Accueil Site Page 958

Chanson mortelle

En Afrique du Sud, certains tiennent à rappeler, en chanson, que les Afrikaners ne sont pas les bienvenus… chez eux.


En Afrique du Sud, la nation arc-en-ciel rêvée par Nelson Mandela n’est pas encore près de voir le jour. Actuellement, un procès oppose l’AfriForum, une ONG qui défend les intérêts des Afrikaners, au parlementaire Julius Malema, un ancien membre du Congrès national africain, dont il a été exclu en 2012, aujourd’hui chef d’un parti anticapitaliste et panafricain, les Combattants pour la liberté économique (EFF).

A lire aussi : Un Noir candidat pour le parti afrikaner en Afrique du Sud!

Ce leader populiste est accusé d’incitation à la haine raciale parce qu’une chanson, Dubul’ ibhunu, est régulièrement chantée lors de ses meetings. Ce véritable chant de guerre qui trouve son origine dans la lutte contre l’apartheid, n’est autre qu’un appel au meurtre des Afrikaners. Le titre même veut dire « Tirons sur les Boers » ! Pour l’avocat de l’AfriForum, cette chanson est la « cause profonde des nombreux meurtres de fermiers blancs » dans le pays, et un appel à « un génocide comparable à celui du Rwanda ».

La partie adverse rejette cette comparaison, jugée hyperbolique, et riposte en maintenant que la chanson n’est qu’« une expression de défi à un système ». Elle ferait partie d’une longue tradition de chansons violentes qu’on ne doit pas prendre au premier degré. C’est ainsi qu’à la haute cour de Johannesburg, des experts en critique littéraire et en linguistique s’opposent sur l’interprétation exacte des paroles.

Pourtant, en 2011, une autre cour avait déjà jugé la chanson contraire à la Constitution sud-africaine. Quel que soit le verdict final, ce procès est révélateur des divisions raciales auxquelles l’abolition de la ségrégation en 1994 n’a pas mis fin.

Evviva a Corsica!

Notre chroniqueur, qui n’a rien contre une large autonomie de la Corse, trouve néanmoins suspect l’empressement du gouvernement à l’offrir à un mois de l’élection présidentielle — et à trois mois de législatives problématiques. Cela ne peut qu’attiser les surenchères dans le camp nationaliste.


Il est un peu paradoxal de jouer en étalant ses cartes avant même que la partie n’ait commencé. C’est pourtant ce que fait le gouvernement, dont Gérard Darmanin est en l’occurrence le petit télégraphiste auprès des autonomistes et indépendantistes majoritaires à l’Assemblée de Corse. Gilles Simeoni a des raisons d’être satisfait, on lui propose sur un plateau ce qu’il pensait devoir négocier pas à pas. Suggérons au président ukrainien de faire de même avec Poutine…

Le problème, c’est qu’aussitôt des voix s’élèvent dans le clan indépendantiste, cette fois — i.e Jean-Guy Talamoni, dernier survivant des années de plomb, tous les autres étant morts — pour exiger davantage. L’autonomie c’est bien, l’indépendance c’est mieux. Exigeons l’usage conjoint du français et de la langue corse, exigeons la maîtrise complète des finances, le pouvoir de lever les impôts, un pouvoir décisionnaire total, le remplacement du drapeau français par la tête de Maure, et la construction d’un monument aux morts de la lutte indépendantiste, sur lequel Talamoni veillera à ce qu’on n’inscrive pas ceux de ses anciens ennemis, qui ne sont plus là pour protester. Il a toujours montré des talents dans les ressources humaines de l’indépendantisme, surtout en ce qui concerne les licenciements secs.

Que contiendrait un statut d’autonomie ? On laisserait le régalien à l’Etat — l’entretien des gendarmeries —, et la Corse gèrerait le reste, sur le modèle de ce que l’Italie a octroyé à la Sicile ou à la Sardaigne, et l’Espagne aux Baléares.

Défait de la volonté

Le hic, c’est que la France ne vit pas du tout sur le modèle de délégation aux régions de ses voisins du sud. Nous sommes un pays étroitement centralisé, éminemment jacobin. Et je suspecte toujours les hommes politiques qui plaident pour un renforcement des régions d’avoir des arrière-pensées électorales. La Corse, ce sont quatre députés, et la prochaine Assemblée, après la réélection, sûre mais peu convaincante, d’Emmanuel Macron, ressemblera si fort aux Chambres ingouvernables de la Quatrième République qu’il n’est pas mauvais de chercher d’ores et déjà à grappiller les deux ou trois sièges qui feront la différence.

A lire aussi: « Populiste ! » — l’injure à laquelle le capitaine Haddock n’avait pas pensé

En fait, la Corse n’est pas le vrai sujet de cet empressement de Darmanin à baisser culotte. Pas plus que l’Ukraine n’est le véritable enjeu d’un conflit qui la dépasse entre Etats-Unis (l’actionnaire majoritaire de l’OTAN, qui prédomine sur tous les petits porteurs genre Allemagne ou France) et Russie.

Le véritable enjeu de cette négociation ajaccienne, c’est la France. « Le « bon débarras » que l’on entend, mezza voce, chez ceux qui confondent la Corse et sa caricature couronne cette défaite de la volonté. Si la Corse dérive, c’est que la France se disloque », écrit avec perspicacité Vincent Trémollet de Villers dans l’éditorial du Figaro. Quand l’État n’a plus de tête, les membres se dispersent façon puzzle. Depuis cinq ans des barons régionaux cherchent à s’imposer face à un exécutif faible — même Renaud Muselier ou Christian Estrosi se croient désormais un destin. Jusqu’où sommes-nous descendus…

La France macroniste n’est pas sûre d’elle

Je n’ai rien contre un renforcement du pouvoir des régions — de toutes les régions. Mais pour l’imposer, il faut — et ce n’est pas vraiment un paradoxe — un gouvernement central fort, « dominateur et sûr de lui », aurait dit De Gaulle. Ce n’est pas le cas de la France macroniste, dont le gouvernement n’a cessé de laisser des plumes dans tous les conflits des cinq dernières années. La présidentielle reconduira Macron, boosté par la guerre en Ukraine (une tradition historique veut que le « chef de guerre » soit renforcé dans les conflits, même quand il erre), mais les législatives deux mois plus tard sont si problématiques que le président envisage de dissoudre l’Assemblée dès sa réélection afin de profiter de l’effet des présidentielles.

A lire aussi: «État français assassin»: cette jeunesse corse en plein délire

La Corse ne compte guère — sinon pour les quatre députés qu’elle enverra à l’Assemblée, et qui, tout autonomistes soient-ils, pourraient voter pour un gouvernement qui renforce les pouvoirs locaux en se dépossédant des siens.

Cela ressemble un peu à la vente des bijoux de famille. Pour rester à l’Élysée et s’éviter le spectre d’une cohabitation (version douce) ou d’émeutes (version dure), Macron lâche déjà du lest. Je serais breton, alsacien ou catalan, je hausserais la voix pour aligner mes revendications sur celles des insulaires — puisque le statut d’autonomie sera très vraisemblablement inspiré de celui qui régit par exemple la Polynésie française. C’est prendre les Corses pour des naïfs, et les Français pour des imbéciles. En arrivant les bras chargés de cadeaux législatifs, Darmanin affiche la faiblesse de l’État. Pour ce que je sais des insulaires, ils en déduiront qu’une surenchère est possible : quand l’adversaire vous montre ses cartes, et qu’il n’a pas grand-chose en main, c’est le moment ou jamais de faire tapis. Montrer sa faiblesse, c’est s’exposer aux coups — on le sait déjà dans les cours de récréation. Les jeunes gens qui manifestent à Bastia ou Corte ont déjà compris le message. En voulant désamorcer les protestations, Darmanin les renforcera. D’autant que vous pouvez compter sur l’aile extrémiste de l’Assemblée de Corse pour surenchérir et vociférer plus fort.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

Price: ---

0 used & new available from


Élisabeth Lévy : « Yvan Colonna n’est pas un héros, avant d’être une victime, c’était un assassin »

«Depuis 40 ans, la France se couche devant le pouvoir algérien»

Samedi, les commémorations du 60e anniversaire des accords d’Évian risquent d’être une énième démonstration du « en même temps » mémoriel d’Emmanuel Macron. Ses contorsions ne mettront pas fin à la politique de culpabilisation imposée par Alger.


Il y a soixante ans, après huit années de guerre, les Français d’Algérie étaient arrachés à leur pays suite aux accords d’Évian. Alors que l’Algérie instrumentalise l’histoire et que l’accord apparaît rétrospectivement comme un fiasco politique, le président Macron participera à la commémoration du 19 mars 1962 sous une forme « conçue spécifiquement pour notre époque », annonce l’Élysée.

Causeur. À quoi doit-on s’attendre de la part d’Emmanuel Macron pour les soixante ans des accords d’Évian ?

Jean Sévillia. Depuis son élection, Emmanuel Macron ne donne pas de vision cohérente de la guerre d’Algérie. Le président effectue des gestes mémoriels qui vont dans tous les sens. En septembre, il a demandé pardon aux harkis qui ont été abandonnés, et une loi de reconnaissance et de réparation a été votée en dernière lecture par le Sénat le 15 février. C’est son côté « Algérie française » ! Au mois d’octobre, il qualifiait de « crimes inexcusables pour la République » la répression à Paris de la manifestation interdite du FLN du 17 octobre 1961 – laquelle avait été assez violente même s’il y a contestation sur les chiffres de la part des historiens – et rendait hommage aux victimes. Il versait alors dans le mémoriel pour le camp indépendantiste, en quelque sorte. Au mois de janvier, il a reçu à l’Élysée des associations représentant les Français d’Algérie et il a reconnu les événements très importants au plan mémoriel pour les pieds-noirs que sont la fusillade de la rue d’Isly, à Alger le 26 mars 1962, et le massacre d’Oran du 5 juillet 1962, jour officiel de l’indépendance. Avant d’être élu président de la République, Emmanuel Macron avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ». Donc ce qu’il va dire à propos des soixante ans des accords d’Évian, je n’en sais strictement rien. L’Élysée annonce un discours, mais pour ce qui concerne la cérémonie, ce n’est pas très précis pour l’instant.

Benjamin Stora et Emmanuel Macron, janvier 2021 © Christian Hartmann/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22544838_000001

Et vous oubliez le rapport commandé par l’Élysée à Benjamin Stora…

Certes non ! De nombreuses recommandations émises par Benjamin Stora sont suivies par Emmanuel Macron. Remis il y a un an, ce rapport est pourtant très déséquilibré, car il exprime une condamnation de principe pour l’œuvre coloniale française en Algérie et une sympathie rétrospective pour la cause indépendantiste qui fait silence sur les moyens utilisés par le FLN pour parvenir à ses fins. Benjamin Stora refuse par exemple de qualifier de terroristes les attentats du FLN qui frappaient des innocents, des civils, des femmes et des enfants. Le rapport Stora est marqué par l’échec d’une certaine manière, car au départ l’Algérie devait produire une réflexion parallèle sur ce que les Algériens nomment la révolution algérienne ou la guerre d’indépendance. Or Alger n’a pas bougé d’un centimètre sur ce sujet, n’a fait aucun compromis. Le pouvoir algérien actuel, issu du pouvoir militaro-industriel du FLN, demande toujours plus d’excuses à la France pour la colonisation et la guerre d’Algérie selon une version mythifiée de l’histoire, tandis que les archives algériennes restent inaccessibles.

Faut-il voir dans ce rapport une repentance à sens unique ?

Ce rapport donne plus de torts à la France qu’à l’Algérie, mais affirmer qu’il est à sens unique serait un peu excessif. Il y a certaines propositions du rapport Stora que je ne conteste pas. À dire vrai, je m’attendais à pire.

Tous les protagonistes ont droit à une espèce d’onction compassionnelle ou à des excuses nationales officielles : Algériens, harkis, pieds-noirs et militants du FLN. Mais même si le combat pour l’Algérie française peut sembler aujourd’hui une erreur pour beaucoup de Français, il n’y a jamais un mot pour nos morts. Ces vies qui ont été brisées ne mériteraient-elles pas, de temps en temps aussi, un petit mot ?

Si on fait des sondages d’opinion, on s’aperçoit que plus de 70 % des Français considèrent qu’il n’aurait pas fallu faire la guerre d’Algérie. Mais c’est une vision complètement anachronique. Quand commence la guerre d’indépendance en 1954, pour tout le monde, y compris à gauche, l’Algérie c’est la France. L’Algérie faisait partie du territoire national depuis 1848, ce n’était pas une colonie au sens strict ! L’idée que l’Algérie puisse devenir indépendante est une idée qui n’est arrivée que beaucoup plus tard dans le débat politique. Jusqu’en 1958, il est clair pour tout le monde que l’Algérie va rester française. L’armée mène une guerre dure en poursuivant des buts qui lui ont été assignés par des gouvernements de gauche, sous la IVe République, avec des moyens budgétaires et juridiques, comme les pouvoirs spéciaux, qui ont été votés par la majorité de l’Assemblée nationale. L’armée a mené contre les réseaux terroristes du FLN une lutte qui, à l’époque, était légale et considérée comme légitime. Rappelons que, pendant la guerre d’Algérie, 15 000 militaires français sont morts au combat ou par attentat, et 9 000 par maladie ou accident, soit un total de 24 000 morts, parmi lesquels 12 000 appelés du contingent et 4 500 Français musulmans. Aux morts, il convient d’ajouter 43 000 blessés et disparus. Ces chiffres sont certes moins élevés que ceux des pertes du FLN (environ 150 000 hommes), mais ils sont néanmoins importants. Des victimes, cette guerre tragique en a fait dans les deux camps.

Comment expliquer que le gouvernement français ne proteste pas davantage contre les outrances actuelles de certains dignitaires algériens ?

Il y a un complexe de la France vis-à-vis de l’Algérie. La pression de minorités idéologiques qui œuvrent en France et instrumentalisent l’histoire a contribué à ce climat. On les retrouve en quelque sorte dans le mouvement woke. Tout part de l’idée que la colonisation était un crime en soi, une sorte de péché originel que porteraient encore la France et les Français. C’est notamment vrai dans le regard porté sur les Français d’Algérie, aujourd’hui considérés comme des gens coupables intrinsèquement, philosophiquement, substantiellement parce qu’ils auraient incarné ce péché de la colonisation. Alors que l’on sait très bien que, sociologiquement, les trois quarts des Français d’Algérie étaient d’une condition très modeste, et qu’ils ont tout perdu en quittant leur pays en 1962. Ce complexe-là agit sur les esprits en France et s’aggrave de la faiblesse du pouvoir vis-à-vis d’Alger. Rien de nouveau avec Macron : c’était déjà le cas sous Hollande, Sarkozy, Chirac ou Mitterrand… Cela fait plus de quarante ans que la France se couche devant le pouvoir algérien. Je pense qu’il y a aussi une inquiétude quant à la présence de la communauté algérienne ou franco-algérienne en France, dont personne ne connaît précisément l’effectif, qui est peut-être de 6 millions d’individus.

Pour lutter contre ce complexe historique et contre l’émergence sur notre sol d’un phénomène de « désassimilation » d’une partie de la jeunesse originaire d’Algérie, ne faudrait-il pas parfois rappeler que la colonisation a peut-être aussi eu quelques bienfaits ?

L’œuvre française en Algérie a été considérable. La France a donné son nom à l’Algérie, a dessiné ses frontières, a bâti des routes, a construit un réseau de chemin de fer, des ports, des barrages, des villes, des hôpitaux, des écoles, des bâtiments publics, une bibliothèque nationale, tous les musées, etc. C’est également la France qui a découvert le pétrole et le gaz qui sont actuellement la principale richesse de l’État algérien. Un historien comme Daniel Lefeuvre, dans une thèse d’histoire économique, a montré que, pendant la période coloniale, c’est la France qui a subvenu aux besoins de l’Algérie. La France n’a donc pas pillé l’Algérie.

Il y a trois temps dans la présence française en Algérie. Le temps de la conquête, au xixe siècle, une guerre très dure qui se termine en 1847. À l’autre bout se trouve le temps de la guerre d’Algérie qui commence en 1954. Entre les deux, il y a cent ans, schématiquement de 1850 à 1950, durant lesquels l’Algérie formait certes une société duale entre Européens et musulmans, avec ses inégalités de statuts héritées de la colonisation, mais où les communautés coexistaient à peu près paisiblement. Cet équilibre fragile ne pouvait pas durer – je suis de ceux qui pensent que l’indépendance de l’Algérie était inéluctable –, mais cela ne justifie pas de caricaturer ou de passer sous silence ces très longues années, l’équivalent d’un siècle, où il a existé, sous la souveraineté française, une Algérie heureuse.

