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Bobbies et bobards

Outre-Manche, les critiques contre la police proviennent désormais aussi de la droite. Les conservateurs dénoncent depuis plusieurs mois le “two-tier policing”: deux poids, deux mesures, et zéro crédibilité… Un rapport parlementaire accablant pour la police de Birmingham concernant la prétendue mauvaise réputation des supporters de football de Tel-Aviv est d’ailleurs venu récemment apporter de l’eau à leur moulin.


Dans un article du 29 octobre, Causeur a attiré l’attention de ses lecteurs sur l’affaire du match entre Aston Villa et Maccabi Tel Aviv qui devait avoir lieu le 6 novembre, à Birmingham. Il s’agit de la deuxième ville du Royaume Uni dont certains quartiers sont dominés par une population musulmane issue de l’immigration pakistanaise. La police de la région, la West Midlands Police (WMP), citant les violences qui avaient eu lieu à Amsterdam lors du match entre Maccabi et Ajax le 7 novembre 2024, avait décidé que les supporteurs du club israélien constituaient une menace pour l’ordre public et qu’aucun billet ne devait donc leur être attribué. Ce refus, qui semblait motivé par le seul désir d’attirer les bonnes grâces de la communauté musulmane locale, a scandalisé jusqu’au gouvernement travailliste de Sir Keir Starmer. Avant qu’un bras de fer ne s’engage entre la WMP, qui jouit d’une autonomie opérationnelle selon la doctrine en vigueur outre-Manche, et les autorités centrales, le club israélien a renoncé à toute allocation de billets à cause de l’« atmosphère toxique » qui entourait désormais la rencontre. Le match, pour lequel la WMP a mobilisé 700 policiers, a eu lieu sans aucun incident grave.

Suite sans fin

Or il s’avère aujourd’hui que le rapport sur lequel la WMP fondait sa décision était truffé d’erreurs factuelles. Telle est la conclusion des audiences organisées par la Commission des affaires intérieures de la Chambre des communes (Home Affairs Committee) qui a interrogé le chef de la WMP, Craig Guildford, et le conseiller indépendant du gouvernement sur l’antisémitisme, John Mann, membre de la Chambre des Lords. Parmi les erreurs du rapport :

  • A Amsterdam, les fans de Maccabi Tel Aviv auraient arraché des drapeaux palestiniens le jour du match. En fait, un seul drapeau a été arraché la veille.
  • A Amsterdam, il y aurait eu de nombreux incidents avec des chauffeurs de taxi. Il y en a eu un seul.
  • Les supporteurs israéliens auraient jeté des citoyens innocents dans la rivière. En fait, c’est un supporteur israélien qui a été jeté à l’eau par des Néerlandais propalestiniens qui l’auraient sommé de crier « Free Palestine » s’il voulait regagner la berge.
  • La police néerlandaise aurait décrit les supporteurs du club israélien comme des « combattants » organisés de manière « militariste » dont l’objectif était de se battre avec la police. Les Néerlandais ont nié avoir fait une telle description.
  • La police néerlandaise aurait été obligée de déployer 5 000 agents pour maintenir l’ordre. En réalité, il n’y en avait que 1 700. (Je suis tombé moi-même dans le panneau, citant le chiffre de 5 000 dans mon article : mea maxima culpa). 
  • Il y aurait eu des violences lors d’un match entre Maccabi et le club londonien West Ham en 2023. Un tel match n’a jamais eu lieu.

Ce match purement fictif avait été repéré par la WMP après avoir fait des recherches sur les réseaux sociaux. Quand les forces de l’ordre reprennent des fake news propagées par des internautes, c’est qu’il y a un problème très grave. Il semble évident que la WMP voulait interdire les fans israéliens et cherchait n’importe quel prétexte pour justifier sa décision. Qu’est-ce qui arrive à la police anglaise ?

De la fierté à la honte

A une époque, qui semble aujourd’hui appartenir à un passé lointain, les Britanniques se disaient fiers de leur British Broadcasting Service (BBC), un vaste réseau de médias d’État, plutôt neutres et fiables, dont l’influence s’étendait – et s’étend encore – à travers le monde. Le mirage de la fiabilité a été dissipé par de nombreuses affaires dont la plus récente est celle du faux montage du discours tenu par Donald Trump le 6 décembre 2021. De la même façon, les Britanniques se disaient fiers de leurs forces de l’ordre. Le policier local, le « bobby » (surnom dérivé du nom de l’homme politique conservateur, Robert Peel, qui a créé la police londonienne en 1829) incarnait un modèle de service public et de courage héroïque, lui qui normalement ne portait pas d’arme à feu. Les détectives de Scotland Yard (métonymie dérivée de l’adresse du premier quartier général à Londres – rien à voir avec l’Écosse !) étaient à la pointe de toutes les nouvelles techniques de la traque des criminels. Certes, les exemples de l’héroïsme traditionnel ne manquent pas dans le passé récent. En mars 2017, lors de l’attentat islamiste du pont de Westminster et du Parlement, où un djihadiste utilisant une voiture et un couteau a fait cinq morts et 48 blessés, un policier sans arme s’est sacrifié en affrontant l’assaillant avant que ce dernier ne soit abattu par un collègue armé. Trois mois plus tard, lors de l’attentat du pont de Londres où trois djihadistes armés de couteaux et d’une camionnette ont fait huit morts et 48 blessés, quatre policiers sans armes, dont certains n’étaient pas en service à ce moment-là, n’ont pas craint de faire face aux meurtriers enragés. Pourtant, ces exemples remarquables n’ont pas pu sauver la réputation des forces de l’ordre britanniques qui sont accusées aujourd’hui d’incohérence dans leur politique de maintien de l’ordre, ou de ce qu’on appelle « two-tier policing ». Quel est le sens précis de ce néologisme ?

Depuis des années, la police britannique, comme celle de la France, fait l’objet d’accusations de racisme et de sexisme en provenance de la gauche. Mais de nouvelles critiques sont formulées par la droite, surtout la droite populiste dont la figure de proue est Nigel Farage, le chef du parti Reform UK. Le terme « two-tier policing » ou le maintien de l’ordre « à deux vitesses » ou « deux poids, deux mesures », tel qu’il est utilisé par ces accusateurs, désigne une tendance chez les forces de l’ordre à faire preuve d’indulgence face aux manifestations et actions de contestation organisées par la gauche et des groupes musulmans, et à faire preuve de sévérité face aux événements équivalents organisés par la droite et des groupes patriotiques. Un des premiers exemples de cette tendance serait le laxisme de la police au moment des manifestations Black Lives Matter en mai et en juin 2020, au lendemain du meurtre de George Floyd. Certaines de ces actions ont eu lieu en dépit des restrictions imposées par le gouvernement dans le contexte de la pandémie du Covid. Les forces de police n’ont rien fait pour les empêcher. En revanche, les choses se sont passées différemment en mars de l’année suivante, quand les restrictions sont de nouveau en place. Après l’enlèvement et l’assassinat d’une femme, Sarah Everard, par un policier, Wayne Cousins, dont l’arrestation et la condamnation ont révélé toute une histoire d’agressions sexuelles que sa hiérarchie aurait ignorée, des femmes ont tenu une veillée dans un parc londonien. Cette fois, la police s’est montrée implacable concernant les restrictions et a traité les participantes – majoritairement blanches – avec une brutalité honteuse.

Le non-sens des priorités

À la vague de folie wokiste de 2020 à 2022 succède, après le 7 octobre 2023, celle de la folie en keffieh. Cette nouvelle vague, qui n’est que le prolongement de la première, voit se multiplier de grandes manifestations anti-israéliennes dans les principales villes du pays, que la ministre de l’Intérieur de l’époque, Suella Braverman, a qualifiées de « marches de la haine ». La police aurait pu interdire ces manifestations grâce à son « indépendance opérationnelle » mais elle n’en a interdit aucune, malgré l’atmosphère d’insécurité que ces marches ont créée pour les Juifs britanniques. Lors des émeutes qui ont suivi l’attentat de Southport en juillet 2024, où Axel Rudakubana, 17 ans, le fils d’immigrés rwandais, a tué trois petites filles et blessé dix personnes, la police et la justice ont réagi avec une grande sévérité. On peut toujours débattre de la proportionnalité de la réaction dans tel ou tel cas, mais ce qui a choqué une section du public, c’était une vidéo montrant la police qui parle amicalement avec une bande de musulmans armés de clés et de marteaux prétendument pour défendre leurs lieux de culte. Sévérité plus qu’exemplaire d’un côté, indulgence de l’autre. Un autre élément est venu renforcer cette idée, car outre-Manche la police consacre des ressources disproportionnées au maintien de l’ordre sur les réseaux sociaux. De nombreux citoyens ont été interrogés voire arrêtés par la police suite à des publications qui auraient offensé d’autres internautes. Parmi eux, des personnalités publiques comme la journaliste conservatrice Allison Pearson, qui a reçu une visite surprise de la police un dimanche matin, un an après un post sur X au lendemain du 7-Octobre. Ou l’humoriste et scénariste irlandais, Graham Linehan, arrêté à l’aéroport de Londres pour des posts critiques à l’égard de l’idéologie transgenre. Pourtant, le taux de résolution de crimes des différentes forces de police régionales est en chute libre depuis 2015.

Comment les forces de l’ordre en sont-elles arrivées là ? Il s’agit d’une réaction désespérée aux critiques venant de la gauche qui, il faut l’admettre, ont souvent visé juste. Mais cette ouverture aux sirènes des idéologies les plus wokistes est enracinée dans la formation même des policiers. Un nouveau programme de formation pour les candidats ne possédant pas déjà un diplôme universitaire a été créé en 2018 et généralisé à toutes les forces de l’ordre en 2020. Cette formation est fondée sur une alternance entre le travail pratique sur le terrain et des cours dispensés par les départements de sciences humaines des universités. Il s’agit bien entendu des départements les plus à gauche qui promeuvent sans cesse des idéologies militantes à peine déguisées en disciplines universitaires. C’est là que, en toute probabilité, les apprentis policiers imbibent la théorie critique de la race, les études queer et la théorie décoloniale, ainsi que des concepts comme le privilège blanc, le colonialisme de peuplement et la fluidité de genre

La tragédie de la police britannique, comme celle de la BBC, repose sur la diffusion de cette vision manichéenne du monde qui sépare les bons des méchants, non selon les anciens critères d’honnêteté, d’impartialité et d’humanité, mais selon ceux d’une doctrine politique portée par une minorité d’intellectuels et d’activistes et rejetée par la majorité des citoyens.

Union des droites: jusqu’où?

Pour la présidentielle, Laurent Wauquiez et David Lisnard souhaitent tous deux une primaire « de Gérald Darmanin à Sarah Knafo ». Plus personne en France ne considère Marine Le Pen, Jordan Bardella ou Eric Zemmour comme des fascistes. Lors de la dernière élection, il faut se souvenir qu’Éric Zemmour avait proposé sa candidature à la primaire de la droite, avant que les chapeaux à plumes LR ne trouvent des arguties juridiques pour refuser sa candidature… Alors que 2027 se rapproche, la droite traditionnelle doit mettre fin aux clivages internes, et clarifier sa position entre fidélité aux principes démocratiques et réponse aux attentes du peuple, analyse notre chroniqueur. Dans son livre, Nicolas Sarkozy révèle de son côté avoir dit à Marine Le Pen qu’il ne s’associerait plus à un « front républicain » contre le RN.


La droite a-t-elle le droit d’être plurielle ? C’est une question qu’on a le droit de se poser.

C’est à la suite d’un remarquable article d’Alexandre Pedro dans Le Monde sur l’union des droites, ses problématiques et ses enjeux, que j’ai eu envie de reprendre ce thème, lequel a perdu son caractère sulfureux — entre opprobre et enthousiasme — pour s’ancrer désormais dans une réflexion plus profonde. Celle-ci est d’autant plus nécessaire que le débat actuel semble opposer certains des esprits les plus clairvoyants et respectés à droite, notamment Bruno Retailleau et David Lisnard.

Une alternative simple

Ma référence au Monde – aussi discutables et biaisées que puissent parfois m’apparaître les analyses de ce quotidien, qui demeure pourtant tristement nécessaire à l’information du citoyen – vise à montrer pourquoi je suis incapable d’une détestation en bloc. Il arrive que certaines synthèses, d’une réelle clarté, éclairent n’importe quel lecteur. On ne peut pas, on ne doit jamais rejeter globalement.

Un mot sur ces paramètres inutiles. Ce n’est pas à la gauche de déterminer ce qui serait bon pour la droite, et celle-ci doit évidemment demeurer indifférente aux leçons d’un « progressisme » qui s’est totalement disqualifié. On peut certes s’interroger sur le caractère électoralement nécessaire d’une entente visant à dégager un candidat unique, mais cette approche n’aborderait pas le fond de la question. Enfin, définir les limites de cette union – de Gérald Darmanin à Sarah Knafo, par exemple – uniquement à partir du choix des personnalités ne serait pas suffisamment opératoire.

Si l’on élimine quelques paramètres, l’union des droites, au fond, confronte le camp largement conservateur à une alternative simple.

En réalité, l’alternative que j’évoquais plus haut et qui est centrale tient à cette interrogation. L’extrême droite (paresseusement définie comme telle par de nombreux médias) constitue-t-elle un territoire totalement étranger à la droite classique, ou n’est-elle qu’une branche, une nuance radicale d’une droite aux mille visages, allant d’un souci de cohérence et de responsabilité à l’approche la plus débridée et inventive qui soit ?

A lire aussi: Mais… quelle bataille culturelle?

Doit-on considérer Marine Le Pen, Jordan Bardella, Éric Zemmour et Sarah Knafo comme des partenaires potentiels des Républicains, quels que soient les antagonismes apparents — qu’il ne faut pas surestimer — ou bien sont-ils, de manière irréductible, des adversaires que la vie politique ne parviendra jamais à concilier ?

S’agit-il d’une droite radicale susceptible de se mêler à d’autres visions de droite, ou d’un objet politique non assimilable, condamnant les droites classiques à s’ébattre dans leur seul champ traditionnel ?

Une intuition

À la réflexion, passionné par cet enjeu dont la résolution aurait une incidence directe sur 2027, je me demande si le désir d’affirmer sa propre identité ne conduit pas chaque parti, groupe ou groupuscule à exagérer ce qui le sépare des autres sur le fond, alors que la forme, la méthode, la volonté d’accomplir ou non seraient sans doute capitales.

J’ai ainsi l’intuition qu’un partage devrait être opéré entre, d’un côté, ceux qui ne seraient pas prêts à sacrifier les principes d’une démocratie traditionnelle pour satisfaire les attentes du peuple, et de l’autre, ceux qui placeraient ce dernier au-dessus de tout, fût-ce au risque d’écorner nos structures républicaines.
Les citoyens d’abord, ou la démocratie comme bouclier honorable ?

La droite a le droit d’être plurielle. Cependant, contrairement à ses habitudes qui la réduisent parfois à des pulsions et à des réflexes, elle ne pourra pas faire l’économie de l’intelligence et de la pensée. Et le temps presse.

