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Causez badgés !

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causeurboutique

La crise est là, les établissements de la place Vendôme vous sont inaccessibles et pourtant, Madame, Monsieur, vous souhaitez offrir à la femme ou à l’homme de vos pensées un témoignage précieux de votre vénération… N’allez pas plus loin ! Causeur met le luxe à votre portée en ouvrant la boutique la plus hype de la place. Trois séries collector de cinq badges, tirées chacune à vingt exemplaires, vous sont proposées à un prix défiant toute concurrence. Réalisés dans un alliage des métaux les plus nobles (fer, aluminium, papier mâché et il doit bien y avoir un peu de mercure et de plomb), ces badges vous permettront de briller en société tout en gagnant en élégance. Ces badges ont également une utilité pour : écarter les esprits mauvais, désenvoûter, faire revenir l’affection, accroître sa chance au Loto, favoriser la fécondité, etc. En un mot comme en cent : causez badgés !

Ceci était un communiqué du Mage John Cohen-Mamadou, chef de la division marketing de Causeur.fr

Benoît XVI, ton nouveau voisin de palier

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Village planétaire. Je n’ai jamais compris l’expression et je tiens pour des gogos ceux qui lui prêtent le moindre sens. Ils ignorent au moins deux choses : ce qu’est un village et ce qu’est une planète. Pourtant, la crise aidant, on nous rebat les oreilles depuis quelques mois de ce terme inventé par McLuhan en 1967. L’universitaire canadien venait alors de se faire installer le téléphone dans son appartement de Toronto, avait trouvé le procédé fort ingénieux et en avait sorti un essai : The Medium is the message. Il faut dire qu’à l’époque McLuhan ne savait composer que le numéro de l’horloge parlante et chaque matin, durant dix ans, il l’appela à 10 heures précises pour vérifier qu’il était bien 10 heures. Le jour où il apprit qu’il existait d’autres numéros, que l’on pouvait parler dans le combiné et s’attendre même à recevoir une réponse, il était trop tard : McLuhan était déjà mort.

Les choses en seraient restées là s’il ne s’était pas trouvé pourtant quelques penseurs d’envergure mondiale – comme Jacques Attali ou Alain Minc pour ne citer que les plus brillants – pour populariser le terme de « village planétaire » et le faire entrer dans le langage courant. Je ne dis pas qu’Internet n’a rien changé à la marche du monde : le type de la campagne qui devait mettre un imperméable beige, prendre un billet de seconde classe et monter à la ville pour aller au ciné porno n’a plus besoin que d’une connexion haut débit pour mater chez lui des filles se gamahuchant avec distinction. Hier encore, il était obligé de se mettre sur son trente-et-un pour assister à un meeting de Nadine Morano : aujourd’hui il peut suivre, installé dans son canapé, une canette de bière à la main, les circonvolutions rhétoriques de la plus brillante parlementaire française de sa génération. C’est là le principal apport d’Internet à l’humanité : les hommes qui autrefois devaient enfiler un pantalon s’ils voulaient participer à la marche du monde peuvent rester en caleçon pour s’en gratter une sans réveiller l’autre.

Moi, remarquez, le village global, je ne m’en soucie guère : je vis dans un immeuble planétaire (global building). Au rez-de-chaussée, il y a un restaurant chinois, assez convenablement tenu par une famille de boat people qui a abandonné la navigation en solitaire pour remplir de nems et de corbeilles cinq bonheurs les ventres occidentaux affamés. Au premier étage, un couple d’homosexuel sans enfant (les pauvres, l’un d’entre eux est stérile) fait face à une octogénaire catholique et tradi. Au second étage, nous partageons le palier avec un médecin noir qui vit à la colle avec une sud-américaine reconnaissable de loin à son bonnet péruvien et à sa flûte de pan, tandis que le troisième étage abrite les Cohen et, face à eux, un retraité de la Sparkasse devenu antisémite notoire le jour où Mme Cohen, sa voisine, a prétendu que son chien n’était pas propre et qu’il avait fait ses besoins sur son paillasson. Regardez c’est encore frais et n’allez pas me dire que votre sale clébard n’y est pour rien.

Tout cela forme une micro-société aussi parfaite que solidaire : quand un voisin manque de quelque chose, il est suffisamment poli pour ne pas déranger les autres. Lorsque nous nous croisons dans l’escalier nous sommes assez respectueux de notre prochain pour ne pas nous saluer et risquer de nous perdre dans une conversation qui, de toute façon, ne déboucherait sur rien d’autre que briser le fragile équilibre de notre diversité locative.

Et voilà que, patatras, le ciment qui faisait toute la cohésion de mon immeuble planétaire vient de s’effriter hier soir sur les coups de 20 heures. L’une des locataires m’a adressé la parole. L’ascenseur était en panne et je m’étais résolue à gravir les trois étages qui me séparaient de mon appartement lorsque, au premier, la porte de Madame Wimmzer s’est entrouverte à mon passage.

– Psst, psst, Frau Kohl, Frau Kohl ! Une chose très grave est arrivée. Jésus, Marie ! L’antéchrist ! Il est là !, me lança-t-elle, l’air aussi ahuri qu’un Badiou[1. Alain Badiou, philosophe français. Après avoir été le pote de Pol Pot, il devint le pote de Paul, le saint.] découvrant que Sarkozy est de droite.
– Voyons, Frau Wimmzer, calmez-vous. Vous avez pris vos médicaments ?
– De l’eau de Lourdes, trois fois. Mais rien n’y fera !, pleura la vieille bigote en me tirant par la manche pour me faire entrer chez elle.

La porte se referma sur moi. Je faisais face à ce qu’une protestante comme moi n’aurait jamais pu imaginer, même dans ses marrades antipapistes les plus achevées. C’était comme un autel vaudou qui trônait dans la salle à manger de Madame Wimmzer. Une statue en plâtre de bonne taille occupait le plus gros de la carrée. Sans doute moulée par les pieds d’un artiste unijambiste, la ressemblance avec Pie XII ne frappait pas au prime abord, mais l’inscription sur le socle ne laissait aucun doute. C’était bien lui. Des dizaines de photos, de portraits et de médailles votives représentant le pape Pacelli s’étalaient sur les murs. Des bougies illuminaient l’endroit et l’odeur de l’encaustique mêlée à celle du renfermé donnait passablement l’idée d’un puissant encens.

Madame Wimmzer me tendit la Badische Zeitung du matin, se signa et, un chapelet à la main, s’agenouilla péniblement sur un prie-dieu. Le journal faisait une manchette sur la nouvelle du jour : « Le pape fait son entrée sur Youtube ! »

J’eus beau expliquer à Madame Wimmzer ce qu’était Youtube, que ce n’était pas un site pornographique comme elle le croyait, ni qu’il fallait être nécessairement drogué, prostitué, admirateur de Belzébuth ou lecteur des pages éco du Figaro pour le fréquenter et y publier des vidéos. Rien n’y fit.

– Il nous redonne la messe en latin, il nous réintègre dans la communion de notre Sainte Mère l’Eglise, il nous redonne nos évêques – et des pas mal du tout ! Tout ça pour au final montrer Ses Saintes Fesses sur Internet ! Seigneur, délivre notre Pape de Youtube ! Délivre notre Pape de Youtube !

Avant de finir totalement noyée sous les aspersions d’eau bénite dont elle me gratifiait depuis dix minutes déjà, je m’éclipsai, sans mot dire, abandonnant la vieille Wimmzer à ses sanglots tridentins. Après la soutane dans les dents, la webcam dans la mitre : les temps changent[2. Les temps changent si profondément d’ailleurs que le site Youtube du pape est disponible en quatre langues : anglais, italien, espagnol et allemand. La francophonie progresse.].

Pour comprendre les médias: Les prolongements technologiques de l'homme

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Le cas Routchy

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roger-karoutchi

En 1856, la rumeur circula un temps à Paris que le fils de l’impératrice Eugénie n’était pas issu du lit conjugal. Certaines gazettes prêtaient au duc de Morny la paternité de Louis Napoléon Eugène tandis que d’autres pariaient leur honneur et leur fortune sur Victor de Persigny ou Eugène Rouher. Tous nièrent en bloc. Les regards et les doutes se portèrent alors sur Casimir Routchy, premier camériste de l’Empereur. Dans un premier temps, Casimir Routchy ne prêta pas le flanc aux rumeurs, confiant même à Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique : « Je ne suis pas le père de l’enfant. Et tu as vu sa gueule, à la Montijo ? Je tiens à mon standing[1. C’est la première occurence de l’emploi du terme standing en langue française. Jean Dutourd.], moi. » Puis, la rumeur augmentant et risquant le licenciement, il accorda une interview au Moniteur dans laquelle il avouait à la face du monde son petit défaut[2. On disait comme ça à l’époque quand on en avait un gros.]. Apprenant cela, Napoléon III exila son chambrier à Londres : ce fut le premier outing de l’histoire.

John Bentley, Portrait de Casimir Routchy, jeune homme. Huile sur toile, 1858, conservée dans le bureau du président de la Région Ile-de-France, mais sortie depuis peu.

Complot rose-brun dans l’édition française

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Décidément, le ventre qui a enfanté la bête immonde est encore fécond. Sommes-nous donc périodiquement condamnés à revivre ces offensives larvées qui veulent mettre à genoux l’Empire du Bien, du Beau et de la Diversité. Oh, bien sûr, nous savons depuis le second tour des élections de 2002, quand Le Pen est arrivé en finale, que le fascisme est à nos portes, malgré vingt ans de vigilance antiraciste, de films recommandés par Télérama et de romans concernés de Didier Daeninckx. Bien sûr, nous avons poussé un soupir de soulagement quand des centaines de milliers de jeunes qui n’avaient jamais voté le firent avec leurs pieds démocrates entre les deux tours et repoussèrent l’hydre infâme, offrant un score sud-américain au président Chirac.

