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De la révolution à la Terreur racialiste

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« On connaît le dogme du pseudo-antiracisme contemporain, que j’appellerai le dogme inexistentialiste : “Le racisme anti-Blancs n’existe pas.” On est tenté d’ajouter : sauf chez la plupart de ceux qui affirment cet énoncé dogmatique. »

Pierre-André Taguieff, L »’imposture décoloniale« 

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, défenseur wokiste de toutes les « minorités », vient de nommer Amira Elghawaby au poste de « porte-parole, conseillère, experte et représentante dans les efforts du gouvernement fédéral pour lutter contre l’islamophobie, le racisme systémique, la discrimination raciale et l’intolérance religieuse ». Mme Elghawaby porte le hijab et est réputée être une militante de l’islam rigoriste. Elle est, comme son employeur, une combattante acharnée contre les lois protégeant la langue et la laïcité au Québec. Elle dit être fière de sa nouvelle mission, en particulier la lutte contre la discrimination raciale et l’islamophobie.

La mission de Mme Elghawaby ne prévoit apparemment pas de lutter contre le racisme anti-Blancs ou anti-Asiatiques. Sans doute pense-t-elle que ces racismes-là ne sont qu’une vue de l’esprit. Pourtant…

Ségrégation à Ottawa aujourd’hui…

Le 17 février prochain, au beau milieu du Mois de l’histoire des Noirs (sic), le Centre national des Arts d’Ottawa organisera au Babs Asper Théâtre un spectacle exclusivement réservé aux… Noirs. Les Blancs et les Asiatiques sont invités… à passer leur chemin. Le théâtre prévoit une autre soirée de ce type le 5 mai et explique dans un communiqué de presse que « ces soirées offriront un espace dédié aux amateurs de théâtre noirs pour assister à un spectacle reflétant le kaléidoscope vivant qu’est l’expérience noire » – si j’osais, je dirais que le terme de « kaléidoscope » me paraît assez inapproprié pour un événement destiné à mettre uniquement en valeur des nuances de noir. Si des individus « non noirs » décident toutefois de braver l’interdiction, il est prévu que des membres de la direction ou de la production discuteront avec ces derniers pour « désamorcer la situation ». Bien entendu, ces émissaires seront eux-mêmes « non noirs » – ainsi, si la discussion tourne au vinaigre, personne ne pourra être traité de raciste.

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Des Canadiens ont protesté, parlé d’« apartheid culturel » et de racisme, mais Mme Elghawaby n’a pour le moment rien trouvé à redire à ces événements appliquant une ségrégation raciale. Radio-Canada, radio publique aussi peu pluraliste et encore plus wokiste que notre Radio-France, la soutient en silence ; les journalistes sont restés totalement indifférents à cet événement. Il faut dire qu’ils ont d’autres chats à fouetter en ce moment – et nous allons voir que tout se tient, wokistement parlant. La direction de Radio-Canada demande en effet expressément à ses journalistes et animateurs de ne plus utiliser de « mots offensants ». Si, par malheur, l’un d’eux vient à utiliser, même à des fins pédagogiques, le « mot en n » (nigger, en novlangue non-offensante), des excuses en direct sont attendues. Dans un document paru sur le site de la radio en novembre 2022, il est précisé que si un invité tient un « propos offensant », le journaliste doit, là encore, présenter des excuses à l’auditoire et faire en sorte que l’invité ne répète pas ces propos. Ces « propos offensants » pouvant concerner« la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental », l’invité a bougrement intérêt à faire attention à ce qu’il dit, d’autant plus qu’il est prévu de carrément supprimer tout mot ou passage supposément offensant « si l’entrevue est rediffusée ou rendue disponible sur demande sur les plateformes de CBC/Radio-Canada. ». La réalité rattrape la fiction de 1984 : « À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. […] Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint. […] La Révolution sera complète quand le langage sera parfait », assène un fonctionnaire du Ministère de la Vérité. Les fonctionnaires wokistes disent exactement la même chose.

… Demain, à Paris ?

Mais revenons à notre théâtre « racialiste ». Ne nous moquons pas outre-mesure de la ségrégation raciale qui s’y applique. À la vitesse à laquelle se répand le poison wokiste en France, je ne serais pas surpris d’apprendre prochainement que tel ou tel lieu y est interdit aux Blancs. Ah ! on me dit dans l’oreillette que cela est déjà arrivé : à l’université Paris VIII (ateliers « Paroles non blanches »), dans un « camp d’été décolonial » réservé aux personnes non-blanches à Reims, lors de formations « en non mixité raciale » pour lutter contre les discriminations à l’initiative du syndicat Sud Éducation 93, lors de réunions « non mixtes racisées » organisées par l’Unef, etc. Tous ces faits, en plus des actes de violence sur des personnes en raison de leur couleur de peau blanche dans certains quartiers ou des messages anti-Blancs sur les réseaux sociaux ou dans les textes de rappeurs, relèvent du racisme anti-Blancs.

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Pourtant, au dire de notre ministre de l’Éducation nationale, il n’existe pas. Lors d’une conférence à Sciences Po en 2019, Pap Ndiaye expliquait que « cette thématique très étrange du racisme anti-Blancs […] vient de l’extrême droite » et que cette notion est « ridicule » puisqu’elle émane du « peuple dominant ». Ce discours strictement « racialiste » (c’est-à-dire fondamentalement raciste) condamne les Blancs à la damnation éternelle et excuse par avance les actes anti-Blancs qui ne peuvent pas être racistes puisque seuls les Blancs, en tant que « dominants », sont racistes. C’est du Robin DiAngelo [1] ou du Rokhaya Diallo dans le texte.

L’essayiste québécois Mathieu Bock-Côté © Damien Grenon / Photo12 via AFP

Comme Mathieu Bock-Côté l’a remarquablement soutenu dans son essai [2], la Révolution racialiste est en marche : après avoir imposé son vocabulaire (« racisé », racisme « systémique », « privilège blanc », « suprématie » blanche, etc.), rendu possible de nouvelles ségrégations raciales, envahi les médias et tous les lieux du savoir, des arts, de la publicité et du divertissement, elle poursuit son travail de sape en espérant voir s’amplifier une nouvelle et efficace lutte des races remplaçant l’ancienne et fatiguée lutte des classes. Cette révolution, comme toutes les révolutions, veut changer notre monde de fond en comble. Comme le dit sans ambages Rokhaya Diallo, les Français doivent accepter le fait que la France « n’est plus un pays chrétien et blanc » [3]. Ce à quoi les prépare l’écrivain Léonora Miano : « N’ayez pas peur d’être minoritaire culturellement. N’ayez pas peur de quelque chose qui va se passer. Parce que ça va se passer. Ça s’appelle une mutation. L’Europe va muter. […] Ils [les Subsahariens NDLA] vont venir, et ils vont venir avec leur bagage identitaire. […] C’est ça qui va se passer, et c’est déjà en train de se passer. N’ayez pas peur [4]. » Mme Miano prophétise le remplacement de la population européenne par une autre, africaine. En somme un grand remplacement. Mais chut !.. il paraît que cette « thématique », comme celle du racisme anti-Blancs, vient de l’extrême droite et est ridicule…

La Révolution racialiste, et autres virus idéologiques

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(1) Cette sociologue américaine a développé un business fructueux (livres, conférences, etc.) autour d’un concept simple et efficace qui a fait son chemin depuis : les Blancs et les sociétés occidentales sont, quoi qu’ils fassent, intrinsèquement et systémiquement racistes. Son livre, Fragilité blanche, est très apprécié dans certains milieux universitaires français, en particulier à Sciences Po, Nanterre ou Paris VIII.

(2) Mathieu Bock-Côté, La Révolution racialiste, Les presses de la cité.

(3) Entretien donné à Aljazeera le 13 mai 2017.

(4) Dans l’émission Ce soir ou jamais du 8 novembre 2013.

Frédéric Dabi: «Les Français se voient tous en futurs retraités»

Le directeur général de l’IFOP estime que les Français veulent travailler mais que le travail n’occupe plus une place centrale dans leur vie. Cependant, il existe encore une forme de sacralisation de la valeur travail, aussi voient-ils d’un mauvais œil les inactifs vivant du RSA.


Causeur. La retraite semble être l’un des rares sujets susceptibles de faire descendre beaucoup de Français dans la rue. Sommes-nous devenus des feignasses ?

Frédéric Dabi. Non, cela ne signifie pas ça. Si la question de la retraite et de l’équilibre du système occupe depuis si longtemps l’espace politico-médiatique, c’est que, depuis plusieurs années, on a connu plusieurs réformes et que chacune a été présentée comme la « der des ders », celle après laquelle on pourrait être tranquilles. Or, à chaque fois, le sujet ressurgit. Au niveau intime et individuel, je suis comme vous frappé par le fait que cette question préoccupe tout le monde : les générations intermédiaires, mais aussi les jeunes. Cela s’explique par l’allongement de l’espérance de vie. Sous Giscard, quand on avait la retraite à 65 ans, l’espérance de vie était d’à peine 72 ans chez les femmes et de 68 ans chez les hommes. Autrement dit, on mourait assez vite après la vie active. Aujourd’hui, la retraite est rêvée comme un eldorado, une nouvelle vie et, pour beaucoup de gens, la fin des problèmes. Or, ça ne se passe pas comme cela. Dans la vraie vie, en particulier pour la génération 50-64 ans qui vote le plus pour le RN, la retraite ne s’annonce pas comme la belle vie, mais comme la continuation des problèmes en pire.

N’empêche, on a le sentiment que les gens veulent de moins en moins travailler…

Vous vous trompez. Ce qui est clair, c’est que le travail a perdu sa centralité. Avant, avec l’espoir d’ascension sociale, le travail était déterminant dans l’inscription dans la société. Aujourd’hui, il coexiste avec d’autres aspirations, notamment les loisirs. En 1990, sous la gauche, pour 92 % des Français, le travail était « important » dans leur vie et pour 60 %, « très important ». Aujourd’hui, on a encore 86 % des sondés qui le jugent « important », mais seulement 24 % le qualifient de « très important ». Les gens ne veulent plus se sacrifier pour le travail. Cependant, comme le montre le sondage que nous avons réalisé pour Marianne [1], les jeunes sont plus Fabien Roussel que Sandrine Rousseau, plus « gauche du travail » que « gauche des allocs ».

Cette nouvelle conception du travail serait légitime si les gens acceptaient l’idée qu’en travaillant moins, ils gagneront moins. Mais ils ne visent pas la sobriété heureuse, ils ont les mêmes exigences sur leur niveau de vie. Certes, les salaires ne sont pas satisfaisants, mais il y a quand même un rapport contestable à l’assistanat et à l’État. Si vous refusez de travailler une ou deux années de plus, cela veut dire que quelqu’un, en l’occurrence un jeunes actif, devra plus trimer pour vous.

Ce que vous dites n’est pas contradictoire avec mes propos précédents. Nous sommes en France, je me souviens de La Dynamique de l’Occident de Norbert Elias, qui raconte la formation de l’État central et explique pourquoi, chez nous, l’État est si puissant et que nous attendons tant de lui.  Cette exception française vis-à-vis du politique, donc des pouvoirs publics, explique qu’on accepte l’omnipotence de l’État pour peu qu’il obtienne des résultats et change la vie des gens. On l’a vu pendant le Covid, une large majorité a accepté que l’État s’immisce dans sa sphère privée et même intime.

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En somme, nous sommes devenus un peuple d’assistés ?

Là, je serais plus nuancé. Certes, nous croyons en l’État et attendons beaucoup de lui ; dans mes enquêtes, dans le match privé/public, l’État l’emporte quasiment tout le temps malgré ses carences objectives, pour ne pas dire plus. Cependant, il y a un fait très nouveau: le chômage qui était depuis des décennies en tête des préoccupations des Français, occupe désormais la dixième place. C’est du jamais-vu. Pourquoi ? Il y a la petite musique des emplois non pourvus, mais aussi l’assistanat. Le fait que certains soient payés à ne rien faire n’est plus accepté. Depuis vingt ans, nous soumettons une phrase aux Français : « les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment. » Eh bien, on est maintenant à trois quarts de oui ; même chez les jeunes et même à gauche, ce oui est majoritaire. En dépit des idées reçues, les jeunes adhèrent à la valeur travail. Dans mon livre – La Fracture –, je montre que l’affirmation « pour réussir personnellement, je dois réussir professionnellement » n’a jamais été aussi consensuelle. Les deux réussites sont imbriquées. Or, l’assistanat casse cette intrication. En somme, la politique du guichet et les 3 000 milliards de dettes qui en résultent ne nous dérangent guère, mais assistés n’est pas le bon terme.

D’où ce paradoxe que je qualifierais de libéralisme d’État ou d’individualisme collectiviste.

En effet, pendant longtemps, libéralisme était un mot « Voldemort », notamment chez les jeunes. Alain Madelin se dit libéral, il fait 3 % à la présidentielle, Delanoé se dit libéral sur le plan de la culture et des mœurs, il perd le congrès du PS. Aujourd’hui, avec « entreprise », « libéralisme » est un des mots préférés des jeunes. En même temps, on va vers plus d’individualisation. C’est moi en tant qu’individu qui attend quelque chose de l’État. Ce qui me fait douter d’un mouvement social type 1995 : les Français ne croient plus vraiment que l’action collective puisse faire plier un gouvernement et faire changer les choses. La dernière fois qu’une mobilisation initiée par les syndicats a fait reculer le gouvernement, c’était en 2006 avec les manifestations contre le contrat première embauche. À l’inverse, en 2010, il y avait beaucoup de monde dans la rue contre la réforme Fillon. Et elle est passée.

