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Quand les masques tombent, ce n’est pas beau à voir

L’édito politique de Jérôme Leroy

Quand les masques tombent, ce n’est pas beau à voir
Emmanuel Macron sur le plateau de l'émission de TF1 "La France face à la guerre", Saint-Denis, 14 mars 2022 © Ludovic Marin/AP / SIPA

« Nous sommes tous en danger ! »


Depuis lundi, les masques tombent. On retrouve les visages, le passe sanitaire est (pour l’instant) un mauvais souvenir. Avantage : on ne voit plus Raoult, Philippot et autres sinistres marionnettes égomaniaques qui ont compliqué la lutte contre la pandémie avec la complicité de médias complaisants. Les antivax sont renvoyés à leurs tristes obsessions, leurs paranoïas complotistes, leurs aveuglements mortifères. Inconvénient : il est compliqué de savoir  si le danger est vraiment écarté ou si le calendrier sanitaire se conforme au calendrier électoral.

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Parce que les masques tombent aussi du visage de la macronie. Les annonces gouvernementales pleuvent aussi dru que les bombes poutiniennes sur l’Ukraine : et que je te baisse le carburant au 1er avril (!) – une semaine avant le 1er tour -, et que je te dégèle le point d’indice du fonctionnaire gelé dans le permafrost de l’austérité depuis une décennie. On en oublierait presque que l’air de rien, Macron annonce la retraite à 65 ans. On devrait dire le retour de la retraite à 65 ans, comme avant 1981. Ne jamais oublier que le progrès social ne dure jamais longtemps.

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Oui, les masques tombent. Le capitalisme, et ses relais politiques et médiatiques, ne supportent pas l’idée, et ne la supporteront jamais que le temps des hommes soit libéré du travail. C’est une guerre idéologique, presque religieuse des riches faites aux pauvres. Quels sont les plus ardents partisans de cette réforme dans la population ? Les retraités aisés, évidemment, qui ont bien plus de 65 ans et qui bénéficient de pensions confortables grâce au système par répartition. Ils voudraient bien que ça dure.

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Alors, que leur importe que d’autres soient encore sur les chantiers, dans les hôpitaux ou les écoles à plus de 62 ans, quitte à mourir à la tâche ? Pas étonnant que cette catégorie vote majoritairement pour Macron et Pécresse. Macon et Pécresse sont l’assurance d’une vieillesse heureuse pour ceux qui sont déjà vieux.  Attendez vous à voir des octogénaires en pleine forme expliquer à des sexagénaires épuisés qu’ils sont des feignasses alors qu’eux, au même âge, étaient déjà les doigts de pieds en éventail. Un seul chiffre, donné par l’Huma il y a quelques jours : un quart des travailleurs pauvres meurent avant 62 ans.

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Les masques tombent aussi, enfin, sur le plan international. L’horreur de la guerre russo-ukrainienne révèle l’horreur de tous les impérialismes. La mondialisation heureuse, adoucie par le libre échange, n’est qu’un leurre. A un moment ou à un autre le libéralisme provoque ce qu’il prétendait éviter : des conflits armés entre grandes puissances par petit pays interposés. Au-delà des scènes d’exode, des mitraillages de civils, ne jamais oublier qu’il y a des luttes pour du profit,  pour des marchés: en ce moment, c’est celui de l’énergie. On se bat pour le peu qui reste de ressources fossiles. Pasolini, l’immense écrivain et cinéaste italien, dont on fête le centenaire et qui a été assassiné en 1975, déclarait à la veille de sa mort, dans une ultime interview : «  Nous sommes tous en danger ». Cela n’a pas changé.

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Jérôme Leroy est écrivain et membre de la rédaction de Causeur. Dernier roman publié: Vivonne (La Table Ronde, 2021)

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