Or, l’ignorance historique sur ce sujet est entretenue par l’enseignement et par les médias. À l’université, la plupart des chercheurs qui travaillent sur ces sujets sont anticolonialistes par principe. Des raisons politiques jouent aussi : la France a quitté l’Algérie en 1962 dans des conditions assez misérables, à la suite des accords d’Évian mal négociés, signés à la va-vite, et où la France a tout lâché à l’Algérie en échange de garanties illusoires.

Est-il également prévu quelque chose pour le 26 mars, date de la fusillade de la rue d’Isly ? Soixante ans plus tard, de quoi est-on parfaitement sûr concernant cette tuerie ?

Emmanuel Macron a déjà reconnu l’existence d’un « massacre impardonnable pour la République » le 26 janvier, devant une quinzaine d’associations de Français d’Algérie. La fusillade de la rue d’Isly est une histoire complexe. Elle survient le 26 mars 1962, c’est-à-dire une semaine après la signature des accords d’Évian. Le quartier européen de Bab El Oued à Alger se révolte. Des extrémistes de l’OAS essaient de faire de ce quartier une sorte de camp retranché de Français qui refusent les accords d’Évian. Les forces de l’ordre désarment le commando de l’OAS, mais c’est un cordon de militaires qui bloque le quartier auquel les Français d’Algérie désespérés veulent montrer leur soutien. La manifestation se heurte à des tirailleurs algériens, qui sont des soldats de l’armée française (des appelés) et un premier coup de feu est tiré, on ne sait pas par qui. Ce coup de feu déclenche une fusillade, les soldats tirant sur les manifestants désarmés. Cette manifestation se transforme donc en massacre. Selon les chiffres officiels, il y aurait eu 49 morts, mais la réalité est sans doute proche de 80 morts et 150 blessés. Abandonnés par les accords d’Évian, désespérés, les Français d’Algérie voient l’armée française leur tirer dessus ! Ils n’auront plus qu’à quitter leur terre natale.

À lire : Jean Sévillia, Les Vérités cachées de la guerre d’Algérie (éd. revue et complétée), Tempus, 2021.

Les vérités cachées de la guerre d'Algérie

Price: ---

0 used & new available from

Le Dabe ne désespère pas Billancourt!

0

Jusqu’au 10 juillet, l’espace Landowski au Musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt retrace la carrière de Jean Gabin (1904-1976)


Quand notre pays cafarde, chaque citoyen français, lessivé par deux ans de pandémie, une guerre à nos portes et une présidentielle en porte-clés, cherche un guide. Un tuteur qui tiendrait debout. Un mec avec des principes et des valeurs, en somme. Un phare dans la nuit qui éclairerait les temps obscurs. Un chêne sur lequel on pourrait s’appuyer quelques jours, se reposer un instant, juste le temps de souffler, oublier tous les malfaisants et les truqueurs qui encombrent le poste et nous étouffent.

Des grèves du Front Populaire à la crise du pétrole, il aura accompagné notre nation

Ne cherchez plus…

Tous ces gesticulateurs indécents qui ont réponse à tout et finissent par indisposer un peuple passablement fatigué. Une figure pas trop toc, pas trop abîmée par les affaires et qui, miracle, ne se serait pas trop mal comportée par le passé. L’Histoire récente ne regorge pas d’une foule de personnalités qui ont agi en conscience et en responsabilité, comme disent aujourd’hui les communicants illettrés. On ne cherche pas de l’irréprochable, du transparent, de l’intello faisandé, du politicien-arcandier, du vertueux idéologue ou du saumâtre donneur de leçons. Seulement un type qui en impose par son parcours, sa carrière et ses actes. Ne cherchez plus, il se trouve au Musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt dans une exposition rétrospective qui court jusqu’à l’été prochain. Il s’appelait Jean Gabin-Alexis Moncorgé. 96 films au compteur. 200 millions d’entrées. 1,74 mètre. Deux billes bleues, l’air taquin et une carrure d’empereur. Du caractère à revendre. Un solide appétit. Une passion pour les vaches, les chevaux et les casquettes. Père de famille exemplaire. Star du parlant. Pas très tendre avec Hollywood, il naviguait en père peinard dans un métier où la nouveauté et l’esbroufe attirent plus souvent la lumière que le talent et l’exigence morale. Il faisait exception à la règle des planqués. Le siècle avait quatre ans lorsqu’il a vu le jour à Paris. Il fut le héros de la Nouvelle Vague, celle des années 1930 bien avant que les jeunes turcs des Cahiers du Cinéma s’emparent de l’appellation.

À lire aussi, du même auteur: Pourquoi aime-t-on tant critiquer «La Nouvelle Vague»?

Un jour, j’espère que l’on apprendra sa chronologie dans les salles de classe. Que des petits écoliers de Sarcelles ou de Souillac colleront la bobine de l’acteur sur des frises géantes, à la manière des mérovingiens et des carolingiens. Les Français qui ont de la mémoire se souviennent de Gabin. Ils y pensent souvent. Qu’aurait-fait ou dit le Vieux dans notre aussi piteuse situation ?

Il tournait dans les studios comme d’autres pointaient à l’usine

Le Dabe économisait ses mots. Bien que marin, il n’avait pas la prétention de faire des phrases pour exprimer son agacement sur la marche du monde. Durant plus de quarante ans, il fut le porte-voix de personne. C’est un exploit dans les professions artistiques. Il ne brigua aucun mandat électif, ni aucun strapontin officiel. Il n’eut même pas le plaisir de profiter pleinement de son rêve agricole normand. Il tournait dans les studios comme d’autres pointaient à l’usine. Il ne gâchait pas sa salive en explications pseudo-intellectuelles sur la manière d’appréhender un personnage. Il respectait trop son public pour se vautrer dans ces impostures-là. Il était paysan et chansonnier, combattant et gambilleur, séducteur et fidèle, blessé et un peu cabot, prolétaire et grand bourgeois, casanier et médaillé militaire. Des grèves du Front Populaire à la crise du pétrole, il aura accompagné notre nation. De l’épopée ferroviaire aux mirages du Concorde, de l’exode rural aux HLM impersonnelles, il aura vu notre pays se transformer pour le meilleur ou le pire.

À lire aussi: Et si l’espoir venait des anciennes!

Qui n’a pas aperçu sa silhouette tassée sur un banc en gare de Lisieux ou sa face barbouillée de charbon en conducteur de train est un martien ! Son idylle avec Marlène, sa participation aux combats de la Libération au sein de la 2ème DB du général Leclerc, sa traversée du désert après-guerre, l’apparition soudaine de sa crinière blanche ou son retour de flamme en taulier du septième art après le Grisbi se racontent encore à la veillée dans nos lointaines provinces. Ce gars-là était une pointure. Il avait été du voyage jusqu’à Berchtesgaden en chef de char et pas en smoking. Il avait vu de ses yeux délavés, le mortifère nid d’aigle. Alors, cette exposition très documentée en films, affiches et objets personnels est une manière de remonter le pendule de notre pays. D’y retrouver nos illusions perdues et le sens de la mesure. Voir la burette d’huile offerte par les cheminots à la fin du tournage de « La Bête humaine » (1938), la collection de lunettes à grosses montures en écaille, le manteau croisé « Du rififi à Paname » (1966), l’uniforme de second maître ou la malle militaire datant de son engagement au sein des Forces navales françaises libres touche en plein cœur.


Plus d’informations: https://www.boulognebillancourt.com/information-transversale/agenda/jean-gabin-lexposition-3077

Batman, un héros de notre temps

Notre chroniqueur est allé voir le « Batman » de Matt Reeves — et il y a vu autre chose qu’un simple divertissement : un appel désespéré à l’action directe.


Commençons par l’essentiel : le film de Matt Reeves avec Robert Pattinson est excellent, dans le genre noir. Atmosphère lugubrement nocturne (forcément : les chauves-souris dorment pendant le jour) et humide — il pleut sans cesse, ce qui fait briller les matières noires, cuir, bitume ou métal, comme dans « Seven », le thriller poisseux de David Fincher (1995). Ambiance post-apocalyptique, dans cette bonne ville de Gotham dont l’asile pour orphelins est baptisé Arkham, comme dans les rêveries innommables de H.P. Lovecraft.

Mais ce n’est pas seulement pour y passer près de trois heures que l’on ne sent pas défiler, tant l’action est pleine de rebondissements bien distillés, que vous irez le voir, comme des millions de spectateurs qui assurent déjà au film un succès mérité. Rien n’arrive par hasard : vous irez le voir parce que ce film parle de nous, et de l’état présent du monde.

On se souvient du déclic initial de l’histoire, toujours le même : Bruce Wayne a assisté enfant au meurtre de ses riches parents, et n’a désormais plus qu’une idée en tête : les venger. Non pas en exécutant deux ou trois personnes — ce qui serait une goutte d’eau dans une ville profondément corrompue, où le crime guette à chaque coin de rue —, mais en purgeant la cité de sa corruption profonde, où toutes les instances policières, politiques et juridiques obéissent à la pègre qui a pris le contrôle de la cité.

A lire aussi, du même auteur: La Russie attaque? Vengeons-nous sur les handicapés!

Du coup, la vengeance perd sa motivation personnelle, qui fait le fond de toutes les vendettas, et prend un aspect civilisationnel : il s’agit pour le héros d’éliminer l’un après l’autre tous les truands qui se pavanent et mettent la ville en coupe réglée, en manipulant les officiels, présentés ici comme les pantins d’un système profondément vicié. Toute ressemblance avec une civilisation mourante où tout est organisé par des bénéficiaires qui se gardent bien d’apparaître au premier plan n’est bien sûr pas fortuite.

Les films de vengeance sont un must du cinéma d’action. Mais en général, cela reste la réaction immédiate d’un homme offusqué dans sa chair, auquel on a enlevé l’objet de ses affections, qu’il s’agisse de sa femme ou de sa fille — rappelez-vous la série « Un justicier dans la ville » (de 1974 à 1994), tant décriée par la gauche à l’époque, où Charles Bronson abattait au gré de ses rencontres dealers et malfrats divers, ce qui évitait à la ville (New York ou Los Angeles) des frais de justice. Ou l’excellent « Mort d’un pourri » (1977), où Alain Delon vengeait la mort de son ami Maurice Ronet en faisant sauter un système entier de corruptions, prévarications, réseaux d’influence, etc. Evidemment, le film de Lautner était tiré d’un roman de Raf Vallet, qui travaillait alors à l’Aurore, ce qui ne le nimbait pas d’une auréole progressiste. Mais si un homme de droite vous dit qu’il pleut quand il pleut, qu’avez-vous à lui reprocher ?

A lire ensuite: Bronson, juste avant “Un justicier dans la ville”

Chaque fois qu’une société désespère d’arriver à la justice par des voies légales, chaque fois qu’elle sent que la boue a dépassé le niveau des chevilles et monte inexorablement vers la tête, sortent des films ou des romans qui mettent en scène des justiciers qui ont désespéré de la justice des hommes, et savent qu’il n’existe pas quelque chose qui serait la justice de Dieu. « The Batman » est dans cette esthétique du désespoir actif : pas de Dieu autre que Batman lui-même dans cette ville de Gotham (Goddam !) où le Mal est aux commandes. Pas d’espoir dans les institutions, toutes vérolées, même si un flic parvient à rester honnête, en dépit de sa hiérarchie. Pas d’espoir d’aurore, dans une cité livrée aux forces de la nuit. Pas d’autre rédempteur que cette chauve-souris, qui s’abstient d’ailleurs de tuer elle-même qui que ce soit — Batman est la vengeance d’un dieu qui n’existe pas. Comme le Christ jadis, il n’est pas venu apporter la paix, mais le glaive (Evangile de Mathieu-, 10-34).

Et nous en sommes là, dans nos belles démocraties occidentales. À espérer Batman. Mais de la même manière que les vrais chrétiens pensent qu’ils ont le Christ en eux, je conseille à chacun de chercher le Batman qui est en lui — et d’en faire bon usage, étant entendu que les institutions défaillent autour de nous et croulent avec cette civilisation qui s’effondre.


Le titre de ce billet, en ces temps où rien de ce qui vient de Russie ne trouve grâce aux yeux des imbéciles, est une allusion au très beau roman de Lermontov, Un héros de notre temps, publié en 1840, d’où j’extrais cette phrase dont je pourrais faire ma devise : « J’ai la passion innée de contredire les gens… »

Mort d'un pourri

Price: ---

0 used & new available from

Un héros de notre temps

Price: ---

0 used & new available from

Les affiches avec des femmes voilées se multiplient en France

Alors que des affiches mettant en avant des femmes voilées défraient régulièrement la chronique un peu partout sur le territoire, une nouvelle polémique éclate à Creil autour de l’appel à la prière musulmane. Pendant que cette libanisation de la France se poursuit, le progressiste Emmanuel Macron devrait être réélu pour cinq ans de déconstruction supplémentaires, et on chante « Je voterai Mélenchon pour que les Français se sentent Africains » dans un meeting politique à Lyon. L’immense fatigue de Didier Desrimais.


Il est normal que la guerre en Ukraine occupe tous les esprits. En revanche, à moins d’un mois de l’élection présidentielle française, il n’est pas normal que des sujets qui intéressent directement notre pays ne soient pas ou soient trop peu débattus. Sans compter qu’au milieu de la tourmente, de virulents activistes islamistes, indigénistes, migrationnistes et dégenrés continuent, eux, d’avancer leurs pions en France et en Europe. Sombre tour d’horizon :

Le voile islamique s’installe en France. Lydia Guirous écrivait en 2017 : « L’islam politique a fait du voile et de ses dérives vestimentaires des outils de propagande dont les cinq piliers pourraient se résumer ainsi :

Toujours plus visible, ton voile sera.
Dans les lieux publics, fièrement tu l’arboreras.
Face à l’autorité tu refuseras de l’ôter, car tu ne respecteras que les lois d’Allah.
L’incident, tu médiatiseras.
La République, tu attaqueras. » (1)

A lire aussi: Moreno, drame de la parité

Rien n’a changé, au contraire. Deux ministres du gouvernement français parmi les plus wokistes, Élisabeth Moreno et Roxana Maracineanu, feignent d’ignorer ce qui se joue derrière cette énième tentative, celle des « hijabeuses », pour installer dans l’espace public un signe religieux séparatiste entérinant la soumission des femmes et affichant la conquête de territoires par l’islam politique. La loi pour autoriser le hijab lors des compétitions sportives vient d’être votée en catimini par les députés LREM. Pendant ce temps, l’association Alliance Citoyenne continue de faire le pied de grue devant le bureau du maire de Grenoble, Éric Piolle, qui brûle d’envie d’autoriser le burkini dans les piscines de sa ville et attend vraisemblablement la catastrophe électorale de son parti pour renforcer la branche islamo-gauchiste d’EELV, celle sur laquelle Sandrine Rousseau est déjà perchée.

Conseil de l’Europe

Assa Traoré parle du droit des femmes aux collégiens de Montreuil

Après la campagne co-financée par l’Union européenne visant à « lutter contre les discours de haine » et affichant sur le site du Conseil de l’Europe des slogans comme « La liberté est dans le hijab » ou « Mon voile, mon choix », ce sont la Commission, le Conseil et le Parlement européens qui ont illustré une de leurs affiches officielles pour la conférence sur « L’avenir de l’Europe » avec une femme voilée – d’un voile multicolore dissimulant à peine le rigide voile islamique noir qu’impose la charia. En France, à Nantes, le Mois de la femme (Visages des Nantaises)a été annoncé avec la photographie d’une femme voilée sur un panneau municipal. La mairie a fait retirer l’affiche après de piteuses explications administratives du style « c’est pas moi c’est l’autre ».

Nantes
Capture d’écran du site Vie-Publique.fr, repéré par Fdesouche

Pour la Journée internationale des droits de la femme du 8 mars, les affiches gouvernementales (site vie-publique) et celles de plusieurs villes de France dirigées par des élus PS, EELV ou LREM (Poitiers, Le Havre, Grenoble, Roubaix…) ont représenté des femmes aux chevelures diverses mais également sans chevelure visible puisque camouflée sous un hijab. Aucune des associations féministes d’habitude si promptes à relever les effets délétères du patriarcat ou du masculinisme toxique n’a pour le moment bougé une oreille.

A lire aussi, Lydia Guirous: “Quand on est française, on ne porte pas un hijab”

À Montreuil, une affiche du même acabit a convié les élèves du collège Georges Politzer à une journée de réflexion au cours de laquelle Assa Traoré (!) a pu animer, devant ledit collège, une réunion sur les droits des femmes en en profitant pour faire la promotion de son livre Lettre à Adama. Est-il normal qu’une activiste qui accuse la France de racisme systémique et organise des manifestations anti-police puisse faire la publicité de son mouvement et de ses livres devant un établissement scolaire public ?

