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Bordeaux: quand l’idéologie des élus veut imprimer sa marque sur des manifestations destinées à la petite enfance

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En Gironde, un atelier de maquillage pour les tout-petits, organisé dans une bibliothèque et animé par une drag-queen, est notamment dénoncé par le parti d’Eric Zemmour.


Dans le cadre du mois de la petite enfance aura lieu à Bordeaux un atelier de maquillage destiné aux enfants de 18 mois à 4 ans. Cet atelier, animé par Serge, présenté comme un « homme en jupe » ou comme drag queen, fait polémique. Pour le plus grand bonheur de la mairie écologiste qui administre la ville, puisque cela permet à ses élus d’adopter des postures de drama queen, d’entonner le grand air de la persécution fasciste et de mettre en avant leur tolérance et leur progressisme !

Espérons que l’atelier maquillage proposé se déroule sans problème. Il ne devrait en rien faire avancer une quelconque lutte, mais l’essentiel est que les enfants s’amusent

La crainte d’un endoctrinement des enfants de 4 ans sur les «stéréotypes de genre»

La seule chose dont tout le monde semble se moquer concerne l’intérêt de ce type de manifestation pour de très jeunes enfants. Mais la municipalité préfère mettre en avant sa belle âme et son esprit de résistance face à la menace de l’extrême droite. «Dès qu’il y a des initiatives portant sur les sujets d’égalité entre les filles et les garçons et de lutte contre les stéréotypes de genre, une frange radicalisée de la population se lâche sur les réseaux sociaux et les sites d’extrême droite», s’agace ainsi Olivier Escots, adjoint au maire en charge des discriminations dans Le Figaro.

Tweet du responsable départemental du parti « Reconquête »

La mairie de Bordeaux a décidé de placer son « mois de la petite enfance » sous le thème de l’égalité filles-garçons. La chose est déjà en soi amusante car, à cet âge-là, les enfants découvrent à peine l’existence des différences sexuelles et n’ont guère l’idée de ce que peut-être un stéréotype de genre, ils sont dans l’apprentissage de la conscience de soi. Ce type d’affichage est donc purement idéologique. Il permet essentiellement à des élus qui n’ont sans doute pas réfléchi à ce qu’ils pourraient apporter en matière de petite enfance, d’exhiber leur bonne conscience et de faire croire qu’ils agissent, alors qu’ils ne font que faire des pâtés de sable avec des concepts qui les dépassent.

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On peut tout à fait comprendre l’importance de lutter contre les discriminations. Un homme qui assume son sexe et son envie de porter des jupes et du maquillage ne mérite pas d’être ostracisé, moqué, encore moins humilié. Et ce n’est pas inutile de le rappeler.

Mais justement, les très jeunes enfants n’ont pas ce type de réflexe. Ils vont facilement vers l’autre. Cette question concerne les jeunes et les adultes, et ne peut alimenter qu’un discours en direction de personnes aptes à le comprendre et concernés par celui-ci. En quoi des enfants de 18 mois à 4 ans doivent-ils être instrumentalisés pour faire passer un message qui ne les concerne pas ? En quoi le fait d’être surpris par le parti pris des organisateurs devrait se traduire par un procès en fascisme fait aux individus et aux familles qui trouvent l’initiative contestable ? En quoi des élus doivent-ils faire de toute manifestation un tract politique destiné à leur tendre un miroir dans lequel ils se contemplent en chevalier blanc du politiquement correct, sans se soucier de ceux à qui l’initiative est censée être destinée ? Il se trouve hélas que de plus en plus d’élus mettent leur mandat au service de leurs obsessions, se mettent à faire la morale à leur population en s’érigeant arbitrairement en directeurs des consciences, le tout sans n’avoir plus aucun rapport avec l’intérêt général.

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On a d’ailleurs du mal à comprendre l’intérêt de l’atelier en question. Le fameux Serge est censé se maquiller, ensuite les enfants sont censés l’imiter. En général, les ateliers maquillage qu‘adorent les enfants consistent à les maquiller, en tigre, papillon, grenouille ou lion. Dans toutes les kermesses de maternelles, ces stands sont pris d’assaut. S’il s’agit juste de les laisser se gribouiller le visage et les mains de maquillage, pas sûr qu’il y ait besoin d’un tuto, encore moins sûr qu’à 3 ans, un enfant ait la coordination nécessaire pour « imiter » la précision d’un maquillage de drag queens. Mais comme tout le monde se moque de ces réalités-là, passons.

Tout à l’égo

Si vraiment des élus voulaient lutter contre les inégalités et développer à terme la tolérance, il existe des dispositifs plus pertinents qui se concentrent sur la période de la petite enfance. Notamment autour du développement du langage et de l’acquisition de vocabulaire. Ces approches ont notamment pour but l’acquisition, par les enfants issus des milieux défavorisés, d’un niveau de langage permettant de faire face aux apprentissages scolaires et de réduire ainsi la fracture sociale. On sait bien que le fait de ne pas maîtriser le langage est un facteur de violence et de difficulté à tisser le lien à l’autre. Seulement voilà, ce type d’engagement ne se résume pas à quelques heures, peu coûteuses, vite effectuées et vite oubliées. Cela demande un véritable investissement, et la participation des crèches, et ne peut porter de fruits que sur la durée. Il est rare que les élus se fassent attaquer sur ce type de programme, ce qui rend difficile la mise en scène de soi-même en martyr de la cause du progressisme et en cible de la méchante extrême-droite…

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Des initiatives utiles et qui ne se suscitent aucune polémique, voilà ce qui ne fait pas les affaires d’élus dont le service de leur propre ego paraît être la motivation principale. En attendant, espérons que l’atelier maquillage proposé se déroule sans problème. Il ne devrait en rien faire avancer une quelconque lutte, mais l’essentiel est que les enfants s’amusent. Pour le reste, cette affaire n’est que la énième illustration d’un certain puritanisme qui tente d’enrégimenter les enfants dès le plus jeune âge, avant même qu’ils n’aient développé leur personnalité.

Que cela puisse heurter certains parents n’est pas étonnant. En revanche, que des élus, au lieu d’interroger leurs choix et leurs pratiques, renvoient toute critique à la fachosphère, interroge.

Ces biens essentiels

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Retraite: quand le mot fait la chose

Il faudrait savoir de quoi nous parlons, au fond, quand nous évoquons la «retraite»: est-ce une nouvelle vie qui commence, ou l’existence qui s’achève ? Un peu de philologie permet de comprendre le non-dit de la notion, explique notre chroniqueur.


« Jubilación », disent nos voisins espagnols : on sent que la retraite ibérique sera une longue fête. Les Anglais, eux, ont deux mots : « retirement » au sens économique du terme, et « retreat » au sens militaire. Le brouhaha de ces dernières semaines, en France, ne viendrait-il pas de l’ambiguïté du mot « retraite », qui évoque à la fois la « pension » à venir et la défaite ? 

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Glissade vers la mort

L’ombre portée de la « retraite de Russie » plane derrière notre vision de la retraite. Alors, vouloir à tout prix la retarder, n’est-ce pas double peine ? À l’humiliation de la défaite sociale — nous étions quelque chose, nous avions des collègues, nous ne sommes plus rien et désormais ils nous ignorent, nous n’appartenons plus à leur monde — vient se greffer l’image du vieux soldat revenant d’une guerre perdue. La retraite, dons l’imaginaire collectif, c’est le désastre dans la steppe russe de l’armée napoléonienne, c’est le vieux chevalier revenant fourbu d’une croisade perdue, comme dans le tableau de Carl Friedrich Lessing, Le Retour du Croisé (1835). Un paladin épuisé, son oriflamme en lambeaux, plus rouillé encore que son armure. À 64 ans et peut-être un peu plus, comme je l’expliquais récemment. Ne rentrant chez lui que pour y mourir.
Comme disait il y a quelques jours Cyril Bennasar : « Une retraite ? Plutôt crever ! »

Le dernier croisé, Carl Friedrich Lessing. D.R.

65 ans en Espagne…

Quand le retraité hispanique s’apprête à faire la fête et considère qu’il a la vie devant soi, le retraité français entame sa glissade vers la mort. Deux pays, deux visions diamétralement opposées. Et pourtant l’Espagnol ne part à la retraite, déjà, qu’à 65 ans. Mais il se promet une longue fête humectée de manzanilla, de xérès et d’amontillado, avec tout le temps, enfin, de déguster des tapas, de faire de longues siestes et de courir aux corridas. De l’autre côté des Pyrénées, le Français se voit promis prochainement à l’oubli de tous et à un EHPAD humiliant où il vivotera entre douche hebdomadaire, nourritures molles sans sel et Alzheimer galopant.

… 67 au Royaume-Uni

L’Anglo-Saxon, pendant ce temps, dont l’âge de départ à la retraite devrait passer à 67 ans à l’horizon 2027, ne convoque aucune image de défaite — puisque « retirement » (qui a quand même un petit côté coitus interruptus, non ?) n’est pas « retreat ». Il envisage sereinement de continuer à travailler dans un petit job ou un autre — ou, s’il en a les moyens, d’explorer en détail ces anciennes provinces anglaises que sont le Bordelais et la Dordogne, et d’aller faire un tour, l’hiver, sur… la Promenade des Anglais. Et il ne comprend rien au débat français sur l’ancrage de la retraite à 64 ans…

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À vrai dire, une habile politique sociale, en plaçant au chômage près de 40% des plus de 55 ans, a largement anticipé la mort sociale redoutée. Nombre de nos concitoyens sont pré-défunts dans cette pré-retraite où comme chantait Brel,  
« Les vieux ne rêvent plus
Leurs livres s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort
Le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus
Leurs gestes ont trop de rides leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil
Et puis du lit au lit
Et s’ils sortent encore
Bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C’est pour suivre au soleil
L’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une plus laide… »

À vous de choisir, camarades. À vous de savoir si pour vous la retraite est l’entrée dans une désolation grise, ou si elle marquera une nouvelle jeunesse, une nouvelle ardeur. Partez, « là-bas où des oiseaux sont ivres », descendez des fleuves impassibles sur des bateaux ivres — mieux que dans les HLM flottants de la Royal Caribbean, défendez dès aujourd’hui vos droits à la jubilation, et ne laissez pas un fifrelin à vos héritiers: au moins ils n’attendront pas impatiemment que vous cassiez votre pipe.

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Océanisation du Foch: comment gérer les vieilles coques de la Marine?

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Vendredi, l’ancien porte-avions français, le Foch, a été coulé au fond de l’Atlantique par l’armée brésilienne, qui l’avait racheté il y a près de 20 ans, et renommé le São Paulo. Nous ne disposons plus que d’un porte-avions aujourd’hui, le Charles de Gaulle, et il restera en service jusqu’en 2040. Mais il faudrait déjà commencer à anticiper la façon dont on s’en débarrassera…


Le 4 février 2023, l’ex porte-avions Foch a été océanisé [1], à la suite d’un périple digne de celui qu’a connu son sister-ship, le Clémenceau, il y a 17 ans de cela. Une fois de plus, la question de la fin de vie des bâtiments de guerre se retrouve sous les feux de l’actualité. Cependant, il ne faut pas oublier que la conception des deux porte-avions français, construits dans les années 1950, répondait à des préoccupations très éloignées de celles du début du XXIe siècle.

Mis en service en 1963, le porte-avions Foch a été vendu en 2000 à la Marine brésilienne, qui l’a exploité jusqu’en 2017 sous le nom de São Paulo. Lors de son retrait du service actif, il ne faisait plus de doute qu’il devait être envoyé à la casse, car son mauvais état limitait depuis longtemps sa disponibilité opérationnelle. Il fut ainsi vendu à un chantier de démolition turc, et fut pris en charge en août 2022 par un remorqueur hollandais pour être acheminé vers sa dernière destination. Mais la Turquie refusa d’accepter la coque, et le convoi dut opérer un demi-tour au niveau du détroit de Gibraltar. À partir là, le Foch erra sous escorte dans l’Atlantique, étant également indésirable dans les ports brésiliens, jusqu’à ce que son état impose cette décision, qui était la moins mauvaise au vu de la dégradation de la coque.

Des règles très différentes selon les pays

Ce feuilleton n’est pas sans rappeler celui du Clémenceau, dont la déconstruction avait été confiée à l’origine à un chantier espagnol. Il quitta Toulon en 2003, mais on lui fit opérer un demi-tour lorsqu’on se rendit compte que sa véritable destination était un sous-traitant basé en Turquie. Elle fut ensuite confiée à un chantier indien, mais le remorquage, débuté le 31 décembre 2005, tourna au feuilleton entre le refus des autorités indiennes qui força le convoi à faire demi-tour, et l’interdiction d’utiliser le canal de Suez qui obligea à un détour par le cap de Bonne Espérance. Finalement, le convoi revint à Brest le 17 mai 2006, le jour même où les États-Unis océanisaient un de leurs anciens porte-avions, le USS Oriskany. Il fallut alors attendre trois ans pour que le Clémenceau parte pour de bon vers un chantier de démolition au Royaume-Uni. Cet épisode aura au moins un mérite: celui d’avoir sensibilisé l’opinion aux problématiques liées à la démolition navale.

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Cependant, les règles concernant les bâtiments militaires avaient déjà commencé à évoluer en France. Les océanisations avaient été interdites en 2001 côté Méditerranée et en 2004 côté Atlantique [2]. Après l’épisode du Clémenceau, c’est un véritable plan de déconstruction des vieilles coques de la Marine qui est mis en place, mais il faut attendre les années 2010 pour qu’il entre en phase opérationnelle, le temps de trouver des prestataires ayant les capacités suffisantes. Progressivement, le stock qui s’était accumulé est démoli, sur place pour les coques qui ne peuvent plus naviguer, ou dans les chantiers d’une filière qui commence à se constituer : Gardet et de Banézac au Havre, la forme de Bassens à Bordeaux [3], ou Galloo à Gand, en Belgique.

Même les anciens sous-marins nucléaires lanceurs d’engins font l’objet d’un démantèlement dans les règles de l’art, qui a commencé en 2018 et doit s’étaler jusqu’en 2027. En revanche, pour le Charles-de-Gaulle, le défi sera conséquent : outre le traitement des…

>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue « Conflits » <<


[1] Terme généralement préféré à « saborder » dans le monde maritime

[2] Certains bâtiments de grande taille étaient déjà démolis dans des chantiers, à l’exemple du Jean Bart et de l’Arromanches

[3] C’est dans cette forme qu’ont été démolis d’anciens symboles comme le Colbert et la Jeanne d’Arc

Un fauteuil pour 60 millions de prétendants!