MeTooMuch ? (Essai)

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La fille gênée de l’Église

Sommes-nous judéo-chrétiens ? Causeur consacre 28 pages à la question dans le magazine ce mois-ci, avec Éric Zemmour, Monseigneur Rougé, Chantal Delsol, Geoffroy Lejeune, Denis Olivennes, Jeremy Stubbs etc. Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques vous présentent ce grand dossier.


On s’attendait à un livre un peu maurrassien sur les bords, l’antisémitisme en moins. En clair, on soupçonnait vaguement l’ami Zemmour de rêver d’une nouvelle alliance du trône et du goupillon, restaurant le catholicisme dans sa dignité de religion française par excellence. On l’imaginait surfer sur la vague catho-identitaire qui enflamme les cœurs de nombreux jeunes, trouvant, en même temps que « la joie d’être aimé de Dieu », comme le confie Geoffroy Lejeune dans nos pages, la foi dans un avenir appelé France. À vrai dire, il s’agit plutôt d’une vaguelette que d’une tendance lourde susceptible d’enrayer ou d’inverser la longue marche vers la sécularisation. D’après un récent sondage de l’IFOP (qui, n’en déplaise aux Insoumis à bas front, ausculte les croyants de toutes obédiences depuis des décennies), seules 41 % des personnes interrogées en 2025 croient en Dieu contre 56 % encore en 2011. Comme l’écrit Chantal Delsol dans notre dossier, les jeunes croyants savent qu’ils sont minoritaires même s’ils ne se résignent pas tous avec la philosophe à ce que « les chrétiens ne soient plus les prescripteurs moraux de nos sociétés ».

La nostalgie d’un catholicisme viril 

Il y a une différence de taille entre ces cathos qui appartiennent doublement à la génération Z (par leur âge et par leur admiration pour l’auteur du Suicide français) et leurs aînés catho-culturels (ou cathos-zombies, selon l’expression mal comprise mais juste d’Emmanuel Todd). Non seulement ce sont de vrais croyants soucieux d’accorder leur vie et leur foi en s’engageant dans la cité, comme le souligne Monseigneur Rougé dans son dialogue avec Zemmour, mais ils n’entendent plus cacher leur étendard, ni accepter d’être la seule religion qu’on puisse ouvertement mépriser et moquer sans jamais subir les foudres des censeurs. Ils sont sortis du placard avec la Manif pour tous, ils n’entendent pas y retourner. Ils ne tendront plus la joue gauche.

En attendant, tous ceux qui guettent avec gourmandise le dérapage qui fera sortir Zemmour de la route idéologique où ils entendent cantonner le débat public et qui, espèrent-ils toujours et toujours en vain, signera sa mort sociale en seront pour leurs frais. Dans La messe n’est pas dite, le président de Reconquête ! ne propose pas d’en finir avec la laïcité dont il n’oublie pas qu’elle est l’enfant du christianisme, ni de destituer la Raison avec laquelle celui-ci a su se conjuguer, après moult vicissitudes il est vrai. Certes, cet amoureux de notre histoire, convaincu que « notre avenir est écrit dans le passé », pense que la Révolution a été une catastrophe pour la France – la Révolution, pas l’avènement de la démocratie – et se dit nostalgique d’un « catholicisme viril ». Pour autant, il ne prétend pas refaire du catholicisme le fondement officiel de l’identité nationale. Revisitant ses lectures de jeunesse, il assure avec André Suarès que « les Français, qu’ils aillent ou non à l’église, ont les Évangiles dans le sang ». Autrement dit, si le catholicisme n’est plus une religion d’État ni même une religion majoritaire, il reste le socle d’une civilisation que Zemmour définit comme judéo-chrétienne, car il n’oublie pas que c’est la religion de la Loi qui a engendré la religion de la Foi.

Actuellement dans les kioques: Causeur #140: Il était une foi en France

Les flics du progressisme n’ont pas mis longtemps à débusquer dans ce trait d’union entre judaïsme et christianisme une nouvelle façon d’exclure les musulmans. Ils se trompent doublement. D’abord, comme le montre Jeremy Stubbs dans nos pages, bien avant que l’islam mette au défi nos sociétés, le judéo-christianisme a été le soubassement anthropologique et le code culturel de l’Occident. Ensuite, il ne s’agit pas d’exclure les musulmans mais de contenir l’islam (faute de pouvoir le christianiser en lui faisant avaler la séparation entre spirituel et temporel), précisément pour ramener les musulmans dans la matrice commune.

La messe n’est pas dite

La civilisation judéo-chrétienne, rappelle Zemmour, a laissé sa marque partout, dans les bâtiments, les paysages, les institutions, le Code civil. Dans ces conditions, dira-t-on, que veut-il de plus ? L’ancien journaliste du Figaro ne demande pas que le chef de l’État jure sur la Bible ou qu’on célèbre son élection par une messe, il ne propose pas de ramener les crucifix dans les salles de classe. Il souhaite juste qu’on apprenne aux enfants de France, quelle que soit leur origine réelle, d’où ils viennent et ce que signifient les tableaux qu’ils voient dans les musées, qu’on n’ait pas honte de célébrer Noël et Pâques, que les juges et les associations mal nommées de libre-pensée trouvent d’autres paroissiens à enquiquiner que les élus qui, à l’instar de Robert Ménard, installent une superbe crèche de Noël dans la cour de leur mairie. Ce qu’on appelle en somme le combat culturel : pas de quoi fouetter un bouffeur de curé.

La messe n'est pas dite: Pour un sursaut judéo-chrétien

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Ahmed al-Charaa au Forum de Doha: un an après la chute du régime syrien, le pari fragile de la normalisation

Au Qatar, le président syrien autoproclamé a exécuté un habile numéro d’équilibriste.


L’histoire aime les symboles et les espoirs dans une période très agitée. Surtout quand cela concerne le Moyen-Orient. Celui qui s’est joué le 6 décembre 2025, au Forum de Doha, n’en manque pas. Pour la dernière édition de 2024, la chute brutale du régime de Bachar al-Assad avait bouleversé un Moyen-Orient en pleine reconfiguration, accélérant une transition forcée et chaotique. Cela fait aujourd’hui exactement un an que Damas a basculé. Et c’est précisément maintenant que le nouveau président de transition syrien, Ahmed al-Charaa, a choisi de prendre la parole au Qatar, sous les caméras d’un forum devenu l’une des scènes diplomatiques centrales du monde arabe. La présence de cet ancien djihadiste, reconverti en dirigeant que la communauté internationale juge désormais fréquentable, résume les paradoxes d’une Syrie en reconstruction et d’un ordre régional qui tente d’éviter une énième implosion.

La visite inédite d’un président toujours en quête de respectabilité internationale

Rarement récemment un dirigeant n’aura incarné à ce point la possibilité, ou l’illusion, d’une métamorphose politique. Ahmed al-Charaa, poussé au pouvoir dans le sillage de l’effondrement du régime Assad, traîne un passé que nul ne peut ignorer. Ancien combattant radicalisé à l’époque des guerres confessionnelles, il a pourtant réussi un tour de force diplomatique : apparaître aujourd’hui comme un président de transition crédible, présentable, presque consensuel. Sa venue au Forum de Doha, ce Davos du Moyen-Orient qui accueille chefs d’État, milliardaires, stratèges et négociateurs internationaux, illustre cette stratégie de légitimation. Le Qatar, qui a patiemment mûri depuis une décennie un rôle d’arbitre régional, lui offre une tribune et un cadre susceptibles de sceller sa transformation politique. En l’invitant, les organisateurs du forum ont fait plus que reconnaître un nouveau pouvoir : ils ont assumé de miser sur la capacité de ce président atypique à maintenir la Syrie hors du chaos, fût-ce temporairement.

A lire aussi: Syrie année 1: du despotisme baasiste au salafisme d’État

Une Syrie en transition, entre fractures internes et influences étrangères

La Syrie que dirige al-Charaa n’a rien d’un État stabilisé, à tout le moins il n’a pas basculé dans le chaos. La transition est profonde, incertaine, traversée par des tensions anciennes et de nouvelles rancœurs. Les minorités druzes et chrétiennes ont payé le prix fort de décennies de guerre, oscillant entre marginalisation, oppression et représailles. Leur place dans la Syrie nouvelle reste une équation délicate, tant les blessures sociales et confessionnelles demeurent ouvertes. À cela s’ajoute le poids évident des puissances extérieures, qui continuent à peser sur l’avenir du pays. Le Qatar et la Turquie sont les deux soutiens majeurs du président de transition, non seulement pour l’appui à la mécanique politique interne, mais aussi pour la stabilisation sécuritaire et économique. Sans cet appui, la Syrie risquerait de retomber dans le cycle des factions armées et des zones d’influence incontrôlées. La réalité est claire : l’autorité d’al-Charaa repose autant sur sa capacité à imposer une discipline politique en interne que sur l’équilibre qu’il parvient à maintenir entre ses alliés régionaux, tout en gardant à distance l’Iran, la Russie et les résidus de l’ancien appareil baasiste.

Les messages du président: apaisement, calculs régionaux et gestion du dossier israélien

Dans son discours à Doha, Ahmed al-Charaa a tenté de s’adresser à plusieurs audiences en même temps : la communauté internationale, les pays arabes, ses alliés, ses adversaires et surtout Israël. La question israélienne demeure l’un des nœuds de la transition syrienne. Tel-Aviv exige depuis plusieurs semaines la démilitarisation totale de la zone frontalière, au minimum jusqu’à la ligne de désengagement de 1974, arguant que toute reconstruction syrienne doit s’accompagner d’une garantie de sécurité absolue. Le président syrien, conscient que la viabilité de son régime dépend de sa capacité à éviter un nouveau front militaire, a adopté à Doha une ligne pragmatique. Il a assuré vouloir restaurer un État de droit souverain tout en évitant les provocations régionales. Il a également affirmé que la nouvelle Syrie ne sera plus un terrain de guerre par procuration et qu’un mécanisme de désescalade, soutenu par le Qatar et discuté discrètement avec Washington, pourrait offrir une sortie honorable au différend avec Israël. Ce discours n’efface ni les zones d’ombre ni les doutes. Il reflète toutefois une stratégie : tenir ensemble des exigences contradictoires, rassurer les puissances qui veulent une Syrie contrôlable et envoyer des signaux à Israël sans affaiblir sa propre légitimité déjà fragile… Tout en ménageant l’ancien allié russe du régime précédent et en accueillant les Américains à bras ouverts !

Si la présence d’Ahmed al-Charaa au Forum de Doha marque un tournant symbolique dans la transition syrienne, elle souligne surtout l’extrême volatilité d’un pays qui tente de renaître sous tutelle régionale et sous le regard méfiant de ses voisins. La normalisation est un pari, la stabilisation un défi, et l’acceptabilité internationale un processus fragile. Reste à savoir si le nouveau président syri­en est l’artisan d’une rupture réelle ou simplement le visage temporaire d’un équilibre encore instable.

Europe: de la vertu qui rend petit

Après la publication, vendredi dernier, de la stratégie de sécurité nationale version MAGA de Trump, les Européens constatent avec effroi que le nouveau président américain ménage effectivement Moscou et s’indignent de la place qui semble leur être réservée dans le nouvel ordre mondial. Alors que la géopolitique issue de l’après-1945 est bouleversée par l’isolationnisme américain et l’attitude belliqueuse de la Russie, une Europe tétanisée et féminisée n’est capable de réagir que par une crise de nerfs, observe notre contributeur.


Face à l’intensification récente des discussions entre les Américains et les Russes pour aboutir à un accord de paix avec l’Ukraine, les Européens ne l’entendent pas de cette oreille et tentent d’imposer leur vision d’une paix impossible.

L’Europe a fendu l’armure. Elle est devenue cette étrange mégère qui couche son âme rancunière sur le divan de la morale. Son réarmement militaire se déploie dans le lit d’un ressentiment désordonné. Confrontée à la fin du glacis protecteur américain, l’Europe s’égare dans une sentimentalité toute fragile : elle casse des assiettes, s’agite dans tous les sens, condamnant tour à tour tous ceux qui seraient opposés à ses « valeurs ». 

Or les valeurs de l’Europe sont malades. Elles reposent sur une interprétation pathétique et épuisée de la réalité. « La morale est aujourd’hui en Europe une morale de troupeau », disait déjà Nietzsche, au XIXème siècle…

En boucle, on scande que la Russie serait à nos portes, on s’invente des ennemis illusoires, on se trompe de cible, on se trompe d’origine. « Il faut mettre en question la valeur même des valeurs morales », assénait Nietzsche. Nos valeurs égalitaristes, pudibondes et aplanissantes, celles qui prônent la faiblesse en archétype de la vie, ont triomphé. Ce qui est à l’œuvre aujourd’hui, c’est le couronnement de l’Europe tétanisée et féminisée.

L’hystérie européenne 

Cette situation géopolitique européenne n’est autre que le produit d’une physiologie particulière: celle d’un corps où l’idéal ascétique demeure le credo de la vie. La bienveillance éternelle exercée en mantra du vivant est la phase terminale d’une civilisation occidentale à bout de souffle et à bout de nerfs. Une vie vécue à l’aune dela curatelle du médecin, d’un corps fatigué, incapable d’agir autrement que par la faiblesse, forme sublimée du renoncement à soi. Mais quelle est la Sainte-Trinité des valeurs européennes ? Paix, Pitié et Compassion ! La paix idéalisée entretenue par une hystérisation des discours martiaux; la pitié à tout prix qui conduira à la mort; la compassion à tout prix qui conduira à la haine. Voilà où nous en sommes. Voilà ce que l’on martèle dans toutes les têtes européennes, relayé en grande pompe par les médias et l’ensemble des grandes institutions du monde occidental.

Alors que les tractations entre Vladimir Poutine et l’administration américaine se sont intensifiées ces dernières semaines pour tenter de trouver une issue à la guerre, les Européens semblent se refuser à tout compromis, à toute volonté de résolution du conflit. Ils ne raisonnent plus à partir de réalités mais d’idées abstraites. Ils sont prêts à falsifier le réel ; à créer l’illusion dangereuse que la Russie serait à nos portes d’ici trois ou quatre ans alors qu’elle avance péniblement sur le front ukrainien. En trois ans, la Russie n’a même pas été en mesure de conquérir le Donbass. Mais l’Europe n’a que faire de la réalité. Elle semble préférer poursuivre la guerre tant que son idéal de paix juste n’est pas accompli. Qu’importe les morts, qu’importe les réalités du terrain, qu’importe l’Ukraine, il faut d’abord et avant tout que sa morale triomphe coûte que coûte pour que le chemin d’une paix puisse se dessiner. 

Paralysie de la pensée

Les Européens ne savent plus réagir que par l’angoisse. Une angoisse fantasmée qui leur permet de tout légitimer même les irréalités les plus folles. La distance, la perspective, la nuance, et le recul historique ont littéralement disparu des discours. En 1948, Albert Camus publiait un article intitulé « Le siècle de la peur » où il soulignait qu’« entre la peur très générale d’une guerre, que tout le monde prépare et la peur toute particulière des idéologies meurtrières, il est donc bien vrai que nous vivons dans la terreur (…) Pour sortir de cette terreur, il faudrait pouvoir réfléchir et agir suivant la réflexion. Mais la terreur, justement, n’est pas un climat favorable à la réflexion ».  

