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Mesrine, un héros de notre temps ?

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Je ne comprendrai jamais les critiques cinématographiques. Ou rarement. Ainsi me suis-je aperçu, avec surprise, que Mesrine, l’instinct de mort était drôlement bien noté. Vraiment bien. Il n’y a bien que Le Parisien pour se demander comment une telle merde ait pu sortir sur nos écrans.

Ce n’est pas que le film est particulièrement mauvais en soi. Il est juste ennuyeux et dans la moyenne de la production cinématographique française. Non, le véritable problème c’est son sujet. Mesrine. Jusqu’ici, je ne le connaissais que de nom. Je veux dire, le mec était six pieds sous terre que je n’étais même pas né. Donc j’entretenais le fantasme du truand typique des années 1970. Autrement dit, pour un fin connaisseur comme moi, Spaggiari.

Quelle déception.

Mesrine est un braqueur minable. Et pas très doué en plus. On m’a dit qu’il s’améliorait dans le deuxième film. Il est évident qu’il avait de la marge de progression. Et, pire que d’en faire un nul, Cassel campe Mesrine en demeuré. Alors, bien sûr, je me suis posé la question. Quelle est la part de Cassel et de Mesrine dans ce personnage de loser ni sympathique ni attachant, ni quoique ce soit d’ailleurs ?

Je sais ce que vous pensez. Oui, Mesrine est peut-être un naze. Mais il se tape Cécile de France. Et il est pote avec Roy Dupuis. Le type qui jouait dans la série La femme Nikita.

Ouais.

Cela dit, il me semble compliqué de faire l’inverse. Tout ce qu’on peut s’imaginer avec Cécile de France, c’est bien se la taper. C’est un peu comme Zidane en fait. Il ne faut pas le sortir d’un terrain de foot. Un tête-à-tête au restaurant avec Zinedine, dans mon idée, ce serait un peu comme dans Seul au monde avec Tom Hanks – si vous voyez ce que je veux dire. Quant à faire des cochonneries avec Roy Dupuis… Bon. C’est une belle gueule de bûcheron canadien.

Mais enfin.

Le meilleur moment dans le film, je crois d’ailleurs que c’est la prison canadienne. Putain. C’est là que vous vous rendez compte que les Canadiens, c’est un peu l’équivalent pour les Américains de nos Belges à nous.

Je veux dire, vous franchissez la frontière, et vous vous retrouvez à Fox River, des toilettes à dévisser, des gardiens à ligoter, des Taj Mahal à construire, le tout pour une évasion minutée et de haute volée. Tandis qu’au Canada, pour sortir d’une prison, vous prenez une pince coupante et, en pleine promenade dans la cour, vous coupez les grillages et puis vous partez dans la forêt rejoindre les ours. Et voilà.

Si vous n’oubliez pas de courir, ça devrait le faire.

Le meilleur étant quand même quand Mesrine et Roy Dupuis tentent de délivrer leurs copains restés dans cette fichue prison. Une sorte de paradigme de Buffy avant l’heure. Un plan génial. Ils prennent une voiture. Ils foncent vers la prison. Ils s’arrêtent aux grillages. Ils tirent sur les miradors. Ils tentent de balancer des flingues à leurs potes de l’autre côté.

Sauf que le plan génial a un petit raté.

Ah merde, Roy ! Où est-ce que j’ai foutu de la pince coupante ?

Je corrige donc. Pour s’enfuir d’une prison canadienne il faut ne pas oublier de courir et de prendre une pince coupante. Sinon, quand tu cours, tu tapes la grille. Et vu que t’es trop gros pour passer entre les mailles, ben tu peux plus avancer.

Alors, certes, ça peut avoir un côté romantique. Je pense à la charge ahurissante dans Le colonel Chabert. Mais bon, la bataille d’Eylau est une victoire. On me dira que, même en cas de défaite, ce genre d’action peut être magnifique. Je pense là à 300[1. Ou, autrement dit, la bataille des Thermopyles. 300 spartiates en jupette luttant contre toute l’armée de Xerxès Ier. Il y en a qui préfèrent le champs des Merles, mais bon, c’est une vraie défaite pour le coup. Ce doit être un truc de jeunes mecs vaguement occidentaux je crois.] et je vous le concède volontiers. Mais bon. Dans 300, je ne sais pas, il y a une idée. Des montagnes. Un défilé. Une stratégie. Un objectif.

Je ne dis pas que ce n’était pas courageux de la part de Mesrine. Mais c’était aussi très con il faut le reconnaître. C’est d’ailleurs un peu la définition du criminel célèbre. Ben oui. Tu ne peux devenir célèbre dans ce corps de métier que si tu es assez bête pour te faire prendre. Ou te faire balancer. Voilà pourquoi j’ai du mal, pour ma part, avec les criminels qui ne me sont pas inconnus. J’admire donc ceux dont je n’entends jamais parler. Le criminel caché on va dire. Qui reviendra un jour. Et viendra m’enlever dans mon lit pour m’emmener avec lui.

Hum.

Voilà aussi pourquoi je n’avais de posters d’accrochés dans ma chambre d’adolescent.

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Gaza : Reuters vs AFP

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Les victimes civiles, et les drames humains bien réels engendrés par l’intervention à Gaza ne nous laissent pas indifférents. Loin de là. Pas au point cependant de perdre tout contact avec les faits, et leur vérification. Pendant la première journée du cessez-le-feu unilatéral décrété par Israël, les medias ont relayé le nombre de 95 morts retrouvés dans les décombres. D’autres médias rapportent le nombre de cadavres retrouvés mais il faut lire le papier de Reuters publié par le site du New York Times pour avoir ces quelques détails qui changent tout : la plupart des 95 cadavres découverts dimanche 18 janvier sont des corps de combattants (« Palestinian ambulances picked up more than 95 bodies, most of them gunmen, that had lain in the rubble of buildings and open areas around Beit Lahia, Hamas health officilas said »). L’AFP annonce : « Quelque 95 corps de Palestiniens ont été retrouvés dimanche dans des décombres dans la bande de Gaza depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu israélien, selon le chef des urgences du territoire palestinien. La plupart de ces cadavres ont été extraits des ruines des bombardements israéliens à Jabaliya et Beit Lahya, dans le nord de la bande de Gaza, ainsi que dans le quartier de Zeitoun de Gaza-ville, a précisé ce médecin. »
Nous ne pourrons jamais assez remercier ce médecin pour cette précision. En fait, l’adresse exacte du lieu où ces cadavres ont été retrouvés est un élément essentiel, alors que le fait qu’ils étaient en majorité armés est bien évidement un détail insignifiant.
Pourquoi cet oubli ? Mais bien sûr ! A cause du blocus israélien sur l’info, l’AFP n’a pas pu envoyer des journalistes sur place pour vérifier. Oui, ça doit être ça. Heureusement, la correspondante de France24 sur le terrain peut nous raconter, toute émue, avoir été témoin de la découverte d’un bébé de trois ans mort il y a trois semaines et enseveli sous les décombres. Pour les autres cadavres, on nous laisse comprendre que c’est pareil. Car, on le sait bien : le terrain, lui, ne ment pas.

Yann Arthus-Bertrand prend la pose

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La semaine dernière, chez Taddeï, j’ai pu voir Yann Arthus-Bertrand faire le service après-vente de son grand-œuvre avec une bonne foi désarmante. 6 milliards d’autres, le documentaire XXXL de l’ami Yann diffusé sur France 5, c’est 5 h 30 d’interviews sans sursis. Pas moins de 5 000 personnes de 75 pays y répondent tour à tour à 40 questions concoctées par le roi Arthus en personne – et ça se voit… La vie, l’amour, la mort ; la nature et la culture ; la haine, la peur, la guerre, et dieu dans tout ça…

L’ambition du photographe céleste, en nous balançant cet OVNI digne du Guinness Book ? À défaut d’être affichée, elle est évidente : remplacer dans le cœur des Français, à la tête du hit-parade des gens bons, mère Teresa, sœur Emmanuelle et l’abbé Pierre, mais aussi Nicolas Hulot, feu Cousteau et les restes de Kouchner.

Et puis, à la réflexion, l’Hexagone lui-même n’est-il pas un peu exigu pour cette grande âme ? Depuis le succès mondial de son album La Terre vue du ciel, Arthus-Bertrand peut légitimement aspirer à une carrière de « gentil » planétaire – avec au bout, pourquoi pas, un prix Nobel en solde ?

Dans cette perspective, le moins qu’on puisse dire c’est qu’à « Ce soir ou jamais », le bonhomme a fait le job ! De tautologies en déclarations de (bonnes) intentions, il s’est affirmé comme le plus grand humaniste aux yeux bleus que la Terre ait jamais porté.