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L’Académie française, son histoire et ses arcanes, croquée avec humour par Jean Dutourd (1920-2011) dans un court texte republié au Cherche midi


En France, le granitique fait sourire. Une confrérie de « vieux » messieurs cornaquée par une grande dame, travaillant à la sauvegarde de la langue et à l’élaboration d’un dictionnaire, s’habillant parfois de façon fort peu conventionnelle mais toujours très protocolaire, a de quoi heurter notre égalitarisme épidermique. Sous cape, on ricane devant tant de vanités réunies et d’obsolescence programmée. Ce serait aussi désuet que la truite meunière de ma grand-mère et la sélection du Reader’s digest par voie postale. Le club des 40 existe depuis Richelieu et se réunit tous les jeudis après-midi, à l’heure du goûter. On dit que le Quai de Conti ouvre les portes du paradis. Quand vous interrogez la plupart des écrivains vivants sur leurs envies d’immortalité, ils nient farouchement leur intérêt d’y entrer, d’en faire partie, de se soumettre aux ridicules rites de passage, ils ont passé l’âge du scoutisme et des bons points distribués par la maîtresse. En vérité, ils y pensent tous, en se rasant. Car, selon la formule de Lamartine, l’Académie, « c’est plus qu’une tradition, c’est une habitude de la France ». 

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Poésie en banqueroute

Dans un pays désœuvré, ne croyant ni aux sirènes des politiques, ni aux prospectus des marchands, l’Académie, malgré ses lourdeurs et ses lambris, continue de nous faire croire au pouvoir des mots. Même si la bataille est perdue depuis longtemps, le texte enseveli sous la mitraille des images, la littérature en écharpe, les auteurs au RSA, la phrase en déroute, la poésie en banqueroute, nous savons que, rive gauche, sur les bords de la Seine, il existe une institution certes imparfaite qui donne cependant encore le change. C’est à la fois dérisoire et sublime, naïf et d’une résistance folle dans une époque où un tweet démet un ministre et où une faute de français vous rend populaire à la télévision. Jean Dutourd, Grand officier de la légion d’honneur, élu en 1978 au fauteuil 31 de Jacques Rueff avait écrit L’Académie par un des 40 qui parut, une première fois en 2009, en cachant l’identité de son auteur. 

Il ressort aujourd’hui au Cherche midi avec sa véritable paternité, préfacé par Erik Orsenna et illustré par Philippe Dumas. Le livre est court, joliment démodé, ironique sans trop d’amertume et spirituel du genre rapace comme l’était le pensionnaire à moustache des Grosses Têtes. Sur une centaine de pages érudites, Dutourd s’amuse de ces prédécesseurs illustres, retrouve quelques formules qui ont fait mouche en séance et nous rappelle que « Louis XVIII est le vrai sauveteur de l’Académie. Il l’a rétablie dans son lustre de l’Ancien Régime, il lui a rendu sa prééminence ». On se délecte de la définition établie par Guizot en 1854 sur les qualités nécessaires pour faire un bon académicien, parlant d’un certain Legouvé (1807-1903), dramaturge oublié, recalé deux fois qui retentait sa chance : « Je lui donnerai ma voix, car je lui trouve les qualités d’un véritable académicien. D’abord il présente bien, il est très poli, il est décoré, il n’est d’aucune opinion, je sais bien qu’il a ses ouvrages, mais que voulez-vous, personne n’est parfait ». Là, demeure le principal handicap pour un postulant, son œuvre plus que l’absence d’une œuvre. 

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Académie française ? Bilan globalement positif

Dutourd prévient le prétendant qui serait amené à rendre visite aux académiciens, dans ce tour de manège où les égos les mieux accrochés risquent de trembler : « Il faut poser en principe que votre interlocuteur ne sait rien de vous, n’a pas lu une ligne de vos œuvres et se contrefiche de votre avenir. N’allez pas lui suggérer que vous êtes célèbre ou que vous avez du talent. Étant de l’Académie, il se considère comme incommensurablement plus illustre et plus génial que vous ne le serez jamais (sauf, bien sûr, si vous êtes élu, mais nous n’en sommes pas là) ». Dutourd fait un bilan plutôt positif de cette honorable maison sur plusieurs siècles, si sous Louis XIV y siégèrent tout de même Corneille, Racine, Boileau, La Fontaine et La Bruyère, il y eut bien quelques loupés avec Balzac, Stendhal, Dumas Père ou Molière. Et selon Dutourd, « Elle n’a été vraiment injuste que pour Zola, Benjamin Constant et Baudelaire ». Et aujourd’hui qui ferions-nous entrer ? Je propose Yves Charnet et, je regrette que Marc Alyn ne puisse concourir car l’âge limite de candidature a été fixé à 75 ans.

L’Académie par un des 40 de Jean Dutourd – Le cherche midi

L'Académie par un des 40

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Léonard Cohen, ce grand mystique

Écartelé entre sa foi juive et sa quête de sainteté zen, Léonard Cohen a aussi été un fervent drogué et un accro au sexe. La biographie que lui consacre Pascal Bouaziz nuance ses contradictions existentielles et rend hommage à un artiste écorché. Hallelujah !


En 2016, Léonard Cohen, musicien et poète de génie, auréolé du mythe du Juif errant, nous quittait. Pascal Bouaziz – lui-même musicien et auteur-compositeur pour deux groupes majeurs de la scène underground française, Mendelson et Bruit noir – lui consacre une belle biographie sobrement intitulée Léonard Cohen. De lui, il a tout vu, tout lu, tout écouté, et il nous le prouve. Pour Bouaziz, Cohen a été un modèle, littéraire et musical, mais peut-être, aussi, une espèce de double : « Je suis né le même jour que Léonard Cohen, un 21 septembre, lui en 1934, moi en 1972 : la même année que son fils, Adam. Depuis trente ans, je m’évertue à écrire des chansons aussi pures, aussi belles, aussi violentes, aussi crues, aussi vraies que les siennes. »

C’est pourquoi cette biographie s’apparente à une déambulation, à une espèce de quête de fragments de vie pour reconstituer le personnage de Cohen, ses forces, ses failles, son côté terriblement attachant mais aussi, parfois, détestable : un être humain quoi ! Au fil des pages, on découvre et on cherche à comprendre cet éternel étranger, cet homme à femmes – baiseur compulsif – ce poète habité par une foi véritable, son rapport à Dieu qui est peut-être, tout au long de sa vie, ce qui lui a permis de ne pas sombrer.

La judéité tient une place centrale dans l’existence et dans l’œuvre de Léonard Cohen. Ainsi Dance With Me to the End of Love – l’une des plus belles chansons du monde, selon Pascal Bouaziz – n’est pas une chanson d’amour, mais un hommage aux déportés qui étaient obligés de jouer du violon dans les camps de concentration. Quant à Chelsea Hotel #2, vraie chanson d’amour celle-ci, elle a rendu mythique sa brève relation avec Janis Joplin.

Belle, crue, violente… ces adjectifs résument à eux seuls la vie de Cohen. Né à Montréal dans une famille juive pratiquante, d’origine lituanienne, il mène une enfance heureuse. C’est un petit garçon remuant, curieux de tout et qui, à la synagogue, veut lire la Torah et tourner ses lourdes pages. Dieu déjà. Mais Léonard est l’archétype du Juif errant et, très tôt, il a envie de fuir, de voir autre chose, pour se trouver, se révéler ou se retrouver : reconstituer une âme éparpillée. Il pose d’abord sa valise à Londres, avec sa grisaille, puis en Grèce, dans la mythique île d’Hydra, avec son aveuglante lumière. Là, il rencontre la non moins lumineuse Marianne et le couple entre dans la légende. Cependant, tout n’est pas si rose : Marianne lui est dévouée, mais il la trompe tout le temps, de manière quasi compulsive, et il finit par la quitter. Ce point est récurrent tout au long de sa vie, il court derrière les femmes, il les cherche puis il les fuit. Serait-ce son éternelle quête de l’absolu ? Il en est une cependant qui lui tient tête avant de devenir une muse un tantinet soumise : Suzanne, la mère de ses enfants. Les artistes n’ont pas besoin de femmes fortes.

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Léonard Cohen a été poète et écrivain avant de devenir musicien, alors qu’écrire a représenté pour lui une terrible souffrance. Cela n’a pas empêché son roman Les Perdants magnifiques (« Beautiful Losers »), publié en 1966, de connaître un beau succès et d’être considéré comme l’un des romans expérimentaux les plus réussis de ces années-là. Son récit ferait passer Kerouac – exsangue et gavé d’amphétamines – pour un premier communiant. Cette difficulté d’écriture se retrouve avec sa chanson Hallelujah qu’il met plusieurs années à achever, ce qui a bien fait rire Bob Dylan qui disait écrire ses chansons en cinq minutes.

Mais au-delà d’un texte, la quête infinie de Léonard Cohen est la rencontre avec Dieu, il le cherche partout : dans les drogues, dont il a abusé plus que de raison, dans le sexe, dans l’écriture, sur scène… Rien de tout cela ne l’a pourtant éloigné de sa dépression chronique, jusqu’à sa conversion au bouddhisme zen qui a été pour lui comme une rédemption. S’il est apaisé par la mystique asiatique, il n’en demeure pas moins fidèle au judaïsme de ses origines qui lui a appris à douter : il aime dire qu’il croit en Dieu un jour sur deux.

Et en lisant Les Perdants magnifiques, on est tenté de penser que Léonard Cohen a été en quête d’une sorte de sainteté ; il en donne une définition bouleversante : « Qu’est-ce qu’un saint ? Un saint c’est quelqu’un qui a atteint une lointaine possibilité humaine. Il est impossible de dire ce qu’est cette possibilité, je pense que ça a quelque chose à voir avec la possibilité de l’amour. Le contact avec cette énergie aboutira à une sorte d’équilibre dans le chaos de l’existence. Un saint ne dissout pas le chaos, s’il le faisait, le monde aurait changé depuis longtemps. »

L’auteur souligne d’ailleurs que même les drogues n’ont pas entamé son « capital sainteté » : « Que ce drogué qui ne s’est jamais caché de l’être ait pourtant gardé cette image de pureté, de sainteté, de sagesse de moine zen est un grand mystère. »

Ici s’impose la comparaison avec Daniel Darc, autre grand junky, qui se disait « ange déçu », et qui, lui aussi, après avoir abusé de tout, a trouvé une consolation dans la religion. Ce dernier aurait pu faire sienne cette phrase de Léonard Cohen, dans sa chanson Anthem : « There is a crack in everything, that’s how the light gets in » (« Il y a une fissure en toutes choses, c’est ainsi qu’entre la lumière »).

Pascal Bouaziz, Leonard Cohen, « Les indociles », Hoëbeke, 2022.

De Gaulle et Giono dans le Donbass

C’était écrit, la chronique de Jérôme Leroy


Premier témoignage : « Les soldats se jettent dans la bataille par petits groupes. On les tue. D’autres arrivent et prennent leur place. On les tue de nouveau. Et cela n’arrête pas. Ils marchent sur les cadavres pour avancer. »

Second témoignage : « Nous ne sortons toujours pas de notre trou. Nous ne sommes plus que huit. Celui qui était devant la porte a été tué par un gros éclat qui est arrivé en plein dedans, lui a coupé la gorge et l’a saigné. Nous avons essayé de boucher la porte avec son corps. »

On pourrait jouer aux devinettes. Qui a dit quoi et quand, quel est le témoignage d’un combattant ukrainien dans l’enfer de Soledar recueilli par France Info et quelle est la citation de Jean Giono dans ses Écrits pacifistes, sur la bataille de Verdun ? Il y a quelque chose d’intemporel dans les horreurs de la guerre ou plus exactement, il y a quelque chose d’intemporel dans une certaine manière de faire la guerre, à Verdun ou à Soledar, que les spécialistes en stratégie appellent la « guerre d’attrition ». Jean-Marc Rickli, chercheur au Centre de politique de sécurité de Genève, définit cette guerre ainsi : « Cette forme de combat repose sur l’usure des forces ennemies par un déluge de feu puis un grignotage des territoires écrasés par les bombes. »

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C’est la stratégie de l’état-major allemand qui décide, une bonne partie de l’année 1916, de « saigner à blanc » l’armée française à Verdun. De Gaulle, qui a participé à ces combats, illustre par anticipation, dans ses Mémoires, les propos du chercheur genevois, avec plus de style néanmoins : « Actions brutales à l’extrême qui consistent à concentrer sur un objectif limité le feu intense des batteries, puis à donner l’assaut aux défenseurs décimés et atterrés par l’infernal bombardement. Parfois, peuvent être conquises de cette façon quelques parcelles ravagées, à moins que l’attaque ne soit bloquée par le tir des fantassins français restés vivants et résolus et par nos barrages d’artillerie. »

Si c’est bien Giono qui a vu un camarade égorgé par un éclat d’obus et le combattant ukrainien qui se bat sur un monceau de cadavres, cela pourrait être le contraire. Mais chacun aurait pu, à travers le temps, chanter à l’autre la Chanson de Craonne dont l’auteur est resté anonyme : « Adieu la vie, adieu l’amour / Adieu toutes les femmes / C’est bien fini, c’est pour toujours / De cette guerre infâme / C’est à Verdun, au fort de Vaux / Qu’on a risqué sa peau » ou les vers de Lermontov à propos de Borodino : « Quel jour ce fut ! / comme des ombres / erraient les grands étendards sombres, / tout fumait et brûlait ; le sol de mitraille se pave, / le bras mollit à plus d’un brave, / et les monceaux de morts entravent / dans leur vol les boulets. »

Marc Obregon, activiste des profondeurs

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Dans Mort au peuple !, la France de 2039 ressemble à un cauchemar à la Lovecraft.