A chaque tentative de discussion entre Trump et Poutine, que font les Européens ? Ils s’indignent, accusant les uns d’être poutinophiles, les autres d’être trop complaisants avec la Russie, suspectant chez tous ceux qui daignent réfléchir une forme d’intelligence avec l’ennemi ! Mais « un homme indigné est un homme qui ment », rappelait Nietzsche. Une gesticulation morale en vue de séparer le monde en deux camps : les « méchants » et les « gentils ». Au diable Trump et Poutine ! L’Europe adoube son nouveau roi de miséricorde : Volodymyr Zelensky, le supplicié, le courageux, le martyr, le valeureux. Elle s’unit dans la faiblesse pour mieux recréer les conditions de sa force. L’Europe est lancée dans une nouvelle croisade. En prenant sa faiblesse pour de la force, elle nous conduit tout droit à la guerre des faibles. 

Mais… quelle bataille culturelle?

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La droite dit, enfin, vouloir se lancer dans la bataille culturelle. Reste à savoir comment elle compte la mener.


Depuis l’affaire de la « labellisation » de l’information, la droite hausse le ton et cite 1984 de George Orwell davantage qu’une copie de philosophie de lycée. Enfin ! Elle qui s’est contentée jusqu’à présent de rêvasser à la France d’avant Mitterrand, de revendiquer son droit aux délices pralinés de la nostalgie et de brandir son « pass culture » sépia – les châteaux de la Loire, Le Château de ma Mère et le pensionnat du Fond de l’étang des Choristes – la voilà qui se réveille. Ce n’est pas trop tôt.

« La bataille culturelle va être violente », annonce fièrement la droite, émergeant de cinquante ans d’hibernation. À la bonne heure. Mais de quelle bataille culturelle parle-t-on ? Pendant que la gauche-fourmi érigeait, pierre après pierre, un modèle cohérent (histoire mondiale de la France, géographie a-physique, littérature a-stylistique, arts visuels occidentaloclastes, cinéma convivial), la droite-cigale se moquait et, entre deux-trois envolées lyriques sur l’âme de la France coincée entre la merveilleuse Jeanne d’Arc et l’odieuse Révolution française, trouvait scandaleux le travail de sape de la gauche tout en continuant à envoyer ses enfants à l’école apprendre l’histoire de esclavage européen et la littérature jeunesse francophone.

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Pour qu’il y ait bataille culturelle entre une droite enfin déniaisée et une gauche gramscienne enfin déstabilisée, il faut un combat à armes égales. Faire du Gramsci de droite, en somme. Raymond Aron avait décidément raison : dans l’ordre de l’histoire, si on entend survivre, il n’y a pas d’autre moyen de résister qu’en montrant à ses ennemis politiques que l’on est capable des mêmes vertus qu’eux. Aujourd’hui, la culture dite de droite se résume, en gros, au point d’histoire de Philippe de Villiers et au point philo de Michel Onfray – lequel n’est d’ailleurs pas de droite mais que la droite a raison d’apprécier – rares moments stimulants de la culture non mainstream. La France crève pourtant d’historiens méconnus capables d’alimenter des débats inédits sur des thèmes squattés par la gauche (colonisation, décolonisation, esclavage, guerres de religions etc.), d’artistes contemporains insensibles à l’antifascisme parisien, d’écrivains ne parlant pas des migrants et de professeurs susceptibles de faire des cours sur autre chose que la misogynie d’Émile Zola dans Au Bonheur des Dames. À la droite d’aller les chercher et de leur donner l’espace médiatique requis. Puisque tout se joue là.

Il n’y aura pas de « bataille culturelle » tant que la droite continuera à considérer que sa culture est immémoriale, sacrificielle mais toujours vivace sous les toits des églises qui s’effondrent et entre les pages des Mémoires de guerre du Général de Gaulle que tout le monde s’arrache tel un totem de grandeur. La gauche a toujours su renouveler son délire de l’homme nouveau : après le camarade communiste et le citoyen du monde, elle a eu l’idée du perpétuel éveillé à la croisée de toutes les causes minoritaires. À la droite de proposer l’homme tout court, capable de reconquérir son héritage et, surtout, de le moderniser. Vaste programme. Et qui va demander beaucoup de travail.

🎙️ Podcast: Impuissance du gouvernement, entrisme islamiste à gauche, échecs et succès littéraires…

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Avec Céline Pina, Eliott Mamane et Jeremy Stubbs.


Le Premier ministre Sébastien Lecornu essaie de faire adopter son projet de budget de la Sécurité sociale en appelant à la responsabilité de tous. Par là, il ne fait que se dégager de toute responsabilité.

Le 24 juin 2025, l’Assemblée nationale a créé une commission d’enquête « sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ». Ses travaux ne sont pas encore terminés, mais ils ont déjà eu un effet: des journalistes ont été menacés par l’extrême gauche. C’est ainsi que cette dernière, tout en prétendant que l’enquête la vise injustement, a dévoilé sa fidélité à l’idéologie islamo-gauchiste et son peu de respect de la démocratie. Pendant ce temps, outre-Atlantique, Donald Trump envisage l’interdiction des Frères musulmans.

A lire aussi : Parlez-vous le Goldnadel?

Si le livre de Jordan Bardella connaît un grand succès populaire, celui de Marine Tondelier est un bide, ainsi que celui de Ségolène Royal. C’est le symptôme d’une gauche qui a perdu la confiance du peuple.

Pour les auditeurs qui sont à la recherche de lectures plus digestes, il y a le nouveau titre d’Eric Zemmour, La messe n’est pas dite (Fayard). Son auteur dialogue avec Mgr Rougé, l’évêque de Nanterre, dans le nouveau numéro de Causeur. Il y a aussi le dernier livre de Gilles-William Goldnadel, Vol au-dessus d’un nid de cocus (également chez Fayard)…

Écoutez 👇

Lyrique: un « Ariodante » en or au château de Versailles

Un ravissement du regard et de l’ouïe. Franco Fagioli irrésistible de drôlerie


Hasard du calendrier lyrique ? Moins de deux mois après la reprise d’Ariodante à l’Opéra de Paris dans l’épatante mise en scène de Robert Carsen, voilà que le célèbre ‘’Dramma per musica’’ de Haendel, apothéose de la musique baroque, fait l’objet d’une nouvelle production sous les auspices de l’Opéra Royal de Versailles – spectacle rare à tous les sens du mot : dernière représentation le 11 décembre !

Eclatant !

On est ici à mille lieues de la corrosive transposition contemporaine sur fond de scandales médiatiques secouant l’actuelle dynastie Windsor, telle qu’imaginée pour l’Opéra-Bastille par le fameux metteur en scène canadien. Pour l’heure, notre compatriote Nicolas Briançon –  cf. l’an passé, comme acteur au Théâtre Montparnasse, les sketchs de Poiret & Serrault revisités avec François Berléand et, cette saison, son duo avec Pierre Arditi dans Je me souviendrai… de presque tout, une pièce d’Alexis Macquart – investit quant à lui l’écrin fastueux de la monarchie absolue, la cage de scène de l’Opéra Royal s’offrant comme un prolongement de l’habillage de colonnes et de sculptures surchargé d’ors de la salle elle-même, dans une restitution raffinée, poétique et pleine d’esprit des « grandes machines » propres à la pyrotechnie baroque : toiles de décors peints qui, à vue, tombent des cintres, superpositions de trompes l’œil, architectures illusionnistes à la Hubert Robert, fausses ruines et jardins enchantés, lumières changeantes, etc.  Cette inventivité pleine de fraîcheur vient opportunément revivifier la haute tradition, avec un éclat sans pareil. On doit cette performance, une nouvelle fois, au talent de l’émérite Antoine Fontaine, adoubé dès longtemps comme chacun sait par les planches et le cinéma – de Patrice Chéreau à Michel Fau, en passant par Éric Rohmer…   

Franco Fagioli irrésistible de drôlerie

La cour d’Ecosse médiévale issue du livret d’Antonio Salvi inspiré de l’Arioste se voit ainsi transportée dans un XVIIIème siècle pastoral et transalpin dont les tableaux se métamorphoseront sans trêve au long des trois actes. Les costumes (signés David Belugou), renvoient plutôt au siècle du Roi Soleil, avec, pour les hommes, ces justaucorps, ces lourdes perruques bouclées qui s’étalent jusque sur l’échine et ces souliers à hauts talons et, pour les personnages féminins, ces robes baleinées, décolletées, flottantes, dans un camaïeu riche en couleurs pastels… Pour ce qui est du personnage d’Ariodante, lui, et lui seul, est habillé d’un rouge aussi clinquant, aussi vif que l’humour dont le vertigineux Franco Fagioli enrobe à merveille son rôle-titre (rôle assumé à l’origine, rappelons-le, par un castrat, mais qui, dans la version parisienne évoquée plus haut, était travesti sous une voix de mezzo – Emily d’Angelo en 2023, Cecilia Molinari cette année). Chanté donc ici par un contre-ténor, Ariodante y revêt, sous une forme délicieusement parodique, la figure d’une sorte de « folle » du plus haut comique, il faut bien le dire, feudataire emperruqué, gourmé, précieux, maniéré jusqu’au ridicule et fort peu viril en somme : il esquisse des révérences, s’essaie à des pas de danse, tourbillonne,  s’agite beaucoup des bras, les volutes et les ornements virtuoses de son chant servant de contrepoint expressif à un jeu de scène irrésistible de drôlerie et d’efficacité. Le rôle du « méchant », le fourbe et perfide Polinesso, est, là encore de façon tout à fait inattendue, prodigieusement campé par le juvénile Théo Imart, ravissant contre-ténor français –  âgé de 29 ans, il en fait dix de moins ! – (dont à bon escient la mise en scène  caractérise le double-jeu en lui faisant tour à tour ôter puis remettre sa perruque gris-perle sur son beau casque naturel de cheveux châtains) : l’articulation impeccable se conjugue chez lui à une émission flamboyante et à une rondeur de phrasé exceptionnels, cela joint à une présence scénique qui lui vouera d’ailleurs, à juste titre, les ovations répétées du public. On a donc hâte de redécouvrir l’éphèbe Théo Imart en mai prochain dans Ercole Amante (Hercule amoureux), autre opéra baroque d’Antonia Bembo, une nouvelle production de l’Opéra de Paris qui figure déjà dans l’agenda de tout amateur de lyrique. Quant au vibrato ciselé de la basse Nicolas Brooymans, il rend incomparable ce roi d’Écosse au lourd manteau chamarré d’or. Lurciano, le frère d’Ariodante, sous les traits du ténor britannique Laurence Kilsby, est éblouissant de naturel et de clarté. On n’est pas en reste du côté des voix féminines, avec, dans le rôle de Ginevra l’irremplaçable, étincelante Catherine Trottmann, familière de l’Opéra Royal, et la soprano belge Gwendoline Blondeel, laquelle, en Dalinda, impose son agilité dans les acrobaties de ses vocalises. Il est vrai que ce répertoire est, en soi, un véritable concours de virtuosité vocale entre les chanteurs !

Photo: Geoffrey Hubbel

Au-delà de cette lecture pour ainsi dire « littérale », rappel de l’époque même de la création du chef d’œuvre à Londres, en 1735 comme l’on sait pour le Covent Garden, cet Ariodante versaillais dirigé sans baguette sur un tempo alerte par le chef (et violoniste) polonais Stefan Plewniak, à la tête d’un Orchestre de l’Opéra Royal en grande forme, est, d’un bout à l’autre, un ravissement du regard et de l’ouïe. Précipitez-vous !


Ariodante. Opéra en trois actes de Georg Friedrich Haendel. Avec Franco Fagioli, Catherine Trottmann, Théo Imart, Gwendoline Blondeel, Laurence Kilsby, Nicolas Brooymans, Antoine Ageorges. Direction: Stefan Plewniak. Mise en scène : Nicolas Briançon.

Orchestre de l’Opéra Royal. Nouvelle production.

Durée : 3h20.

Le 7 décembre à 15h, les 9 et 11 décembre à 20h.

L’immigration, la science et les gardiens du temple médiatique

Dans le « Complément d’enquête » qui a fait couler tant d’encre, France TV a prétendu dénoncer la « méthode CNews » en s’appuyant sur la science. Enfin, sur ce qu’elle appelle, elle, la science… Selon la télévision publique, l’absence de lien entre délinquance et immigration ferait l’unanimité parmi les scientifiques. En réalité, la synthèse du CEPII s’appuie sur seulement quatre études étrangères.


Aucun doute, la guerre est déclarée entre l’audiovisuel public, payé par tous les Français, et CNews, chaîne privée appartenant au groupe Bolloré. Le succès de cette dernière agace au plus haut point la présidente, les directeurs et les journalistes vedettes de France TV, tous très généreusement rémunérés avec l’argent de contribuables qui préféreraient que leurs impôts servent à autre chose qu’à maintenir un service public qui leur dit ce qu’ils doivent penser.

Label rouge

Selon les critères d’Emmanuel Macron et de Reporters sans frontières, le dernier Complément d’enquête sur CNews diffusé sur France 2 cochait toutes les cases d’une information fiable, issue d’un travail journalistique rigoureux, présentée par un journaliste d’une totale honnêteté intellectuelle. Selon les critères du commun des téléspectateurs clairvoyants, il a été l’illustration parfaite de ce que l’oligarchie politico-médiatique attend des médias qui rêvent d’être « labellisés » par cette dernière, à savoir un journalisme à la botte du pouvoir socialo-macroniste, prêt à tout pour museler les voix dissidentes.    

Au cours de ce reportage grossièrement à charge, un mot magique, censé clore le débat sur le lien entre délinquance et immigration, sujet trop souvent abordé sur CNews selon France TV, jaillit à plusieurs reprises de la bouche des gardiens du temple médiatique. À la trentième minute de cette invraisemblable enquête sur CNews, une voix off affirme que « le lien de causalité entre étrangers et insécurité n’existe pas. Et c’est la science qui le dit. Le CEPII a recensé tous les travaux sur le sujet. D’après lui, les études concluent unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance. » Une demi-heure plus tard, face au député RN Philippe Ballard, Tristan Waleckx assène la même assertion : « Il y a des études scientifiques, c’est le CEPII, ce sont des économistes qui ont fait une compilation de toutes les études qui existent sur le sujet et qui concluent unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance. » Condescendant, Tristan Waleckx déclare alors à Philippe Ballard qu’il y a « une différence entre le ressenti, le “doigt mouillé” et la science. » 

A lire aussi, Ivan Rioufol: La parole libérée, victorieuse de la gauche cloueuse de bec?  

Avant de disséquer le travail « scientifique » auquel Tristan Waleckx fait référence, rappelons que ce journaliste est diplômé de l’École supérieure de journalisme de Lille. Cela n’est pas anodin. Cette école se veut à la pointe du combat pour l’inclusion et la diversité ; elle est « le symbole du formatage idéologique des apprentis journalistes et le temple du “politiquement correct” le plus impeccablement sourcilleux[1] ». Les étudiants de l’ESJ lilloise affirment à 87% voter pour la gauche et l’extrême gauche. Nombre d’enseignants qui y dispensent leurs cours sont issus des principaux médias mainstream (Le Monde, France Info, France 2, l’AFP, France 3 Alsace, etc.) Bref, cet établissement produit « à la chaîne des petits soldats interchangeables au service d’une information corsetée, contrôlée » et très certainement prochainement « labellisée » par leurs prédécesseurs promus au rang de commissaires politico-médiatiques.