Des exemples ? Y a qu’à demander ! Y. A.-B. est contre la guerre, savez-vous : « Vu d’hélicoptère, il n’y a pas de frontières ! », assène-t-il aux bellicistes qui sommeillent en nous. Et notre saint laïc d’approfondir encore sa pensée : « Mon grand-père haïssait les Allemands, et aujourd’hui nous travaillons avec eux la main dans la main. » Alors, suivant cet exemple, pourquoi ne pas réclamer que « Palestiniens et Israéliens s’embrassent » ? Sauf que dans le premier cas il aura fallu trois guerres, dont deux mondiales… C’est ça ton modèle, Yann ?

Pour parfaire le portrait, une larme d’écologie ne saurait nuire : « L’homme ne survivra pas s’il ne respecte pas enfin la biodiversité ! », menace le visionnaire. OK chef, même mes enfants savent ça. T’as quoi d’autre dans ta besace ? Un physique ! YAB, c’est un peu notre Paul Newman à nous, la moustache en plus, mais la lueur de malice en moins dans ses beaux yeux bleus (voir supra).

Et puis, à la fin du compte, une hauteur de vue que même les taïkonautes lui envient : « Tous les gens que j’ai rencontrés sont uniques », ose-t-il. Il pleut des vérités premières ; tendons nos rouges tabliers… Sans doute inspiré par cette envolée, le fameux slammeur Abd Al Malik, présent aussi chez Taddeï ce soir décidément tragique, a cru devoir surenchérir dans un élan de jargonaphasie visiblement incontrôlé – que je me dois de citer, parce qu’il faut pas gâcher : « La question, c’est qu’est-ce qu’on va faire pour s’interroger sur notre rapport à l’acceptation de l’Autre dans la différence, concrètement ? » Tout est dans le « concrètement » !

Mais notre héros Yann joue surtout la modestie. Par exemple, cette idée géniale de pyramide horizontale que le Maître a su développer sur 700 heures, eh bien elle ne lui est venue, de son propre aveu, qu’à la suite d’une panne d’hélicoptère au Mali. « On est bien peu de choses », comme disait Françoise Hardy. Bref, en attendant Europe Assistance, Yann a soudain rencontré un Malien normal qui lui a dit, tenez-vous bien : « Mon seul but dans la vie, c’est de nourrir mes enfants… » Et là, ce fut le choc, la révélation ; bref une sorte de « chemin de Bamako » pour le futur saint Yann. (Les pauvres, bon sang ! A force d’humanisme, il avait failli les oublier…)

Voilà, j’ai dit tout le bien qu’il fallait penser de ce sympathique lacrymagogue. La place me manque pour en dire du mal.

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Physique de radio

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Il était temps ! La radio publique française rattrape enfin son retard sur la télé et passe à la couleur. Radio France a choisi la veille de l’investiture d’Obama à la présidence américaine pour célébrer la diversité : toutes les radios du groupe participent aujourd’hui à la « journée exceptionnelle, destinée à apporter une voix singulière au débat sur la représentation des minorités dans les médias et dans la société française ». Rien que ça. Président-directeur général de Radio France, Jean-Paul Cluzel s’explique dans une tribune parue dans Le Monde : « Le 20 janvier, Barack Obama accèdera à la Présidence des Etats-Unis. A ses côtés travaillera une équipe gouvernementale où les hommes blancs seront, pour la première fois dans le monde occidental, minoritaires par rapport aux femmes, aux noirs, aux latinos ou aux asiatiques. » Personne ne s’était encore rendu compte qu’en remplaçant Condoleezza Rice par Hillary Clinton la diversité en sortait grandie… Au fait, à quand un pdg de Radio-France noir ?

Touche pas à ma trotteuse

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Rarement on aura vu un pays plus uni dans le ressentiment. La France exècre et abomine un seul objet : les montres. La détestation horlogère est devenue ce qu’il y a de plus commun aux citoyens de ce pays. Depuis quelques mois, il ne se passe pas un jour sans qu’un homme politique, un journaliste ou un simple citoyen n’exprime son aversion pour les aiguilles, les rouages, les remontoirs, les bracelets et les cadrans. La situation est devenue telle que les autorités craignent les exactions et n’excluent plus un autodafé de pendules place Vendôme.

Comment en est-on arrivé là ? A vrai dire, on n’en sait trop rien. Peu s’en souviennent et ceux qui ont vécu l’irrésistible ascension de la haine ne sont pas encore prêts à parler. Tout a commencé par des ricanements sur les montres prétendument bling-bling que le président français se plaisait à porter aux poignets ainsi qu’aux chevilles. Puis, sous couvert d’identité nationale et d’immigration, un ministre s’est mis martel en tête de chasser le vendeur de breloques à la sauvette du côté de Barbès. Tout s’est ensuite accéléré et c’est un pauvre député qui a fait les frais de la vindicte populaire. Monté de sa province à Paris, il ne savait pas, le brave homme, qu’il était désormais interdit de porter une montre en public. On le prit sur le fait et l’on décida de le fesser cul nu pour l’exemple. Mais on se ravisa : ce ne sont pas ses grosses fesses roses qu’on exhiba en place de Grève, mais sa vie privée et ses comptes en banque. Aux dernières nouvelles, attaché au fond d’un cachot humide, nourri au pain sec et à l’eau, il attendrait, résigné, son exécution, priant le Grand Horloger de lui épargner l’heure fatale.

Pourquoi est-il aussi mal vu d’avoir une montre aujourd’hui en France ? Les choses sont suffisamment claires pour que personne ne veuille les croire : avoir une montre est le dernier acte politique vraiment de gauche qui puisse subsister dans un pays voué à l’hydre sarkozyste. A-t-on vu un homme de droite donner jamais quelque chose ? Evidemment que non. Il faut être de gauche pour avoir la présence d’esprit de porter un bracelet-montre et de se mettre ainsi en capacité de donner l’heure à qui vous la demande. Un immigré, un prolétaire, un chômeur, un gay qui peut se pacser grâce à Lionel Jospin, un Parisien qui peut être heureux grâce à Bertrand Delanoë, une ouvrière qui débauche dès le mardi après-midi grâce à Martine Aubry, une écrivaine ou une auteure qui n’a même plus besoin de néologiser toute seule dans son coin grâce à Ségolène Royal : n’importe qui peut demander l’heure à un homme de gauche. Il la lui donnera. Avec cœur et sans arrière-pensée.

Et quand on est vraiment de gauche, c’est-à-dire quand l’on croit que l’Humanité est autre chose qu’une fête annuelle où se produit Didier Barbelivien, on s’évertue à porter une montre à complications, parce que la solidarité ne connaît pas de frontière et qu’il peut arriver qu’un Chinois ou un Vénézuélien en goguette à Paris vous demande l’heure qu’il est. Si vous n’avez pas à votre cadran ni le fuseau de Pékin ni celui de Caracas, bonjour les convictions cosmopolites ! Il faut être aussi farouchement socialiste qu’internationaliste pour porter au poignet une montre à complications[1. Quant à l’ultra-gauche, chère à Bruno Maillé et Jérôme Leroy, ses représentants ne se déplacent jamais sans une horloge franc-comtoise. Au moins.].

Lénine s’était trompé : le socialisme, ce n’est pas l’électricité plus les soviets. C’est la montre et ses complications. Qui aura donc l’audace d’envoyer des radios-réveils rue de Solférino ?

Obama en slip…

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L’insaisissable et génial photographe britannique Martin Parr a encore fait des siennes. Celui qui a su transformer en chef d’œuvre artistique une assiette de fish & chips, bien plus subtilement que d’autres une boîte de Campbell Soup, a posé son regard bienveillant et impitoyable sur l’obamania dont furent saisis les USA durant l’année 2008. Il a ramené de cette campagne quelques clichés mémorables comme ceux-ci :

© Collection Parr/Magnum

Il faudra hélas patienter jusqu’au 30 juin prochain pour découvrir au Jeu de Paume l’expo monumentale Planète Parr, coproduite avec la Haus der Kunst de Munich, où Martin exhibera notamment quelques incunables extraits de sa collection personnelle d’objets cultes, telles la théière « Maggie Thatcher » ou sa montre à l’effigie de Saddam Hussein.

© Collection Parr / Magnum Photos.

Israël coupable, forcément coupable

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Israël fait la guerre. Et une fois de plus, le monde entier entre en transes.