« Encore un roman antimoderne ? » me suis-je demandé avec un léger soupir quand j’ai ouvert le paquet des éditions Nouvelle Marge que m’adressait le confrère Maximilien Friche. Je savais que son auteur, Marc Obregon, écrit (beaucoup) dans le très-catholique L’Incorrect comme dans le très-monarchiste Le Bien commun. Rien de mainstream donc, fort bien. J’ai vite compris qu’il est, comme son éditeur, un disciple de Maurice Dantec, dont j’ai naguère parlé sans tendresse excessive dans Quolibets. J’apprends aussi qu’il a étudié la sémiotique de l’image et qu’il a publié deux ou trois livres, dans la marge

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Puis, j’ai lu une page de Mort au peuple, son roman… que j’ai terminé dans la nuit, crayon à la main, interloqué, agacé et séduit par cette prose violente, tantôt d’un poète, tantôt d’un activiste des profondeurs, pour citer le regretté Jean Parvulesco, qui aurait, je pense, aimé ce périple eschatologique. Entre Lovecraft et Abellio, Obregon nous dépeint la France de 2039, ou plutôt le mental d’un « terroriste » enfermé à vie dans une cellule de haute sécurité. Né dans les années 90, son héros farci de neuroleptiques (Dantec, encore) y moisit en raison de ses accointances avec un groupuscule mystico-guerrier dirigé par un couple de Persans chiites, les séduisants Ifiq et Zayneb, qui ont préparé un attentat au Palais de Tokyo. Ifiq a rencontré le jeune prolo gaulois dans une entreprise de nettoyage, où il vivote, et a rapidement décelé les failles de son poulain : « Regarde… regarde ta France, ce qu’elle est devenue. »

Néo-prolétaires zombifiés

« Voilà l’héritage de Mérovée, l’héritage de la Sainte à l’épée… des pourceaux qui ont le groin dans leurs téléphones, à faire défiler des images prédigérées… des néo-prolétaires zombifiés, qui ont troqué leur foi et leurs valeurs pour des écrans plats, pour des stérilets connectés… (…)  Si la France pue, c’est parce qu’on y bâfre encore la charogne des Rois ».

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Je laisse au lecteur le plaisir de découvrir en quoi consiste l’opération en elle-même, machiavélique au suprême. L’essentiel est dans la description clinique d’un jeune conspirationniste du proche avenir, révulsé par le remplacement de toute expérience sensible du monde par le simulacre global. Gavé de sous-culture numérique, ce jeune orphelin entend lutter, les armes à la main, contre les nouvelles formes d’esclavage fondées sur l’organisation scientifique d’une diversion de tous les instants : l’omniprésente pornographie, les faux combats « sociétaux », sans oublier le triomphe d’une laideur sans rien d’accidentel : « Je n’avais pas souvenir  d’une époque plus délétère en matière de mode, aussi vomitive de couleurs, aussi pétrie de mauvaises manières. » Tour à tour sympathique et odieux, notre jeune croisé de l’Âge de fer fera l’expérience de la manipulation ultime. 

Obregon ? À surveiller, Monsieur le Commissaire.

Marc Obregon, Mort au peuple, Nouvelle Marge, 200 pages.

Andreï Makine: premier amour, unique amour

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Un court roman de la maturité


C’est l’histoire d’un premier amour qui durera toujours. Une rencontre entre Taïa, une adolescente contrebandière malgré elle et un jeune Russe de bonne famille nommé Valdas, au milieu des falaises de Crimée. Un effleurement, un baiser à la tempe, une cape de laine suffisent à engendrer un amour que l’Histoire rendra tragique. Cet amour unique, né pendant l’ancien calendrier julien de la Russie impériale, et vécu durant le grégorien imposé par « les constructeurs de l’avenir radieux », résistera au temps qui se moque des idéologies meurtrières. 

Le calendrier du mensonge

Andreï Makine, romancier russe écrivant dans la langue de Victor Hugo, vit en France depuis plus de trente-cinq ans. Il est l’auteur de nombreux livres, dont Le Testament français, Prix Goncourt 1995. Il a été élu à l’Académie française en 1996. Il signe un nouveau roman âpre, concis et mélancolique, L’ancien calendrier d’un amour, dans lequel il raconte l’histoire de Valdas Bataeff, un vieil homme rencontré en 1991 dans le cimetière de Nice en surplomb de la Méditerranée. Valdas lui révèle : « La femme que j’aimais ne demanderait rien d’autre – ce vent ensoleillé et la ligne de mer entre les cyprès. Désormais, cela nous suffit pour être vivants… » Le roman traverse à grandes enjambées le terrible XXe siècle. Le fil rouge est le destin de ce Russe blanc, désigné ainsi après la révolution russe de 1917, officier blessé à la guerre, hanté par la brève rencontre avec Taïa qu’il retrouve par hasard et qu’il peut enfin aimer. Mais la mort les sépare et aucune autre femme ne parviendra à effacer le souvenir de la jeune contrebandière. On suit Valdas tour à tour chauffeur de taxi à Paris, architecte – ce métier le sauvera –, vélo-taxi dans la France de Vichy. Le tourbillon de sa vie mêlé à la convulsion des événements historiques ne parviendront jamais à faire oublier à Valdas « ces quelques jours lumineux de l’automne 1920. Dans le ‘’champ des derniers épis’’. » 

La leçon de ce court roman de la maturité : se tenir à l’écart « du nouveau calendrier, de ses mensonges et de sa brutalité ».

Andreï Makine, L’ancien calendrier d’un amour, Grasset.

L'ancien calendrier d'un amour

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Lettre à une collègue qui ne m’a jamais répondu

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Nous reproduisons ici la lettre d’une professeur de français de Seine Saint-Denis, dépitée, et désormais à la retraite, qui répondait en 2019 à une collègue ne comprenant pas pourquoi elle ne se rendait pas à la manifestation contre la réforme des retraites de Marisol Touraine. À quoi bon manifester pour des conditions de travail, quand l’éthique du métier est à ce point piétinée depuis 30 ans?


Bonjour C***

Je te préviens, cela va être un peu en vrac (comme cela, ce sera bio…). Je vais essayer, néanmoins, de procéder par thèmes : aujourd’hui, de « la trahison des clercs », depuis au moins trente ans, et de l’idéologie techniciste qui s’est littéralement immiscée dans l’enseignement des lettres. Autre préambule, si je trouve la réforme des retraites problématique, je trouve également que l’essentiel n’est jamais abordé. L’essentiel, c’est quoi ? C’est le fait que « les conditions de travail » aient pris le pas sur « l’éthique du métier »[1]. Et c’est de cette dernière dont je désire te parler car à l’oublier, les autres luttes pour moi perdent de leur sens.

La trahison des clercs, d’abord.

C’est-à-dire le renoncement à la langue et à ce qu’on appelait autrefois « les Humanités ».

Ce renoncement a été mis en place il y a déjà longtemps, je l’ai constaté au collège où j’ai fait l’essentiel de ma carrière et dans la scolarité de mon fils.

Commençons par la méthode globale dont je n’aurai cessé de constater les dégâts dans l’apprentissage de la lecture. Puis, sont venus les tableaux dits de compréhension se substituant à la capacité de s’exprimer ; car c’est une chose de cocher une case dans le dit tableau pour faire une croix au bon endroit (comme les gens qui,autrefois, ne savaient ni lire ni écrire…) quand on demande de désigner le chevalier qui a remporté le Graal, mais c’en est radicalement une autre de répondre par une phrase entière : c’est Galaad qui a remporté le Graal ou le chevalier qui a remporté le Graal s’appelle Galaad.

Et je m’attarde un instant sur ce « mythe » de la compréhension qui ne s’accompagne pas d’une véritable imprégnation de la langue ; laquelle passe par de la répétition ; d’exercices, d’écriture. Je me souviens de la réflexion d’un collègue censée dédouaner les élèves : « Mais tu sais, ils connaissent les règles, mais ils ne les appliquent pas ! » ou, dans le meilleur des cas, quand ils les appliquent, c’est après ; après ne pas l’avoir fait parce que l’imprégnation de la langue et l’intériorisation de la grammaire n’ont pas eu lieu. A mon fils de 12 ans à l’époque, qui m’avait laissé un mot dénué d’erreurs, j’avais dit : « Tu fais des progrès ! » et il m’avait rétorqué : « Non, maman, j’ai fait attention… »

Donc désincarnation de la langue au profit de la compréhension de points particuliers du texte mais sans expression de cette compréhension, et sans que cela signifie qu’ils l’aient compris dans sa globalité.

Le renoncement à l’étude de la grammaire – du au fameux « décloisonnement » qui voulait que tout soit dans tout et réciproquement et qu’à aucun moment on ne puisse isoler un point particulier et faire un cours dessus a failli me coûter ma titularisation, car à la demande d’un élève qui me demandait ce qu’était un pronom, j’avais eu « le malheur » de le lui expliquer !

Cette fameuse théorie du décloisonnement s’accompagnait, très logiquement d’ailleurs, de la théorie de l’autonomie du sujet qui devait, par méthode inductive, deviner les choses afin d’éviter que son magistral de prof ne les lui assène de façon par trop autoritaire. (La langue est fasciste, disait Barthes qui, lui, la maniait fort bien et pouvait donc en jouer !) Rares, bien sûr, étaient les « élus » qui devinaient ce qu’est un pronom et à moins de faire un cours là-dessus, tu vois une solution ?…

Anecdote significative : le dernier inspecteur venu m’inspecter m’a dit qu’il n’aurait pas fallu qu’on les écoutât… Personnellement, je ne l’ai pas fait, mais mes jeunes collègues étaient désemparés.

Le formalisme est venu se substituer à l’apprentissage de la langue. On n’avait plus besoin de la langue pour comprendre les textes ; on allait les comprendre sans elle ! Et sont arrivés tous les schémas actanciels qui te découpaient le machin en tranches ; tous les textes passés à la moulinette du tableau en question pour repérer l’élément déclencheur et autre situation finale. Sans compter les points de vue omniscients, internes ou externes et autres « statues » du narrateur qui parlaient si intimement aux élèves de sixième et cinquième. Les Chevaliers de la Table Ronde en ont pris un coup, les élèves et moi aussi. On quittait la littérature pour entrer dans la technique. Les « Temps modernes » de Chaplin battaient le rappel !

Je me souviens de mon fils (encore lui, à 11 ans cette fois-ci) me cueillant un matin avant de partir au collège pour m’avouer n’avoir rien compris à la cinquième question concernant un extrait de « Pinocchio » : « Préciser la situation de communication ». Dire : « Qui parle ? A qui ? Pour dire quoi ? » aurait sans doute été d’un prosaïsme affligeant ! Donc une seule question regroupant trois termes d’un formalisme aberrant pour un enfant de cet âge, mais pas que pour lui. Mon chirurgien ORL (qui n’est pas mon fils…) me dit un jour : « J’ai fait dix ans d’études supérieures et je ne comprends rien aux questions posées en littérature à ma fille en classe de première, je ne peux pas l’aider ! » On imagine pour ceux qui n’ont pas fait les études en question…

La conséquence de ce formalisme inouï fut, entre autres mais c’est une question capitale, une véritable cassure dans la transmission : parents complètement égarés, gamins répétant des mots ne faisant absolument pas sens pour eux.

Par ailleurs, le texte est devenu progressivement un prétexte à une méthodologie techniciste qui allait nous révéler la structure du squelette. Le texte est passé à la trappe ; les tableaux en tous genres et des méthodes peu compréhensibles ont pris le dessus. Des exercices de dissection, en somme…

Car il fallait sortir de la subjectivité (gros mot par excellence) et de la paraphrase (qui a pourtant le mérite – même s’il n’est pas question de s’en contenter – d’inciter l’élève à traduire avec des synonymes le texte qu’il décrypte et qui suppose, on l’aura compris, un minimum de vocabulaire…)

Non, il fallait étudier la forme qui allait nous révéler le sens, sauf que le sens a fini par échapper à la révélation.

Celle-ci m’est apparue de manière encore plus évidente au lycée. Que l’étude de la rhétorique soit revenue en force n’était pourtant pas pour me déplaire, mais il s’avère que c’est le contraire qui se produisit.

D’abord, le hiatus, pour ne pas dire l’abîme, entre le niveau de langue des élèves et les « savoirs savants » qu’on leur demande conduit à fabriquer de faux savants et de vrais analphabètes. Les Précieuses Ridicules ne sont pas loin et Molière s’en donnerait à cœur joie avec des élèves qui ne maîtrisent pas la syntaxe et qui te parlent « zeugme » et « blason ». Au théâtre ça fait rire, dans la vie ça afflige…

Mais on me dit que c’est cela qu’on exige d’eux (au bac, cela va sans dire) et qu’il faut donc inculquer les figures de style à des élèves qui vous disent « Madame, je sais pas quoi c’est… »

Figures de style qu’ils apprennent par cœur comme on répète le discours du Maître, et je ne vois d’ailleurs pas ce qu’on peut faire d’autre que « répéter le discours du Maître » sans y comprendre un seul mot quand on ne maîtrise pas la langue et que les mots ne font pas sens.

Ainsi, une élève qui a eu 20 au bac et qui était venue passer un oral blanc avec moi sur la scène 2 de l’acte I de Dom Juan, m’a dit que c’était en langage soutenu (vrai), que c’était un texte argumentatif (assurément), qu’on y trouvait des hyperboles pour convaincre – et de citer- (absolument), des périphrases pour persuader – et de citer – (sans aucun doute). Mais quand je lui ai demandé ce que Dom Juan disait dans cette tirade, elle ne savait plus quoi dire car elle n’avait pas compris le texte. Il lui manquait du reste la connaissance d’au moins un mot toutes les deux lignes…

D’autre part, le texte ainsi réduit à des procédés en tous genres, à sa forme (« dans le but de… ») induit une philosophie du langage qui ressemble étrangement à tous les discours journalistiques qu’on peut entendre depuis un moment et qui ne voient jamais que « des éléments de langage » dans le but de… ; à de la communication pour… etc. Cette philosophie du langage repose sur l’idée que, finalement, le narrateur instrumentalise celui-ci, entretient avec lui un rapport purement utilitaire, rapport plus ou moins caché que les « demi-habiles » que nous sommes allons, bien sûr, démasquer ! Tout est forme, le sens n’est plus, et le fameux « J’accuse » de Zola va être réduit à l’usage « d’une anaphore » pour frapper les esprits ! De la même façon, tel texte de Voltaire sur la tolérance verra l’idée de tolérance et ses raisons d’être disparaître au profit des « moyens utilisés pour convaincre ». De quoi ? On s’en fiche…

Et pour finir et dans le genre caricatural qui nous dit tellement l’esprit du temps, tu peux trouver dans un manuel de collège une phrase de ce genre : « Balzac utilise des adjectifs pour enrichir le portrait »…

Cette intentionnalité constamment prêtée au narrateur et que les petits malins que nous sommes allons bien vite débusquer est une injure à la littérature et au réel. Ainsi la colère de Zola et ce qu’il dénonce ne sont absolument plus ce qui compte ! Il me semble que pareille approche de la littérature, où le texte saute, où le sens saute, où le réel saute, où la vérité de ce qui est dit n’a strictement plus aucune importance et ne risque pas d’émouvoir ou de faire réfléchir repose sur une anthropologie misérabiliste ne voyant jamais que le seul « intérêt » des individus et la valeur « utilitaire » de leurs gestes, bref l’esprit de calcul !