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On explique souvent l’appétence pour la retraite par le manque de sens du travail, et c’est aussi vrai pour certains cadres qui n’ont aucun pouvoir de décision. Reste que le travail, c’est le passage à l’âge adulte, à l’autonomie. Or, l’idée qu’il y a une dignité dans le seul fait de subvenir à ses besoins est en perte de vitesse.

Oui, la demande de sens et d’intérêt monte. Il faut que le travail soit désirable. Rappelez-vous le tailleur de pierres de Péguy : il ne dit pas « je taille des cailloux » mais « je bâtis des cathédrales ». Mais il y a autre chose : le travail doit être « instagramable » – terme détestable, mais qui illustre très bien notre société –, il faut pouvoir le raconter aux autres.

Cependant, la question du sens du travail reste reléguée derrière celle de sa récompense. L’injustice insupportable n’est pas d’être au chômage, mais d’avoir un emploi qui paie mal. Dans un contexte où le couple maudit inflation/pouvoir d’achat écrase tout, quand on interroge les jeunes, les salariés sur leurs motivations, la rémunération reste à un niveau extrêmement élevé. Ce qui a changé, je le répète, c’est la recherche d’un équilibre entre sphère professionnelle et sphère privée. L’étanchéité entre les deux a complètement explosé chez les jeunes salariés qui affirment majoritairement que leurs collègues sont avant tout leurs amis.

Il y a aussi une autre dimension : Jérôme Fourquet a observé qu’une des grandes différences entre les électeurs de Le Pen et ceux de Macron tenait à l’autonomie. L’électeur de Le Pen a un petit chef sur le dos. Pour beaucoup de gens, la retraite signifie justement ne plus avoir le petit chef sur le dos.

C’est un vrai sujet. Si tant de salariés français sont si friands de télétravail, c’est parce qu’il permet la mise à distance du petit chef.

Le même mot, travail, désigne au moins deux mondes : le salariat et tout le reste (indépendants, intérimaires, free-lances, etc.). Le salariat perd-il sa suprématie ?

Le CDI reste prépondérant dans l’univers des actifs. Toutefois, il y a une progression qualitative et quantitative du CDD, notamment chez les jeunes qui ne le voient plus comme une source de précarité, mais de liberté. De plus, ils ne sacralisent plus le CDI car ils comprennent qu’il n’est plus une garantie. Et puis, il y a tous les contrats dont vous parlez. À la fin des années Sarkozy, dans un contexte de chômage massif, une enquête Ipsos, montrant que le premier souhait des jeunes était d’être fonctionnaires, avait fait un bruit énorme. Aujourd’hui, c’est complètement fini. Ils préfèrent multiplier les expériences, passer d’un statut à un autre.

Les indépendants ont plus le sentiment que les salariés qu’ils travaillent pour eux – même si c’est très largement faux.

Quand on travaille sur les mots préférés des Français, jusqu’à 35 ans, c’est le mot égalité qui l’emporte nettement, mais chez les actifs de 35 ans et plus, c’est le mot liberté. Cependant, avec le Covid beaucoup pensent que l’entreprise les a protégés. Finalement, cette crise sanitaire a rasséréné une grande partie du salariat.

les retraités votent plus que la moyenne et peuvent faire basculer une élection. À l’exception de Mitterrand et Hollande, tous nos présidents étaient majoritaires chez les retraités

Sauf que ce n’est pas l’entreprise qui les a protégés, mais le contribuable.

En effet, c’est le « quoi qu’il en coûte ». Du coup, cette période a aussi aggravé les inégalités de protection et de statut entre les différents types de métiers et de secteurs.

Revenons à l’assistanat. Il y a toute une France qui, sans demander beaucoup, s’est habituée à vivre du RSA et de petits boulots au noir.

Oui, on n’en parle pas assez. D’ailleurs, l’une des propositions les plus populaires du candidat Macron, c’était de conditionner le versement du RSA à quelques heures de travail. Cela crée un nouveau clivage entre la droite et la gauche, mais aussi au sein de la gauche. De manière générale, les Français portent un regard très sévère sur les allocataires du RSA. Borne n’avait aucun intérêt à reculer sur la baisse plus rapide des allocations-chômage dans le temps, qui suscitait un consensus très net dans l’opinion publique. Il reste une forme de sacralisation de la valeur travail, même si elle n’est plus centrale. D’ailleurs, soyons honnêtes, beaucoup  de gens éligibles au RSA ne se font pas connaître. Il y a sans doute un problème d’accès mais aussi une question de fierté.

Et quid du revenu universel, cher à Benoît Hamon ?

On a testé cette idée en 2017, une petite majorité y était favorable. Toutefois, il y avait de gros doutes sur sa faisabilité et sur le risque de dévaloriser le travail. En revanche, l’impôt universel est massivement soutenu par les Français. Entre 2010 et 2022, la proportion de foyers payant l’impôt sur le revenu est passée de 55 % à 45 %. Pour être citoyen grec, il fallait être Grec et payer l’impôt. C’est un vrai problème qui participe de celui de l’assistanat.

Résultat, les classes moyennes pensent que la France qui bosse entretient celle qui ne bosse pas.

Cette perception est partagée par une nette majorité de Français, y compris à gauche.

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Le RN a-t-il politiquement raison d’en rajouter sur le thème de la loi « sadique et cruelle » ?

Le RN observe que son électorat est composé de catégories populaires qui seront plus affectées par cette réforme que Frédéric Dabi ou Élisabeth Lévy qui seront enchantés de travailler jusqu’à 65 ou 67 ans, voire plus. Or, il est vrai que cet électorat a déjà été le plus touché par la réforme Fillon. Pour les cadres supérieurs qui ne partaient jamais à 60 ans, cette réforme était une blague ! En mai 2021, nous avons demandé aux Français quelle était la réforme de la décennie Mitterrand qui les avait le plus marqués : la retraite arrivait nettement en tête. Dix ans plus tôt, c’était l’abolition de la peine de mort.

Vous l’avez noté, la retraite aggrave les inégalités de la vie active. Reste qu’en moyenne, le revenu des actifs est à peu près égal au revenu des inactifs. Cela pose un problème de solidarité intergénérationnelle. D’un côté, il y a des jeunes ménages qui triment, n’arrivent pas à se loger, limitent leur nombre d’enfants et de l’autre, des retraités qui font des croisières.

C’est très juste, mais vous oubliez la dimension de clientèle électorale. En 2017, Macron a vaguement essayé de « mettre les retraités à contribution » avec la CSG et le projet de désindexer les pensions de l’inflation qui était pourtant très faible : rappelez-vous le tollé ! Et la protestation n’est pas venue des seuls retraités, mais de l’ensemble des Français qui se voient tous en futurs retraités. N’oubliez pas que les retraités votent plus que la moyenne et peuvent faire basculer une élection. À l’exception de Mitterrand et Hollande, tous nos présidents étaient majoritaires chez les retraités.

Finalement, sommes-nous une nation réfractaire au travail ?

Je ne pense pas, c’est seulement une question de curseur, de place, de finalité du travail et de récit autour du travail. Mais il est injuste de dire que les Français ne veulent plus travailler.

La Fracture

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[1] « Les jeunes et la valeur travail », 9 décembre 2022, ifop.com.

Prison: le plan A

A comme abolition, bien sûr.


Nous y sommes. En tout cas, il semble bien que nous nous y dirigions insensiblement.  On aurait tort de se contenter de diagnostics de laxisme ou de dysfonctionnements judiciaires lorsqu’on constate que tel criminel n’effectue que trois ou quatre années d’incarcération sur les douze ou quinze que prévoyait sa condamnation.

En profondeur, il s’agit de bien autre chose. Tout un lobby, encore vaguement souterrain, est à la manœuvre, nourri, animé par un courant idéologique déjà ancien mais revigoré par l’actuelle vague de wokisme. Selon les tenants de ces doctrines, on le sait, le vrai coupable n’est pas le condamné mais la très vilaine société qui l’a amené là, derrière les barreaux. Horrible corps social fauteur d’inégalités féroces, d’oppression obsessionnelle du fort sur le faible, du riche sur l’impécunieux, du patron sur le travailleur. Et désormais, wokisme oblige, du mâle blanc sur tout ce qui bouge ou peu s’en faut.

Cette conception-là perdure, savamment entretenue et distillée dans certains milieux dits intellectuels, mais aussi dans une frange non négligeable de la magistrature. Ce qu’il faut décrypter, par exemple, dans la suppression des peines planchers par Mme Taubira en son temps, c’est en réalité l’amorce, encore discrète, de  la mise en œuvre de ce fantasme : l’abolition de la peine tout court. Et donc, à terme, l’abolition de la prison. Vétusté, insalubrité, promiscuité inhumaine, bouillon de culture de la récidive, violence terrifiante, tout est mis en exergue – si ce n’est  hypocritement et cyniquement entretenu ? – pour que nous soyons amenés un jour ou l’autre à cesser de voir dans l’incarcération une possible réponse. Il faut que nous en arrivions à avoir honte de recourir à cette forme de châtiment. Non seulement, que nous ayons honte, mais aussi que nous nous sentions  « coupables » de tolérer encore de telles pratiques.

Autrement dit, l’enjeu, pour ces âmes bienveillantes et vertueuses, est de réussir avec la prison ce qui a été si bien réussi avec le bagne. Obtenir le rejet consensuel de ce qui était devenu, de facto, inacceptable pour les populations à un moment donné de leur histoire. Si tel n’est pas le but recherché, comment expliquer alors la si piètre volonté politique de doter le pays d’un parc pénitentiaire, humainement décent, bien évidemment, mais en réelle cohérence avec le degré de délinquance que nous avons atteint ces derniers temps ? Et qui, probablement, ne fera que croître et embellir dans les années qui viennent ?

Le prince assassiné - Duc d'Enghien

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Barbarie au village

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Traces, un film de Tiago Guedes, en salles demain


Le cinéma portugais actuel emprunte bien souvent des chemins non balisés. Ce qui aiguise la curiosité. Telles ces Traces sur lesquelles nous entraîne le cinéaste Tiago Guedes, dans un film étrange, écrit en collaboration avec Tiago Rodrigues, l’ancien directeur du Théâtre national D. Maria de Lisbonne, aujourd’hui à la tête du festival d’Avignon.


La scène du drame est un village du nord du Portugal. Traces s’ouvre sur un long prologue, dans un format d’écran réduit : au jour de la traditionnelle « fête du vent », bacchanale semi-païenne, les jeunes mâles costumés de plumes et cagoulés de toile de jute débondent leurs hormones dans une parade virile, porteuse de possibles exactions.

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Un adolescent, Laureano, y est molesté, sur le pavé, par ses congénères en transe. Générique. Le format de l’écran s’élargit : 25 ans ont passé. Laureano, devenu le « dingo » du village suite à ce tabassage, vit dans une masure avec sa meute de chiens. L’omerta sur cet épisode perdure, tandis qu’un champ d’éoliennes hors d’échelle a poussé dans ce paysage sans grâce, au sommet d’une de ces collines boisées qui ceinturent le bled, que la friche d’un lotissement à l’abandon est venu enlaidir, et qui s’est même doté d’un abattoir industriel… Désormais adultes, les natifs du lieu ont eux-mêmes essaimé de petits ruraux désœuvrés, adolescents aux airs de petites frappes de banlieues, qui s’amusent à lapider Laureano… La ruralité telle qu’en elle-même, en ce début du XXIème siècle.

Comme jadis, pourtant, le village se prépare à la « fête du vent » : bal, feu d’artifice… Le récit s’installe, sans la moindre musique, dans une lenteur concertée faite de longs plans fixes composés avec grand soin. Puis, le récit s’étoffe d’une sourde inquiétude, qui trouvera son climax dans la mort du jeune Pedro, apparemment dévoré par les chiens…

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On se gardera de déflorer les péripéties de ce singulier thriller de cambrousse dont les comparses, unis dans un rapport scabreux à la vérité, ourdissent une loi du silence dont le pauvre Laureano sera, une fois encore, l’otage sacrificiel…

Traces. Film de Tiago Guedes. Durée : 2h07. En salles le 8 février 2023.

Ballon chinois: une bagatelle pour une guerre froide

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Face aux Chinois, Biden ne se dégonfle pas. Retour sur le psychodrame du week-end autour de l’OVNI chinois…


Après tout, cette folle histoire autour du ballon chinois est une histoire de guerre froide avant tout. Cette pale caricature de l’affaire U-2 est une anecdote typique d’un climat de tensions entre deux puissances (souvenez-vous de cet avion espion américain, volant à peu près à la même altitude que le ballon chinois de ce week-end, et abattu par les Soviétiques en 1960).
Les technologies impliquées ne sont pas très avancées, et, puisque l’engin concerné n’est pas piloté, il n’y a eu ni mort ni prisonnier.
Pourtant, l’incident est spectaculaire, au sens propre comme au figuré. De l’annonce du survol de l’État du Montana et de ses bases stratégiques, jusqu’à son interception par un F-22 au large des côtes de l’État de Caroline du Sud, la planète a pu suivre la trajectoire stratosphérique du dirigeable au-dessus du continent américain. L’objet volant et l’objet médiatique ont occupé les télévisions et les opinions publiques mondiales.

