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Boilly: réjouissantes et foisonnantes peintures!

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Originaire du nord de la France, le peintre Louis-Léopold Boilly (1761-1845) a délicieusement fixé les lieux et les visages parisiens de son époque. Il pouvait aussi se montrer piquant ou provocant. Une exposition lui est consacrée à Paris.


Il nous faut fuir le monde. Aller se brunir la peau à Saint-Jean-Cap-Ferrat, brûler notre cervelle à coup d’Armagnacs gascons, plonger sous l’eau des cascades oubliées, dormir aussi longtemps qu’on le puisse. Pour ceux qui auraient déjà usé et abusé de ces méthodes, il y a actuellement l’exposition Boilly au musée Cognacq-Jay. Par chance, ce lieu permet aussi de se dérober au réel. Temple de la fantaisie, de la légèreté, du rêve et de l’érotisme propres au XVIIIe siècle, il est le remède à nos démocraties anémiées, aux misérables happy-hours et aux open-spaces cafardeux. Au milieu du mobilier Louis XV, la vie reprend son sens. 

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Accompagné d’amis, je traversais la Seine d’une rive à l’autre me dirigeant vers le musée. Je songeais à Paul Léautaud qui aimait ce XVIIIe siècle, et qui, comme Boilly avant lui, déambulait chaque jour dans Paris, avide de scènes banales, pour y observer des attroupements, des disputes, des chiens errants et affamés, des concierges grisées, des jeunes femmes, des clochards et des académiciens. Léautaud, qui avait certes quelques toiles dans sa maison de Fontenay-aux-Roses, ne s’intéressait pas à la peinture : s’il l’eut fait un peu plus, Louis-Léopold Boilly aurait probablement été son peintre préféré et le musée Cognacq-Jay son refuge.

Un possédé

Louis-Leopold Boilly est né en 1761 dans le bourg de La Bassée, coincé entre Lille et Lens, entre l’Artois et les Flandres. Son père, sculpteur et homme de raison, destine son fils à la peinture en bâtiment. L’enfant obéit, mais passe nuits et jours à dessiner en jouant, à s’amuser en dessinant. Sa vocation le possède tout entier. Après s’être initié à la peinture en province, direction Paris. Il a alors vingt-cinq ans, et se fait connaître grâce au talent qui le fit sortir de l’ombre. Avec sa verve, sa joie, son ironie et son à-propos, Boilly charme Paris et les Parisiens en les peignant. 

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Nous voilà arrivés face au musée. Entrons. De salle en salle, c’est un voyage. Un voyage à travers le Paris de la Révolution jusqu’à celui de la Restauration et même de la monarchie de Juillet. Boilly est partout où il y a des foules à voir, à croquer, à peindre. Il est de tous les rassemblements, de toutes les célébrations, de tous les spectacles. Les choses de la vie que l’on attrape d’un regard sur les boulevards, le voilà son pain quotidien, la voilà la source de son art et de sa jouissance. Boilly contemple partout, d’un œil tantôt tendre tantôt sarcastique, les mouvements et les valses des hommes et des femmes dans le monde. Là-bas, ce sont des bourgeois gantés et chapeautés qui traversent les rues boueuses à l’aide de planches disposées par un homme du peuple qui réclame sa pièce ; plus loin, voilà toute une cohue que l’on retrouve un jour de fête durant le règne de Charles X, avec des enfants et des ivrognes, des militaires et de belles aristocrates habillées de crinoline ; encore après, c’est un amant qui observe le baiser de deux amies dénudées dans une scène galante qui rappelle Fragonard. Partout la vie explose, se respire, s’entend.

Louis-Léopold Boilly (1761-1845), Deux jeunes amies qui s’embrassent, vers 1789-1793. Huile sur toile, 42,5 × 35 cm. Wiltshire, The Ramsbury Foundation © The Ramsbury Manor Foundation

Un portraitiste saisissant

Chez Boilly plus que chez n’importe quel peintre français de son temps, chaque visage est une histoire, chaque être un personnage de sa petite comédie humaine. L’exposition se termine sur son art du portrait. Fascination de voir la modernité de ces visages. Quelle vitalité, quelle réalité habite les faces de tous ces inconnus et oubliés ! Jamais pour autant l’art de Boilly ne cherche à oublier le style pour feindre le réalisme le plus pur. Non, toujours il montre qui se cache derrière son pinceau ; toujours nous sentons la présence de son sourire et de son humour par-delà les traits qui composent ses toiles : il y a une âme derrière ce regard. 

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Une fois dehors, nous quittons le Paris de Boilly pour retrouver les vieilles rues du Marais. D’autres scènes se révèlent alors à nos yeux excités et éduqués par tous ces tableaux qui peuplent notre mémoire, nous rendant meilleurs observateurs. Les poussettes ont remplacé les carrosses, mais sans doute l’homme est-il resté ainsi qu’il était et que le décrivaient nos moralistes, de Joubert à La Bruyère et de La Rochefoucauld à Chamfort. Peut-être qu’en somme Boilly est l’un des leurs : un moraliste qui a pour plume son pinceau. Comme pour eux, l’observation des hommes aura été sa passion ; savoir les peindre son génie. 

Fuir le monde, Boilly n’aurait pu le faire. Toute son œuvre est née de l’analyse des êtres et de la société des rues, des cafés, des théâtres et des chaumières. Mais en étant ce voyeur lucide, il lui fallait néanmoins faire un pas de côté pour composer son art à l’ombre du monde et ainsi changer le réel en couleurs projetées sur la toile. Et ça, n’est-ce pas aussi un peu fuir le monde ?


Musée Cognacq-Jay, 8 rue Elzévir, 75003 Paris. Tél : 01 40 27 07 21

BOILLY - CHRONIQUES PARISIENNES

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19 mars 1962: la date maudite

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Le texte d’Evian, publié le 19 mars mais en réalité signé la veille, a marqué le début d’un terrorisme silencieux, fait d’enlèvements d’Européens et de massacres – notamment des harkis, qui ont comptabilisé le plus de victimes.


Le 18 mars 1962, les négociateurs d’Evian signaient un accord de cessez-le-feu entre l’armée française et le FLN qui dirigeait la rébellion indépendantiste. Le texte était accompagné de « déclarations gouvernementales » censées garantir la sécurité des Européens présents en Algérie, comme de ceux, de toutes origines, qui s’étaient opposés au FLN.

Les harkis [1], supplétifs de l’armée française n’étaient pas mentionnés. La promesse, toute verbale, du FLN qu’il n’y aurait pas de représailles contre eux, fut jugée suffisante par Louis Joxe [2].

Le texte d’Evian fut publié le 19 mars 1962. Il fut suivi pour les Européens d’un surcroît d’enlèvements et d’horribles massacres. Les victimes musulmanes du FLN furent probablement plus nombreuses durant ces six mois qu’elles ne l’avaient été durant les huit années précédentes. Le nombre des Pieds-Noirs enlevés quintupla [3], contraignant l’immense majorité d’entre eux à un exil définitif résultant d’une épuration ethnique pure et simple. Ajoutons que durant ce semestre abominable, nombre de militaires français furent tués ou enlevés ; 177 d’entre eux demeurent portés disparus à ce jour (chiffre provisoire sans doute inférieur à la réalité) [4].

Enlèvements au hasard

Donner la date du 19 mars à des places, à des rues, à des ponts (à Toulouse), fêter cette journée, prétendre y voir la fin du conflit algérien, est donc une insulte à toutes les victimes de cette époque, un outrage à l’Armée française, un défi au sens national le plus élémentaire et une injustice criante.

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En effet, contrairement à ce qui s’affirme parfois avec légèreté, le FLN représenté par Krim Belkacem , à l’époque homme fort de ce mouvement, a bien signé et paraphé les accords d’Evian. Cette organisation a donc délibérément violé le texte auquel elle avait souscrit (et qu’elle négocia durement). Elle a donc totalement engagé sa responsabilité morale et matérielle dans ce qui suivit. La participation ouverte de ses commandos, de son armée et de ses militants aux enlèvements massifs et aux exécutions durant les neuf mois postérieurs au 19 mars devrait inspirer une condamnation unanime. Ce n’est pas le cas, ce qui illustre le relativisme troublant de l’idéologie des droits de l’homme, devenue le fondement de l’univers occidental actuel. L’opprobre ne devrait d’ailleurs pas épargner certains responsables politiques français de l’époque.

Dès le 17 avril 1962, l’encre d’Evian étant à peine sèche, le FLN inaugura le terrorisme silencieux, les enlèvements massifs d’Européens à Alger, à Oran, dans la campagne oranaise et en Mitidja. Ces rapts prenaient pour prétexte : la lutte contre l’Organisation Armée Secrète (OAS) [5].  Après l’échec du putsch des généraux en avril 1961, les partisans de l’Algérie française soutenaient en effet cette organisation clandestine. Mais les enlèvements visaient n’importe quel Européen, au hasard.

Les « anticolonialistes », qui donnent le ton aujourd’hui dans les médias et les milieux officiels, font de l’OAS la responsable de l’échec d’Evian et de l’exil des Pieds-Noirs. C’est un procédé commode mais malhonnête. L’organisation secrète, surtout en fin de course, en juin 1962 n’avait plus ni stratégie, ni tactique. Il en résulta des dérives diverses et une confusion chaotique terminées par une (pseudo) négociation avec le FLN [6]. A ce stade, l’OAS menaça de pratiquer la « terre brûlée ». Des historiens de pacotille lui imputent cette politique depuis sa naissance, alors qu’elle ne dura qu’une semaine.

Massacres à Oran et rue d’Isly

L’histoire de l’OAS s’étend sur seize mois, de mars 1961 à juin 1962. Quelles que furent ses errances finales, -elles furent indéniables et eurent des conséquences-, en faire le bouc-émissaire de tous les échecs ultimes des autorités françaises n’est qu’une manière peu subtile d’exonérer le pouvoir d’alors et de blanchir le FLN de ses crimes vis-à-vis de l’Algérie, des harkis et des Pieds-Noirs.

Car après le ratissage de Bab-el-Oued, ceux-ci subirent aussi la fusillade du 26 mars 1962 rue d’Isly [7], puis la longue succession des crimes des nouveaux maîtres du pays. Un exemple en donnera une idée : en mai 1962 ,272 Européens furent enlevés en Alger contre 44 en avril. A la fin du mois de juin, on évaluait à près de 1000 les victimes européennes de rapts dans la seule capitale.

A partir du 17 juin, à la suite d’un accord FLN-OAS, les enlèvements ralentirent. Ils reprirent de plus belle après le 3 juillet, date de la proclamation de l’indépendance. Deux jours après, le 5 juillet à Oran, une manifestation venue des quartiers musulmans submergea le centre-ville européen. Quelque 700 Pieds-Noirs et une centaine de musulmans (sans doute pro-français) furent massacrés[8]. Ceci accentua l’exode et le rendit irréversible.

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Les victimes les plus nombreuses se situent toutefois parmi les musulmans. Dès la signature des accords du 19 mars, des harkis furent attaqués à Saint-Denis- du-Sig. A Saïda, des membres du commando Georges furent enlevés et tués par l’organisation indépendantiste alors même que plusieurs d’entre eux étaient des officiers français. Après le 3 juillet, les représailles contre les musulmans ayant combattu le FLN s’intensifièrent. Des dizaines de milliers furent assassinés, emprisonnés ou persécutés de diverses manières [9]. Quelque 90000 harkis, familles comprises, furent transférés en France grâce à l’action clandestine de quelques officiers. Les autorités militaires, tout en signalant les épreuves subies par nos compatriotes musulmans, n’en relayèrent pas moins des recommandations insistantes et répétées de ne pas les faire venir en France. Ces faits largement établis historiquement n’en sont pas moins dissimulés voire niés aujourd’hui par quelques chercheurs « engagés ».

Ceux qui ont vécu les événements de ce vilain temps en sont marqués à jamais.

La date du 19 mars 1962 demeurera celle d’une ineffaçable infamie.

Les archives inédites de la politique algérienne, 1958-1962

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La phase finale de la guerre d'Algérie

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[1] Harkis : supplétifs mobiles de l’armée française. Par extension, tout Musulman ayant combattu le FLN.

[2] Ministre d’Etat chargé des affaires algériennes, dirigeait la délégation française à Evian.