J’ai vécu un certain nombre de ruptures, voire un nombre certain, avec des collègues très syndiqués, très politisés, et qui dénonçaient – à juste titre- la précarité et autres absences de moyens, mais pour lesquels l’enseignement des lettres qui nous était imposé ne posait strictement aucun problème, sinon que c’était un peu répétitif et vaguement ennuyeux, peut-être… Mais surtout, que les élèves ne sachent plus lire, écrire et s’exprimer n’était pas un problème majeur pour eux ! Ou plutôt qu’il était exclusivement lié à un fait social (tarte à la crème des « milieux défavorisés ») et jamais à l’enseignement lui-même. Et moi qui ai vécu mon enfance dans une cité HLM à Argenteuil, avec une mère institutrice à une époque quasi julesferrienne, je savais que ce n’était pas vrai.

J’ai eu des mots avec L*** lorsqu’il m’a montré une copie bourrée de fautes de syntaxe, d’orthographe et de grammaire et à laquelle il avait mis 20 parce que « ses objectifs méthodologiques étaient atteints » ! Tes objectifs méthodologiques ?! Et la langue ? Qu’est-ce que tu fais de la langue ?! Oh, la langue, a-t-il balayé d’un revers de la main, mais tu as vu où on est ?…

Autrement dit, pour les élèves du 93, c’est bien suffisant ! Vraiment ?! Quel curieux néocolonialisme que cette opinion là… Sans compter la bonne conscience politique que certains se donnent en croyant réparer ainsi les injustices sociales…

Comprends moi bien C***, ce sont des principes que je dénonce, et quand ce n’est pas la fausse charité pour des « malheureux » qui sévit, c’est la croyance en la méthodologie qui désincarne les textes et les lecteurs, et qui a pour conséquence ô combien peu négligeable… de dégoûter les gosses de la littérature.

Les dix tablettes

Enfin, et afin d’enterrer le cadavre, on n’aura rien trouvé de mieux que de supprimer… les livres.

Puisque le nouveau commandement est « à la technique tu te résoudras », nous voilà avec des tablettes à la place des livres en papier. Personnellement, j’ai voté contre et je ne crois pas avoir été la seule, et pourtant on s’est retrouvé avec cette « vacherie » qui correspond tout à fait à ce qu’un penseur appelle « le capitalisme paradoxant »[2] ; à savoir le fait de nous refiler des technologies censées accomplir des miracles et qui, au bout du compte, nous posent des problèmes supplémentaires… Il paraît (je ne sais pas puisque je continue de travailler sur papier) que ces petites choses excessivement fragiles se détraquent, voire cassent très facilement, et que c’est aux parents de les faire réparer, puis de s’adresser à leur police d’assurance pour se faire rembourser ! Même moi, je ne suis pas sûre que j’aurai le courage de le faire, mais pense un peu aux parents sri-lankais arrivés depuis peu et ne parlant pas la langue lorsqu’ils doivent  se débrouiller avec cela !

Je ne comprends absolument pas qu’on ait pu accepter un fait de cette envergure et je ne l’admets pas.

Alors, et pour terminer enfin (il faut bien), je te dirai donc que ma réticence à aller manifester pour nos conditions de travail est immense dès lors que l’éthique du métier est à ce point piétinée, et par les principaux intéressés.


[1] Rolland Gorri NDLR

[2] Vincent de Gauléjac NDLR

Insécurité: chiffres et non-dits

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Triste coïncidence de l’actualité, au moment où le ministère de l’Intérieur publie le peu reluisant bilan de l’insécurité et de la délinquance de 2022, le meurtre de la jeune Sihem fait la « Une », tragique illustration du bilan de l’(in)action du gouvernement et du législateur. 


Inaction ? Oui, ou plus précisément refus obstiné de s’attaquer aux deux principales causes de l’insécurité : l’idéologie qui gangrène tout notre système judiciaire, et l’importation massive de populations dont le rapport à la violence et à la loi est radicalement différent de celui qui fut le nôtre.

Le ministère de l’Intérieur est bien obligé de le reconnaître : « en France, la quasi-totalité des indicateurs de la délinquance enregistrée sont en hausse en 2022 par rapport à l’année précédente ». Litanie de chiffres inquiétants : +15 % de victimes de coups et blessures volontaires sur personnes de plus de 15 ans (après une hausse de +12 % en 2021), +12 % de viols et tentatives de viols, +11 % de cambriolages, +2 % de vols avec armes, +8 % d’escroqueries, et ainsi de suite. Comment l’expliquer ?

On regretterait presque le confinement

D’abord par un « retour à la normale » après une baisse conjoncturelle de la délinquance liée aux mesures Covid, en particulier au confinement. Il est assez simple de comprendre que si tout le monde reste chez soi il y aura moins de cambriolages, et que moins les gens circulent, plus les forces de l’ordre sont en mesure de contrôler ceux qui circulent et d’identifier parmi eux les malfaiteurs. La fermeture des frontières, bien entendu, a également joué un rôle très important : nombre de cambriolages, par exemple, sont le fait de groupes quasi-mafieux albano-kosovars, et le trafic de stupéfiants s’approvisionne surtout à l’étranger selon des filières bien connues.

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Ensuite, par des changements de paradigme. Si les violences intrafamiliales ont à ce point augmenté (+17%), c’est non pas parce qu’il y en a plus, mais d’une part parce que les victimes peuvent plus facilement porter plainte, et d’autre part parce qu’on judiciarise aujourd’hui ce qui, il y a peu, relevait des services sociaux ou de conseillers conjugaux. Un exemple : certains parquets parlent désormais de « violences psychologiques réciproques » pour une dispute conjugale où le ton monte mais où aucune violence physique n’est exercée. De même pour la définition pour le moins évolutive du harcèlement sexuel. À tel point que même Marlène Schiappa, pourtant l’une des principales responsables de cette évolution, a co-signé avec Tristane Banon (qui elle, en revanche, a toujours été lucide sur le sujet) une tribune dénonçant des dérives évidentes.

Enfin, et c’est hélas le principal, ces chiffres ne font que confirmer une tendance de fond, et c’est avant tout celle-ci qui doit nous mobiliser. Nous l’évoquions plus haut, elle a deux causes : les biais idéologiques de l’institution judiciaire, et certaines immigrations.

La harangue de Baudot

Les biais idéologiques sont connus, ils ont été explicités et même revendiqués par Oswald Baudot dans sa célèbre harangue de 1974. Celle-ci a d’ailleurs été qualifiée à juste titre de « bible de la gauche judiciaire » par Hervé Lehman, lui-même ancien magistrat et auteur d’un excellent ouvrage décryptant ce cancer de la justice française, des « petits juges rouges » au « mur des cons ». Cette orientation instrumentalise une « indépendance » de la justice totalement dévoyée : théoriquement garante d’indépendance, cette « indépendance » est devenue prétexte à une justice ouvertement militante, échappant à tout contrôle.

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Dès lors, se pose avec acuité – et le drame de Sihem, dont le meurtrier n’avait rien à faire en liberté, l’illustre – la question de la responsabilité personnelle des juges. Un médecin qui prescrit un mauvais traitement, un chirurgien qui « rate » son patient, un maçon dont le mur s’effondre, un restaurateur dont les clients ont une intoxication alimentaire, tous doivent rendre des comptes et peuvent être sanctionnés. De quel droit les juges seuls seraient-ils intouchables ?

Les ministres Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin, Paris, 25 juillet 2022 © Jacques Witt/SIPA

Développons rapidement ce point. Le législateur prévoit, par exemple, que l’auteur d’un certain crime ou délit peut être puni de 10 ans d’emprisonnement au maximum. Les juges rejettent massivement l’idée des peines planchers, et s’arc-boutent sur la « personnalité des peines » (qui induit pourtant une inégalité entre citoyens et un arbitraire de la sanction, puisque pour les mêmes faits vous serez puni différemment selon le juge devant lequel vous comparaîtrez, en fonction des habitudes locales et de la sensibilité personnelle du magistrat). Soit. Mais puisque les magistrats sont attachés à leur propre liberté et ne veulent pas être seulement « la bouche de la loi », qu’ils assument la responsabilité qui accompagne cette liberté ! Si, donc, le juge décide de ne condamner qu’à cinq ans de prison au lieu des 10 possibles, il décide d’octroyer cinq ans de liberté au coupable. Ce faisant, il fait courir un risque à des victimes potentielles : qu’il assume lui-même ce risque, et soit personnellement responsable de tout crime ou délit que commettra le condamné entre la fin de sa peine et la fin théorique de la peine maximale qui aurait pu être prononcée. De même, bien sûr, pour l’application des peines : toute remise de peine doit engager la responsabilité de la personne qui valide cette remise.

On me dira que dans de telles conditions, les juges ne prendront pas de risque et prononceront systématiquement les peines maximales pour se protéger. Vraiment ? C’est donc qu’ils ont conscience qu’il y a un risque à laisser ou remettre certains individus en liberté, et qu’ils sont prêts actuellement à faire courir ce risque à de futures victimes potentielles qui n’y sont pour rien, mais ne seraient pas prêts à assumer eux-mêmes ce risque ! Laissons-leur le choix : préférer la prudence et l’enfermement pour empêcher un criminel de nuire, ou privilégier les belles raisons humanistes qu’ils invoquent aujourd’hui, mais en assumer personnellement les risques et les conséquences.

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Notons au passage que tout ceci relève du législateur : en donnant aux « juges rouges » les outils pour laisser libre cours à leur idéologie, en refusant de construire suffisamment de places de prison, et en alourdissant sans cesse administrativement la tâche des magistrats soucieux de la sécurité des innocents, le législateur (de droite comme de gauche) est bien évidemment co-responsable de toutes les dérives évoquées.

Immigration subie

Reste la question de l’immigration, ou plus exactement de certaines immigrations, car sur ce point comme sur beaucoup d’autres, confondre la communauté algérienne et la communauté vietnamienne serait aussi injuste qu’absurde….

Gérald Darmanin et Emmanuel Macron eux-mêmes l’ont avoué : certaines nationalités étrangères sont sur-représentées dans la délinquance. Et encore n’est-ce là que la partie visible de l’iceberg, puisqu’aux étrangers « administratifs » il faudrait pouvoir ajouter les étrangers de culture et de mœurs.

Comme l’ont très clairement montré Hugues Lagrange (dans Le déni des cultures) et Maurice Berger, la délinquance et plus encore la violence banalisée ont d’importantes racines culturelles, auxquelles s’ajoute une dimension génétique, non en raison de fumeuses considérations « raciales », mais tout simplement à cause des ravages de la fréquente consanguinité qui est la norme dans certaines cultures (et la même consanguinité sur plusieurs générations dans des familles « de souche », lorsqu’elle existe, produit le même résultat).

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En outre, il faut cesser de considérer comme de la simple délinquance ce qui relève du pillage d’une société moralement désarmée par une société étrangère agressive. La délinquance est un phénomène qui désigne, au sein d’un groupe, le non-respect de normes et de lois par certains membres du groupe. Là, il est question de membres d’un groupe exerçant une activité de prédation au détriment de membres d’autres groupes : ce n’est pas de la délinquance, mais des escarmouches aux frontières, ainsi qu’une violence interne au groupe visant à imposer à tous ses membres le respect de ses règles (c’est le harcèlement que subissent dans les « quartiers » les musulmanes non-voilées, les apostats, les homosexuels). Ajoutons la haine de la France, entretenue quotidiennement par la repentance, l’idéologie décoloniale et le soi-disant « antiracisme », mais aussi le « jihad d’atmosphère » qu’évoquent Gilles Kepel et Bernard Rougier, et on comprend que les « territoires perdus » et autres narco-califats ne sont pas des repaires de brigands, mais des enclaves étrangères, souvent de mœurs islamiques, pratiquant la razzia (la nationalité administrative n’ayant d’importance que pour percevoir aides, allocations, et autres milliards gaspillés de la « politique de la ville », lesquelles forment le « tribut versé aux barbares » – le cas du « gang Traoré » est symptomatique). Rappelons donc qu’une sourate du Coran s’appelle « le butin » et codifie le partage des fruits du pillage, et que ce n’est sans doute pas un hasard si la grande majorité de la population carcérale en France est musulmane (je renvoie, là encore, à la remarquable et très factuelle synthèse de l’observatoire de l’immigration et de la démographie).

En Scandinavie, on prend la mesure du problème migratoire

Enfin, n’oublions pas que tous les pays d’Europe font un constat similaire, par exemple la Suède mais aussi le Danemark ou la Norvège, qui l’ont également documenté, convergence d’observations trop forte pour être niée.

Disons-le très simplement : si on choisit d’importer le bled, il faut accepter que la sécurité passe par l’emploi des méthodes des forces de l’ordre du bled. Et si on se refuse à infliger à toute la population ces méthodes, il faut arrêter d’importer le bled.

Gérald Darmanin peut bien « condamner fermement » et « se rendre sur place », ou même augmenter les effectifs des forces de sécurité intérieure et tempêter contre leurs chefs, cela ne changera hélas rien à l’essentiel. Quand le bateau coule, la solution n’est pas d’écoper avec une cuillère plus grande, mais de colmater les fuites.

Bordeaux: quand l’idéologie des élus veut imprimer sa marque sur des manifestations destinées à la petite enfance

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Image d'illustration Unsplash

En Gironde, un atelier de maquillage pour les tout-petits, organisé dans une bibliothèque et animé par une drag-queen, est notamment dénoncé par le parti d’Eric Zemmour.