Gros comme trois autocars

Avant de parler des dimensions politique et géopolitique de l’incident, que dire du fond de cette affaire ? Il y a une semaine, les autorités américaines ont repéré ce dirigeable gros comme trois autocars : il aurait pénétré dans l’espace aérien américain au niveau des îles Aléoutiennes (à l’ouest de l’Alaska). Le dirigeable, identifié comme chinois (et reconnu comme tel par la Chine), est alors qualifié par les autorités américaines de moyen de renseignement militaire. Il porte une charge utile composée d’un ensemble d’équipements de mesures et/ou de surveillance. Les Chinois font alors savoir qu’il s’agit d’un engin civil dont l’objectif est de recueillir des informations météorologiques. Après la destruction du ballon, les Chinois ont exprimé leurs vives protestations, et ont limogé le patron du service national de météorologie. Leur message est donc: les Américains font tout un plat de la maladresse d’un fonctionnaire ! Pour le moment, on n’en sait pas beaucoup plus, si ce n’est qu’il est avéré que les Chinois n’ont pas informé les Américains en amont du passage de leur ballon – ce qu’on aurait attendu d’eux dans le cas d’un engin météorologique hors de contrôle.

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Si les Chinois mentent, qu’espéraient-ils d’un tel survol ? Il est peu probable que les informations recueillies – s’il s’agit bien d’un moyen de renseignement militaire – soient de qualité nettement meilleure que celles glanées par les satellites. Or, la Chine possède une solide constellation de satellites d’espionnage : les Yaogan. Mais tout comme pour le fameux ballon qui a agité les esprits ce week-end, les Chinois prétendent que leurs moyens satellitaires d’observation de la Terre servent exclusivement à l’évaluation des récoltes, à la prévention de catastrophes naturelles, à la planification urbaine ou la recherche scientifique… Cependant, compte tenu de leur orbite, des instruments qu’ils portent et du rythme des lancements, il s’agit bel et bien de satellites à usages militaires. Les satellites survolant la Terre à une altitude de 160 km couvrent systématiquement et régulièrement les régions qui ont un intérêt stratégique pour Pékin. Il n’est pas sûr que le ballon ait pu glaner des informations plus sensibles qu’eux. Il est cependant vrai que les ballons peuvent s’attarder au-dessus de sites présentant un intérêt particulier. Mais, à 20 kilomètres d’altitude, ils ne sont pas non plus complètement stationnaires, et restent soumis aux vents d’altitude.

Les Etats-Unis ont exploité au mieux une erreur des Chinois

Selon les Américains, les Chinois ont envoyé en mission 20 à 30 ballons similaires au cours de la dernière décennie, dont cinq ont déjà fini leur tour du monde. Deux autres ballons sont d’ailleurs en mission, aujourd’hui même, dont un qui a survolé tout récemment le nord de l’Amérique latine. Voilà qui est intéressant. Cette dernière information est probablement la plus importante dans cette affaire. Contrairement à ce qui était insinué par la couverture médiatique, ce n’est donc pas du tout la première fois qu’un tel incident a lieu. Voilà des questions pertinentes : pourquoi un tel drame, cette fois-ci ? Et, s’il s’agit vraiment de ballons espions, quel est l’intérêt à survoler la Colombie ?

Théâtre à Washington et guéguerre froide

Nous n’avons pas échappé à un sketch comique entre Républicains et Démocrates.
Des élus républicains ont par pur opportunisme critiqué le président Biden quant à sa faiblesse vis-à-vis de la Chine. L’un d’eux a même appelé à sa démission. Le sénateur de la Floride, Marco Rubio, a tweeté que « si Biden ne veut même pas abattre un ballon, il ne fera rien si la Chine prend des territoires à l’Inde ou au Japon ou envahi Taïwan ». Le Pentagone a répliqué à toutes ces critiques, en indiquant qu’au moins trois ballons avaient survolé les États-Unis pendant la mandature Trump. Et qu’aucun n’avait alors été abattu !

Bref, plus on sait, moins on comprend. Pour le porte-parole du département d’État américain, la « violation claire de la souveraineté américaine » par la Chine rendait « inappropriée » la visite en Chine du secrétaire d’Etat Antony Blinken prévue cette semaine. Le déplacement de Blinken aurait pu annoncer qu’une page était tournée dans les dissensions sino-américaines. Au lieu de cela, les récents événements n’ont fait que souligner l’importance de ces tensions.

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Quelles conclusions peut-on tirer de cette affaire ? Tout d’abord, qu’elle n’est pas si grave: les Chinois ne sont pas beaucoup plus renseignés sur les États-Unis qu’il y a 15 jours. En revanche, dans ce petit jeu sans fin de guerre froide, les Etats-Unis ont exploité au mieux une erreur des Chinois. Dès que le ballon est entré dans l’espace aérien américain, Washington a eu la main et a pu décider comment jouer. Gérer l’affaire discrètement, ou en faire un psychodrame ? C’est l’option 2 qui a été choisie: exploiter au maximum la bourde chinoise, et mettre Xi Jinping dans l’embarras alors que le début du troisième mandat du président chinois est déjà semé d’embuches.

Quiconque connait un peu la façon dont fonctionne la Chine sait qu’il est en réalité probable que Xi et les autres dirigeants chinois ignoraient presque tout de ces dirigeables. Quel intérêt à créer des tensions, et pourquoi le faire ainsi ? Comme tous les leaders du monde, Xi ne contrôle pas tout et n’est pas omniscient. Même si, contrairement à la majorité des autres dirigeants de la planète, il essaie de faire croire qu’il sait et maîtrise absolument tout. Surpris, les Chinois ont dû réagir vite, une autre chose qu’ils n’aiment pas faire. Les Américains ont donc bien joué la partie:ils ont marqué un point dans un très long match, dont le score final se mesurera en milliers de points.

Reims: une banale attaque au couteau?

S’étonner d’une attaque violente d’un immigré sur une joggeuse? Il y en a tellement que nous avons perdu tout notre «capital effroi»…


Reims, 31 décembre 2022. Une femme profite de la dernière après-midi de l’année pour aller faire du sport. Il est 15 h 45 et la trentenaire, en plein footing, s’engage dans la rue René-de-Bovis, dans la partie sud de la ville. Cela aurait pu tomber sur quelqu’un d’autre, à quelques mètres près : sur une passerelle traversant la Vesle, elle croise un homme habillé en djellaba qui se jette sur elle. « L’agresseur l’a plaquée au sol et a hurlé dans une langue étrangère, avant de lui donner un coup de couteau au niveau de la gorge », témoigne une source policière auprès du site web spécialisé dans les faits divers actu17.fr.

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La victime est prise en charge par une infirmière qui passait par-là, avant son transport à l’hôpital. Heureusement, le pronostic vital de notre joggeuse n’a pas été engagé. L’agresseur est retrouvé peu après par la police, son couteau de cuisine toujours en main. L’Union-L’Ardennais brosse le portrait de l’individu. « En situation sociale précaire […], sans activité professionnelle sur le territoire national et vivant en foyer social », Fayas Khan Nagharia serait né le 1er janvier 1999 en Afghanistan et serait arrivé en France en 2019. Son acte violent ne semble pas mériter une seule ligne dans Le Monde ni dans la quasi-globalité de la presse nationale. Nombre d’attaques sont cantonnées dans la presse régionale aux rubriques « faits divers », qui traitent selon la définition du Larousse des « événements sans portée générale qui appartiennent à la vie quotidienne » : on poignarde sur notre territoire, comme d’hab’ quoi. Les événements de la gare du Nord, de Thiais, de Strasbourg, en janvier, ont eu droit au même non-traitement médiatique. Est-ce parce qu’un tel crime relève désormais de la routine ou est-ce pour éviter de s’interroger sur les rapports entre immigration et criminalité ?

Dans la horde primitive de la teuci

Dans le film d’horreur français « La Tour », Blancs, Noirs et Maghrébins se coudoient dans une proximité conflictuelle étouffante. Le film, d’une très grande violence, n’épargne pas les starlettes Angèle Mac et Hatik… Critique.


Dans L’Ange exterminateur, film génial de Luis Buñuel millésimé 1962, un étrange sortilège s’abat sur les invités d’un raout mondain dans une opulente villa mexicaine, leur interdisant soudain de quitter les lieux, tandis que le personnel de service s’évanouit dans la nature. L’enfermement ranime chez ces gens, a priori bien élevés, les instincts les plus primaires, déclenchant dans ce microcosme une sauvagerie où se dissolvent bonnes mœurs et bonnes manières.

Séquences gores et dénouement morbide

Le cinéaste Guillaume Nicloux transpose à sa manière l’argument, mais cette fois dans une de ces « cages à lapins » de béton qui agrémentent si joliment le paysage de nos banlieues contemporaines.

La Tour a été effectivement tourné dans une tour d’Aubervilliers « en attente de réaménagement », dixit le dossier de presse du film. Le postulat est identique au chef d’œuvre du Septième art mentionné plus haut, dont il figure une manière de transposition sous nos latitudes, en 2023. Sinon qu’ici le sortilège prend une coloration concrète, explicite : brusquement, un voile opaque ceinture toutes les issues, portes et fenêtres, de cet « immeuble de grande hauteur », comme on dit.  Et tout corps ou objet cherchant à s’échapper au dehors se voit aspiré sans recours dans ce trou noir ; le dehors n’est plus qu’un gouffre mortel ; voilà les habitants pris au piège : l’édifice sera leur prison – peine à perpétuité.

Le fantastique chez Buñuel relevait d’un imaginaire surréaliste traversé d’humour, tandis qu’ici le registre de l’horreur baigne cet enfermement dès les premières images, dans la même tonalité de vomissure glauque qui clapotera, grevé de séquences gores, jusqu’au dénouement morbide. Au-delà du parti pris horrifique (qui tient parfaitement ses promesses), l’intéressant, c’est la crudité de cette vivisection dans le corps social d’une tour générique de cité telle qu’on l’observe communément dans la France de 2023. D’un bout à l’autre du film, ce ne seront que coups frappés dans des portes d’appartements que leurs occupants terrifiés ouvrent en tremblant, sous la contrainte. De fait, avant même que de se voir collectivement emmurés vivants dans leur logis, les habitants sont condamnés au clanisme ethnique, confessionnel et racial :  blancs, noirs, maghrébins se coudoient dans une proximité conflictuelle, dont le régime de claustration ne fera qu’exacerber jusqu’à l’extrême, en somme, les pathologies organiques: d’où prostitution, cannibalisme, viol, torture, séquestration, assassinat, famine organisée, etc. Non sans procurer au spectateur une certaine joie sadique, le récit déroule ainsi par étapes ( « six mois plus tard » ; « cinq ans plus tard »…), sur un grand nombre d’années, le délitement d’un microcosme urbain revenu, au stade ultime, à l’état  de horde primitive. Miroir grossissant d’une réalité tribale : celle de nos cités ?

Un réalisateur qui ne fait pas dans la dentelle

Cinéaste éclectique entre tous, également acteur et romancier –  capable de naviguer d’une adaptation de Diderot (La Religieuse), à la comédie acide (Le Poulpe), en passant par le cinéma noir, jusqu’au film de guerre (Les Confins du monde, avec Gaspard Ulliel et Gérard Depardieu), le docu-fiction (jusqu’à employer Michel Houellebecq dans son propre rôle)… – Nicloux ne fait pas dans la dentelle. D’une violence sans limites et d’un pessimisme métaphysique absolu, La Tour affiche une position peu conforme à l’irénisme de bon aloi dans les chaumières de la bien-pensance.

Ce quand bien même, aux côtés de la ravissante Angèle Mac (au physique passablement éprouvé tout de même, dans le film, au fil de ses épreuves) le casting s’enjolive du bel Hatik, nouvelle coqueluche du rap « issu-de-la-diversité ». Lequel, pas de chance, coitus interruptus se verra défénestré dans le plus simple appareil, dévoré vivant par le trou noir –  le film finissant sans lui.      

La Tour. Film de Guillaume Nicloux. Durée : 1h29. En salles le 8 février 2023

Génie ou pas fini?

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Macron est un génie. Depuis six ans, il est impossible d’échapper à ce postulat en préambule de tout débat abordant les échecs de la bête à concours de Picardie. Le braquage du siècle de 2017 occulte toute objectivité dans la manière d’appréhender l’homme. La mémoire collective a effacé sa chance de portugais cocufié par toute l’Ibérie avant de toucher les étoiles.


Son Q.I. son talon d’Achille. Relancer la réforme des retraites dans le contexte actuel, laisse perplexe. Soit c’est la preuve d’un manque de bon sens et de flair politique, soit c’est un pari cynique et froid misé sur l’accablement et la résignation d’un peuple à genoux. Il est probable que l’hypothèse 2 soit la bonne, mais alors quid du Père de la Nation. Un rôle qu’il n’a jamais pu ou voulu endosser, la paternité étant un sentiment qui lui est étranger. Il n’est pas là pour les pauvres, la province et la ruralité. Qui ne votent pas pour lui. En VRP de Bruxelles, Davos, Berlin et Washington il livre le sort des classes laborieuses et moyennes dans les bras des magnats du Capital. Privatiser la vie, le ventre des femmes, privatiser la retraite, la santé, la mort. Macron et ses conseillers Mac is Smack étaient sûrs du timing. Ils ne sont pas encore déconfinés dans leur tête, sont désossés par l’inflation, sidérés par la guerre, pas remis de ma réélection. C’est le moment de leur envoyer la dose et la facture. Ces faisans de la com nous administrent la pilule et avec eux même par voie orale on l’a toujours dans le c**. Mais voilà, avec l’énergie du désespoir la rue répond à l’appel du pavé. Et joue une de ses dernières cartouches pour ne pas finir anonyme et broyée parmi les algorithmes de Big Brother. “Qu’ils viennent me chercher!” On revient te chercher, on savait que tu nous attendais…

“Jamais je ne me lasserai d’offenser les imbéciles (Bernanos). Voilà son péché mignon, sa gourmandise ultime. Tant pis pour les conséquences. Il avait promis un premier mandat sans blablas. Un président au travail, dans le secret de sa fonction, rare sur la scène médiatique. Jamais un président n’a été aussi bavard. Il a passé un mandat en Grande Vadrouille, saisi tous les portables et blablaté dans tous les micros qui se tendaient. Il sort la petite phrase qui met le feu, et aussitôt, pour se refaire, part avec sa lance de pompier volontaire en tournée. Et le patron, sa tournée il la met. Sert, ressert, c’est open Macron bar. Ivre de lui-même, de selfies en autographes, il a passé cinq ans à tenter l’entarteur. Jusqu’à s’échouer sur la main du gifleur. “On a mis un gamin à l’Elysée et on va le payer très cher” (Luc Ferry 2017).

