soutenir qu’ils sont médiocres ou incapables d’administrer et de gouverner ? Qui aurait le front d’affirmer que Bruno Retailleau n’a ni une personnalité remarquable ni un parcours exemplaire ? Et que David Lisnard est dépourvu de talent, de réflexion et de courage ? Il faut arrêter avec ce complexe de supériorité commode, souvent justifié par rien, prendre la mesure d’aujourd’hui, admirer le passé quand il le mérite et se projeter dans un futur que le volontarisme individuel et collectif ne rendra pas nécessairement déprimant.

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  1. https://www.lefigaro.fr/politique/y-a-que-ca-autour-d-emmanuel-macron-on-se-plait-a-souligner-la-faiblesse-du-casting-de-la-presidentielle-2027-20260530 ↩︎


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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