Montreuil

À Chalon sur Saône, le Planning familial a invité les femmes à une manifestation pour les droits des femmes grâce à une affiche avec, là encore, une femme portant un hijab. Le maire LR Gilles Platret s’y est administrativement opposé. Le Planning familial en a appelé au Conseil d’État qui a débouté le maire. Les islamistes se régalent.

Et maintenant le chant du muezzin !

En Europe, tandis que le hijab et les librairies strictement coraniques fleurissent un peu partout et que le muezzin commence de faire entendre sa voix dans certaines villes, tout ce qui est russe est traqué, poursuivi, et la cancel culture bat son plein. En raison de la guerre, des imbéciles désireux de montrer leurs bons sentiments à tous les passants font annuler les contrats des chanteuses, des chefs d’orchestre et des musiciens russes, y compris ceux qui ont ouvertement critiqué l’intervention en Ukraine. Le Ballet du Bolchoï est supprimé à Londres ; Tchaikovsky est effacé des programmes de l’orchestre de Cardiff ; une université italienne interdit à un enseignant de dispenser son cours sur Dostoïevski ; des magasins suédois et finlandais retirent les bouteilles de vodka des rayons ; les clubs sportifs russes ne peuvent plus jouer lors de compétitions internationales, y compris dans les… jeux vidéo ! Le Parlement européen ne tire pas la sonnette d’alarme, il a d’autres motifs de préoccupation en ce moment, et un peu plus sérieux qu’une guerre pouvant dégénérer en conflit mondial ou que la censure délirante des artistes, des sportifs ou des alcools russes. Un sujet lui tient particulièrement à cœur et ne peut plus attendre. Le voile islamique dans l’espace public, peut-être ? Non, le sujet le plus pressant est celui des… toilettes. Le Parlement Européen vient en effet de lancer un programme d’analyse de la conception de ses WC dans le but de mettre en place des « toilettes neutres » dans son enceinte. Tous les dégenrés du bulbe applaudissent. Les Chinois et les islamistes sont morts de rire. Ils attendent de connaître les conclusions de ce travail sur la « conception des WC du Parlement Européen » afin de les partager sur les réseaux sociaux et de confirmer avec leurs compatriotes et leurs coreligionnaires qu’il n’y a décidément pas grand-chose à craindre d’un continent en cours d’effondrement plus préoccupé par la théorie du Trouble dans le genre de Butler que par celle sur Le Choc des civilisations de Huntington.

A lire ensuite: Alain Finkielkraut: “Le voile est l’emblème de la sécession”

Grosse fatigue

Pendant ce temps-là, à Lyon, lors d’un meeting du candidat d’extrême-gauche Jean Luc Mélenchon, un rappeur beugle des insultes concernant des candidats à la présidentielle (Marine Le Pen est « une connasse » et Éric Zemmour « un connard ») et éructe sa détestation des Français un peu trop français à son goût : « Je voterai Mélenchon pour que les Français se sentent Africains. » À ceux qui se demandaient encore ce que pouvait être ce “Grand Remplacement” qui émeut tant le monde politico-médiatique, ce rappeur apporte une réponse brute de décoffrage qui présente l’avantage de ne pas relever d’une « thèse complotiste » camusienne ou zemmourienne.

Aurélien Taché, de son côté, reçoit à Cergy des « réfugiés arrivés d’Ukraine ». La photo de ces « réfugiés » sur son compte Twitter confirme ce que des journalistes ont écrit (2) : les couloirs humanitaires et migratoires ouverts à cause de la guerre en Ukraine sont empruntés irrégulièrement par des migrants originaires de pays africains cherchant à pénétrer ainsi dans l’espace Schengen. Futé, le député ne parle d’ailleurs pas de « réfugiés Ukrainiens » mais de « réfugiés arrivés d’Ukraine », en clair des immigrés qui vont tenter de profiter du tumulte actuel pour demander un droit d’asile qu’ils n’obtiendront (normalement) pas, ce qui ne les empêchera pas de rester sur le sol français.

A lire aussi, Aurélien Taché: Lâchez-leur le hijab!

Conclusion : L’Europe de l’Ouest est un continent subclaquant. Politiquement, économiquement, diplomatiquement, spirituellement à l’agonie, il vit ses dernières années. Secoués par la guerre aux confins de l’Europe, les pays de l’Europe de l’Ouest se la jouent bombage de torse, mesures de rétorsion et annonces de nouveaux budgets militaires à l’appui. Mais personne n’est dupe ; ces pays sont fatigués d’eux-mêmes. En France, des changements profonds fissurent la société – de l’entrisme islamique aux « minorités » qui font la loi dans les universités et les médias, de l’avenir économique plus qu’incertain à la nécessité de payer un jour ou l’autre un « quoi qu’il en coûte » qui nous ruine, de l’insécurité grandissante au séparatisme multiculturaliste. De tout cela, comme du bilan de cinq ans de macronisme, il ne sera pas réellement débattu avant le premier tour des présidentielles. Et Emmanuel Macron peut sereinement, entre deux coups de fil avec Vladimir Poutine, attendre sa réélection programmée et échafauder ses prochains plans de déconstruction de la France.

Les gobeurs

Price: ---

0 used & new available from


[1] « Ça n’a rien à voir avec l’islam » ? Face à l’islamisme réveillons-nous, réveillez-vous !Page 117. Lydia Guirous,Éditions Plon.

[2] Article du Figaro publié le 8 mars, Guerre en Ukraine : un non-Ukrainien sur trois parmi les réfugiés en France.

Arielle Dombasle sur MeToo: «Le ressentiment, la revanche s’en mêlent et je n’aime pas ça»

Esthète extrême, Arielle Dombasle a fait de la beauté et du désir une raison d’être. En érigeant le paraître en moyen d’expression, elle se protège de la vulgarité du monde. Entretien avec une artiste mystérieuse et inclassable. Propos recueillis par Yannis Ezziadi.


Relire la première partie

Avez-vous besoin d’être entourée de beauté pour vivre sereinement et quelles sont ces manifestations de la beauté auxquelles vous tenez ?

Il m’est absolument nécessaire de vivre entourée par la beauté. Il y a une phrase d’un Japonais dont j’ai oublié le nom qui dit « seul celui qui vit pour la beauté mourra dans la beauté ». Je fuis de toutes mes forces ce que je considère être la laideur. Dans les manifestations de la beauté dont j’ai besoin pour vivre, il y a l’éclat de rire. C’est quelque chose de tellement mystérieux… c’est d’une suprême beauté. C’est le propre de l’homme. J’ai fait plein d’expériences pour tenter de faire rire des animaux, mais sans succès. Le rire est un miracle de l’homme. J’ai besoin de contempler la beauté des cieux… des arbres… Et l’autre beauté dont j’ai besoin est celle des objets, des meubles et des œuvres qui m’entourent. Cela me vient de ma famille. C’étaient de vrais collectionneurs. Oui, j’ai été élevée comme cela. Chercher l’harmonie… Lorsque je joue longtemps dans un endroit et que la loge est insignifiante, dépourvue de charme, je la décore. Je mets tout un système de fleurs, de gâteaux, de lumières, de photos, de petits mots…

La beauté apporte-t-elle le bonheur ?

La beauté fait partie des grands moments de bonheur de la vie. Elle conduit à la sidération, au vertige, à toucher le sacré, elle est évidente. Toutefois, on ne comprend pas pourquoi c’est évident, pourquoi nous sommes saisis par le beau. Je me souviens d’une exposition de Pollock. Un Pollock ressemble à un autre Pollock… Et néanmoins, il y en a un qui est plus beau. Et ce qui est mystérieux c’est que plusieurs personnes, spontanément, estiment que celui-ci est plus beau. L’évidence de la beauté est suprême et très mystérieuse… Elle vous fait croire en l’homme.

On a l’impression que votre force est de vous ficher du bon goût, de ne pas vous soucier du ridicule. Sur son rapport au sacré, Dom Juan dit : « C’est une affaire entre le ciel et moi. » Sur votre art, face aux critiques vous semblez penser : « C’est une affaire entre la beauté et moi. »

C’est certain. La phrase d’ailleurs que je mets en exergue, dans ma vie, est celle de Dostoïevski : « La beauté sauvera le monde. » La beauté est au-delà du bon et du mauvais goût. Je ne me pose même pas la question…

Vous aimez être belle. Jusqu’à la mort si l’on vous écoute chanter dans votre album Glamour à mort, écrit pour vous par Philippe Katerine : « Quitte à mourir autant être belle, quitte à mourir autant que ce soit en Saint-Laurent. » Votre désir d’être belle va-t-il de pair avec un désir de séduire ?

La beauté, c’est quelque chose qui vous est donné. La séduction, c’est autre chose. J’aime être séduisante, mais pas séductrice. Être séduisante, c’est que l’autre soit séduit, et s’en étonner ! Dans la joie…

Pensez-vous que les mouvements tels #metoo, #balancetonporc ainsi que les accusations dans les médias (dont les accusés sont souvent blanchis par la justice) peuvent mettre en danger la séduction, la drague, peuvent paralyser les relations mystérieuses et troubles de désir entre les êtres ?

Le désir est au cœur de nos existences, non ? J’en ai fait du reste un film, pour moi essentiel, qui s’appelle La Traversée du désir. C’est une chose énigmatique et qui nous dépasse. Le monde est un balancier, et aujourd’hui nous sommes à un extrême de rigueur et de délation générale, peut-être nécessaire mais dangereux. Le ressentiment, la revanche s’en mêlent et je n’aime pas ça. S’y mêlent aussi la peur de l’inconnu, la peur du mystère et de l’incompréhensible, du désir même. De nouveaux mots nous éclatent au visage comme le « consentement » ou l’« emprise ». Moi, je dirais que la beauté du désir est suprême et violente, que c’est très difficile d’y résister, et que depuis l’aube de l’humanité on essaye en vain d’y mettre des règles, car c’est un feu sacré et fou. La théorie du consentement est très difficile à cerner. Est-ce que vous consentez à être terriblement malheureux ? À aller, par amour, dans des abîmes effrayants quitte à vous détruire ? Ou simplement, consentez-vous à être amoureux ? Que répondre ?

On parle souvent d’emprise à propos d’hommes de pouvoir se servant de leur statut, de leur argent ou de leurs relations pour séduire de jolies jeunes femmes. Mais la beauté des femmes (ou des hommes) n’est-elle pas aussi parfois un moyen d’emprise sur le Monsieur en question ? La beauté n’exerce-t-elle pas un pouvoir ?

En effet, la beauté est une force incroyable et évidente. La beauté peut foudroyer et faire jaillir le désir comme une tragédie. Certains savent s’en servir, évidemment, comme un outil de pouvoir. C’est un pouvoir tout comme la jeunesse ou la richesse. Nous naissons avec nos vertus, nos avantages et nos tares… À nous d’en jouer. Et ce peut être très injuste… La beauté peut être une force dangereuse et divine. Baudelaire encore une fois l’écrit… « Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme, / Ô beauté ! Ton regard, infernal et divin, / Verse confusément le bienfait et le crime, / Et l’on peut pour cela te comparer au vin. »

La Naissance de Vénus, Sandro Botticelli, vers 1484-1485 © Wikimedia Commons

Pour conclure, quelle œuvre illustre pour vous magistralement le beau ?

Oh… Difficile à dire… Peut-être La Naissance d’Aphrodite par Botticelli. Et le visage du Christ dans sa douleur, car c’est le sommet du mystère. Dieu n’est plus absent, il s’incarne enfin pour être celui qui a toutes les faiblesses de l’homme, pour être l’égal des autres hommes. Et ça, c’est d’une beauté foudroyante. Il est le premier à dire « Aimez-vous les uns les autres » alors que la nature nous dit « Mangez-vous les uns les autres ». C’est un défi aux étoiles, c’est d’une grandeur indépassable. La première fois que je suis entrée dans une église à l’âge de 4 ans et que j’ai vu cet homme crucifié sans comprendre de quoi il s’agissait, j’ai fondu en larmes. Ce visage… et l’idée qu’on a construit toute une église autour de lui m’ont fait comprendre la transcendance : la plus grande des beautés.

Les royalistes de gauche ont cinquante ans

La Nouvelle Action Royaliste, mouvement royaliste réputé de gauche, a fêté ses cinquante ans fin 2021 et a sorti une édition spéciale de son journal à cette occasion.


Les vieux partis politiques de l’ancien monde sont tous morts les uns après les autres, ou ont changé de nom. La Ligue communiste révolutionnaire est devenue le Nouveau Parti Anticapitaliste en 2009. Le Front national est devenu le Rassemblement national en 2018. Le RPR de Jacques Chirac a eu le temps de changer de nom deux fois pour faire oublier gamelles et casseroles. Il reste le Parti socialiste, dont le nom a survécu mais dont la splendeur passée semble durablement derrière nous. Et la Nouvelle Action Royaliste, qui a fêté fin 2021 ces cinquante ans. 

À cette occasion, le journal du mouvement, Royaliste, qui se proclame « patriote, démocrate, parlementariste et rigoureusement républicain (sic) », a sorti fin décembre une édition spéciale, revenant sur sa trajectoire et même ses erreurs – coquetterie que ne peuvent se permettre sans doute que les formations politiques très groupusculaires.  

A lire aussi: L’énigme sonore 2.0 de Nicolas II

Un mouvement né dans l’ébullition post-68

En effet, la NAR n’est pas réellement un mouvement de masse. Dans une galaxie monarchiste plutôt marquée à droite, le mouvement détonne même puisqu’il est fréquemment qualifié de « royaliste de gauche ». À sa tête, Bertrand Renouvin, est né en juin 1943, à la prison de la Santé, où était incarcérée sa mère et alors que son père Jacques Renouvin, militant royaliste et héros de la Résistance, n’allait pas tarder à être déporté en Allemagne. Anne Hidalgo avait d’ailleurs baptisé en 2016 une place en l’honneur du couple de résistants. Après des années 60 plutôt à droite (Humberto Cucchetti rappelait en 2015 l’activité militante des futurs cadres de la NAR en faveur de l’Algérie française), Bertrand Renouvin et ses camarades vont s’éloigner peu à peu des thèmes maurrassiens, et se rapprocher des rivages de la gauche, rencontrant les gaullistes de gauche et le « maorrassien » Maurice Clavel. En 1974, Bertrand Renouvin participe même à la course présidentielle. Des « petits candidats » de cette élection, on se souvient surtout de René Dumont buvant un verre d’eau, ou de Jean-Marie Le Pen avec son œil de pirate. En revanche, pas beaucoup d’images « cultes » dans les archives de l’INA concernant la candidature de Renouvin, qui termina la campagne avec un score de 0,17%. L’écologisme et le néo-poujadisme du Front National connaîtront dans les décennies suivantes un décollage certain, à l’inverse du royalisme, même édulcoré de son folklore passéiste.

Mitterrand, monarque provisoire

La NAR parviendra à faire élire quelques élus lors de scrutins municipaux au sein de listes de gauche puis elle se limitera à des scrutins locaux symboliques, comme les élections cantonales en 1994 contre Philippe de Villiers en Vendée. Le parti se trouve alors un « monarque provisoire » en la personne de François Mitterrand, pour qui il appelle à voter en 1981 et en 1988, tandis que la gauche elle-même s’approprie un thème « maurrassien » comme la décentralisation. Bertrand Renouvin n’aura pas forcément une influence énorme sur le Sphinx de l’Élysée, dont le règne coïncida avec les « années fric », mais il sera nommé au Conseil économique et social pour lequel il a fait quelques rapports sur la francophonie et l’Est européen. Au contact de Mitterrand, la nécessité monarchique est paradoxalement sortie renforcée aux yeux de Renouvin et de ses camarades. En effet, si la Cinquième République réalise dans une large mesure la synthèse entre monarchie et démocratie qu’ils appellent de leurs vœux, la fonction présidentielle est cependant ambigüe. Le président de la République, même après avoir reçu l’onction du suffrage universel direct, a le plus grand mal à ne pas demeurer surtout le porte-parole de son parti d’origine. 

A lire aussi: Prince Jean d’Orléans: «L’épopée napoléonienne a contribué à forger notre conscience nationale»

La NAR aimerait donc « royaliser » la présidence de la République, qui deviendrait un véritable arbitre au-dessus de la mêlée. On se demande quand même quel rôle politique jouerait réellement le monarque restauré et s’il interviendrait en dehors de crises sévères, comme l’a fait le roi Philippe VI d’Espagne lors de la crise catalane de 2017. 