Un président Out of Africa. Son bilan à l’étranger est lui aussi catastrophérique. Ses rêves de leadership en Europe se sont fracassés sur la crise en Ukraine. Où son agitation frénétique a fini par user les dirigeants de toutes les diplomaties. Au point de favoriser l’avènement de cette crapule d’Erdogan en numéro 1bis de l’OTAN et en contrôleur général de l’UE. Bien joué. Les relations entre la France et l’Afrique sont plombées pour des générations. Il a couru les anciennes colonies pour s’excuser de tout. Votre corruption, vos boucheries, vos saloperies passées et à venir c’est de notre faute, notre grande faute. Oh mon gars, nos générations n’ont colonisé personne, torturé dégun, tué nobody. Alors fais-toi des soirées privées repentance, des week-ends gégène, des safaris fessées, mais arrête de parler et d’agir au nom du peuple sur des dossiers aussi voraces en chair humaine.

“La vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache(Malraux). Une part d’ombre s’étant barrée avec le coffre de Benalla, le service com a mis en lumière l’atout romanesque de son couple. Comme le bonhomme a d’entrée semé son sillon avec les graines du mépris et de la haine, la récolte s’annonçant prometteuse sa comcom.com a vite balancé au pilon la littérature rose bonbon. Il a voulu du gore, il aura du gore, jusqu’à la fin. Les hommages funèbres, notamment ceux à destination des artistes, dont il s’est fait une mission christique, en disent plus long sur sa personnalité. L’hommage à Belmondo, l’homme de Brio, était éloquent. Il a surjoué en cabot qui a dû rêver longtemps d’un autre destin. Et si banquier, président, n’étaient que des rôles ? Dans lesquels il s’écoute parler, se regarde s’aimer et se pâme à s’amuser ? Des uns, des autres, des faibles, de la fonction… Alors, génie ou pas fini? Pas fini.

Bordeaux: quand l’idéologie des élus veut imprimer sa marque sur des manifestations destinées à la petite enfance

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En Gironde, un atelier de maquillage pour les tout-petits, organisé dans une bibliothèque et animé par une drag-queen, est notamment dénoncé par le parti d’Eric Zemmour.


Dans le cadre du mois de la petite enfance aura lieu à Bordeaux un atelier de maquillage destiné aux enfants de 18 mois à 4 ans. Cet atelier, animé par Serge, présenté comme un « homme en jupe » ou comme drag queen, fait polémique. Pour le plus grand bonheur de la mairie écologiste qui administre la ville, puisque cela permet à ses élus d’adopter des postures de drama queen, d’entonner le grand air de la persécution fasciste et de mettre en avant leur tolérance et leur progressisme !

Espérons que l’atelier maquillage proposé se déroule sans problème. Il ne devrait en rien faire avancer une quelconque lutte, mais l’essentiel est que les enfants s’amusent

La crainte d’un endoctrinement des enfants de 4 ans sur les «stéréotypes de genre»

La seule chose dont tout le monde semble se moquer concerne l’intérêt de ce type de manifestation pour de très jeunes enfants. Mais la municipalité préfère mettre en avant sa belle âme et son esprit de résistance face à la menace de l’extrême droite. «Dès qu’il y a des initiatives portant sur les sujets d’égalité entre les filles et les garçons et de lutte contre les stéréotypes de genre, une frange radicalisée de la population se lâche sur les réseaux sociaux et les sites d’extrême droite», s’agace ainsi Olivier Escots, adjoint au maire en charge des discriminations dans Le Figaro.

Tweet du responsable départemental du parti « Reconquête »

La mairie de Bordeaux a décidé de placer son « mois de la petite enfance » sous le thème de l’égalité filles-garçons. La chose est déjà en soi amusante car, à cet âge-là, les enfants découvrent à peine l’existence des différences sexuelles et n’ont guère l’idée de ce que peut-être un stéréotype de genre, ils sont dans l’apprentissage de la conscience de soi. Ce type d’affichage est donc purement idéologique. Il permet essentiellement à des élus qui n’ont sans doute pas réfléchi à ce qu’ils pourraient apporter en matière de petite enfance, d’exhiber leur bonne conscience et de faire croire qu’ils agissent, alors qu’ils ne font que faire des pâtés de sable avec des concepts qui les dépassent.

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On peut tout à fait comprendre l’importance de lutter contre les discriminations. Un homme qui assume son sexe et son envie de porter des jupes et du maquillage ne mérite pas d’être ostracisé, moqué, encore moins humilié. Et ce n’est pas inutile de le rappeler.

Mais justement, les très jeunes enfants n’ont pas ce type de réflexe. Ils vont facilement vers l’autre. Cette question concerne les jeunes et les adultes, et ne peut alimenter qu’un discours en direction de personnes aptes à le comprendre et concernés par celui-ci. En quoi des enfants de 18 mois à 4 ans doivent-ils être instrumentalisés pour faire passer un message qui ne les concerne pas ? En quoi le fait d’être surpris par le parti pris des organisateurs devrait se traduire par un procès en fascisme fait aux individus et aux familles qui trouvent l’initiative contestable ? En quoi des élus doivent-ils faire de toute manifestation un tract politique destiné à leur tendre un miroir dans lequel ils se contemplent en chevalier blanc du politiquement correct, sans se soucier de ceux à qui l’initiative est censée être destinée ? Il se trouve hélas que de plus en plus d’élus mettent leur mandat au service de leurs obsessions, se mettent à faire la morale à leur population en s’érigeant arbitrairement en directeurs des consciences, le tout sans n’avoir plus aucun rapport avec l’intérêt général.

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On a d’ailleurs du mal à comprendre l’intérêt de l’atelier en question. Le fameux Serge est censé se maquiller, ensuite les enfants sont censés l’imiter. En général, les ateliers maquillage qu‘adorent les enfants consistent à les maquiller, en tigre, papillon, grenouille ou lion. Dans toutes les kermesses de maternelles, ces stands sont pris d’assaut. S’il s’agit juste de les laisser se gribouiller le visage et les mains de maquillage, pas sûr qu’il y ait besoin d’un tuto, encore moins sûr qu’à 3 ans, un enfant ait la coordination nécessaire pour « imiter » la précision d’un maquillage de drag queens. Mais comme tout le monde se moque de ces réalités-là, passons.

Tout à l’égo

Si vraiment des élus voulaient lutter contre les inégalités et développer à terme la tolérance, il existe des dispositifs plus pertinents qui se concentrent sur la période de la petite enfance. Notamment autour du développement du langage et de l’acquisition de vocabulaire. Ces approches ont notamment pour but l’acquisition, par les enfants issus des milieux défavorisés, d’un niveau de langage permettant de faire face aux apprentissages scolaires et de réduire ainsi la fracture sociale. On sait bien que le fait de ne pas maîtriser le langage est un facteur de violence et de difficulté à tisser le lien à l’autre. Seulement voilà, ce type d’engagement ne se résume pas à quelques heures, peu coûteuses, vite effectuées et vite oubliées. Cela demande un véritable investissement, et la participation des crèches, et ne peut porter de fruits que sur la durée. Il est rare que les élus se fassent attaquer sur ce type de programme, ce qui rend difficile la mise en scène de soi-même en martyr de la cause du progressisme et en cible de la méchante extrême-droite…

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Des initiatives utiles et qui ne se suscitent aucune polémique, voilà ce qui ne fait pas les affaires d’élus dont le service de leur propre ego paraît être la motivation principale. En attendant, espérons que l’atelier maquillage proposé se déroule sans problème. Il ne devrait en rien faire avancer une quelconque lutte, mais l’essentiel est que les enfants s’amusent. Pour le reste, cette affaire n’est que la énième illustration d’un certain puritanisme qui tente d’enrégimenter les enfants dès le plus jeune âge, avant même qu’ils n’aient développé leur personnalité.

Que cela puisse heurter certains parents n’est pas étonnant. En revanche, que des élus, au lieu d’interroger leurs choix et leurs pratiques, renvoient toute critique à la fachosphère, interroge.

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Retraite: quand le mot fait la chose

Il faudrait savoir de quoi nous parlons, au fond, quand nous évoquons la «retraite»: est-ce une nouvelle vie qui commence, ou l’existence qui s’achève ? Un peu de philologie permet de comprendre le non-dit de la notion, explique notre chroniqueur.


« Jubilación », disent nos voisins espagnols : on sent que la retraite ibérique sera une longue fête. Les Anglais, eux, ont deux mots : « retirement » au sens économique du terme, et « retreat » au sens militaire. Le brouhaha de ces dernières semaines, en France, ne viendrait-il pas de l’ambiguïté du mot « retraite », qui évoque à la fois la « pension » à venir et la défaite ? 

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Glissade vers la mort

L’ombre portée de la « retraite de Russie » plane derrière notre vision de la retraite. Alors, vouloir à tout prix la retarder, n’est-ce pas double peine ? À l’humiliation de la défaite sociale — nous étions quelque chose, nous avions des collègues, nous ne sommes plus rien et désormais ils nous ignorent, nous n’appartenons plus à leur monde — vient se greffer l’image du vieux soldat revenant d’une guerre perdue. La retraite, dons l’imaginaire collectif, c’est le désastre dans la steppe russe de l’armée napoléonienne, c’est le vieux chevalier revenant fourbu d’une croisade perdue, comme dans le tableau de Carl Friedrich Lessing, Le Retour du Croisé (1835). Un paladin épuisé, son oriflamme en lambeaux, plus rouillé encore que son armure. À 64 ans et peut-être un peu plus, comme je l’expliquais récemment. Ne rentrant chez lui que pour y mourir.
Comme disait il y a quelques jours Cyril Bennasar : « Une retraite ? Plutôt crever ! »

Le dernier croisé, Carl Friedrich Lessing. D.R.

65 ans en Espagne…

Quand le retraité hispanique s’apprête à faire la fête et considère qu’il a la vie devant soi, le retraité français entame sa glissade vers la mort. Deux pays, deux visions diamétralement opposées. Et pourtant l’Espagnol ne part à la retraite, déjà, qu’à 65 ans. Mais il se promet une longue fête humectée de manzanilla, de xérès et d’amontillado, avec tout le temps, enfin, de déguster des tapas, de faire de longues siestes et de courir aux corridas. De l’autre côté des Pyrénées, le Français se voit promis prochainement à l’oubli de tous et à un EHPAD humiliant où il vivotera entre douche hebdomadaire, nourritures molles sans sel et Alzheimer galopant.

… 67 au Royaume-Uni

L’Anglo-Saxon, pendant ce temps, dont l’âge de départ à la retraite devrait passer à 67 ans à l’horizon 2027, ne convoque aucune image de défaite — puisque « retirement » (qui a quand même un petit côté coitus interruptus, non ?) n’est pas « retreat ». Il envisage sereinement de continuer à travailler dans un petit job ou un autre — ou, s’il en a les moyens, d’explorer en détail ces anciennes provinces anglaises que sont le Bordelais et la Dordogne, et d’aller faire un tour, l’hiver, sur… la Promenade des Anglais. Et il ne comprend rien au débat français sur l’ancrage de la retraite à 64 ans…

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À vrai dire, une habile politique sociale, en plaçant au chômage près de 40% des plus de 55 ans, a largement anticipé la mort sociale redoutée. Nombre de nos concitoyens sont pré-défunts dans cette pré-retraite où comme chantait Brel,  
« Les vieux ne rêvent plus
Leurs livres s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort
Le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus
Leurs gestes ont trop de rides leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil
Et puis du lit au lit
Et s’ils sortent encore
Bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C’est pour suivre au soleil
L’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une plus laide… »

À vous de choisir, camarades. À vous de savoir si pour vous la retraite est l’entrée dans une désolation grise, ou si elle marquera une nouvelle jeunesse, une nouvelle ardeur. Partez, « là-bas où des oiseaux sont ivres », descendez des fleuves impassibles sur des bateaux ivres — mieux que dans les HLM flottants de la Royal Caribbean, défendez dès aujourd’hui vos droits à la jubilation, et ne laissez pas un fifrelin à vos héritiers: au moins ils n’attendront pas impatiemment que vous cassiez votre pipe.

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De la révolution à la Terreur racialiste

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Amira Elghawaby est la représentante spéciale du Canada chargée de la lutte contre l' "islamophobie". Capture CBC

« On connaît le dogme du pseudo-antiracisme contemporain, que j’appellerai le dogme inexistentialiste : “Le racisme anti-Blancs n’existe pas.” On est tenté d’ajouter : sauf chez la plupart de ceux qui affirment cet énoncé dogmatique. »

Pierre-André Taguieff, L »’imposture décoloniale« 

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, défenseur wokiste de toutes les « minorités », vient de nommer Amira Elghawaby au poste de « porte-parole, conseillère, experte et représentante dans les efforts du gouvernement fédéral pour lutter contre l’islamophobie, le racisme systémique, la discrimination raciale et l’intolérance religieuse ». Mme Elghawaby porte le hijab et est réputée être une militante de l’islam rigoriste. Elle est, comme son employeur, une combattante acharnée contre les lois protégeant la langue et la laïcité au Québec. Elle dit être fière de sa nouvelle mission, en particulier la lutte contre la discrimination raciale et l’islamophobie.