[3] JJ Jordi Un silence d’état. Ed. Soteca 2011, p. 155, chiffre à 300 les Européens disparus avant le 19 mars et à 1253 après. S’y ajoutent 123 personnes dont les corps furent retrouvés et 170 cas incertains.

[4] A ce jour, le gouvernement français a refusé d’ouvrir les archives concernant ces militaires disparus. Seuls les civils ont été étudiés.

[5] M. Faivre Les archives inédites de la politique algérienne. Ed ; L’Harmattan 2001. Vers la Paix en Algérie op. collectif Ed. Bruylant. Bruxelles 2003. Les pages signées y sont reproduites.

[6] L’OAS fut créée à Madrid le 10 février 1961 et devint active en mars et surtout à l’automne suivant. Le FLN et ses séides prétendent aujourd’hui que les enlèvements ciblaient des militants de l’OAS. Dans La Phase Finale de la Guerre d’Algérie Ed. L’Harmattan 2011 nous avons montré que les rapts pouvaient toucher aveuglément n’importe quel Européen.

[7] Voir notre ouvrage Une Ténébreuse Affaire : La Fusillade du 26 mars 1962.Ed. L’Harmattan 2009.

[8] Jordi.op.cité ,p.155.

[9] M.Faivre Les combattants musulmans de l’Armée française.Ed.L’Harmattan 1995.

Corse: quand les choses traînent, la situation s’envenime

Ce pouvoir est-il maladroit ou malfaisant?


Depuis la tentative d’assassinat sur Yvan Colonna le 6 mars, commise par un djihadiste parce que la victime aurait « blasphémé », deux choses positives seulement sont à retenir, l’une judiciairement inévitable (ouverture d’information contre l’agresseur pour déterminer sa responsabilité et les modalités du crime) et l’autre politiquement nécessaire mais mise en œuvre trop tardivement par le Premier ministre dans son rôle de substitut à Eric Dupond-Moretti : le rapprochement pénitentiaire des condamnés avec la Corse. Mais pour le reste qui est l’essentiel, que de graves bévues !

Une absence de sanction incompréhensible

À ma connaissance, à la suite des incontestables dysfonctionnements liés à la surveillance et à la protection d’Yvan Colonna, prisonnier particulièrement signalé à Arles, aucune sanction n’a été prise, du bas niveau jusqu’au plus haut. L’inattention portée à la vidéo qui durant huit minutes montrait la terrible agression n’a apparemment pas suscité la moindre réaction. Le directeur de l’établissement concerné est toujours en place. Du temps du général de Gaulle, le garde des Sceaux aurait pris acte de sa responsabilité ou elle lui aurait été rappelée. Au moins le directeur de l’administration pénitentiaire aurait su immédiatement tirer les conséquences de ce crime parfaitement évitable dans un univers dont globalement il avait la charge.

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Je sais bien qu’en France, et sous ce mandat en particulier, des droits sont attachés aux hautes fonctions mais très peu de devoirs. Donc on demeure, quelles que soient les péripéties vous impliquant. Les Corses auraient été heureux d’apprendre que des sanctions avaient été prises.

L’île de Beauté en colère

Cette incurie a abouti sur l’île à des dérives, des débordements, des désordres inadmissibles, intolérables, de la part notamment de jeunes gens même pas nés lors de l’assassinat du remarquable préfet Erignac le 6 février 1998 à Ajaccio. La police a affirmé n’avoir jamais dû affronter des violences d’une telle intensité, destinées non plus seulement à manifester un mécontentement profond mais à blesser, mais à tuer.

Emeutier à Ajaccio, 8 mars 2022 © HAMARD FANNY/SIPA Numéro de reportage : 01064608_000016

On a entendu le retour de ces expressions scandaleuses sur les « détenus politiques » que seraient ces assassins, criminels de droit commun, sur « l’Etat français assassin », d’une revendication pour une exécution des peines assouplie, voire laxiste.

Vers l’autonomie de la Corse pour apaiser la situation ?

C’est dans ce climat quasiment insurrectionnel qu’on lance comme une pitoyable bouée de sauvetage l’idée d’une autonomie de la Corse face à laquelle les nationalistes ont fait la fine bouche. Emmanuel Macron, dans son programme flou, y avait déjà fait allusion en 2017 mais durant cinq ans cette exigence portée par une infime minorité était restée sous le boisseau.

A lire aussi, du même auteur: «État français assassin»: cette jeunesse corse en plein délire

Elle est offerte sur un plateau quand l’île est embrasée et c’est à peine si Gérald Darmanin a souligné l’obligation du retour de la tranquillité avant la discussion sur l’autonomie (surtout pas financière, bien évidemment !). La conséquence de cette étrange démarche gouvernementale est qu’elle a ravivé les groupuscules FLNC prêts à reprendre du service terroriste, qu’elle a remis en branle un processus délétère face auquel même ses gestes de bonne volonté n’ont plus le moindre impact.

Un pouvoir aux abois

Les idées sont les succédanés des chagrins, a écrit Marcel Proust. Cela s’applique à ce pouvoir qui, dépassé, lâche tout, à cette absence d’autorité qui a pour seule ambition de dialoguer en position de faiblesse, au lieu de se fonder sur un légitime rapport de force.

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J’aime les Corses, la beauté de cette magnifique île mais je ne supporte plus cette déroute de fin de mandat où plus ça casse, plus ça passe! Est-ce un « clientélisme cynique » ou, si on est favorable à l’autonomie comme Yannick Jadot, l’incapacité de ce pouvoir à réagir autrement que sous l’effet de la violence ? Je ne crois pas qu’on puisse être aussi maladroit sans le faire exprès. Tout ce qu’il ne fallait pas faire, ils l’ont fait !

Libres propos d'un inclassable

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Le Mur des cons

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Une foi n’est pas coutume

« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! » Nous sommes tentés de citer le Christ lui-même pour venir à la rescousse d’un prêtre américain qui, pendant plus de deux décennies, ne prononçait pas la « bonne parole » en administrant le premier des sept sacrements.


Dans l’Arizona, la procédure baptismale donne raison à Victor Hugo : « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface. » Le 1er février, le prêtre américain Andres Arango a non sans mélancolie présenté sa démission devant le diocèse de Phoenix, pour avoir prononcé durant plus de vingt-six ans une formule erronée à l’occasion de l’administration de milliers de baptêmes. Une bévue dont la hiérarchie diocésaine s’est avisée seulement l’année dernière.

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Ainsi le père Arango, récitant depuis l’année 1995 la formule incantatoire « Nous vous baptisons au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » a-t-il conféré de vaines naissances sacramentelles qui, malgré toute sa bonne foi, sont considérées comme nulles et non avenues selon les autorités ecclésiastiques. La parole attendue étant « Je vous baptise », à la première personne du singulier, puisque c’est Jésus-Christ qui parle par le truchement du prêtre. De fait, la Congrégation pour la doctrine de la foi du Vatican l’avait univoquement souligné en 2020 : tout baptême en violation des formes prescrites doit être frappé d’une invalidation rétroactive.

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En tant qu’administrateur des sacrements, le prêtre est astreint, dans l’accomplissement de ses actes, à la stricte observance des formules et règles procédurales reconnues par l’Église. Une peccadille verbale dont les conséquences draconiennes peuvent être disproportionnées pour l’observateur magnanime, car il s’agit bien de milliers de personnes qui peuvent tirer une croix sur leur entrée dans le royaume de Jésus, et il leur revient d’accomplir les démarches idoines pour régulariser leur situation auprès du Ciel. Les baptêmes viciés du diocèse de Phoenix sont donc priés de bien vouloir renaître de leurs cendres.

Guerre en Ukraine: l’énergie au cœur des débats

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Une tribune libre de Julien Dupuy, consultant en énergie


L’Europe est aujourd’hui dépendante à 40% du gaz russe et un tiers de son pétrole vient de Russie. Un embargo européen strict comme l’ont annoncé les États-Unis et l’Angleterre nous plongera dans une récession économique. Il nous est impossible de compenser les volumes perdus sur le marché russe par l’achat de pétrole d’autres pays producteurs et encore moins via l’utilisation d’autres sources d’énergies. Dans ce contexte, nos dirigeants commencent à exhorter les Français à réduire leur consommation d’énergie. En d’autres termes, c’est au peuple de payer l’insouciance de nos sanctions irréfléchies.

Depuis des années, nos dirigeants ferment les yeux sur les conséquences de leurs choix politiques, qui conduisent à réduire toujours plus le pouvoir d’achat des Français

Nous entendons de grands discours sur la souveraineté venant de politiques qui ont œuvré à la déliquescence du modèle français. François Hollande nous partage sa volonté de stopper l’achat du gaz russe, lui qui a pourtant axé sa politique énergétique sur la réduction de la part du nucléaire et qui a mis en route la fermeture de Fessenheim, nous plongeant ainsi dans la situation de dépendance que nous connaissons actuellement.

Depuis des années, nos dirigeants ferment les yeux sur les conséquences de leurs choix politiques, qui conduisent à réduire toujours plus le pouvoir d’achat des Français. Mais au lieu de traiter le problème, nous nous enfermons dans une voie sans issue, si ce n’est désastreuse, en nous concentrant exclusivement sur le développement des énergies renouvelables intermittentes. Les récentes annonces de Belfort, qui avaient pourtant pour but de relancer le nucléaire français, se sont vues accompagnées de la multiplication par dix de la puissance solaire installée et de la construction d’une cinquantaine de parcs éoliens en mer. Ceci était, d’après le gouvernement, « le choix le plus pertinent au niveau écologique » et « le plus opportun d’un point de vue économique ».

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La situation géopolitique et le coup de massue infligé à l’économie française auraient au moins dû faire fléchir nos dirigeants. C’est pourtant le contraire que nous avons observé avec la récente déclaration d’Ursula Von Der Leyen, qui annonçait vouloir investir davantage dans les énergies renouvelables : « Plus vite nous passerons aux énergies renouvelables […] plus vite nous serons réellement indépendants et maîtres de notre système énergétique ».

Ce qu’oublie pourtant la présidente de la Commission européenne, c’est que le modèle allemand, si prolifique en émissions de CO2, a suivi à la lettre les recommandations de l’Union Européenne. De surcroît, c’est justement à cause du modèle allemand et des énergies renouvelables intermittentes que l’Europe a accru considérablement sa dépendance au gaz russe.

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Notre pays doit urgemment s’engager dans un plan de transformation de l’économie. Nous devons, à terme, remplacer nos consommations d’hydrocarbures par une électrification des usages et le développement de l’hydrogène. Ces efforts vont nécessiter une capacité d’approvisionnement en électricité stable et décarbonée importante, ce qui passera obligatoirement par le développement massif de notre parc nucléaire.

Il nous sera impossible de respecter une neutralité carbone avec un mix électrique se reposant sur les énergies renouvelables intermittentes. Notre seule chance de pouvoir un jour opérer une transition et une indépendance vis-à-vis des hydrocarbures est le nucléaire. 

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Nucléaire: un gâchis français

L’Allemagne, au nom de l’écologie, a fermé ses réacteurs et est aujourd’hui dépendante à 55% du gaz russe. C’est cette même Allemagne, par le biais de la commission européenne, qui nous entraîne dans une impasse mortelle en faisant tout pour que la France perde sa souveraineté énergétique. L’Allemagne est un fardeau écologique qui refuse, toujours au nom de l’écologie, de prolonger la durée de vie de ces trois dernières centrales nucléaires et qui, en même temps, rallume ses centrales à charbon.

Les idéologues antinucléaires à la tête du gouvernement et du ministère de la transition écologique se sont appuyés sur le modèle allemand. Il serait désormais sot de croire, après la fermeture de Fessenheim, après le souhait de fermer 12 autres réacteurs nucléaires, après l’objectif de réduction du nucléaire à 50% de notre mix électrique, après l’arrêt du projet ASTRID et après la défaite de la taxonomie, que ces mêmes personnes puissent défendre le nucléaire français.

Léa Salamé: «France Inter n’est pas de gauche»!

La journaliste de France inter indique dans TV Magazine qu’elle ne sait pas si elle va rempiler à la matinale l’année prochaine. « J’ai envie d’être dans un registre plus léger » confie-t-elle. De son côté, Laurent Ruquier laisse tomber la case du samedi soir de France 2. Le hasard fait bien les choses… et Salamé pourrait bien reprendre le flambeau du prestigieux magazine de la deuxième chaîne.