Compagnons de route de Chevènement et Dupont-Aignan

Par la suite, la NAR poursuivra un temps son compagnonnage politique auprès du jacobin Jean-Pierre Chevènement, lors de l’élection présidentielle de 2002, puis de Nicolas Dupont-Aignan en 2012 et 2017, moment sur lequel le numéro spécial de Royaliste n’est guère prolixe, peut-être à cause du choix de second tour de ce dernier. Le journal, par l’intermédiaire de Bertrand Renouvin, revient toutefois sur quelques erreurs historiques du petit parti, comme son ralliement au traité de Maastricht ou les errances gauchisantes dans l’immédiat après-mai 68. Si le mouvement n’a pas réussi à remettre le thème de la restauration monarchique au cœur de la vie politique, les mercredis de la NAR font partie des conférences prisées par les intellectuels, où ont été reçus René Girard, Régis Debray, Emmanuel Todd, Natacha Polony, Jacques Sapir et même Bernard-Henri Lévy. Le mouvement est surtout devenu un cercle intellectuel et un laboratoire d’idées, et finalement, l’un des derniers fiefs d’un certain républicanisme orthodoxe. 

Tempête rouge

L’assaut militaire très URSS school lancé par le Kremlin n’est pas un succès. L’armée russe n’est pas à la hauteur des ambitions de son chef suprême. Failles opérationnelles et erreurs stratégiques pourraient faire revivre à la Russie ce qu’elle a connu en Syrie.


Normalement, les soldats des puissances nucléaires ne s’affrontent pas directement, car tout affrontement direct implique immédiatement une escalade dangereuse vers le seuil d’emploi du feu atomique et personne ne veut de cet emploi. C’est la règle n°1.

Mais pour autant, on peut faire des choses. On peut attaquer l’autre directement sous le seuil de la guerre ouverte par les moyens les plus imaginatifs, civils comme militaires, pourvu qu’on ne tue pas de gens. C’est très ancien, mais on a donné de nouveaux noms à cette forme d’affrontement comme « guerre hybride » ou guerre « grise » ou « sous le seuil ». C’est impropre, la guerre c’est quand on tue ouvertement (le « ouvertement » est important) beaucoup de gens dans un cadre politique, sinon on se trouve en situation de « contestation » pour employer le terme officiel dans les forces armées françaises, ou de « confrontation » si on veut employer un vieux terme historique.

La dissuasion nucléaire: stratégie militaire phare de la guerre froide

On peut aussi aller un peu plus loin en jouant avec la règle. C’est plus dangereux, mais c’est possible. Pendant la guerre froide, il y avait le rideau de fer qui délimitait au cœur de l’Europe les espaces respectifs de l’Alliance atlantique et du pacte de Varsovie. À l’intérieur de chacun de ces deux espaces, il y avait les zones surprotégées par les forces nucléaires nationales – comme la France – à l’intérieur desquelles l’emploi de l’arme nucléaire impliquait la réciproque et donc imposait une retenue. La règle n°1 s’y appliquait et s’y applique toujours strictement.

A ne pas manquer, en vente chez votre marchand de journaux: Causeur #99: Poutine détruit l’Ukraine et flingue la présidentielle

Il y avait aussi les espaces, comme la République fédérale d’Allemagne (RFA), protégés par leurs propres forces conventionnelles et l’obligation d’assistance des autres membres de l’Alliance. Une frappe nucléaire dans l’un de ces derniers espaces soulevait alors de très nombreux problèmes, la réciproque ne pouvant être exercée que par un pays tiers qui lui-même s’exposait ainsi à son tour à des frappes de rétorsion. Il fallait par exemple pour les Américains accepter la destruction de Seattle pour venger celle d’Hambourg, ce qui évidemment pouvait donner à réfléchir. C’est dans cet espace de réflexion que l’on pouvait éventuellement manœuvrer.

Un des scénarios les plus courants de l’époque était celui de l’attaque brusquée de la RFA. On prenait comme hypothèse que le groupe d’armées soviétiques en Allemagne pouvait s’emparer de la RFA suffisamment vite, une affaire de quelques jours, pour obtenir une victoire avant que l’on se soit mis d’accord en face pour un usage de l’arme nucléaire. Ce scénario, popularisé par une abondante littérature dont le célèbre Tempête rouge, de Tom Clancy en 1986, paraissait à tous les états-majors comme extrêmement dangereux mais crédible. Trois ans à peine après la publication de Tempête rouge, les cinq « armées combinées » soviétiques se déplaçaient effectivement, mais pour rentrer dans une Union soviétique qui elle-même ne tarderait pas à disparaître. Les dirigeants soviétiques, brutaux mais prudents, n’ont finalement jamais pris le risque de cette attaque brusquée, peut-être conscients aussi que leur outil militaire n’était pas capable de réussir ce coup.

Vladimir Poutine, plus téméraire que les dirigeants soviétiques

Ce scénario très risqué, Vladimir Poutine, vient de le tenter en espérant mettre hors-jeu l’Ukraine avant que l’Occident, jugé faible et divisé, se mette d’accord pour riposter efficacement. Comme nous l’imaginions dans les années 1980, la Russie a lancé ses forces à l’assaut de l’est de l’Ukraine avec l’espoir de percer suffisamment rapidement en profondeur pour atteindre le Dniepr et prendre Kiev en une semaine. Elle espérait ainsi disloquer l’armée ukrainienne, prendre et changer le pouvoir et peut-être partager le pays en deux.

A lire aussi : Guerre en Ukraine: se faire une idée du déroulement du conflit

Pour entrer un peu plus dans le détail, une armée combinée représente entre 10 et 20 groupements tactiques interarmes (GTIA, un mélange de blindés, d’infanterie motorisée et d’artillerie), d’appui d’artillerie ou de soutien logistique. À titre de comparaison, cela correspond à ce que l’armée de terre française est capable de réunir pour une opération de guerre. L’armée russe en a lancé sept autour de l’Ukraine, de Kiev à la Crimée en passant par la frontière est et le Donbass, précédées de troupes héliportées sur les points clés et appuyée par une force aérienne qui devait être maîtresse du ciel.

Bourbier ukrainien

Les choses ne se sont pas passées comme prévu. Après les succès en Crimée, au Donbass et en Syrie, l’armée russe a révélé de nombreuses failles dès lors qu’il fallait agir à très grande échelle. La force aérienne russe n’a pas été aussi maîtresse du ciel que cela, par manque de munitions, de précision pour frapper correctement les bases ukrainiennes et par peur de se faire frapper par ses propres forces terrestres avec qui la coordination est mauvaise. Cela a laissé pendant quelques jours un espace aux avions, drones et missiles qui ont fait des dégâts. Au sol non plus les choses ne se sont pas bien passées. La 36e armée et les parachutistes de la 76e division ont réussi à parvenir très vite au nord de Kiev, mais pour s’apercevoir que la ville serait tenue. La 41e armée de son côté a été stoppée devant la résistance de la première ville après la frontière. Sur la frontière est, la 1ère armée blindée de la Garde et la 20e armée ont été bloquées devant Kharkiv et ont progressé dans un certain désordre ailleurs, le carburant et même les vivres manquants cruellement. Dans le Donbass, les 8e at 49e armées, qui encadrent aussi les milices des républiques autoproclamées, n’ont que peu bougé. Seule la 58e armée a connu le succès en sortant de Crimée pour se projeter sur la côte à l’est et à l’ouest.

Installation de missiles balistiques intercontinentaux RS-24 Yars, en préparation du défilé militaire du jour de la Victoire, Moscou, 25 février 2022 © EyePress via AFP

Au bout de trois jours de maigre progrès devant une résistance ukrainienne inattendue, la plupart de ces armées ont été mises en pause opérationnelle et la méthode de l’attaque à grande vitesse a été abandonnée au profit d’une concentration des efforts sur les villes de Kiev et de Kharkiv, avec l’emploi de la force de frappe. L’armée russe, c’est d’abord une grande artillerie qui roule et une force de frappe aérienne qui largue des bombes lisses. Place donc au style employé en Syrie, avec tout ce que cela peut impliquer comme violence, dégradation encore de l’image de l’agression russe et stimulation d’une résistance ukrainienne qui prend de plus en plus un tour de guérilla urbaine. Vladimir Poutine escomptait une victoire rapide, synonyme pour lui de drapeaux russes plantés dans toutes les villes à l’est du Dniepr en trois semaines, et voilà une guerre qui s’annonce sans doute beaucoup plus longue. Elle peut même s’avérer interminable si les plantés de drapeau et l’établissement d’un nouveau gouvernement pro-Kremlin ne suffisent pas à faire plier les Ukrainiens.

Les chiens aboient la caravane passe ? Pas cette fois-ci visiblement…

Au niveau international, pas de victoire éclair non plus en plaçant tout le monde devant le fait accompli, et même une réaction internationale allant visiblement bien au-delà de ce qui était attendu. On a assisté à plusieurs miracles comme l’Union européenne décidant de fournir des armes en son nom propre ou plus extraordinaire encore l’Allemagne décidant d’envoyer des armes sans les vendre, d’investir dans son armée ou de mettre de côté ses intérêts économiques avec la Russie. Cette OTAN dont Emmanuel Macron avait annoncé « la mort cérébrale » revit d’un coup et, autre miracle, certains pays historiquement neutres comme la Suède et la Finlande songent même à la rejoindre. Les sanctions économiques atteignent un niveau inédit depuis l’embargo de l’Irak après 1991 et à une échelle bien plus importante. Le monde occidental a ainsi déclaré ouvertement une « confrontation » avec la Russie et cette confrontation risque de durer désormais très longtemps.

A lire aussi : L’OTAN moribonde relégitimée

Guerre probable de longue durée en Ukraine, à la « syrienne », nouveau rideau de fer et retour des blocs, nous voilà dans une nouvelle ère stratégique. Pour la France de la Ve République, c’est la cinquième après les guerres de décolonisation, la période gaullienne de la guerre froide, la police de la mondialisation et la guerre contre les organisations djihadistes. Comme d’habitude, cette rupture nous surprend largement, même si les forces armées l’avaient anticipée, mais nous ne sommes pas les plus à plaindre.

On présentait parfois Vladimir Poutine comme un joueur d’échecs et un excellent calculateur. Il vient de démontrer qu’il était très loin d’être un Grand Maître, peut-être intoxiqué par les informations erronées qu’il recevait de gens qui ne voulaient pas lui déplaire et sans doute saisi par l’hubris, cet orgueil démesuré que les dieux grecs punissaient. Son armée est engluée et il n’a guère comme instrument de pression que l’escalade verbale. Incroyable résultat qui place Poutine dans les pas d’un Brejnev lançant l’invasion de l’Afghanistan. Onze ans plus tard, l’Union soviétique n’existait plus.

Macron: on peut le condamner un peu, beaucoup, mais pas totalement

On peut bien lui adresser pléthore de reproches, et on peut déplorer que le contexte ukrainien le serve… Mais Philippe Bilger n’est pas pour autant monolithique dans son analyse de la personnalité du président sortant qui compte enjamber l’élection.


Bien sûr, il y a la force, la dureté des convictions et des oppositions, la certitude du changement politique à opérer, la multitude des dénonciations qu’un quinquennat hors du commun a fait surgir, l’accumulation des irritations que le comportement présidentiel a engendrées, pour de petites comme pour de grandes choses, il y a tout ce qui ne donne pas envie de voir réélu le président sortant.

Inventaire des irritations

On peut préciser, mais en vrac, la trahison de certains engagements essentiels, le ciblage systématique des imperfections du caractère français, l’autarcie arrogante de sa pratique présidentielle, la désastreuse limite, pour mettre en œuvre une action véritablement efficace sur tous les plans, du « en même temps », les fluctuations choquantes sur l’Algérie, la colonisation, la police et la culture, une politique internationale du verbe plus que de l’effectivité, des naïvetés initiales face à Trump et à Poutine, de l’écologie au rabais, le cynisme des rattrapages de fin de mandat, les postures indécentes tant à l’Élysée qu’ailleurs, la dernière le montrant négligé comme s’il était le président Zelensky sans cesse aux bords de la mort, les choix que ce très mauvais DRH a effectués, pour ne parler que de Benalla et d’Eric Dupond-Moretti, la parfaite et organisée division du travail proposée, tout au long, par le couple Macron au peuple – à lui, beaucoup de politique et un peu d’humain, à elle beaucoup d’humain et un peu de politique -, le mépris des peurs du citoyen ordinaire face à la délinquance et à la criminalité de tous les jours, la manière étrange dont la démocratie est appréhendée et porte au comble les roueries et les magouilles politiciennes, son refus irritant de débattre avant le premier tour alors que sa présidence, sans lien avec les précédentes, devrait l’accepter, la gestion d’une pandémie, loin d’avoir toujours été impeccable, des gilets jaunes laissés à l’abandon avant leur irruption brutale dans notre monde convenu, puis trop longtemps traités avec condescendance, un président de la République persuadé de n’être pas celui des riches mais ligoté par son passé, son tempérament et le dogmatisme absurde du ruissellement, une France, sous son égide, abstraitement honorée mais sans cesse, par une sorte de snobisme de la contrition, renvoyée seulement à ses heures et à son Histoire prétendues les plus sombres.

A lire aussi, Martin Pimentel: Face à Zemmour, Pécresse décoche toutes ses flèches

Emmanuel Macron, durant cinq ans, roi de son soleil, non plus espérance d’un nouveau monde mais artisan doué et manipulateur au cœur de l’ancien…

Bien sûr, j’ai la faiblesse de considérer que cet inventaire, aussi disparate qu’il soit, n’est pas faux même si naturellement j’intègre un élément qui semble être devenu un triste mantra républicain: il n’est pas pire que ses prédécesseurs et, avec la guerre contre l’Ukraine, il est en place, on l’a et on va le garder. Cette attitude qui privilégie le présent tutélaire peut se comprendre mais reste relativement pauvre pour l’élaboration d’une opinion.

A lire aussi : Macron/Zemmour: toute une histoire

Peu importe car, moi le premier, au moment même où je me convaincs que mon réquisitoire est pertinent, je me murmure, avec une sorte de regret, qu’Emmanuel Macron est agaçant: il n’est pas nul… C’est le handicap qui affecte ceux qui lisent compulsivement les essais et analyses politiques, même mieux, le compte rendu exhaustif et intelligent d’un mandat dans tous les sens d’exception. Je fais référence à l’ouvrage de Laurence Benhamou, journaliste de l’AFP accréditée à l’Elysée : Le solitaire du Palais (présenté comme le livre du quinquennat Macron). L’intérêt de celui-ci ne réside pas dans la relation, au demeurant très claire et réussie, des grandes lignes de la politique d’Emmanuel Macron, sur les plans national et international, mais dans la précision des détails, dans la mise en lumière de tout ce qui se déroule dans les interstices de la présidence officielle. La personnalité d’Emmanuel Macron surgit, parfois très différente de son image médiatique majoritaire. On est obligé de prendre acte de la finesse des intuitions et de la justesse des desseins, d’admirer la profusion des tours de force (pas seulement physiques), l’incroyable acharnement dans certaines circonstances (par exemple, quand il a voulu favoriser un dialogue qui aurait été inédit entre Trump et Rohani), ce mélange de courage, de passion de la discussion et d’exaspération face à la médiocrité de ceux qui le servent.

Soyons honnêtes

Sur le registre du sentiment, comment aussi ne pas être touché par ses incessants retards parce qu’il passe beaucoup de temps pour écouter les gens. Un jour en particulier, par exemple, où il restera une demi-heure pour consoler une femme victime de violences. Cela n’efface pas le président vertical, jupitérien, impérieux mais ouvre une fenêtre sur un autre qui s’ajoute au premier quand il le décide. Cela ne change pas non plus l’appréciation globalement critique qu’on peut faire d’un mandat, pour ses péripéties personnelles comme pour ses orientations et ses lacunes mais impose de ne pas être muré dans une détestation d’autant plus facile qu’elle gomme tout ce qui pourrait peu ou prou la contredire.

A lire aussi : La macronie à la conquête de TikTok: entre triomphes et flops

Oui, Emmanuel Macron est agaçant parce qu’il n’est pas nul et que dans l’opposition qu’il suscite, il est impossible de ne pas faire la part des choses et d’occulter sa part de lui-même qu’on connaît mal ou trop peu. Je suis victime de cet insupportable fléau, de cette tare irrémédiable, de ce poison honorable et de ce malaise permanent qui portent un très beau nom: l’honnêteté.

Libres propos d'un inclassable

Price: ---

0 used & new available from

Chanson mortelle

0
D.R.

En Afrique du Sud, certains tiennent à rappeler, en chanson, que les Afrikaners ne sont pas les bienvenus… chez eux.


En Afrique du Sud, la nation arc-en-ciel rêvée par Nelson Mandela n’est pas encore près de voir le jour. Actuellement, un procès oppose l’AfriForum, une ONG qui défend les intérêts des Afrikaners, au parlementaire Julius Malema, un ancien membre du Congrès national africain, dont il a été exclu en 2012, aujourd’hui chef d’un parti anticapitaliste et panafricain, les Combattants pour la liberté économique (EFF).

