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Migrants fouettés aux États-Unis: c’était une “fake news”!

Les fact-checkers ont omis de dire que l’histoire des migrants haïtiens fouettés par des agents américains est fausse

Migrants fouettés aux États-Unis: c’était une “fake news”!
Frontière entre le Mexique et le Texas, au niveau de Ciudad Acuna, 23 septembre 2021 © Felix Marquez/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22608180_000053

Depuis le 19 septembre, des patrouilleurs frontaliers américains sont critiqués pour avoir fouetté des clandestins haïtiens à la frontière. Le président Biden lui même s’en est indigné, réclamant des sanctions… mais un peu vite. Heureusement pour lui, les fact-checkers sont aux abonnés absents pour rétablir la vérité.


Une journaliste d’Associated Press, l’auteur des images et son équipe, ont démenti la version répandue dans les médias. Cependant, très peu d’entre eux sont revenus sur leurs dires. Pas même les sites de fact-checking qui l’avaient relayée, alors qu’ils continuent à vérifier d’autres informations.

Des annonces de sanctions malgré les démentis de photographes et d’une journaliste

D’emblée, l’histoire a été politisée, l’aile gauche du Parti démocrate demandant des comptes à Joe Biden. Ce dernier a dit le 24 : « Je suis outré, je vous promets que ces gens vont le payer ! » Problème, la veille, l’auteur des images avait donc dénoncé sur la chaîne KTSM la mauvaise interprétation qu’en faisaient les médias. Ni les autorités ni la plupart des médias n’ont tenu compte de ses objections. Bien que KTSM appartienne au groupe NBC, ce dernier n’a pas jugé utile de se dédire. Toujours le 24, la journaliste d’Associated Press, Sarah Blake Morgan, qui se trouvait dans la rivière au moment de l’incident, a publié sur Twitter une vidéo disculpant les patrouilleurs.

C’est El Paso Times qui avait parlé en premier de coups de fouet, avant de rectifier son article le jour même de sa publication, le 19 septembre, pour préciser que son équipe de reportage n’avait pas vu d’agent agiter des fouets, mais des rênes… Cependant, le récit initial a été abondamment repris. Quatre jours plus tard, le photographe à l’origine des images, Paul Ratje, a déclaré que ni lui ni ses collègues n’avaient vu d’agents fouetter des Haïtiens : le garde-frontière « les secouait [les rênes]… mais cela peut être mal interprété quand on regarde l’image ». 

Si Newsweek, de tendance démocrate, a relayé le témoignage du photographe, l’immense majorité des autres médias l’ont ignoré. Ainsi, le lendemain de la déclaration du photographe, le site de vérification des faits, Politifact a cité Paul Ratje sans piper mot de son démenti. Ironique, Fox News observait dès le 24 : « Le Washington Post, CNN, NBC, AP, USA Today, Snopes n’ont pas abordé ce mensonge largement répandu […] les arbitres autoproclamés de la vérité sont restés dans leurs écuries à partir de jeudi soir. » 

La déontologie à géométrie variable des vérificateurs de l’information 

Comme l’observe Paul Ratje, il peut y avoir méprise sur les images. Mais il ne saurait y en avoir quant à ses propres dénégations : les négliger ne peut que questionner quant à la réalité de la vérification des faits, à géométrie variable, à charge ou à décharge en fonction des intéressés ou des sujets.

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En France, les explications du photographe et de son équipe ainsi que la vidéo de la journaliste d’Associated Press ont été ignorées.

Biden, un comportement de juge, de jury et de bourreau 

Si Biden a été attaqué pendant cette séquence sur sa gauche sur sa politique migratoire, la critique vient aussi de l’aile droite de son parti. L’ancienne représentante Tulsi Gabbard s’en est prise au président : « Je considère Joe Biden comme un ami, mais il a totalement tort et il doit présenter ses excuses au peuple américain pour ses déclarations. Et voici pourquoi : c’est quelqu’un qui s’est très ouvertement prononcé contre les autocrates, les dictateurs, mais il s’est essentiellement comporté comme un juge, un jury et un bourreau avec ces agents des douanes et de la patrouille frontalière à cheval. » Gabbard est cependant isolée dans son camp : les caucus latinos et noirs du Parti démocrate sont très bruyants sur le sujet, et la représentante Maxine Waters a déclaré que les prétendus faits étaient « plus graves que ce que nous avons vu sous l’esclavage ».


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Jean Degert est éthicien, rédacteur et traducteur juridique

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