Il y a des points communs entre la radio du Liban, pays d’origine de Léa Salamé, et France Inter. La radio libanaise se veut neutre, ménageant les chiites et les sunnites, ainsi que les chrétiens maronites. Et comme elle a besoin de passer ses colères, elle tape comme une malade sur un seul ennemi, Israël.

A lire aussi: «Le scandale France Inter devrait être un thème majeur de la campagne»

France Inter se dit également neutre. Mais comme elle a le cœur bouillant, elle s’acharne sur sa cible désirée : la droite.

« Responsabilité maximale »

Léa Salamé, qui officie tous les matins sur cette radio du service public ne déroge pas à cette règle. Elle s’est confiée au supplément télé du Figaro sur les grandeurs et les servitudes de sa profession. Au sujet de la guerre en Ukraine, elle déclare : « Mon état d’âme passe après mon devoir de neutralité. Dans une telle crise, la citoyenne s’efface devant la journaliste ». Un peu plus loin, elle avance « lorsque je pose mes questions, j’essaie au maximum d’être neutre ».

A lire aussi, Didier Desrimais: Remplacez votre réveil-matin par un woke-matin: écoutez France Inter!

Et à l’appui de cette belle sentence elle a ajouté « France Télévisions et Radio France ne sont pas à gauche ». Ce qui nous autorise à supposer que Léa Salamé l’est peut-être.

Plus envie de mettre le réveil-matin

Faire taire ses « états d’âme » représente à coup sûr un exploit surhumain. Une douloureuse tempête sous un crane pour demeurer une journaliste « neutre ». Ainsi Léa Salamé se sacrifie sur l’autel de l’objectivité ! Quand elle reçoit Eric Zemmour, ses « états d’âme » de citoyenne font qu’elle a juste envie de l’étrangler. Courageusement elle se retient et se contente de le réprimander. Ça doit lui en coûter !

Dans le même entretien, elle a assuré qu’elle était en « fin de cycle » (au sujet de la matinale de France Inter), et qu’elle souhaitait « lâcher des choses » pour s’occuper de sa famille. Nous sommes heureux pour ses enfants. En tant qu’auditeurs aussi…

Des chiens robots à la frontière mexicaine!

On n’arrête pas le progrès. En septembre 2021, au Texas, des agents de la police des frontières américaine, juchés sur leurs chevaux, ont été suspectés de repousser des migrants haïtiens à coups de fouet. Mais ça, c’était avant l’arrivée des chiens robots. In Dog We Trust!


Les frontières américaines : à défaut d’y construire un mur, pourquoi pas des niches ? Des chiens robots équipés de caméras thermiques, de capteurs chimiques et biologiques, ainsi que d’une vision nocturne commencent à sillonner les frontières états-uniennes, essentiellement celles du sud les séparant du Mexique, dans le but d’épauler les forces douanières devant opérer en terrain parfois inhospitalier : collines, ravins, reliefs rocheux…

L’objectif est d’y débusquer migrants illégaux, trafiquants d’armes, de drogue et autres chenapans. Si ces robustes quadrupèdes mécaniques tout-terrains construits par la société Ghost Robotics peuvent transporter des charges utiles et livrer un compte-rendu visuel des lieux qu’ils inspectent, il semble que le département de la Sécurité intérieure des États-Unis n’ait pas été très exigeant sur l’aspect esthétique du produit fini : pas de tête ni de poil, un galbe de table basse… bref, rien qui puisse susciter l’empathie que les humains vouent habituellement au meilleur ami de l’homme.

A lire aussi : Parmi les clandestins sud-américains aux USA, il y a 2.74% de criminels

C’est même tout le contraire : des associations pour les droits de l’homme fustigent ce progrès sécuritaire en critiquant la déshumanisation du procédé, certaines pensant même que l’étape suivante serait de fixer une arme à feu sur le dos de ces nouveaux fidèles compagnons des garde-frontières. Ghost Robotics possède bien cette version améliorée en stock, mais il n’en est pas actuellement question. Une version dystopique de ce genre de robots nous a déjà été présentée par l’épisode « Metalhead » de la série télévisée Black Mirror qui nous en montrait la cruelle efficacité destructrice. Une chose est donc certaine, et les conservateurs les plus zélés pourront s’en réjouir, Netflix n’inspire visiblement pas uniquement les chantres du progressisme et de la justice sociale.

La guerre en Ukraine, c’est mal: merci pour l’info les footeux!

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Après avoir tergiversé un temps, la FIFA a décidé d’exclure les clubs et l’équipe nationale russes de toutes les compétitions suite à l’invasion de l’Ukraine. Au-delà de cette crise, constatons que le foot mondialisé, pur produit de consommation, épouse toutes les causes validées par le sacro-saint triumvirat médias/politiques/marques. Impossible de se détendre pendant un match désormais, on veille à vous inculquer la vertu honorable. 


La vertu honorable, vous savez, celle qui n’engage à rien…

… mais qui vous fait appartenir au camp du Bien. Je le confesse : j’aime pourtant encore le football. Je sais que c’est bête, je vois bien que le spectacle grand public dont l’on nous gave n’a plus toujours grand chose à voir avec l’idée que l’on se faisait de ce sport, mais tant pis. Il me reste encore quelques raisons de suivre la saison : le talent, les plans de jeu, la tension inhérente à certains matchs, l’espoir de buts d’anthologie ou de faits de jeu marquants.

Il y a cependant une énorme différence entre le football et sa version mondialisée et commerciale conçue par la FIFA. Et cette dernière version commence sérieusement à me courir sur le haricot. Impossible de se détendre: clubs, joueurs et sponsors bavent leur moraline à deux balles par tous les moyens possibles.

La tendance du moment: à bas la guerre !

La grande cause du moment, c’est évidemment la guerre en Ukraine. Le mot d’ordre est simple : il faut arrêter la guerre, la guerre c’est mal, à bas la guerre, vive la paix. Comme c’est profond… Qu’on ne se méprenne pas sur mon propos : déplorer la violence guerrière est une réaction plutôt naturelle chez moi, même si je sais qu’il y a des guerres malheureusement nécessaires.

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Le problème, ce sont les moyens employés. En quoi 22 types en short tenant une pancarte « STOP WAR » avant un match de Ligue Europa vont-ils changer quoi que ce soit ? Que croient faire les diffuseurs du championnat espagnol en insérant un bandeau « Stop invasion » durant les retransmissions ? Ont-ils réellement imaginé que Vladimir Poutine, impressionné par tant de détermination, y réfléchirait à deux fois avant de donner libre cours à ses lubies tsaristes ? 

BLM, LGBT, racisme, respect, droit des femmes…

Ça a commencé quand, cet affichage de vertu indécent et ostentatoire ? 

On a eu les campagnes « No to racism », les brassards et maillots LGBT, et, depuis deux ans, le spectacle navrant du genou à terre au début de chaque match, diktat Black Lives Matter oblige. Quand je vois les joueurs et l’arbitre s’agenouiller ainsi, je ne peux m’empêcher de penser à des chevaliers se faisant adouber. Sauf que dans ce cas précis, ils ne se font pas adouber par le monarque mais par les annonceurs, les sponsors et les médias complaisants au wokisme. 

Si le joueur n’affiche pas la vertu appréciée ou – pire – s’il prétend penser par lui-même, on le rétrograde vertement. Le joueur de Crystal Palace (Premier League) Wilfried Zaha a ainsi été sommé de se justifier médiatiquement parce qu’il avait refusé de poser le genou à terre. Parfois, les contrats de sponsoring sont rompus. Nike a ainsi mis fin à son contrat avec le joueur de Manchester United Mason Greenwood soupçonné de viol… alors que l’enquête était encore en cours d’instruction. Le licenciement expéditif est une réalité dans ce milieu. Le cas récent d’Aleksandar Katai, viré de la franchise américaine des LA Galaxy, en raison des tweets postés par sa femme (plus que douteux, certes), est éloquent : un salarié renvoyé pour quelque chose qu’il n’a pas fait et dont il n’est pas responsable, en voilà une vertu !

Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Au-delà de la stérilité de toutes ces manifestations, on pourra discuter des aspects moraux de certaines initiatives. Cet amour dégoulinant a quelque chose de repoussant et de terriblement gênant. Ces gens-là clament des slogans pour s’acheter une vertu et être validés, mais bien peu font réellement ce qu’ils disent.

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Lilian Thuram fustige le racisme ? Lui-même s’est vu reprocher par Fabien Barthez une tentative d’exclusion de certaines photos des joueurs blancs de l’Équipe de France…  De nombreux clubs participent à la campagne « Football vs. homophobia » en février ? Pourtant, cela reste un milieu où il est mal vu d’être homosexuel. Le très titré footballeur allemand Philip Lahm, dans une biographie parue il y a un an, conseillait carrément aux joueurs homosexuels de garder le secret parce « qu’il y a encore un manque d’acceptation dans le monde du football ». On vous chante les bienfaits du “respect” ? Il semble pourtant que les footballeurs fournissent régulièrement sur les terrains un contingent conséquent de bagarreurs, tricheurs ou agresseurs… Il y aurait trop d’exemples à donner ici.

Et le respect de la présomption d’innocence ? Et la liberté de penser ? Et l’universalité des causes défendues ? Bref, les acteurs du football FIFA sont des hommes comme les autres. Partant, s’ils pouvaient arrêter de nous emmerder avec leurs leçons de morale.

Football inclusif: j’ai fait un rêve…

On pourrait conclure en imaginant un match de football dans cinq ans. Après avoir posé un genou à terre (pour BLM, contre le racisme), des joueurs revêtus d’un maillot arc-en-ciel (pour la propagande LGBT) arborant un clitoris (pour le féminisme) courront masqués (le coronavirus étant toujours dans les parages) derrière un ballon. L’arbitre ne donnera plus de cartons, jugés trop stigmatisants (halte à la nullophobie !) et les défaites seront interdites pour la même raison. À la mi-temps, les joueurs feront une ronde pacifique pour la paix dans le monde. Enfin, des groupes de parole seront organisés en troisième mi-temps dans le vestiaire, pour discuter de leur « vécu »(il est temps de causer masculinité toxique et homophobie). 

La vertu, c’est comme la confiture : moins on en a, plus on l’étale. 

La sanctification d’Yvan Colonna est insupportable

Après la flambée de violences suscitée en Corse par l’agression d’Yvan Colonna, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est rendu sur place depuis mercredi. Il a engagé des discussions sur une évolution du statut de l’île. L’analyse d’Elisabeth Lévy.


Gérald Darmanin ouvre la voie à l’autonomie.Il n’y a pas pire moment et pires circonstances pour le faire, et il n’est nul besoin d’avoir lu Clausewitz pour comprendre que négocier avec un revolver sur la tempe, c’est être sûr de perdre. Emmanuel Macron avait cinq ans pour traiter la question corse. Il se penche dessus à trois semaines de la présidentielle. La ficelle électorale est un peu grosse. 

Aveu de faiblesse

Certes, Gérald Darmanin exige en préalable le retour au calme. Mais le mot « autonomie », lâché après des manifestations violentes et des agressions contre des forces de l’ordre en sous-effectif, est un aveu de faiblesse impardonnable. 70 policiers et gendarmes ont été blessés, et 18 hospitalisés, preuve qu’ils avaient face à eux des émeutiers aguerris. 

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Ça n’a pas loupé : à 11h30 mercredi, le FLNC menaçait de reprendre les armes. Dans un communiqué, le mouvement nationaliste radical a écrit que « les combats de la rue d’aujourd’hui seront ceux du maquis de la nuit de demain… » Ce qui revient à cracher dans une main tendue. Et en prime, le gouvernement avait déjà levé le statut de détenu particulièrement signalé (DPS) d’Yvan Colonna et de ses deux co-détenus. On nous dit que c’était une vieille revendication des Corses. De Corses, plus exactement… On entend monter une petite musique dans les médias : tout cela serait la faute de Jean Castex et de Patrick Strzoda (le directeur de cabinet de Macron), qui seraient des faucons et n’auraient pas voulu le lever auparavant. Rappelons tout de même que ces trois détenus ont été condamnés pour crime terroriste, et que le statut de DPS qu’ils avaient était donc et reste totalement justifié. Le véritable problème est plutôt l’inefficacité de cette surveillance particulière.