A lire aussi : Un Noir candidat pour le parti afrikaner en Afrique du Sud!

Ce leader populiste est accusé d’incitation à la haine raciale parce qu’une chanson, Dubul’ ibhunu, est régulièrement chantée lors de ses meetings. Ce véritable chant de guerre qui trouve son origine dans la lutte contre l’apartheid, n’est autre qu’un appel au meurtre des Afrikaners. Le titre même veut dire « Tirons sur les Boers » ! Pour l’avocat de l’AfriForum, cette chanson est la « cause profonde des nombreux meurtres de fermiers blancs » dans le pays, et un appel à « un génocide comparable à celui du Rwanda ».

La partie adverse rejette cette comparaison, jugée hyperbolique, et riposte en maintenant que la chanson n’est qu’« une expression de défi à un système ». Elle ferait partie d’une longue tradition de chansons violentes qu’on ne doit pas prendre au premier degré. C’est ainsi qu’à la haute cour de Johannesburg, des experts en critique littéraire et en linguistique s’opposent sur l’interprétation exacte des paroles.

Pourtant, en 2011, une autre cour avait déjà jugé la chanson contraire à la Constitution sud-africaine. Quel que soit le verdict final, ce procès est révélateur des divisions raciales auxquelles l’abolition de la ségrégation en 1994 n’a pas mis fin.

Evviva a Corsica!

0
Ajaccio, 15 mars 2022 © Fanny Hamard / SIPA

Notre chroniqueur, qui n’a rien contre une large autonomie de la Corse, trouve néanmoins suspect l’empressement du gouvernement à l’offrir à un mois de l’élection présidentielle — et à trois mois de législatives problématiques. Cela ne peut qu’attiser les surenchères dans le camp nationaliste.


Il est un peu paradoxal de jouer en étalant ses cartes avant même que la partie n’ait commencé. C’est pourtant ce que fait le gouvernement, dont Gérard Darmanin est en l’occurrence le petit télégraphiste auprès des autonomistes et indépendantistes majoritaires à l’Assemblée de Corse. Gilles Simeoni a des raisons d’être satisfait, on lui propose sur un plateau ce qu’il pensait devoir négocier pas à pas. Suggérons au président ukrainien de faire de même avec Poutine…

Le problème, c’est qu’aussitôt des voix s’élèvent dans le clan indépendantiste, cette fois — i.e Jean-Guy Talamoni, dernier survivant des années de plomb, tous les autres étant morts — pour exiger davantage. L’autonomie c’est bien, l’indépendance c’est mieux. Exigeons l’usage conjoint du français et de la langue corse, exigeons la maîtrise complète des finances, le pouvoir de lever les impôts, un pouvoir décisionnaire total, le remplacement du drapeau français par la tête de Maure, et la construction d’un monument aux morts de la lutte indépendantiste, sur lequel Talamoni veillera à ce qu’on n’inscrive pas ceux de ses anciens ennemis, qui ne sont plus là pour protester. Il a toujours montré des talents dans les ressources humaines de l’indépendantisme, surtout en ce qui concerne les licenciements secs.

Que contiendrait un statut d’autonomie ? On laisserait le régalien à l’Etat — l’entretien des gendarmeries —, et la Corse gèrerait le reste, sur le modèle de ce que l’Italie a octroyé à la Sicile ou à la Sardaigne, et l’Espagne aux Baléares.

Défait de la volonté

Le hic, c’est que la France ne vit pas du tout sur le modèle de délégation aux régions de ses voisins du sud. Nous sommes un pays étroitement centralisé, éminemment jacobin. Et je suspecte toujours les hommes politiques qui plaident pour un renforcement des régions d’avoir des arrière-pensées électorales. La Corse, ce sont quatre députés, et la prochaine Assemblée, après la réélection, sûre mais peu convaincante, d’Emmanuel Macron, ressemblera si fort aux Chambres ingouvernables de la Quatrième République qu’il n’est pas mauvais de chercher d’ores et déjà à grappiller les deux ou trois sièges qui feront la différence.

A lire aussi: « Populiste ! » — l’injure à laquelle le capitaine Haddock n’avait pas pensé

En fait, la Corse n’est pas le vrai sujet de cet empressement de Darmanin à baisser culotte. Pas plus que l’Ukraine n’est le véritable enjeu d’un conflit qui la dépasse entre Etats-Unis (l’actionnaire majoritaire de l’OTAN, qui prédomine sur tous les petits porteurs genre Allemagne ou France) et Russie.

Le véritable enjeu de cette négociation ajaccienne, c’est la France. « Le « bon débarras » que l’on entend, mezza voce, chez ceux qui confondent la Corse et sa caricature couronne cette défaite de la volonté. Si la Corse dérive, c’est que la France se disloque », écrit avec perspicacité Vincent Trémollet de Villers dans l’éditorial du Figaro. Quand l’État n’a plus de tête, les membres se dispersent façon puzzle. Depuis cinq ans des barons régionaux cherchent à s’imposer face à un exécutif faible — même Renaud Muselier ou Christian Estrosi se croient désormais un destin. Jusqu’où sommes-nous descendus…

La France macroniste n’est pas sûre d’elle

Je n’ai rien contre un renforcement du pouvoir des régions — de toutes les régions. Mais pour l’imposer, il faut — et ce n’est pas vraiment un paradoxe — un gouvernement central fort, « dominateur et sûr de lui », aurait dit De Gaulle. Ce n’est pas le cas de la France macroniste, dont le gouvernement n’a cessé de laisser des plumes dans tous les conflits des cinq dernières années. La présidentielle reconduira Macron, boosté par la guerre en Ukraine (une tradition historique veut que le « chef de guerre » soit renforcé dans les conflits, même quand il erre), mais les législatives deux mois plus tard sont si problématiques que le président envisage de dissoudre l’Assemblée dès sa réélection afin de profiter de l’effet des présidentielles.

A lire aussi: «État français assassin»: cette jeunesse corse en plein délire

La Corse ne compte guère — sinon pour les quatre députés qu’elle enverra à l’Assemblée, et qui, tout autonomistes soient-ils, pourraient voter pour un gouvernement qui renforce les pouvoirs locaux en se dépossédant des siens.

Cela ressemble un peu à la vente des bijoux de famille. Pour rester à l’Élysée et s’éviter le spectre d’une cohabitation (version douce) ou d’émeutes (version dure), Macron lâche déjà du lest. Je serais breton, alsacien ou catalan, je hausserais la voix pour aligner mes revendications sur celles des insulaires — puisque le statut d’autonomie sera très vraisemblablement inspiré de celui qui régit par exemple la Polynésie française. C’est prendre les Corses pour des naïfs, et les Français pour des imbéciles. En arrivant les bras chargés de cadeaux législatifs, Darmanin affiche la faiblesse de l’État. Pour ce que je sais des insulaires, ils en déduiront qu’une surenchère est possible : quand l’adversaire vous montre ses cartes, et qu’il n’a pas grand-chose en main, c’est le moment ou jamais de faire tapis. Montrer sa faiblesse, c’est s’exposer aux coups — on le sait déjà dans les cours de récréation. Les jeunes gens qui manifestent à Bastia ou Corte ont déjà compris le message. En voulant désamorcer les protestations, Darmanin les renforcera. D’autant que vous pouvez compter sur l’aile extrémiste de l’Assemblée de Corse pour surenchérir et vociférer plus fort.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

Price: ---

0 used & new available from


Élisabeth Lévy : « Yvan Colonna n’est pas un héros, avant d’être une victime, c’était un assassin »

«Depuis 40 ans, la France se couche devant le pouvoir algérien»

0
Jean Sévillia © J.-Ph. Baltel

Samedi, les commémorations du 60e anniversaire des accords d’Évian risquent d’être une énième démonstration du « en même temps » mémoriel d’Emmanuel Macron. Ses contorsions ne mettront pas fin à la politique de culpabilisation imposée par Alger.


Il y a soixante ans, après huit années de guerre, les Français d’Algérie étaient arrachés à leur pays suite aux accords d’Évian. Alors que l’Algérie instrumentalise l’histoire et que l’accord apparaît rétrospectivement comme un fiasco politique, le président Macron participera à la commémoration du 19 mars 1962 sous une forme « conçue spécifiquement pour notre époque », annonce l’Élysée.

Causeur. À quoi doit-on s’attendre de la part d’Emmanuel Macron pour les soixante ans des accords d’Évian ?

Jean Sévillia. Depuis son élection, Emmanuel Macron ne donne pas de vision cohérente de la guerre d’Algérie. Le président effectue des gestes mémoriels qui vont dans tous les sens. En septembre, il a demandé pardon aux harkis qui ont été abandonnés, et une loi de reconnaissance et de réparation a été votée en dernière lecture par le Sénat le 15 février. C’est son côté « Algérie française » ! Au mois d’octobre, il qualifiait de « crimes inexcusables pour la République » la répression à Paris de la manifestation interdite du FLN du 17 octobre 1961 – laquelle avait été assez violente même s’il y a contestation sur les chiffres de la part des historiens – et rendait hommage aux victimes. Il versait alors dans le mémoriel pour le camp indépendantiste, en quelque sorte. Au mois de janvier, il a reçu à l’Élysée des associations représentant les Français d’Algérie et il a reconnu les événements très importants au plan mémoriel pour les pieds-noirs que sont la fusillade de la rue d’Isly, à Alger le 26 mars 1962, et le massacre d’Oran du 5 juillet 1962, jour officiel de l’indépendance. Avant d’être élu président de la République, Emmanuel Macron avait qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ». Donc ce qu’il va dire à propos des soixante ans des accords d’Évian, je n’en sais strictement rien. L’Élysée annonce un discours, mais pour ce qui concerne la cérémonie, ce n’est pas très précis pour l’instant.

Benjamin Stora et Emmanuel Macron, janvier 2021 © Christian Hartmann/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22544838_000001

Et vous oubliez le rapport commandé par l’Élysée à Benjamin Stora…

Certes non ! De nombreuses recommandations émises par Benjamin Stora sont suivies par Emmanuel Macron. Remis il y a un an, ce rapport est pourtant très déséquilibré, car il exprime une condamnation de principe pour l’œuvre coloniale française en Algérie et une sympathie rétrospective pour la cause indépendantiste qui fait silence sur les moyens utilisés par le FLN pour parvenir à ses fins. Benjamin Stora refuse par exemple de qualifier de terroristes les attentats du FLN qui frappaient des innocents, des civils, des femmes et des enfants. Le rapport Stora est marqué par l’échec d’une certaine manière, car au départ l’Algérie devait produire une réflexion parallèle sur ce que les Algériens nomment la révolution algérienne ou la guerre d’indépendance. Or Alger n’a pas bougé d’un centimètre sur ce sujet, n’a fait aucun compromis. Le pouvoir algérien actuel, issu du pouvoir militaro-industriel du FLN, demande toujours plus d’excuses à la France pour la colonisation et la guerre d’Algérie selon une version mythifiée de l’histoire, tandis que les archives algériennes restent inaccessibles.

Faut-il voir dans ce rapport une repentance à sens unique ?

Ce rapport donne plus de torts à la France qu’à l’Algérie, mais affirmer qu’il est à sens unique serait un peu excessif. Il y a certaines propositions du rapport Stora que je ne conteste pas. À dire vrai, je m’attendais à pire.

Tous les protagonistes ont droit à une espèce d’onction compassionnelle ou à des excuses nationales officielles : Algériens, harkis, pieds-noirs et militants du FLN. Mais même si le combat pour l’Algérie française peut sembler aujourd’hui une erreur pour beaucoup de Français, il n’y a jamais un mot pour nos morts. Ces vies qui ont été brisées ne mériteraient-elles pas, de temps en temps aussi, un petit mot ?

Si on fait des sondages d’opinion, on s’aperçoit que plus de 70 % des Français considèrent qu’il n’aurait pas fallu faire la guerre d’Algérie. Mais c’est une vision complètement anachronique. Quand commence la guerre d’indépendance en 1954, pour tout le monde, y compris à gauche, l’Algérie c’est la France. L’Algérie faisait partie du territoire national depuis 1848, ce n’était pas une colonie au sens strict ! L’idée que l’Algérie puisse devenir indépendante est une idée qui n’est arrivée que beaucoup plus tard dans le débat politique. Jusqu’en 1958, il est clair pour tout le monde que l’Algérie va rester française. L’armée mène une guerre dure en poursuivant des buts qui lui ont été assignés par des gouvernements de gauche, sous la IVe République, avec des moyens budgétaires et juridiques, comme les pouvoirs spéciaux, qui ont été votés par la majorité de l’Assemblée nationale. L’armée a mené contre les réseaux terroristes du FLN une lutte qui, à l’époque, était légale et considérée comme légitime. Rappelons que, pendant la guerre d’Algérie, 15 000 militaires français sont morts au combat ou par attentat, et 9 000 par maladie ou accident, soit un total de 24 000 morts, parmi lesquels 12 000 appelés du contingent et 4 500 Français musulmans. Aux morts, il convient d’ajouter 43 000 blessés et disparus. Ces chiffres sont certes moins élevés que ceux des pertes du FLN (environ 150 000 hommes), mais ils sont néanmoins importants. Des victimes, cette guerre tragique en a fait dans les deux camps.

Comment expliquer que le gouvernement français ne proteste pas davantage contre les outrances actuelles de certains dignitaires algériens ?

Il y a un complexe de la France vis-à-vis de l’Algérie. La pression de minorités idéologiques qui œuvrent en France et instrumentalisent l’histoire a contribué à ce climat. On les retrouve en quelque sorte dans le mouvement woke. Tout part de l’idée que la colonisation était un crime en soi, une sorte de péché originel que porteraient encore la France et les Français. C’est notamment vrai dans le regard porté sur les Français d’Algérie, aujourd’hui considérés comme des gens coupables intrinsèquement, philosophiquement, substantiellement parce qu’ils auraient incarné ce péché de la colonisation. Alors que l’on sait très bien que, sociologiquement, les trois quarts des Français d’Algérie étaient d’une condition très modeste, et qu’ils ont tout perdu en quittant leur pays en 1962. Ce complexe-là agit sur les esprits en France et s’aggrave de la faiblesse du pouvoir vis-à-vis d’Alger. Rien de nouveau avec Macron : c’était déjà le cas sous Hollande, Sarkozy, Chirac ou Mitterrand… Cela fait plus de quarante ans que la France se couche devant le pouvoir algérien. Je pense qu’il y a aussi une inquiétude quant à la présence de la communauté algérienne ou franco-algérienne en France, dont personne ne connaît précisément l’effectif, qui est peut-être de 6 millions d’individus.

Pour lutter contre ce complexe historique et contre l’émergence sur notre sol d’un phénomène de « désassimilation » d’une partie de la jeunesse originaire d’Algérie, ne faudrait-il pas parfois rappeler que la colonisation a peut-être aussi eu quelques bienfaits ?

L’œuvre française en Algérie a été considérable. La France a donné son nom à l’Algérie, a dessiné ses frontières, a bâti des routes, a construit un réseau de chemin de fer, des ports, des barrages, des villes, des hôpitaux, des écoles, des bâtiments publics, une bibliothèque nationale, tous les musées, etc. C’est également la France qui a découvert le pétrole et le gaz qui sont actuellement la principale richesse de l’État algérien. Un historien comme Daniel Lefeuvre, dans une thèse d’histoire économique, a montré que, pendant la période coloniale, c’est la France qui a subvenu aux besoins de l’Algérie. La France n’a donc pas pillé l’Algérie.

Il y a trois temps dans la présence française en Algérie. Le temps de la conquête, au xixe siècle, une guerre très dure qui se termine en 1847. À l’autre bout se trouve le temps de la guerre d’Algérie qui commence en 1954. Entre les deux, il y a cent ans, schématiquement de 1850 à 1950, durant lesquels l’Algérie formait certes une société duale entre Européens et musulmans, avec ses inégalités de statuts héritées de la colonisation, mais où les communautés coexistaient à peu près paisiblement. Cet équilibre fragile ne pouvait pas durer – je suis de ceux qui pensent que l’indépendance de l’Algérie était inéluctable –, mais cela ne justifie pas de caricaturer ou de passer sous silence ces très longues années, l’équivalent d’un siècle, où il a existé, sous la souveraineté française, une Algérie heureuse.

Or, l’ignorance historique sur ce sujet est entretenue par l’enseignement et par les médias. À l’université, la plupart des chercheurs qui travaillent sur ces sujets sont anticolonialistes par principe. Des raisons politiques jouent aussi : la France a quitté l’Algérie en 1962 dans des conditions assez misérables, à la suite des accords d’Évian mal négociés, signés à la va-vite, et où la France a tout lâché à l’Algérie en échange de garanties illusoires.