La mission de Mme Elghawaby ne prévoit apparemment pas de lutter contre le racisme anti-Blancs ou anti-Asiatiques. Sans doute pense-t-elle que ces racismes-là ne sont qu’une vue de l’esprit. Pourtant…

Ségrégation à Ottawa aujourd’hui…

Le 17 février prochain, au beau milieu du Mois de l’histoire des Noirs (sic), le Centre national des Arts d’Ottawa organisera au Babs Asper Théâtre un spectacle exclusivement réservé aux… Noirs. Les Blancs et les Asiatiques sont invités… à passer leur chemin. Le théâtre prévoit une autre soirée de ce type le 5 mai et explique dans un communiqué de presse que « ces soirées offriront un espace dédié aux amateurs de théâtre noirs pour assister à un spectacle reflétant le kaléidoscope vivant qu’est l’expérience noire » – si j’osais, je dirais que le terme de « kaléidoscope » me paraît assez inapproprié pour un événement destiné à mettre uniquement en valeur des nuances de noir. Si des individus « non noirs » décident toutefois de braver l’interdiction, il est prévu que des membres de la direction ou de la production discuteront avec ces derniers pour « désamorcer la situation ». Bien entendu, ces émissaires seront eux-mêmes « non noirs » – ainsi, si la discussion tourne au vinaigre, personne ne pourra être traité de raciste.

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Des Canadiens ont protesté, parlé d’« apartheid culturel » et de racisme, mais Mme Elghawaby n’a pour le moment rien trouvé à redire à ces événements appliquant une ségrégation raciale. Radio-Canada, radio publique aussi peu pluraliste et encore plus wokiste que notre Radio-France, la soutient en silence ; les journalistes sont restés totalement indifférents à cet événement. Il faut dire qu’ils ont d’autres chats à fouetter en ce moment – et nous allons voir que tout se tient, wokistement parlant. La direction de Radio-Canada demande en effet expressément à ses journalistes et animateurs de ne plus utiliser de « mots offensants ». Si, par malheur, l’un d’eux vient à utiliser, même à des fins pédagogiques, le « mot en n » (nigger, en novlangue non-offensante), des excuses en direct sont attendues. Dans un document paru sur le site de la radio en novembre 2022, il est précisé que si un invité tient un « propos offensant », le journaliste doit, là encore, présenter des excuses à l’auditoire et faire en sorte que l’invité ne répète pas ces propos. Ces « propos offensants » pouvant concerner« la race, l’origine nationale ou ethnique, la couleur, la religion, l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état matrimonial ou un handicap physique ou mental », l’invité a bougrement intérêt à faire attention à ce qu’il dit, d’autant plus qu’il est prévu de carrément supprimer tout mot ou passage supposément offensant « si l’entrevue est rediffusée ou rendue disponible sur demande sur les plateformes de CBC/Radio-Canada. ». La réalité rattrape la fiction de 1984 : « À la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée car il n’y aura plus de mots pour l’exprimer. […] Chaque année, de moins en moins de mots, et le champ de la conscience de plus en plus restreint. […] La Révolution sera complète quand le langage sera parfait », assène un fonctionnaire du Ministère de la Vérité. Les fonctionnaires wokistes disent exactement la même chose.

… Demain, à Paris ?

Mais revenons à notre théâtre « racialiste ». Ne nous moquons pas outre-mesure de la ségrégation raciale qui s’y applique. À la vitesse à laquelle se répand le poison wokiste en France, je ne serais pas surpris d’apprendre prochainement que tel ou tel lieu y est interdit aux Blancs. Ah ! on me dit dans l’oreillette que cela est déjà arrivé : à l’université Paris VIII (ateliers « Paroles non blanches »), dans un « camp d’été décolonial » réservé aux personnes non-blanches à Reims, lors de formations « en non mixité raciale » pour lutter contre les discriminations à l’initiative du syndicat Sud Éducation 93, lors de réunions « non mixtes racisées » organisées par l’Unef, etc. Tous ces faits, en plus des actes de violence sur des personnes en raison de leur couleur de peau blanche dans certains quartiers ou des messages anti-Blancs sur les réseaux sociaux ou dans les textes de rappeurs, relèvent du racisme anti-Blancs.

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Pourtant, au dire de notre ministre de l’Éducation nationale, il n’existe pas. Lors d’une conférence à Sciences Po en 2019, Pap Ndiaye expliquait que « cette thématique très étrange du racisme anti-Blancs […] vient de l’extrême droite » et que cette notion est « ridicule » puisqu’elle émane du « peuple dominant ». Ce discours strictement « racialiste » (c’est-à-dire fondamentalement raciste) condamne les Blancs à la damnation éternelle et excuse par avance les actes anti-Blancs qui ne peuvent pas être racistes puisque seuls les Blancs, en tant que « dominants », sont racistes. C’est du Robin DiAngelo [1] ou du Rokhaya Diallo dans le texte.

L’essayiste québécois Mathieu Bock-Côté © Damien Grenon / Photo12 via AFP

Comme Mathieu Bock-Côté l’a remarquablement soutenu dans son essai [2], la Révolution racialiste est en marche : après avoir imposé son vocabulaire (« racisé », racisme « systémique », « privilège blanc », « suprématie » blanche, etc.), rendu possible de nouvelles ségrégations raciales, envahi les médias et tous les lieux du savoir, des arts, de la publicité et du divertissement, elle poursuit son travail de sape en espérant voir s’amplifier une nouvelle et efficace lutte des races remplaçant l’ancienne et fatiguée lutte des classes. Cette révolution, comme toutes les révolutions, veut changer notre monde de fond en comble. Comme le dit sans ambages Rokhaya Diallo, les Français doivent accepter le fait que la France « n’est plus un pays chrétien et blanc » [3]. Ce à quoi les prépare l’écrivain Léonora Miano : « N’ayez pas peur d’être minoritaire culturellement. N’ayez pas peur de quelque chose qui va se passer. Parce que ça va se passer. Ça s’appelle une mutation. L’Europe va muter. […] Ils [les Subsahariens NDLA] vont venir, et ils vont venir avec leur bagage identitaire. […] C’est ça qui va se passer, et c’est déjà en train de se passer. N’ayez pas peur [4]. » Mme Miano prophétise le remplacement de la population européenne par une autre, africaine. En somme un grand remplacement. Mais chut !.. il paraît que cette « thématique », comme celle du racisme anti-Blancs, vient de l’extrême droite et est ridicule…

La Révolution racialiste, et autres virus idéologiques

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(1) Cette sociologue américaine a développé un business fructueux (livres, conférences, etc.) autour d’un concept simple et efficace qui a fait son chemin depuis : les Blancs et les sociétés occidentales sont, quoi qu’ils fassent, intrinsèquement et systémiquement racistes. Son livre, Fragilité blanche, est très apprécié dans certains milieux universitaires français, en particulier à Sciences Po, Nanterre ou Paris VIII.

(2) Mathieu Bock-Côté, La Révolution racialiste, Les presses de la cité.

(3) Entretien donné à Aljazeera le 13 mai 2017.

(4) Dans l’émission Ce soir ou jamais du 8 novembre 2013.

Frédéric Dabi: «Les Français se voient tous en futurs retraités»

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Fédéric Dabi. ©Hannah Assouline

Le directeur général de l’IFOP estime que les Français veulent travailler mais que le travail n’occupe plus une place centrale dans leur vie. Cependant, il existe encore une forme de sacralisation de la valeur travail, aussi voient-ils d’un mauvais œil les inactifs vivant du RSA.


Causeur. La retraite semble être l’un des rares sujets susceptibles de faire descendre beaucoup de Français dans la rue. Sommes-nous devenus des feignasses ?

Frédéric Dabi. Non, cela ne signifie pas ça. Si la question de la retraite et de l’équilibre du système occupe depuis si longtemps l’espace politico-médiatique, c’est que, depuis plusieurs années, on a connu plusieurs réformes et que chacune a été présentée comme la « der des ders », celle après laquelle on pourrait être tranquilles. Or, à chaque fois, le sujet ressurgit. Au niveau intime et individuel, je suis comme vous frappé par le fait que cette question préoccupe tout le monde : les générations intermédiaires, mais aussi les jeunes. Cela s’explique par l’allongement de l’espérance de vie. Sous Giscard, quand on avait la retraite à 65 ans, l’espérance de vie était d’à peine 72 ans chez les femmes et de 68 ans chez les hommes. Autrement dit, on mourait assez vite après la vie active. Aujourd’hui, la retraite est rêvée comme un eldorado, une nouvelle vie et, pour beaucoup de gens, la fin des problèmes. Or, ça ne se passe pas comme cela. Dans la vraie vie, en particulier pour la génération 50-64 ans qui vote le plus pour le RN, la retraite ne s’annonce pas comme la belle vie, mais comme la continuation des problèmes en pire.

N’empêche, on a le sentiment que les gens veulent de moins en moins travailler…

Vous vous trompez. Ce qui est clair, c’est que le travail a perdu sa centralité. Avant, avec l’espoir d’ascension sociale, le travail était déterminant dans l’inscription dans la société. Aujourd’hui, il coexiste avec d’autres aspirations, notamment les loisirs. En 1990, sous la gauche, pour 92 % des Français, le travail était « important » dans leur vie et pour 60 %, « très important ». Aujourd’hui, on a encore 86 % des sondés qui le jugent « important », mais seulement 24 % le qualifient de « très important ». Les gens ne veulent plus se sacrifier pour le travail. Cependant, comme le montre le sondage que nous avons réalisé pour Marianne [1], les jeunes sont plus Fabien Roussel que Sandrine Rousseau, plus « gauche du travail » que « gauche des allocs ».

Cette nouvelle conception du travail serait légitime si les gens acceptaient l’idée qu’en travaillant moins, ils gagneront moins. Mais ils ne visent pas la sobriété heureuse, ils ont les mêmes exigences sur leur niveau de vie. Certes, les salaires ne sont pas satisfaisants, mais il y a quand même un rapport contestable à l’assistanat et à l’État. Si vous refusez de travailler une ou deux années de plus, cela veut dire que quelqu’un, en l’occurrence un jeunes actif, devra plus trimer pour vous.

Ce que vous dites n’est pas contradictoire avec mes propos précédents. Nous sommes en France, je me souviens de La Dynamique de l’Occident de Norbert Elias, qui raconte la formation de l’État central et explique pourquoi, chez nous, l’État est si puissant et que nous attendons tant de lui.  Cette exception française vis-à-vis du politique, donc des pouvoirs publics, explique qu’on accepte l’omnipotence de l’État pour peu qu’il obtienne des résultats et change la vie des gens. On l’a vu pendant le Covid, une large majorité a accepté que l’État s’immisce dans sa sphère privée et même intime.

A lire aussi : Retraites: et si Macron comprenait ce qui se passe?

En somme, nous sommes devenus un peuple d’assistés ?

Là, je serais plus nuancé. Certes, nous croyons en l’État et attendons beaucoup de lui ; dans mes enquêtes, dans le match privé/public, l’État l’emporte quasiment tout le temps malgré ses carences objectives, pour ne pas dire plus. Cependant, il y a un fait très nouveau: le chômage qui était depuis des décennies en tête des préoccupations des Français, occupe désormais la dixième place. C’est du jamais-vu. Pourquoi ? Il y a la petite musique des emplois non pourvus, mais aussi l’assistanat. Le fait que certains soient payés à ne rien faire n’est plus accepté. Depuis vingt ans, nous soumettons une phrase aux Français : « les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment. » Eh bien, on est maintenant à trois quarts de oui ; même chez les jeunes et même à gauche, ce oui est majoritaire. En dépit des idées reçues, les jeunes adhèrent à la valeur travail. Dans mon livre – La Fracture –, je montre que l’affirmation « pour réussir personnellement, je dois réussir professionnellement » n’a jamais été aussi consensuelle. Les deux réussites sont imbriquées. Or, l’assistanat casse cette intrication. En somme, la politique du guichet et les 3 000 milliards de dettes qui en résultent ne nous dérangent guère, mais assistés n’est pas le bon terme.

D’où ce paradoxe que je qualifierais de libéralisme d’État ou d’individualisme collectiviste.

En effet, pendant longtemps, libéralisme était un mot « Voldemort », notamment chez les jeunes. Alain Madelin se dit libéral, il fait 3 % à la présidentielle, Delanoé se dit libéral sur le plan de la culture et des mœurs, il perd le congrès du PS. Aujourd’hui, avec « entreprise », « libéralisme » est un des mots préférés des jeunes. En même temps, on va vers plus d’individualisation. C’est moi en tant qu’individu qui attend quelque chose de l’État. Ce qui me fait douter d’un mouvement social type 1995 : les Français ne croient plus vraiment que l’action collective puisse faire plier un gouvernement et faire changer les choses. La dernière fois qu’une mobilisation initiée par les syndicats a fait reculer le gouvernement, c’était en 2006 avec les manifestations contre le contrat première embauche. À l’inverse, en 2010, il y avait beaucoup de monde dans la rue contre la réforme Fillon. Et elle est passée.

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On explique souvent l’appétence pour la retraite par le manque de sens du travail, et c’est aussi vrai pour certains cadres qui n’ont aucun pouvoir de décision. Reste que le travail, c’est le passage à l’âge adulte, à l’autonomie. Or, l’idée qu’il y a une dignité dans le seul fait de subvenir à ses besoins est en perte de vitesse.