Dans le cadre du mois de la petite enfance aura lieu à Bordeaux un atelier de maquillage destiné aux enfants de 18 mois à 4 ans. Cet atelier, animé par Serge, présenté comme un « homme en jupe » ou comme drag queen, fait polémique. Pour le plus grand bonheur de la mairie écologiste qui administre la ville, puisque cela permet à ses élus d’adopter des postures de drama queen, d’entonner le grand air de la persécution fasciste et de mettre en avant leur tolérance et leur progressisme !

Espérons que l’atelier maquillage proposé se déroule sans problème. Il ne devrait en rien faire avancer une quelconque lutte, mais l’essentiel est que les enfants s’amusent

La crainte d’un endoctrinement des enfants de 4 ans sur les «stéréotypes de genre»

La seule chose dont tout le monde semble se moquer concerne l’intérêt de ce type de manifestation pour de très jeunes enfants. Mais la municipalité préfère mettre en avant sa belle âme et son esprit de résistance face à la menace de l’extrême droite. «Dès qu’il y a des initiatives portant sur les sujets d’égalité entre les filles et les garçons et de lutte contre les stéréotypes de genre, une frange radicalisée de la population se lâche sur les réseaux sociaux et les sites d’extrême droite», s’agace ainsi Olivier Escots, adjoint au maire en charge des discriminations dans Le Figaro.

Tweet du responsable départemental du parti « Reconquête »

La mairie de Bordeaux a décidé de placer son « mois de la petite enfance » sous le thème de l’égalité filles-garçons. La chose est déjà en soi amusante car, à cet âge-là, les enfants découvrent à peine l’existence des différences sexuelles et n’ont guère l’idée de ce que peut-être un stéréotype de genre, ils sont dans l’apprentissage de la conscience de soi. Ce type d’affichage est donc purement idéologique. Il permet essentiellement à des élus qui n’ont sans doute pas réfléchi à ce qu’ils pourraient apporter en matière de petite enfance, d’exhiber leur bonne conscience et de faire croire qu’ils agissent, alors qu’ils ne font que faire des pâtés de sable avec des concepts qui les dépassent.

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On peut tout à fait comprendre l’importance de lutter contre les discriminations. Un homme qui assume son sexe et son envie de porter des jupes et du maquillage ne mérite pas d’être ostracisé, moqué, encore moins humilié. Et ce n’est pas inutile de le rappeler.

Mais justement, les très jeunes enfants n’ont pas ce type de réflexe. Ils vont facilement vers l’autre. Cette question concerne les jeunes et les adultes, et ne peut alimenter qu’un discours en direction de personnes aptes à le comprendre et concernés par celui-ci. En quoi des enfants de 18 mois à 4 ans doivent-ils être instrumentalisés pour faire passer un message qui ne les concerne pas ? En quoi le fait d’être surpris par le parti pris des organisateurs devrait se traduire par un procès en fascisme fait aux individus et aux familles qui trouvent l’initiative contestable ? En quoi des élus doivent-ils faire de toute manifestation un tract politique destiné à leur tendre un miroir dans lequel ils se contemplent en chevalier blanc du politiquement correct, sans se soucier de ceux à qui l’initiative est censée être destinée ? Il se trouve hélas que de plus en plus d’élus mettent leur mandat au service de leurs obsessions, se mettent à faire la morale à leur population en s’érigeant arbitrairement en directeurs des consciences, le tout sans n’avoir plus aucun rapport avec l’intérêt général.

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On a d’ailleurs du mal à comprendre l’intérêt de l’atelier en question. Le fameux Serge est censé se maquiller, ensuite les enfants sont censés l’imiter. En général, les ateliers maquillage qu‘adorent les enfants consistent à les maquiller, en tigre, papillon, grenouille ou lion. Dans toutes les kermesses de maternelles, ces stands sont pris d’assaut. S’il s’agit juste de les laisser se gribouiller le visage et les mains de maquillage, pas sûr qu’il y ait besoin d’un tuto, encore moins sûr qu’à 3 ans, un enfant ait la coordination nécessaire pour « imiter » la précision d’un maquillage de drag queens. Mais comme tout le monde se moque de ces réalités-là, passons.

Tout à l’égo

Si vraiment des élus voulaient lutter contre les inégalités et développer à terme la tolérance, il existe des dispositifs plus pertinents qui se concentrent sur la période de la petite enfance. Notamment autour du développement du langage et de l’acquisition de vocabulaire. Ces approches ont notamment pour but l’acquisition, par les enfants issus des milieux défavorisés, d’un niveau de langage permettant de faire face aux apprentissages scolaires et de réduire ainsi la fracture sociale. On sait bien que le fait de ne pas maîtriser le langage est un facteur de violence et de difficulté à tisser le lien à l’autre. Seulement voilà, ce type d’engagement ne se résume pas à quelques heures, peu coûteuses, vite effectuées et vite oubliées. Cela demande un véritable investissement, et la participation des crèches, et ne peut porter de fruits que sur la durée. Il est rare que les élus se fassent attaquer sur ce type de programme, ce qui rend difficile la mise en scène de soi-même en martyr de la cause du progressisme et en cible de la méchante extrême-droite…

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Des initiatives utiles et qui ne se suscitent aucune polémique, voilà ce qui ne fait pas les affaires d’élus dont le service de leur propre ego paraît être la motivation principale. En attendant, espérons que l’atelier maquillage proposé se déroule sans problème. Il ne devrait en rien faire avancer une quelconque lutte, mais l’essentiel est que les enfants s’amusent. Pour le reste, cette affaire n’est que la énième illustration d’un certain puritanisme qui tente d’enrégimenter les enfants dès le plus jeune âge, avant même qu’ils n’aient développé leur personnalité.

Que cela puisse heurter certains parents n’est pas étonnant. En revanche, que des élus, au lieu d’interroger leurs choix et leurs pratiques, renvoient toute critique à la fachosphère, interroge.

Ces biens essentiels

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Retraite: quand le mot fait la chose

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Le Premier ministre Elisabeth Borne explique sa réforme à la télévision, 3 février 2023 © Eric Dessons/JDD/SIPA

Il faudrait savoir de quoi nous parlons, au fond, quand nous évoquons la «retraite»: est-ce une nouvelle vie qui commence, ou l’existence qui s’achève ? Un peu de philologie permet de comprendre le non-dit de la notion, explique notre chroniqueur.


« Jubilación », disent nos voisins espagnols : on sent que la retraite ibérique sera une longue fête. Les Anglais, eux, ont deux mots : « retirement » au sens économique du terme, et « retreat » au sens militaire. Le brouhaha de ces dernières semaines, en France, ne viendrait-il pas de l’ambiguïté du mot « retraite », qui évoque à la fois la « pension » à venir et la défaite ? 

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Glissade vers la mort

L’ombre portée de la « retraite de Russie » plane derrière notre vision de la retraite. Alors, vouloir à tout prix la retarder, n’est-ce pas double peine ? À l’humiliation de la défaite sociale — nous étions quelque chose, nous avions des collègues, nous ne sommes plus rien et désormais ils nous ignorent, nous n’appartenons plus à leur monde — vient se greffer l’image du vieux soldat revenant d’une guerre perdue. La retraite, dons l’imaginaire collectif, c’est le désastre dans la steppe russe de l’armée napoléonienne, c’est le vieux chevalier revenant fourbu d’une croisade perdue, comme dans le tableau de Carl Friedrich Lessing, Le Retour du Croisé (1835). Un paladin épuisé, son oriflamme en lambeaux, plus rouillé encore que son armure. À 64 ans et peut-être un peu plus, comme je l’expliquais récemment. Ne rentrant chez lui que pour y mourir.
Comme disait il y a quelques jours Cyril Bennasar : « Une retraite ? Plutôt crever ! »

Le dernier croisé, Carl Friedrich Lessing. D.R.

65 ans en Espagne…

Quand le retraité hispanique s’apprête à faire la fête et considère qu’il a la vie devant soi, le retraité français entame sa glissade vers la mort. Deux pays, deux visions diamétralement opposées. Et pourtant l’Espagnol ne part à la retraite, déjà, qu’à 65 ans. Mais il se promet une longue fête humectée de manzanilla, de xérès et d’amontillado, avec tout le temps, enfin, de déguster des tapas, de faire de longues siestes et de courir aux corridas. De l’autre côté des Pyrénées, le Français se voit promis prochainement à l’oubli de tous et à un EHPAD humiliant où il vivotera entre douche hebdomadaire, nourritures molles sans sel et Alzheimer galopant.

… 67 au Royaume-Uni

L’Anglo-Saxon, pendant ce temps, dont l’âge de départ à la retraite devrait passer à 67 ans à l’horizon 2027, ne convoque aucune image de défaite — puisque « retirement » (qui a quand même un petit côté coitus interruptus, non ?) n’est pas « retreat ». Il envisage sereinement de continuer à travailler dans un petit job ou un autre — ou, s’il en a les moyens, d’explorer en détail ces anciennes provinces anglaises que sont le Bordelais et la Dordogne, et d’aller faire un tour, l’hiver, sur… la Promenade des Anglais. Et il ne comprend rien au débat français sur l’ancrage de la retraite à 64 ans…

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À vrai dire, une habile politique sociale, en plaçant au chômage près de 40% des plus de 55 ans, a largement anticipé la mort sociale redoutée. Nombre de nos concitoyens sont pré-défunts dans cette pré-retraite où comme chantait Brel,  
« Les vieux ne rêvent plus
Leurs livres s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort
Le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus
Leurs gestes ont trop de rides leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil
Et puis du lit au lit
Et s’ils sortent encore
Bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C’est pour suivre au soleil
L’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une plus laide… »

À vous de choisir, camarades. À vous de savoir si pour vous la retraite est l’entrée dans une désolation grise, ou si elle marquera une nouvelle jeunesse, une nouvelle ardeur. Partez, « là-bas où des oiseaux sont ivres », descendez des fleuves impassibles sur des bateaux ivres — mieux que dans les HLM flottants de la Royal Caribbean, défendez dès aujourd’hui vos droits à la jubilation, et ne laissez pas un fifrelin à vos héritiers: au moins ils n’attendront pas impatiemment que vous cassiez votre pipe.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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Océanisation du Foch: comment gérer les vieilles coques de la Marine?

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Wikipedia Commons

Vendredi, l’ancien porte-avions français, le Foch, a été coulé au fond de l’Atlantique par l’armée brésilienne, qui l’avait racheté il y a près de 20 ans, et renommé le São Paulo. Nous ne disposons plus que d’un porte-avions aujourd’hui, le Charles de Gaulle, et il restera en service jusqu’en 2040. Mais il faudrait déjà commencer à anticiper la façon dont on s’en débarrassera…


Le 4 février 2023, l’ex porte-avions Foch a été océanisé [1], à la suite d’un périple digne de celui qu’a connu son sister-ship, le Clémenceau, il y a 17 ans de cela. Une fois de plus, la question de la fin de vie des bâtiments de guerre se retrouve sous les feux de l’actualité. Cependant, il ne faut pas oublier que la conception des deux porte-avions français, construits dans les années 1950, répondait à des préoccupations très éloignées de celles du début du XXIe siècle.

Mis en service en 1963, le porte-avions Foch a été vendu en 2000 à la Marine brésilienne, qui l’a exploité jusqu’en 2017 sous le nom de São Paulo. Lors de son retrait du service actif, il ne faisait plus de doute qu’il devait être envoyé à la casse, car son mauvais état limitait depuis longtemps sa disponibilité opérationnelle. Il fut ainsi vendu à un chantier de démolition turc, et fut pris en charge en août 2022 par un remorqueur hollandais pour être acheminé vers sa dernière destination. Mais la Turquie refusa d’accepter la coque, et le convoi dut opérer un demi-tour au niveau du détroit de Gibraltar. À partir là, le Foch erra sous escorte dans l’Atlantique, étant également indésirable dans les ports brésiliens, jusqu’à ce que son état impose cette décision, qui était la moins mauvaise au vu de la dégradation de la coque.

Des règles très différentes selon les pays

Ce feuilleton n’est pas sans rappeler celui du Clémenceau, dont la déconstruction avait été confiée à l’origine à un chantier espagnol. Il quitta Toulon en 2003, mais on lui fit opérer un demi-tour lorsqu’on se rendit compte que sa véritable destination était un sous-traitant basé en Turquie. Elle fut ensuite confiée à un chantier indien, mais le remorquage, débuté le 31 décembre 2005, tourna au feuilleton entre le refus des autorités indiennes qui força le convoi à faire demi-tour, et l’interdiction d’utiliser le canal de Suez qui obligea à un détour par le cap de Bonne Espérance. Finalement, le convoi revint à Brest le 17 mai 2006, le jour même où les États-Unis océanisaient un de leurs anciens porte-avions, le USS Oriskany. Il fallut alors attendre trois ans pour que le Clémenceau parte pour de bon vers un chantier de démolition au Royaume-Uni. Cet épisode aura au moins un mérite: celui d’avoir sensibilisé l’opinion aux problématiques liées à la démolition navale.

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Cependant, les règles concernant les bâtiments militaires avaient déjà commencé à évoluer en France. Les océanisations avaient été interdites en 2001 côté Méditerranée et en 2004 côté Atlantique [2]. Après l’épisode du Clémenceau, c’est un véritable plan de déconstruction des vieilles coques de la Marine qui est mis en place, mais il faut attendre les années 2010 pour qu’il entre en phase opérationnelle, le temps de trouver des prestataires ayant les capacités suffisantes. Progressivement, le stock qui s’était accumulé est démoli, sur place pour les coques qui ne peuvent plus naviguer, ou dans les chantiers d’une filière qui commence à se constituer : Gardet et de Banézac au Havre, la forme de Bassens à Bordeaux [3], ou Galloo à Gand, en Belgique.

Même les anciens sous-marins nucléaires lanceurs d’engins font l’objet d’un démantèlement dans les règles de l’art, qui a commencé en 2018 et doit s’étaler jusqu’en 2027. En revanche, pour le Charles-de-Gaulle, le défi sera conséquent : outre le traitement des…

>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue « Conflits » <<


[1] Terme généralement préféré à « saborder » dans le monde maritime

[2] Certains bâtiments de grande taille étaient déjà démolis dans des chantiers, à l’exemple du Jean Bart et de l’Arromanches

[3] C’est dans cette forme qu’ont été démolis d’anciens symboles comme le Colbert et la Jeanne d’Arc

Un fauteuil pour 60 millions de prétendants!