Mais le fascisme n’est pas seulement une bête immonde, c’est aussi une bête rusée, une vieille taupe mutante et parasitaire, capable de s’emparer d’un organisme sain et de le transformer en zombie de l’intolérance, de la haine et de l’exclusion, un peu comme dans l’immortel chef d’œuvre cinématographique de Don Siegel, L’invasion des profanateurs de sépulture.

Les lecteurs de Causeur se souviendront sans doute de l’effroyable complot rouge-brun qui au début des années 90 faillit submerger notre démocratie française. Ce complot unissait dans son lit les cheveux blonds, les cheveux gris d’intellectuels dévoyés, ex-communistes, crypto-fascistes, païens, bretons, russes, voire talentueux. On pouvait les trouver par exemple dans les colonnes de L’Idiot International, sous la plume de Jean-Edern Hallier, son chef d’orchestre nihiliste, des articles toujours plus anti-mitterrandiens, ce qui était bien la preuve de son aberration mentale. Lui qu’on croyait héritier de Chateaubriand était en fait un disciple secret d’Ernst Von Salomon, un réprouvé rêvant de Corps francs pour en finir avec ce modèle de société humaniste que représenta le second septennat de François Mitterrand, celui qui vit devenir ministre le camarade Bernard Tapie.

Ces rouge-bruns s’illustrèrent dans toute leur infamie lors du conflit en ex-Yougoslavie, prononçant régulièrement l’éloge des Serbes qui étaient alors le dernier peuple national-communiste d’Europe et qui en reçurent un juste châtiment quelques années plus tard grâce à des bombardements massifs de l’Otan. Au premier rang d’entre eux se trouvait un certain Edouard Limonov. D’aucuns le tiennent pour un écrivain majeur de ce temps, c’est surtout un monstre et ceux qui diront que ce n’est pas incompatible sont bons pour un stage de rééducation démocratique à la prochaine université d’été du Modem.

Longtemps, Limonov, qui est fourbe et cruel comme tous les rouge-bruns, fit illusion. En effet, il avait fui l’Union Soviétique pour New York en 1975 et New York pour Paris en 1980. Le problème, c’est qu’à la lecture un peu sérieuse de romans comme Autoportrait dans son adolescence, L’Etranger en sa ville natale et surtout La Grande époque où il trace le portrait ému de son père officier du NKVD, on s’aperçut avec horreur qu’il était dissident, certes, mais parce qu’il ne trouvait plus l’URSS assez stalinienne à son goût. Déjà, il voyait sous Brejnev percer Gorbatchev, et sous Gorbatchev, Elstine ce modernisateur qui rendit la Russie si attrayante en dérégulant l’économie et l’espérance de vie des plus pauvres.

Et la voilà chez nous, cette infâme créature, pervertissant nos écrivains et allant jusqu’à faire le coup de feu sur les hauteurs de Sarajevo ou en Transnistrie, cette région russe de la Moldavie qui voulait rester russe. Heureusement, nombre de Vigilants signèrent de nombreuses pétitions, des proscriptions furent dressées et des interdictions professionnelles prononcées. Le bloc central médiatique qui protège notre cher Empire du Bien (Le Monde, Libé, Télérama pour faire vite) non seulement ne parla jamais des livres de Limonov mais, en plus, contribua à réduire quasi-militairement cette atroce aberration idéologique qu’il avait suscitée. Un ouf de soulagement fut poussé, Limonov rentra en Russie et comme il avait décidément le diable au corps, il y créa aussi sec son Parti National-Bolchévique, fut arrêté et emprisonné entre 2001 et 2003.

On aurait pu penser que l’affaire allait s’arrêter là. Il y eut bien quelques pétitions que l’on fit circuler en France pour sa libération mais, heureusement, nos pétitionnaires professionnels gardèrent leur stylo au chaud car autant on a le droit de signer pour un mauvais écrivain démocrate autant il vaut mieux éviter quand il s’agit d’un très bon idéologiquement suspect.

Mais, non, le cauchemar continue et il nous revient de plein fouet ces jours-ci avec le dernier livre de Limonov, Mes Prisons, publié aux éditions… Actes Sud ! Oui, mesdames et messieurs, aux éditions Actes Sud ! La maison fondée par Hubert Nyssen était pourtant réputée sûre. Imaginez un peu, on y édite Berberova, Paul Auster, beaucoup de Scandinaves champions du partage des tâches domestiques. Autant dire que cette maison avait parfois des allures d’annexe littéraire de « Désirs d’Avenir » ou de la défunte Camif. Des livres de chez Actes Sud dans votre bibliothèque, c’était une assurance donnée aux gens qui venaient chez vous : vous étiez fréquentable, forcément fréquentable.

Et là, tout d’un coup, comme un bloc d’abîme, Limonov… `

Ce n’est plus d’un complot rouge-brun dont il s’agit ici mais bel et bien d’un complot rose-brun dont Actes Sud, qui avait déjà réédité en poche un roman posthume de l’infâme ADG, J’ai déjà donné, est devenu par on ne sait quelles obscures manœuvres le vaisseau-amiral.

C’est un jour tragique pour l’édition et la démocratie. Mais nous nous battrons. Jusqu’au bout. Les stylos pétitionnaires sont déjà dégainés. Actes Sud n’a qu’à bien se tenir.

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Téhéran, le retour

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Ça y est, ça commence. Selon le numéro de samedi du Times, plusieurs puissances occidentales se sont lancées avant Noël dans une course diplomatique pour convaincre les pays producteurs d’uranium de ne pas approvisionner l’Iran, dont les stocks de yellowcake seraient presque épuisés.

Cette information est tellement bizarre que même l’analyste du prestigieux quotidien londonien semble douter de l’efficacité de ces mesures, qui consistent à verrouiller les portes de l’écurie longtemps après qu’il n y ait plus de chevaux. On peut ajouter aussi qu’il est au moins bizarre que les puissances occidentales qui traitent ensemble le dossier iranien (US, Grand Bretagne, France, Allemagne) aient attendu Noël 2008 pour empêcher Téhéran de se procurer de l’uranium.

Pourquoi donc cette information et pourquoi maintenant ? Il faut d’abord préciser que la source est très probablement le Whitehall britannique – il suffit de lire le papier publié par le Times pour s’en rendre compte. L’honorable correspondant qui a appelé le journaliste du quotidien de référence londonien et lui a payé un fish & chips ou un chicken tikka (les temps sont durs) dans la City voulait sans doute réorienter le buzz médiatique de ces jours-ci, encore très largement focalisé sur Gaza et y replacer le nucléaire iranien, même si tout ce que l’on a à servir au public est un vieux plat de nouilles réchauffé. Quant au timing, les Iraniens ont utilisé le Hamas pour kidnapper l’agenda d’Obama, dès son installation dans le bureau ovale. Sur l’échiquier du Moyen-Orient, Téhéran a donc avancé un fou à Gaza, en vertu de quoi Washington avance de son côté une tour à Londres.

Pourquoi j’aime le PSG

Je me souviens d’un papier dans lequel Marc Cohen nous avouait combien il lui était difficile d’écrire sur le rock alors qu’il confesse n’écouter que ça depuis des décennies. Alors lorsque Marc m’a suggéré d’écrire sur le PSG, j’ai tout de suite compris ma douleur: je vais au Parc des Princes depuis mes sept ans…

Pour peu qu’on aime un tant soit peu le football, on a forcément un avis sur le PSG. Positif ou calamiteux, mais en général définitif et peu sujet aux variations saisonnières. J’aime le PSG car ce club sent bon la capitale et, bon, je suis de la capitale. Point. J’aime le PSG parce j’adore quand les provinciaux nous jalousent. J’aime quand mon club se prend pour un grand d’Europe quelle que soit sa valeur intrinsèque et frise du coup le ridicule lorsque ses résultats le rapprochent de la Ligue 2… Si ce club était un homme, il ressemblerait à coup sûr aux fils-à-papa qui déambulent la mèche au vent le long des avenues du XVIe. Le PSG est foncièrement agaçant.

Ne comptez pas sur moi pour vous faire le coup du supporter ultime, ce fameux smicard un rien apocryphe qui se saigne pour acheter un abonnement. Non, je suis sorbonnard et ne manque de rien. Et justement, j’aime le PSG car le Parc est probablement l’un des seuls endroits de Paris où les gens qui normalement sont programmés pour ne pas se croiser se rencontrent. Et où ils le font de leur plein gré, pas par obligation comme dans le bus, aux urgences, ou chez Ikea. Racailles du 9-5, cadres moyens versaillais, minettes à string apparent et anciens combattants de la gaypride se retrouvent autour de la même passion. Tout comme s’y retrouvent quoi qu’on ait pu en dire, blancs, noirs, juifs et arabes, ensemble. Approchez vous de la porte d’Auteuil un soir de match. Approchez-vous et regardez avec vos yeux, et pas ceux de la télé. Vous y verrez effectivement des supporters d’extrême droite mais aussi des altermondialistes à dreadlocks. Et tous en bleu et rouge !

J’aime le PSG, parce que sur les gradins, j’aurai toujours 7 ans. Jamais vous ne pourrez imaginer à quel point le Parc des Princes est impressionnant pour un gosse de 7 ans. Au début de chaque saison, mon père nous emmenait mes frères et moi voir quelques matchs du PSG. C’était toujours le même rituel. Nous trainions notre père vers la voiture trois heures avant le coup d’envoi et l’on se garait toujours rue Molitor. L’itinéraire impliquait le passage obligé devant les « Trois Obus » où les supporters se gorgent de bière avant le match. Mouvement de foules, ivrognes, gros mots : c’est précisément à ce moment que la tension devient palpable, comme on dit dans L’Equipe ; alors on se promet, avant chaque match, de se donner rendez-vous devant le lycée La Fontaine si l’on se perd. Suite du rituel : se tenir dans la file, passer le tourniquet, entendre les premiers chants des supporters. Une fois la fouille passée, sentir l’odeur des hot-dogs juste avant de donner son ticket à la placeuse. Et enfin la pelouse !