Est-il également prévu quelque chose pour le 26 mars, date de la fusillade de la rue d’Isly ? Soixante ans plus tard, de quoi est-on parfaitement sûr concernant cette tuerie ?

Emmanuel Macron a déjà reconnu l’existence d’un « massacre impardonnable pour la République » le 26 janvier, devant une quinzaine d’associations de Français d’Algérie. La fusillade de la rue d’Isly est une histoire complexe. Elle survient le 26 mars 1962, c’est-à-dire une semaine après la signature des accords d’Évian. Le quartier européen de Bab El Oued à Alger se révolte. Des extrémistes de l’OAS essaient de faire de ce quartier une sorte de camp retranché de Français qui refusent les accords d’Évian. Les forces de l’ordre désarment le commando de l’OAS, mais c’est un cordon de militaires qui bloque le quartier auquel les Français d’Algérie désespérés veulent montrer leur soutien. La manifestation se heurte à des tirailleurs algériens, qui sont des soldats de l’armée française (des appelés) et un premier coup de feu est tiré, on ne sait pas par qui. Ce coup de feu déclenche une fusillade, les soldats tirant sur les manifestants désarmés. Cette manifestation se transforme donc en massacre. Selon les chiffres officiels, il y aurait eu 49 morts, mais la réalité est sans doute proche de 80 morts et 150 blessés. Abandonnés par les accords d’Évian, désespérés, les Français d’Algérie voient l’armée française leur tirer dessus ! Ils n’auront plus qu’à quitter leur terre natale.

À lire : Jean Sévillia, Les Vérités cachées de la guerre d’Algérie (éd. revue et complétée), Tempus, 2021.

Les vérités cachées de la guerre d'Algérie

Price: ---

0 used & new available from

Le Dabe ne désespère pas Billancourt!

0
D.R.

Jusqu’au 10 juillet, l’espace Landowski au Musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt retrace la carrière de Jean Gabin (1904-1976)


Quand notre pays cafarde, chaque citoyen français, lessivé par deux ans de pandémie, une guerre à nos portes et une présidentielle en porte-clés, cherche un guide. Un tuteur qui tiendrait debout. Un mec avec des principes et des valeurs, en somme. Un phare dans la nuit qui éclairerait les temps obscurs. Un chêne sur lequel on pourrait s’appuyer quelques jours, se reposer un instant, juste le temps de souffler, oublier tous les malfaisants et les truqueurs qui encombrent le poste et nous étouffent.

Des grèves du Front Populaire à la crise du pétrole, il aura accompagné notre nation

Ne cherchez plus…

Tous ces gesticulateurs indécents qui ont réponse à tout et finissent par indisposer un peuple passablement fatigué. Une figure pas trop toc, pas trop abîmée par les affaires et qui, miracle, ne se serait pas trop mal comportée par le passé. L’Histoire récente ne regorge pas d’une foule de personnalités qui ont agi en conscience et en responsabilité, comme disent aujourd’hui les communicants illettrés. On ne cherche pas de l’irréprochable, du transparent, de l’intello faisandé, du politicien-arcandier, du vertueux idéologue ou du saumâtre donneur de leçons. Seulement un type qui en impose par son parcours, sa carrière et ses actes. Ne cherchez plus, il se trouve au Musée des Années 30 de Boulogne-Billancourt dans une exposition rétrospective qui court jusqu’à l’été prochain. Il s’appelait Jean Gabin-Alexis Moncorgé. 96 films au compteur. 200 millions d’entrées. 1,74 mètre. Deux billes bleues, l’air taquin et une carrure d’empereur. Du caractère à revendre. Un solide appétit. Une passion pour les vaches, les chevaux et les casquettes. Père de famille exemplaire. Star du parlant. Pas très tendre avec Hollywood, il naviguait en père peinard dans un métier où la nouveauté et l’esbroufe attirent plus souvent la lumière que le talent et l’exigence morale. Il faisait exception à la règle des planqués. Le siècle avait quatre ans lorsqu’il a vu le jour à Paris. Il fut le héros de la Nouvelle Vague, celle des années 1930 bien avant que les jeunes turcs des Cahiers du Cinéma s’emparent de l’appellation.

À lire aussi, du même auteur: Pourquoi aime-t-on tant critiquer «La Nouvelle Vague»?

Un jour, j’espère que l’on apprendra sa chronologie dans les salles de classe. Que des petits écoliers de Sarcelles ou de Souillac colleront la bobine de l’acteur sur des frises géantes, à la manière des mérovingiens et des carolingiens. Les Français qui ont de la mémoire se souviennent de Gabin. Ils y pensent souvent. Qu’aurait-fait ou dit le Vieux dans notre aussi piteuse situation ?

Il tournait dans les studios comme d’autres pointaient à l’usine

Le Dabe économisait ses mots. Bien que marin, il n’avait pas la prétention de faire des phrases pour exprimer son agacement sur la marche du monde. Durant plus de quarante ans, il fut le porte-voix de personne. C’est un exploit dans les professions artistiques. Il ne brigua aucun mandat électif, ni aucun strapontin officiel. Il n’eut même pas le plaisir de profiter pleinement de son rêve agricole normand. Il tournait dans les studios comme d’autres pointaient à l’usine. Il ne gâchait pas sa salive en explications pseudo-intellectuelles sur la manière d’appréhender un personnage. Il respectait trop son public pour se vautrer dans ces impostures-là. Il était paysan et chansonnier, combattant et gambilleur, séducteur et fidèle, blessé et un peu cabot, prolétaire et grand bourgeois, casanier et médaillé militaire. Des grèves du Front Populaire à la crise du pétrole, il aura accompagné notre nation. De l’épopée ferroviaire aux mirages du Concorde, de l’exode rural aux HLM impersonnelles, il aura vu notre pays se transformer pour le meilleur ou le pire.

À lire aussi: Et si l’espoir venait des anciennes!

Qui n’a pas aperçu sa silhouette tassée sur un banc en gare de Lisieux ou sa face barbouillée de charbon en conducteur de train est un martien ! Son idylle avec Marlène, sa participation aux combats de la Libération au sein de la 2ème DB du général Leclerc, sa traversée du désert après-guerre, l’apparition soudaine de sa crinière blanche ou son retour de flamme en taulier du septième art après le Grisbi se racontent encore à la veillée dans nos lointaines provinces. Ce gars-là était une pointure. Il avait été du voyage jusqu’à Berchtesgaden en chef de char et pas en smoking. Il avait vu de ses yeux délavés, le mortifère nid d’aigle. Alors, cette exposition très documentée en films, affiches et objets personnels est une manière de remonter le pendule de notre pays. D’y retrouver nos illusions perdues et le sens de la mesure. Voir la burette d’huile offerte par les cheminots à la fin du tournage de « La Bête humaine » (1938), la collection de lunettes à grosses montures en écaille, le manteau croisé « Du rififi à Paname » (1966), l’uniforme de second maître ou la malle militaire datant de son engagement au sein des Forces navales françaises libres touche en plein cœur.


Plus d’informations: https://www.boulognebillancourt.com/information-transversale/agenda/jean-gabin-lexposition-3077

Batman, un héros de notre temps

0
Robert Pattinson dans "The Batman" (2022) de Matt Reeves © Warner Bros

Notre chroniqueur est allé voir le « Batman » de Matt Reeves — et il y a vu autre chose qu’un simple divertissement : un appel désespéré à l’action directe.


Commençons par l’essentiel : le film de Matt Reeves avec Robert Pattinson est excellent, dans le genre noir. Atmosphère lugubrement nocturne (forcément : les chauves-souris dorment pendant le jour) et humide — il pleut sans cesse, ce qui fait briller les matières noires, cuir, bitume ou métal, comme dans « Seven », le thriller poisseux de David Fincher (1995). Ambiance post-apocalyptique, dans cette bonne ville de Gotham dont l’asile pour orphelins est baptisé Arkham, comme dans les rêveries innommables de H.P. Lovecraft.

Mais ce n’est pas seulement pour y passer près de trois heures que l’on ne sent pas défiler, tant l’action est pleine de rebondissements bien distillés, que vous irez le voir, comme des millions de spectateurs qui assurent déjà au film un succès mérité. Rien n’arrive par hasard : vous irez le voir parce que ce film parle de nous, et de l’état présent du monde.

On se souvient du déclic initial de l’histoire, toujours le même : Bruce Wayne a assisté enfant au meurtre de ses riches parents, et n’a désormais plus qu’une idée en tête : les venger. Non pas en exécutant deux ou trois personnes — ce qui serait une goutte d’eau dans une ville profondément corrompue, où le crime guette à chaque coin de rue —, mais en purgeant la cité de sa corruption profonde, où toutes les instances policières, politiques et juridiques obéissent à la pègre qui a pris le contrôle de la cité.

A lire aussi, du même auteur: La Russie attaque? Vengeons-nous sur les handicapés!

Du coup, la vengeance perd sa motivation personnelle, qui fait le fond de toutes les vendettas, et prend un aspect civilisationnel : il s’agit pour le héros d’éliminer l’un après l’autre tous les truands qui se pavanent et mettent la ville en coupe réglée, en manipulant les officiels, présentés ici comme les pantins d’un système profondément vicié. Toute ressemblance avec une civilisation mourante où tout est organisé par des bénéficiaires qui se gardent bien d’apparaître au premier plan n’est bien sûr pas fortuite.

Les films de vengeance sont un must du cinéma d’action. Mais en général, cela reste la réaction immédiate d’un homme offusqué dans sa chair, auquel on a enlevé l’objet de ses affections, qu’il s’agisse de sa femme ou de sa fille — rappelez-vous la série « Un justicier dans la ville » (de 1974 à 1994), tant décriée par la gauche à l’époque, où Charles Bronson abattait au gré de ses rencontres dealers et malfrats divers, ce qui évitait à la ville (New York ou Los Angeles) des frais de justice. Ou l’excellent « Mort d’un pourri » (1977), où Alain Delon vengeait la mort de son ami Maurice Ronet en faisant sauter un système entier de corruptions, prévarications, réseaux d’influence, etc. Evidemment, le film de Lautner était tiré d’un roman de Raf Vallet, qui travaillait alors à l’Aurore, ce qui ne le nimbait pas d’une auréole progressiste. Mais si un homme de droite vous dit qu’il pleut quand il pleut, qu’avez-vous à lui reprocher ?

A lire ensuite: Bronson, juste avant “Un justicier dans la ville”

Chaque fois qu’une société désespère d’arriver à la justice par des voies légales, chaque fois qu’elle sent que la boue a dépassé le niveau des chevilles et monte inexorablement vers la tête, sortent des films ou des romans qui mettent en scène des justiciers qui ont désespéré de la justice des hommes, et savent qu’il n’existe pas quelque chose qui serait la justice de Dieu. « The Batman » est dans cette esthétique du désespoir actif : pas de Dieu autre que Batman lui-même dans cette ville de Gotham (Goddam !) où le Mal est aux commandes. Pas d’espoir dans les institutions, toutes vérolées, même si un flic parvient à rester honnête, en dépit de sa hiérarchie. Pas d’espoir d’aurore, dans une cité livrée aux forces de la nuit. Pas d’autre rédempteur que cette chauve-souris, qui s’abstient d’ailleurs de tuer elle-même qui que ce soit — Batman est la vengeance d’un dieu qui n’existe pas. Comme le Christ jadis, il n’est pas venu apporter la paix, mais le glaive (Evangile de Mathieu-, 10-34).

Et nous en sommes là, dans nos belles démocraties occidentales. À espérer Batman. Mais de la même manière que les vrais chrétiens pensent qu’ils ont le Christ en eux, je conseille à chacun de chercher le Batman qui est en lui — et d’en faire bon usage, étant entendu que les institutions défaillent autour de nous et croulent avec cette civilisation qui s’effondre.


Le titre de ce billet, en ces temps où rien de ce qui vient de Russie ne trouve grâce aux yeux des imbéciles, est une allusion au très beau roman de Lermontov, Un héros de notre temps, publié en 1840, d’où j’extrais cette phrase dont je pourrais faire ma devise : « J’ai la passion innée de contredire les gens… »

Mort d'un pourri

Price: ---

0 used & new available from

Un héros de notre temps

Price: ---

0 used & new available from

Les affiches avec des femmes voilées se multiplient en France

1
Affiche du Planning familial à Chalon sur Saône DR

Alors que des affiches mettant en avant des femmes voilées défraient régulièrement la chronique un peu partout sur le territoire, une nouvelle polémique éclate à Creil autour de l’appel à la prière musulmane. Pendant que cette libanisation de la France se poursuit, le progressiste Emmanuel Macron devrait être réélu pour cinq ans de déconstruction supplémentaires, et on chante « Je voterai Mélenchon pour que les Français se sentent Africains » dans un meeting politique à Lyon. L’immense fatigue de Didier Desrimais.


Il est normal que la guerre en Ukraine occupe tous les esprits. En revanche, à moins d’un mois de l’élection présidentielle française, il n’est pas normal que des sujets qui intéressent directement notre pays ne soient pas ou soient trop peu débattus. Sans compter qu’au milieu de la tourmente, de virulents activistes islamistes, indigénistes, migrationnistes et dégenrés continuent, eux, d’avancer leurs pions en France et en Europe. Sombre tour d’horizon :

Le voile islamique s’installe en France. Lydia Guirous écrivait en 2017 : « L’islam politique a fait du voile et de ses dérives vestimentaires des outils de propagande dont les cinq piliers pourraient se résumer ainsi :

Toujours plus visible, ton voile sera.
Dans les lieux publics, fièrement tu l’arboreras.
Face à l’autorité tu refuseras de l’ôter, car tu ne respecteras que les lois d’Allah.
L’incident, tu médiatiseras.
La République, tu attaqueras. » (1)

A lire aussi: Moreno, drame de la parité

Rien n’a changé, au contraire. Deux ministres du gouvernement français parmi les plus wokistes, Élisabeth Moreno et Roxana Maracineanu, feignent d’ignorer ce qui se joue derrière cette énième tentative, celle des « hijabeuses », pour installer dans l’espace public un signe religieux séparatiste entérinant la soumission des femmes et affichant la conquête de territoires par l’islam politique. La loi pour autoriser le hijab lors des compétitions sportives vient d’être votée en catimini par les députés LREM. Pendant ce temps, l’association Alliance Citoyenne continue de faire le pied de grue devant le bureau du maire de Grenoble, Éric Piolle, qui brûle d’envie d’autoriser le burkini dans les piscines de sa ville et attend vraisemblablement la catastrophe électorale de son parti pour renforcer la branche islamo-gauchiste d’EELV, celle sur laquelle Sandrine Rousseau est déjà perchée.

Conseil de l’Europe

Assa Traoré parle du droit des femmes aux collégiens de Montreuil

Après la campagne co-financée par l’Union européenne visant à « lutter contre les discours de haine » et affichant sur le site du Conseil de l’Europe des slogans comme « La liberté est dans le hijab » ou « Mon voile, mon choix », ce sont la Commission, le Conseil et le Parlement européens qui ont illustré une de leurs affiches officielles pour la conférence sur « L’avenir de l’Europe » avec une femme voilée – d’un voile multicolore dissimulant à peine le rigide voile islamique noir qu’impose la charia. En France, à Nantes, le Mois de la femme (Visages des Nantaises)a été annoncé avec la photographie d’une femme voilée sur un panneau municipal. La mairie a fait retirer l’affiche après de piteuses explications administratives du style « c’est pas moi c’est l’autre ».

Nantes
Capture d’écran du site Vie-Publique.fr, repéré par Fdesouche

Pour la Journée internationale des droits de la femme du 8 mars, les affiches gouvernementales (site vie-publique) et celles de plusieurs villes de France dirigées par des élus PS, EELV ou LREM (Poitiers, Le Havre, Grenoble, Roubaix…) ont représenté des femmes aux chevelures diverses mais également sans chevelure visible puisque camouflée sous un hijab. Aucune des associations féministes d’habitude si promptes à relever les effets délétères du patriarcat ou du masculinisme toxique n’a pour le moment bougé une oreille.

A lire aussi, Lydia Guirous: “Quand on est française, on ne porte pas un hijab”

À Montreuil, une affiche du même acabit a convié les élèves du collège Georges Politzer à une journée de réflexion au cours de laquelle Assa Traoré (!) a pu animer, devant ledit collège, une réunion sur les droits des femmes en en profitant pour faire la promotion de son livre Lettre à Adama. Est-il normal qu’une activiste qui accuse la France de racisme systémique et organise des manifestations anti-police puisse faire la publicité de son mouvement et de ses livres devant un établissement scolaire public ?