D’abord, il y a des images insoutenables et des chiffres. Images de corps déchiquetés, de civières ensanglantées. Plus de mille tués du côté palestinien et moins de vingt du côté israélien. Que faudrait-il pour ce film d’horreur satisfasse ses spectateurs : que les juifs soient fidèles à leur histoire, que des Israéliens sa fassent tuer par milliers ? Qui s’interroge sur la tactique du Hamas qui s’abrite derrière des civils pour mieux donner de lui même l’image du martyr ? Dans une vision politique réduite à l’émotion provoquée par la violence des images, il est certain que la tactique du Hamas remporte du succès auprès d’un public autant avide de gore que de compassionnel.

Le malheur palestinien est réel, nous ne le contesterons pas, mais ce malheur a d’abord pour raison d’être le garrot intellectuel que son leadership successif a passé autour de son cou. Ce que les Palestiniens et leurs amis arabes détestent d’Israël c’est qu’Israël est le miroir de leur désastre. Quelle issue à cet enfermement sinon dénoncer en Israël l’unique raison de tous ses échecs et de toutes ses frustrations ?

Pourquoi les passions se déchaînent-elles dès qu’Israël attaque ses ennemis ? Qui est l’agresseur et qui est l’agressé ? Quel pays au monde peut accepter de voir une partie de son territoire régulièrement bombardé à l’aveuglette pendant des mois et des années ? La France supporterait-elle de voir Lille ou Strasbourg touchées par des missiles venus de l’autre côté de sa frontière sans réagir ? On dirait que cela fait partie du juste ordre des choses que le sud d’Israël ait reçu plus de dix mille roquettes en quatre ans. Mais qu’Israël attaque ceux qui lancent ces fusées et ce sont des crimes contre l’humanité, un génocide en cours de réalisation qui sont dénoncés par toutes les consciences brutalement vigilantes. Que ceux qui lancent ces roquettes aient pour programme politique l’élimination d’Israël, lui dénient toute légitimité, tout droit à l’existence, ferait-il aussi partie des choses normalement admises par nos opinions, nos élites, nos intellectuels, nos médias ?

Ce parti, le Hamas, a pris le pouvoir il y a deux ans contre son frère ennemi, le Fatah au cours de tueries dont la férocité contredit la tendre innocence dont il essaie de se grimer. Qui est le Hamas ? Que dit sa charte : « Israël existera et continuera d’exister jusqu’à ce que l’islam l’anéantisse comme il a anéanti d’autres auparavant. » Article 6 : « Le Mouvement de la Résistance Islamique est un mouvement palestinien honorable qui fait allégeance et à Allah et à sa voie, l’islam. Il lutte pour hisser la bannière de l’islam sur chaque pouce de la Palestine… » Article 13 : « Il n’existe pas de solution à la question palestinienne, excepté le jihad. » Article 7 : « Le Prophète, qu’Allah le bénisse, a dit : « Le Jour du Jugement dernier ne viendra pas avant que les musulmans ne combattent les juifs, quand les juifs se cacheront derrière les rochers et les arbres. Les rochers et les arbres diront, ô Musulmans, ô Abdallah, il y a un juif derrière moi, vient le tuer. » » Il faudrait citer in extenso ce texte hallucinant de haine pour prendre la mesure du fanatisme de son idéologie.

A-t-on déjà oublié ce que sont les bombes humaines ? A-t-on compris cette idolâtrie de la mort que les médias en Occident nomment « attentats-suicides » ? Or ces attentats-suicides ne sont pas suicidaires mais jubilatoires pour une psyché apocalyptique qui fait du meurtre, la clef du paradis ? A-t-on déjà oublié ce qui vient de se produire à Bombay ? A-t-on oublié les avions sur New York ? A t on déjà oublié les attentats de Madrid, de Londres, de Bali, de Rabat, de Mombasa ? A-t-on oublié les massacres collectifs en Algérie ? C’est la même idéologie fanatique qui anime ces mêmes groupes que sont le Hamas, le Hezbollah et autres GIA. Ne pas vouloir le voir c’est s’interdire de comprendre ces exhibitions de cadavres brandis comme autant de martyrs. Le Hamas a compris que seule la compassion pour les victimes peut toucher les âmes chloroformées d’un Occident qui ne sait plus ce que veut dire vivre en armes, qui ne sait plus ce que veut dire passer ses nuits dans des abris, d’un Occident qui ne sait plus ce que représente la transmission du fusil des mains du père à celles de son fils.

Qui peut croire honnêtement qu’en Israël on bombarde avec plaisir, qu’on parte à la guerre avec jubilation, qu’on fasse trois ans d’armée avec bonheur ? Qui peut imaginer que ce peuple soit un peuple de tueur d’enfants ? Avez-vous lu Amos Oz ? Avez-vous lu David Grossman ? Il faut avoir en mémoire ces mots terribles de Golda Meïr : « Nous sommes prêts à pardonner aux Palestiniens d’avoir tué nos enfants, mais nous ne sommes pas prêts de nous avoir appris à tuer les leurs. » L’été 2008, en échange de la restitution des dépouilles de ses soldats kidnappés au Liban Israël a libéré un terroriste libanais, Samir Kountar, coupable de l’assassinat dans des conditions particulièrement atroces, en 1974 d’un père israélien et de sa fille de quatre ans tuée à coup de crosse. Cet homme fut accueilli en héros au Liban, salué par toute la classe politique. Les peuples ont les héros qu’ils peuvent.

Dès lors comment penser ces discours répétitifs, ces comportements monomaniaques de certains journalistes, cette obsession, ces commentaires fielleux à l’égard d’Israël dès qu’Israël fait la guerre ? Certes la comparaison n’est pas une bonne excuse, mais tout de même : cinq millions de morts au Congo en dix ans, cinq cent mille morts au Darfour en cinq ans, des centaines de milliers de personnes déplacées, ça n’intéresse personne. Une guerre sans nom au nord de Ceylan entre cinghalais et tamouls, mais qui s’en soucie. Un peuple sous la botte chinoise, mais les Tibétains ne sont pas le grand marché du monde. Ces faits n’intéressent donc pas nos commentateurs avisés ? Un Algérien égorgé par un jihadiste du GIA a-t-il moins d’intérêt qu’un Palestinien tué par un soldat israélien ? Les massacres arabo-arabes seraient ils plus acceptables que la guerre faite par Israël ?

Comment accepter sans broncher que ce soit au cours de la super chic émission « Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéi, que la représentante des « Indigènes de la République » puisse insulter la République et ses lois, traiter l’Etat d’Israël de raciste, faire la promotion d’une manifestation pro-Hamas et ne trouver en face d’elle que le silence gêné d’intellectuels ? Quelle est cette danse de saint Gui qui agite la gauche dès que c’est Israël qui est en cause et qui croit progressiste d’aller défiler sous les drapeaux du Hamas et du Hezbollah ? Si madame Buffet possède encore quelques neurones ne sait-elle pas que les secondes victimes des islamistes iraniens furent les communistes du parti Toudeh, atrocement liquidés comme autant de mécréants ?

Il y a autre chose que la critique ou la condamnation d’une politique quand il s’agit d’Israël. Non la fièvre qui s’empare des commentateurs nous dit autre chose, bien plus grave, bien plus profonde. Israël dérange. Il y aurait une sorte de soulagement chez certains en Europe à pouvoir dire à ces israéliens-juifs : « Vous faites aux Palestiniens ce que nous vous avons fait » avec, pour la France, ce codicille : « Vous faites aux Palestiniens ce que nous avons fait aux Algériens… » Ce règlement de compte par procuration soulage bien des consciences.

Israël a fait des erreurs. Israël a sans aucun doute de grands torts dans ses politiques, dans son système démocratique paralysant, mais cet Etat porte structurellement un refus de la pensée totalitaire, un refus de la barbarie, un refus de la soumission et c’est cela que les nazis voulaient anéantir et c’est cela que les Hamas et Hezbollah veulent détruire. Que des Européens, des Français, des gens de gauche, des intellectuels, supposés dotés de raison et de capacités critiques, refusent de le voir et de le comprendre est à la fois pathétique, consternant et désespérant. Voulez vous vivre avec le Hamas ?