Comparaison avec Samuel Paty

En revanche, le transfert en Corse, qui est une mesure d’humanité envers les familles, pourrait en principe être compatible avec ce statut – peut-être avec un changement législatif. Toutefois, en Corse, le risque d’évasion est plus élevé. Du reste, aucun établissement de haute sécurité n’est adapté à ces détenus.  

Enfin, la sanctification d’Yvan Colonna et cette jeunesse qui manifeste en arborant son visage sur des t-shirts où l’on peut lire en corse « Gloire à toi, Yvan » sont vraiment insupportables. Désolée, ce qui lui arrive est triste et révélateur d’une incurie au niveau de l’Etat, mais cela ne justifie pas qu’on en fasse un héros. Gérald Darmanin a comparé son agression en prison par un islamiste au meurtre de Samuel Paty. Certes, dans les deux cas, il y avait un crime de blasphème. Mais tout de même, avant d’être une victime, Yvan Colonna a été condamné pour l’assassinat d’un préfet. Aujourd’hui, la presse pleurniche sur la jeunesse corse qui se sent méprisée. Serait-on aussi indulgents si des jeunes des quartiers arboraient la photo de Mohammed Merah ? Oui, sans doute, c’est peut-être ça le pire.

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Empêtré dans sa culpabilité et dans l’urgence électorale, le pouvoir se couche devant la force. Avis à tous les mécontents : vous avez trois semaines pour casser, brûler, agresser, vous gagnerez. Nous, nous aurons cinq ans pour déplorer l’impuissance de l’Etat. 

Macron 2022: et si tout n’était pas joué d’avance?

La macronie ne prend même plus la peine de masquer son mépris de la démocratie. Le découragement menace ceux qui pensent que la France mérite mieux qu’un commercial narcissique jouant à se déguiser en Zelensky dans la sécurité et le faste de l’Elysée. Les prophéties des sondages semblent implacables : Emmanuel Macron sera réélu, l’oracle a parlé…


Halte-là ! Pas si vite.

Il serait hypocrite de balayer les sondages d’un revers de la main. Pour autant, on peut se souvenir qu’ils ont notoirement échoué à prévoir les résultats d’autres scrutins, et qu’il n’est pas absurde de les regarder avec une certaine prudence, voire une prudence certaine, ainsi que le rappelait il y a quelques mois le journal suisse Le Temps, pourtant peu suspect de complotisme.

Pierre Vermeren dénonce les certitudes et le désastre de la non-campagne

Mais admettons un instant que la réélection d’Emmanuel Macron soit une certitude, les Français massivement épuisés par la pandémie, tétanisés par la guerre en Ukraine, effrayés par la crise économique à venir, hypnotisés par le matraquage médiatique, se réfugiant dans un réflexe légitimiste instrumentalisé (non sans talent) par l’actuel détenteur du pouvoir.

On se redira le mot célèbre de Guillaume d’Orange-Nassau : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. » Maxime salutaire, d’autant plus nécessaire qu’elle suppose un sens de l’honneur que notre époque peine douloureusement à comprendre. On se souviendra de Jacques Maritain : « L’important n’est pas de réussir, ce qui ne dure jamais, mais d’avoir été là, ce qui est ineffaçable. » Et bien sûr d’Edmond Rostand et de son sublime Cyrano : « Que dites-vous ? C’est inutile ? Je le sais ! Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! Non ! Non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! » Avouons cependant que malgré sa noblesse, la consolation est maigre, et aurait presque des échos de renoncement.

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Heureusement, il n’y a pas que cela ! Car si l’élection présidentielle est primordiale, elle n’est pas tout. Il y a les législatives, et Emmanuel Macron s’il est réélu ne sera pas à l’abri d’une cohabitation, qui ne résoudrait certes pas les problèmes de notre pays, mais pourrait permettre d’éviter qu’il les aggrave encore. Il y a aussi, peut-être surtout, la nécessaire recomposition du paysage politique.

A gauche, le rapport de force entre Fabien Roussel d’une part, et de l’autre Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot : subistera-t-il une gauche « à la française », ou l’islamo-wokisme triomphant s’en partagera-t-il les dépouilles avec l’extrême-centre populicide (pour reprendre le mot de Michel Onfray) d’Emmanuel Macron ?

A droite, se poseront principalement deux questions : celle de l’avenir de LR après l’échec probable (et vraisemblablement retentissant) de Valérie Pécresse, et celle de savoir si la droite restera prisonnière du piège mitterrandien, ou si elle suivra la voie tracée par Eric Zemmour et refusera de continuer à chercher en permanence l’onction de la « gauche morale » (désormais macroniste) en s’excusant d’être de droite. Questions évidemment liées, et dont les réponses dépendront en grande partie du poids relatif de Reconquête et du RN aux prochains scrutins.

Qu’on soit de droite ou de gauche, on m’accordera j’espère que ces questions ne sont pas sans importance, et justifieraient à elles seules de s’engager résolument, de faire campagne, et d’aller voter en avril et en juin.

Mais il y a plus. Infiniment plus.

La macronie ivre d’arrogance

Ce qui se joue ces prochaines semaines, c’est la survie de notre démocratie. Ce ne sont pas des chars qui nous menacent, ni les fusils de milices armées : nous n’avons pas besoin de risquer nos vies pour défendre la démocratie, il nous suffit de proclamer que nous n’entendons pas y renoncer, et de la faire vivre. Rien de plus, mais rien de moins.

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La macronie, ces jours-ci, est ivre d’arrogance, et les masques tombent. Elle est le « cercle de la Raison », en dehors d’elle, point de salut ! Nulle opposition ne saurait être légitime, puisque nécessairement extrémiste, tout débat est donc inutile : la démocratie, à quoi bon ? Sous prétexte de crise, il faudrait maintenir Emmanuel Macron au pouvoir par tacite reconduction, d’ailleurs nul ne peut se comparer à lui, et il n’a pas de temps à perdre pour répondre aux critiques, présenter un bilan ou défendre un projet : c’est qu’il a des choses plus importantes à faire que permettre que vive la démocratie française. Il ne répondra qu’aux questions calibrées sur mesure de panels soigneusement choisis, évitera la confrontation directe avec ses rivaux, ne sera interrogé que par des journalistes d’une complaisance si manifeste qu’elle en devient gênante. Et le peuple sera prié de trouver tout ça parfaitement normal.

L’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, rallié à Emmanuel Macron, affirme que « si Emmanuel Macron se dispersait aujourd’hui entre meetings et polémiques tel un candidat sans responsabilité il serait jugé comme inconsistant à l’étranger et agité en France », oubliant que si Emmanuel Macron jugeait ces deux rôles incompatibles, il pouvait endosser pleinement celui de Père de la Nation en renonçant à se représenter. Devant des journalistes évidemment acquis à sa cause, la reporter Anne Nivat déclare : « En temps de guerre on ne change pas de chef. Tout le monde a peur, quand on a peur on ne change pas de chef ». Pourtant, avant d’être remplacé par Churchill avec le succès que l’on sait, Chamberlain démissionna le…. 10 mai 1940.  « On ne change pas de capitaine en pleine tempête. Simple question de bon sens » écrit le député LREM Marc Delatte, pour qui c’est donc manquer de bon sens que de vouloir permettre un choix démocratique. Sur France Inter, Stanislas Guérini, député et délégué général LREM, est scandalisé à l’idée que d’autres candidats puissent vouloir « créer une confrontation » avec le chef de l’Etat : le débat d’accord, mais sans véritable contradiction. Dans Libération, Jean-François Eliaou, lui aussi député LREM, justifie le choix d’Emmanuel Macron de ne pas débattre avec les autres candidats en affirmant : « La qualité des personnalités en lice ne justifie pas que l’on s’abaisse à discuter avec eux. » Une toute nouvelle publication résolument macroniste élève le complotisme au rang des beaux-arts en accusant les trois challengers sérieux (d’après les sondages) du président d’être à la botte de Poutine – quand le pouvoir en place affirme que tous ses rivaux sont des agents de l’étranger, ce n’est jamais bon signe pour la démocratie. Et Claude Posternak, macroniste de la première heure, un temps porte-parole d’Emmanuel Macron, va jusqu’à qualifier de « séditieux » les propos du président du Sénat, deuxième personnage de l’Etat, lorsque celui-ci s’inquiète du risque de déficit de légitimité que l’absence de véritable campagne fait peser sur le scrutin.

Le périmètre de l’acceptable se réduit…

A l’heure où Facebook autorise l’apologie de groupes néo-nazis pourvu qu’ils soient Ukrainiens, où Twitter a fermé « par erreur » – certes temporairement – bon nombre de comptes favorables à Eric Zemmour, on se souvient aussi de la sinistre loi Avia qui voulait donner aux GAFAM un pouvoir de censure délirant, et on comprend que la stratégie du macronisme est de réduire encore et encore le périmètre de l’acceptable jusqu’à proclamer, in fine, que son discours est le seul à avoir droit de cité. Le seul à être « rationnel », le seul à être « républicain », tout le reste étant évidemment « haineux », « extrémiste », « séditieux », et tout juste bon à enfermer dans ce que Philippe Muray appelait « la cage aux phobes ». Samuel Fitoussi l’a résumé en une galerie de portraits de macronistes aussi drôle que percutante, dont l’un estime que « seule la désinformation (ou les bots russes) peut pousser certains à ne pas voter Macron » et un autre « accuse toute personne en désaccord avec lui de tenir des discours nauséabonds (….) tente d’excommunier du débat public au moins une personne par jour et finira par s’arroger à lui seul, le monopole de la fréquentabilité. »

On voit que loin d’être « séditieuses », les inquiétudes de Gérard Larcher ou Pierre Vermeren sont malheureusement fondées. Mais puisque la macronie veut confisquer la démocratie, chaque expression d’une authentique exigence démocratique, chaque manifestation d’un véritable pluralisme, d’une véritable contradiction, est un acte de résistance. S’abstenir, ce serait consentir à ce « coup de force mou », baisser les bras devant les maîtres-censeurs, se résigner à la victoire par abandon de ceux qui œuvrent à priver le peuple français de sa souveraineté, et même maintenant de son droit à penser par lui-même. Mais chaque tract en faveur d’un autre qu’Emmanuel Macron déposé dans une boîte aux lettres, chaque affiche collée, chaque bulletin de vote en faveur d’un autre que lui déposé dans l’urne, sera le signe que les Français n’ont pas encore renoncé à la démocratie.

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Et puis… L’avenir n’est pas écrit, il n’y a pas de fatalité, mais même si tout était joué d’avance, si nos votes étaient sans conséquences politiques réelles, alors oublions les calculs politiques et les stratégies ! Dans la liberté de l’isoloir, loin du qu’en dira-t-on et du regard des voisins, loin des « like » et des signalements ceuseurs des réseaux sociaux, loin de clercs médiatiques et de leurs injonctions, votons par adhésion, votons par enthousiasme, votons pour dire ce que nous voulons vraiment parmi des projets de société radicalement différents, votons pour quelqu’un qui aura sû nous toucher, ou bousculer ceux qui nous insupportent, ou nous donner envie de croire qu’autre chose est possible.

Et qui sait ? Si nous osons massivement l’authenticité, nous aurons peut-être de belles surprises aux soirs des scrutins.

Boilly: réjouissantes et foisonnantes peintures!

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Louis-Léopold Boilly (1761-1845), Jean qui rit, vers 1808-1810. Huile sur toile, 21,5 × 17 cm Collection particulière © Guillaume Benoît

Originaire du nord de la France, le peintre Louis-Léopold Boilly (1761-1845) a délicieusement fixé les lieux et les visages parisiens de son époque. Il pouvait aussi se montrer piquant ou provocant. Une exposition lui est consacrée à Paris.


Il nous faut fuir le monde. Aller se brunir la peau à Saint-Jean-Cap-Ferrat, brûler notre cervelle à coup d’Armagnacs gascons, plonger sous l’eau des cascades oubliées, dormir aussi longtemps qu’on le puisse. Pour ceux qui auraient déjà usé et abusé de ces méthodes, il y a actuellement l’exposition Boilly au musée Cognacq-Jay. Par chance, ce lieu permet aussi de se dérober au réel. Temple de la fantaisie, de la légèreté, du rêve et de l’érotisme propres au XVIIIe siècle, il est le remède à nos démocraties anémiées, aux misérables happy-hours et aux open-spaces cafardeux. Au milieu du mobilier Louis XV, la vie reprend son sens. 