A peine assis, nous parcourions L’Equipe du jour et parlions du onze de départ avec des voisins inconnus, requalifiés en bons copains le temps d’un match. Qui préférer ? Le grand Sammy Traoré ou le jeune Mamadou Sakho en défense centrale ? Le petit Giuly ou Pancrate le costaud sur l’aile droite ? Débats existentiels, choix cruciaux ! Un supporter adverse, un sympathique Sochalien, Havrais ou Manceau s’immisce dans le colloque. Il nous conseille de nous méfier de leur petit numéro10, un joueur acheté à prix d’or à un club semi-pro en Norvège, un futur grand. Forcément…

Une demi-heure avant le début du match, les joueurs des deux formations arrivent sur la pelouse et débutent leur échauffement. En général, ce sont les visiteurs qui se risquent les premiers sur le carré vert. Et là, la bronca les accueille, pour les mettre dans l’ambiance, pour rappeler aux plus distraits d’entre eux qu’ici, ce n’est ni Toulouse ni Nancy mais Paris ! Puis le speaker présente les deux équipes. Religieusement, le nom de chaque joueur adverse est ponctué d’un délicat « Enculéééé ! » repris à 45 000 voix. Quand les Parisiens font enfin leur entrée, le Parc se lève comme un seul homme, ou plutôt comme un gentleman dès qu’une dame apparaît. Enfin, du temps où on se levait pour les dames…

Bientôt les fumigènes claquent, et les supporters se lèvent pour saluer les deux équipes avant le coup d’envoi. C’est donc parti pour 90 minutes de football, une heure et demie trop rapide, même en comptant les arrêts de jeu, beaucoup plus rapide en tout cas qu’une heure de collège, surtout en maths. Le match commence. On se déchaîne à chaque micro-tentative parisienne et on frissonne des que les adversaires ont le mauvais goût de s’approcher de notre surface de réparation. Et puis comme si l’équipe d’en face ne suffisait pas, bien sûr on doit jouer aussi contre l’arbitre, qui comme la France entière sauf les Parisiens déteste les Parisiens.

La mi-temps arrive. Les supporters vont se restaurer. C’est fou ce que c’est nourrissant, la bière. Pendant la pause, on annonce aussi les scores des autres matchs du championnat. Re-rituel et re-bronca dès que le speaker donne le résultat de l’OM. Le match reprend. Sur un corner, les rouges et bleus marquent ! Le Parc exulte ! On reprend en cœur le nom du buteur. Chaque année, le Parc a son chouchou, son idole. Jusqu’à sa retraite l’an dernier, c’était « l’Aigle des Acores », Pedro Miguel Pauleta – 109 buts, ça crée des liens.

La soixante-dixième minute de jeu approche, le rythme du match se ralentit, les entraîneurs procèdent aux remplacements. On injecte du sang neuf pour porter le coup décisif. Je vois encore Ronaldinho entrer en jeu pour sa première apparition en bleu et rouge. Je me rappelle les tribunes qui mimaient la prosternation devant cette idole, au sens étroit du terme. Et je n’oublierai jamais ses dribbles, même quand l’Alzheimer m’emportera.

Qu’on gagne ou qu’on perde, la fin de match est toujours douloureuse. Soit il faut préserver le score, soit il faut tenter d’égaliser, ou au moins de sauver l’honneur. Bientôt, le coup de sifflet final et le public se dirige vers la sortie en refaisant le match. Moi, je harcèle déjà mon père pour être sûr qu’on ira bien au prochain.

Gaza, miracle à Milan ?

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Causeur avait déjà évoqué le reportage dissonant du Corriere della sera, dont Menahem Macina vient de publier la traduction intégrale sur son site, toujours très bien informé, Debriefing.org (la VO italienne se trouve ici). L’envoyé spécial à Gaza du quotidien milanais, Lorenzo Cremonesi, a dû entendu des voix, car ce qu’il rapporte de l’état d’esprit des habitants de ce territoire après l’offensive israélienne est en contradiction totale avec les reportages de ses confrères du Monde, de Libération ou de Radio-France. Une enquête est en cours pour établir si son cas relève de la psychiatrie, de la comparution en conseil de guerre, ou du procès en béatification.

Du Gaza au prix du gaz

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Bonne nouvelle pour les Gazaouis : ils n’ont pas souffert pour rien ! Grâce à leurs sacrifices, le Qatar a pu consolider sa place, aux côtés de l’Iran et de la Russie, dans le cartel du gaz nouvellement créé. Heureusement, les Qataris ne sont pas chiens, et après avoir contribué à déclencher la crise entre Israël et le Hamas, ils vont envoyer un chèque. On peut compter sur eux : après la guerre du Liban de l’été 2006, ils avaient payé rubis sur l’ongle.

Il faut dire que le petit émirat mène une politique aussi ambitieuse qu’audacieuse. Avec la place qu’il occupe au soleil, il ne peut pas se permettre d’être trop timide. Tous les Etats du golfe arabo-persique, pour n’offenser personne, qu’ils soient minuscules comme le Bahreïn ou le Qatar ou grands comme l’Arabie Saoudite, ont un cauchemar commun : un Iran nucléaire. Ils savent pertinemment que si Saddam Hussein avait disposé de la bombe en 1990, le Koweit serait aujourd’hui une province irakienne. De Doha à Abu Dhabi en passant par les autres capitales plantées sur des champs de pétrole et de gaz, les dirigeants font le même constat : du jour où il se sentira intouchable grâce à la bombe, l’Iran s’emparera de leurs gisements pour les partager d’une manière plus islamiquement correcte. Des prétextes, ça se trouve – avec un peu de mauvaise foi et une carte d’état-major britannique des années 1920, n’importe qui peut toujours concocter un petit conflit frontalier.

On me fera remarquer que cette configuration géopolitique ne date pas d’hier. La réponse stratégique traditionnelle est l’alliance américaine : en cas d’urgence, il suffit d’appeler le 911 et les porte-avions sont là sous quinzaine. Mais Hamad bin Khalifa Al Thani, le très habile émir du Qatar, a choisi une autre voie : pour être absolument sûr de ne pas perdre son pantalon, c’est ceinture et bretelles. Si celles-ci sont made in US, ce grand-croix de la Légion d’honneur (1998) a opté pour une ceinture iranienne. Base américaine (et relations discrètes avec Israël) d’un côté, alliance avec l’Iran et la Russie de l’autre.

Dans le vaste monopoly régional, le Qatar dispose de deux cartes majeures : le gaz, d’une part, son influence dans la Ligue arabe et dans le monde arabe en général, de l’autre. L’émirat possède 15 % des réserves mondiales de gaz, ce qui en fait la troisième puissance dans ce domaine, après la Russie et l’Iran. En matière de GNL (gaz naturel liquéfié), produit d’un processus couteux et compliqué, le Qatar, qui a fait les investissements nécessaires, s’impose déjà comme numéro un mondial. Pour Moscou et Téhéran qui cherchent à maximiser le bénéfice géostratégique de leurs ressources énergétiques, et se verraient bien verrouiller le marché à travers une sorte d’OPEP du gaz, Doha est incontournable. Depuis octobre dernier, cette triple-alliance gazière contrôlant 60 % des réserves mondiales est une réalité.

Pour un petit pays qui prétend peser sur la politique arabe, l’argent est nécessaire mais pas suffisant. Il lui faut faire parler de lui. L’émir a donc lancé la chaîne Al-Jazeera qui, en quelques années, a transformé Doha en une sorte de Mecque médiatique. Pour la visibilité, c’est donc fait et bien fait. D’autre part, pour accroître son poids politique, l’émir a systématiquement noué des liens avec les bêtes noires du monde arabe : le Hezbollah au Liban, le Hamas en Palestine et la Syrie. Pas besoin d’être Alexandre Adler pour voir que cette short-list correspond à la bande à Ahmadinejad.

Depuis le début de la décennie, le Qatar s’est imposé comme un intermédiaire incontournable dans les affaires libanaises. Ainsi alors que le traité interlibanais qui avait mis fin à la guerre civile dans le pays du Cèdre avait été signé en Arabie Saoudite, à Taëf, le compromis qui a ouvert l’an dernier la voie à l’élection d’un nouveau président à Beyrouth a été négocié à Doha. Rien de plus logique : pendant la guerre au Liban en 2006, Riad a ouvertement critiqué la milice chiite pour son aventurisme alors qu’à Doha, on n’était pas loin de qualifier de « collabos » les pays arabes qui avaient émis des doutes sur la stratégie du Hezbollah. Une position qui révèle un certain culot : Israël avait une représentation quasi-officielle à Doha, ce qui serait impensable à Riad.

Le Qatar profite en fait du déclin de l’Arabie Saoudite, dont l’hégémonie régionale a été sévèrement ébranlée par le 11 septembre et les tensions qui s’en sont ensuivies entre Riad et Washington. Mais c’est surtout le retour de la Russie qui a radicalement changé la donne. Moscou précipite la région dans une nouvelle guerre froide où Gazprom remplace le Komintern/Kominform. Pour s’imposer, Moscou souffle sur les braises iraniennes : sans bénéficier en sous-main d’un soutien russe, Téhéran ne se serait pas engagé dans son délire nucléaire et hégémonique.