Montreuil

À Chalon sur Saône, le Planning familial a invité les femmes à une manifestation pour les droits des femmes grâce à une affiche avec, là encore, une femme portant un hijab. Le maire LR Gilles Platret s’y est administrativement opposé. Le Planning familial en a appelé au Conseil d’État qui a débouté le maire. Les islamistes se régalent.

Et maintenant le chant du muezzin !

En Europe, tandis que le hijab et les librairies strictement coraniques fleurissent un peu partout et que le muezzin commence de faire entendre sa voix dans certaines villes, tout ce qui est russe est traqué, poursuivi, et la cancel culture bat son plein. En raison de la guerre, des imbéciles désireux de montrer leurs bons sentiments à tous les passants font annuler les contrats des chanteuses, des chefs d’orchestre et des musiciens russes, y compris ceux qui ont ouvertement critiqué l’intervention en Ukraine. Le Ballet du Bolchoï est supprimé à Londres ; Tchaikovsky est effacé des programmes de l’orchestre de Cardiff ; une université italienne interdit à un enseignant de dispenser son cours sur Dostoïevski ; des magasins suédois et finlandais retirent les bouteilles de vodka des rayons ; les clubs sportifs russes ne peuvent plus jouer lors de compétitions internationales, y compris dans les… jeux vidéo ! Le Parlement européen ne tire pas la sonnette d’alarme, il a d’autres motifs de préoccupation en ce moment, et un peu plus sérieux qu’une guerre pouvant dégénérer en conflit mondial ou que la censure délirante des artistes, des sportifs ou des alcools russes. Un sujet lui tient particulièrement à cœur et ne peut plus attendre. Le voile islamique dans l’espace public, peut-être ? Non, le sujet le plus pressant est celui des… toilettes. Le Parlement Européen vient en effet de lancer un programme d’analyse de la conception de ses WC dans le but de mettre en place des « toilettes neutres » dans son enceinte. Tous les dégenrés du bulbe applaudissent. Les Chinois et les islamistes sont morts de rire. Ils attendent de connaître les conclusions de ce travail sur la « conception des WC du Parlement Européen » afin de les partager sur les réseaux sociaux et de confirmer avec leurs compatriotes et leurs coreligionnaires qu’il n’y a décidément pas grand-chose à craindre d’un continent en cours d’effondrement plus préoccupé par la théorie du Trouble dans le genre de Butler que par celle sur Le Choc des civilisations de Huntington.

A lire ensuite: Alain Finkielkraut: “Le voile est l’emblème de la sécession”

Grosse fatigue

Pendant ce temps-là, à Lyon, lors d’un meeting du candidat d’extrême-gauche Jean Luc Mélenchon, un rappeur beugle des insultes concernant des candidats à la présidentielle (Marine Le Pen est « une connasse » et Éric Zemmour « un connard ») et éructe sa détestation des Français un peu trop français à son goût : « Je voterai Mélenchon pour que les Français se sentent Africains. » À ceux qui se demandaient encore ce que pouvait être ce “Grand Remplacement” qui émeut tant le monde politico-médiatique, ce rappeur apporte une réponse brute de décoffrage qui présente l’avantage de ne pas relever d’une « thèse complotiste » camusienne ou zemmourienne.

Aurélien Taché, de son côté, reçoit à Cergy des « réfugiés arrivés d’Ukraine ». La photo de ces « réfugiés » sur son compte Twitter confirme ce que des journalistes ont écrit (2) : les couloirs humanitaires et migratoires ouverts à cause de la guerre en Ukraine sont empruntés irrégulièrement par des migrants originaires de pays africains cherchant à pénétrer ainsi dans l’espace Schengen. Futé, le député ne parle d’ailleurs pas de « réfugiés Ukrainiens » mais de « réfugiés arrivés d’Ukraine », en clair des immigrés qui vont tenter de profiter du tumulte actuel pour demander un droit d’asile qu’ils n’obtiendront (normalement) pas, ce qui ne les empêchera pas de rester sur le sol français.

A lire aussi, Aurélien Taché: Lâchez-leur le hijab!

Conclusion : L’Europe de l’Ouest est un continent subclaquant. Politiquement, économiquement, diplomatiquement, spirituellement à l’agonie, il vit ses dernières années. Secoués par la guerre aux confins de l’Europe, les pays de l’Europe de l’Ouest se la jouent bombage de torse, mesures de rétorsion et annonces de nouveaux budgets militaires à l’appui. Mais personne n’est dupe ; ces pays sont fatigués d’eux-mêmes. En France, des changements profonds fissurent la société – de l’entrisme islamique aux « minorités » qui font la loi dans les universités et les médias, de l’avenir économique plus qu’incertain à la nécessité de payer un jour ou l’autre un « quoi qu’il en coûte » qui nous ruine, de l’insécurité grandissante au séparatisme multiculturaliste. De tout cela, comme du bilan de cinq ans de macronisme, il ne sera pas réellement débattu avant le premier tour des présidentielles. Et Emmanuel Macron peut sereinement, entre deux coups de fil avec Vladimir Poutine, attendre sa réélection programmée et échafauder ses prochains plans de déconstruction de la France.

Les gobeurs

Price: ---

0 used & new available from


[1] « Ça n’a rien à voir avec l’islam » ? Face à l’islamisme réveillons-nous, réveillez-vous !Page 117. Lydia Guirous,Éditions Plon.

[2] Article du Figaro publié le 8 mars, Guerre en Ukraine : un non-Ukrainien sur trois parmi les réfugiés en France.

Arielle Dombasle sur MeToo: «Le ressentiment, la revanche s’en mêlent et je n’aime pas ça»

0
Arielle Dombasle par Pierre & Gilles pour l'album Extase, 2000 © Pierre & Gilles

Esthète extrême, Arielle Dombasle a fait de la beauté et du désir une raison d’être. En érigeant le paraître en moyen d’expression, elle se protège de la vulgarité du monde. Entretien avec une artiste mystérieuse et inclassable. Propos recueillis par Yannis Ezziadi.


Relire la première partie

Avez-vous besoin d’être entourée de beauté pour vivre sereinement et quelles sont ces manifestations de la beauté auxquelles vous tenez ?

Il m’est absolument nécessaire de vivre entourée par la beauté. Il y a une phrase d’un Japonais dont j’ai oublié le nom qui dit « seul celui qui vit pour la beauté mourra dans la beauté ». Je fuis de toutes mes forces ce que je considère être la laideur. Dans les manifestations de la beauté dont j’ai besoin pour vivre, il y a l’éclat de rire. C’est quelque chose de tellement mystérieux… c’est d’une suprême beauté. C’est le propre de l’homme. J’ai fait plein d’expériences pour tenter de faire rire des animaux, mais sans succès. Le rire est un miracle de l’homme. J’ai besoin de contempler la beauté des cieux… des arbres… Et l’autre beauté dont j’ai besoin est celle des objets, des meubles et des œuvres qui m’entourent. Cela me vient de ma famille. C’étaient de vrais collectionneurs. Oui, j’ai été élevée comme cela. Chercher l’harmonie… Lorsque je joue longtemps dans un endroit et que la loge est insignifiante, dépourvue de charme, je la décore. Je mets tout un système de fleurs, de gâteaux, de lumières, de photos, de petits mots…

La beauté apporte-t-elle le bonheur ?

La beauté fait partie des grands moments de bonheur de la vie. Elle conduit à la sidération, au vertige, à toucher le sacré, elle est évidente. Toutefois, on ne comprend pas pourquoi c’est évident, pourquoi nous sommes saisis par le beau. Je me souviens d’une exposition de Pollock. Un Pollock ressemble à un autre Pollock… Et néanmoins, il y en a un qui est plus beau. Et ce qui est mystérieux c’est que plusieurs personnes, spontanément, estiment que celui-ci est plus beau. L’évidence de la beauté est suprême et très mystérieuse… Elle vous fait croire en l’homme.

On a l’impression que votre force est de vous ficher du bon goût, de ne pas vous soucier du ridicule. Sur son rapport au sacré, Dom Juan dit : « C’est une affaire entre le ciel et moi. » Sur votre art, face aux critiques vous semblez penser : « C’est une affaire entre la beauté et moi. »

C’est certain. La phrase d’ailleurs que je mets en exergue, dans ma vie, est celle de Dostoïevski : « La beauté sauvera le monde. » La beauté est au-delà du bon et du mauvais goût. Je ne me pose même pas la question…

Vous aimez être belle. Jusqu’à la mort si l’on vous écoute chanter dans votre album Glamour à mort, écrit pour vous par Philippe Katerine : « Quitte à mourir autant être belle, quitte à mourir autant que ce soit en Saint-Laurent. » Votre désir d’être belle va-t-il de pair avec un désir de séduire ?

La beauté, c’est quelque chose qui vous est donné. La séduction, c’est autre chose. J’aime être séduisante, mais pas séductrice. Être séduisante, c’est que l’autre soit séduit, et s’en étonner ! Dans la joie…

Pensez-vous que les mouvements tels #metoo, #balancetonporc ainsi que les accusations dans les médias (dont les accusés sont souvent blanchis par la justice) peuvent mettre en danger la séduction, la drague, peuvent paralyser les relations mystérieuses et troubles de désir entre les êtres ?

Le désir est au cœur de nos existences, non ? J’en ai fait du reste un film, pour moi essentiel, qui s’appelle La Traversée du désir. C’est une chose énigmatique et qui nous dépasse. Le monde est un balancier, et aujourd’hui nous sommes à un extrême de rigueur et de délation générale, peut-être nécessaire mais dangereux. Le ressentiment, la revanche s’en mêlent et je n’aime pas ça. S’y mêlent aussi la peur de l’inconnu, la peur du mystère et de l’incompréhensible, du désir même. De nouveaux mots nous éclatent au visage comme le « consentement » ou l’« emprise ». Moi, je dirais que la beauté du désir est suprême et violente, que c’est très difficile d’y résister, et que depuis l’aube de l’humanité on essaye en vain d’y mettre des règles, car c’est un feu sacré et fou. La théorie du consentement est très difficile à cerner. Est-ce que vous consentez à être terriblement malheureux ? À aller, par amour, dans des abîmes effrayants quitte à vous détruire ? Ou simplement, consentez-vous à être amoureux ? Que répondre ?

On parle souvent d’emprise à propos d’hommes de pouvoir se servant de leur statut, de leur argent ou de leurs relations pour séduire de jolies jeunes femmes. Mais la beauté des femmes (ou des hommes) n’est-elle pas aussi parfois un moyen d’emprise sur le Monsieur en question ? La beauté n’exerce-t-elle pas un pouvoir ?

En effet, la beauté est une force incroyable et évidente. La beauté peut foudroyer et faire jaillir le désir comme une tragédie. Certains savent s’en servir, évidemment, comme un outil de pouvoir. C’est un pouvoir tout comme la jeunesse ou la richesse. Nous naissons avec nos vertus, nos avantages et nos tares… À nous d’en jouer. Et ce peut être très injuste… La beauté peut être une force dangereuse et divine. Baudelaire encore une fois l’écrit… « Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme, / Ô beauté ! Ton regard, infernal et divin, / Verse confusément le bienfait et le crime, / Et l’on peut pour cela te comparer au vin. »

La Naissance de Vénus, Sandro Botticelli, vers 1484-1485 © Wikimedia Commons

Pour conclure, quelle œuvre illustre pour vous magistralement le beau ?

Oh… Difficile à dire… Peut-être La Naissance d’Aphrodite par Botticelli. Et le visage du Christ dans sa douleur, car c’est le sommet du mystère. Dieu n’est plus absent, il s’incarne enfin pour être celui qui a toutes les faiblesses de l’homme, pour être l’égal des autres hommes. Et ça, c’est d’une beauté foudroyante. Il est le premier à dire « Aimez-vous les uns les autres » alors que la nature nous dit « Mangez-vous les uns les autres ». C’est un défi aux étoiles, c’est d’une grandeur indépassable. La première fois que je suis entrée dans une église à l’âge de 4 ans et que j’ai vu cet homme crucifié sans comprendre de quoi il s’agissait, j’ai fondu en larmes. Ce visage… et l’idée qu’on a construit toute une église autour de lui m’ont fait comprendre la transcendance : la plus grande des beautés.

Les royalistes de gauche ont cinquante ans

0
Bertrand Renouvin, directeur du bi-mensuel "Royaliste" Capture d'écran chaîne YouTube NAR D.R.

La Nouvelle Action Royaliste, mouvement royaliste réputé de gauche, a fêté ses cinquante ans fin 2021 et a sorti une édition spéciale de son journal à cette occasion.


Les vieux partis politiques de l’ancien monde sont tous morts les uns après les autres, ou ont changé de nom. La Ligue communiste révolutionnaire est devenue le Nouveau Parti Anticapitaliste en 2009. Le Front national est devenu le Rassemblement national en 2018. Le RPR de Jacques Chirac a eu le temps de changer de nom deux fois pour faire oublier gamelles et casseroles. Il reste le Parti socialiste, dont le nom a survécu mais dont la splendeur passée semble durablement derrière nous. Et la Nouvelle Action Royaliste, qui a fêté fin 2021 ces cinquante ans. 

À cette occasion, le journal du mouvement, Royaliste, qui se proclame « patriote, démocrate, parlementariste et rigoureusement républicain (sic) », a sorti fin décembre une édition spéciale, revenant sur sa trajectoire et même ses erreurs – coquetterie que ne peuvent se permettre sans doute que les formations politiques très groupusculaires.  

A lire aussi: L’énigme sonore 2.0 de Nicolas II

Un mouvement né dans l’ébullition post-68

En effet, la NAR n’est pas réellement un mouvement de masse. Dans une galaxie monarchiste plutôt marquée à droite, le mouvement détonne même puisqu’il est fréquemment qualifié de « royaliste de gauche ». À sa tête, Bertrand Renouvin, est né en juin 1943, à la prison de la Santé, où était incarcérée sa mère et alors que son père Jacques Renouvin, militant royaliste et héros de la Résistance, n’allait pas tarder à être déporté en Allemagne. Anne Hidalgo avait d’ailleurs baptisé en 2016 une place en l’honneur du couple de résistants. Après des années 60 plutôt à droite (Humberto Cucchetti rappelait en 2015 l’activité militante des futurs cadres de la NAR en faveur de l’Algérie française), Bertrand Renouvin et ses camarades vont s’éloigner peu à peu des thèmes maurrassiens, et se rapprocher des rivages de la gauche, rencontrant les gaullistes de gauche et le « maorrassien » Maurice Clavel. En 1974, Bertrand Renouvin participe même à la course présidentielle. Des « petits candidats » de cette élection, on se souvient surtout de René Dumont buvant un verre d’eau, ou de Jean-Marie Le Pen avec son œil de pirate. En revanche, pas beaucoup d’images « cultes » dans les archives de l’INA concernant la candidature de Renouvin, qui termina la campagne avec un score de 0,17%. L’écologisme et le néo-poujadisme du Front National connaîtront dans les décennies suivantes un décollage certain, à l’inverse du royalisme, même édulcoré de son folklore passéiste.

Mitterrand, monarque provisoire

La NAR parviendra à faire élire quelques élus lors de scrutins municipaux au sein de listes de gauche puis elle se limitera à des scrutins locaux symboliques, comme les élections cantonales en 1994 contre Philippe de Villiers en Vendée. Le parti se trouve alors un « monarque provisoire » en la personne de François Mitterrand, pour qui il appelle à voter en 1981 et en 1988, tandis que la gauche elle-même s’approprie un thème « maurrassien » comme la décentralisation. Bertrand Renouvin n’aura pas forcément une influence énorme sur le Sphinx de l’Élysée, dont le règne coïncida avec les « années fric », mais il sera nommé au Conseil économique et social pour lequel il a fait quelques rapports sur la francophonie et l’Est européen. Au contact de Mitterrand, la nécessité monarchique est paradoxalement sortie renforcée aux yeux de Renouvin et de ses camarades. En effet, si la Cinquième République réalise dans une large mesure la synthèse entre monarchie et démocratie qu’ils appellent de leurs vœux, la fonction présidentielle est cependant ambigüe. Le président de la République, même après avoir reçu l’onction du suffrage universel direct, a le plus grand mal à ne pas demeurer surtout le porte-parole de son parti d’origine. 

A lire aussi: Prince Jean d’Orléans: «L’épopée napoléonienne a contribué à forger notre conscience nationale»

La NAR aimerait donc « royaliser » la présidence de la République, qui deviendrait un véritable arbitre au-dessus de la mêlée. On se demande quand même quel rôle politique jouerait réellement le monarque restauré et s’il interviendrait en dehors de crises sévères, comme l’a fait le roi Philippe VI d’Espagne lors de la crise catalane de 2017. 