Boecklin von Boecklinsau

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jmb

Grand connétable du Saint-Empire romain germanique, Boecklin von Boecklinsau quitta les Impériaux en 1513 pour rejoindre François Ier. Il s’occupa un temps de l’extension du royaume vers le sud, avant d’être vilipendé par les rois de Navarre (ce que n’aimait pas François Ier qui n’était pas Henri IV). Boecklin von Boecklinsau dut alors se faire une raison après la bataille de Marignan en consacrant sa vie et son talent aux rescapés de l’effroyable bataille qui se déroula en 1515 (pour les ignares). Comme en témoignent les principaux historiographes, les anciens combattants de Marignan surent reconnaître en lui le plus habile des hommes politiques de sa génération malgré les brusques manières que le grand connétable adoptait parfois : « Il est moderne quoique un peu gauche », déclarait notamment Erwin von Besson, guillotiné en 1516 sur ordre de François Ier. On doit ce tableau à Hans Baldung Grien, qui signa là l’un de ses « chefs d’œuvre » (on attend encore la suite)…

Hans Baldung-Grien, Porträt vom Boeckin von Boecklinsau, huile sur bois, 1513. Conservée au Musée de la Bonne Impression, Mulhouse (68).

Le Prisonnier avait-il lu Debord et Muray ?

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Bonne nouvelle, on peut s’échapper du Village. Mauvaise nouvelle, le seul moyen, c’est en mourant. En trépassant à l’âge de 80 ans, Patrick Mc Goohan va désespérer tous ceux qui avaient appris le vrai visage du totalitarisme moderne en regardant les dix-sept épisodes du Prisonnier. De cette série qui passa pour la première fois à la télé britannique en 1967 et que d’aucuns appelèrent « un chef d’œuvre télévisionnaire[1. Cette expression est empruntée à l’ouvrage de référence, Le Prisonnier, chef-d’œuvre télévisionnaire, publié en 1989 aux éditions Huitième art, sous la direction d’Hélène Oswald et Alain Carrazé, avec des textes de Jacques Sternberg et de Topor. Hélas, difficilement trouvable.] », Patrick Mc Goohan fut le personnage principal, écrivant et réalisant lui-même plusieurs épisodes: il a incarné et incarnera pour toujours, désormais, un certain dandysme ironique et désespéré, tenace et distancié à la fois, celui des hommes qui continuent envers et contre tous le travail du négatif dans un monde d’approbation généralisée.

Il faut savoir que s’il y a une série culte, c’est bien Le Prisonnier : des centaines d’aficionados tiennent chaque année une convention dans le Pays de Galles, à Portmeirion où fut tournée la série. Portmeirion est une manière de village-folie d’un architecte des années 1920 qui y résuma tous les styles existants, faisant de cet endroit un parfait non-lieu.

L’argument de la série, exposé dès le générique, est simple : un espion anglais démissionne des services secrets ; à peine rentré chez lui dans sa Lotus Seven, il est drogué, enlevé et se réveille au Village. Le Village est un endroit non situé géographiquement, comme il convient dans le genre utopique, où vivent des habitants qui ont tous l’air très heureux. Ils sont habillés trop classe, comme aux plus belles heures du Swinging London, disent rituellement « Bonjour chez vous[2. Très judicieuse traduction du Be seeing you ! de la V.O.] ! » quand ils se croisent, roulent dans des voiturettes de golf et portent au revers un badge avec un vélocipède et un numéro. Ils ne se posent jamais de questions sur le pourquoi leur présence dans cet endroit dirigé avec une douceur monstrueuse par un numéro 2. Lequel obéit à un numéro 1 que l’on ne verra jamais sauf à la fin, dans le dernier épisode, et encore, à condition de s’y retrouver dans ce poème visuel sous LSD et de choisir une des multiples solutions possibles à cette fable philopsychédélique.

Patrick Mc Goohan, qui porte le numéro 6, tente à chaque épisode de déstabiliser le Village en refusant les règles et en annihilant psychologiquement le numéro 2, manifestement envoyé là pour lui faire avouer on ne sait quels secrets. Néanmoins, un nouveau numéro 2 remplace toujours le précédent et les tentatives répétées d’évasion du Prisonnier se soldent toutes par des échecs : il est en général rattrapé par une espèce de monstrueuse baudruche blanche et molle qui jaillit des profondeurs de la mer et le ramène vers la côte.

On l’aura compris, Mc Goohan, en mourant, a sans aucun doute rejoint Kafka, Zamiatine, Orwell et, bien sûr Philippe Muray. Car le Village préfigure jusque dans les moindres détails, l’actuel empire festiviste du Bien. Au Village, la participation aux activités collectives n’est pas obligatoire mais fortement recommandée. Au Village, les portes des cottages, ne ferment pas à clef, puisqu’on n’a rien à cacher. Au Village, on organise parfois des élections du numéro 2 qui ne changent rien au système en place. Au Village, la répression est essentiellement médicalisée et tout rentre dans l’ordre après une bonne thérapie comportementale qui vous libère de vos sales manies individualistes. Ces traitements de choc tout en douceur sont aussi supposés vous dissuader de vous livrer à des voies de fait sur vos voisins – tellement prévenants et tellement souriants que Patrick Mc Goohan ne songe qu’à les étriper, alors qu’on a pourtant l’impression que l’adjectif flegmatique avait été spécialement inventé pour lui. Au Village, bien avant Balkany à Levallois, le choix d’abdiquer la liberté au profit de la sécurité est clairement assumé grâce à la l’omniprésence des caméras de surveillance et des micros espions.

Bref, on retrouve dans cette série les traits principaux des grands cauchemars visionnaires du XXe siècle : la surveillance panoptique comme dans 1984 avec les télécrans ; l’intimité interdite et la transparence obligatoire comme dans Nous autres de Zamiatine et ses maisons de verre ; le caractère purement formel de la démocratie quand le vrai pouvoir, occulte, s’appuie sur l’opacité procédurière et enfin le secret généralisé comme dans Le Procès de Kafka.

Toute l’intelligence de Mc Goohan est, alors que nous sommes en pleine guerre froide, de ne pas renvoyer spécifiquement au totalitarisme soviétique comme la plupart des films et séries de l’époque. Le Village est en effet un endroit très lumineux, sans forces de l’ordre omniprésentes, sans barbelés, sans goulags, sans check-point pluvieux. On se croirait plutôt dans un club de vacances pour retraités upper middle class. Pourtant l’angoisse vient aussi, mais pour des causes différentes : couleurs si vives, intérieurs trop cosy, ciel toujours bleu et résidents forcément de bonne humeur. C’est que le numéro 6 pointe la naissance d’un autre totalitarisme : celui, beaucoup plus métastasé et inédit, des démocraties modernes où toutes les activités humaines sont en passe d’être informatisées, au nom du bonheur et de la rationalité économique.

Rappelons la fin du dialogue du célèbre générique :
– Qui êtes-vous ?
– Le nouveau numéro 2.
– Qui est le numéro 1 ?
– Vous êtes le numéro 6.
– Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre !

Le refus de Mc Goohan, considéré comme obsessionnel, d’être numéroté, préfigure d’évidence les révoltes anti-technologiques qui commencent aujourd’hui à se faire jour dans une certaine partie éclairée de la jeunesse, celle qui voit l’insurrection qui vient[3. Nous souhaitons à Yldune Lévy un bon retour à la maison.].

Rappelons-nous également que l’année de sortie de cette série qui ne connut que dix-sept épisodes – à cause de la panique qu’elle déclencha chez les spectateurs anglais – est la même année, 1967, que celle de la parution de La Société du Spectacle de Guy Debord. Pendant que Mc Goohan, dans son très élégant veston noir à liseré crème, s’acharnait à débusquer et détruire le numéro 1, voilà ce qu’écrivait Debord : « Le spectacle est le discours ininterrompu que l’ordre présent tient sur lui-même, son monologue élogieux. C’est l’autoportrait du pouvoir à l’époque de sa gestion totalitaire des conditions d’existence. »

Ce monologue élogieux est devenu notre quotidien. Un visionnage de la série dystopique de Patrick Mc Goohan permettra, pour quelques heures, de l’interrompre.

Pour quelques heures seulement, ne rêvons pas.

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Just say cheese !

5

Suite à l’augmentation de 300 % des droits de douane sur le Roquefort décidé par l’administration américaine, Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées, a envoyé un « coffret prestige » de ce fromage au futur président américain. Un conseil de crise a été immédiatement réuni autour de Barack Obama qui s’apprête, dès le lendemain de l’investiture, à déposer une demande de résolution à l’ONU. La France, et la région Midi-Pyrénées en particulier, seront obligées de se soumettre des inspections internationales afin de vérifier qu’il n’existe pas d’autres armes chimiques de destruction massive sur notre territoire. En cas de refus, des frappes ciblées seraient envisagées sur plusieurs objectifs stratégiques : Roquefort, bien sûr, mais aussi les principaux centres de collecte du lait de brebis : Sainte-Affrique, Marvejols, voire Rodez.

Mesrine, un héros de notre temps ?