Voilà donc à quelle table s’est invité l’émir du Qatar, un pays qui, malgré son triple voire quadruple jeu, a bel et bien choisi son camp. Et tant pis pour ceux qui en meurent, au Liban et à Gaza[1. De grâce, épargnons-nous une discussion absurde. Il ne s’agit nullement d’amoindrir les responsabilités israéliennes. C’est un autre sujet et je le traite ailleurs.]. Le chèque est dans la boîte à lettres.

Y’avait un pilote dans l’avion

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En gros, je n’aime pas trop me réjouir avec la masse[1. Just a story from America est le titre d’une ballade sublime et d’un album qui ne l’est pas moins du fabuleux et trop méconnu Elliott Murphy. Le cd est scandaleusement difficile à trouver, mais cherchez, cherchez et vous serez récompensés.]. Je reste chez moi les soirs de fête de la Musique, de victoire des Bleus au Mondial ou de Chirac à la présidentielle. Je ne suis pas allé voir les Ch’tis, et encore moins La Graine et le mulet. Je préfère être antisocial plutôt que perdre mon sang-froid. Mais pas toujours, j’aime aussi communier. J’aime partager bêtement la joie des quatre pochtrons au comptoir qui commentent à l’infini les titres du Parisien. Parfois, j’aime être du même avis que le monde entier… Ça m’est arrivé deux fois en peu de temps.

Tout d’abord le 5 décembre dernier, quand une poignée d’extra-légaux subtils et couillus, qu’on soupçonne d’être serbes ou monténégrins, ou un peu des deux, ont en quelques minutes modifié le bilan annuel de la bijouterie Harry Winston à hauteur de 85 millions d’euros. Cet artifice comptable a réjoui la France entière, à l’exception, j’imagine, de l’assureur du joaillier, du juge d’instruction surchargé de l’affaire et de Rachida Dati dont le bureau est situé à un jet de pierre (sans doute précieuse) des lieux du crime. Minoritaire par vocation, c’est tout d’abord dans l’indifférence absolue des habitués que j’ai exprimé le souhait qu’une part du butin serve à exfiltrer Karadzic de sa geôle batave, sans demander l’accord préalable du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie.

Tant pis pour Radovan, donc. N’empêche, le temps d’une bière, j’ai été vraiment heureux de vivre dans un pays où tout le monde trinque à la santé de gangsters de la short short list d’Interpol[2. Bon, pas de n’importe quels gangsters : je suis certain que les mêmes piliers de bar iraient réclamer la guillotine pour les tueurs de flics ou les assassins d’enfants. Et même à jeun, ce n’est pas moi qui irai les convaincre du contraire.] ! Légal, illégal ? Tout le monde s’en foutait, on n’était pas dans les considérations sur la loi et le droit. Cet enthousiasme pro-outlaw[3. On a retrouvé le même enthousiasme à l’occasion du procès d’Antonio Ferrara et du rappel de ses invraisemblables évasions.], cette France qui en son for intérieur préfère mille fois Spaggiari à sœur Emmanuelle, tout ça relève plutôt de la justice immanente qui veut qu’à la fin les gentils opprimés font la nique aux vilains oppresseurs. Et je me suis fait quatre nouveaux copains en résumant assez brillamment l’essence de ce braquage : « Quatre-vingt cinq millions d’euros en cinq minutes, c’est même plus du golden parachute. Ces mecs-là, ils ont gagné l’EuroMillions à la sueur de leur front !»

Cette vox populi qu’on a plaisir à partager en frère, je l’ai retrouvée il y a une semaine lorsque Chesley Sullenberger a fait slalomer son Airbus en perdition entre les gratte-ciels de Manhattan, avant d’amerrir comme au cinéma sur l’Hudson River. Putain, la classe ! Déjà à 8 heures du matin, je zappais compulsivement sur toutes les chaînes d’info pour revoir en boucle les mêmes images des 155 miraculés de ce 11 septembre à l’envers, assis hilares sur les ailes de leur hydravion d’un jour. Déjà tout seul chez moi, j’étais partie prenante de l’hystérie planétaire. Et même pas besoin d’aller au bistrot pour en jouir ! La transe était extrasensorielle, alimentée par chaque bribe d’information ; flash après flash, l’extase totale !

On apprend d’abord que le héros du jour a 58 ans, ce qui veut dire que chez nous, on l’aurait bientôt collé ce vioque à la retraite d’office : s’il s’était agi d’un vol Paris-Nice en 2011, on aurait eu droit au crash du siècle et aux fameuses cellules d’aide psychologique qui vont avec. On apprend ensuite que Sully est un vétéran de l’US Air Force. Qu’il y aurait comme un rapport évident entre le sens de l’improvisation et le sang-froid spectaculaires dont il a fait preuve et sa longue expérience du vol en conditions extrêmes. Que son premier réflexe, quand il a vu que le second réacteur prenait feu lui aussi, a été de désactiver immédiatement toutes les aides informatiques au pilotage – ce que proscrivent les manuels – afin de pouvoir, comme l’a joliment dit un de ses confrères, piloter son moyen-courrier «avec ses fesses» !

Bien sûr, au gré de cette séance de zapping frénétique, j’ai forcément eu droit à la pimbêche de service sur LCI qui a tenté de nous gâcher le plaisir en annonçant les images de cet aquaplaning sidérant avec une moue dégoûtée et d’expliquer que c’est un happy end comme en raffolent les Américains (sous entendu, ces grands cons d’Américains). T’as raison, ma chérie : l’info, la vraie, c’est de savoir s’il faut rabaisser la TVA à 17 % plutôt qu’à 17,5. Comme dirait Siné, elle ira loin, cette petite.

Mais il en fallait plus pour me faire redescendre. Sous mes yeux, un rêve, un vrai : le triomphe de l’homme sur le logiciel. La preuve qu’un Airbus n’est pas une PlayStation. Et donc qu’on n’est pas condamnés à vivre et penser comme des lemmings (c’est juré, un jour je vous parlerai de Gilles Chatelet, qui me manque salement). On s’extasie et on frémit aussi, un peu. On imagine que si le commandant Sullenberger avait été confronté au même type de catastrophe sur un simulateur de vol, c’en était fini de son brevet de pilote, que ses petits camarades trentenaires lui auraient ri au nez, que sa compagnie l’aurait licencié pour faute grave… Mais la Providence veillait avec ses petits bras et ça ne s’est pas passé comme ça. Ce qu’ont vu des milliards d’yeux, c’est le retour du Chuck Yeager de L’Etoffe des héros de Tom Wolfe, celui qu’avait cru enterrer le véritable complot des blouses blanches. Ce que j’ai vu, c’est le virtuel envoyé ad patres, avec le règlement et tout le tremblement

Plaisir aussi de voir arriver du Nouveau Monde ce backlash du Monde Ancien. Plaisir redoublé, et un rien hégélomarxiste, de voir fricoter sous mes yeux la négation et sa frangine la négation de la négation. Car l’Amérique, ce n’est pas seulement celle de Big Balls Sully, c’est celle de son double monstrueux, de son pasticheur par anticipation le pétochard Commandant Ted Striker, joué par Robert Hays dans Y’a-t-il un pilote dans l’avion de Zucker Abrahams-Zucker. Même situation de catastrophe absolue, même pilote grisonnant, même miracle final. Une fois tu le vois en faux, une fois en vrai. Deux fois en chef d’œuvre de la ressource humaine, sans pluriel SVP, sous peine de mort. Un pays capable d’accoucher de ces deux jumeaux-là est capable de tout. L’Amérique, quoi qu’on en pense est un grand pays.

J’irai sûrement y prendre ma retraite, au moins à temps partiel, à condition que d’ici là, on aura suspendu le stupide embargo contre Cuba qui y prohibe la consommation de Cohibas (ça je m’en fous un peu) et de Havana Club (c’est beaucoup plus rédhibitoire).

Oui, je crois que je continuerai d’aimer l’Amérique, même quand tout le monde détestera Obama.

L'étoffe des héros

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Gaza, unanimement pluriel

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Chaque semaine, sur LCP, la chaîne câblée et TNT officielle de l’Assemblée nationale, Kathia Gilder anime l’émission « Traits d’Union ». Enregistrée au gré des sessions à Strasbourg ou à Bruxelles, elle traite l’actualité parlementaire européenne et les grands dossiers du moment. C’est ainsi que jeudi 22 janvier, elle consacrait un débat à Gaza. Rien à redire.

Enfin si. Un petit détail. Trois fois rien. Une broutille, vous dis-je. Les trois députés invités à croiser le fer sur le plateau de LCP étaient tous trois virulemment pro-Palestiniens et plaidaient tour à tour pour la rupture de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël…

Que l’on se rassure : le débat s’est déroulé dans les formes les plus démocratiques possibles. Chacun des intervenants a fait valoir les désaccords, certes subtils mais bien réels, qui le distinguaient de ses petits camarades. Le premier parlementaire expliqua ainsi pourquoi Israël était coupable. Le second comment Israël était coupable. Quant au troisième, il permit aux téléspectateurs de la chaîne parlementaire de bien saisir le pourquoi du comment de la culpabilité israélienne.

Elle est pas belle la vie sur LCP, quand elle est aussi parlementaire que démocratique ?

PS. Je suis une truffe. Faute d’avoir noté à temps le nom des trois députés européens, je voulais visionner sur Internet ce qui restera un morceau d’anthologie de l’information télévisée depuis la création de l’Ortf. Mais, à l’heure où j’écris, l’émission n’est pas encore en ligne sur le site de la chaîne et la page de l’émission est désespérément vide de sa traditionnelle section vidéo… Sans doute un problème technique, un retard, un technicien de la chaîne parlementaire qui a perdu la VHS ou la clef de la salle des magnétos. Nul ne doute qu’elle sera bientôt mise en ligne. Cela ne saurait tarder. Enfin, peut-être.