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Jean Dutourd. © Hannah Assouline

L’Académie française, son histoire et ses arcanes, croquée avec humour par Jean Dutourd (1920-2011) dans un court texte republié au Cherche midi


En France, le granitique fait sourire. Une confrérie de « vieux » messieurs cornaquée par une grande dame, travaillant à la sauvegarde de la langue et à l’élaboration d’un dictionnaire, s’habillant parfois de façon fort peu conventionnelle mais toujours très protocolaire, a de quoi heurter notre égalitarisme épidermique. Sous cape, on ricane devant tant de vanités réunies et d’obsolescence programmée. Ce serait aussi désuet que la truite meunière de ma grand-mère et la sélection du Reader’s digest par voie postale. Le club des 40 existe depuis Richelieu et se réunit tous les jeudis après-midi, à l’heure du goûter. On dit que le Quai de Conti ouvre les portes du paradis. Quand vous interrogez la plupart des écrivains vivants sur leurs envies d’immortalité, ils nient farouchement leur intérêt d’y entrer, d’en faire partie, de se soumettre aux ridicules rites de passage, ils ont passé l’âge du scoutisme et des bons points distribués par la maîtresse. En vérité, ils y pensent tous, en se rasant. Car, selon la formule de Lamartine, l’Académie, « c’est plus qu’une tradition, c’est une habitude de la France ». 

A lire aussi, du même auteur: Discours de réception de Thomas Morales à l’Académie française

Poésie en banqueroute

Dans un pays désœuvré, ne croyant ni aux sirènes des politiques, ni aux prospectus des marchands, l’Académie, malgré ses lourdeurs et ses lambris, continue de nous faire croire au pouvoir des mots. Même si la bataille est perdue depuis longtemps, le texte enseveli sous la mitraille des images, la littérature en écharpe, les auteurs au RSA, la phrase en déroute, la poésie en banqueroute, nous savons que, rive gauche, sur les bords de la Seine, il existe une institution certes imparfaite qui donne cependant encore le change. C’est à la fois dérisoire et sublime, naïf et d’une résistance folle dans une époque où un tweet démet un ministre et où une faute de français vous rend populaire à la télévision. Jean Dutourd, Grand officier de la légion d’honneur, élu en 1978 au fauteuil 31 de Jacques Rueff avait écrit L’Académie par un des 40 qui parut, une première fois en 2009, en cachant l’identité de son auteur. 

Il ressort aujourd’hui au Cherche midi avec sa véritable paternité, préfacé par Erik Orsenna et illustré par Philippe Dumas. Le livre est court, joliment démodé, ironique sans trop d’amertume et spirituel du genre rapace comme l’était le pensionnaire à moustache des Grosses Têtes. Sur une centaine de pages érudites, Dutourd s’amuse de ces prédécesseurs illustres, retrouve quelques formules qui ont fait mouche en séance et nous rappelle que « Louis XVIII est le vrai sauveteur de l’Académie. Il l’a rétablie dans son lustre de l’Ancien Régime, il lui a rendu sa prééminence ». On se délecte de la définition établie par Guizot en 1854 sur les qualités nécessaires pour faire un bon académicien, parlant d’un certain Legouvé (1807-1903), dramaturge oublié, recalé deux fois qui retentait sa chance : « Je lui donnerai ma voix, car je lui trouve les qualités d’un véritable académicien. D’abord il présente bien, il est très poli, il est décoré, il n’est d’aucune opinion, je sais bien qu’il a ses ouvrages, mais que voulez-vous, personne n’est parfait ». Là, demeure le principal handicap pour un postulant, son œuvre plus que l’absence d’une œuvre. 

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Académie française ? Bilan globalement positif

Dutourd prévient le prétendant qui serait amené à rendre visite aux académiciens, dans ce tour de manège où les égos les mieux accrochés risquent de trembler : « Il faut poser en principe que votre interlocuteur ne sait rien de vous, n’a pas lu une ligne de vos œuvres et se contrefiche de votre avenir. N’allez pas lui suggérer que vous êtes célèbre ou que vous avez du talent. Étant de l’Académie, il se considère comme incommensurablement plus illustre et plus génial que vous ne le serez jamais (sauf, bien sûr, si vous êtes élu, mais nous n’en sommes pas là) ». Dutourd fait un bilan plutôt positif de cette honorable maison sur plusieurs siècles, si sous Louis XIV y siégèrent tout de même Corneille, Racine, Boileau, La Fontaine et La Bruyère, il y eut bien quelques loupés avec Balzac, Stendhal, Dumas Père ou Molière. Et selon Dutourd, « Elle n’a été vraiment injuste que pour Zola, Benjamin Constant et Baudelaire ». Et aujourd’hui qui ferions-nous entrer ? Je propose Yves Charnet et, je regrette que Marc Alyn ne puisse concourir car l’âge limite de candidature a été fixé à 75 ans.

L’Académie par un des 40 de Jean Dutourd – Le cherche midi

L'Académie par un des 40

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Léonard Cohen, ce grand mystique

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Léonard Cohen, 1992 © Alliance/DPA/Bridgman

Écartelé entre sa foi juive et sa quête de sainteté zen, Léonard Cohen a aussi été un fervent drogué et un accro au sexe. La biographie que lui consacre Pascal Bouaziz nuance ses contradictions existentielles et rend hommage à un artiste écorché. Hallelujah !


En 2016, Léonard Cohen, musicien et poète de génie, auréolé du mythe du Juif errant, nous quittait. Pascal Bouaziz – lui-même musicien et auteur-compositeur pour deux groupes majeurs de la scène underground française, Mendelson et Bruit noir – lui consacre une belle biographie sobrement intitulée Léonard Cohen. De lui, il a tout vu, tout lu, tout écouté, et il nous le prouve. Pour Bouaziz, Cohen a été un modèle, littéraire et musical, mais peut-être, aussi, une espèce de double : « Je suis né le même jour que Léonard Cohen, un 21 septembre, lui en 1934, moi en 1972 : la même année que son fils, Adam. Depuis trente ans, je m’évertue à écrire des chansons aussi pures, aussi belles, aussi violentes, aussi crues, aussi vraies que les siennes. »

C’est pourquoi cette biographie s’apparente à une déambulation, à une espèce de quête de fragments de vie pour reconstituer le personnage de Cohen, ses forces, ses failles, son côté terriblement attachant mais aussi, parfois, détestable : un être humain quoi ! Au fil des pages, on découvre et on cherche à comprendre cet éternel étranger, cet homme à femmes – baiseur compulsif – ce poète habité par une foi véritable, son rapport à Dieu qui est peut-être, tout au long de sa vie, ce qui lui a permis de ne pas sombrer.

La judéité tient une place centrale dans l’existence et dans l’œuvre de Léonard Cohen. Ainsi Dance With Me to the End of Love – l’une des plus belles chansons du monde, selon Pascal Bouaziz – n’est pas une chanson d’amour, mais un hommage aux déportés qui étaient obligés de jouer du violon dans les camps de concentration. Quant à Chelsea Hotel #2, vraie chanson d’amour celle-ci, elle a rendu mythique sa brève relation avec Janis Joplin.

Belle, crue, violente… ces adjectifs résument à eux seuls la vie de Cohen. Né à Montréal dans une famille juive pratiquante, d’origine lituanienne, il mène une enfance heureuse. C’est un petit garçon remuant, curieux de tout et qui, à la synagogue, veut lire la Torah et tourner ses lourdes pages. Dieu déjà. Mais Léonard est l’archétype du Juif errant et, très tôt, il a envie de fuir, de voir autre chose, pour se trouver, se révéler ou se retrouver : reconstituer une âme éparpillée. Il pose d’abord sa valise à Londres, avec sa grisaille, puis en Grèce, dans la mythique île d’Hydra, avec son aveuglante lumière. Là, il rencontre la non moins lumineuse Marianne et le couple entre dans la légende. Cependant, tout n’est pas si rose : Marianne lui est dévouée, mais il la trompe tout le temps, de manière quasi compulsive, et il finit par la quitter. Ce point est récurrent tout au long de sa vie, il court derrière les femmes, il les cherche puis il les fuit. Serait-ce son éternelle quête de l’absolu ? Il en est une cependant qui lui tient tête avant de devenir une muse un tantinet soumise : Suzanne, la mère de ses enfants. Les artistes n’ont pas besoin de femmes fortes.

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Léonard Cohen a été poète et écrivain avant de devenir musicien, alors qu’écrire a représenté pour lui une terrible souffrance. Cela n’a pas empêché son roman Les Perdants magnifiques (« Beautiful Losers »), publié en 1966, de connaître un beau succès et d’être considéré comme l’un des romans expérimentaux les plus réussis de ces années-là. Son récit ferait passer Kerouac – exsangue et gavé d’amphétamines – pour un premier communiant. Cette difficulté d’écriture se retrouve avec sa chanson Hallelujah qu’il met plusieurs années à achever, ce qui a bien fait rire Bob Dylan qui disait écrire ses chansons en cinq minutes.

Mais au-delà d’un texte, la quête infinie de Léonard Cohen est la rencontre avec Dieu, il le cherche partout : dans les drogues, dont il a abusé plus que de raison, dans le sexe, dans l’écriture, sur scène… Rien de tout cela ne l’a pourtant éloigné de sa dépression chronique, jusqu’à sa conversion au bouddhisme zen qui a été pour lui comme une rédemption. S’il est apaisé par la mystique asiatique, il n’en demeure pas moins fidèle au judaïsme de ses origines qui lui a appris à douter : il aime dire qu’il croit en Dieu un jour sur deux.

Et en lisant Les Perdants magnifiques, on est tenté de penser que Léonard Cohen a été en quête d’une sorte de sainteté ; il en donne une définition bouleversante : « Qu’est-ce qu’un saint ? Un saint c’est quelqu’un qui a atteint une lointaine possibilité humaine. Il est impossible de dire ce qu’est cette possibilité, je pense que ça a quelque chose à voir avec la possibilité de l’amour. Le contact avec cette énergie aboutira à une sorte d’équilibre dans le chaos de l’existence. Un saint ne dissout pas le chaos, s’il le faisait, le monde aurait changé depuis longtemps. »

L’auteur souligne d’ailleurs que même les drogues n’ont pas entamé son « capital sainteté » : « Que ce drogué qui ne s’est jamais caché de l’être ait pourtant gardé cette image de pureté, de sainteté, de sagesse de moine zen est un grand mystère. »

Ici s’impose la comparaison avec Daniel Darc, autre grand junky, qui se disait « ange déçu », et qui, lui aussi, après avoir abusé de tout, a trouvé une consolation dans la religion. Ce dernier aurait pu faire sienne cette phrase de Léonard Cohen, dans sa chanson Anthem : « There is a crack in everything, that’s how the light gets in » (« Il y a une fissure en toutes choses, c’est ainsi qu’entre la lumière »).

Pascal Bouaziz, Leonard Cohen, « Les indociles », Hoëbeke, 2022.

Leonard Cohen

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De Gaulle et Giono dans le Donbass

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Portrait de Jean Giono, 1937. Wikimédia commons.

C’était écrit, la chronique de Jérôme Leroy


Premier témoignage : « Les soldats se jettent dans la bataille par petits groupes. On les tue. D’autres arrivent et prennent leur place. On les tue de nouveau. Et cela n’arrête pas. Ils marchent sur les cadavres pour avancer. »

Second témoignage : « Nous ne sortons toujours pas de notre trou. Nous ne sommes plus que huit. Celui qui était devant la porte a été tué par un gros éclat qui est arrivé en plein dedans, lui a coupé la gorge et l’a saigné. Nous avons essayé de boucher la porte avec son corps. »

On pourrait jouer aux devinettes. Qui a dit quoi et quand, quel est le témoignage d’un combattant ukrainien dans l’enfer de Soledar recueilli par France Info et quelle est la citation de Jean Giono dans ses Écrits pacifistes, sur la bataille de Verdun ? Il y a quelque chose d’intemporel dans les horreurs de la guerre ou plus exactement, il y a quelque chose d’intemporel dans une certaine manière de faire la guerre, à Verdun ou à Soledar, que les spécialistes en stratégie appellent la « guerre d’attrition ». Jean-Marc Rickli, chercheur au Centre de politique de sécurité de Genève, définit cette guerre ainsi : « Cette forme de combat repose sur l’usure des forces ennemies par un déluge de feu puis un grignotage des territoires écrasés par les bombes. »

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C’est la stratégie de l’état-major allemand qui décide, une bonne partie de l’année 1916, de « saigner à blanc » l’armée française à Verdun. De Gaulle, qui a participé à ces combats, illustre par anticipation, dans ses Mémoires, les propos du chercheur genevois, avec plus de style néanmoins : « Actions brutales à l’extrême qui consistent à concentrer sur un objectif limité le feu intense des batteries, puis à donner l’assaut aux défenseurs décimés et atterrés par l’infernal bombardement. Parfois, peuvent être conquises de cette façon quelques parcelles ravagées, à moins que l’attaque ne soit bloquée par le tir des fantassins français restés vivants et résolus et par nos barrages d’artillerie. »

Si c’est bien Giono qui a vu un camarade égorgé par un éclat d’obus et le combattant ukrainien qui se bat sur un monceau de cadavres, cela pourrait être le contraire. Mais chacun aurait pu, à travers le temps, chanter à l’autre la Chanson de Craonne dont l’auteur est resté anonyme : « Adieu la vie, adieu l’amour / Adieu toutes les femmes / C’est bien fini, c’est pour toujours / De cette guerre infâme / C’est à Verdun, au fort de Vaux / Qu’on a risqué sa peau » ou les vers de Lermontov à propos de Borodino : « Quel jour ce fut ! / comme des ombres / erraient les grands étendards sombres, / tout fumait et brûlait ; le sol de mitraille se pave, / le bras mollit à plus d’un brave, / et les monceaux de morts entravent / dans leur vol les boulets. »

Marc Obregon, activiste des profondeurs

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D.R.

Dans Mort au peuple !, la France de 2039 ressemble à un cauchemar à la Lovecraft.