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Accompagné d’amis, je traversais la Seine d’une rive à l’autre me dirigeant vers le musée. Je songeais à Paul Léautaud qui aimait ce XVIIIe siècle, et qui, comme Boilly avant lui, déambulait chaque jour dans Paris, avide de scènes banales, pour y observer des attroupements, des disputes, des chiens errants et affamés, des concierges grisées, des jeunes femmes, des clochards et des académiciens. Léautaud, qui avait certes quelques toiles dans sa maison de Fontenay-aux-Roses, ne s’intéressait pas à la peinture : s’il l’eut fait un peu plus, Louis-Léopold Boilly aurait probablement été son peintre préféré et le musée Cognacq-Jay son refuge.

Un possédé

Louis-Leopold Boilly est né en 1761 dans le bourg de La Bassée, coincé entre Lille et Lens, entre l’Artois et les Flandres. Son père, sculpteur et homme de raison, destine son fils à la peinture en bâtiment. L’enfant obéit, mais passe nuits et jours à dessiner en jouant, à s’amuser en dessinant. Sa vocation le possède tout entier. Après s’être initié à la peinture en province, direction Paris. Il a alors vingt-cinq ans, et se fait connaître grâce au talent qui le fit sortir de l’ombre. Avec sa verve, sa joie, son ironie et son à-propos, Boilly charme Paris et les Parisiens en les peignant. 

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Nous voilà arrivés face au musée. Entrons. De salle en salle, c’est un voyage. Un voyage à travers le Paris de la Révolution jusqu’à celui de la Restauration et même de la monarchie de Juillet. Boilly est partout où il y a des foules à voir, à croquer, à peindre. Il est de tous les rassemblements, de toutes les célébrations, de tous les spectacles. Les choses de la vie que l’on attrape d’un regard sur les boulevards, le voilà son pain quotidien, la voilà la source de son art et de sa jouissance. Boilly contemple partout, d’un œil tantôt tendre tantôt sarcastique, les mouvements et les valses des hommes et des femmes dans le monde. Là-bas, ce sont des bourgeois gantés et chapeautés qui traversent les rues boueuses à l’aide de planches disposées par un homme du peuple qui réclame sa pièce ; plus loin, voilà toute une cohue que l’on retrouve un jour de fête durant le règne de Charles X, avec des enfants et des ivrognes, des militaires et de belles aristocrates habillées de crinoline ; encore après, c’est un amant qui observe le baiser de deux amies dénudées dans une scène galante qui rappelle Fragonard. Partout la vie explose, se respire, s’entend.

Louis-Léopold Boilly (1761-1845), Deux jeunes amies qui s’embrassent, vers 1789-1793. Huile sur toile, 42,5 × 35 cm. Wiltshire, The Ramsbury Foundation © The Ramsbury Manor Foundation

Un portraitiste saisissant

Chez Boilly plus que chez n’importe quel peintre français de son temps, chaque visage est une histoire, chaque être un personnage de sa petite comédie humaine. L’exposition se termine sur son art du portrait. Fascination de voir la modernité de ces visages. Quelle vitalité, quelle réalité habite les faces de tous ces inconnus et oubliés ! Jamais pour autant l’art de Boilly ne cherche à oublier le style pour feindre le réalisme le plus pur. Non, toujours il montre qui se cache derrière son pinceau ; toujours nous sentons la présence de son sourire et de son humour par-delà les traits qui composent ses toiles : il y a une âme derrière ce regard. 

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Une fois dehors, nous quittons le Paris de Boilly pour retrouver les vieilles rues du Marais. D’autres scènes se révèlent alors à nos yeux excités et éduqués par tous ces tableaux qui peuplent notre mémoire, nous rendant meilleurs observateurs. Les poussettes ont remplacé les carrosses, mais sans doute l’homme est-il resté ainsi qu’il était et que le décrivaient nos moralistes, de Joubert à La Bruyère et de La Rochefoucauld à Chamfort. Peut-être qu’en somme Boilly est l’un des leurs : un moraliste qui a pour plume son pinceau. Comme pour eux, l’observation des hommes aura été sa passion ; savoir les peindre son génie. 

Fuir le monde, Boilly n’aurait pu le faire. Toute son œuvre est née de l’analyse des êtres et de la société des rues, des cafés, des théâtres et des chaumières. Mais en étant ce voyeur lucide, il lui fallait néanmoins faire un pas de côté pour composer son art à l’ombre du monde et ainsi changer le réel en couleurs projetées sur la toile. Et ça, n’est-ce pas aussi un peu fuir le monde ?


Musée Cognacq-Jay, 8 rue Elzévir, 75003 Paris. Tél : 01 40 27 07 21

BOILLY - CHRONIQUES PARISIENNES

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19 mars 1962: la date maudite

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Krim Belkacem, chef historique du FLN durant la guerre d'indépendance, il fut à la tête de la délégation du GPRA lors des Accords d'Evian © DALMAS / SIPA

Le texte d’Evian, publié le 19 mars mais en réalité signé la veille, a marqué le début d’un terrorisme silencieux, fait d’enlèvements d’Européens et de massacres – notamment des harkis, qui ont comptabilisé le plus de victimes.


Le 18 mars 1962, les négociateurs d’Evian signaient un accord de cessez-le-feu entre l’armée française et le FLN qui dirigeait la rébellion indépendantiste. Le texte était accompagné de « déclarations gouvernementales » censées garantir la sécurité des Européens présents en Algérie, comme de ceux, de toutes origines, qui s’étaient opposés au FLN.

Les harkis [1], supplétifs de l’armée française n’étaient pas mentionnés. La promesse, toute verbale, du FLN qu’il n’y aurait pas de représailles contre eux, fut jugée suffisante par Louis Joxe [2].

Le texte d’Evian fut publié le 19 mars 1962. Il fut suivi pour les Européens d’un surcroît d’enlèvements et d’horribles massacres. Les victimes musulmanes du FLN furent probablement plus nombreuses durant ces six mois qu’elles ne l’avaient été durant les huit années précédentes. Le nombre des Pieds-Noirs enlevés quintupla [3], contraignant l’immense majorité d’entre eux à un exil définitif résultant d’une épuration ethnique pure et simple. Ajoutons que durant ce semestre abominable, nombre de militaires français furent tués ou enlevés ; 177 d’entre eux demeurent portés disparus à ce jour (chiffre provisoire sans doute inférieur à la réalité) [4].

Enlèvements au hasard

Donner la date du 19 mars à des places, à des rues, à des ponts (à Toulouse), fêter cette journée, prétendre y voir la fin du conflit algérien, est donc une insulte à toutes les victimes de cette époque, un outrage à l’Armée française, un défi au sens national le plus élémentaire et une injustice criante.

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En effet, contrairement à ce qui s’affirme parfois avec légèreté, le FLN représenté par Krim Belkacem , à l’époque homme fort de ce mouvement, a bien signé et paraphé les accords d’Evian. Cette organisation a donc délibérément violé le texte auquel elle avait souscrit (et qu’elle négocia durement). Elle a donc totalement engagé sa responsabilité morale et matérielle dans ce qui suivit. La participation ouverte de ses commandos, de son armée et de ses militants aux enlèvements massifs et aux exécutions durant les neuf mois postérieurs au 19 mars devrait inspirer une condamnation unanime. Ce n’est pas le cas, ce qui illustre le relativisme troublant de l’idéologie des droits de l’homme, devenue le fondement de l’univers occidental actuel. L’opprobre ne devrait d’ailleurs pas épargner certains responsables politiques français de l’époque.

Dès le 17 avril 1962, l’encre d’Evian étant à peine sèche, le FLN inaugura le terrorisme silencieux, les enlèvements massifs d’Européens à Alger, à Oran, dans la campagne oranaise et en Mitidja. Ces rapts prenaient pour prétexte : la lutte contre l’Organisation Armée Secrète (OAS) [5].  Après l’échec du putsch des généraux en avril 1961, les partisans de l’Algérie française soutenaient en effet cette organisation clandestine. Mais les enlèvements visaient n’importe quel Européen, au hasard.

Les « anticolonialistes », qui donnent le ton aujourd’hui dans les médias et les milieux officiels, font de l’OAS la responsable de l’échec d’Evian et de l’exil des Pieds-Noirs. C’est un procédé commode mais malhonnête. L’organisation secrète, surtout en fin de course, en juin 1962 n’avait plus ni stratégie, ni tactique. Il en résulta des dérives diverses et une confusion chaotique terminées par une (pseudo) négociation avec le FLN [6]. A ce stade, l’OAS menaça de pratiquer la « terre brûlée ». Des historiens de pacotille lui imputent cette politique depuis sa naissance, alors qu’elle ne dura qu’une semaine.

Massacres à Oran et rue d’Isly

L’histoire de l’OAS s’étend sur seize mois, de mars 1961 à juin 1962. Quelles que furent ses errances finales, -elles furent indéniables et eurent des conséquences-, en faire le bouc-émissaire de tous les échecs ultimes des autorités françaises n’est qu’une manière peu subtile d’exonérer le pouvoir d’alors et de blanchir le FLN de ses crimes vis-à-vis de l’Algérie, des harkis et des Pieds-Noirs.

Car après le ratissage de Bab-el-Oued, ceux-ci subirent aussi la fusillade du 26 mars 1962 rue d’Isly [7], puis la longue succession des crimes des nouveaux maîtres du pays. Un exemple en donnera une idée : en mai 1962 ,272 Européens furent enlevés en Alger contre 44 en avril. A la fin du mois de juin, on évaluait à près de 1000 les victimes européennes de rapts dans la seule capitale.

A partir du 17 juin, à la suite d’un accord FLN-OAS, les enlèvements ralentirent. Ils reprirent de plus belle après le 3 juillet, date de la proclamation de l’indépendance. Deux jours après, le 5 juillet à Oran, une manifestation venue des quartiers musulmans submergea le centre-ville européen. Quelque 700 Pieds-Noirs et une centaine de musulmans (sans doute pro-français) furent massacrés[8]. Ceci accentua l’exode et le rendit irréversible.

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Les victimes les plus nombreuses se situent toutefois parmi les musulmans. Dès la signature des accords du 19 mars, des harkis furent attaqués à Saint-Denis- du-Sig. A Saïda, des membres du commando Georges furent enlevés et tués par l’organisation indépendantiste alors même que plusieurs d’entre eux étaient des officiers français. Après le 3 juillet, les représailles contre les musulmans ayant combattu le FLN s’intensifièrent. Des dizaines de milliers furent assassinés, emprisonnés ou persécutés de diverses manières [9]. Quelque 90000 harkis, familles comprises, furent transférés en France grâce à l’action clandestine de quelques officiers. Les autorités militaires, tout en signalant les épreuves subies par nos compatriotes musulmans, n’en relayèrent pas moins des recommandations insistantes et répétées de ne pas les faire venir en France. Ces faits largement établis historiquement n’en sont pas moins dissimulés voire niés aujourd’hui par quelques chercheurs « engagés ».

Ceux qui ont vécu les événements de ce vilain temps en sont marqués à jamais.

La date du 19 mars 1962 demeurera celle d’une ineffaçable infamie.

Les archives inédites de la politique algérienne, 1958-1962

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La phase finale de la guerre d'Algérie

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[1] Harkis : supplétifs mobiles de l’armée française. Par extension, tout Musulman ayant combattu le FLN.

[2] Ministre d’Etat chargé des affaires algériennes, dirigeait la délégation française à Evian.

[3] JJ Jordi Un silence d’état. Ed. Soteca 2011, p. 155, chiffre à 300 les Européens disparus avant le 19 mars et à 1253 après. S’y ajoutent 123 personnes dont les corps furent retrouvés et 170 cas incertains.

[4] A ce jour, le gouvernement français a refusé d’ouvrir les archives concernant ces militaires disparus. Seuls les civils ont été étudiés.

[5] M. Faivre Les archives inédites de la politique algérienne. Ed ; L’Harmattan 2001. Vers la Paix en Algérie op. collectif Ed. Bruylant. Bruxelles 2003. Les pages signées y sont reproduites.