France TV

Revenons à notre sujet principal. Le CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales) est un service gouvernemental rattaché au Premier ministre. Le rapport dont fait état Tristan Waleckx date d’avril 2023. Élisabeth Borne était alors en poste à Matignon. Elle n’attendait vraisemblablement pas d’un rapport sur l’immigration et l’insécurité issu d’un de ses services qu’il dise autre chose que ce qu’affirmaient à l’époque son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et surtout son ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti : l’insécurité est un « sentiment », la submersion migratoire est un « fantasme », établir un lien entre les deux relève de la « désinformation » et fait le jeu de qui vous savez. Les économistes Arnaud Philippe et Jérôme Valette, auteurs du rapport en question, sont censés avoir scientifiquement prouvé la véracité de ces allégations. Voyons un peu à quoi ressemble ce travail titanesque et d’une extraordinaire rigueur vanté par les journalistes de la télévision publique.

Curieuse unanimité

Ce dossier « scientifique » a recensé, selon Tristan Waleckx, « toutes les études sur le sujet », et celles-ci auraient « conclu unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance ». Étonnamment, ce dossier exceptionnel ne fait que quatre courtes pages. Il faut dire qu’il ne repose que sur quatre études relatives à l’immigration au Chili et aux États-Unis (1986-2004), au Royaume-Uni (1997-2008) et en Italie (1990-2003) – Tristan Waleckx a donc menti en parlant de… « toutes les études sur le sujet ». Par ailleurs, les périodes analysées remontent à deux voire trois décennies et les pays retenus présentent naturellement des spécificités – importance de l’immigration légale et illégale, origine des immigrés, etc. – qui interdisent les analogies avec l’immigration propre à la France, immigration qui provient à près de 60% du continent africain et a pris des proportions considérables ces dix dernières années. De toute évidence, comme cela arrive trop souvent lorsque l’idéologie domine la recherche, MM. Philippe et Valette connaissaient la conclusion de leur « travail » avant même de s’y atteler – ne leur restait plus qu’à trouver les quelques travaux allant dans leur sens ou pouvant se prêter à des contorsions interprétatives aboutissant à un résultat sonnant comme un slogan: il n’y a aucun lien entre la délinquance et l’immigration en France.      

Torsion de la réalité. Si les auteurs dudit rapport sont obligés de reconnaître que « la surreprésentation des immigrés dans les statistiques [sur la criminalité] se retrouve dans la plupart des grands pays d’accueil »etque, pour la France,« la proportion d’étrangers dans la population totale était en 2019 de 7,4 %, mais s’élevait à 14 % parmi les auteurs d’affaires traitées par la justice, à 16 % dans ceux ayant fait l’objet d’une réponse pénale et à 23 % des individus en prison » [c’est près de 25 % en 2025], ils affirment cependant que plusieurs raisons peuvent expliquer cela. D’abord, les jeunes hommes sont surreprésentés dans la population immigrée et sont plus pauvres que les natifs, ce qui les rendrait « plus susceptibles d’être en infraction avec la loi ». Curieux raisonnement. Quoi qu’il en soit, il y aurait donc bien un lien, même ténu, entre immigration et délinquance – oui, mais cela est la faute du pays d’accueil, en particulier pour les « atteintes aux biens » qui sont « uniquement dues à une exclusion [des immigrés] du marché du travail ». Ensuite, « la surreprésentation des immigrés dans les statistiques de délinquance ne peut être comprise qu’à l’aune du traitement différencié que subit cette population à toutes les étapes du système pénal : de la probabilité d’arrestation à celle d’être incarcéré ». En clair, les immigrés seraient plus souvent contrôlés, plus souvent arrêtés et plus sévèrement punis que les Français pour des infractions similaires. L’idéologie contre le réel – MM. Philippe et Valette ne suivent pas l’actualité ou habitent sur la planète Mars pour sortir de telles énormités. 

Enfin, expliquent-ils, si les Européens en général et les Français en particulier pensent qu’il y a un lien entre la délinquance et l’immigration, c’est surtout la faute des… médias qui traiteraient « de manière différente la délinquance d’origine étrangère et celle des natifs ». En Suisse, au moment du référendum sur la construction des minarets, c’est le traitement médiatique de la délinquance en fonction de l’origine du suspect qui, selon eux, aurait abouti à la victoire du « contre ». Puisqu’on vous dit que c’est scientifique… 

Perceptions, dites-vous…

La conclusion de ce document supposément scientifique est un parfait échantillon de la propagande immigrationniste chère à François Héran, Hervé Le Bras ou Éric Dupond-Moretti. Pour en souligner la fourberie, citons-la entièrement : « L’immigration mérite un débat à la hauteur des enjeux et des inquiétudes qu’elle suscite. Cependant, il n’y a pas de raisons de centrer cette discussion sur la délinquance. Si la surreprésentation quasi-mécanique des immigrés dans les statistiques et les biais médiatiques peuvent créer l’illusion d’une relation entre immigration et délinquance, les études montrent qu’il n’en est rien. Ce n’est pas le fait d’être immigré en soi qui conduit à plus de délinquance, mais des caractéristiques qui, lorsqu’elles se retrouvent chez des natifs, conduisent également à plus de délinquance. Quant au faible effet de l’immigration sur les vols, il peut être résorbé par des politiques favorisant l’intégration économique des immigrés sur le territoire national et notamment leur accès au marché du travail. Un traitement plus équilibré de l’information relative à la délinquance, selon l’origine nationale ou étrangère des suspects, permettrait également de rendre les perceptions plus proches de la réalité. » Cette prose artificieuse ne résulte pas d’un travail scientifique, inexistant en l’occurrence, mais d’une approche idéologique en faveur de l’immigration. Elle mérite un SIC d’or pour son involontaire mise en évidence du procédé orwellien de manipulation de la réalité et d’officialisation du mensonge qui infecte les organes gouvernementaux et les médias de l’audiovisuel public.  

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Car la réalité, implacable, dément ces contre-vérités. À l’inverse de la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Danemark, les Pays-Bas ou la Suisse publient des chiffres extrêmement précis de la criminalité par nationalité ou par origine. Dans ces pays, une même conclusion s’impose : les étrangers et les personnes issues de l’immigration extra-européenne sont surreprésentés dans les agressions physiques et sexuelles, les vols, le narcotrafic. Cela n’a fait que s’amplifier ces dernières années. En Allemagne, en 2023, la police a recensé 923 000 délinquants présumés d’origine étrangère, soit 41 % de l’ensemble des suspects appréhendés. La ministre de l’Intérieur, la sociale-démocrate Nancy Faeser, prônait alors la tolérance zéro et affirmait vouloir obliger tous les délinquants étrangers à « quitter l’Allemagne ». De son côté, le gouvernement français répugne à publier des statistiques complètes et précises sur la criminalité, en particulier la nationalité ou l’origine des délinquants. Pourtant, selon le ministère de l’Intérieur, 93% des vols et 63% des agressions sexuelles dans les transports en commun en Île-de-France sont commis par des étrangers. Les violences sexuelles dans ces espaces ont augmenté de 86% en dix ans. Le phénomène se répand sur tout le territoire. Il serait également intéressant de connaître la proportion des Français issus de l’immigration impliqués dans des affaires d’agressions physiques et sexuelles, de vols, de refus d’obtempérer, de trafic de drogue, etc. Aux Pays-Bas, des statistiques complètes sont réalisées et publiées : alors que les personnes issues de l’immigration « non-occidentale » représentent 14% de la population, elles comptent pour 35% dans les infractions sexuelles, 40% dans les agressions physiques, 40% dans le narco-trafic, 60% dans les vols violents. Idem au Danemark où les immigrés et leurs descendants (= enfants) représentent 40% des condamnations pour homicides, viols et vols alors qu’ils ne représentent que 12% de la population[2]. Il est à craindre qu’en France les chiffres soient similaires, voire plus inquiétants encore. Difficile de le savoir : les pouvoirs publics ne donnent que peu d’informations et, à l’inverse de ce qu’affirment les auteurs du CEPII, les médias dominants rechignent à dire la vérité sur cette nouvelle criminalité et à montrer la réalité, quand ils ne la déforment pas – il suffit de se remémorer de quelle manière ont été traitées les affaires concernant Lola, Thomas, Philippine ou Élias, et de quelle façon ont été présentées celles concernant Adama Traoré ou Nahel Merzouk et les émeutes qui ont suivi, pour comprendre de quoi il retourne. Vaste sujet qui mériterait pour le coup un véritable… complément d’enquête.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] Xavier Eman, Formatage continu, Tour de France des quatorze principales écoles de journalisme, préface de Claude Chollet (L’Observatoire du journalisme), 2024, La Nouvelle Librairie.

[2] Ces chiffres sont extraits des différents dossiers présentés par le data-analyste Marc Vanguard sur son site web. Les nombreuses données récoltées et analysées par ce dernier sont issues des ministères, des différents services gouvernementaux ou des organes de la statistique officiels de chacun des pays concernés. Rien à voir, donc, avec le travail « scientifique » des économistes du CEPII…       

L’Espagnol qui voulait gagner sa place au soleil

De l’Espagne franquiste à la Movida, du Festival de Benidorm à son installation somptuaire en Floride, Julio Iglesias a incarné la réussite exponentielle du chanteur de charme et un art de vivre flamboyant. Enfin traduite en français, la biographie littéraire de Ignacio Peyró traduite par Albert Bensoussan vient de paraître au Cherche midi. Portraits croisés du crooner latin en lévitation et d’une émancipation ibérique…


Julio est une anomalie née au siècle dernier. Un mystère dans une époque devenue congelée. Son sourire aura abattu tant de digues morales. Il a toujours eu la baraka. Aujourd’hui, un tel parcours scruté par les réseaux sociaux serait-il possible ? Ses gestes, ses conquêtes, sa nonchalance et son charisme, son absence de calcul politique et sa bonne étoile, son ambition transparente comme l’eau de roche et son amour véritable du public charrient tant de souvenirs. Des bons. Le temps des possibles. D’un équilibrisme éminemment sympathique. Son œcuménisme scénique est incompréhensible de nos jours quand des chanteurs travaillent leur propre clientèle et incitent au clivage idéologique. Julio transcende les partis. Il n’est pas un sectaire, ni un roublard. Il veut être aimé de tous. Il croit aux forces de l’amour. Il a l’esprit large et le cœur ouvert à toutes les aventures. Il n’est pas borné. Il n’a pas l’outrecuidance de nous donner des leçons de civisme. Lui, le fils du bon docteur gambilleur, rejeton bourgeois évoluant dans un environnement franquiste, bénéficiant de la clémence du régime fut, à son corps défendant, l’incarnation de la transition démocratique espagnole. Il était déjà là sous Franco, il le sera encore sous Felipe González. L’ami d’Aznar chanta pour Mitterrand. Le proche du couple Reagan fut l’un des premiers à tourner en Chine. Il ne se coupa d’aucun public. Il ne se refusa à personne. Au-delà d’une habileté commerciale remarquable, il faut voir dans cette altruisme la marque d’une sincérité. Julio est comme ça, charmeur, doux, intelligent, conscient de son emprise et de ses limites vocales, professionnel acharné mais aussi rêveur, presque mélancolique. Il est peu porté sur les conflits. Il les enjambe. Il ne s’appesantit sur rien. La vie est trop courte et on l’appelle déjà à Mexico ou à Singapour pour un concert. Il dort dans son avion privé. Jadis (il a fêté ses 82 ans en septembre dernier), il apparaissait sur les écrans de la ZDF, de la BBC ou d’Antenne 2 dans le rôle du « latin lover », le micro collé à sa joue, la sérénade en sarabande, se moquant des idiomes locaux, susurrant l’amour béat, feignant d’être un perdant, jouant une partition frisant la caricature et nous l’adorions déjà. On pardonnera toujours tout à Julio. Il est l’élu du microsillon dans une Espagne sous camisole qui peina à se défaire de cette dictature maquillée en fée du tourisme balnéaire. Ignacio Peyró, actuellement directeur de l’Institut Cervantès à Rome, a écrit une biographie piquante et cajoleuse pour réparer une infamie culturelle. Le journaliste n’apprécie pas que l’on ricane sur Julio, que l’on mésestime son talent et son aura. Chez nous aussi, en France, le chanteur populaire vit des heures sombres. On le disqualifie par peur de succomber à ses tubes. Ignacio Peyró le confesse : « éprouver de l’antipathie pour Julio Iglesias serait comme détester les dauphins ». Dans cette étude littéraire à cloche-pied, il essaye de comprendre les ressorts de cette addiction méditerranéenne. Julio n’est pas une espagnolade éphémère. Il est le trait d’union d’un pays fragmenté. « Julio Iglesias a traversé son époque sans être le fils de son époque. Il fut crooner à contre-temps […] Quand la mode était au négligé esthétique, lui préférait les beaux costumes. Et si la vogue était au moralisme de la chanson d’auteur, il ne dédaignait pas la suave douceur d’un romantisme sans âge » analyse-t-il, brillamment. Dans cette biographie sentimentale, on en apprend donc autant sur la carrière de Julio notamment sa tumeur au dos que sur le lent réveil de l’Espagne. Comment Julio fut, à sa manière, l’artisan involontaire de la bétonnisation de Benidorm et la bande-son d’une classe moyenne émergente. La carrière de Julio se construit en parallèle de l’Espagne. Julio est un phénomène national à vocation internationale. Il remplit le Camp Nou à Barcelone alors qu’il fut gardien de but au Real. Julio brise tous les paradoxes.  Les filles passent, certaines comme la Française Gwendolyne laisse des traces. Le mariage de Julio et son divorce sont des événements mondains que l’on commente en terrasse. Peyró explique très bien que la réussite de Julio et son eldorado sur le continent américain sont, malgré les rires en coin, une fierté pour tous les Espagnols. L’un des leurs a réussi là où personne n’avait imaginé mettre les pieds. Cette biographie est savoureuse car on y croise Sydne Rome, Diana Ross, la moiteur des villas de milliardaires, le défilé des mannequins au petit matin et des garages remplis de Rolls. Juan Carlos se reconnaît dans ce chanteur de variété au culot monstre et pas bégueule pour une peseta. Jusqu’à maintenant, on aimait Julio sans le savoir, maintenant on pourra argumenter en société et faire taire les aigris de la vie.

Un certain Julio Iglesias de Ignacio Peyró – Le cherche midi 352 pages

Un certain Julio Iglesias

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Bobbies et bobards

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Des supporters huent des groupes pro-palestiniens qui manifestaient devant le stade à Birmingham, alors que l’équipe israélienne du Maccabi Tel-Aviv affrontait Aston Villa lors d’un match de Ligue Europa. Les supporters du Maccabi avaient été interdits de match pour des raisons de sécurité, tandis que centaines de policiers patrouillaient autour de l'événement, 06/11/2025 © Lab Mo/LNP/Shutterstock/SIPA

Outre-Manche, les critiques contre la police proviennent désormais aussi de la droite. Les conservateurs dénoncent depuis plusieurs mois le “two-tier policing”: deux poids, deux mesures, et zéro crédibilité… Un rapport parlementaire accablant pour la police de Birmingham concernant la prétendue mauvaise réputation des supporters de football de Tel-Aviv est d’ailleurs venu récemment apporter de l’eau à leur moulin.