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Je ne comprendrai jamais les critiques cinématographiques. Ou rarement. Ainsi me suis-je aperçu, avec surprise, que Mesrine, l’instinct de mort était drôlement bien noté. Vraiment bien. Il n’y a bien que Le Parisien pour se demander comment une telle merde ait pu sortir sur nos écrans.

Ce n’est pas que le film est particulièrement mauvais en soi. Il est juste ennuyeux et dans la moyenne de la production cinématographique française. Non, le véritable problème c’est son sujet. Mesrine. Jusqu’ici, je ne le connaissais que de nom. Je veux dire, le mec était six pieds sous terre que je n’étais même pas né. Donc j’entretenais le fantasme du truand typique des années 1970. Autrement dit, pour un fin connaisseur comme moi, Spaggiari.

Quelle déception.

Mesrine est un braqueur minable. Et pas très doué en plus. On m’a dit qu’il s’améliorait dans le deuxième film. Il est évident qu’il avait de la marge de progression. Et, pire que d’en faire un nul, Cassel campe Mesrine en demeuré. Alors, bien sûr, je me suis posé la question. Quelle est la part de Cassel et de Mesrine dans ce personnage de loser ni sympathique ni attachant, ni quoique ce soit d’ailleurs ?

Je sais ce que vous pensez. Oui, Mesrine est peut-être un naze. Mais il se tape Cécile de France. Et il est pote avec Roy Dupuis. Le type qui jouait dans la série La femme Nikita.

Ouais.

Cela dit, il me semble compliqué de faire l’inverse. Tout ce qu’on peut s’imaginer avec Cécile de France, c’est bien se la taper. C’est un peu comme Zidane en fait. Il ne faut pas le sortir d’un terrain de foot. Un tête-à-tête au restaurant avec Zinedine, dans mon idée, ce serait un peu comme dans Seul au monde avec Tom Hanks – si vous voyez ce que je veux dire. Quant à faire des cochonneries avec Roy Dupuis… Bon. C’est une belle gueule de bûcheron canadien.

Mais enfin.

Le meilleur moment dans le film, je crois d’ailleurs que c’est la prison canadienne. Putain. C’est là que vous vous rendez compte que les Canadiens, c’est un peu l’équivalent pour les Américains de nos Belges à nous.

Je veux dire, vous franchissez la frontière, et vous vous retrouvez à Fox River, des toilettes à dévisser, des gardiens à ligoter, des Taj Mahal à construire, le tout pour une évasion minutée et de haute volée. Tandis qu’au Canada, pour sortir d’une prison, vous prenez une pince coupante et, en pleine promenade dans la cour, vous coupez les grillages et puis vous partez dans la forêt rejoindre les ours. Et voilà.

Si vous n’oubliez pas de courir, ça devrait le faire.

Le meilleur étant quand même quand Mesrine et Roy Dupuis tentent de délivrer leurs copains restés dans cette fichue prison. Une sorte de paradigme de Buffy avant l’heure. Un plan génial. Ils prennent une voiture. Ils foncent vers la prison. Ils s’arrêtent aux grillages. Ils tirent sur les miradors. Ils tentent de balancer des flingues à leurs potes de l’autre côté.

Sauf que le plan génial a un petit raté.

Ah merde, Roy ! Où est-ce que j’ai foutu de la pince coupante ?

Je corrige donc. Pour s’enfuir d’une prison canadienne il faut ne pas oublier de courir et de prendre une pince coupante. Sinon, quand tu cours, tu tapes la grille. Et vu que t’es trop gros pour passer entre les mailles, ben tu peux plus avancer.

Alors, certes, ça peut avoir un côté romantique. Je pense à la charge ahurissante dans Le colonel Chabert. Mais bon, la bataille d’Eylau est une victoire. On me dira que, même en cas de défaite, ce genre d’action peut être magnifique. Je pense là à 300[1. Ou, autrement dit, la bataille des Thermopyles. 300 spartiates en jupette luttant contre toute l’armée de Xerxès Ier. Il y en a qui préfèrent le champs des Merles, mais bon, c’est une vraie défaite pour le coup. Ce doit être un truc de jeunes mecs vaguement occidentaux je crois.] et je vous le concède volontiers. Mais bon. Dans 300, je ne sais pas, il y a une idée. Des montagnes. Un défilé. Une stratégie. Un objectif.

Je ne dis pas que ce n’était pas courageux de la part de Mesrine. Mais c’était aussi très con il faut le reconnaître. C’est d’ailleurs un peu la définition du criminel célèbre. Ben oui. Tu ne peux devenir célèbre dans ce corps de métier que si tu es assez bête pour te faire prendre. Ou te faire balancer. Voilà pourquoi j’ai du mal, pour ma part, avec les criminels qui ne me sont pas inconnus. J’admire donc ceux dont je n’entends jamais parler. Le criminel caché on va dire. Qui reviendra un jour. Et viendra m’enlever dans mon lit pour m’emmener avec lui.

Hum.

Voilà aussi pourquoi je n’avais de posters d’accrochés dans ma chambre d’adolescent.

L'Instinct de mort

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Gaza : Reuters vs AFP

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Les victimes civiles, et les drames humains bien réels engendrés par l’intervention à Gaza ne nous laissent pas indifférents. Loin de là. Pas au point cependant de perdre tout contact avec les faits, et leur vérification. Pendant la première journée du cessez-le-feu unilatéral décrété par Israël, les medias ont relayé le nombre de 95 morts retrouvés dans les décombres. D’autres médias rapportent le nombre de cadavres retrouvés mais il faut lire le papier de Reuters publié par le site du New York Times pour avoir ces quelques détails qui changent tout : la plupart des 95 cadavres découverts dimanche 18 janvier sont des corps de combattants (« Palestinian ambulances picked up more than 95 bodies, most of them gunmen, that had lain in the rubble of buildings and open areas around Beit Lahia, Hamas health officilas said »). L’AFP annonce : « Quelque 95 corps de Palestiniens ont été retrouvés dimanche dans des décombres dans la bande de Gaza depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu israélien, selon le chef des urgences du territoire palestinien. La plupart de ces cadavres ont été extraits des ruines des bombardements israéliens à Jabaliya et Beit Lahya, dans le nord de la bande de Gaza, ainsi que dans le quartier de Zeitoun de Gaza-ville, a précisé ce médecin. »
Nous ne pourrons jamais assez remercier ce médecin pour cette précision. En fait, l’adresse exacte du lieu où ces cadavres ont été retrouvés est un élément essentiel, alors que le fait qu’ils étaient en majorité armés est bien évidement un détail insignifiant.
Pourquoi cet oubli ? Mais bien sûr ! A cause du blocus israélien sur l’info, l’AFP n’a pas pu envoyer des journalistes sur place pour vérifier. Oui, ça doit être ça. Heureusement, la correspondante de France24 sur le terrain peut nous raconter, toute émue, avoir été témoin de la découverte d’un bébé de trois ans mort il y a trois semaines et enseveli sous les décombres. Pour les autres cadavres, on nous laisse comprendre que c’est pareil. Car, on le sait bien : le terrain, lui, ne ment pas.

Yann Arthus-Bertrand prend la pose

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La semaine dernière, chez Taddeï, j’ai pu voir Yann Arthus-Bertrand faire le service après-vente de son grand-œuvre avec une bonne foi désarmante. 6 milliards d’autres, le documentaire XXXL de l’ami Yann diffusé sur France 5, c’est 5 h 30 d’interviews sans sursis. Pas moins de 5 000 personnes de 75 pays y répondent tour à tour à 40 questions concoctées par le roi Arthus en personne – et ça se voit… La vie, l’amour, la mort ; la nature et la culture ; la haine, la peur, la guerre, et dieu dans tout ça…

L’ambition du photographe céleste, en nous balançant cet OVNI digne du Guinness Book ? À défaut d’être affichée, elle est évidente : remplacer dans le cœur des Français, à la tête du hit-parade des gens bons, mère Teresa, sœur Emmanuelle et l’abbé Pierre, mais aussi Nicolas Hulot, feu Cousteau et les restes de Kouchner.

Et puis, à la réflexion, l’Hexagone lui-même n’est-il pas un peu exigu pour cette grande âme ? Depuis le succès mondial de son album La Terre vue du ciel, Arthus-Bertrand peut légitimement aspirer à une carrière de « gentil » planétaire – avec au bout, pourquoi pas, un prix Nobel en solde ?

Dans cette perspective, le moins qu’on puisse dire c’est qu’à « Ce soir ou jamais », le bonhomme a fait le job ! De tautologies en déclarations de (bonnes) intentions, il s’est affirmé comme le plus grand humaniste aux yeux bleus que la Terre ait jamais porté.