[6] L’OAS fut créée à Madrid le 10 février 1961 et devint active en mars et surtout à l’automne suivant. Le FLN et ses séides prétendent aujourd’hui que les enlèvements ciblaient des militants de l’OAS. Dans La Phase Finale de la Guerre d’Algérie Ed. L’Harmattan 2011 nous avons montré que les rapts pouvaient toucher aveuglément n’importe quel Européen.

[7] Voir notre ouvrage Une Ténébreuse Affaire : La Fusillade du 26 mars 1962.Ed. L’Harmattan 2009.

[8] Jordi.op.cité ,p.155.

[9] M.Faivre Les combattants musulmans de l’Armée française.Ed.L’Harmattan 1995.

Corse: quand les choses traînent, la situation s’envenime

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Une manifestation en soutien à Yvan Colonna suite à son agression se termine en émeute à Ajaccio le 9 mars 2022 © HAMARD FANNY/ SIPA

Ce pouvoir est-il maladroit ou malfaisant?


Depuis la tentative d’assassinat sur Yvan Colonna le 6 mars, commise par un djihadiste parce que la victime aurait « blasphémé », deux choses positives seulement sont à retenir, l’une judiciairement inévitable (ouverture d’information contre l’agresseur pour déterminer sa responsabilité et les modalités du crime) et l’autre politiquement nécessaire mais mise en œuvre trop tardivement par le Premier ministre dans son rôle de substitut à Eric Dupond-Moretti : le rapprochement pénitentiaire des condamnés avec la Corse. Mais pour le reste qui est l’essentiel, que de graves bévues !

Une absence de sanction incompréhensible

À ma connaissance, à la suite des incontestables dysfonctionnements liés à la surveillance et à la protection d’Yvan Colonna, prisonnier particulièrement signalé à Arles, aucune sanction n’a été prise, du bas niveau jusqu’au plus haut. L’inattention portée à la vidéo qui durant huit minutes montrait la terrible agression n’a apparemment pas suscité la moindre réaction. Le directeur de l’établissement concerné est toujours en place. Du temps du général de Gaulle, le garde des Sceaux aurait pris acte de sa responsabilité ou elle lui aurait été rappelée. Au moins le directeur de l’administration pénitentiaire aurait su immédiatement tirer les conséquences de ce crime parfaitement évitable dans un univers dont globalement il avait la charge.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Yvan Colonna: l’affaire se corse

Je sais bien qu’en France, et sous ce mandat en particulier, des droits sont attachés aux hautes fonctions mais très peu de devoirs. Donc on demeure, quelles que soient les péripéties vous impliquant. Les Corses auraient été heureux d’apprendre que des sanctions avaient été prises.

L’île de Beauté en colère

Cette incurie a abouti sur l’île à des dérives, des débordements, des désordres inadmissibles, intolérables, de la part notamment de jeunes gens même pas nés lors de l’assassinat du remarquable préfet Erignac le 6 février 1998 à Ajaccio. La police a affirmé n’avoir jamais dû affronter des violences d’une telle intensité, destinées non plus seulement à manifester un mécontentement profond mais à blesser, mais à tuer.

Emeutier à Ajaccio, 8 mars 2022 © HAMARD FANNY/SIPA Numéro de reportage : 01064608_000016

On a entendu le retour de ces expressions scandaleuses sur les « détenus politiques » que seraient ces assassins, criminels de droit commun, sur « l’Etat français assassin », d’une revendication pour une exécution des peines assouplie, voire laxiste.

Vers l’autonomie de la Corse pour apaiser la situation ?

C’est dans ce climat quasiment insurrectionnel qu’on lance comme une pitoyable bouée de sauvetage l’idée d’une autonomie de la Corse face à laquelle les nationalistes ont fait la fine bouche. Emmanuel Macron, dans son programme flou, y avait déjà fait allusion en 2017 mais durant cinq ans cette exigence portée par une infime minorité était restée sous le boisseau.

A lire aussi, du même auteur: «État français assassin»: cette jeunesse corse en plein délire

Elle est offerte sur un plateau quand l’île est embrasée et c’est à peine si Gérald Darmanin a souligné l’obligation du retour de la tranquillité avant la discussion sur l’autonomie (surtout pas financière, bien évidemment !). La conséquence de cette étrange démarche gouvernementale est qu’elle a ravivé les groupuscules FLNC prêts à reprendre du service terroriste, qu’elle a remis en branle un processus délétère face auquel même ses gestes de bonne volonté n’ont plus le moindre impact.

Un pouvoir aux abois

Les idées sont les succédanés des chagrins, a écrit Marcel Proust. Cela s’applique à ce pouvoir qui, dépassé, lâche tout, à cette absence d’autorité qui a pour seule ambition de dialoguer en position de faiblesse, au lieu de se fonder sur un légitime rapport de force.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La sanctification d’Yvan Colonna est insupportable

J’aime les Corses, la beauté de cette magnifique île mais je ne supporte plus cette déroute de fin de mandat où plus ça casse, plus ça passe! Est-ce un « clientélisme cynique » ou, si on est favorable à l’autonomie comme Yannick Jadot, l’incapacité de ce pouvoir à réagir autrement que sous l’effet de la violence ? Je ne crois pas qu’on puisse être aussi maladroit sans le faire exprès. Tout ce qu’il ne fallait pas faire, ils l’ont fait !

Libres propos d'un inclassable

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Le Mur des cons

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Une foi n’est pas coutume

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D.R.

« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! » Nous sommes tentés de citer le Christ lui-même pour venir à la rescousse d’un prêtre américain qui, pendant plus de deux décennies, ne prononçait pas la « bonne parole » en administrant le premier des sept sacrements.


Dans l’Arizona, la procédure baptismale donne raison à Victor Hugo : « La forme, c’est le fond qui remonte à la surface. » Le 1er février, le prêtre américain Andres Arango a non sans mélancolie présenté sa démission devant le diocèse de Phoenix, pour avoir prononcé durant plus de vingt-six ans une formule erronée à l’occasion de l’administration de milliers de baptêmes. Une bévue dont la hiérarchie diocésaine s’est avisée seulement l’année dernière.

A lire aussi: Chanson mortelle

Ainsi le père Arango, récitant depuis l’année 1995 la formule incantatoire « Nous vous baptisons au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » a-t-il conféré de vaines naissances sacramentelles qui, malgré toute sa bonne foi, sont considérées comme nulles et non avenues selon les autorités ecclésiastiques. La parole attendue étant « Je vous baptise », à la première personne du singulier, puisque c’est Jésus-Christ qui parle par le truchement du prêtre. De fait, la Congrégation pour la doctrine de la foi du Vatican l’avait univoquement souligné en 2020 : tout baptême en violation des formes prescrites doit être frappé d’une invalidation rétroactive.

À lire aussi : Fratelli Tutti, l’encyclique qui appuie là où ça fait mal

En tant qu’administrateur des sacrements, le prêtre est astreint, dans l’accomplissement de ses actes, à la stricte observance des formules et règles procédurales reconnues par l’Église. Une peccadille verbale dont les conséquences draconiennes peuvent être disproportionnées pour l’observateur magnanime, car il s’agit bien de milliers de personnes qui peuvent tirer une croix sur leur entrée dans le royaume de Jésus, et il leur revient d’accomplir les démarches idoines pour régulariser leur situation auprès du Ciel. Les baptêmes viciés du diocèse de Phoenix sont donc priés de bien vouloir renaître de leurs cendres.

Guerre en Ukraine: l’énergie au cœur des débats

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Une tribune libre de Julien Dupuy, consultant en énergie


L’Europe est aujourd’hui dépendante à 40% du gaz russe et un tiers de son pétrole vient de Russie. Un embargo européen strict comme l’ont annoncé les États-Unis et l’Angleterre nous plongera dans une récession économique. Il nous est impossible de compenser les volumes perdus sur le marché russe par l’achat de pétrole d’autres pays producteurs et encore moins via l’utilisation d’autres sources d’énergies. Dans ce contexte, nos dirigeants commencent à exhorter les Français à réduire leur consommation d’énergie. En d’autres termes, c’est au peuple de payer l’insouciance de nos sanctions irréfléchies.

Depuis des années, nos dirigeants ferment les yeux sur les conséquences de leurs choix politiques, qui conduisent à réduire toujours plus le pouvoir d’achat des Français

Nous entendons de grands discours sur la souveraineté venant de politiques qui ont œuvré à la déliquescence du modèle français. François Hollande nous partage sa volonté de stopper l’achat du gaz russe, lui qui a pourtant axé sa politique énergétique sur la réduction de la part du nucléaire et qui a mis en route la fermeture de Fessenheim, nous plongeant ainsi dans la situation de dépendance que nous connaissons actuellement.

Depuis des années, nos dirigeants ferment les yeux sur les conséquences de leurs choix politiques, qui conduisent à réduire toujours plus le pouvoir d’achat des Français. Mais au lieu de traiter le problème, nous nous enfermons dans une voie sans issue, si ce n’est désastreuse, en nous concentrant exclusivement sur le développement des énergies renouvelables intermittentes. Les récentes annonces de Belfort, qui avaient pourtant pour but de relancer le nucléaire français, se sont vues accompagnées de la multiplication par dix de la puissance solaire installée et de la construction d’une cinquantaine de parcs éoliens en mer. Ceci était, d’après le gouvernement, « le choix le plus pertinent au niveau écologique » et « le plus opportun d’un point de vue économique ».

A lire aussi, Gil Mihaely: Le XXIe siècle sera nucléaire ou ne sera pas

La situation géopolitique et le coup de massue infligé à l’économie française auraient au moins dû faire fléchir nos dirigeants. C’est pourtant le contraire que nous avons observé avec la récente déclaration d’Ursula Von Der Leyen, qui annonçait vouloir investir davantage dans les énergies renouvelables : « Plus vite nous passerons aux énergies renouvelables […] plus vite nous serons réellement indépendants et maîtres de notre système énergétique ».

Ce qu’oublie pourtant la présidente de la Commission européenne, c’est que le modèle allemand, si prolifique en émissions de CO2, a suivi à la lettre les recommandations de l’Union Européenne. De surcroît, c’est justement à cause du modèle allemand et des énergies renouvelables intermittentes que l’Europe a accru considérablement sa dépendance au gaz russe.

A lire aussi: 6000 éoliennes allemandes sérieusement affectées par une cyberattaque russe

Notre pays doit urgemment s’engager dans un plan de transformation de l’économie. Nous devons, à terme, remplacer nos consommations d’hydrocarbures par une électrification des usages et le développement de l’hydrogène. Ces efforts vont nécessiter une capacité d’approvisionnement en électricité stable et décarbonée importante, ce qui passera obligatoirement par le développement massif de notre parc nucléaire.

Il nous sera impossible de respecter une neutralité carbone avec un mix électrique se reposant sur les énergies renouvelables intermittentes. Notre seule chance de pouvoir un jour opérer une transition et une indépendance vis-à-vis des hydrocarbures est le nucléaire. 

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Nucléaire: un gâchis français

L’Allemagne, au nom de l’écologie, a fermé ses réacteurs et est aujourd’hui dépendante à 55% du gaz russe. C’est cette même Allemagne, par le biais de la commission européenne, qui nous entraîne dans une impasse mortelle en faisant tout pour que la France perde sa souveraineté énergétique. L’Allemagne est un fardeau écologique qui refuse, toujours au nom de l’écologie, de prolonger la durée de vie de ces trois dernières centrales nucléaires et qui, en même temps, rallume ses centrales à charbon.

Les idéologues antinucléaires à la tête du gouvernement et du ministère de la transition écologique se sont appuyés sur le modèle allemand. Il serait désormais sot de croire, après la fermeture de Fessenheim, après le souhait de fermer 12 autres réacteurs nucléaires, après l’objectif de réduction du nucléaire à 50% de notre mix électrique, après l’arrêt du projet ASTRID et après la défaite de la taxonomie, que ces mêmes personnes puissent défendre le nucléaire français.

Léa Salamé: «France Inter n’est pas de gauche»!

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La journaliste de France inter indique dans TV Magazine qu’elle ne sait pas si elle va rempiler à la matinale l’année prochaine. « J’ai envie d’être dans un registre plus léger » confie-t-elle. De son côté, Laurent Ruquier laisse tomber la case du samedi soir de France 2. Le hasard fait bien les choses… et Salamé pourrait bien reprendre le flambeau du prestigieux magazine de la deuxième chaîne.