Oui, la demande de sens et d’intérêt monte. Il faut que le travail soit désirable. Rappelez-vous le tailleur de pierres de Péguy : il ne dit pas « je taille des cailloux » mais « je bâtis des cathédrales ». Mais il y a autre chose : le travail doit être « instagramable » – terme détestable, mais qui illustre très bien notre société –, il faut pouvoir le raconter aux autres.

Cependant, la question du sens du travail reste reléguée derrière celle de sa récompense. L’injustice insupportable n’est pas d’être au chômage, mais d’avoir un emploi qui paie mal. Dans un contexte où le couple maudit inflation/pouvoir d’achat écrase tout, quand on interroge les jeunes, les salariés sur leurs motivations, la rémunération reste à un niveau extrêmement élevé. Ce qui a changé, je le répète, c’est la recherche d’un équilibre entre sphère professionnelle et sphère privée. L’étanchéité entre les deux a complètement explosé chez les jeunes salariés qui affirment majoritairement que leurs collègues sont avant tout leurs amis.

Il y a aussi une autre dimension : Jérôme Fourquet a observé qu’une des grandes différences entre les électeurs de Le Pen et ceux de Macron tenait à l’autonomie. L’électeur de Le Pen a un petit chef sur le dos. Pour beaucoup de gens, la retraite signifie justement ne plus avoir le petit chef sur le dos.

C’est un vrai sujet. Si tant de salariés français sont si friands de télétravail, c’est parce qu’il permet la mise à distance du petit chef.

Le même mot, travail, désigne au moins deux mondes : le salariat et tout le reste (indépendants, intérimaires, free-lances, etc.). Le salariat perd-il sa suprématie ?

Le CDI reste prépondérant dans l’univers des actifs. Toutefois, il y a une progression qualitative et quantitative du CDD, notamment chez les jeunes qui ne le voient plus comme une source de précarité, mais de liberté. De plus, ils ne sacralisent plus le CDI car ils comprennent qu’il n’est plus une garantie. Et puis, il y a tous les contrats dont vous parlez. À la fin des années Sarkozy, dans un contexte de chômage massif, une enquête Ipsos, montrant que le premier souhait des jeunes était d’être fonctionnaires, avait fait un bruit énorme. Aujourd’hui, c’est complètement fini. Ils préfèrent multiplier les expériences, passer d’un statut à un autre.

Les indépendants ont plus le sentiment que les salariés qu’ils travaillent pour eux – même si c’est très largement faux.

Quand on travaille sur les mots préférés des Français, jusqu’à 35 ans, c’est le mot égalité qui l’emporte nettement, mais chez les actifs de 35 ans et plus, c’est le mot liberté. Cependant, avec le Covid beaucoup pensent que l’entreprise les a protégés. Finalement, cette crise sanitaire a rasséréné une grande partie du salariat.

les retraités votent plus que la moyenne et peuvent faire basculer une élection. À l’exception de Mitterrand et Hollande, tous nos présidents étaient majoritaires chez les retraités

Sauf que ce n’est pas l’entreprise qui les a protégés, mais le contribuable.

En effet, c’est le « quoi qu’il en coûte ». Du coup, cette période a aussi aggravé les inégalités de protection et de statut entre les différents types de métiers et de secteurs.

Revenons à l’assistanat. Il y a toute une France qui, sans demander beaucoup, s’est habituée à vivre du RSA et de petits boulots au noir.

Oui, on n’en parle pas assez. D’ailleurs, l’une des propositions les plus populaires du candidat Macron, c’était de conditionner le versement du RSA à quelques heures de travail. Cela crée un nouveau clivage entre la droite et la gauche, mais aussi au sein de la gauche. De manière générale, les Français portent un regard très sévère sur les allocataires du RSA. Borne n’avait aucun intérêt à reculer sur la baisse plus rapide des allocations-chômage dans le temps, qui suscitait un consensus très net dans l’opinion publique. Il reste une forme de sacralisation de la valeur travail, même si elle n’est plus centrale. D’ailleurs, soyons honnêtes, beaucoup  de gens éligibles au RSA ne se font pas connaître. Il y a sans doute un problème d’accès mais aussi une question de fierté.

Et quid du revenu universel, cher à Benoît Hamon ?

On a testé cette idée en 2017, une petite majorité y était favorable. Toutefois, il y avait de gros doutes sur sa faisabilité et sur le risque de dévaloriser le travail. En revanche, l’impôt universel est massivement soutenu par les Français. Entre 2010 et 2022, la proportion de foyers payant l’impôt sur le revenu est passée de 55 % à 45 %. Pour être citoyen grec, il fallait être Grec et payer l’impôt. C’est un vrai problème qui participe de celui de l’assistanat.

Résultat, les classes moyennes pensent que la France qui bosse entretient celle qui ne bosse pas.

Cette perception est partagée par une nette majorité de Français, y compris à gauche.

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Le RN a-t-il politiquement raison d’en rajouter sur le thème de la loi « sadique et cruelle » ?

Le RN observe que son électorat est composé de catégories populaires qui seront plus affectées par cette réforme que Frédéric Dabi ou Élisabeth Lévy qui seront enchantés de travailler jusqu’à 65 ou 67 ans, voire plus. Or, il est vrai que cet électorat a déjà été le plus touché par la réforme Fillon. Pour les cadres supérieurs qui ne partaient jamais à 60 ans, cette réforme était une blague ! En mai 2021, nous avons demandé aux Français quelle était la réforme de la décennie Mitterrand qui les avait le plus marqués : la retraite arrivait nettement en tête. Dix ans plus tôt, c’était l’abolition de la peine de mort.

Vous l’avez noté, la retraite aggrave les inégalités de la vie active. Reste qu’en moyenne, le revenu des actifs est à peu près égal au revenu des inactifs. Cela pose un problème de solidarité intergénérationnelle. D’un côté, il y a des jeunes ménages qui triment, n’arrivent pas à se loger, limitent leur nombre d’enfants et de l’autre, des retraités qui font des croisières.

C’est très juste, mais vous oubliez la dimension de clientèle électorale. En 2017, Macron a vaguement essayé de « mettre les retraités à contribution » avec la CSG et le projet de désindexer les pensions de l’inflation qui était pourtant très faible : rappelez-vous le tollé ! Et la protestation n’est pas venue des seuls retraités, mais de l’ensemble des Français qui se voient tous en futurs retraités. N’oubliez pas que les retraités votent plus que la moyenne et peuvent faire basculer une élection. À l’exception de Mitterrand et Hollande, tous nos présidents étaient majoritaires chez les retraités.

Finalement, sommes-nous une nation réfractaire au travail ?

Je ne pense pas, c’est seulement une question de curseur, de place, de finalité du travail et de récit autour du travail. Mais il est injuste de dire que les Français ne veulent plus travailler.

La Fracture

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[1] « Les jeunes et la valeur travail », 9 décembre 2022, ifop.com.

Prison: le plan A

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Christiane Taubira, février 2017 © SIPA

A comme abolition, bien sûr.


Nous y sommes. En tout cas, il semble bien que nous nous y dirigions insensiblement.  On aurait tort de se contenter de diagnostics de laxisme ou de dysfonctionnements judiciaires lorsqu’on constate que tel criminel n’effectue que trois ou quatre années d’incarcération sur les douze ou quinze que prévoyait sa condamnation.

En profondeur, il s’agit de bien autre chose. Tout un lobby, encore vaguement souterrain, est à la manœuvre, nourri, animé par un courant idéologique déjà ancien mais revigoré par l’actuelle vague de wokisme. Selon les tenants de ces doctrines, on le sait, le vrai coupable n’est pas le condamné mais la très vilaine société qui l’a amené là, derrière les barreaux. Horrible corps social fauteur d’inégalités féroces, d’oppression obsessionnelle du fort sur le faible, du riche sur l’impécunieux, du patron sur le travailleur. Et désormais, wokisme oblige, du mâle blanc sur tout ce qui bouge ou peu s’en faut.

Cette conception-là perdure, savamment entretenue et distillée dans certains milieux dits intellectuels, mais aussi dans une frange non négligeable de la magistrature. Ce qu’il faut décrypter, par exemple, dans la suppression des peines planchers par Mme Taubira en son temps, c’est en réalité l’amorce, encore discrète, de  la mise en œuvre de ce fantasme : l’abolition de la peine tout court. Et donc, à terme, l’abolition de la prison. Vétusté, insalubrité, promiscuité inhumaine, bouillon de culture de la récidive, violence terrifiante, tout est mis en exergue – si ce n’est  hypocritement et cyniquement entretenu ? – pour que nous soyons amenés un jour ou l’autre à cesser de voir dans l’incarcération une possible réponse. Il faut que nous en arrivions à avoir honte de recourir à cette forme de châtiment. Non seulement, que nous ayons honte, mais aussi que nous nous sentions  « coupables » de tolérer encore de telles pratiques.

Autrement dit, l’enjeu, pour ces âmes bienveillantes et vertueuses, est de réussir avec la prison ce qui a été si bien réussi avec le bagne. Obtenir le rejet consensuel de ce qui était devenu, de facto, inacceptable pour les populations à un moment donné de leur histoire. Si tel n’est pas le but recherché, comment expliquer alors la si piètre volonté politique de doter le pays d’un parc pénitentiaire, humainement décent, bien évidemment, mais en réelle cohérence avec le degré de délinquance que nous avons atteint ces derniers temps ? Et qui, probablement, ne fera que croître et embellir dans les années qui viennent ?

Le prince assassiné - Duc d'Enghien

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Barbarie au village

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"Traces" (2023) de Tiago Guedes © Alfama Films

Traces, un film de Tiago Guedes, en salles demain


Le cinéma portugais actuel emprunte bien souvent des chemins non balisés. Ce qui aiguise la curiosité. Telles ces Traces sur lesquelles nous entraîne le cinéaste Tiago Guedes, dans un film étrange, écrit en collaboration avec Tiago Rodrigues, l’ancien directeur du Théâtre national D. Maria de Lisbonne, aujourd’hui à la tête du festival d’Avignon.


La scène du drame est un village du nord du Portugal. Traces s’ouvre sur un long prologue, dans un format d’écran réduit : au jour de la traditionnelle « fête du vent », bacchanale semi-païenne, les jeunes mâles costumés de plumes et cagoulés de toile de jute débondent leurs hormones dans une parade virile, porteuse de possibles exactions.

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Un adolescent, Laureano, y est molesté, sur le pavé, par ses congénères en transe. Générique. Le format de l’écran s’élargit : 25 ans ont passé. Laureano, devenu le « dingo » du village suite à ce tabassage, vit dans une masure avec sa meute de chiens. L’omerta sur cet épisode perdure, tandis qu’un champ d’éoliennes hors d’échelle a poussé dans ce paysage sans grâce, au sommet d’une de ces collines boisées qui ceinturent le bled, que la friche d’un lotissement à l’abandon est venu enlaidir, et qui s’est même doté d’un abattoir industriel… Désormais adultes, les natifs du lieu ont eux-mêmes essaimé de petits ruraux désœuvrés, adolescents aux airs de petites frappes de banlieues, qui s’amusent à lapider Laureano… La ruralité telle qu’en elle-même, en ce début du XXIème siècle.

Comme jadis, pourtant, le village se prépare à la « fête du vent » : bal, feu d’artifice… Le récit s’installe, sans la moindre musique, dans une lenteur concertée faite de longs plans fixes composés avec grand soin. Puis, le récit s’étoffe d’une sourde inquiétude, qui trouvera son climax dans la mort du jeune Pedro, apparemment dévoré par les chiens…

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On se gardera de déflorer les péripéties de ce singulier thriller de cambrousse dont les comparses, unis dans un rapport scabreux à la vérité, ourdissent une loi du silence dont le pauvre Laureano sera, une fois encore, l’otage sacrificiel…

Traces. Film de Tiago Guedes. Durée : 2h07. En salles le 8 février 2023.

Ballon chinois: une bagatelle pour une guerre froide

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© Chad Fish/AP/SIPA

Face aux Chinois, Biden ne se dégonfle pas. Retour sur le psychodrame du week-end autour de l’OVNI chinois…


Après tout, cette folle histoire autour du ballon chinois est une histoire de guerre froide avant tout. Cette pale caricature de l’affaire U-2 est une anecdote typique d’un climat de tensions entre deux puissances (souvenez-vous de cet avion espion américain, volant à peu près à la même altitude que le ballon chinois de ce week-end, et abattu par les Soviétiques en 1960).
Les technologies impliquées ne sont pas très avancées, et, puisque l’engin concerné n’est pas piloté, il n’y a eu ni mort ni prisonnier.
Pourtant, l’incident est spectaculaire, au sens propre comme au figuré. De l’annonce du survol de l’État du Montana et de ses bases stratégiques, jusqu’à son interception par un F-22 au large des côtes de l’État de Caroline du Sud, la planète a pu suivre la trajectoire stratosphérique du dirigeable au-dessus du continent américain. L’objet volant et l’objet médiatique ont occupé les télévisions et les opinions publiques mondiales.