Causez badgés !

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causeurboutique

La crise est là, les établissements de la place Vendôme vous sont inaccessibles et pourtant, Madame, Monsieur, vous souhaitez offrir à la femme ou à l’homme de vos pensées un témoignage précieux de votre vénération… N’allez pas plus loin ! Causeur met le luxe à votre portée en ouvrant la boutique la plus hype de la place. Trois séries collector de cinq badges, tirées chacune à vingt exemplaires, vous sont proposées à un prix défiant toute concurrence. Réalisés dans un alliage des métaux les plus nobles (fer, aluminium, papier mâché et il doit bien y avoir un peu de mercure et de plomb), ces badges vous permettront de briller en société tout en gagnant en élégance. Ces badges ont également une utilité pour : écarter les esprits mauvais, désenvoûter, faire revenir l’affection, accroître sa chance au Loto, favoriser la fécondité, etc. En un mot comme en cent : causez badgés !

Ceci était un communiqué du Mage John Cohen-Mamadou, chef de la division marketing de Causeur.fr

Benoît XVI, ton nouveau voisin de palier

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Village planétaire. Je n’ai jamais compris l’expression et je tiens pour des gogos ceux qui lui prêtent le moindre sens. Ils ignorent au moins deux choses : ce qu’est un village et ce qu’est une planète. Pourtant, la crise aidant, on nous rebat les oreilles depuis quelques mois de ce terme inventé par McLuhan en 1967. L’universitaire canadien venait alors de se faire installer le téléphone dans son appartement de Toronto, avait trouvé le procédé fort ingénieux et en avait sorti un essai : The Medium is the message. Il faut dire qu’à l’époque McLuhan ne savait composer que le numéro de l’horloge parlante et chaque matin, durant dix ans, il l’appela à 10 heures précises pour vérifier qu’il était bien 10 heures. Le jour où il apprit qu’il existait d’autres numéros, que l’on pouvait parler dans le combiné et s’attendre même à recevoir une réponse, il était trop tard : McLuhan était déjà mort.

Les choses en seraient restées là s’il ne s’était pas trouvé pourtant quelques penseurs d’envergure mondiale – comme Jacques Attali ou Alain Minc pour ne citer que les plus brillants – pour populariser le terme de « village planétaire » et le faire entrer dans le langage courant. Je ne dis pas qu’Internet n’a rien changé à la marche du monde : le type de la campagne qui devait mettre un imperméable beige, prendre un billet de seconde classe et monter à la ville pour aller au ciné porno n’a plus besoin que d’une connexion haut débit pour mater chez lui des filles se gamahuchant avec distinction. Hier encore, il était obligé de se mettre sur son trente-et-un pour assister à un meeting de Nadine Morano : aujourd’hui il peut suivre, installé dans son canapé, une canette de bière à la main, les circonvolutions rhétoriques de la plus brillante parlementaire française de sa génération. C’est là le principal apport d’Internet à l’humanité : les hommes qui autrefois devaient enfiler un pantalon s’ils voulaient participer à la marche du monde peuvent rester en caleçon pour s’en gratter une sans réveiller l’autre.

Moi, remarquez, le village global, je ne m’en soucie guère : je vis dans un immeuble planétaire (global building). Au rez-de-chaussée, il y a un restaurant chinois, assez convenablement tenu par une famille de boat people qui a abandonné la navigation en solitaire pour remplir de nems et de corbeilles cinq bonheurs les ventres occidentaux affamés. Au premier étage, un couple d’homosexuel sans enfant (les pauvres, l’un d’entre eux est stérile) fait face à une octogénaire catholique et tradi. Au second étage, nous partageons le palier avec un médecin noir qui vit à la colle avec une sud-américaine reconnaissable de loin à son bonnet péruvien et à sa flûte de pan, tandis que le troisième étage abrite les Cohen et, face à eux, un retraité de la Sparkasse devenu antisémite notoire le jour où Mme Cohen, sa voisine, a prétendu que son chien n’était pas propre et qu’il avait fait ses besoins sur son paillasson. Regardez c’est encore frais et n’allez pas me dire que votre sale clébard n’y est pour rien.

Tout cela forme une micro-société aussi parfaite que solidaire : quand un voisin manque de quelque chose, il est suffisamment poli pour ne pas déranger les autres. Lorsque nous nous croisons dans l’escalier nous sommes assez respectueux de notre prochain pour ne pas nous saluer et risquer de nous perdre dans une conversation qui, de toute façon, ne déboucherait sur rien d’autre que briser le fragile équilibre de notre diversité locative.

Et voilà que, patatras, le ciment qui faisait toute la cohésion de mon immeuble planétaire vient de s’effriter hier soir sur les coups de 20 heures. L’une des locataires m’a adressé la parole. L’ascenseur était en panne et je m’étais résolue à gravir les trois étages qui me séparaient de mon appartement lorsque, au premier, la porte de Madame Wimmzer s’est entrouverte à mon passage.

– Psst, psst, Frau Kohl, Frau Kohl ! Une chose très grave est arrivée. Jésus, Marie ! L’antéchrist ! Il est là !, me lança-t-elle, l’air aussi ahuri qu’un Badiou[1. Alain Badiou, philosophe français. Après avoir été le pote de Pol Pot, il devint le pote de Paul, le saint.] découvrant que Sarkozy est de droite.
– Voyons, Frau Wimmzer, calmez-vous. Vous avez pris vos médicaments ?
– De l’eau de Lourdes, trois fois. Mais rien n’y fera !, pleura la vieille bigote en me tirant par la manche pour me faire entrer chez elle.

La porte se referma sur moi. Je faisais face à ce qu’une protestante comme moi n’aurait jamais pu imaginer, même dans ses marrades antipapistes les plus achevées. C’était comme un autel vaudou qui trônait dans la salle à manger de Madame Wimmzer. Une statue en plâtre de bonne taille occupait le plus gros de la carrée. Sans doute moulée par les pieds d’un artiste unijambiste, la ressemblance avec Pie XII ne frappait pas au prime abord, mais l’inscription sur le socle ne laissait aucun doute. C’était bien lui. Des dizaines de photos, de portraits et de médailles votives représentant le pape Pacelli s’étalaient sur les murs. Des bougies illuminaient l’endroit et l’odeur de l’encaustique mêlée à celle du renfermé donnait passablement l’idée d’un puissant encens.

Madame Wimmzer me tendit la Badische Zeitung du matin, se signa et, un chapelet à la main, s’agenouilla péniblement sur un prie-dieu. Le journal faisait une manchette sur la nouvelle du jour : « Le pape fait son entrée sur Youtube ! »

J’eus beau expliquer à Madame Wimmzer ce qu’était Youtube, que ce n’était pas un site pornographique comme elle le croyait, ni qu’il fallait être nécessairement drogué, prostitué, admirateur de Belzébuth ou lecteur des pages éco du Figaro pour le fréquenter et y publier des vidéos. Rien n’y fit.

– Il nous redonne la messe en latin, il nous réintègre dans la communion de notre Sainte Mère l’Eglise, il nous redonne nos évêques – et des pas mal du tout ! Tout ça pour au final montrer Ses Saintes Fesses sur Internet ! Seigneur, délivre notre Pape de Youtube ! Délivre notre Pape de Youtube !

Avant de finir totalement noyée sous les aspersions d’eau bénite dont elle me gratifiait depuis dix minutes déjà, je m’éclipsai, sans mot dire, abandonnant la vieille Wimmzer à ses sanglots tridentins. Après la soutane dans les dents, la webcam dans la mitre : les temps changent[2. Les temps changent si profondément d’ailleurs que le site Youtube du pape est disponible en quatre langues : anglais, italien, espagnol et allemand. La francophonie progresse.].

Pour comprendre les médias: Les prolongements technologiques de l'homme

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Le cas Routchy

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roger-karoutchi

En 1856, la rumeur circula un temps à Paris que le fils de l’impératrice Eugénie n’était pas issu du lit conjugal. Certaines gazettes prêtaient au duc de Morny la paternité de Louis Napoléon Eugène tandis que d’autres pariaient leur honneur et leur fortune sur Victor de Persigny ou Eugène Rouher. Tous nièrent en bloc. Les regards et les doutes se portèrent alors sur Casimir Routchy, premier camériste de l’Empereur. Dans un premier temps, Casimir Routchy ne prêta pas le flanc aux rumeurs, confiant même à Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique : « Je ne suis pas le père de l’enfant. Et tu as vu sa gueule, à la Montijo ? Je tiens à mon standing[1. C’est la première occurence de l’emploi du terme standing en langue française. Jean Dutourd.], moi. » Puis, la rumeur augmentant et risquant le licenciement, il accorda une interview au Moniteur dans laquelle il avouait à la face du monde son petit défaut[2. On disait comme ça à l’époque quand on en avait un gros.]. Apprenant cela, Napoléon III exila son chambrier à Londres : ce fut le premier outing de l’histoire.

John Bentley, Portrait de Casimir Routchy, jeune homme. Huile sur toile, 1858, conservée dans le bureau du président de la Région Ile-de-France, mais sortie depuis peu.

Complot rose-brun dans l’édition française

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Décidément, le ventre qui a enfanté la bête immonde est encore fécond. Sommes-nous donc périodiquement condamnés à revivre ces offensives larvées qui veulent mettre à genoux l’Empire du Bien, du Beau et de la Diversité. Oh, bien sûr, nous savons depuis le second tour des élections de 2002, quand Le Pen est arrivé en finale, que le fascisme est à nos portes, malgré vingt ans de vigilance antiraciste, de films recommandés par Télérama et de romans concernés de Didier Daeninckx. Bien sûr, nous avons poussé un soupir de soulagement quand des centaines de milliers de jeunes qui n’avaient jamais voté le firent avec leurs pieds démocrates entre les deux tours et repoussèrent l’hydre infâme, offrant un score sud-américain au président Chirac.