Des exemples ? Y a qu’à demander ! Y. A.-B. est contre la guerre, savez-vous : « Vu d’hélicoptère, il n’y a pas de frontières ! », assène-t-il aux bellicistes qui sommeillent en nous. Et notre saint laïc d’approfondir encore sa pensée : « Mon grand-père haïssait les Allemands, et aujourd’hui nous travaillons avec eux la main dans la main. » Alors, suivant cet exemple, pourquoi ne pas réclamer que « Palestiniens et Israéliens s’embrassent » ? Sauf que dans le premier cas il aura fallu trois guerres, dont deux mondiales… C’est ça ton modèle, Yann ?

Pour parfaire le portrait, une larme d’écologie ne saurait nuire : « L’homme ne survivra pas s’il ne respecte pas enfin la biodiversité ! », menace le visionnaire. OK chef, même mes enfants savent ça. T’as quoi d’autre dans ta besace ? Un physique ! YAB, c’est un peu notre Paul Newman à nous, la moustache en plus, mais la lueur de malice en moins dans ses beaux yeux bleus (voir supra).

Et puis, à la fin du compte, une hauteur de vue que même les taïkonautes lui envient : « Tous les gens que j’ai rencontrés sont uniques », ose-t-il. Il pleut des vérités premières ; tendons nos rouges tabliers… Sans doute inspiré par cette envolée, le fameux slammeur Abd Al Malik, présent aussi chez Taddeï ce soir décidément tragique, a cru devoir surenchérir dans un élan de jargonaphasie visiblement incontrôlé – que je me dois de citer, parce qu’il faut pas gâcher : « La question, c’est qu’est-ce qu’on va faire pour s’interroger sur notre rapport à l’acceptation de l’Autre dans la différence, concrètement ? » Tout est dans le « concrètement » !

Mais notre héros Yann joue surtout la modestie. Par exemple, cette idée géniale de pyramide horizontale que le Maître a su développer sur 700 heures, eh bien elle ne lui est venue, de son propre aveu, qu’à la suite d’une panne d’hélicoptère au Mali. « On est bien peu de choses », comme disait Françoise Hardy. Bref, en attendant Europe Assistance, Yann a soudain rencontré un Malien normal qui lui a dit, tenez-vous bien : « Mon seul but dans la vie, c’est de nourrir mes enfants… » Et là, ce fut le choc, la révélation ; bref une sorte de « chemin de Bamako » pour le futur saint Yann. (Les pauvres, bon sang ! A force d’humanisme, il avait failli les oublier…)

Voilà, j’ai dit tout le bien qu’il fallait penser de ce sympathique lacrymagogue. La place me manque pour en dire du mal.

6 Milliards d'Autres

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Physique de radio

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Il était temps ! La radio publique française rattrape enfin son retard sur la télé et passe à la couleur. Radio France a choisi la veille de l’investiture d’Obama à la présidence américaine pour célébrer la diversité : toutes les radios du groupe participent aujourd’hui à la « journée exceptionnelle, destinée à apporter une voix singulière au débat sur la représentation des minorités dans les médias et dans la société française ». Rien que ça. Président-directeur général de Radio France, Jean-Paul Cluzel s’explique dans une tribune parue dans Le Monde : « Le 20 janvier, Barack Obama accèdera à la Présidence des Etats-Unis. A ses côtés travaillera une équipe gouvernementale où les hommes blancs seront, pour la première fois dans le monde occidental, minoritaires par rapport aux femmes, aux noirs, aux latinos ou aux asiatiques. » Personne ne s’était encore rendu compte qu’en remplaçant Condoleezza Rice par Hillary Clinton la diversité en sortait grandie… Au fait, à quand un pdg de Radio-France noir ?

Touche pas à ma trotteuse

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Rarement on aura vu un pays plus uni dans le ressentiment. La France exècre et abomine un seul objet : les montres. La détestation horlogère est devenue ce qu’il y a de plus commun aux citoyens de ce pays. Depuis quelques mois, il ne se passe pas un jour sans qu’un homme politique, un journaliste ou un simple citoyen n’exprime son aversion pour les aiguilles, les rouages, les remontoirs, les bracelets et les cadrans. La situation est devenue telle que les autorités craignent les exactions et n’excluent plus un autodafé de pendules place Vendôme.

Comment en est-on arrivé là ? A vrai dire, on n’en sait trop rien. Peu s’en souviennent et ceux qui ont vécu l’irrésistible ascension de la haine ne sont pas encore prêts à parler. Tout a commencé par des ricanements sur les montres prétendument bling-bling que le président français se plaisait à porter aux poignets ainsi qu’aux chevilles. Puis, sous couvert d’identité nationale et d’immigration, un ministre s’est mis martel en tête de chasser le vendeur de breloques à la sauvette du côté de Barbès. Tout s’est ensuite accéléré et c’est un pauvre député qui a fait les frais de la vindicte populaire. Monté de sa province à Paris, il ne savait pas, le brave homme, qu’il était désormais interdit de porter une montre en public. On le prit sur le fait et l’on décida de le fesser cul nu pour l’exemple. Mais on se ravisa : ce ne sont pas ses grosses fesses roses qu’on exhiba en place de Grève, mais sa vie privée et ses comptes en banque. Aux dernières nouvelles, attaché au fond d’un cachot humide, nourri au pain sec et à l’eau, il attendrait, résigné, son exécution, priant le Grand Horloger de lui épargner l’heure fatale.

Pourquoi est-il aussi mal vu d’avoir une montre aujourd’hui en France ? Les choses sont suffisamment claires pour que personne ne veuille les croire : avoir une montre est le dernier acte politique vraiment de gauche qui puisse subsister dans un pays voué à l’hydre sarkozyste. A-t-on vu un homme de droite donner jamais quelque chose ? Evidemment que non. Il faut être de gauche pour avoir la présence d’esprit de porter un bracelet-montre et de se mettre ainsi en capacité de donner l’heure à qui vous la demande. Un immigré, un prolétaire, un chômeur, un gay qui peut se pacser grâce à Lionel Jospin, un Parisien qui peut être heureux grâce à Bertrand Delanoë, une ouvrière qui débauche dès le mardi après-midi grâce à Martine Aubry, une écrivaine ou une auteure qui n’a même plus besoin de néologiser toute seule dans son coin grâce à Ségolène Royal : n’importe qui peut demander l’heure à un homme de gauche. Il la lui donnera. Avec cœur et sans arrière-pensée.

Et quand on est vraiment de gauche, c’est-à-dire quand l’on croit que l’Humanité est autre chose qu’une fête annuelle où se produit Didier Barbelivien, on s’évertue à porter une montre à complications, parce que la solidarité ne connaît pas de frontière et qu’il peut arriver qu’un Chinois ou un Vénézuélien en goguette à Paris vous demande l’heure qu’il est. Si vous n’avez pas à votre cadran ni le fuseau de Pékin ni celui de Caracas, bonjour les convictions cosmopolites ! Il faut être aussi farouchement socialiste qu’internationaliste pour porter au poignet une montre à complications[1. Quant à l’ultra-gauche, chère à Bruno Maillé et Jérôme Leroy, ses représentants ne se déplacent jamais sans une horloge franc-comtoise. Au moins.].

Lénine s’était trompé : le socialisme, ce n’est pas l’électricité plus les soviets. C’est la montre et ses complications. Qui aura donc l’audace d’envoyer des radios-réveils rue de Solférino ?

Obama en slip…

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© Collection Parr/Magnum

L’insaisissable et génial photographe britannique Martin Parr a encore fait des siennes. Celui qui a su transformer en chef d’œuvre artistique une assiette de fish & chips, bien plus subtilement que d’autres une boîte de Campbell Soup, a posé son regard bienveillant et impitoyable sur l’obamania dont furent saisis les USA durant l’année 2008. Il a ramené de cette campagne quelques clichés mémorables comme ceux-ci :

© Collection Parr/Magnum

Il faudra hélas patienter jusqu’au 30 juin prochain pour découvrir au Jeu de Paume l’expo monumentale Planète Parr, coproduite avec la Haus der Kunst de Munich, où Martin exhibera notamment quelques incunables extraits de sa collection personnelle d’objets cultes, telles la théière « Maggie Thatcher » ou sa montre à l’effigie de Saddam Hussein.

© Collection Parr / Magnum Photos.

Israël coupable, forcément coupable

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Israël fait la guerre. Et une fois de plus, le monde entier entre en transes.