Gros comme trois autocars

Avant de parler des dimensions politique et géopolitique de l’incident, que dire du fond de cette affaire ? Il y a une semaine, les autorités américaines ont repéré ce dirigeable gros comme trois autocars : il aurait pénétré dans l’espace aérien américain au niveau des îles Aléoutiennes (à l’ouest de l’Alaska). Le dirigeable, identifié comme chinois (et reconnu comme tel par la Chine), est alors qualifié par les autorités américaines de moyen de renseignement militaire. Il porte une charge utile composée d’un ensemble d’équipements de mesures et/ou de surveillance. Les Chinois font alors savoir qu’il s’agit d’un engin civil dont l’objectif est de recueillir des informations météorologiques. Après la destruction du ballon, les Chinois ont exprimé leurs vives protestations, et ont limogé le patron du service national de météorologie. Leur message est donc: les Américains font tout un plat de la maladresse d’un fonctionnaire ! Pour le moment, on n’en sait pas beaucoup plus, si ce n’est qu’il est avéré que les Chinois n’ont pas informé les Américains en amont du passage de leur ballon – ce qu’on aurait attendu d’eux dans le cas d’un engin météorologique hors de contrôle.

A lire aussi, du même auteur: Guerre russo-ukrainienne: le char seul ne gagne pas la guerre

Si les Chinois mentent, qu’espéraient-ils d’un tel survol ? Il est peu probable que les informations recueillies – s’il s’agit bien d’un moyen de renseignement militaire – soient de qualité nettement meilleure que celles glanées par les satellites. Or, la Chine possède une solide constellation de satellites d’espionnage : les Yaogan. Mais tout comme pour le fameux ballon qui a agité les esprits ce week-end, les Chinois prétendent que leurs moyens satellitaires d’observation de la Terre servent exclusivement à l’évaluation des récoltes, à la prévention de catastrophes naturelles, à la planification urbaine ou la recherche scientifique… Cependant, compte tenu de leur orbite, des instruments qu’ils portent et du rythme des lancements, il s’agit bel et bien de satellites à usages militaires. Les satellites survolant la Terre à une altitude de 160 km couvrent systématiquement et régulièrement les régions qui ont un intérêt stratégique pour Pékin. Il n’est pas sûr que le ballon ait pu glaner des informations plus sensibles qu’eux. Il est cependant vrai que les ballons peuvent s’attarder au-dessus de sites présentant un intérêt particulier. Mais, à 20 kilomètres d’altitude, ils ne sont pas non plus complètement stationnaires, et restent soumis aux vents d’altitude.

Les Etats-Unis ont exploité au mieux une erreur des Chinois

Selon les Américains, les Chinois ont envoyé en mission 20 à 30 ballons similaires au cours de la dernière décennie, dont cinq ont déjà fini leur tour du monde. Deux autres ballons sont d’ailleurs en mission, aujourd’hui même, dont un qui a survolé tout récemment le nord de l’Amérique latine. Voilà qui est intéressant. Cette dernière information est probablement la plus importante dans cette affaire. Contrairement à ce qui était insinué par la couverture médiatique, ce n’est donc pas du tout la première fois qu’un tel incident a lieu. Voilà des questions pertinentes : pourquoi un tel drame, cette fois-ci ? Et, s’il s’agit vraiment de ballons espions, quel est l’intérêt à survoler la Colombie ?

Théâtre à Washington et guéguerre froide

Nous n’avons pas échappé à un sketch comique entre Républicains et Démocrates.
Des élus républicains ont par pur opportunisme critiqué le président Biden quant à sa faiblesse vis-à-vis de la Chine. L’un d’eux a même appelé à sa démission. Le sénateur de la Floride, Marco Rubio, a tweeté que « si Biden ne veut même pas abattre un ballon, il ne fera rien si la Chine prend des territoires à l’Inde ou au Japon ou envahi Taïwan ». Le Pentagone a répliqué à toutes ces critiques, en indiquant qu’au moins trois ballons avaient survolé les États-Unis pendant la mandature Trump. Et qu’aucun n’avait alors été abattu !

Bref, plus on sait, moins on comprend. Pour le porte-parole du département d’État américain, la « violation claire de la souveraineté américaine » par la Chine rendait « inappropriée » la visite en Chine du secrétaire d’Etat Antony Blinken prévue cette semaine. Le déplacement de Blinken aurait pu annoncer qu’une page était tournée dans les dissensions sino-américaines. Au lieu de cela, les récents événements n’ont fait que souligner l’importance de ces tensions.

A lire aussi, Jean-Yves Bouffet: Océanisation du Foch: comment gérer les vieilles coques de la Marine?

Quelles conclusions peut-on tirer de cette affaire ? Tout d’abord, qu’elle n’est pas si grave: les Chinois ne sont pas beaucoup plus renseignés sur les États-Unis qu’il y a 15 jours. En revanche, dans ce petit jeu sans fin de guerre froide, les Etats-Unis ont exploité au mieux une erreur des Chinois. Dès que le ballon est entré dans l’espace aérien américain, Washington a eu la main et a pu décider comment jouer. Gérer l’affaire discrètement, ou en faire un psychodrame ? C’est l’option 2 qui a été choisie: exploiter au maximum la bourde chinoise, et mettre Xi Jinping dans l’embarras alors que le début du troisième mandat du président chinois est déjà semé d’embuches.

Quiconque connait un peu la façon dont fonctionne la Chine sait qu’il est en réalité probable que Xi et les autres dirigeants chinois ignoraient presque tout de ces dirigeables. Quel intérêt à créer des tensions, et pourquoi le faire ainsi ? Comme tous les leaders du monde, Xi ne contrôle pas tout et n’est pas omniscient. Même si, contrairement à la majorité des autres dirigeants de la planète, il essaie de faire croire qu’il sait et maîtrise absolument tout. Surpris, les Chinois ont dû réagir vite, une autre chose qu’ils n’aiment pas faire. Les Américains ont donc bien joué la partie:ils ont marqué un point dans un très long match, dont le score final se mesurera en milliers de points.

Reims: une banale attaque au couteau?

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D.R.

S’étonner d’une attaque violente d’un immigré sur une joggeuse? Il y en a tellement que nous avons perdu tout notre «capital effroi»…


Reims, 31 décembre 2022. Une femme profite de la dernière après-midi de l’année pour aller faire du sport. Il est 15 h 45 et la trentenaire, en plein footing, s’engage dans la rue René-de-Bovis, dans la partie sud de la ville. Cela aurait pu tomber sur quelqu’un d’autre, à quelques mètres près : sur une passerelle traversant la Vesle, elle croise un homme habillé en djellaba qui se jette sur elle. « L’agresseur l’a plaquée au sol et a hurlé dans une langue étrangère, avant de lui donner un coup de couteau au niveau de la gorge », témoigne une source policière auprès du site web spécialisé dans les faits divers actu17.fr.

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La victime est prise en charge par une infirmière qui passait par-là, avant son transport à l’hôpital. Heureusement, le pronostic vital de notre joggeuse n’a pas été engagé. L’agresseur est retrouvé peu après par la police, son couteau de cuisine toujours en main. L’Union-L’Ardennais brosse le portrait de l’individu. « En situation sociale précaire […], sans activité professionnelle sur le territoire national et vivant en foyer social », Fayas Khan Nagharia serait né le 1er janvier 1999 en Afghanistan et serait arrivé en France en 2019. Son acte violent ne semble pas mériter une seule ligne dans Le Monde ni dans la quasi-globalité de la presse nationale. Nombre d’attaques sont cantonnées dans la presse régionale aux rubriques « faits divers », qui traitent selon la définition du Larousse des « événements sans portée générale qui appartiennent à la vie quotidienne » : on poignarde sur notre territoire, comme d’hab’ quoi. Les événements de la gare du Nord, de Thiais, de Strasbourg, en janvier, ont eu droit au même non-traitement médiatique. Est-ce parce qu’un tel crime relève désormais de la routine ou est-ce pour éviter de s’interroger sur les rapports entre immigration et criminalité ?

Dans la horde primitive de la teuci

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© Wild Bunch

Dans le film d’horreur français « La Tour », Blancs, Noirs et Maghrébins se coudoient dans une proximité conflictuelle étouffante. Le film, d’une très grande violence, n’épargne pas les starlettes Angèle Mac et Hatik… Critique.


Dans L’Ange exterminateur, film génial de Luis Buñuel millésimé 1962, un étrange sortilège s’abat sur les invités d’un raout mondain dans une opulente villa mexicaine, leur interdisant soudain de quitter les lieux, tandis que le personnel de service s’évanouit dans la nature. L’enfermement ranime chez ces gens, a priori bien élevés, les instincts les plus primaires, déclenchant dans ce microcosme une sauvagerie où se dissolvent bonnes mœurs et bonnes manières.

Séquences gores et dénouement morbide

Le cinéaste Guillaume Nicloux transpose à sa manière l’argument, mais cette fois dans une de ces « cages à lapins » de béton qui agrémentent si joliment le paysage de nos banlieues contemporaines.

La Tour a été effectivement tourné dans une tour d’Aubervilliers « en attente de réaménagement », dixit le dossier de presse du film. Le postulat est identique au chef d’œuvre du Septième art mentionné plus haut, dont il figure une manière de transposition sous nos latitudes, en 2023. Sinon qu’ici le sortilège prend une coloration concrète, explicite : brusquement, un voile opaque ceinture toutes les issues, portes et fenêtres, de cet « immeuble de grande hauteur », comme on dit.  Et tout corps ou objet cherchant à s’échapper au dehors se voit aspiré sans recours dans ce trou noir ; le dehors n’est plus qu’un gouffre mortel ; voilà les habitants pris au piège : l’édifice sera leur prison – peine à perpétuité.

Le fantastique chez Buñuel relevait d’un imaginaire surréaliste traversé d’humour, tandis qu’ici le registre de l’horreur baigne cet enfermement dès les premières images, dans la même tonalité de vomissure glauque qui clapotera, grevé de séquences gores, jusqu’au dénouement morbide. Au-delà du parti pris horrifique (qui tient parfaitement ses promesses), l’intéressant, c’est la crudité de cette vivisection dans le corps social d’une tour générique de cité telle qu’on l’observe communément dans la France de 2023. D’un bout à l’autre du film, ce ne seront que coups frappés dans des portes d’appartements que leurs occupants terrifiés ouvrent en tremblant, sous la contrainte. De fait, avant même que de se voir collectivement emmurés vivants dans leur logis, les habitants sont condamnés au clanisme ethnique, confessionnel et racial :  blancs, noirs, maghrébins se coudoient dans une proximité conflictuelle, dont le régime de claustration ne fera qu’exacerber jusqu’à l’extrême, en somme, les pathologies organiques: d’où prostitution, cannibalisme, viol, torture, séquestration, assassinat, famine organisée, etc. Non sans procurer au spectateur une certaine joie sadique, le récit déroule ainsi par étapes ( « six mois plus tard » ; « cinq ans plus tard »…), sur un grand nombre d’années, le délitement d’un microcosme urbain revenu, au stade ultime, à l’état  de horde primitive. Miroir grossissant d’une réalité tribale : celle de nos cités ?

Un réalisateur qui ne fait pas dans la dentelle

Cinéaste éclectique entre tous, également acteur et romancier –  capable de naviguer d’une adaptation de Diderot (La Religieuse), à la comédie acide (Le Poulpe), en passant par le cinéma noir, jusqu’au film de guerre (Les Confins du monde, avec Gaspard Ulliel et Gérard Depardieu), le docu-fiction (jusqu’à employer Michel Houellebecq dans son propre rôle)… – Nicloux ne fait pas dans la dentelle. D’une violence sans limites et d’un pessimisme métaphysique absolu, La Tour affiche une position peu conforme à l’irénisme de bon aloi dans les chaumières de la bien-pensance.

Ce quand bien même, aux côtés de la ravissante Angèle Mac (au physique passablement éprouvé tout de même, dans le film, au fil de ses épreuves) le casting s’enjolive du bel Hatik, nouvelle coqueluche du rap « issu-de-la-diversité ». Lequel, pas de chance, coitus interruptus se verra défénestré dans le plus simple appareil, dévoré vivant par le trou noir –  le film finissant sans lui.      

La Tour. Film de Guillaume Nicloux. Durée : 1h29. En salles le 8 février 2023

Génie ou pas fini?

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Paris, 22 janvier 2023 © ELIOT BLONDET-POOL/SIPA

Macron est un génie. Depuis six ans, il est impossible d’échapper à ce postulat en préambule de tout débat abordant les échecs de la bête à concours de Picardie. Le braquage du siècle de 2017 occulte toute objectivité dans la manière d’appréhender l’homme. La mémoire collective a effacé sa chance de portugais cocufié par toute l’Ibérie avant de toucher les étoiles.


Son Q.I. son talon d’Achille. Relancer la réforme des retraites dans le contexte actuel, laisse perplexe. Soit c’est la preuve d’un manque de bon sens et de flair politique, soit c’est un pari cynique et froid misé sur l’accablement et la résignation d’un peuple à genoux. Il est probable que l’hypothèse 2 soit la bonne, mais alors quid du Père de la Nation. Un rôle qu’il n’a jamais pu ou voulu endosser, la paternité étant un sentiment qui lui est étranger. Il n’est pas là pour les pauvres, la province et la ruralité. Qui ne votent pas pour lui. En VRP de Bruxelles, Davos, Berlin et Washington il livre le sort des classes laborieuses et moyennes dans les bras des magnats du Capital. Privatiser la vie, le ventre des femmes, privatiser la retraite, la santé, la mort. Macron et ses conseillers Mac is Smack étaient sûrs du timing. Ils ne sont pas encore déconfinés dans leur tête, sont désossés par l’inflation, sidérés par la guerre, pas remis de ma réélection. C’est le moment de leur envoyer la dose et la facture. Ces faisans de la com nous administrent la pilule et avec eux même par voie orale on l’a toujours dans le c**. Mais voilà, avec l’énergie du désespoir la rue répond à l’appel du pavé. Et joue une de ses dernières cartouches pour ne pas finir anonyme et broyée parmi les algorithmes de Big Brother. “Qu’ils viennent me chercher!” On revient te chercher, on savait que tu nous attendais…

“Jamais je ne me lasserai d’offenser les imbéciles (Bernanos). Voilà son péché mignon, sa gourmandise ultime. Tant pis pour les conséquences. Il avait promis un premier mandat sans blablas. Un président au travail, dans le secret de sa fonction, rare sur la scène médiatique. Jamais un président n’a été aussi bavard. Il a passé un mandat en Grande Vadrouille, saisi tous les portables et blablaté dans tous les micros qui se tendaient. Il sort la petite phrase qui met le feu, et aussitôt, pour se refaire, part avec sa lance de pompier volontaire en tournée. Et le patron, sa tournée il la met. Sert, ressert, c’est open Macron bar. Ivre de lui-même, de selfies en autographes, il a passé cinq ans à tenter l’entarteur. Jusqu’à s’échouer sur la main du gifleur. “On a mis un gamin à l’Elysée et on va le payer très cher” (Luc Ferry 2017).