Mais le fascisme n’est pas seulement une bête immonde, c’est aussi une bête rusée, une vieille taupe mutante et parasitaire, capable de s’emparer d’un organisme sain et de le transformer en zombie de l’intolérance, de la haine et de l’exclusion, un peu comme dans l’immortel chef d’œuvre cinématographique de Don Siegel, L’invasion des profanateurs de sépulture.

Les lecteurs de Causeur se souviendront sans doute de l’effroyable complot rouge-brun qui au début des années 90 faillit submerger notre démocratie française. Ce complot unissait dans son lit les cheveux blonds, les cheveux gris d’intellectuels dévoyés, ex-communistes, crypto-fascistes, païens, bretons, russes, voire talentueux. On pouvait les trouver par exemple dans les colonnes de L’Idiot International, sous la plume de Jean-Edern Hallier, son chef d’orchestre nihiliste, des articles toujours plus anti-mitterrandiens, ce qui était bien la preuve de son aberration mentale. Lui qu’on croyait héritier de Chateaubriand était en fait un disciple secret d’Ernst Von Salomon, un réprouvé rêvant de Corps francs pour en finir avec ce modèle de société humaniste que représenta le second septennat de François Mitterrand, celui qui vit devenir ministre le camarade Bernard Tapie.

Ces rouge-bruns s’illustrèrent dans toute leur infamie lors du conflit en ex-Yougoslavie, prononçant régulièrement l’éloge des Serbes qui étaient alors le dernier peuple national-communiste d’Europe et qui en reçurent un juste châtiment quelques années plus tard grâce à des bombardements massifs de l’Otan. Au premier rang d’entre eux se trouvait un certain Edouard Limonov. D’aucuns le tiennent pour un écrivain majeur de ce temps, c’est surtout un monstre et ceux qui diront que ce n’est pas incompatible sont bons pour un stage de rééducation démocratique à la prochaine université d’été du Modem.

Longtemps, Limonov, qui est fourbe et cruel comme tous les rouge-bruns, fit illusion. En effet, il avait fui l’Union Soviétique pour New York en 1975 et New York pour Paris en 1980. Le problème, c’est qu’à la lecture un peu sérieuse de romans comme Autoportrait dans son adolescence, L’Etranger en sa ville natale et surtout La Grande époque où il trace le portrait ému de son père officier du NKVD, on s’aperçut avec horreur qu’il était dissident, certes, mais parce qu’il ne trouvait plus l’URSS assez stalinienne à son goût. Déjà, il voyait sous Brejnev percer Gorbatchev, et sous Gorbatchev, Elstine ce modernisateur qui rendit la Russie si attrayante en dérégulant l’économie et l’espérance de vie des plus pauvres.

Et la voilà chez nous, cette infâme créature, pervertissant nos écrivains et allant jusqu’à faire le coup de feu sur les hauteurs de Sarajevo ou en Transnistrie, cette région russe de la Moldavie qui voulait rester russe. Heureusement, nombre de Vigilants signèrent de nombreuses pétitions, des proscriptions furent dressées et des interdictions professionnelles prononcées. Le bloc central médiatique qui protège notre cher Empire du Bien (Le Monde, Libé, Télérama pour faire vite) non seulement ne parla jamais des livres de Limonov mais, en plus, contribua à réduire quasi-militairement cette atroce aberration idéologique qu’il avait suscitée. Un ouf de soulagement fut poussé, Limonov rentra en Russie et comme il avait décidément le diable au corps, il y créa aussi sec son Parti National-Bolchévique, fut arrêté et emprisonné entre 2001 et 2003.

On aurait pu penser que l’affaire allait s’arrêter là. Il y eut bien quelques pétitions que l’on fit circuler en France pour sa libération mais, heureusement, nos pétitionnaires professionnels gardèrent leur stylo au chaud car autant on a le droit de signer pour un mauvais écrivain démocrate autant il vaut mieux éviter quand il s’agit d’un très bon idéologiquement suspect.

Mais, non, le cauchemar continue et il nous revient de plein fouet ces jours-ci avec le dernier livre de Limonov, Mes Prisons, publié aux éditions… Actes Sud ! Oui, mesdames et messieurs, aux éditions Actes Sud ! La maison fondée par Hubert Nyssen était pourtant réputée sûre. Imaginez un peu, on y édite Berberova, Paul Auster, beaucoup de Scandinaves champions du partage des tâches domestiques. Autant dire que cette maison avait parfois des allures d’annexe littéraire de « Désirs d’Avenir » ou de la défunte Camif. Des livres de chez Actes Sud dans votre bibliothèque, c’était une assurance donnée aux gens qui venaient chez vous : vous étiez fréquentable, forcément fréquentable.

Et là, tout d’un coup, comme un bloc d’abîme, Limonov… `

Ce n’est plus d’un complot rouge-brun dont il s’agit ici mais bel et bien d’un complot rose-brun dont Actes Sud, qui avait déjà réédité en poche un roman posthume de l’infâme ADG, J’ai déjà donné, est devenu par on ne sait quelles obscures manœuvres le vaisseau-amiral.

C’est un jour tragique pour l’édition et la démocratie. Mais nous nous battrons. Jusqu’au bout. Les stylos pétitionnaires sont déjà dégainés. Actes Sud n’a qu’à bien se tenir.

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Téhéran, le retour

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Ça y est, ça commence. Selon le numéro de samedi du Times, plusieurs puissances occidentales se sont lancées avant Noël dans une course diplomatique pour convaincre les pays producteurs d’uranium de ne pas approvisionner l’Iran, dont les stocks de yellowcake seraient presque épuisés.

Cette information est tellement bizarre que même l’analyste du prestigieux quotidien londonien semble douter de l’efficacité de ces mesures, qui consistent à verrouiller les portes de l’écurie longtemps après qu’il n y ait plus de chevaux. On peut ajouter aussi qu’il est au moins bizarre que les puissances occidentales qui traitent ensemble le dossier iranien (US, Grand Bretagne, France, Allemagne) aient attendu Noël 2008 pour empêcher Téhéran de se procurer de l’uranium.

Pourquoi donc cette information et pourquoi maintenant ? Il faut d’abord préciser que la source est très probablement le Whitehall britannique – il suffit de lire le papier publié par le Times pour s’en rendre compte. L’honorable correspondant qui a appelé le journaliste du quotidien de référence londonien et lui a payé un fish & chips ou un chicken tikka (les temps sont durs) dans la City voulait sans doute réorienter le buzz médiatique de ces jours-ci, encore très largement focalisé sur Gaza et y replacer le nucléaire iranien, même si tout ce que l’on a à servir au public est un vieux plat de nouilles réchauffé. Quant au timing, les Iraniens ont utilisé le Hamas pour kidnapper l’agenda d’Obama, dès son installation dans le bureau ovale. Sur l’échiquier du Moyen-Orient, Téhéran a donc avancé un fou à Gaza, en vertu de quoi Washington avance de son côté une tour à Londres.

Pourquoi j’aime le PSG

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Je me souviens d’un papier dans lequel Marc Cohen nous avouait combien il lui était difficile d’écrire sur le rock alors qu’il confesse n’écouter que ça depuis des décennies. Alors lorsque Marc m’a suggéré d’écrire sur le PSG, j’ai tout de suite compris ma douleur: je vais au Parc des Princes depuis mes sept ans…

Pour peu qu’on aime un tant soit peu le football, on a forcément un avis sur le PSG. Positif ou calamiteux, mais en général définitif et peu sujet aux variations saisonnières. J’aime le PSG car ce club sent bon la capitale et, bon, je suis de la capitale. Point. J’aime le PSG parce j’adore quand les provinciaux nous jalousent. J’aime quand mon club se prend pour un grand d’Europe quelle que soit sa valeur intrinsèque et frise du coup le ridicule lorsque ses résultats le rapprochent de la Ligue 2… Si ce club était un homme, il ressemblerait à coup sûr aux fils-à-papa qui déambulent la mèche au vent le long des avenues du XVIe. Le PSG est foncièrement agaçant.

Ne comptez pas sur moi pour vous faire le coup du supporter ultime, ce fameux smicard un rien apocryphe qui se saigne pour acheter un abonnement. Non, je suis sorbonnard et ne manque de rien. Et justement, j’aime le PSG car le Parc est probablement l’un des seuls endroits de Paris où les gens qui normalement sont programmés pour ne pas se croiser se rencontrent. Et où ils le font de leur plein gré, pas par obligation comme dans le bus, aux urgences, ou chez Ikea. Racailles du 9-5, cadres moyens versaillais, minettes à string apparent et anciens combattants de la gaypride se retrouvent autour de la même passion. Tout comme s’y retrouvent quoi qu’on ait pu en dire, blancs, noirs, juifs et arabes, ensemble. Approchez vous de la porte d’Auteuil un soir de match. Approchez-vous et regardez avec vos yeux, et pas ceux de la télé. Vous y verrez effectivement des supporters d’extrême droite mais aussi des altermondialistes à dreadlocks. Et tous en bleu et rouge !

J’aime le PSG, parce que sur les gradins, j’aurai toujours 7 ans. Jamais vous ne pourrez imaginer à quel point le Parc des Princes est impressionnant pour un gosse de 7 ans. Au début de chaque saison, mon père nous emmenait mes frères et moi voir quelques matchs du PSG. C’était toujours le même rituel. Nous trainions notre père vers la voiture trois heures avant le coup d’envoi et l’on se garait toujours rue Molitor. L’itinéraire impliquait le passage obligé devant les « Trois Obus » où les supporters se gorgent de bière avant le match. Mouvement de foules, ivrognes, gros mots : c’est précisément à ce moment que la tension devient palpable, comme on dit dans L’Equipe ; alors on se promet, avant chaque match, de se donner rendez-vous devant le lycée La Fontaine si l’on se perd. Suite du rituel : se tenir dans la file, passer le tourniquet, entendre les premiers chants des supporters. Une fois la fouille passée, sentir l’odeur des hot-dogs juste avant de donner son ticket à la placeuse. Et enfin la pelouse !