Compagnons de route de Chevènement et Dupont-Aignan

Par la suite, la NAR poursuivra un temps son compagnonnage politique auprès du jacobin Jean-Pierre Chevènement, lors de l’élection présidentielle de 2002, puis de Nicolas Dupont-Aignan en 2012 et 2017, moment sur lequel le numéro spécial de Royaliste n’est guère prolixe, peut-être à cause du choix de second tour de ce dernier. Le journal, par l’intermédiaire de Bertrand Renouvin, revient toutefois sur quelques erreurs historiques du petit parti, comme son ralliement au traité de Maastricht ou les errances gauchisantes dans l’immédiat après-mai 68. Si le mouvement n’a pas réussi à remettre le thème de la restauration monarchique au cœur de la vie politique, les mercredis de la NAR font partie des conférences prisées par les intellectuels, où ont été reçus René Girard, Régis Debray, Emmanuel Todd, Natacha Polony, Jacques Sapir et même Bernard-Henri Lévy. Le mouvement est surtout devenu un cercle intellectuel et un laboratoire d’idées, et finalement, l’un des derniers fiefs d’un certain républicanisme orthodoxe. 

Tempête rouge

0
Vladimir Poutine assiste à un exercice de la marine russe au large de la Crimée, 9 janvier 2020 © Alexey DRUZHININ / SPUTNIK / AFP

L’assaut militaire très URSS school lancé par le Kremlin n’est pas un succès. L’armée russe n’est pas à la hauteur des ambitions de son chef suprême. Failles opérationnelles et erreurs stratégiques pourraient faire revivre à la Russie ce qu’elle a connu en Syrie.


Normalement, les soldats des puissances nucléaires ne s’affrontent pas directement, car tout affrontement direct implique immédiatement une escalade dangereuse vers le seuil d’emploi du feu atomique et personne ne veut de cet emploi. C’est la règle n°1.

Mais pour autant, on peut faire des choses. On peut attaquer l’autre directement sous le seuil de la guerre ouverte par les moyens les plus imaginatifs, civils comme militaires, pourvu qu’on ne tue pas de gens. C’est très ancien, mais on a donné de nouveaux noms à cette forme d’affrontement comme « guerre hybride » ou guerre « grise » ou « sous le seuil ». C’est impropre, la guerre c’est quand on tue ouvertement (le « ouvertement » est important) beaucoup de gens dans un cadre politique, sinon on se trouve en situation de « contestation » pour employer le terme officiel dans les forces armées françaises, ou de « confrontation » si on veut employer un vieux terme historique.

La dissuasion nucléaire: stratégie militaire phare de la guerre froide

On peut aussi aller un peu plus loin en jouant avec la règle. C’est plus dangereux, mais c’est possible. Pendant la guerre froide, il y avait le rideau de fer qui délimitait au cœur de l’Europe les espaces respectifs de l’Alliance atlantique et du pacte de Varsovie. À l’intérieur de chacun de ces deux espaces, il y avait les zones surprotégées par les forces nucléaires nationales – comme la France – à l’intérieur desquelles l’emploi de l’arme nucléaire impliquait la réciproque et donc imposait une retenue. La règle n°1 s’y appliquait et s’y applique toujours strictement.

A ne pas manquer, en vente chez votre marchand de journaux: Causeur #99: Poutine détruit l’Ukraine et flingue la présidentielle

Il y avait aussi les espaces, comme la République fédérale d’Allemagne (RFA), protégés par leurs propres forces conventionnelles et l’obligation d’assistance des autres membres de l’Alliance. Une frappe nucléaire dans l’un de ces derniers espaces soulevait alors de très nombreux problèmes, la réciproque ne pouvant être exercée que par un pays tiers qui lui-même s’exposait ainsi à son tour à des frappes de rétorsion. Il fallait par exemple pour les Américains accepter la destruction de Seattle pour venger celle d’Hambourg, ce qui évidemment pouvait donner à réfléchir. C’est dans cet espace de réflexion que l’on pouvait éventuellement manœuvrer.

Un des scénarios les plus courants de l’époque était celui de l’attaque brusquée de la RFA. On prenait comme hypothèse que le groupe d’armées soviétiques en Allemagne pouvait s’emparer de la RFA suffisamment vite, une affaire de quelques jours, pour obtenir une victoire avant que l’on se soit mis d’accord en face pour un usage de l’arme nucléaire. Ce scénario, popularisé par une abondante littérature dont le célèbre Tempête rouge, de Tom Clancy en 1986, paraissait à tous les états-majors comme extrêmement dangereux mais crédible. Trois ans à peine après la publication de Tempête rouge, les cinq « armées combinées » soviétiques se déplaçaient effectivement, mais pour rentrer dans une Union soviétique qui elle-même ne tarderait pas à disparaître. Les dirigeants soviétiques, brutaux mais prudents, n’ont finalement jamais pris le risque de cette attaque brusquée, peut-être conscients aussi que leur outil militaire n’était pas capable de réussir ce coup.

Vladimir Poutine, plus téméraire que les dirigeants soviétiques

Ce scénario très risqué, Vladimir Poutine, vient de le tenter en espérant mettre hors-jeu l’Ukraine avant que l’Occident, jugé faible et divisé, se mette d’accord pour riposter efficacement. Comme nous l’imaginions dans les années 1980, la Russie a lancé ses forces à l’assaut de l’est de l’Ukraine avec l’espoir de percer suffisamment rapidement en profondeur pour atteindre le Dniepr et prendre Kiev en une semaine. Elle espérait ainsi disloquer l’armée ukrainienne, prendre et changer le pouvoir et peut-être partager le pays en deux.

A lire aussi : Guerre en Ukraine: se faire une idée du déroulement du conflit

Pour entrer un peu plus dans le détail, une armée combinée représente entre 10 et 20 groupements tactiques interarmes (GTIA, un mélange de blindés, d’infanterie motorisée et d’artillerie), d’appui d’artillerie ou de soutien logistique. À titre de comparaison, cela correspond à ce que l’armée de terre française est capable de réunir pour une opération de guerre. L’armée russe en a lancé sept autour de l’Ukraine, de Kiev à la Crimée en passant par la frontière est et le Donbass, précédées de troupes héliportées sur les points clés et appuyée par une force aérienne qui devait être maîtresse du ciel.

Bourbier ukrainien

Les choses ne se sont pas passées comme prévu. Après les succès en Crimée, au Donbass et en Syrie, l’armée russe a révélé de nombreuses failles dès lors qu’il fallait agir à très grande échelle. La force aérienne russe n’a pas été aussi maîtresse du ciel que cela, par manque de munitions, de précision pour frapper correctement les bases ukrainiennes et par peur de se faire frapper par ses propres forces terrestres avec qui la coordination est mauvaise. Cela a laissé pendant quelques jours un espace aux avions, drones et missiles qui ont fait des dégâts. Au sol non plus les choses ne se sont pas bien passées. La 36e armée et les parachutistes de la 76e division ont réussi à parvenir très vite au nord de Kiev, mais pour s’apercevoir que la ville serait tenue. La 41e armée de son côté a été stoppée devant la résistance de la première ville après la frontière. Sur la frontière est, la 1ère armée blindée de la Garde et la 20e armée ont été bloquées devant Kharkiv et ont progressé dans un certain désordre ailleurs, le carburant et même les vivres manquants cruellement. Dans le Donbass, les 8e at 49e armées, qui encadrent aussi les milices des républiques autoproclamées, n’ont que peu bougé. Seule la 58e armée a connu le succès en sortant de Crimée pour se projeter sur la côte à l’est et à l’ouest.

Installation de missiles balistiques intercontinentaux RS-24 Yars, en préparation du défilé militaire du jour de la Victoire, Moscou, 25 février 2022 © EyePress via AFP

Au bout de trois jours de maigre progrès devant une résistance ukrainienne inattendue, la plupart de ces armées ont été mises en pause opérationnelle et la méthode de l’attaque à grande vitesse a été abandonnée au profit d’une concentration des efforts sur les villes de Kiev et de Kharkiv, avec l’emploi de la force de frappe. L’armée russe, c’est d’abord une grande artillerie qui roule et une force de frappe aérienne qui largue des bombes lisses. Place donc au style employé en Syrie, avec tout ce que cela peut impliquer comme violence, dégradation encore de l’image de l’agression russe et stimulation d’une résistance ukrainienne qui prend de plus en plus un tour de guérilla urbaine. Vladimir Poutine escomptait une victoire rapide, synonyme pour lui de drapeaux russes plantés dans toutes les villes à l’est du Dniepr en trois semaines, et voilà une guerre qui s’annonce sans doute beaucoup plus longue. Elle peut même s’avérer interminable si les plantés de drapeau et l’établissement d’un nouveau gouvernement pro-Kremlin ne suffisent pas à faire plier les Ukrainiens.

Les chiens aboient la caravane passe ? Pas cette fois-ci visiblement…

Au niveau international, pas de victoire éclair non plus en plaçant tout le monde devant le fait accompli, et même une réaction internationale allant visiblement bien au-delà de ce qui était attendu. On a assisté à plusieurs miracles comme l’Union européenne décidant de fournir des armes en son nom propre ou plus extraordinaire encore l’Allemagne décidant d’envoyer des armes sans les vendre, d’investir dans son armée ou de mettre de côté ses intérêts économiques avec la Russie. Cette OTAN dont Emmanuel Macron avait annoncé « la mort cérébrale » revit d’un coup et, autre miracle, certains pays historiquement neutres comme la Suède et la Finlande songent même à la rejoindre. Les sanctions économiques atteignent un niveau inédit depuis l’embargo de l’Irak après 1991 et à une échelle bien plus importante. Le monde occidental a ainsi déclaré ouvertement une « confrontation » avec la Russie et cette confrontation risque de durer désormais très longtemps.

A lire aussi : L’OTAN moribonde relégitimée

Guerre probable de longue durée en Ukraine, à la « syrienne », nouveau rideau de fer et retour des blocs, nous voilà dans une nouvelle ère stratégique. Pour la France de la Ve République, c’est la cinquième après les guerres de décolonisation, la période gaullienne de la guerre froide, la police de la mondialisation et la guerre contre les organisations djihadistes. Comme d’habitude, cette rupture nous surprend largement, même si les forces armées l’avaient anticipée, mais nous ne sommes pas les plus à plaindre.

On présentait parfois Vladimir Poutine comme un joueur d’échecs et un excellent calculateur. Il vient de démontrer qu’il était très loin d’être un Grand Maître, peut-être intoxiqué par les informations erronées qu’il recevait de gens qui ne voulaient pas lui déplaire et sans doute saisi par l’hubris, cet orgueil démesuré que les dieux grecs punissaient. Son armée est engluée et il n’a guère comme instrument de pression que l’escalade verbale. Incroyable résultat qui place Poutine dans les pas d’un Brejnev lançant l’invasion de l’Afghanistan. Onze ans plus tard, l’Union soviétique n’existait plus.

Macron: on peut le condamner un peu, beaucoup, mais pas totalement

0
Emmanuel Macron quittant un centre pour réfugiés Ukrainiens à La Pommeraye, le 15 mars 2022 © Yoan Valat/AP SIPA

On peut bien lui adresser pléthore de reproches, et on peut déplorer que le contexte ukrainien le serve… Mais Philippe Bilger n’est pas pour autant monolithique dans son analyse de la personnalité du président sortant qui compte enjamber l’élection.


Bien sûr, il y a la force, la dureté des convictions et des oppositions, la certitude du changement politique à opérer, la multitude des dénonciations qu’un quinquennat hors du commun a fait surgir, l’accumulation des irritations que le comportement présidentiel a engendrées, pour de petites comme pour de grandes choses, il y a tout ce qui ne donne pas envie de voir réélu le président sortant.

Inventaire des irritations

On peut préciser, mais en vrac, la trahison de certains engagements essentiels, le ciblage systématique des imperfections du caractère français, l’autarcie arrogante de sa pratique présidentielle, la désastreuse limite, pour mettre en œuvre une action véritablement efficace sur tous les plans, du « en même temps », les fluctuations choquantes sur l’Algérie, la colonisation, la police et la culture, une politique internationale du verbe plus que de l’effectivité, des naïvetés initiales face à Trump et à Poutine, de l’écologie au rabais, le cynisme des rattrapages de fin de mandat, les postures indécentes tant à l’Élysée qu’ailleurs, la dernière le montrant négligé comme s’il était le président Zelensky sans cesse aux bords de la mort, les choix que ce très mauvais DRH a effectués, pour ne parler que de Benalla et d’Eric Dupond-Moretti, la parfaite et organisée division du travail proposée, tout au long, par le couple Macron au peuple – à lui, beaucoup de politique et un peu d’humain, à elle beaucoup d’humain et un peu de politique -, le mépris des peurs du citoyen ordinaire face à la délinquance et à la criminalité de tous les jours, la manière étrange dont la démocratie est appréhendée et porte au comble les roueries et les magouilles politiciennes, son refus irritant de débattre avant le premier tour alors que sa présidence, sans lien avec les précédentes, devrait l’accepter, la gestion d’une pandémie, loin d’avoir toujours été impeccable, des gilets jaunes laissés à l’abandon avant leur irruption brutale dans notre monde convenu, puis trop longtemps traités avec condescendance, un président de la République persuadé de n’être pas celui des riches mais ligoté par son passé, son tempérament et le dogmatisme absurde du ruissellement, une France, sous son égide, abstraitement honorée mais sans cesse, par une sorte de snobisme de la contrition, renvoyée seulement à ses heures et à son Histoire prétendues les plus sombres.

A lire aussi, Martin Pimentel: Face à Zemmour, Pécresse décoche toutes ses flèches

Emmanuel Macron, durant cinq ans, roi de son soleil, non plus espérance d’un nouveau monde mais artisan doué et manipulateur au cœur de l’ancien…

Bien sûr, j’ai la faiblesse de considérer que cet inventaire, aussi disparate qu’il soit, n’est pas faux même si naturellement j’intègre un élément qui semble être devenu un triste mantra républicain: il n’est pas pire que ses prédécesseurs et, avec la guerre contre l’Ukraine, il est en place, on l’a et on va le garder. Cette attitude qui privilégie le présent tutélaire peut se comprendre mais reste relativement pauvre pour l’élaboration d’une opinion.

A lire aussi : Macron/Zemmour: toute une histoire

Peu importe car, moi le premier, au moment même où je me convaincs que mon réquisitoire est pertinent, je me murmure, avec une sorte de regret, qu’Emmanuel Macron est agaçant: il n’est pas nul… C’est le handicap qui affecte ceux qui lisent compulsivement les essais et analyses politiques, même mieux, le compte rendu exhaustif et intelligent d’un mandat dans tous les sens d’exception. Je fais référence à l’ouvrage de Laurence Benhamou, journaliste de l’AFP accréditée à l’Elysée : Le solitaire du Palais (présenté comme le livre du quinquennat Macron). L’intérêt de celui-ci ne réside pas dans la relation, au demeurant très claire et réussie, des grandes lignes de la politique d’Emmanuel Macron, sur les plans national et international, mais dans la précision des détails, dans la mise en lumière de tout ce qui se déroule dans les interstices de la présidence officielle. La personnalité d’Emmanuel Macron surgit, parfois très différente de son image médiatique majoritaire. On est obligé de prendre acte de la finesse des intuitions et de la justesse des desseins, d’admirer la profusion des tours de force (pas seulement physiques), l’incroyable acharnement dans certaines circonstances (par exemple, quand il a voulu favoriser un dialogue qui aurait été inédit entre Trump et Rohani), ce mélange de courage, de passion de la discussion et d’exaspération face à la médiocrité de ceux qui le servent.

Soyons honnêtes

Sur le registre du sentiment, comment aussi ne pas être touché par ses incessants retards parce qu’il passe beaucoup de temps pour écouter les gens. Un jour en particulier, par exemple, où il restera une demi-heure pour consoler une femme victime de violences. Cela n’efface pas le président vertical, jupitérien, impérieux mais ouvre une fenêtre sur un autre qui s’ajoute au premier quand il le décide. Cela ne change pas non plus l’appréciation globalement critique qu’on peut faire d’un mandat, pour ses péripéties personnelles comme pour ses orientations et ses lacunes mais impose de ne pas être muré dans une détestation d’autant plus facile qu’elle gomme tout ce qui pourrait peu ou prou la contredire.

A lire aussi : La macronie à la conquête de TikTok: entre triomphes et flops

Oui, Emmanuel Macron est agaçant parce qu’il n’est pas nul et que dans l’opposition qu’il suscite, il est impossible de ne pas faire la part des choses et d’occulter sa part de lui-même qu’on connaît mal ou trop peu. Je suis victime de cet insupportable fléau, de cette tare irrémédiable, de ce poison honorable et de ce malaise permanent qui portent un très beau nom: l’honnêteté.

Libres propos d'un inclassable

Price: ---

0 used & new available from