« Encore un roman antimoderne ? » me suis-je demandé avec un léger soupir quand j’ai ouvert le paquet des éditions Nouvelle Marge que m’adressait le confrère Maximilien Friche. Je savais que son auteur, Marc Obregon, écrit (beaucoup) dans le très-catholique L’Incorrect comme dans le très-monarchiste Le Bien commun. Rien de mainstream donc, fort bien. J’ai vite compris qu’il est, comme son éditeur, un disciple de Maurice Dantec, dont j’ai naguère parlé sans tendresse excessive dans Quolibets. J’apprends aussi qu’il a étudié la sémiotique de l’image et qu’il a publié deux ou trois livres, dans la marge

A lire aussi : L’espion qui aimait les livres, de John Le Carré: le chant du cygne de l’espionnage

Puis, j’ai lu une page de Mort au peuple, son roman… que j’ai terminé dans la nuit, crayon à la main, interloqué, agacé et séduit par cette prose violente, tantôt d’un poète, tantôt d’un activiste des profondeurs, pour citer le regretté Jean Parvulesco, qui aurait, je pense, aimé ce périple eschatologique. Entre Lovecraft et Abellio, Obregon nous dépeint la France de 2039, ou plutôt le mental d’un « terroriste » enfermé à vie dans une cellule de haute sécurité. Né dans les années 90, son héros farci de neuroleptiques (Dantec, encore) y moisit en raison de ses accointances avec un groupuscule mystico-guerrier dirigé par un couple de Persans chiites, les séduisants Ifiq et Zayneb, qui ont préparé un attentat au Palais de Tokyo. Ifiq a rencontré le jeune prolo gaulois dans une entreprise de nettoyage, où il vivote, et a rapidement décelé les failles de son poulain : « Regarde… regarde ta France, ce qu’elle est devenue. »

Néo-prolétaires zombifiés

« Voilà l’héritage de Mérovée, l’héritage de la Sainte à l’épée… des pourceaux qui ont le groin dans leurs téléphones, à faire défiler des images prédigérées… des néo-prolétaires zombifiés, qui ont troqué leur foi et leurs valeurs pour des écrans plats, pour des stérilets connectés… (…)  Si la France pue, c’est parce qu’on y bâfre encore la charogne des Rois ».

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Je laisse au lecteur le plaisir de découvrir en quoi consiste l’opération en elle-même, machiavélique au suprême. L’essentiel est dans la description clinique d’un jeune conspirationniste du proche avenir, révulsé par le remplacement de toute expérience sensible du monde par le simulacre global. Gavé de sous-culture numérique, ce jeune orphelin entend lutter, les armes à la main, contre les nouvelles formes d’esclavage fondées sur l’organisation scientifique d’une diversion de tous les instants : l’omniprésente pornographie, les faux combats « sociétaux », sans oublier le triomphe d’une laideur sans rien d’accidentel : « Je n’avais pas souvenir  d’une époque plus délétère en matière de mode, aussi vomitive de couleurs, aussi pétrie de mauvaises manières. » Tour à tour sympathique et odieux, notre jeune croisé de l’Âge de fer fera l’expérience de la manipulation ultime. 

Obregon ? À surveiller, Monsieur le Commissaire.

Marc Obregon, Mort au peuple, Nouvelle Marge, 200 pages.

Mort au peuple

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Andreï Makine: premier amour, unique amour

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Andreï Makine © crédit photo : JF Paga

Un court roman de la maturité


C’est l’histoire d’un premier amour qui durera toujours. Une rencontre entre Taïa, une adolescente contrebandière malgré elle et un jeune Russe de bonne famille nommé Valdas, au milieu des falaises de Crimée. Un effleurement, un baiser à la tempe, une cape de laine suffisent à engendrer un amour que l’Histoire rendra tragique. Cet amour unique, né pendant l’ancien calendrier julien de la Russie impériale, et vécu durant le grégorien imposé par « les constructeurs de l’avenir radieux », résistera au temps qui se moque des idéologies meurtrières. 

Le calendrier du mensonge

Andreï Makine, romancier russe écrivant dans la langue de Victor Hugo, vit en France depuis plus de trente-cinq ans. Il est l’auteur de nombreux livres, dont Le Testament français, Prix Goncourt 1995. Il a été élu à l’Académie française en 1996. Il signe un nouveau roman âpre, concis et mélancolique, L’ancien calendrier d’un amour, dans lequel il raconte l’histoire de Valdas Bataeff, un vieil homme rencontré en 1991 dans le cimetière de Nice en surplomb de la Méditerranée. Valdas lui révèle : « La femme que j’aimais ne demanderait rien d’autre – ce vent ensoleillé et la ligne de mer entre les cyprès. Désormais, cela nous suffit pour être vivants… » Le roman traverse à grandes enjambées le terrible XXe siècle. Le fil rouge est le destin de ce Russe blanc, désigné ainsi après la révolution russe de 1917, officier blessé à la guerre, hanté par la brève rencontre avec Taïa qu’il retrouve par hasard et qu’il peut enfin aimer. Mais la mort les sépare et aucune autre femme ne parviendra à effacer le souvenir de la jeune contrebandière. On suit Valdas tour à tour chauffeur de taxi à Paris, architecte – ce métier le sauvera –, vélo-taxi dans la France de Vichy. Le tourbillon de sa vie mêlé à la convulsion des événements historiques ne parviendront jamais à faire oublier à Valdas « ces quelques jours lumineux de l’automne 1920. Dans le ‘’champ des derniers épis’’. » 

La leçon de ce court roman de la maturité : se tenir à l’écart « du nouveau calendrier, de ses mensonges et de sa brutalité ».

Andreï Makine, L’ancien calendrier d’un amour, Grasset.

L'ancien calendrier d'un amour

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Lettre à une collègue qui ne m’a jamais répondu

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Image d'illustration Unsplash

Nous reproduisons ici la lettre d’une professeur de français de Seine Saint-Denis, dépitée, et désormais à la retraite, qui répondait en 2019 à une collègue ne comprenant pas pourquoi elle ne se rendait pas à la manifestation contre la réforme des retraites de Marisol Touraine. À quoi bon manifester pour des conditions de travail, quand l’éthique du métier est à ce point piétinée depuis 30 ans?


Bonjour C***

Je te préviens, cela va être un peu en vrac (comme cela, ce sera bio…). Je vais essayer, néanmoins, de procéder par thèmes : aujourd’hui, de « la trahison des clercs », depuis au moins trente ans, et de l’idéologie techniciste qui s’est littéralement immiscée dans l’enseignement des lettres. Autre préambule, si je trouve la réforme des retraites problématique, je trouve également que l’essentiel n’est jamais abordé. L’essentiel, c’est quoi ? C’est le fait que « les conditions de travail » aient pris le pas sur « l’éthique du métier »[1]. Et c’est de cette dernière dont je désire te parler car à l’oublier, les autres luttes pour moi perdent de leur sens.

La trahison des clercs, d’abord.

C’est-à-dire le renoncement à la langue et à ce qu’on appelait autrefois « les Humanités ».

Ce renoncement a été mis en place il y a déjà longtemps, je l’ai constaté au collège où j’ai fait l’essentiel de ma carrière et dans la scolarité de mon fils.

Commençons par la méthode globale dont je n’aurai cessé de constater les dégâts dans l’apprentissage de la lecture. Puis, sont venus les tableaux dits de compréhension se substituant à la capacité de s’exprimer ; car c’est une chose de cocher une case dans le dit tableau pour faire une croix au bon endroit (comme les gens qui,autrefois, ne savaient ni lire ni écrire…) quand on demande de désigner le chevalier qui a remporté le Graal, mais c’en est radicalement une autre de répondre par une phrase entière : c’est Galaad qui a remporté le Graal ou le chevalier qui a remporté le Graal s’appelle Galaad.

Et je m’attarde un instant sur ce « mythe » de la compréhension qui ne s’accompagne pas d’une véritable imprégnation de la langue ; laquelle passe par de la répétition ; d’exercices, d’écriture. Je me souviens de la réflexion d’un collègue censée dédouaner les élèves : « Mais tu sais, ils connaissent les règles, mais ils ne les appliquent pas ! » ou, dans le meilleur des cas, quand ils les appliquent, c’est après ; après ne pas l’avoir fait parce que l’imprégnation de la langue et l’intériorisation de la grammaire n’ont pas eu lieu. A mon fils de 12 ans à l’époque, qui m’avait laissé un mot dénué d’erreurs, j’avais dit : « Tu fais des progrès ! » et il m’avait rétorqué : « Non, maman, j’ai fait attention… »

Donc désincarnation de la langue au profit de la compréhension de points particuliers du texte mais sans expression de cette compréhension, et sans que cela signifie qu’ils l’aient compris dans sa globalité.

Le renoncement à l’étude de la grammaire – du au fameux « décloisonnement » qui voulait que tout soit dans tout et réciproquement et qu’à aucun moment on ne puisse isoler un point particulier et faire un cours dessus a failli me coûter ma titularisation, car à la demande d’un élève qui me demandait ce qu’était un pronom, j’avais eu « le malheur » de le lui expliquer !

Cette fameuse théorie du décloisonnement s’accompagnait, très logiquement d’ailleurs, de la théorie de l’autonomie du sujet qui devait, par méthode inductive, deviner les choses afin d’éviter que son magistral de prof ne les lui assène de façon par trop autoritaire. (La langue est fasciste, disait Barthes qui, lui, la maniait fort bien et pouvait donc en jouer !) Rares, bien sûr, étaient les « élus » qui devinaient ce qu’est un pronom et à moins de faire un cours là-dessus, tu vois une solution ?…

Anecdote significative : le dernier inspecteur venu m’inspecter m’a dit qu’il n’aurait pas fallu qu’on les écoutât… Personnellement, je ne l’ai pas fait, mais mes jeunes collègues étaient désemparés.

Le formalisme est venu se substituer à l’apprentissage de la langue. On n’avait plus besoin de la langue pour comprendre les textes ; on allait les comprendre sans elle ! Et sont arrivés tous les schémas actanciels qui te découpaient le machin en tranches ; tous les textes passés à la moulinette du tableau en question pour repérer l’élément déclencheur et autre situation finale. Sans compter les points de vue omniscients, internes ou externes et autres « statues » du narrateur qui parlaient si intimement aux élèves de sixième et cinquième. Les Chevaliers de la Table Ronde en ont pris un coup, les élèves et moi aussi. On quittait la littérature pour entrer dans la technique. Les « Temps modernes » de Chaplin battaient le rappel !

Je me souviens de mon fils (encore lui, à 11 ans cette fois-ci) me cueillant un matin avant de partir au collège pour m’avouer n’avoir rien compris à la cinquième question concernant un extrait de « Pinocchio » : « Préciser la situation de communication ». Dire : « Qui parle ? A qui ? Pour dire quoi ? » aurait sans doute été d’un prosaïsme affligeant ! Donc une seule question regroupant trois termes d’un formalisme aberrant pour un enfant de cet âge, mais pas que pour lui. Mon chirurgien ORL (qui n’est pas mon fils…) me dit un jour : « J’ai fait dix ans d’études supérieures et je ne comprends rien aux questions posées en littérature à ma fille en classe de première, je ne peux pas l’aider ! » On imagine pour ceux qui n’ont pas fait les études en question…

La conséquence de ce formalisme inouï fut, entre autres mais c’est une question capitale, une véritable cassure dans la transmission : parents complètement égarés, gamins répétant des mots ne faisant absolument pas sens pour eux.

Par ailleurs, le texte est devenu progressivement un prétexte à une méthodologie techniciste qui allait nous révéler la structure du squelette. Le texte est passé à la trappe ; les tableaux en tous genres et des méthodes peu compréhensibles ont pris le dessus. Des exercices de dissection, en somme…

Car il fallait sortir de la subjectivité (gros mot par excellence) et de la paraphrase (qui a pourtant le mérite – même s’il n’est pas question de s’en contenter – d’inciter l’élève à traduire avec des synonymes le texte qu’il décrypte et qui suppose, on l’aura compris, un minimum de vocabulaire…)

Non, il fallait étudier la forme qui allait nous révéler le sens, sauf que le sens a fini par échapper à la révélation.

Celle-ci m’est apparue de manière encore plus évidente au lycée. Que l’étude de la rhétorique soit revenue en force n’était pourtant pas pour me déplaire, mais il s’avère que c’est le contraire qui se produisit.

D’abord, le hiatus, pour ne pas dire l’abîme, entre le niveau de langue des élèves et les « savoirs savants » qu’on leur demande conduit à fabriquer de faux savants et de vrais analphabètes. Les Précieuses Ridicules ne sont pas loin et Molière s’en donnerait à cœur joie avec des élèves qui ne maîtrisent pas la syntaxe et qui te parlent « zeugme » et « blason ». Au théâtre ça fait rire, dans la vie ça afflige…

Mais on me dit que c’est cela qu’on exige d’eux (au bac, cela va sans dire) et qu’il faut donc inculquer les figures de style à des élèves qui vous disent « Madame, je sais pas quoi c’est… »

Figures de style qu’ils apprennent par cœur comme on répète le discours du Maître, et je ne vois d’ailleurs pas ce qu’on peut faire d’autre que « répéter le discours du Maître » sans y comprendre un seul mot quand on ne maîtrise pas la langue et que les mots ne font pas sens.

Ainsi, une élève qui a eu 20 au bac et qui était venue passer un oral blanc avec moi sur la scène 2 de l’acte I de Dom Juan, m’a dit que c’était en langage soutenu (vrai), que c’était un texte argumentatif (assurément), qu’on y trouvait des hyperboles pour convaincre – et de citer- (absolument), des périphrases pour persuader – et de citer – (sans aucun doute). Mais quand je lui ai demandé ce que Dom Juan disait dans cette tirade, elle ne savait plus quoi dire car elle n’avait pas compris le texte. Il lui manquait du reste la connaissance d’au moins un mot toutes les deux lignes…

D’autre part, le texte ainsi réduit à des procédés en tous genres, à sa forme (« dans le but de… ») induit une philosophie du langage qui ressemble étrangement à tous les discours journalistiques qu’on peut entendre depuis un moment et qui ne voient jamais que « des éléments de langage » dans le but de… ; à de la communication pour… etc. Cette philosophie du langage repose sur l’idée que, finalement, le narrateur instrumentalise celui-ci, entretient avec lui un rapport purement utilitaire, rapport plus ou moins caché que les « demi-habiles » que nous sommes allons, bien sûr, démasquer ! Tout est forme, le sens n’est plus, et le fameux « J’accuse » de Zola va être réduit à l’usage « d’une anaphore » pour frapper les esprits ! De la même façon, tel texte de Voltaire sur la tolérance verra l’idée de tolérance et ses raisons d’être disparaître au profit des « moyens utilisés pour convaincre ». De quoi ? On s’en fiche…

Et pour finir et dans le genre caricatural qui nous dit tellement l’esprit du temps, tu peux trouver dans un manuel de collège une phrase de ce genre : « Balzac utilise des adjectifs pour enrichir le portrait »…

Cette intentionnalité constamment prêtée au narrateur et que les petits malins que nous sommes allons bien vite débusquer est une injure à la littérature et au réel. Ainsi la colère de Zola et ce qu’il dénonce ne sont absolument plus ce qui compte ! Il me semble que pareille approche de la littérature, où le texte saute, où le sens saute, où le réel saute, où la vérité de ce qui est dit n’a strictement plus aucune importance et ne risque pas d’émouvoir ou de faire réfléchir repose sur une anthropologie misérabiliste ne voyant jamais que le seul « intérêt » des individus et la valeur « utilitaire » de leurs gestes, bref l’esprit de calcul !