A peine assis, nous parcourions L’Equipe du jour et parlions du onze de départ avec des voisins inconnus, requalifiés en bons copains le temps d’un match. Qui préférer ? Le grand Sammy Traoré ou le jeune Mamadou Sakho en défense centrale ? Le petit Giuly ou Pancrate le costaud sur l’aile droite ? Débats existentiels, choix cruciaux ! Un supporter adverse, un sympathique Sochalien, Havrais ou Manceau s’immisce dans le colloque. Il nous conseille de nous méfier de leur petit numéro10, un joueur acheté à prix d’or à un club semi-pro en Norvège, un futur grand. Forcément…

Une demi-heure avant le début du match, les joueurs des deux formations arrivent sur la pelouse et débutent leur échauffement. En général, ce sont les visiteurs qui se risquent les premiers sur le carré vert. Et là, la bronca les accueille, pour les mettre dans l’ambiance, pour rappeler aux plus distraits d’entre eux qu’ici, ce n’est ni Toulouse ni Nancy mais Paris ! Puis le speaker présente les deux équipes. Religieusement, le nom de chaque joueur adverse est ponctué d’un délicat « Enculéééé ! » repris à 45 000 voix. Quand les Parisiens font enfin leur entrée, le Parc se lève comme un seul homme, ou plutôt comme un gentleman dès qu’une dame apparaît. Enfin, du temps où on se levait pour les dames…

Bientôt les fumigènes claquent, et les supporters se lèvent pour saluer les deux équipes avant le coup d’envoi. C’est donc parti pour 90 minutes de football, une heure et demie trop rapide, même en comptant les arrêts de jeu, beaucoup plus rapide en tout cas qu’une heure de collège, surtout en maths. Le match commence. On se déchaîne à chaque micro-tentative parisienne et on frissonne des que les adversaires ont le mauvais goût de s’approcher de notre surface de réparation. Et puis comme si l’équipe d’en face ne suffisait pas, bien sûr on doit jouer aussi contre l’arbitre, qui comme la France entière sauf les Parisiens déteste les Parisiens.

La mi-temps arrive. Les supporters vont se restaurer. C’est fou ce que c’est nourrissant, la bière. Pendant la pause, on annonce aussi les scores des autres matchs du championnat. Re-rituel et re-bronca dès que le speaker donne le résultat de l’OM. Le match reprend. Sur un corner, les rouges et bleus marquent ! Le Parc exulte ! On reprend en cœur le nom du buteur. Chaque année, le Parc a son chouchou, son idole. Jusqu’à sa retraite l’an dernier, c’était « l’Aigle des Acores », Pedro Miguel Pauleta – 109 buts, ça crée des liens.

La soixante-dixième minute de jeu approche, le rythme du match se ralentit, les entraîneurs procèdent aux remplacements. On injecte du sang neuf pour porter le coup décisif. Je vois encore Ronaldinho entrer en jeu pour sa première apparition en bleu et rouge. Je me rappelle les tribunes qui mimaient la prosternation devant cette idole, au sens étroit du terme. Et je n’oublierai jamais ses dribbles, même quand l’Alzheimer m’emportera.

Qu’on gagne ou qu’on perde, la fin de match est toujours douloureuse. Soit il faut préserver le score, soit il faut tenter d’égaliser, ou au moins de sauver l’honneur. Bientôt, le coup de sifflet final et le public se dirige vers la sortie en refaisant le match. Moi, je harcèle déjà mon père pour être sûr qu’on ira bien au prochain.

Gaza, miracle à Milan ?

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Causeur avait déjà évoqué le reportage dissonant du Corriere della sera, dont Menahem Macina vient de publier la traduction intégrale sur son site, toujours très bien informé, Debriefing.org (la VO italienne se trouve ici). L’envoyé spécial à Gaza du quotidien milanais, Lorenzo Cremonesi, a dû entendu des voix, car ce qu’il rapporte de l’état d’esprit des habitants de ce territoire après l’offensive israélienne est en contradiction totale avec les reportages de ses confrères du Monde, de Libération ou de Radio-France. Une enquête est en cours pour établir si son cas relève de la psychiatrie, de la comparution en conseil de guerre, ou du procès en béatification.

Du Gaza au prix du gaz

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Bonne nouvelle pour les Gazaouis : ils n’ont pas souffert pour rien ! Grâce à leurs sacrifices, le Qatar a pu consolider sa place, aux côtés de l’Iran et de la Russie, dans le cartel du gaz nouvellement créé. Heureusement, les Qataris ne sont pas chiens, et après avoir contribué à déclencher la crise entre Israël et le Hamas, ils vont envoyer un chèque. On peut compter sur eux : après la guerre du Liban de l’été 2006, ils avaient payé rubis sur l’ongle.

Il faut dire que le petit émirat mène une politique aussi ambitieuse qu’audacieuse. Avec la place qu’il occupe au soleil, il ne peut pas se permettre d’être trop timide. Tous les Etats du golfe arabo-persique, pour n’offenser personne, qu’ils soient minuscules comme le Bahreïn ou le Qatar ou grands comme l’Arabie Saoudite, ont un cauchemar commun : un Iran nucléaire. Ils savent pertinemment que si Saddam Hussein avait disposé de la bombe en 1990, le Koweit serait aujourd’hui une province irakienne. De Doha à Abu Dhabi en passant par les autres capitales plantées sur des champs de pétrole et de gaz, les dirigeants font le même constat : du jour où il se sentira intouchable grâce à la bombe, l’Iran s’emparera de leurs gisements pour les partager d’une manière plus islamiquement correcte. Des prétextes, ça se trouve – avec un peu de mauvaise foi et une carte d’état-major britannique des années 1920, n’importe qui peut toujours concocter un petit conflit frontalier.

On me fera remarquer que cette configuration géopolitique ne date pas d’hier. La réponse stratégique traditionnelle est l’alliance américaine : en cas d’urgence, il suffit d’appeler le 911 et les porte-avions sont là sous quinzaine. Mais Hamad bin Khalifa Al Thani, le très habile émir du Qatar, a choisi une autre voie : pour être absolument sûr de ne pas perdre son pantalon, c’est ceinture et bretelles. Si celles-ci sont made in US, ce grand-croix de la Légion d’honneur (1998) a opté pour une ceinture iranienne. Base américaine (et relations discrètes avec Israël) d’un côté, alliance avec l’Iran et la Russie de l’autre.

Dans le vaste monopoly régional, le Qatar dispose de deux cartes majeures : le gaz, d’une part, son influence dans la Ligue arabe et dans le monde arabe en général, de l’autre. L’émirat possède 15 % des réserves mondiales de gaz, ce qui en fait la troisième puissance dans ce domaine, après la Russie et l’Iran. En matière de GNL (gaz naturel liquéfié), produit d’un processus couteux et compliqué, le Qatar, qui a fait les investissements nécessaires, s’impose déjà comme numéro un mondial. Pour Moscou et Téhéran qui cherchent à maximiser le bénéfice géostratégique de leurs ressources énergétiques, et se verraient bien verrouiller le marché à travers une sorte d’OPEP du gaz, Doha est incontournable. Depuis octobre dernier, cette triple-alliance gazière contrôlant 60 % des réserves mondiales est une réalité.

Pour un petit pays qui prétend peser sur la politique arabe, l’argent est nécessaire mais pas suffisant. Il lui faut faire parler de lui. L’émir a donc lancé la chaîne Al-Jazeera qui, en quelques années, a transformé Doha en une sorte de Mecque médiatique. Pour la visibilité, c’est donc fait et bien fait. D’autre part, pour accroître son poids politique, l’émir a systématiquement noué des liens avec les bêtes noires du monde arabe : le Hezbollah au Liban, le Hamas en Palestine et la Syrie. Pas besoin d’être Alexandre Adler pour voir que cette short-list correspond à la bande à Ahmadinejad.

Depuis le début de la décennie, le Qatar s’est imposé comme un intermédiaire incontournable dans les affaires libanaises. Ainsi alors que le traité interlibanais qui avait mis fin à la guerre civile dans le pays du Cèdre avait été signé en Arabie Saoudite, à Taëf, le compromis qui a ouvert l’an dernier la voie à l’élection d’un nouveau président à Beyrouth a été négocié à Doha. Rien de plus logique : pendant la guerre au Liban en 2006, Riad a ouvertement critiqué la milice chiite pour son aventurisme alors qu’à Doha, on n’était pas loin de qualifier de « collabos » les pays arabes qui avaient émis des doutes sur la stratégie du Hezbollah. Une position qui révèle un certain culot : Israël avait une représentation quasi-officielle à Doha, ce qui serait impensable à Riad.

Le Qatar profite en fait du déclin de l’Arabie Saoudite, dont l’hégémonie régionale a été sévèrement ébranlée par le 11 septembre et les tensions qui s’en sont ensuivies entre Riad et Washington. Mais c’est surtout le retour de la Russie qui a radicalement changé la donne. Moscou précipite la région dans une nouvelle guerre froide où Gazprom remplace le Komintern/Kominform. Pour s’imposer, Moscou souffle sur les braises iraniennes : sans bénéficier en sous-main d’un soutien russe, Téhéran ne se serait pas engagé dans son délire nucléaire et hégémonique.