Dans un article du 29 octobre, Causeur a attiré l’attention de ses lecteurs sur l’affaire du match entre Aston Villa et Maccabi Tel Aviv qui devait avoir lieu le 6 novembre, à Birmingham. Il s’agit de la deuxième ville du Royaume Uni dont certains quartiers sont dominés par une population musulmane issue de l’immigration pakistanaise. La police de la région, la West Midlands Police (WMP), citant les violences qui avaient eu lieu à Amsterdam lors du match entre Maccabi et Ajax le 7 novembre 2024, avait décidé que les supporteurs du club israélien constituaient une menace pour l’ordre public et qu’aucun billet ne devait donc leur être attribué. Ce refus, qui semblait motivé par le seul désir d’attirer les bonnes grâces de la communauté musulmane locale, a scandalisé jusqu’au gouvernement travailliste de Sir Keir Starmer. Avant qu’un bras de fer ne s’engage entre la WMP, qui jouit d’une autonomie opérationnelle selon la doctrine en vigueur outre-Manche, et les autorités centrales, le club israélien a renoncé à toute allocation de billets à cause de l’« atmosphère toxique » qui entourait désormais la rencontre. Le match, pour lequel la WMP a mobilisé 700 policiers, a eu lieu sans aucun incident grave.

Suite sans fin

Or il s’avère aujourd’hui que le rapport sur lequel la WMP fondait sa décision était truffé d’erreurs factuelles. Telle est la conclusion des audiences organisées par la Commission des affaires intérieures de la Chambre des communes (Home Affairs Committee) qui a interrogé le chef de la WMP, Craig Guildford, et le conseiller indépendant du gouvernement sur l’antisémitisme, John Mann, membre de la Chambre des Lords. Parmi les erreurs du rapport :

  • A Amsterdam, les fans de Maccabi Tel Aviv auraient arraché des drapeaux palestiniens le jour du match. En fait, un seul drapeau a été arraché la veille.
  • A Amsterdam, il y aurait eu de nombreux incidents avec des chauffeurs de taxi. Il y en a eu un seul.
  • Les supporteurs israéliens auraient jeté des citoyens innocents dans la rivière. En fait, c’est un supporteur israélien qui a été jeté à l’eau par des Néerlandais propalestiniens qui l’auraient sommé de crier « Free Palestine » s’il voulait regagner la berge.
  • La police néerlandaise aurait décrit les supporteurs du club israélien comme des « combattants » organisés de manière « militariste » dont l’objectif était de se battre avec la police. Les Néerlandais ont nié avoir fait une telle description.
  • La police néerlandaise aurait été obligée de déployer 5 000 agents pour maintenir l’ordre. En réalité, il n’y en avait que 1 700. (Je suis tombé moi-même dans le panneau, citant le chiffre de 5 000 dans mon article : mea maxima culpa). 
  • Il y aurait eu des violences lors d’un match entre Maccabi et le club londonien West Ham en 2023. Un tel match n’a jamais eu lieu.

Ce match purement fictif avait été repéré par la WMP après avoir fait des recherches sur les réseaux sociaux. Quand les forces de l’ordre reprennent des fake news propagées par des internautes, c’est qu’il y a un problème très grave. Il semble évident que la WMP voulait interdire les fans israéliens et cherchait n’importe quel prétexte pour justifier sa décision. Qu’est-ce qui arrive à la police anglaise ?

De la fierté à la honte

A une époque, qui semble aujourd’hui appartenir à un passé lointain, les Britanniques se disaient fiers de leur British Broadcasting Service (BBC), un vaste réseau de médias d’État, plutôt neutres et fiables, dont l’influence s’étendait – et s’étend encore – à travers le monde. Le mirage de la fiabilité a été dissipé par de nombreuses affaires dont la plus récente est celle du faux montage du discours tenu par Donald Trump le 6 décembre 2021. De la même façon, les Britanniques se disaient fiers de leurs forces de l’ordre. Le policier local, le « bobby » (surnom dérivé du nom de l’homme politique conservateur, Robert Peel, qui a créé la police londonienne en 1829) incarnait un modèle de service public et de courage héroïque, lui qui normalement ne portait pas d’arme à feu. Les détectives de Scotland Yard (métonymie dérivée de l’adresse du premier quartier général à Londres – rien à voir avec l’Écosse !) étaient à la pointe de toutes les nouvelles techniques de la traque des criminels. Certes, les exemples de l’héroïsme traditionnel ne manquent pas dans le passé récent. En mars 2017, lors de l’attentat islamiste du pont de Westminster et du Parlement, où un djihadiste utilisant une voiture et un couteau a fait cinq morts et 48 blessés, un policier sans arme s’est sacrifié en affrontant l’assaillant avant que ce dernier ne soit abattu par un collègue armé. Trois mois plus tard, lors de l’attentat du pont de Londres où trois djihadistes armés de couteaux et d’une camionnette ont fait huit morts et 48 blessés, quatre policiers sans armes, dont certains n’étaient pas en service à ce moment-là, n’ont pas craint de faire face aux meurtriers enragés. Pourtant, ces exemples remarquables n’ont pas pu sauver la réputation des forces de l’ordre britanniques qui sont accusées aujourd’hui d’incohérence dans leur politique de maintien de l’ordre, ou de ce qu’on appelle « two-tier policing ». Quel est le sens précis de ce néologisme ?

Depuis des années, la police britannique, comme celle de la France, fait l’objet d’accusations de racisme et de sexisme en provenance de la gauche. Mais de nouvelles critiques sont formulées par la droite, surtout la droite populiste dont la figure de proue est Nigel Farage, le chef du parti Reform UK. Le terme « two-tier policing » ou le maintien de l’ordre « à deux vitesses » ou « deux poids, deux mesures », tel qu’il est utilisé par ces accusateurs, désigne une tendance chez les forces de l’ordre à faire preuve d’indulgence face aux manifestations et actions de contestation organisées par la gauche et des groupes musulmans, et à faire preuve de sévérité face aux événements équivalents organisés par la droite et des groupes patriotiques. Un des premiers exemples de cette tendance serait le laxisme de la police au moment des manifestations Black Lives Matter en mai et en juin 2020, au lendemain du meurtre de George Floyd. Certaines de ces actions ont eu lieu en dépit des restrictions imposées par le gouvernement dans le contexte de la pandémie du Covid. Les forces de police n’ont rien fait pour les empêcher. En revanche, les choses se sont passées différemment en mars de l’année suivante, quand les restrictions sont de nouveau en place. Après l’enlèvement et l’assassinat d’une femme, Sarah Everard, par un policier, Wayne Cousins, dont l’arrestation et la condamnation ont révélé toute une histoire d’agressions sexuelles que sa hiérarchie aurait ignorée, des femmes ont tenu une veillée dans un parc londonien. Cette fois, la police s’est montrée implacable concernant les restrictions et a traité les participantes – majoritairement blanches – avec une brutalité honteuse.

Le non-sens des priorités

À la vague de folie wokiste de 2020 à 2022 succède, après le 7 octobre 2023, celle de la folie en keffieh. Cette nouvelle vague, qui n’est que le prolongement de la première, voit se multiplier de grandes manifestations anti-israéliennes dans les principales villes du pays, que la ministre de l’Intérieur de l’époque, Suella Braverman, a qualifiées de « marches de la haine ». La police aurait pu interdire ces manifestations grâce à son « indépendance opérationnelle » mais elle n’en a interdit aucune, malgré l’atmosphère d’insécurité que ces marches ont créée pour les Juifs britanniques. Lors des émeutes qui ont suivi l’attentat de Southport en juillet 2024, où Axel Rudakubana, 17 ans, le fils d’immigrés rwandais, a tué trois petites filles et blessé dix personnes, la police et la justice ont réagi avec une grande sévérité. On peut toujours débattre de la proportionnalité de la réaction dans tel ou tel cas, mais ce qui a choqué une section du public, c’était une vidéo montrant la police qui parle amicalement avec une bande de musulmans armés de clés et de marteaux prétendument pour défendre leurs lieux de culte. Sévérité plus qu’exemplaire d’un côté, indulgence de l’autre. Un autre élément est venu renforcer cette idée, car outre-Manche la police consacre des ressources disproportionnées au maintien de l’ordre sur les réseaux sociaux. De nombreux citoyens ont été interrogés voire arrêtés par la police suite à des publications qui auraient offensé d’autres internautes. Parmi eux, des personnalités publiques comme la journaliste conservatrice Allison Pearson, qui a reçu une visite surprise de la police un dimanche matin, un an après un post sur X au lendemain du 7-Octobre. Ou l’humoriste et scénariste irlandais, Graham Linehan, arrêté à l’aéroport de Londres pour des posts critiques à l’égard de l’idéologie transgenre. Pourtant, le taux de résolution de crimes des différentes forces de police régionales est en chute libre depuis 2015.

Comment les forces de l’ordre en sont-elles arrivées là ? Il s’agit d’une réaction désespérée aux critiques venant de la gauche qui, il faut l’admettre, ont souvent visé juste. Mais cette ouverture aux sirènes des idéologies les plus wokistes est enracinée dans la formation même des policiers. Un nouveau programme de formation pour les candidats ne possédant pas déjà un diplôme universitaire a été créé en 2018 et généralisé à toutes les forces de l’ordre en 2020. Cette formation est fondée sur une alternance entre le travail pratique sur le terrain et des cours dispensés par les départements de sciences humaines des universités. Il s’agit bien entendu des départements les plus à gauche qui promeuvent sans cesse des idéologies militantes à peine déguisées en disciplines universitaires. C’est là que, en toute probabilité, les apprentis policiers imbibent la théorie critique de la race, les études queer et la théorie décoloniale, ainsi que des concepts comme le privilège blanc, le colonialisme de peuplement et la fluidité de genre

La tragédie de la police britannique, comme celle de la BBC, repose sur la diffusion de cette vision manichéenne du monde qui sépare les bons des méchants, non selon les anciens critères d’honnêteté, d’impartialité et d’humanité, mais selon ceux d’une doctrine politique portée par une minorité d’intellectuels et d’activistes et rejetée par la majorité des citoyens.

Union des droites: jusqu’où?

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Eric Zemmour et Laurent Wauquiez à Paris, le 30 janvier 2019 © WITT/SIPA

Pour la présidentielle, Laurent Wauquiez et David Lisnard souhaitent tous deux une primaire « de Gérald Darmanin à Sarah Knafo ». Plus personne en France ne considère Marine Le Pen, Jordan Bardella ou Eric Zemmour comme des fascistes. Lors de la dernière élection, il faut se souvenir qu’Éric Zemmour avait proposé sa candidature à la primaire de la droite, avant que les chapeaux à plumes LR ne trouvent des arguties juridiques pour refuser sa candidature… Alors que 2027 se rapproche, la droite traditionnelle doit mettre fin aux clivages internes, et clarifier sa position entre fidélité aux principes démocratiques et réponse aux attentes du peuple, analyse notre chroniqueur. Dans son livre, Nicolas Sarkozy révèle de son côté avoir dit à Marine Le Pen qu’il ne s’associerait plus à un « front républicain » contre le RN.


La droite a-t-elle le droit d’être plurielle ? C’est une question qu’on a le droit de se poser.

C’est à la suite d’un remarquable article d’Alexandre Pedro dans Le Monde sur l’union des droites, ses problématiques et ses enjeux, que j’ai eu envie de reprendre ce thème, lequel a perdu son caractère sulfureux — entre opprobre et enthousiasme — pour s’ancrer désormais dans une réflexion plus profonde. Celle-ci est d’autant plus nécessaire que le débat actuel semble opposer certains des esprits les plus clairvoyants et respectés à droite, notamment Bruno Retailleau et David Lisnard.

Une alternative simple

Ma référence au Monde – aussi discutables et biaisées que puissent parfois m’apparaître les analyses de ce quotidien, qui demeure pourtant tristement nécessaire à l’information du citoyen – vise à montrer pourquoi je suis incapable d’une détestation en bloc. Il arrive que certaines synthèses, d’une réelle clarté, éclairent n’importe quel lecteur. On ne peut pas, on ne doit jamais rejeter globalement.

Un mot sur ces paramètres inutiles. Ce n’est pas à la gauche de déterminer ce qui serait bon pour la droite, et celle-ci doit évidemment demeurer indifférente aux leçons d’un « progressisme » qui s’est totalement disqualifié. On peut certes s’interroger sur le caractère électoralement nécessaire d’une entente visant à dégager un candidat unique, mais cette approche n’aborderait pas le fond de la question. Enfin, définir les limites de cette union – de Gérald Darmanin à Sarah Knafo, par exemple – uniquement à partir du choix des personnalités ne serait pas suffisamment opératoire.

Si l’on élimine quelques paramètres, l’union des droites, au fond, confronte le camp largement conservateur à une alternative simple.

En réalité, l’alternative que j’évoquais plus haut et qui est centrale tient à cette interrogation. L’extrême droite (paresseusement définie comme telle par de nombreux médias) constitue-t-elle un territoire totalement étranger à la droite classique, ou n’est-elle qu’une branche, une nuance radicale d’une droite aux mille visages, allant d’un souci de cohérence et de responsabilité à l’approche la plus débridée et inventive qui soit ?

A lire aussi: Mais… quelle bataille culturelle?

Doit-on considérer Marine Le Pen, Jordan Bardella, Éric Zemmour et Sarah Knafo comme des partenaires potentiels des Républicains, quels que soient les antagonismes apparents — qu’il ne faut pas surestimer — ou bien sont-ils, de manière irréductible, des adversaires que la vie politique ne parviendra jamais à concilier ?

S’agit-il d’une droite radicale susceptible de se mêler à d’autres visions de droite, ou d’un objet politique non assimilable, condamnant les droites classiques à s’ébattre dans leur seul champ traditionnel ?

Une intuition

À la réflexion, passionné par cet enjeu dont la résolution aurait une incidence directe sur 2027, je me demande si le désir d’affirmer sa propre identité ne conduit pas chaque parti, groupe ou groupuscule à exagérer ce qui le sépare des autres sur le fond, alors que la forme, la méthode, la volonté d’accomplir ou non seraient sans doute capitales.

J’ai ainsi l’intuition qu’un partage devrait être opéré entre, d’un côté, ceux qui ne seraient pas prêts à sacrifier les principes d’une démocratie traditionnelle pour satisfaire les attentes du peuple, et de l’autre, ceux qui placeraient ce dernier au-dessus de tout, fût-ce au risque d’écorner nos structures républicaines.
Les citoyens d’abord, ou la démocratie comme bouclier honorable ?

La droite a le droit d’être plurielle. Cependant, contrairement à ses habitudes qui la réduisent parfois à des pulsions et à des réflexes, elle ne pourra pas faire l’économie de l’intelligence et de la pensée. Et le temps presse.

MeTooMuch ? (Essai)

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La fille gênée de l’Église

La nef de l’église Saint-Sulpice © Wikimedia

Sommes-nous judéo-chrétiens ? Causeur consacre 28 pages à la question dans le magazine ce mois-ci, avec Éric Zemmour, Monseigneur Rougé, Chantal Delsol, Geoffroy Lejeune, Denis Olivennes, Jeremy Stubbs etc. Elisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques vous présentent ce grand dossier.