Il y a des points communs entre la radio du Liban, pays d’origine de Léa Salamé, et France Inter. La radio libanaise se veut neutre, ménageant les chiites et les sunnites, ainsi que les chrétiens maronites. Et comme elle a besoin de passer ses colères, elle tape comme une malade sur un seul ennemi, Israël.

A lire aussi: «Le scandale France Inter devrait être un thème majeur de la campagne»

France Inter se dit également neutre. Mais comme elle a le cœur bouillant, elle s’acharne sur sa cible désirée : la droite.

« Responsabilité maximale »

Léa Salamé, qui officie tous les matins sur cette radio du service public ne déroge pas à cette règle. Elle s’est confiée au supplément télé du Figaro sur les grandeurs et les servitudes de sa profession. Au sujet de la guerre en Ukraine, elle déclare : « Mon état d’âme passe après mon devoir de neutralité. Dans une telle crise, la citoyenne s’efface devant la journaliste ». Un peu plus loin, elle avance « lorsque je pose mes questions, j’essaie au maximum d’être neutre ».

A lire aussi, Didier Desrimais: Remplacez votre réveil-matin par un woke-matin: écoutez France Inter!

Et à l’appui de cette belle sentence elle a ajouté « France Télévisions et Radio France ne sont pas à gauche ». Ce qui nous autorise à supposer que Léa Salamé l’est peut-être.

Plus envie de mettre le réveil-matin

Faire taire ses « états d’âme » représente à coup sûr un exploit surhumain. Une douloureuse tempête sous un crane pour demeurer une journaliste « neutre ». Ainsi Léa Salamé se sacrifie sur l’autel de l’objectivité ! Quand elle reçoit Eric Zemmour, ses « états d’âme » de citoyenne font qu’elle a juste envie de l’étrangler. Courageusement elle se retient et se contente de le réprimander. Ça doit lui en coûter !

Dans le même entretien, elle a assuré qu’elle était en « fin de cycle » (au sujet de la matinale de France Inter), et qu’elle souhaitait « lâcher des choses » pour s’occuper de sa famille. Nous sommes heureux pour ses enfants. En tant qu’auditeurs aussi…

Des chiens robots à la frontière mexicaine!

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Des chiens robots à la frontière mexicaine
Eva RODRIGUEZ LORENZO / AFP

On n’arrête pas le progrès. En septembre 2021, au Texas, des agents de la police des frontières américaine, juchés sur leurs chevaux, ont été suspectés de repousser des migrants haïtiens à coups de fouet. Mais ça, c’était avant l’arrivée des chiens robots. In Dog We Trust!


Les frontières américaines : à défaut d’y construire un mur, pourquoi pas des niches ? Des chiens robots équipés de caméras thermiques, de capteurs chimiques et biologiques, ainsi que d’une vision nocturne commencent à sillonner les frontières états-uniennes, essentiellement celles du sud les séparant du Mexique, dans le but d’épauler les forces douanières devant opérer en terrain parfois inhospitalier : collines, ravins, reliefs rocheux…

L’objectif est d’y débusquer migrants illégaux, trafiquants d’armes, de drogue et autres chenapans. Si ces robustes quadrupèdes mécaniques tout-terrains construits par la société Ghost Robotics peuvent transporter des charges utiles et livrer un compte-rendu visuel des lieux qu’ils inspectent, il semble que le département de la Sécurité intérieure des États-Unis n’ait pas été très exigeant sur l’aspect esthétique du produit fini : pas de tête ni de poil, un galbe de table basse… bref, rien qui puisse susciter l’empathie que les humains vouent habituellement au meilleur ami de l’homme.

A lire aussi : Parmi les clandestins sud-américains aux USA, il y a 2.74% de criminels

C’est même tout le contraire : des associations pour les droits de l’homme fustigent ce progrès sécuritaire en critiquant la déshumanisation du procédé, certaines pensant même que l’étape suivante serait de fixer une arme à feu sur le dos de ces nouveaux fidèles compagnons des garde-frontières. Ghost Robotics possède bien cette version améliorée en stock, mais il n’en est pas actuellement question. Une version dystopique de ce genre de robots nous a déjà été présentée par l’épisode « Metalhead » de la série télévisée Black Mirror qui nous en montrait la cruelle efficacité destructrice. Une chose est donc certaine, et les conservateurs les plus zélés pourront s’en réjouir, Netflix n’inspire visiblement pas uniquement les chantres du progressisme et de la justice sociale.

La guerre en Ukraine, c’est mal: merci pour l’info les footeux!

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Message de soutien à Andriy Yarmolenko et aux Ukrainiens, London Stadium (équipe de West Ham), 27 février 2022 © Jed Leicester/Shutterstock / SIPA

Après avoir tergiversé un temps, la FIFA a décidé d’exclure les clubs et l’équipe nationale russes de toutes les compétitions suite à l’invasion de l’Ukraine. Au-delà de cette crise, constatons que le foot mondialisé, pur produit de consommation, épouse toutes les causes validées par le sacro-saint triumvirat médias/politiques/marques. Impossible de se détendre pendant un match désormais, on veille à vous inculquer la vertu honorable. 


La vertu honorable, vous savez, celle qui n’engage à rien…

… mais qui vous fait appartenir au camp du Bien. Je le confesse : j’aime pourtant encore le football. Je sais que c’est bête, je vois bien que le spectacle grand public dont l’on nous gave n’a plus toujours grand chose à voir avec l’idée que l’on se faisait de ce sport, mais tant pis. Il me reste encore quelques raisons de suivre la saison : le talent, les plans de jeu, la tension inhérente à certains matchs, l’espoir de buts d’anthologie ou de faits de jeu marquants.

Il y a cependant une énorme différence entre le football et sa version mondialisée et commerciale conçue par la FIFA. Et cette dernière version commence sérieusement à me courir sur le haricot. Impossible de se détendre: clubs, joueurs et sponsors bavent leur moraline à deux balles par tous les moyens possibles.

La tendance du moment: à bas la guerre !

La grande cause du moment, c’est évidemment la guerre en Ukraine. Le mot d’ordre est simple : il faut arrêter la guerre, la guerre c’est mal, à bas la guerre, vive la paix. Comme c’est profond… Qu’on ne se méprenne pas sur mon propos : déplorer la violence guerrière est une réaction plutôt naturelle chez moi, même si je sais qu’il y a des guerres malheureusement nécessaires.

À lire ensuite, Jean-Paul Brighelli: La Russie attaque? Vengeons-nous sur les handicapés!

Le problème, ce sont les moyens employés. En quoi 22 types en short tenant une pancarte « STOP WAR » avant un match de Ligue Europa vont-ils changer quoi que ce soit ? Que croient faire les diffuseurs du championnat espagnol en insérant un bandeau « Stop invasion » durant les retransmissions ? Ont-ils réellement imaginé que Vladimir Poutine, impressionné par tant de détermination, y réfléchirait à deux fois avant de donner libre cours à ses lubies tsaristes ? 

BLM, LGBT, racisme, respect, droit des femmes…

Ça a commencé quand, cet affichage de vertu indécent et ostentatoire ? 

On a eu les campagnes « No to racism », les brassards et maillots LGBT, et, depuis deux ans, le spectacle navrant du genou à terre au début de chaque match, diktat Black Lives Matter oblige. Quand je vois les joueurs et l’arbitre s’agenouiller ainsi, je ne peux m’empêcher de penser à des chevaliers se faisant adouber. Sauf que dans ce cas précis, ils ne se font pas adouber par le monarque mais par les annonceurs, les sponsors et les médias complaisants au wokisme. 

Si le joueur n’affiche pas la vertu appréciée ou – pire – s’il prétend penser par lui-même, on le rétrograde vertement. Le joueur de Crystal Palace (Premier League) Wilfried Zaha a ainsi été sommé de se justifier médiatiquement parce qu’il avait refusé de poser le genou à terre. Parfois, les contrats de sponsoring sont rompus. Nike a ainsi mis fin à son contrat avec le joueur de Manchester United Mason Greenwood soupçonné de viol… alors que l’enquête était encore en cours d’instruction. Le licenciement expéditif est une réalité dans ce milieu. Le cas récent d’Aleksandar Katai, viré de la franchise américaine des LA Galaxy, en raison des tweets postés par sa femme (plus que douteux, certes), est éloquent : un salarié renvoyé pour quelque chose qu’il n’a pas fait et dont il n’est pas responsable, en voilà une vertu !

Faites ce que je dis, pas ce que je fais

Au-delà de la stérilité de toutes ces manifestations, on pourra discuter des aspects moraux de certaines initiatives. Cet amour dégoulinant a quelque chose de repoussant et de terriblement gênant. Ces gens-là clament des slogans pour s’acheter une vertu et être validés, mais bien peu font réellement ce qu’ils disent.

À lire aussi, Frédéric Magellan: Football: les Russes se contenteront de la télé!

Lilian Thuram fustige le racisme ? Lui-même s’est vu reprocher par Fabien Barthez une tentative d’exclusion de certaines photos des joueurs blancs de l’Équipe de France…  De nombreux clubs participent à la campagne « Football vs. homophobia » en février ? Pourtant, cela reste un milieu où il est mal vu d’être homosexuel. Le très titré footballeur allemand Philip Lahm, dans une biographie parue il y a un an, conseillait carrément aux joueurs homosexuels de garder le secret parce « qu’il y a encore un manque d’acceptation dans le monde du football ». On vous chante les bienfaits du “respect” ? Il semble pourtant que les footballeurs fournissent régulièrement sur les terrains un contingent conséquent de bagarreurs, tricheurs ou agresseurs… Il y aurait trop d’exemples à donner ici.

Et le respect de la présomption d’innocence ? Et la liberté de penser ? Et l’universalité des causes défendues ? Bref, les acteurs du football FIFA sont des hommes comme les autres. Partant, s’ils pouvaient arrêter de nous emmerder avec leurs leçons de morale.

Football inclusif: j’ai fait un rêve…

On pourrait conclure en imaginant un match de football dans cinq ans. Après avoir posé un genou à terre (pour BLM, contre le racisme), des joueurs revêtus d’un maillot arc-en-ciel (pour la propagande LGBT) arborant un clitoris (pour le féminisme) courront masqués (le coronavirus étant toujours dans les parages) derrière un ballon. L’arbitre ne donnera plus de cartons, jugés trop stigmatisants (halte à la nullophobie !) et les défaites seront interdites pour la même raison. À la mi-temps, les joueurs feront une ronde pacifique pour la paix dans le monde. Enfin, des groupes de parole seront organisés en troisième mi-temps dans le vestiaire, pour discuter de leur « vécu »(il est temps de causer masculinité toxique et homophobie). 

La vertu, c’est comme la confiture : moins on en a, plus on l’étale. 

La sanctification d’Yvan Colonna est insupportable

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Gerald Darmanin, ministre de l'Intérieur et à gauche, Amaury de Saint-Quentin nouveau préfet de Corse, Ajaccio, 16 mars 2022 © Fanny HAMARD / SIPA

Après la flambée de violences suscitée en Corse par l’agression d’Yvan Colonna, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est rendu sur place depuis mercredi. Il a engagé des discussions sur une évolution du statut de l’île. L’analyse d’Elisabeth Lévy.


Gérald Darmanin ouvre la voie à l’autonomie.Il n’y a pas pire moment et pires circonstances pour le faire, et il n’est nul besoin d’avoir lu Clausewitz pour comprendre que négocier avec un revolver sur la tempe, c’est être sûr de perdre. Emmanuel Macron avait cinq ans pour traiter la question corse. Il se penche dessus à trois semaines de la présidentielle. La ficelle électorale est un peu grosse. 

Aveu de faiblesse

Certes, Gérald Darmanin exige en préalable le retour au calme. Mais le mot « autonomie », lâché après des manifestations violentes et des agressions contre des forces de l’ordre en sous-effectif, est un aveu de faiblesse impardonnable. 70 policiers et gendarmes ont été blessés, et 18 hospitalisés, preuve qu’ils avaient face à eux des émeutiers aguerris. 

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Evviva a Corsica!