Voilà donc à quelle table s’est invité l’émir du Qatar, un pays qui, malgré son triple voire quadruple jeu, a bel et bien choisi son camp. Et tant pis pour ceux qui en meurent, au Liban et à Gaza[1. De grâce, épargnons-nous une discussion absurde. Il ne s’agit nullement d’amoindrir les responsabilités israéliennes. C’est un autre sujet et je le traite ailleurs.]. Le chèque est dans la boîte à lettres.

Y’avait un pilote dans l’avion

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En gros, je n’aime pas trop me réjouir avec la masse[1. Just a story from America est le titre d’une ballade sublime et d’un album qui ne l’est pas moins du fabuleux et trop méconnu Elliott Murphy. Le cd est scandaleusement difficile à trouver, mais cherchez, cherchez et vous serez récompensés.]. Je reste chez moi les soirs de fête de la Musique, de victoire des Bleus au Mondial ou de Chirac à la présidentielle. Je ne suis pas allé voir les Ch’tis, et encore moins La Graine et le mulet. Je préfère être antisocial plutôt que perdre mon sang-froid. Mais pas toujours, j’aime aussi communier. J’aime partager bêtement la joie des quatre pochtrons au comptoir qui commentent à l’infini les titres du Parisien. Parfois, j’aime être du même avis que le monde entier… Ça m’est arrivé deux fois en peu de temps.

Tout d’abord le 5 décembre dernier, quand une poignée d’extra-légaux subtils et couillus, qu’on soupçonne d’être serbes ou monténégrins, ou un peu des deux, ont en quelques minutes modifié le bilan annuel de la bijouterie Harry Winston à hauteur de 85 millions d’euros. Cet artifice comptable a réjoui la France entière, à l’exception, j’imagine, de l’assureur du joaillier, du juge d’instruction surchargé de l’affaire et de Rachida Dati dont le bureau est situé à un jet de pierre (sans doute précieuse) des lieux du crime. Minoritaire par vocation, c’est tout d’abord dans l’indifférence absolue des habitués que j’ai exprimé le souhait qu’une part du butin serve à exfiltrer Karadzic de sa geôle batave, sans demander l’accord préalable du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie.

Tant pis pour Radovan, donc. N’empêche, le temps d’une bière, j’ai été vraiment heureux de vivre dans un pays où tout le monde trinque à la santé de gangsters de la short short list d’Interpol[2. Bon, pas de n’importe quels gangsters : je suis certain que les mêmes piliers de bar iraient réclamer la guillotine pour les tueurs de flics ou les assassins d’enfants. Et même à jeun, ce n’est pas moi qui irai les convaincre du contraire.] ! Légal, illégal ? Tout le monde s’en foutait, on n’était pas dans les considérations sur la loi et le droit. Cet enthousiasme pro-outlaw[3. On a retrouvé le même enthousiasme à l’occasion du procès d’Antonio Ferrara et du rappel de ses invraisemblables évasions.], cette France qui en son for intérieur préfère mille fois Spaggiari à sœur Emmanuelle, tout ça relève plutôt de la justice immanente qui veut qu’à la fin les gentils opprimés font la nique aux vilains oppresseurs. Et je me suis fait quatre nouveaux copains en résumant assez brillamment l’essence de ce braquage : « Quatre-vingt cinq millions d’euros en cinq minutes, c’est même plus du golden parachute. Ces mecs-là, ils ont gagné l’EuroMillions à la sueur de leur front !»

Cette vox populi qu’on a plaisir à partager en frère, je l’ai retrouvée il y a une semaine lorsque Chesley Sullenberger a fait slalomer son Airbus en perdition entre les gratte-ciels de Manhattan, avant d’amerrir comme au cinéma sur l’Hudson River. Putain, la classe ! Déjà à 8 heures du matin, je zappais compulsivement sur toutes les chaînes d’info pour revoir en boucle les mêmes images des 155 miraculés de ce 11 septembre à l’envers, assis hilares sur les ailes de leur hydravion d’un jour. Déjà tout seul chez moi, j’étais partie prenante de l’hystérie planétaire. Et même pas besoin d’aller au bistrot pour en jouir ! La transe était extrasensorielle, alimentée par chaque bribe d’information ; flash après flash, l’extase totale !

On apprend d’abord que le héros du jour a 58 ans, ce qui veut dire que chez nous, on l’aurait bientôt collé ce vioque à la retraite d’office : s’il s’était agi d’un vol Paris-Nice en 2011, on aurait eu droit au crash du siècle et aux fameuses cellules d’aide psychologique qui vont avec. On apprend ensuite que Sully est un vétéran de l’US Air Force. Qu’il y aurait comme un rapport évident entre le sens de l’improvisation et le sang-froid spectaculaires dont il a fait preuve et sa longue expérience du vol en conditions extrêmes. Que son premier réflexe, quand il a vu que le second réacteur prenait feu lui aussi, a été de désactiver immédiatement toutes les aides informatiques au pilotage – ce que proscrivent les manuels – afin de pouvoir, comme l’a joliment dit un de ses confrères, piloter son moyen-courrier «avec ses fesses» !

Bien sûr, au gré de cette séance de zapping frénétique, j’ai forcément eu droit à la pimbêche de service sur LCI qui a tenté de nous gâcher le plaisir en annonçant les images de cet aquaplaning sidérant avec une moue dégoûtée et d’expliquer que c’est un happy end comme en raffolent les Américains (sous entendu, ces grands cons d’Américains). T’as raison, ma chérie : l’info, la vraie, c’est de savoir s’il faut rabaisser la TVA à 17 % plutôt qu’à 17,5. Comme dirait Siné, elle ira loin, cette petite.

Mais il en fallait plus pour me faire redescendre. Sous mes yeux, un rêve, un vrai : le triomphe de l’homme sur le logiciel. La preuve qu’un Airbus n’est pas une PlayStation. Et donc qu’on n’est pas condamnés à vivre et penser comme des lemmings (c’est juré, un jour je vous parlerai de Gilles Chatelet, qui me manque salement). On s’extasie et on frémit aussi, un peu. On imagine que si le commandant Sullenberger avait été confronté au même type de catastrophe sur un simulateur de vol, c’en était fini de son brevet de pilote, que ses petits camarades trentenaires lui auraient ri au nez, que sa compagnie l’aurait licencié pour faute grave… Mais la Providence veillait avec ses petits bras et ça ne s’est pas passé comme ça. Ce qu’ont vu des milliards d’yeux, c’est le retour du Chuck Yeager de L’Etoffe des héros de Tom Wolfe, celui qu’avait cru enterrer le véritable complot des blouses blanches. Ce que j’ai vu, c’est le virtuel envoyé ad patres, avec le règlement et tout le tremblement

Plaisir aussi de voir arriver du Nouveau Monde ce backlash du Monde Ancien. Plaisir redoublé, et un rien hégélomarxiste, de voir fricoter sous mes yeux la négation et sa frangine la négation de la négation. Car l’Amérique, ce n’est pas seulement celle de Big Balls Sully, c’est celle de son double monstrueux, de son pasticheur par anticipation le pétochard Commandant Ted Striker, joué par Robert Hays dans Y’a-t-il un pilote dans l’avion de Zucker Abrahams-Zucker. Même situation de catastrophe absolue, même pilote grisonnant, même miracle final. Une fois tu le vois en faux, une fois en vrai. Deux fois en chef d’œuvre de la ressource humaine, sans pluriel SVP, sous peine de mort. Un pays capable d’accoucher de ces deux jumeaux-là est capable de tout. L’Amérique, quoi qu’on en pense est un grand pays.

J’irai sûrement y prendre ma retraite, au moins à temps partiel, à condition que d’ici là, on aura suspendu le stupide embargo contre Cuba qui y prohibe la consommation de Cohibas (ça je m’en fous un peu) et de Havana Club (c’est beaucoup plus rédhibitoire).

Oui, je crois que je continuerai d’aimer l’Amérique, même quand tout le monde détestera Obama.

L'étoffe des héros

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Gaza, unanimement pluriel

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Chaque semaine, sur LCP, la chaîne câblée et TNT officielle de l’Assemblée nationale, Kathia Gilder anime l’émission « Traits d’Union ». Enregistrée au gré des sessions à Strasbourg ou à Bruxelles, elle traite l’actualité parlementaire européenne et les grands dossiers du moment. C’est ainsi que jeudi 22 janvier, elle consacrait un débat à Gaza. Rien à redire.

Enfin si. Un petit détail. Trois fois rien. Une broutille, vous dis-je. Les trois députés invités à croiser le fer sur le plateau de LCP étaient tous trois virulemment pro-Palestiniens et plaidaient tour à tour pour la rupture de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël…

Que l’on se rassure : le débat s’est déroulé dans les formes les plus démocratiques possibles. Chacun des intervenants a fait valoir les désaccords, certes subtils mais bien réels, qui le distinguaient de ses petits camarades. Le premier parlementaire expliqua ainsi pourquoi Israël était coupable. Le second comment Israël était coupable. Quant au troisième, il permit aux téléspectateurs de la chaîne parlementaire de bien saisir le pourquoi du comment de la culpabilité israélienne.

Elle est pas belle la vie sur LCP, quand elle est aussi parlementaire que démocratique ?

PS. Je suis une truffe. Faute d’avoir noté à temps le nom des trois députés européens, je voulais visionner sur Internet ce qui restera un morceau d’anthologie de l’information télévisée depuis la création de l’Ortf. Mais, à l’heure où j’écris, l’émission n’est pas encore en ligne sur le site de la chaîne et la page de l’émission est désespérément vide de sa traditionnelle section vidéo… Sans doute un problème technique, un retard, un technicien de la chaîne parlementaire qui a perdu la VHS ou la clef de la salle des magnétos. Nul ne doute qu’elle sera bientôt mise en ligne. Cela ne saurait tarder. Enfin, peut-être.