On s’attendait à un livre un peu maurrassien sur les bords, l’antisémitisme en moins. En clair, on soupçonnait vaguement l’ami Zemmour de rêver d’une nouvelle alliance du trône et du goupillon, restaurant le catholicisme dans sa dignité de religion française par excellence. On l’imaginait surfer sur la vague catho-identitaire qui enflamme les cœurs de nombreux jeunes, trouvant, en même temps que « la joie d’être aimé de Dieu », comme le confie Geoffroy Lejeune dans nos pages, la foi dans un avenir appelé France. À vrai dire, il s’agit plutôt d’une vaguelette que d’une tendance lourde susceptible d’enrayer ou d’inverser la longue marche vers la sécularisation. D’après un récent sondage de l’IFOP (qui, n’en déplaise aux Insoumis à bas front, ausculte les croyants de toutes obédiences depuis des décennies), seules 41 % des personnes interrogées en 2025 croient en Dieu contre 56 % encore en 2011. Comme l’écrit Chantal Delsol dans notre dossier, les jeunes croyants savent qu’ils sont minoritaires même s’ils ne se résignent pas tous avec la philosophe à ce que « les chrétiens ne soient plus les prescripteurs moraux de nos sociétés ».

La nostalgie d’un catholicisme viril 

Il y a une différence de taille entre ces cathos qui appartiennent doublement à la génération Z (par leur âge et par leur admiration pour l’auteur du Suicide français) et leurs aînés catho-culturels (ou cathos-zombies, selon l’expression mal comprise mais juste d’Emmanuel Todd). Non seulement ce sont de vrais croyants soucieux d’accorder leur vie et leur foi en s’engageant dans la cité, comme le souligne Monseigneur Rougé dans son dialogue avec Zemmour, mais ils n’entendent plus cacher leur étendard, ni accepter d’être la seule religion qu’on puisse ouvertement mépriser et moquer sans jamais subir les foudres des censeurs. Ils sont sortis du placard avec la Manif pour tous, ils n’entendent pas y retourner. Ils ne tendront plus la joue gauche.

En attendant, tous ceux qui guettent avec gourmandise le dérapage qui fera sortir Zemmour de la route idéologique où ils entendent cantonner le débat public et qui, espèrent-ils toujours et toujours en vain, signera sa mort sociale en seront pour leurs frais. Dans La messe n’est pas dite, le président de Reconquête ! ne propose pas d’en finir avec la laïcité dont il n’oublie pas qu’elle est l’enfant du christianisme, ni de destituer la Raison avec laquelle celui-ci a su se conjuguer, après moult vicissitudes il est vrai. Certes, cet amoureux de notre histoire, convaincu que « notre avenir est écrit dans le passé », pense que la Révolution a été une catastrophe pour la France – la Révolution, pas l’avènement de la démocratie – et se dit nostalgique d’un « catholicisme viril ». Pour autant, il ne prétend pas refaire du catholicisme le fondement officiel de l’identité nationale. Revisitant ses lectures de jeunesse, il assure avec André Suarès que « les Français, qu’ils aillent ou non à l’église, ont les Évangiles dans le sang ». Autrement dit, si le catholicisme n’est plus une religion d’État ni même une religion majoritaire, il reste le socle d’une civilisation que Zemmour définit comme judéo-chrétienne, car il n’oublie pas que c’est la religion de la Loi qui a engendré la religion de la Foi.

Actuellement dans les kioques: Causeur #140: Il était une foi en France

Les flics du progressisme n’ont pas mis longtemps à débusquer dans ce trait d’union entre judaïsme et christianisme une nouvelle façon d’exclure les musulmans. Ils se trompent doublement. D’abord, comme le montre Jeremy Stubbs dans nos pages, bien avant que l’islam mette au défi nos sociétés, le judéo-christianisme a été le soubassement anthropologique et le code culturel de l’Occident. Ensuite, il ne s’agit pas d’exclure les musulmans mais de contenir l’islam (faute de pouvoir le christianiser en lui faisant avaler la séparation entre spirituel et temporel), précisément pour ramener les musulmans dans la matrice commune.

La messe n’est pas dite

La civilisation judéo-chrétienne, rappelle Zemmour, a laissé sa marque partout, dans les bâtiments, les paysages, les institutions, le Code civil. Dans ces conditions, dira-t-on, que veut-il de plus ? L’ancien journaliste du Figaro ne demande pas que le chef de l’État jure sur la Bible ou qu’on célèbre son élection par une messe, il ne propose pas de ramener les crucifix dans les salles de classe. Il souhaite juste qu’on apprenne aux enfants de France, quelle que soit leur origine réelle, d’où ils viennent et ce que signifient les tableaux qu’ils voient dans les musées, qu’on n’ait pas honte de célébrer Noël et Pâques, que les juges et les associations mal nommées de libre-pensée trouvent d’autres paroissiens à enquiquiner que les élus qui, à l’instar de Robert Ménard, installent une superbe crèche de Noël dans la cour de leur mairie. Ce qu’on appelle en somme le combat culturel : pas de quoi fouetter un bouffeur de curé.

La messe n'est pas dite: Pour un sursaut judéo-chrétien

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Ahmed al-Charaa au Forum de Doha: un an après la chute du régime syrien, le pari fragile de la normalisation

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Doha, Qatar, 6 décembre 2025 © IMAGO/NOUSHAD THEKKAYIL/SIPA

Au Qatar, le président syrien autoproclamé a exécuté un habile numéro d’équilibriste.


L’histoire aime les symboles et les espoirs dans une période très agitée. Surtout quand cela concerne le Moyen-Orient. Celui qui s’est joué le 6 décembre 2025, au Forum de Doha, n’en manque pas. Pour la dernière édition de 2024, la chute brutale du régime de Bachar al-Assad avait bouleversé un Moyen-Orient en pleine reconfiguration, accélérant une transition forcée et chaotique. Cela fait aujourd’hui exactement un an que Damas a basculé. Et c’est précisément maintenant que le nouveau président de transition syrien, Ahmed al-Charaa, a choisi de prendre la parole au Qatar, sous les caméras d’un forum devenu l’une des scènes diplomatiques centrales du monde arabe. La présence de cet ancien djihadiste, reconverti en dirigeant que la communauté internationale juge désormais fréquentable, résume les paradoxes d’une Syrie en reconstruction et d’un ordre régional qui tente d’éviter une énième implosion.

La visite inédite d’un président toujours en quête de respectabilité internationale

Rarement récemment un dirigeant n’aura incarné à ce point la possibilité, ou l’illusion, d’une métamorphose politique. Ahmed al-Charaa, poussé au pouvoir dans le sillage de l’effondrement du régime Assad, traîne un passé que nul ne peut ignorer. Ancien combattant radicalisé à l’époque des guerres confessionnelles, il a pourtant réussi un tour de force diplomatique : apparaître aujourd’hui comme un président de transition crédible, présentable, presque consensuel. Sa venue au Forum de Doha, ce Davos du Moyen-Orient qui accueille chefs d’État, milliardaires, stratèges et négociateurs internationaux, illustre cette stratégie de légitimation. Le Qatar, qui a patiemment mûri depuis une décennie un rôle d’arbitre régional, lui offre une tribune et un cadre susceptibles de sceller sa transformation politique. En l’invitant, les organisateurs du forum ont fait plus que reconnaître un nouveau pouvoir : ils ont assumé de miser sur la capacité de ce président atypique à maintenir la Syrie hors du chaos, fût-ce temporairement.

A lire aussi: Syrie année 1: du despotisme baasiste au salafisme d’État

Une Syrie en transition, entre fractures internes et influences étrangères

La Syrie que dirige al-Charaa n’a rien d’un État stabilisé, à tout le moins il n’a pas basculé dans le chaos. La transition est profonde, incertaine, traversée par des tensions anciennes et de nouvelles rancœurs. Les minorités druzes et chrétiennes ont payé le prix fort de décennies de guerre, oscillant entre marginalisation, oppression et représailles. Leur place dans la Syrie nouvelle reste une équation délicate, tant les blessures sociales et confessionnelles demeurent ouvertes. À cela s’ajoute le poids évident des puissances extérieures, qui continuent à peser sur l’avenir du pays. Le Qatar et la Turquie sont les deux soutiens majeurs du président de transition, non seulement pour l’appui à la mécanique politique interne, mais aussi pour la stabilisation sécuritaire et économique. Sans cet appui, la Syrie risquerait de retomber dans le cycle des factions armées et des zones d’influence incontrôlées. La réalité est claire : l’autorité d’al-Charaa repose autant sur sa capacité à imposer une discipline politique en interne que sur l’équilibre qu’il parvient à maintenir entre ses alliés régionaux, tout en gardant à distance l’Iran, la Russie et les résidus de l’ancien appareil baasiste.

Les messages du président: apaisement, calculs régionaux et gestion du dossier israélien

Dans son discours à Doha, Ahmed al-Charaa a tenté de s’adresser à plusieurs audiences en même temps : la communauté internationale, les pays arabes, ses alliés, ses adversaires et surtout Israël. La question israélienne demeure l’un des nœuds de la transition syrienne. Tel-Aviv exige depuis plusieurs semaines la démilitarisation totale de la zone frontalière, au minimum jusqu’à la ligne de désengagement de 1974, arguant que toute reconstruction syrienne doit s’accompagner d’une garantie de sécurité absolue. Le président syrien, conscient que la viabilité de son régime dépend de sa capacité à éviter un nouveau front militaire, a adopté à Doha une ligne pragmatique. Il a assuré vouloir restaurer un État de droit souverain tout en évitant les provocations régionales. Il a également affirmé que la nouvelle Syrie ne sera plus un terrain de guerre par procuration et qu’un mécanisme de désescalade, soutenu par le Qatar et discuté discrètement avec Washington, pourrait offrir une sortie honorable au différend avec Israël. Ce discours n’efface ni les zones d’ombre ni les doutes. Il reflète toutefois une stratégie : tenir ensemble des exigences contradictoires, rassurer les puissances qui veulent une Syrie contrôlable et envoyer des signaux à Israël sans affaiblir sa propre légitimité déjà fragile… Tout en ménageant l’ancien allié russe du régime précédent et en accueillant les Américains à bras ouverts !

Si la présence d’Ahmed al-Charaa au Forum de Doha marque un tournant symbolique dans la transition syrienne, elle souligne surtout l’extrême volatilité d’un pays qui tente de renaître sous tutelle régionale et sous le regard méfiant de ses voisins. La normalisation est un pari, la stabilisation un défi, et l’acceptabilité internationale un processus fragile. Reste à savoir si le nouveau président syri­en est l’artisan d’une rupture réelle ou simplement le visage temporaire d’un équilibre encore instable.

Europe: de la vertu qui rend petit

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Friedrich Merz, Keir Starmer, Volodymyr Zelenskyy et Emmanuel Macron au 10 Downing Street, à Londres, 8 décembre 2025 © Toby Melville/AP/SIPA

Après la publication, vendredi dernier, de la stratégie de sécurité nationale version MAGA de Trump, les Européens constatent avec effroi que le nouveau président américain ménage effectivement Moscou et s’indignent de la place qui semble leur être réservée dans le nouvel ordre mondial. Alors que la géopolitique issue de l’après-1945 est bouleversée par l’isolationnisme américain et l’attitude belliqueuse de la Russie, une Europe tétanisée et féminisée n’est capable de réagir que par une crise de nerfs, observe notre contributeur.


Face à l’intensification récente des discussions entre les Américains et les Russes pour aboutir à un accord de paix avec l’Ukraine, les Européens ne l’entendent pas de cette oreille et tentent d’imposer leur vision d’une paix impossible.

L’Europe a fendu l’armure. Elle est devenue cette étrange mégère qui couche son âme rancunière sur le divan de la morale. Son réarmement militaire se déploie dans le lit d’un ressentiment désordonné. Confrontée à la fin du glacis protecteur américain, l’Europe s’égare dans une sentimentalité toute fragile : elle casse des assiettes, s’agite dans tous les sens, condamnant tour à tour tous ceux qui seraient opposés à ses « valeurs ». 

Or les valeurs de l’Europe sont malades. Elles reposent sur une interprétation pathétique et épuisée de la réalité. « La morale est aujourd’hui en Europe une morale de troupeau », disait déjà Nietzsche, au XIXème siècle…

En boucle, on scande que la Russie serait à nos portes, on s’invente des ennemis illusoires, on se trompe de cible, on se trompe d’origine. « Il faut mettre en question la valeur même des valeurs morales », assénait Nietzsche. Nos valeurs égalitaristes, pudibondes et aplanissantes, celles qui prônent la faiblesse en archétype de la vie, ont triomphé. Ce qui est à l’œuvre aujourd’hui, c’est le couronnement de l’Europe tétanisée et féminisée.

L’hystérie européenne 

Cette situation géopolitique européenne n’est autre que le produit d’une physiologie particulière: celle d’un corps où l’idéal ascétique demeure le credo de la vie. La bienveillance éternelle exercée en mantra du vivant est la phase terminale d’une civilisation occidentale à bout de souffle et à bout de nerfs. Une vie vécue à l’aune dela curatelle du médecin, d’un corps fatigué, incapable d’agir autrement que par la faiblesse, forme sublimée du renoncement à soi. Mais quelle est la Sainte-Trinité des valeurs européennes ? Paix, Pitié et Compassion ! La paix idéalisée entretenue par une hystérisation des discours martiaux; la pitié à tout prix qui conduira à la mort; la compassion à tout prix qui conduira à la haine. Voilà où nous en sommes. Voilà ce que l’on martèle dans toutes les têtes européennes, relayé en grande pompe par les médias et l’ensemble des grandes institutions du monde occidental.

Alors que les tractations entre Vladimir Poutine et l’administration américaine se sont intensifiées ces dernières semaines pour tenter de trouver une issue à la guerre, les Européens semblent se refuser à tout compromis, à toute volonté de résolution du conflit. Ils ne raisonnent plus à partir de réalités mais d’idées abstraites. Ils sont prêts à falsifier le réel ; à créer l’illusion dangereuse que la Russie serait à nos portes d’ici trois ou quatre ans alors qu’elle avance péniblement sur le front ukrainien. En trois ans, la Russie n’a même pas été en mesure de conquérir le Donbass. Mais l’Europe n’a que faire de la réalité. Elle semble préférer poursuivre la guerre tant que son idéal de paix juste n’est pas accompli. Qu’importe les morts, qu’importe les réalités du terrain, qu’importe l’Ukraine, il faut d’abord et avant tout que sa morale triomphe coûte que coûte pour que le chemin d’une paix puisse se dessiner. 

Paralysie de la pensée

Les Européens ne savent plus réagir que par l’angoisse. Une angoisse fantasmée qui leur permet de tout légitimer même les irréalités les plus folles. La distance, la perspective, la nuance, et le recul historique ont littéralement disparu des discours. En 1948, Albert Camus publiait un article intitulé « Le siècle de la peur » où il soulignait qu’« entre la peur très générale d’une guerre, que tout le monde prépare et la peur toute particulière des idéologies meurtrières, il est donc bien vrai que nous vivons dans la terreur (…) Pour sortir de cette terreur, il faudrait pouvoir réfléchir et agir suivant la réflexion. Mais la terreur, justement, n’est pas un climat favorable à la réflexion ».  