J’ai vécu un certain nombre de ruptures, voire un nombre certain, avec des collègues très syndiqués, très politisés, et qui dénonçaient – à juste titre- la précarité et autres absences de moyens, mais pour lesquels l’enseignement des lettres qui nous était imposé ne posait strictement aucun problème, sinon que c’était un peu répétitif et vaguement ennuyeux, peut-être… Mais surtout, que les élèves ne sachent plus lire, écrire et s’exprimer n’était pas un problème majeur pour eux ! Ou plutôt qu’il était exclusivement lié à un fait social (tarte à la crème des « milieux défavorisés ») et jamais à l’enseignement lui-même. Et moi qui ai vécu mon enfance dans une cité HLM à Argenteuil, avec une mère institutrice à une époque quasi julesferrienne, je savais que ce n’était pas vrai.

J’ai eu des mots avec L*** lorsqu’il m’a montré une copie bourrée de fautes de syntaxe, d’orthographe et de grammaire et à laquelle il avait mis 20 parce que « ses objectifs méthodologiques étaient atteints » ! Tes objectifs méthodologiques ?! Et la langue ? Qu’est-ce que tu fais de la langue ?! Oh, la langue, a-t-il balayé d’un revers de la main, mais tu as vu où on est ?…

Autrement dit, pour les élèves du 93, c’est bien suffisant ! Vraiment ?! Quel curieux néocolonialisme que cette opinion là… Sans compter la bonne conscience politique que certains se donnent en croyant réparer ainsi les injustices sociales…

Comprends moi bien C***, ce sont des principes que je dénonce, et quand ce n’est pas la fausse charité pour des « malheureux » qui sévit, c’est la croyance en la méthodologie qui désincarne les textes et les lecteurs, et qui a pour conséquence ô combien peu négligeable… de dégoûter les gosses de la littérature.

Les dix tablettes

Enfin, et afin d’enterrer le cadavre, on n’aura rien trouvé de mieux que de supprimer… les livres.

Puisque le nouveau commandement est « à la technique tu te résoudras », nous voilà avec des tablettes à la place des livres en papier. Personnellement, j’ai voté contre et je ne crois pas avoir été la seule, et pourtant on s’est retrouvé avec cette « vacherie » qui correspond tout à fait à ce qu’un penseur appelle « le capitalisme paradoxant »[2] ; à savoir le fait de nous refiler des technologies censées accomplir des miracles et qui, au bout du compte, nous posent des problèmes supplémentaires… Il paraît (je ne sais pas puisque je continue de travailler sur papier) que ces petites choses excessivement fragiles se détraquent, voire cassent très facilement, et que c’est aux parents de les faire réparer, puis de s’adresser à leur police d’assurance pour se faire rembourser ! Même moi, je ne suis pas sûre que j’aurai le courage de le faire, mais pense un peu aux parents sri-lankais arrivés depuis peu et ne parlant pas la langue lorsqu’ils doivent  se débrouiller avec cela !

Je ne comprends absolument pas qu’on ait pu accepter un fait de cette envergure et je ne l’admets pas.

Alors, et pour terminer enfin (il faut bien), je te dirai donc que ma réticence à aller manifester pour nos conditions de travail est immense dès lors que l’éthique du métier est à ce point piétinée, et par les principaux intéressés.


[1] Rolland Gorri NDLR

[2] Vincent de Gauléjac NDLR

Insécurité: chiffres et non-dits

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Triste coïncidence de l’actualité, au moment où le ministère de l’Intérieur publie le peu reluisant bilan de l’insécurité et de la délinquance de 2022, le meurtre de la jeune Sihem fait la « Une », tragique illustration du bilan de l’(in)action du gouvernement et du législateur. 


Inaction ? Oui, ou plus précisément refus obstiné de s’attaquer aux deux principales causes de l’insécurité : l’idéologie qui gangrène tout notre système judiciaire, et l’importation massive de populations dont le rapport à la violence et à la loi est radicalement différent de celui qui fut le nôtre.

Le ministère de l’Intérieur est bien obligé de le reconnaître : « en France, la quasi-totalité des indicateurs de la délinquance enregistrée sont en hausse en 2022 par rapport à l’année précédente ». Litanie de chiffres inquiétants : +15 % de victimes de coups et blessures volontaires sur personnes de plus de 15 ans (après une hausse de +12 % en 2021), +12 % de viols et tentatives de viols, +11 % de cambriolages, +2 % de vols avec armes, +8 % d’escroqueries, et ainsi de suite. Comment l’expliquer ?

On regretterait presque le confinement

D’abord par un « retour à la normale » après une baisse conjoncturelle de la délinquance liée aux mesures Covid, en particulier au confinement. Il est assez simple de comprendre que si tout le monde reste chez soi il y aura moins de cambriolages, et que moins les gens circulent, plus les forces de l’ordre sont en mesure de contrôler ceux qui circulent et d’identifier parmi eux les malfaiteurs. La fermeture des frontières, bien entendu, a également joué un rôle très important : nombre de cambriolages, par exemple, sont le fait de groupes quasi-mafieux albano-kosovars, et le trafic de stupéfiants s’approvisionne surtout à l’étranger selon des filières bien connues.

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Ensuite, par des changements de paradigme. Si les violences intrafamiliales ont à ce point augmenté (+17%), c’est non pas parce qu’il y en a plus, mais d’une part parce que les victimes peuvent plus facilement porter plainte, et d’autre part parce qu’on judiciarise aujourd’hui ce qui, il y a peu, relevait des services sociaux ou de conseillers conjugaux. Un exemple : certains parquets parlent désormais de « violences psychologiques réciproques » pour une dispute conjugale où le ton monte mais où aucune violence physique n’est exercée. De même pour la définition pour le moins évolutive du harcèlement sexuel. À tel point que même Marlène Schiappa, pourtant l’une des principales responsables de cette évolution, a co-signé avec Tristane Banon (qui elle, en revanche, a toujours été lucide sur le sujet) une tribune dénonçant des dérives évidentes.

Enfin, et c’est hélas le principal, ces chiffres ne font que confirmer une tendance de fond, et c’est avant tout celle-ci qui doit nous mobiliser. Nous l’évoquions plus haut, elle a deux causes : les biais idéologiques de l’institution judiciaire, et certaines immigrations.

La harangue de Baudot

Les biais idéologiques sont connus, ils ont été explicités et même revendiqués par Oswald Baudot dans sa célèbre harangue de 1974. Celle-ci a d’ailleurs été qualifiée à juste titre de « bible de la gauche judiciaire » par Hervé Lehman, lui-même ancien magistrat et auteur d’un excellent ouvrage décryptant ce cancer de la justice française, des « petits juges rouges » au « mur des cons ». Cette orientation instrumentalise une « indépendance » de la justice totalement dévoyée : théoriquement garante d’indépendance, cette « indépendance » est devenue prétexte à une justice ouvertement militante, échappant à tout contrôle.

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Dès lors, se pose avec acuité – et le drame de Sihem, dont le meurtrier n’avait rien à faire en liberté, l’illustre – la question de la responsabilité personnelle des juges. Un médecin qui prescrit un mauvais traitement, un chirurgien qui « rate » son patient, un maçon dont le mur s’effondre, un restaurateur dont les clients ont une intoxication alimentaire, tous doivent rendre des comptes et peuvent être sanctionnés. De quel droit les juges seuls seraient-ils intouchables ?

Les ministres Eric Dupond-Moretti et Gérald Darmanin, Paris, 25 juillet 2022 © Jacques Witt/SIPA

Développons rapidement ce point. Le législateur prévoit, par exemple, que l’auteur d’un certain crime ou délit peut être puni de 10 ans d’emprisonnement au maximum. Les juges rejettent massivement l’idée des peines planchers, et s’arc-boutent sur la « personnalité des peines » (qui induit pourtant une inégalité entre citoyens et un arbitraire de la sanction, puisque pour les mêmes faits vous serez puni différemment selon le juge devant lequel vous comparaîtrez, en fonction des habitudes locales et de la sensibilité personnelle du magistrat). Soit. Mais puisque les magistrats sont attachés à leur propre liberté et ne veulent pas être seulement « la bouche de la loi », qu’ils assument la responsabilité qui accompagne cette liberté ! Si, donc, le juge décide de ne condamner qu’à cinq ans de prison au lieu des 10 possibles, il décide d’octroyer cinq ans de liberté au coupable. Ce faisant, il fait courir un risque à des victimes potentielles : qu’il assume lui-même ce risque, et soit personnellement responsable de tout crime ou délit que commettra le condamné entre la fin de sa peine et la fin théorique de la peine maximale qui aurait pu être prononcée. De même, bien sûr, pour l’application des peines : toute remise de peine doit engager la responsabilité de la personne qui valide cette remise.

On me dira que dans de telles conditions, les juges ne prendront pas de risque et prononceront systématiquement les peines maximales pour se protéger. Vraiment ? C’est donc qu’ils ont conscience qu’il y a un risque à laisser ou remettre certains individus en liberté, et qu’ils sont prêts actuellement à faire courir ce risque à de futures victimes potentielles qui n’y sont pour rien, mais ne seraient pas prêts à assumer eux-mêmes ce risque ! Laissons-leur le choix : préférer la prudence et l’enfermement pour empêcher un criminel de nuire, ou privilégier les belles raisons humanistes qu’ils invoquent aujourd’hui, mais en assumer personnellement les risques et les conséquences.

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Notons au passage que tout ceci relève du législateur : en donnant aux « juges rouges » les outils pour laisser libre cours à leur idéologie, en refusant de construire suffisamment de places de prison, et en alourdissant sans cesse administrativement la tâche des magistrats soucieux de la sécurité des innocents, le législateur (de droite comme de gauche) est bien évidemment co-responsable de toutes les dérives évoquées.

Immigration subie

Reste la question de l’immigration, ou plus exactement de certaines immigrations, car sur ce point comme sur beaucoup d’autres, confondre la communauté algérienne et la communauté vietnamienne serait aussi injuste qu’absurde….

Gérald Darmanin et Emmanuel Macron eux-mêmes l’ont avoué : certaines nationalités étrangères sont sur-représentées dans la délinquance. Et encore n’est-ce là que la partie visible de l’iceberg, puisqu’aux étrangers « administratifs » il faudrait pouvoir ajouter les étrangers de culture et de mœurs.

Comme l’ont très clairement montré Hugues Lagrange (dans Le déni des cultures) et Maurice Berger, la délinquance et plus encore la violence banalisée ont d’importantes racines culturelles, auxquelles s’ajoute une dimension génétique, non en raison de fumeuses considérations « raciales », mais tout simplement à cause des ravages de la fréquente consanguinité qui est la norme dans certaines cultures (et la même consanguinité sur plusieurs générations dans des familles « de souche », lorsqu’elle existe, produit le même résultat).

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En outre, il faut cesser de considérer comme de la simple délinquance ce qui relève du pillage d’une société moralement désarmée par une société étrangère agressive. La délinquance est un phénomène qui désigne, au sein d’un groupe, le non-respect de normes et de lois par certains membres du groupe. Là, il est question de membres d’un groupe exerçant une activité de prédation au détriment de membres d’autres groupes : ce n’est pas de la délinquance, mais des escarmouches aux frontières, ainsi qu’une violence interne au groupe visant à imposer à tous ses membres le respect de ses règles (c’est le harcèlement que subissent dans les « quartiers » les musulmanes non-voilées, les apostats, les homosexuels). Ajoutons la haine de la France, entretenue quotidiennement par la repentance, l’idéologie décoloniale et le soi-disant « antiracisme », mais aussi le « jihad d’atmosphère » qu’évoquent Gilles Kepel et Bernard Rougier, et on comprend que les « territoires perdus » et autres narco-califats ne sont pas des repaires de brigands, mais des enclaves étrangères, souvent de mœurs islamiques, pratiquant la razzia (la nationalité administrative n’ayant d’importance que pour percevoir aides, allocations, et autres milliards gaspillés de la « politique de la ville », lesquelles forment le « tribut versé aux barbares » – le cas du « gang Traoré » est symptomatique). Rappelons donc qu’une sourate du Coran s’appelle « le butin » et codifie le partage des fruits du pillage, et que ce n’est sans doute pas un hasard si la grande majorité de la population carcérale en France est musulmane (je renvoie, là encore, à la remarquable et très factuelle synthèse de l’observatoire de l’immigration et de la démographie).

En Scandinavie, on prend la mesure du problème migratoire

Enfin, n’oublions pas que tous les pays d’Europe font un constat similaire, par exemple la Suède mais aussi le Danemark ou la Norvège, qui l’ont également documenté, convergence d’observations trop forte pour être niée.

Disons-le très simplement : si on choisit d’importer le bled, il faut accepter que la sécurité passe par l’emploi des méthodes des forces de l’ordre du bled. Et si on se refuse à infliger à toute la population ces méthodes, il faut arrêter d’importer le bled.

Gérald Darmanin peut bien « condamner fermement » et « se rendre sur place », ou même augmenter les effectifs des forces de sécurité intérieure et tempêter contre leurs chefs, cela ne changera hélas rien à l’essentiel. Quand le bateau coule, la solution n’est pas d’écoper avec une cuillère plus grande, mais de colmater les fuites.