Ça n’a pas loupé : à 11h30 mercredi, le FLNC menaçait de reprendre les armes. Dans un communiqué, le mouvement nationaliste radical a écrit que « les combats de la rue d’aujourd’hui seront ceux du maquis de la nuit de demain… » Ce qui revient à cracher dans une main tendue. Et en prime, le gouvernement avait déjà levé le statut de détenu particulièrement signalé (DPS) d’Yvan Colonna et de ses deux co-détenus. On nous dit que c’était une vieille revendication des Corses. De Corses, plus exactement… On entend monter une petite musique dans les médias : tout cela serait la faute de Jean Castex et de Patrick Strzoda (le directeur de cabinet de Macron), qui seraient des faucons et n’auraient pas voulu le lever auparavant. Rappelons tout de même que ces trois détenus ont été condamnés pour crime terroriste, et que le statut de DPS qu’ils avaient était donc et reste totalement justifié. Le véritable problème est plutôt l’inefficacité de cette surveillance particulière.

Comparaison avec Samuel Paty

En revanche, le transfert en Corse, qui est une mesure d’humanité envers les familles, pourrait en principe être compatible avec ce statut – peut-être avec un changement législatif. Toutefois, en Corse, le risque d’évasion est plus élevé. Du reste, aucun établissement de haute sécurité n’est adapté à ces détenus.  

Enfin, la sanctification d’Yvan Colonna et cette jeunesse qui manifeste en arborant son visage sur des t-shirts où l’on peut lire en corse « Gloire à toi, Yvan » sont vraiment insupportables. Désolée, ce qui lui arrive est triste et révélateur d’une incurie au niveau de l’Etat, mais cela ne justifie pas qu’on en fasse un héros. Gérald Darmanin a comparé son agression en prison par un islamiste au meurtre de Samuel Paty. Certes, dans les deux cas, il y avait un crime de blasphème. Mais tout de même, avant d’être une victime, Yvan Colonna a été condamné pour l’assassinat d’un préfet. Aujourd’hui, la presse pleurniche sur la jeunesse corse qui se sent méprisée. Serait-on aussi indulgents si des jeunes des quartiers arboraient la photo de Mohammed Merah ? Oui, sans doute, c’est peut-être ça le pire.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Aux larmes, citoyens!

Empêtré dans sa culpabilité et dans l’urgence électorale, le pouvoir se couche devant la force. Avis à tous les mécontents : vous avez trois semaines pour casser, brûler, agresser, vous gagnerez. Nous, nous aurons cinq ans pour déplorer l’impuissance de l’Etat. 

Macron 2022: et si tout n’était pas joué d’avance?

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© Soazig de la Moissonnière / Présidence de la République

La macronie ne prend même plus la peine de masquer son mépris de la démocratie. Le découragement menace ceux qui pensent que la France mérite mieux qu’un commercial narcissique jouant à se déguiser en Zelensky dans la sécurité et le faste de l’Elysée. Les prophéties des sondages semblent implacables : Emmanuel Macron sera réélu, l’oracle a parlé…


Halte-là ! Pas si vite.

Il serait hypocrite de balayer les sondages d’un revers de la main. Pour autant, on peut se souvenir qu’ils ont notoirement échoué à prévoir les résultats d’autres scrutins, et qu’il n’est pas absurde de les regarder avec une certaine prudence, voire une prudence certaine, ainsi que le rappelait il y a quelques mois le journal suisse Le Temps, pourtant peu suspect de complotisme.

Pierre Vermeren dénonce les certitudes et le désastre de la non-campagne

Mais admettons un instant que la réélection d’Emmanuel Macron soit une certitude, les Français massivement épuisés par la pandémie, tétanisés par la guerre en Ukraine, effrayés par la crise économique à venir, hypnotisés par le matraquage médiatique, se réfugiant dans un réflexe légitimiste instrumentalisé (non sans talent) par l’actuel détenteur du pouvoir.

On se redira le mot célèbre de Guillaume d’Orange-Nassau : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. » Maxime salutaire, d’autant plus nécessaire qu’elle suppose un sens de l’honneur que notre époque peine douloureusement à comprendre. On se souviendra de Jacques Maritain : « L’important n’est pas de réussir, ce qui ne dure jamais, mais d’avoir été là, ce qui est ineffaçable. » Et bien sûr d’Edmond Rostand et de son sublime Cyrano : « Que dites-vous ? C’est inutile ? Je le sais ! Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! Non ! Non, c’est bien plus beau lorsque c’est inutile ! » Avouons cependant que malgré sa noblesse, la consolation est maigre, et aurait presque des échos de renoncement.

A lire aussi: Le petit nez de Cyrano

Heureusement, il n’y a pas que cela ! Car si l’élection présidentielle est primordiale, elle n’est pas tout. Il y a les législatives, et Emmanuel Macron s’il est réélu ne sera pas à l’abri d’une cohabitation, qui ne résoudrait certes pas les problèmes de notre pays, mais pourrait permettre d’éviter qu’il les aggrave encore. Il y a aussi, peut-être surtout, la nécessaire recomposition du paysage politique.

A gauche, le rapport de force entre Fabien Roussel d’une part, et de l’autre Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot : subistera-t-il une gauche « à la française », ou l’islamo-wokisme triomphant s’en partagera-t-il les dépouilles avec l’extrême-centre populicide (pour reprendre le mot de Michel Onfray) d’Emmanuel Macron ?

A droite, se poseront principalement deux questions : celle de l’avenir de LR après l’échec probable (et vraisemblablement retentissant) de Valérie Pécresse, et celle de savoir si la droite restera prisonnière du piège mitterrandien, ou si elle suivra la voie tracée par Eric Zemmour et refusera de continuer à chercher en permanence l’onction de la « gauche morale » (désormais macroniste) en s’excusant d’être de droite. Questions évidemment liées, et dont les réponses dépendront en grande partie du poids relatif de Reconquête et du RN aux prochains scrutins.

Qu’on soit de droite ou de gauche, on m’accordera j’espère que ces questions ne sont pas sans importance, et justifieraient à elles seules de s’engager résolument, de faire campagne, et d’aller voter en avril et en juin.

Mais il y a plus. Infiniment plus.

La macronie ivre d’arrogance

Ce qui se joue ces prochaines semaines, c’est la survie de notre démocratie. Ce ne sont pas des chars qui nous menacent, ni les fusils de milices armées : nous n’avons pas besoin de risquer nos vies pour défendre la démocratie, il nous suffit de proclamer que nous n’entendons pas y renoncer, et de la faire vivre. Rien de plus, mais rien de moins.

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La macronie, ces jours-ci, est ivre d’arrogance, et les masques tombent. Elle est le « cercle de la Raison », en dehors d’elle, point de salut ! Nulle opposition ne saurait être légitime, puisque nécessairement extrémiste, tout débat est donc inutile : la démocratie, à quoi bon ? Sous prétexte de crise, il faudrait maintenir Emmanuel Macron au pouvoir par tacite reconduction, d’ailleurs nul ne peut se comparer à lui, et il n’a pas de temps à perdre pour répondre aux critiques, présenter un bilan ou défendre un projet : c’est qu’il a des choses plus importantes à faire que permettre que vive la démocratie française. Il ne répondra qu’aux questions calibrées sur mesure de panels soigneusement choisis, évitera la confrontation directe avec ses rivaux, ne sera interrogé que par des journalistes d’une complaisance si manifeste qu’elle en devient gênante. Et le peuple sera prié de trouver tout ça parfaitement normal.

L’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, rallié à Emmanuel Macron, affirme que « si Emmanuel Macron se dispersait aujourd’hui entre meetings et polémiques tel un candidat sans responsabilité il serait jugé comme inconsistant à l’étranger et agité en France », oubliant que si Emmanuel Macron jugeait ces deux rôles incompatibles, il pouvait endosser pleinement celui de Père de la Nation en renonçant à se représenter. Devant des journalistes évidemment acquis à sa cause, la reporter Anne Nivat déclare : « En temps de guerre on ne change pas de chef. Tout le monde a peur, quand on a peur on ne change pas de chef ». Pourtant, avant d’être remplacé par Churchill avec le succès que l’on sait, Chamberlain démissionna le…. 10 mai 1940.  « On ne change pas de capitaine en pleine tempête. Simple question de bon sens » écrit le député LREM Marc Delatte, pour qui c’est donc manquer de bon sens que de vouloir permettre un choix démocratique. Sur France Inter, Stanislas Guérini, député et délégué général LREM, est scandalisé à l’idée que d’autres candidats puissent vouloir « créer une confrontation » avec le chef de l’Etat : le débat d’accord, mais sans véritable contradiction. Dans Libération, Jean-François Eliaou, lui aussi député LREM, justifie le choix d’Emmanuel Macron de ne pas débattre avec les autres candidats en affirmant : « La qualité des personnalités en lice ne justifie pas que l’on s’abaisse à discuter avec eux. » Une toute nouvelle publication résolument macroniste élève le complotisme au rang des beaux-arts en accusant les trois challengers sérieux (d’après les sondages) du président d’être à la botte de Poutine – quand le pouvoir en place affirme que tous ses rivaux sont des agents de l’étranger, ce n’est jamais bon signe pour la démocratie. Et Claude Posternak, macroniste de la première heure, un temps porte-parole d’Emmanuel Macron, va jusqu’à qualifier de « séditieux » les propos du président du Sénat, deuxième personnage de l’Etat, lorsque celui-ci s’inquiète du risque de déficit de légitimité que l’absence de véritable campagne fait peser sur le scrutin.

Le périmètre de l’acceptable se réduit…

A l’heure où Facebook autorise l’apologie de groupes néo-nazis pourvu qu’ils soient Ukrainiens, où Twitter a fermé « par erreur » – certes temporairement – bon nombre de comptes favorables à Eric Zemmour, on se souvient aussi de la sinistre loi Avia qui voulait donner aux GAFAM un pouvoir de censure délirant, et on comprend que la stratégie du macronisme est de réduire encore et encore le périmètre de l’acceptable jusqu’à proclamer, in fine, que son discours est le seul à avoir droit de cité. Le seul à être « rationnel », le seul à être « républicain », tout le reste étant évidemment « haineux », « extrémiste », « séditieux », et tout juste bon à enfermer dans ce que Philippe Muray appelait « la cage aux phobes ». Samuel Fitoussi l’a résumé en une galerie de portraits de macronistes aussi drôle que percutante, dont l’un estime que « seule la désinformation (ou les bots russes) peut pousser certains à ne pas voter Macron » et un autre « accuse toute personne en désaccord avec lui de tenir des discours nauséabonds (….) tente d’excommunier du débat public au moins une personne par jour et finira par s’arroger à lui seul, le monopole de la fréquentabilité. »

On voit que loin d’être « séditieuses », les inquiétudes de Gérard Larcher ou Pierre Vermeren sont malheureusement fondées. Mais puisque la macronie veut confisquer la démocratie, chaque expression d’une authentique exigence démocratique, chaque manifestation d’un véritable pluralisme, d’une véritable contradiction, est un acte de résistance. S’abstenir, ce serait consentir à ce « coup de force mou », baisser les bras devant les maîtres-censeurs, se résigner à la victoire par abandon de ceux qui œuvrent à priver le peuple français de sa souveraineté, et même maintenant de son droit à penser par lui-même. Mais chaque tract en faveur d’un autre qu’Emmanuel Macron déposé dans une boîte aux lettres, chaque affiche collée, chaque bulletin de vote en faveur d’un autre que lui déposé dans l’urne, sera le signe que les Français n’ont pas encore renoncé à la démocratie.

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Et puis… L’avenir n’est pas écrit, il n’y a pas de fatalité, mais même si tout était joué d’avance, si nos votes étaient sans conséquences politiques réelles, alors oublions les calculs politiques et les stratégies ! Dans la liberté de l’isoloir, loin du qu’en dira-t-on et du regard des voisins, loin des « like » et des signalements ceuseurs des réseaux sociaux, loin de clercs médiatiques et de leurs injonctions, votons par adhésion, votons par enthousiasme, votons pour dire ce que nous voulons vraiment parmi des projets de société radicalement différents, votons pour quelqu’un qui aura sû nous toucher, ou bousculer ceux qui nous insupportent, ou nous donner envie de croire qu’autre chose est possible.

Et qui sait ? Si nous osons massivement l’authenticité, nous aurons peut-être de belles surprises aux soirs des scrutins.