A chaque tentative de discussion entre Trump et Poutine, que font les Européens ? Ils s’indignent, accusant les uns d’être poutinophiles, les autres d’être trop complaisants avec la Russie, suspectant chez tous ceux qui daignent réfléchir une forme d’intelligence avec l’ennemi ! Mais « un homme indigné est un homme qui ment », rappelait Nietzsche. Une gesticulation morale en vue de séparer le monde en deux camps : les « méchants » et les « gentils ». Au diable Trump et Poutine ! L’Europe adoube son nouveau roi de miséricorde : Volodymyr Zelensky, le supplicié, le courageux, le martyr, le valeureux. Elle s’unit dans la faiblesse pour mieux recréer les conditions de sa force. L’Europe est lancée dans une nouvelle croisade. En prenant sa faiblesse pour de la force, elle nous conduit tout droit à la guerre des faibles. 

Mais… quelle bataille culturelle?

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Les députés Charles Alloncle (UDR) et Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, Assemblée nationale, Paris, 25 novembre 2025 © Jeanne Accorsini/SIPA

La droite dit, enfin, vouloir se lancer dans la bataille culturelle. Reste à savoir comment elle compte la mener.


Depuis l’affaire de la « labellisation » de l’information, la droite hausse le ton et cite 1984 de George Orwell davantage qu’une copie de philosophie de lycée. Enfin ! Elle qui s’est contentée jusqu’à présent de rêvasser à la France d’avant Mitterrand, de revendiquer son droit aux délices pralinés de la nostalgie et de brandir son « pass culture » sépia – les châteaux de la Loire, Le Château de ma Mère et le pensionnat du Fond de l’étang des Choristes – la voilà qui se réveille. Ce n’est pas trop tôt.

« La bataille culturelle va être violente », annonce fièrement la droite, émergeant de cinquante ans d’hibernation. À la bonne heure. Mais de quelle bataille culturelle parle-t-on ? Pendant que la gauche-fourmi érigeait, pierre après pierre, un modèle cohérent (histoire mondiale de la France, géographie a-physique, littérature a-stylistique, arts visuels occidentaloclastes, cinéma convivial), la droite-cigale se moquait et, entre deux-trois envolées lyriques sur l’âme de la France coincée entre la merveilleuse Jeanne d’Arc et l’odieuse Révolution française, trouvait scandaleux le travail de sape de la gauche tout en continuant à envoyer ses enfants à l’école apprendre l’histoire de esclavage européen et la littérature jeunesse francophone.

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Pour qu’il y ait bataille culturelle entre une droite enfin déniaisée et une gauche gramscienne enfin déstabilisée, il faut un combat à armes égales. Faire du Gramsci de droite, en somme. Raymond Aron avait décidément raison : dans l’ordre de l’histoire, si on entend survivre, il n’y a pas d’autre moyen de résister qu’en montrant à ses ennemis politiques que l’on est capable des mêmes vertus qu’eux. Aujourd’hui, la culture dite de droite se résume, en gros, au point d’histoire de Philippe de Villiers et au point philo de Michel Onfray – lequel n’est d’ailleurs pas de droite mais que la droite a raison d’apprécier – rares moments stimulants de la culture non mainstream. La France crève pourtant d’historiens méconnus capables d’alimenter des débats inédits sur des thèmes squattés par la gauche (colonisation, décolonisation, esclavage, guerres de religions etc.), d’artistes contemporains insensibles à l’antifascisme parisien, d’écrivains ne parlant pas des migrants et de professeurs susceptibles de faire des cours sur autre chose que la misogynie d’Émile Zola dans Au Bonheur des Dames. À la droite d’aller les chercher et de leur donner l’espace médiatique requis. Puisque tout se joue là.

Il n’y aura pas de « bataille culturelle » tant que la droite continuera à considérer que sa culture est immémoriale, sacrificielle mais toujours vivace sous les toits des églises qui s’effondrent et entre les pages des Mémoires de guerre du Général de Gaulle que tout le monde s’arrache tel un totem de grandeur. La gauche a toujours su renouveler son délire de l’homme nouveau : après le camarade communiste et le citoyen du monde, elle a eu l’idée du perpétuel éveillé à la croisée de toutes les causes minoritaires. À la droite de proposer l’homme tout court, capable de reconquérir son héritage et, surtout, de le moderniser. Vaste programme. Et qui va demander beaucoup de travail.

🎙️ Podcast: Impuissance du gouvernement, entrisme islamiste à gauche, échecs et succès littéraires…

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La journaliste Céline Pina © Bernard Martinez

Avec Céline Pina, Eliott Mamane et Jeremy Stubbs.


Le Premier ministre Sébastien Lecornu essaie de faire adopter son projet de budget de la Sécurité sociale en appelant à la responsabilité de tous. Par là, il ne fait que se dégager de toute responsabilité.

Le 24 juin 2025, l’Assemblée nationale a créé une commission d’enquête « sur les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ». Ses travaux ne sont pas encore terminés, mais ils ont déjà eu un effet: des journalistes ont été menacés par l’extrême gauche. C’est ainsi que cette dernière, tout en prétendant que l’enquête la vise injustement, a dévoilé sa fidélité à l’idéologie islamo-gauchiste et son peu de respect de la démocratie. Pendant ce temps, outre-Atlantique, Donald Trump envisage l’interdiction des Frères musulmans.

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Si le livre de Jordan Bardella connaît un grand succès populaire, celui de Marine Tondelier est un bide, ainsi que celui de Ségolène Royal. C’est le symptôme d’une gauche qui a perdu la confiance du peuple.

Pour les auditeurs qui sont à la recherche de lectures plus digestes, il y a le nouveau titre d’Eric Zemmour, La messe n’est pas dite (Fayard). Son auteur dialogue avec Mgr Rougé, l’évêque de Nanterre, dans le nouveau numéro de Causeur. Il y a aussi le dernier livre de Gilles-William Goldnadel, Vol au-dessus d’un nid de cocus (également chez Fayard)…

Écoutez 👇

Lyrique: un « Ariodante » en or au château de Versailles

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© Edouard Brane

Un ravissement du regard et de l’ouïe. Franco Fagioli irrésistible de drôlerie


Hasard du calendrier lyrique ? Moins de deux mois après la reprise d’Ariodante à l’Opéra de Paris dans l’épatante mise en scène de Robert Carsen, voilà que le célèbre ‘’Dramma per musica’’ de Haendel, apothéose de la musique baroque, fait l’objet d’une nouvelle production sous les auspices de l’Opéra Royal de Versailles – spectacle rare à tous les sens du mot : dernière représentation le 11 décembre !

Eclatant !

On est ici à mille lieues de la corrosive transposition contemporaine sur fond de scandales médiatiques secouant l’actuelle dynastie Windsor, telle qu’imaginée pour l’Opéra-Bastille par le fameux metteur en scène canadien. Pour l’heure, notre compatriote Nicolas Briançon –  cf. l’an passé, comme acteur au Théâtre Montparnasse, les sketchs de Poiret & Serrault revisités avec François Berléand et, cette saison, son duo avec Pierre Arditi dans Je me souviendrai… de presque tout, une pièce d’Alexis Macquart – investit quant à lui l’écrin fastueux de la monarchie absolue, la cage de scène de l’Opéra Royal s’offrant comme un prolongement de l’habillage de colonnes et de sculptures surchargé d’ors de la salle elle-même, dans une restitution raffinée, poétique et pleine d’esprit des « grandes machines » propres à la pyrotechnie baroque : toiles de décors peints qui, à vue, tombent des cintres, superpositions de trompes l’œil, architectures illusionnistes à la Hubert Robert, fausses ruines et jardins enchantés, lumières changeantes, etc.  Cette inventivité pleine de fraîcheur vient opportunément revivifier la haute tradition, avec un éclat sans pareil. On doit cette performance, une nouvelle fois, au talent de l’émérite Antoine Fontaine, adoubé dès longtemps comme chacun sait par les planches et le cinéma – de Patrice Chéreau à Michel Fau, en passant par Éric Rohmer…   

Franco Fagioli irrésistible de drôlerie

La cour d’Ecosse médiévale issue du livret d’Antonio Salvi inspiré de l’Arioste se voit ainsi transportée dans un XVIIIème siècle pastoral et transalpin dont les tableaux se métamorphoseront sans trêve au long des trois actes. Les costumes (signés David Belugou), renvoient plutôt au siècle du Roi Soleil, avec, pour les hommes, ces justaucorps, ces lourdes perruques bouclées qui s’étalent jusque sur l’échine et ces souliers à hauts talons et, pour les personnages féminins, ces robes baleinées, décolletées, flottantes, dans un camaïeu riche en couleurs pastels… Pour ce qui est du personnage d’Ariodante, lui, et lui seul, est habillé d’un rouge aussi clinquant, aussi vif que l’humour dont le vertigineux Franco Fagioli enrobe à merveille son rôle-titre (rôle assumé à l’origine, rappelons-le, par un castrat, mais qui, dans la version parisienne évoquée plus haut, était travesti sous une voix de mezzo – Emily d’Angelo en 2023, Cecilia Molinari cette année). Chanté donc ici par un contre-ténor, Ariodante y revêt, sous une forme délicieusement parodique, la figure d’une sorte de « folle » du plus haut comique, il faut bien le dire, feudataire emperruqué, gourmé, précieux, maniéré jusqu’au ridicule et fort peu viril en somme : il esquisse des révérences, s’essaie à des pas de danse, tourbillonne,  s’agite beaucoup des bras, les volutes et les ornements virtuoses de son chant servant de contrepoint expressif à un jeu de scène irrésistible de drôlerie et d’efficacité. Le rôle du « méchant », le fourbe et perfide Polinesso, est, là encore de façon tout à fait inattendue, prodigieusement campé par le juvénile Théo Imart, ravissant contre-ténor français –  âgé de 29 ans, il en fait dix de moins ! – (dont à bon escient la mise en scène  caractérise le double-jeu en lui faisant tour à tour ôter puis remettre sa perruque gris-perle sur son beau casque naturel de cheveux châtains) : l’articulation impeccable se conjugue chez lui à une émission flamboyante et à une rondeur de phrasé exceptionnels, cela joint à une présence scénique qui lui vouera d’ailleurs, à juste titre, les ovations répétées du public. On a donc hâte de redécouvrir l’éphèbe Théo Imart en mai prochain dans Ercole Amante (Hercule amoureux), autre opéra baroque d’Antonia Bembo, une nouvelle production de l’Opéra de Paris qui figure déjà dans l’agenda de tout amateur de lyrique. Quant au vibrato ciselé de la basse Nicolas Brooymans, il rend incomparable ce roi d’Écosse au lourd manteau chamarré d’or. Lurciano, le frère d’Ariodante, sous les traits du ténor britannique Laurence Kilsby, est éblouissant de naturel et de clarté. On n’est pas en reste du côté des voix féminines, avec, dans le rôle de Ginevra l’irremplaçable, étincelante Catherine Trottmann, familière de l’Opéra Royal, et la soprano belge Gwendoline Blondeel, laquelle, en Dalinda, impose son agilité dans les acrobaties de ses vocalises. Il est vrai que ce répertoire est, en soi, un véritable concours de virtuosité vocale entre les chanteurs !

Photo: Geoffrey Hubbel

Au-delà de cette lecture pour ainsi dire « littérale », rappel de l’époque même de la création du chef d’œuvre à Londres, en 1735 comme l’on sait pour le Covent Garden, cet Ariodante versaillais dirigé sans baguette sur un tempo alerte par le chef (et violoniste) polonais Stefan Plewniak, à la tête d’un Orchestre de l’Opéra Royal en grande forme, est, d’un bout à l’autre, un ravissement du regard et de l’ouïe. Précipitez-vous !


Ariodante. Opéra en trois actes de Georg Friedrich Haendel. Avec Franco Fagioli, Catherine Trottmann, Théo Imart, Gwendoline Blondeel, Laurence Kilsby, Nicolas Brooymans, Antoine Ageorges. Direction: Stefan Plewniak. Mise en scène : Nicolas Briançon.

Orchestre de l’Opéra Royal. Nouvelle production.

Durée : 3h20.

Le 7 décembre à 15h, les 9 et 11 décembre à 20h.

L’immigration, la science et les gardiens du temple médiatique

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Le député RN Philippe Ballard (à gauche) a répondu aux questions de Tristan Waleckx sur France 2, qui prétend que la chaîne CNews fait de la "désinformation". Capture France TV.

Dans le « Complément d’enquête » qui a fait couler tant d’encre, France TV a prétendu dénoncer la « méthode CNews » en s’appuyant sur la science. Enfin, sur ce qu’elle appelle, elle, la science… Selon la télévision publique, l’absence de lien entre délinquance et immigration ferait l’unanimité parmi les scientifiques. En réalité, la synthèse du CEPII s’appuie sur seulement quatre études étrangères.


Aucun doute, la guerre est déclarée entre l’audiovisuel public, payé par tous les Français, et CNews, chaîne privée appartenant au groupe Bolloré. Le succès de cette dernière agace au plus haut point la présidente, les directeurs et les journalistes vedettes de France TV, tous très généreusement rémunérés avec l’argent de contribuables qui préféreraient que leurs impôts servent à autre chose qu’à maintenir un service public qui leur dit ce qu’ils doivent penser.

Label rouge

Selon les critères d’Emmanuel Macron et de Reporters sans frontières, le dernier Complément d’enquête sur CNews diffusé sur France 2 cochait toutes les cases d’une information fiable, issue d’un travail journalistique rigoureux, présentée par un journaliste d’une totale honnêteté intellectuelle. Selon les critères du commun des téléspectateurs clairvoyants, il a été l’illustration parfaite de ce que l’oligarchie politico-médiatique attend des médias qui rêvent d’être « labellisés » par cette dernière, à savoir un journalisme à la botte du pouvoir socialo-macroniste, prêt à tout pour museler les voix dissidentes.    

Au cours de ce reportage grossièrement à charge, un mot magique, censé clore le débat sur le lien entre délinquance et immigration, sujet trop souvent abordé sur CNews selon France TV, jaillit à plusieurs reprises de la bouche des gardiens du temple médiatique. À la trentième minute de cette invraisemblable enquête sur CNews, une voix off affirme que « le lien de causalité entre étrangers et insécurité n’existe pas. Et c’est la science qui le dit. Le CEPII a recensé tous les travaux sur le sujet. D’après lui, les études concluent unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance. » Une demi-heure plus tard, face au député RN Philippe Ballard, Tristan Waleckx assène la même assertion : « Il y a des études scientifiques, c’est le CEPII, ce sont des économistes qui ont fait une compilation de toutes les études qui existent sur le sujet et qui concluent unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance. » Condescendant, Tristan Waleckx déclare alors à Philippe Ballard qu’il y a « une différence entre le ressenti, le “doigt mouillé” et la science. » 

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Avant de disséquer le travail « scientifique » auquel Tristan Waleckx fait référence, rappelons que ce journaliste est diplômé de l’École supérieure de journalisme de Lille. Cela n’est pas anodin. Cette école se veut à la pointe du combat pour l’inclusion et la diversité ; elle est « le symbole du formatage idéologique des apprentis journalistes et le temple du “politiquement correct” le plus impeccablement sourcilleux[1] ». Les étudiants de l’ESJ lilloise affirment à 87% voter pour la gauche et l’extrême gauche. Nombre d’enseignants qui y dispensent leurs cours sont issus des principaux médias mainstream (Le Monde, France Info, France 2, l’AFP, France 3 Alsace, etc.) Bref, cet établissement produit « à la chaîne des petits soldats interchangeables au service d’une information corsetée, contrôlée » et très certainement prochainement « labellisée » par leurs prédécesseurs promus au rang de commissaires politico-médiatiques.