D’abord, il y a des images insoutenables et des chiffres. Images de corps déchiquetés, de civières ensanglantées. Plus de mille tués du côté palestinien et moins de vingt du côté israélien. Que faudrait-il pour ce film d’horreur satisfasse ses spectateurs : que les juifs soient fidèles à leur histoire, que des Israéliens sa fassent tuer par milliers ? Qui s’interroge sur la tactique du Hamas qui s’abrite derrière des civils pour mieux donner de lui même l’image du martyr ? Dans une vision politique réduite à l’émotion provoquée par la violence des images, il est certain que la tactique du Hamas remporte du succès auprès d’un public autant avide de gore que de compassionnel.

Le malheur palestinien est réel, nous ne le contesterons pas, mais ce malheur a d’abord pour raison d’être le garrot intellectuel que son leadership successif a passé autour de son cou. Ce que les Palestiniens et leurs amis arabes détestent d’Israël c’est qu’Israël est le miroir de leur désastre. Quelle issue à cet enfermement sinon dénoncer en Israël l’unique raison de tous ses échecs et de toutes ses frustrations ?

Pourquoi les passions se déchaînent-elles dès qu’Israël attaque ses ennemis ? Qui est l’agresseur et qui est l’agressé ? Quel pays au monde peut accepter de voir une partie de son territoire régulièrement bombardé à l’aveuglette pendant des mois et des années ? La France supporterait-elle de voir Lille ou Strasbourg touchées par des missiles venus de l’autre côté de sa frontière sans réagir ? On dirait que cela fait partie du juste ordre des choses que le sud d’Israël ait reçu plus de dix mille roquettes en quatre ans. Mais qu’Israël attaque ceux qui lancent ces fusées et ce sont des crimes contre l’humanité, un génocide en cours de réalisation qui sont dénoncés par toutes les consciences brutalement vigilantes. Que ceux qui lancent ces roquettes aient pour programme politique l’élimination d’Israël, lui dénient toute légitimité, tout droit à l’existence, ferait-il aussi partie des choses normalement admises par nos opinions, nos élites, nos intellectuels, nos médias ?

Ce parti, le Hamas, a pris le pouvoir il y a deux ans contre son frère ennemi, le Fatah au cours de tueries dont la férocité contredit la tendre innocence dont il essaie de se grimer. Qui est le Hamas ? Que dit sa charte : « Israël existera et continuera d’exister jusqu’à ce que l’islam l’anéantisse comme il a anéanti d’autres auparavant. » Article 6 : « Le Mouvement de la Résistance Islamique est un mouvement palestinien honorable qui fait allégeance et à Allah et à sa voie, l’islam. Il lutte pour hisser la bannière de l’islam sur chaque pouce de la Palestine… » Article 13 : « Il n’existe pas de solution à la question palestinienne, excepté le jihad. » Article 7 : « Le Prophète, qu’Allah le bénisse, a dit : « Le Jour du Jugement dernier ne viendra pas avant que les musulmans ne combattent les juifs, quand les juifs se cacheront derrière les rochers et les arbres. Les rochers et les arbres diront, ô Musulmans, ô Abdallah, il y a un juif derrière moi, vient le tuer. » » Il faudrait citer in extenso ce texte hallucinant de haine pour prendre la mesure du fanatisme de son idéologie.

A-t-on déjà oublié ce que sont les bombes humaines ? A-t-on compris cette idolâtrie de la mort que les médias en Occident nomment « attentats-suicides » ? Or ces attentats-suicides ne sont pas suicidaires mais jubilatoires pour une psyché apocalyptique qui fait du meurtre, la clef du paradis ? A-t-on déjà oublié ce qui vient de se produire à Bombay ? A-t-on oublié les avions sur New York ? A t on déjà oublié les attentats de Madrid, de Londres, de Bali, de Rabat, de Mombasa ? A-t-on oublié les massacres collectifs en Algérie ? C’est la même idéologie fanatique qui anime ces mêmes groupes que sont le Hamas, le Hezbollah et autres GIA. Ne pas vouloir le voir c’est s’interdire de comprendre ces exhibitions de cadavres brandis comme autant de martyrs. Le Hamas a compris que seule la compassion pour les victimes peut toucher les âmes chloroformées d’un Occident qui ne sait plus ce que veut dire vivre en armes, qui ne sait plus ce que veut dire passer ses nuits dans des abris, d’un Occident qui ne sait plus ce que représente la transmission du fusil des mains du père à celles de son fils.

Qui peut croire honnêtement qu’en Israël on bombarde avec plaisir, qu’on parte à la guerre avec jubilation, qu’on fasse trois ans d’armée avec bonheur ? Qui peut imaginer que ce peuple soit un peuple de tueur d’enfants ? Avez-vous lu Amos Oz ? Avez-vous lu David Grossman ? Il faut avoir en mémoire ces mots terribles de Golda Meïr : « Nous sommes prêts à pardonner aux Palestiniens d’avoir tué nos enfants, mais nous ne sommes pas prêts de nous avoir appris à tuer les leurs. » L’été 2008, en échange de la restitution des dépouilles de ses soldats kidnappés au Liban Israël a libéré un terroriste libanais, Samir Kountar, coupable de l’assassinat dans des conditions particulièrement atroces, en 1974 d’un père israélien et de sa fille de quatre ans tuée à coup de crosse. Cet homme fut accueilli en héros au Liban, salué par toute la classe politique. Les peuples ont les héros qu’ils peuvent.

Dès lors comment penser ces discours répétitifs, ces comportements monomaniaques de certains journalistes, cette obsession, ces commentaires fielleux à l’égard d’Israël dès qu’Israël fait la guerre ? Certes la comparaison n’est pas une bonne excuse, mais tout de même : cinq millions de morts au Congo en dix ans, cinq cent mille morts au Darfour en cinq ans, des centaines de milliers de personnes déplacées, ça n’intéresse personne. Une guerre sans nom au nord de Ceylan entre cinghalais et tamouls, mais qui s’en soucie. Un peuple sous la botte chinoise, mais les Tibétains ne sont pas le grand marché du monde. Ces faits n’intéressent donc pas nos commentateurs avisés ? Un Algérien égorgé par un jihadiste du GIA a-t-il moins d’intérêt qu’un Palestinien tué par un soldat israélien ? Les massacres arabo-arabes seraient ils plus acceptables que la guerre faite par Israël ?

Comment accepter sans broncher que ce soit au cours de la super chic émission « Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéi, que la représentante des « Indigènes de la République » puisse insulter la République et ses lois, traiter l’Etat d’Israël de raciste, faire la promotion d’une manifestation pro-Hamas et ne trouver en face d’elle que le silence gêné d’intellectuels ? Quelle est cette danse de saint Gui qui agite la gauche dès que c’est Israël qui est en cause et qui croit progressiste d’aller défiler sous les drapeaux du Hamas et du Hezbollah ? Si madame Buffet possède encore quelques neurones ne sait-elle pas que les secondes victimes des islamistes iraniens furent les communistes du parti Toudeh, atrocement liquidés comme autant de mécréants ?

Il y a autre chose que la critique ou la condamnation d’une politique quand il s’agit d’Israël. Non la fièvre qui s’empare des commentateurs nous dit autre chose, bien plus grave, bien plus profonde. Israël dérange. Il y aurait une sorte de soulagement chez certains en Europe à pouvoir dire à ces israéliens-juifs : « Vous faites aux Palestiniens ce que nous vous avons fait » avec, pour la France, ce codicille : « Vous faites aux Palestiniens ce que nous avons fait aux Algériens… » Ce règlement de compte par procuration soulage bien des consciences.

Israël a fait des erreurs. Israël a sans aucun doute de grands torts dans ses politiques, dans son système démocratique paralysant, mais cet Etat porte structurellement un refus de la pensée totalitaire, un refus de la barbarie, un refus de la soumission et c’est cela que les nazis voulaient anéantir et c’est cela que les Hamas et Hezbollah veulent détruire. Que des Européens, des Français, des gens de gauche, des intellectuels, supposés dotés de raison et de capacités critiques, refusent de le voir et de le comprendre est à la fois pathétique, consternant et désespérant. Voulez vous vivre avec le Hamas ?