Un président Out of Africa. Son bilan à l’étranger est lui aussi catastrophérique. Ses rêves de leadership en Europe se sont fracassés sur la crise en Ukraine. Où son agitation frénétique a fini par user les dirigeants de toutes les diplomaties. Au point de favoriser l’avènement de cette crapule d’Erdogan en numéro 1bis de l’OTAN et en contrôleur général de l’UE. Bien joué. Les relations entre la France et l’Afrique sont plombées pour des générations. Il a couru les anciennes colonies pour s’excuser de tout. Votre corruption, vos boucheries, vos saloperies passées et à venir c’est de notre faute, notre grande faute. Oh mon gars, nos générations n’ont colonisé personne, torturé dégun, tué nobody. Alors fais-toi des soirées privées repentance, des week-ends gégène, des safaris fessées, mais arrête de parler et d’agir au nom du peuple sur des dossiers aussi voraces en chair humaine.

“La vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache(Malraux). Une part d’ombre s’étant barrée avec le coffre de Benalla, le service com a mis en lumière l’atout romanesque de son couple. Comme le bonhomme a d’entrée semé son sillon avec les graines du mépris et de la haine, la récolte s’annonçant prometteuse sa comcom.com a vite balancé au pilon la littérature rose bonbon. Il a voulu du gore, il aura du gore, jusqu’à la fin. Les hommages funèbres, notamment ceux à destination des artistes, dont il s’est fait une mission christique, en disent plus long sur sa personnalité. L’hommage à Belmondo, l’homme de Brio, était éloquent. Il a surjoué en cabot qui a dû rêver longtemps d’un autre destin. Et si banquier, président, n’étaient que des rôles ? Dans lesquels il s’écoute parler, se regarde s’aimer et se pâme à s’amuser ? Des uns, des autres, des faibles, de la fonction… Alors, génie ou pas fini? Pas fini.

Bordeaux: quand l’idéologie des élus veut imprimer sa marque sur des manifestations destinées à la petite enfance

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Image d'illustration Unsplash

En Gironde, un atelier de maquillage pour les tout-petits, organisé dans une bibliothèque et animé par une drag-queen, est notamment dénoncé par le parti d’Eric Zemmour.


Dans le cadre du mois de la petite enfance aura lieu à Bordeaux un atelier de maquillage destiné aux enfants de 18 mois à 4 ans. Cet atelier, animé par Serge, présenté comme un « homme en jupe » ou comme drag queen, fait polémique. Pour le plus grand bonheur de la mairie écologiste qui administre la ville, puisque cela permet à ses élus d’adopter des postures de drama queen, d’entonner le grand air de la persécution fasciste et de mettre en avant leur tolérance et leur progressisme !

Espérons que l’atelier maquillage proposé se déroule sans problème. Il ne devrait en rien faire avancer une quelconque lutte, mais l’essentiel est que les enfants s’amusent

La crainte d’un endoctrinement des enfants de 4 ans sur les «stéréotypes de genre»

La seule chose dont tout le monde semble se moquer concerne l’intérêt de ce type de manifestation pour de très jeunes enfants. Mais la municipalité préfère mettre en avant sa belle âme et son esprit de résistance face à la menace de l’extrême droite. «Dès qu’il y a des initiatives portant sur les sujets d’égalité entre les filles et les garçons et de lutte contre les stéréotypes de genre, une frange radicalisée de la population se lâche sur les réseaux sociaux et les sites d’extrême droite», s’agace ainsi Olivier Escots, adjoint au maire en charge des discriminations dans Le Figaro.

Tweet du responsable départemental du parti « Reconquête »

La mairie de Bordeaux a décidé de placer son « mois de la petite enfance » sous le thème de l’égalité filles-garçons. La chose est déjà en soi amusante car, à cet âge-là, les enfants découvrent à peine l’existence des différences sexuelles et n’ont guère l’idée de ce que peut-être un stéréotype de genre, ils sont dans l’apprentissage de la conscience de soi. Ce type d’affichage est donc purement idéologique. Il permet essentiellement à des élus qui n’ont sans doute pas réfléchi à ce qu’ils pourraient apporter en matière de petite enfance, d’exhiber leur bonne conscience et de faire croire qu’ils agissent, alors qu’ils ne font que faire des pâtés de sable avec des concepts qui les dépassent.

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On peut tout à fait comprendre l’importance de lutter contre les discriminations. Un homme qui assume son sexe et son envie de porter des jupes et du maquillage ne mérite pas d’être ostracisé, moqué, encore moins humilié. Et ce n’est pas inutile de le rappeler.

Mais justement, les très jeunes enfants n’ont pas ce type de réflexe. Ils vont facilement vers l’autre. Cette question concerne les jeunes et les adultes, et ne peut alimenter qu’un discours en direction de personnes aptes à le comprendre et concernés par celui-ci. En quoi des enfants de 18 mois à 4 ans doivent-ils être instrumentalisés pour faire passer un message qui ne les concerne pas ? En quoi le fait d’être surpris par le parti pris des organisateurs devrait se traduire par un procès en fascisme fait aux individus et aux familles qui trouvent l’initiative contestable ? En quoi des élus doivent-ils faire de toute manifestation un tract politique destiné à leur tendre un miroir dans lequel ils se contemplent en chevalier blanc du politiquement correct, sans se soucier de ceux à qui l’initiative est censée être destinée ? Il se trouve hélas que de plus en plus d’élus mettent leur mandat au service de leurs obsessions, se mettent à faire la morale à leur population en s’érigeant arbitrairement en directeurs des consciences, le tout sans n’avoir plus aucun rapport avec l’intérêt général.

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On a d’ailleurs du mal à comprendre l’intérêt de l’atelier en question. Le fameux Serge est censé se maquiller, ensuite les enfants sont censés l’imiter. En général, les ateliers maquillage qu‘adorent les enfants consistent à les maquiller, en tigre, papillon, grenouille ou lion. Dans toutes les kermesses de maternelles, ces stands sont pris d’assaut. S’il s’agit juste de les laisser se gribouiller le visage et les mains de maquillage, pas sûr qu’il y ait besoin d’un tuto, encore moins sûr qu’à 3 ans, un enfant ait la coordination nécessaire pour « imiter » la précision d’un maquillage de drag queens. Mais comme tout le monde se moque de ces réalités-là, passons.

Tout à l’égo

Si vraiment des élus voulaient lutter contre les inégalités et développer à terme la tolérance, il existe des dispositifs plus pertinents qui se concentrent sur la période de la petite enfance. Notamment autour du développement du langage et de l’acquisition de vocabulaire. Ces approches ont notamment pour but l’acquisition, par les enfants issus des milieux défavorisés, d’un niveau de langage permettant de faire face aux apprentissages scolaires et de réduire ainsi la fracture sociale. On sait bien que le fait de ne pas maîtriser le langage est un facteur de violence et de difficulté à tisser le lien à l’autre. Seulement voilà, ce type d’engagement ne se résume pas à quelques heures, peu coûteuses, vite effectuées et vite oubliées. Cela demande un véritable investissement, et la participation des crèches, et ne peut porter de fruits que sur la durée. Il est rare que les élus se fassent attaquer sur ce type de programme, ce qui rend difficile la mise en scène de soi-même en martyr de la cause du progressisme et en cible de la méchante extrême-droite…

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Des initiatives utiles et qui ne se suscitent aucune polémique, voilà ce qui ne fait pas les affaires d’élus dont le service de leur propre ego paraît être la motivation principale. En attendant, espérons que l’atelier maquillage proposé se déroule sans problème. Il ne devrait en rien faire avancer une quelconque lutte, mais l’essentiel est que les enfants s’amusent. Pour le reste, cette affaire n’est que la énième illustration d’un certain puritanisme qui tente d’enrégimenter les enfants dès le plus jeune âge, avant même qu’ils n’aient développé leur personnalité.

Que cela puisse heurter certains parents n’est pas étonnant. En revanche, que des élus, au lieu d’interroger leurs choix et leurs pratiques, renvoient toute critique à la fachosphère, interroge.

Ces biens essentiels

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Retraite: quand le mot fait la chose

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Le Premier ministre Elisabeth Borne explique sa réforme à la télévision, 3 février 2023 © Eric Dessons/JDD/SIPA

Il faudrait savoir de quoi nous parlons, au fond, quand nous évoquons la «retraite»: est-ce une nouvelle vie qui commence, ou l’existence qui s’achève ? Un peu de philologie permet de comprendre le non-dit de la notion, explique notre chroniqueur.


« Jubilación », disent nos voisins espagnols : on sent que la retraite ibérique sera une longue fête. Les Anglais, eux, ont deux mots : « retirement » au sens économique du terme, et « retreat » au sens militaire. Le brouhaha de ces dernières semaines, en France, ne viendrait-il pas de l’ambiguïté du mot « retraite », qui évoque à la fois la « pension » à venir et la défaite ? 

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Glissade vers la mort

L’ombre portée de la « retraite de Russie » plane derrière notre vision de la retraite. Alors, vouloir à tout prix la retarder, n’est-ce pas double peine ? À l’humiliation de la défaite sociale — nous étions quelque chose, nous avions des collègues, nous ne sommes plus rien et désormais ils nous ignorent, nous n’appartenons plus à leur monde — vient se greffer l’image du vieux soldat revenant d’une guerre perdue. La retraite, dons l’imaginaire collectif, c’est le désastre dans la steppe russe de l’armée napoléonienne, c’est le vieux chevalier revenant fourbu d’une croisade perdue, comme dans le tableau de Carl Friedrich Lessing, Le Retour du Croisé (1835). Un paladin épuisé, son oriflamme en lambeaux, plus rouillé encore que son armure. À 64 ans et peut-être un peu plus, comme je l’expliquais récemment. Ne rentrant chez lui que pour y mourir.
Comme disait il y a quelques jours Cyril Bennasar : « Une retraite ? Plutôt crever ! »

Le dernier croisé, Carl Friedrich Lessing. D.R.

65 ans en Espagne…

Quand le retraité hispanique s’apprête à faire la fête et considère qu’il a la vie devant soi, le retraité français entame sa glissade vers la mort. Deux pays, deux visions diamétralement opposées. Et pourtant l’Espagnol ne part à la retraite, déjà, qu’à 65 ans. Mais il se promet une longue fête humectée de manzanilla, de xérès et d’amontillado, avec tout le temps, enfin, de déguster des tapas, de faire de longues siestes et de courir aux corridas. De l’autre côté des Pyrénées, le Français se voit promis prochainement à l’oubli de tous et à un EHPAD humiliant où il vivotera entre douche hebdomadaire, nourritures molles sans sel et Alzheimer galopant.

… 67 au Royaume-Uni

L’Anglo-Saxon, pendant ce temps, dont l’âge de départ à la retraite devrait passer à 67 ans à l’horizon 2027, ne convoque aucune image de défaite — puisque « retirement » (qui a quand même un petit côté coitus interruptus, non ?) n’est pas « retreat ». Il envisage sereinement de continuer à travailler dans un petit job ou un autre — ou, s’il en a les moyens, d’explorer en détail ces anciennes provinces anglaises que sont le Bordelais et la Dordogne, et d’aller faire un tour, l’hiver, sur… la Promenade des Anglais. Et il ne comprend rien au débat français sur l’ancrage de la retraite à 64 ans…

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À vrai dire, une habile politique sociale, en plaçant au chômage près de 40% des plus de 55 ans, a largement anticipé la mort sociale redoutée. Nombre de nos concitoyens sont pré-défunts dans cette pré-retraite où comme chantait Brel,  
« Les vieux ne rêvent plus
Leurs livres s’ensommeillent, leurs pianos sont fermés
Le petit chat est mort
Le muscat du dimanche ne les fait plus chanter
Les vieux ne bougent plus
Leurs gestes ont trop de rides leur monde est trop petit
Du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil
Et puis du lit au lit
Et s’ils sortent encore
Bras dessus bras dessous tout habillés de raide
C’est pour suivre au soleil
L’enterrement d’un plus vieux, l’enterrement d’une plus laide… »

À vous de choisir, camarades. À vous de savoir si pour vous la retraite est l’entrée dans une désolation grise, ou si elle marquera une nouvelle jeunesse, une nouvelle ardeur. Partez, « là-bas où des oiseaux sont ivres », descendez des fleuves impassibles sur des bateaux ivres — mieux que dans les HLM flottants de la Royal Caribbean, défendez dès aujourd’hui vos droits à la jubilation, et ne laissez pas un fifrelin à vos héritiers: au moins ils n’attendront pas impatiemment que vous cassiez votre pipe.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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