France TV

Revenons à notre sujet principal. Le CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales) est un service gouvernemental rattaché au Premier ministre. Le rapport dont fait état Tristan Waleckx date d’avril 2023. Élisabeth Borne était alors en poste à Matignon. Elle n’attendait vraisemblablement pas d’un rapport sur l’immigration et l’insécurité issu d’un de ses services qu’il dise autre chose que ce qu’affirmaient à l’époque son ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et surtout son ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti : l’insécurité est un « sentiment », la submersion migratoire est un « fantasme », établir un lien entre les deux relève de la « désinformation » et fait le jeu de qui vous savez. Les économistes Arnaud Philippe et Jérôme Valette, auteurs du rapport en question, sont censés avoir scientifiquement prouvé la véracité de ces allégations. Voyons un peu à quoi ressemble ce travail titanesque et d’une extraordinaire rigueur vanté par les journalistes de la télévision publique.

Curieuse unanimité

Ce dossier « scientifique » a recensé, selon Tristan Waleckx, « toutes les études sur le sujet », et celles-ci auraient « conclu unanimement à l’absence d’impact de l’immigration sur la délinquance ». Étonnamment, ce dossier exceptionnel ne fait que quatre courtes pages. Il faut dire qu’il ne repose que sur quatre études relatives à l’immigration au Chili et aux États-Unis (1986-2004), au Royaume-Uni (1997-2008) et en Italie (1990-2003) – Tristan Waleckx a donc menti en parlant de… « toutes les études sur le sujet ». Par ailleurs, les périodes analysées remontent à deux voire trois décennies et les pays retenus présentent naturellement des spécificités – importance de l’immigration légale et illégale, origine des immigrés, etc. – qui interdisent les analogies avec l’immigration propre à la France, immigration qui provient à près de 60% du continent africain et a pris des proportions considérables ces dix dernières années. De toute évidence, comme cela arrive trop souvent lorsque l’idéologie domine la recherche, MM. Philippe et Valette connaissaient la conclusion de leur « travail » avant même de s’y atteler – ne leur restait plus qu’à trouver les quelques travaux allant dans leur sens ou pouvant se prêter à des contorsions interprétatives aboutissant à un résultat sonnant comme un slogan: il n’y a aucun lien entre la délinquance et l’immigration en France.      

Torsion de la réalité. Si les auteurs dudit rapport sont obligés de reconnaître que « la surreprésentation des immigrés dans les statistiques [sur la criminalité] se retrouve dans la plupart des grands pays d’accueil »etque, pour la France,« la proportion d’étrangers dans la population totale était en 2019 de 7,4 %, mais s’élevait à 14 % parmi les auteurs d’affaires traitées par la justice, à 16 % dans ceux ayant fait l’objet d’une réponse pénale et à 23 % des individus en prison » [c’est près de 25 % en 2025], ils affirment cependant que plusieurs raisons peuvent expliquer cela. D’abord, les jeunes hommes sont surreprésentés dans la population immigrée et sont plus pauvres que les natifs, ce qui les rendrait « plus susceptibles d’être en infraction avec la loi ». Curieux raisonnement. Quoi qu’il en soit, il y aurait donc bien un lien, même ténu, entre immigration et délinquance – oui, mais cela est la faute du pays d’accueil, en particulier pour les « atteintes aux biens » qui sont « uniquement dues à une exclusion [des immigrés] du marché du travail ». Ensuite, « la surreprésentation des immigrés dans les statistiques de délinquance ne peut être comprise qu’à l’aune du traitement différencié que subit cette population à toutes les étapes du système pénal : de la probabilité d’arrestation à celle d’être incarcéré ». En clair, les immigrés seraient plus souvent contrôlés, plus souvent arrêtés et plus sévèrement punis que les Français pour des infractions similaires. L’idéologie contre le réel – MM. Philippe et Valette ne suivent pas l’actualité ou habitent sur la planète Mars pour sortir de telles énormités. 

Enfin, expliquent-ils, si les Européens en général et les Français en particulier pensent qu’il y a un lien entre la délinquance et l’immigration, c’est surtout la faute des… médias qui traiteraient « de manière différente la délinquance d’origine étrangère et celle des natifs ». En Suisse, au moment du référendum sur la construction des minarets, c’est le traitement médiatique de la délinquance en fonction de l’origine du suspect qui, selon eux, aurait abouti à la victoire du « contre ». Puisqu’on vous dit que c’est scientifique… 

Perceptions, dites-vous…

La conclusion de ce document supposément scientifique est un parfait échantillon de la propagande immigrationniste chère à François Héran, Hervé Le Bras ou Éric Dupond-Moretti. Pour en souligner la fourberie, citons-la entièrement : « L’immigration mérite un débat à la hauteur des enjeux et des inquiétudes qu’elle suscite. Cependant, il n’y a pas de raisons de centrer cette discussion sur la délinquance. Si la surreprésentation quasi-mécanique des immigrés dans les statistiques et les biais médiatiques peuvent créer l’illusion d’une relation entre immigration et délinquance, les études montrent qu’il n’en est rien. Ce n’est pas le fait d’être immigré en soi qui conduit à plus de délinquance, mais des caractéristiques qui, lorsqu’elles se retrouvent chez des natifs, conduisent également à plus de délinquance. Quant au faible effet de l’immigration sur les vols, il peut être résorbé par des politiques favorisant l’intégration économique des immigrés sur le territoire national et notamment leur accès au marché du travail. Un traitement plus équilibré de l’information relative à la délinquance, selon l’origine nationale ou étrangère des suspects, permettrait également de rendre les perceptions plus proches de la réalité. » Cette prose artificieuse ne résulte pas d’un travail scientifique, inexistant en l’occurrence, mais d’une approche idéologique en faveur de l’immigration. Elle mérite un SIC d’or pour son involontaire mise en évidence du procédé orwellien de manipulation de la réalité et d’officialisation du mensonge qui infecte les organes gouvernementaux et les médias de l’audiovisuel public.  

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Car la réalité, implacable, dément ces contre-vérités. À l’inverse de la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Danemark, les Pays-Bas ou la Suisse publient des chiffres extrêmement précis de la criminalité par nationalité ou par origine. Dans ces pays, une même conclusion s’impose : les étrangers et les personnes issues de l’immigration extra-européenne sont surreprésentés dans les agressions physiques et sexuelles, les vols, le narcotrafic. Cela n’a fait que s’amplifier ces dernières années. En Allemagne, en 2023, la police a recensé 923 000 délinquants présumés d’origine étrangère, soit 41 % de l’ensemble des suspects appréhendés. La ministre de l’Intérieur, la sociale-démocrate Nancy Faeser, prônait alors la tolérance zéro et affirmait vouloir obliger tous les délinquants étrangers à « quitter l’Allemagne ». De son côté, le gouvernement français répugne à publier des statistiques complètes et précises sur la criminalité, en particulier la nationalité ou l’origine des délinquants. Pourtant, selon le ministère de l’Intérieur, 93% des vols et 63% des agressions sexuelles dans les transports en commun en Île-de-France sont commis par des étrangers. Les violences sexuelles dans ces espaces ont augmenté de 86% en dix ans. Le phénomène se répand sur tout le territoire. Il serait également intéressant de connaître la proportion des Français issus de l’immigration impliqués dans des affaires d’agressions physiques et sexuelles, de vols, de refus d’obtempérer, de trafic de drogue, etc. Aux Pays-Bas, des statistiques complètes sont réalisées et publiées : alors que les personnes issues de l’immigration « non-occidentale » représentent 14% de la population, elles comptent pour 35% dans les infractions sexuelles, 40% dans les agressions physiques, 40% dans le narco-trafic, 60% dans les vols violents. Idem au Danemark où les immigrés et leurs descendants (= enfants) représentent 40% des condamnations pour homicides, viols et vols alors qu’ils ne représentent que 12% de la population[2]. Il est à craindre qu’en France les chiffres soient similaires, voire plus inquiétants encore. Difficile de le savoir : les pouvoirs publics ne donnent que peu d’informations et, à l’inverse de ce qu’affirment les auteurs du CEPII, les médias dominants rechignent à dire la vérité sur cette nouvelle criminalité et à montrer la réalité, quand ils ne la déforment pas – il suffit de se remémorer de quelle manière ont été traitées les affaires concernant Lola, Thomas, Philippine ou Élias, et de quelle façon ont été présentées celles concernant Adama Traoré ou Nahel Merzouk et les émeutes qui ont suivi, pour comprendre de quoi il retourne. Vaste sujet qui mériterait pour le coup un véritable… complément d’enquête.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] Xavier Eman, Formatage continu, Tour de France des quatorze principales écoles de journalisme, préface de Claude Chollet (L’Observatoire du journalisme), 2024, La Nouvelle Librairie.

[2] Ces chiffres sont extraits des différents dossiers présentés par le data-analyste Marc Vanguard sur son site web. Les nombreuses données récoltées et analysées par ce dernier sont issues des ministères, des différents services gouvernementaux ou des organes de la statistique officiels de chacun des pays concernés. Rien à voir, donc, avec le travail « scientifique » des économistes du CEPII…       

L’Espagnol qui voulait gagner sa place au soleil

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© CHOGNARD ETIENNE/TF1/SIPA

De l’Espagne franquiste à la Movida, du Festival de Benidorm à son installation somptuaire en Floride, Julio Iglesias a incarné la réussite exponentielle du chanteur de charme et un art de vivre flamboyant. Enfin traduite en français, la biographie littéraire de Ignacio Peyró traduite par Albert Bensoussan vient de paraître au Cherche midi. Portraits croisés du crooner latin en lévitation et d’une émancipation ibérique…


Julio est une anomalie née au siècle dernier. Un mystère dans une époque devenue congelée. Son sourire aura abattu tant de digues morales. Il a toujours eu la baraka. Aujourd’hui, un tel parcours scruté par les réseaux sociaux serait-il possible ? Ses gestes, ses conquêtes, sa nonchalance et son charisme, son absence de calcul politique et sa bonne étoile, son ambition transparente comme l’eau de roche et son amour véritable du public charrient tant de souvenirs. Des bons. Le temps des possibles. D’un équilibrisme éminemment sympathique. Son œcuménisme scénique est incompréhensible de nos jours quand des chanteurs travaillent leur propre clientèle et incitent au clivage idéologique. Julio transcende les partis. Il n’est pas un sectaire, ni un roublard. Il veut être aimé de tous. Il croit aux forces de l’amour. Il a l’esprit large et le cœur ouvert à toutes les aventures. Il n’est pas borné. Il n’a pas l’outrecuidance de nous donner des leçons de civisme. Lui, le fils du bon docteur gambilleur, rejeton bourgeois évoluant dans un environnement franquiste, bénéficiant de la clémence du régime fut, à son corps défendant, l’incarnation de la transition démocratique espagnole. Il était déjà là sous Franco, il le sera encore sous Felipe González. L’ami d’Aznar chanta pour Mitterrand. Le proche du couple Reagan fut l’un des premiers à tourner en Chine. Il ne se coupa d’aucun public. Il ne se refusa à personne. Au-delà d’une habileté commerciale remarquable, il faut voir dans cette altruisme la marque d’une sincérité. Julio est comme ça, charmeur, doux, intelligent, conscient de son emprise et de ses limites vocales, professionnel acharné mais aussi rêveur, presque mélancolique. Il est peu porté sur les conflits. Il les enjambe. Il ne s’appesantit sur rien. La vie est trop courte et on l’appelle déjà à Mexico ou à Singapour pour un concert. Il dort dans son avion privé. Jadis (il a fêté ses 82 ans en septembre dernier), il apparaissait sur les écrans de la ZDF, de la BBC ou d’Antenne 2 dans le rôle du « latin lover », le micro collé à sa joue, la sérénade en sarabande, se moquant des idiomes locaux, susurrant l’amour béat, feignant d’être un perdant, jouant une partition frisant la caricature et nous l’adorions déjà. On pardonnera toujours tout à Julio. Il est l’élu du microsillon dans une Espagne sous camisole qui peina à se défaire de cette dictature maquillée en fée du tourisme balnéaire. Ignacio Peyró, actuellement directeur de l’Institut Cervantès à Rome, a écrit une biographie piquante et cajoleuse pour réparer une infamie culturelle. Le journaliste n’apprécie pas que l’on ricane sur Julio, que l’on mésestime son talent et son aura. Chez nous aussi, en France, le chanteur populaire vit des heures sombres. On le disqualifie par peur de succomber à ses tubes. Ignacio Peyró le confesse : « éprouver de l’antipathie pour Julio Iglesias serait comme détester les dauphins ». Dans cette étude littéraire à cloche-pied, il essaye de comprendre les ressorts de cette addiction méditerranéenne. Julio n’est pas une espagnolade éphémère. Il est le trait d’union d’un pays fragmenté. « Julio Iglesias a traversé son époque sans être le fils de son époque. Il fut crooner à contre-temps […] Quand la mode était au négligé esthétique, lui préférait les beaux costumes. Et si la vogue était au moralisme de la chanson d’auteur, il ne dédaignait pas la suave douceur d’un romantisme sans âge » analyse-t-il, brillamment. Dans cette biographie sentimentale, on en apprend donc autant sur la carrière de Julio notamment sa tumeur au dos que sur le lent réveil de l’Espagne. Comment Julio fut, à sa manière, l’artisan involontaire de la bétonnisation de Benidorm et la bande-son d’une classe moyenne émergente. La carrière de Julio se construit en parallèle de l’Espagne. Julio est un phénomène national à vocation internationale. Il remplit le Camp Nou à Barcelone alors qu’il fut gardien de but au Real. Julio brise tous les paradoxes.  Les filles passent, certaines comme la Française Gwendolyne laisse des traces. Le mariage de Julio et son divorce sont des événements mondains que l’on commente en terrasse. Peyró explique très bien que la réussite de Julio et son eldorado sur le continent américain sont, malgré les rires en coin, une fierté pour tous les Espagnols. L’un des leurs a réussi là où personne n’avait imaginé mettre les pieds. Cette biographie est savoureuse car on y croise Sydne Rome, Diana Ross, la moiteur des villas de milliardaires, le défilé des mannequins au petit matin et des garages remplis de Rolls. Juan Carlos se reconnaît dans ce chanteur de variété au culot monstre et pas bégueule pour une peseta. Jusqu’à maintenant, on aimait Julio sans le savoir, maintenant on pourra argumenter en société et faire taire les aigris de la vie.

Un certain Julio Iglesias de Ignacio Peyró – Le cherche midi 352 pages

Un certain Julio Iglesias

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