Boecklin von Boecklinsau

7

jmb

Grand connétable du Saint-Empire romain germanique, Boecklin von Boecklinsau quitta les Impériaux en 1513 pour rejoindre François Ier. Il s’occupa un temps de l’extension du royaume vers le sud, avant d’être vilipendé par les rois de Navarre (ce que n’aimait pas François Ier qui n’était pas Henri IV). Boecklin von Boecklinsau dut alors se faire une raison après la bataille de Marignan en consacrant sa vie et son talent aux rescapés de l’effroyable bataille qui se déroula en 1515 (pour les ignares). Comme en témoignent les principaux historiographes, les anciens combattants de Marignan surent reconnaître en lui le plus habile des hommes politiques de sa génération malgré les brusques manières que le grand connétable adoptait parfois : « Il est moderne quoique un peu gauche », déclarait notamment Erwin von Besson, guillotiné en 1516 sur ordre de François Ier. On doit ce tableau à Hans Baldung Grien, qui signa là l’un de ses « chefs d’œuvre » (on attend encore la suite)…

Hans Baldung-Grien, Porträt vom Boeckin von Boecklinsau, huile sur bois, 1513. Conservée au Musée de la Bonne Impression, Mulhouse (68).

Le Prisonnier avait-il lu Debord et Muray ?

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Bonne nouvelle, on peut s’échapper du Village. Mauvaise nouvelle, le seul moyen, c’est en mourant. En trépassant à l’âge de 80 ans, Patrick Mc Goohan va désespérer tous ceux qui avaient appris le vrai visage du totalitarisme moderne en regardant les dix-sept épisodes du Prisonnier. De cette série qui passa pour la première fois à la télé britannique en 1967 et que d’aucuns appelèrent « un chef d’œuvre télévisionnaire[1. Cette expression est empruntée à l’ouvrage de référence, Le Prisonnier, chef-d’œuvre télévisionnaire, publié en 1989 aux éditions Huitième art, sous la direction d’Hélène Oswald et Alain Carrazé, avec des textes de Jacques Sternberg et de Topor. Hélas, difficilement trouvable.] », Patrick Mc Goohan fut le personnage principal, écrivant et réalisant lui-même plusieurs épisodes: il a incarné et incarnera pour toujours, désormais, un certain dandysme ironique et désespéré, tenace et distancié à la fois, celui des hommes qui continuent envers et contre tous le travail du négatif dans un monde d’approbation généralisée.

Il faut savoir que s’il y a une série culte, c’est bien Le Prisonnier : des centaines d’aficionados tiennent chaque année une convention dans le Pays de Galles, à Portmeirion où fut tournée la série. Portmeirion est une manière de village-folie d’un architecte des années 1920 qui y résuma tous les styles existants, faisant de cet endroit un parfait non-lieu.

L’argument de la série, exposé dès le générique, est simple : un espion anglais démissionne des services secrets ; à peine rentré chez lui dans sa Lotus Seven, il est drogué, enlevé et se réveille au Village. Le Village est un endroit non situé géographiquement, comme il convient dans le genre utopique, où vivent des habitants qui ont tous l’air très heureux. Ils sont habillés trop classe, comme aux plus belles heures du Swinging London, disent rituellement « Bonjour chez vous[2. Très judicieuse traduction du Be seeing you ! de la V.O.] ! » quand ils se croisent, roulent dans des voiturettes de golf et portent au revers un badge avec un vélocipède et un numéro. Ils ne se posent jamais de questions sur le pourquoi leur présence dans cet endroit dirigé avec une douceur monstrueuse par un numéro 2. Lequel obéit à un numéro 1 que l’on ne verra jamais sauf à la fin, dans le dernier épisode, et encore, à condition de s’y retrouver dans ce poème visuel sous LSD et de choisir une des multiples solutions possibles à cette fable philopsychédélique.

Patrick Mc Goohan, qui porte le numéro 6, tente à chaque épisode de déstabiliser le Village en refusant les règles et en annihilant psychologiquement le numéro 2, manifestement envoyé là pour lui faire avouer on ne sait quels secrets. Néanmoins, un nouveau numéro 2 remplace toujours le précédent et les tentatives répétées d’évasion du Prisonnier se soldent toutes par des échecs : il est en général rattrapé par une espèce de monstrueuse baudruche blanche et molle qui jaillit des profondeurs de la mer et le ramène vers la côte.

On l’aura compris, Mc Goohan, en mourant, a sans aucun doute rejoint Kafka, Zamiatine, Orwell et, bien sûr Philippe Muray. Car le Village préfigure jusque dans les moindres détails, l’actuel empire festiviste du Bien. Au Village, la participation aux activités collectives n’est pas obligatoire mais fortement recommandée. Au Village, les portes des cottages, ne ferment pas à clef, puisqu’on n’a rien à cacher. Au Village, on organise parfois des élections du numéro 2 qui ne changent rien au système en place. Au Village, la répression est essentiellement médicalisée et tout rentre dans l’ordre après une bonne thérapie comportementale qui vous libère de vos sales manies individualistes. Ces traitements de choc tout en douceur sont aussi supposés vous dissuader de vous livrer à des voies de fait sur vos voisins – tellement prévenants et tellement souriants que Patrick Mc Goohan ne songe qu’à les étriper, alors qu’on a pourtant l’impression que l’adjectif flegmatique avait été spécialement inventé pour lui. Au Village, bien avant Balkany à Levallois, le choix d’abdiquer la liberté au profit de la sécurité est clairement assumé grâce à la l’omniprésence des caméras de surveillance et des micros espions.

Bref, on retrouve dans cette série les traits principaux des grands cauchemars visionnaires du XXe siècle : la surveillance panoptique comme dans 1984 avec les télécrans ; l’intimité interdite et la transparence obligatoire comme dans Nous autres de Zamiatine et ses maisons de verre ; le caractère purement formel de la démocratie quand le vrai pouvoir, occulte, s’appuie sur l’opacité procédurière et enfin le secret généralisé comme dans Le Procès de Kafka.

Toute l’intelligence de Mc Goohan est, alors que nous sommes en pleine guerre froide, de ne pas renvoyer spécifiquement au totalitarisme soviétique comme la plupart des films et séries de l’époque. Le Village est en effet un endroit très lumineux, sans forces de l’ordre omniprésentes, sans barbelés, sans goulags, sans check-point pluvieux. On se croirait plutôt dans un club de vacances pour retraités upper middle class. Pourtant l’angoisse vient aussi, mais pour des causes différentes : couleurs si vives, intérieurs trop cosy, ciel toujours bleu et résidents forcément de bonne humeur. C’est que le numéro 6 pointe la naissance d’un autre totalitarisme : celui, beaucoup plus métastasé et inédit, des démocraties modernes où toutes les activités humaines sont en passe d’être informatisées, au nom du bonheur et de la rationalité économique.

Rappelons la fin du dialogue du célèbre générique :
– Qui êtes-vous ?
– Le nouveau numéro 2.
– Qui est le numéro 1 ?
– Vous êtes le numéro 6.
– Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre !

Le refus de Mc Goohan, considéré comme obsessionnel, d’être numéroté, préfigure d’évidence les révoltes anti-technologiques qui commencent aujourd’hui à se faire jour dans une certaine partie éclairée de la jeunesse, celle qui voit l’insurrection qui vient[3. Nous souhaitons à Yldune Lévy un bon retour à la maison.].

Rappelons-nous également que l’année de sortie de cette série qui ne connut que dix-sept épisodes – à cause de la panique qu’elle déclencha chez les spectateurs anglais – est la même année, 1967, que celle de la parution de La Société du Spectacle de Guy Debord. Pendant que Mc Goohan, dans son très élégant veston noir à liseré crème, s’acharnait à débusquer et détruire le numéro 1, voilà ce qu’écrivait Debord : « Le spectacle est le discours ininterrompu que l’ordre présent tient sur lui-même, son monologue élogieux. C’est l’autoportrait du pouvoir à l’époque de sa gestion totalitaire des conditions d’existence. »

Ce monologue élogieux est devenu notre quotidien. Un visionnage de la série dystopique de Patrick Mc Goohan permettra, pour quelques heures, de l’interrompre.

Pour quelques heures seulement, ne rêvons pas.

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Just say cheese !

5

Suite à l’augmentation de 300 % des droits de douane sur le Roquefort décidé par l’administration américaine, Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées, a envoyé un « coffret prestige » de ce fromage au futur président américain. Un conseil de crise a été immédiatement réuni autour de Barack Obama qui s’apprête, dès le lendemain de l’investiture, à déposer une demande de résolution à l’ONU. La France, et la région Midi-Pyrénées en particulier, seront obligées de se soumettre des inspections internationales afin de vérifier qu’il n’existe pas d’autres armes chimiques de destruction massive sur notre territoire. En cas de refus, des frappes ciblées seraient envisagées sur plusieurs objectifs stratégiques : Roquefort, bien sûr, mais aussi les principaux centres de collecte du lait de brebis : Sainte-Affrique, Marvejols, voire Rodez.