L’acteur Fabrice Luchini, histrion génial, assure dans les colonnes du Parisien avoir échoué à l’examen!
Qu’on se rassure : Fabrice Luchini aimerait « être de gauche » mais il ne peut pas l’être « parce qu’il faut des qualités de supériorité morale et psychique que je n’ai pas ». Comme souvent avec Fabrice Luchini dans ses exercices médiatiques, derrière une forme de dérision, il y a de la réflexion. Dans cette saillie il y a à creuser…
D’autant plus que cela faisait longtemps que Fabrice Luchini n’avait pas été à ce remarquable niveau qui lui a permis de développer ses réponses avec brio et gravité. Sur des sujets aussi divers que le bonheur, l’amitié, son rapport avec sa fille, sa conception de l’amour, la politique, le reproche d’être un histrion médiatique, sa mère, sa sociabilité, il se révèle, sans afféterie ni comédie. Et dans une vérité d’autant plus convaincante qu’à l’évidence, il ne joue pas le rôle d’une personnalité voulant à tout prix être singulière.
Examen de conscience
C’est à cause de cette parfaite réussite de l’entretien sur le fond que sa phrase sur son inaptitude à être « de gauche » m’a frappé. Elle a le mérite de faire son chemin dans les têtes et de contraindre à un examen de conscience qui incite à chercher, derrière les convictions, s’il n’y a pas autre chose qui justifie les choix politiques.
Fabrice Luchini met l’accent sur cette perception que les tenants de la gauche auraient un air de supériorité intellectuelle et morale, comme s’ils étaient, eux, forcément du bon côté de la vie civique et de la démocratie. Il semble alors que les gens de droite, pas suffisamment assurés d’eux-mêmes, partent d’emblée avec un handicap : celui d’être désaccordés d’avec le progrès, la générosité et le partage. Il va leur manquer forcément ce qui constitue le signe éclatant de l’idéologie pour laquelle le pessimisme est une honte, le peuple un risque et le désir de sécurité une aberration.
Fabrice Luchini, à sa manière inimitable, nous déclare qu’il est évidemment trop pécheur pour oser se dire de gauche. Il se moque mais met en exergue la difficulté de tout dialogue non seulement avec un contradicteur politique, mais surtout avec le militant de gauche : point de salut en dehors de celle-ci. Le doute une tare, la nuance une hérésie, l’écoute de l’autre une dérive, la tolérance une horreur et la violence une tentation. Pour être de gauche, il faut passer un examen : est-on digne de l’être ? Montrer patte blanche et orthodoxie. La ligne, rien que la ligne. Fort heureusement, je n’ai pas cessé de faire la politique buissonnière et je n’ai jamais désiré être de gauche. Globalement. Au détail, pourquoi pas, mais alors avec modération.
Il est intéressant de regarder quels intellectuels ont donné du grain à moudre à la presse de gauche pour dézinguer le film Vaincre ou Mourir consacré à Charette et 1793…
Voir dans un même élan Libération, Télérama ou encore Le Monde se pousser des coudes, afin de désigner celui qui cracherait le plus fort et le plus longtemps sur Vaincre ou Mourir, a en réalité quelque chose de jouissif. Les traits sont tellement grossiers, les critiques tellement abjectes, que les papiers dégoulinent de bile enragée ! Leurs auteurs descendraient en ligne directe des assassins du Comité de Salut Public ou des milliers de bourreaux qui ont répandu le sang de centaines de milliers de Français, femmes, enfants innocents pendant la Terreur, qu’on n’en serait pas plus étonné.
LibérationLe MondeTélérama
La presse ne s’est pas contentée de dénigrer la qualité de « Vaincre ou mourir ». Elle accuse le film de véhiculer une idéologie, ce qui est habituellement une chasse gardée de la gauche.
C’est somme toute, logique : si, 230 ans après la Révolution, des millions de visiteurs viennent chaque année visiter le Parc du Puy du Fou, sachant pertinemment quoi y trouver, et quelle flamme du souvenir est entretenue là-bas, il n’y a rien d’étonnant à ce que quelques enragés déplorent encore aujourd’hui que l’on n’ait pas totalement exterminé les Chouans et les Vendéens, et avec eux, tous les Français courageux qui se sont rebellés contre les sanglants révolutionnaires.
Des militants politiques engagés dans la présidentielle
Mais on est en même temps peinés de voir combien ces inquisiteurs zélés manquent d’arguments. Pour tenter de faire tomber encore et encore des têtes, ils répètent en boucle, telle une litanie, ce qu’ils ont lu dans leur Bible le Puy-du-Faux (Les Arènes éditions).
Enfin, lu, probablement pas, vu les chiffres de ventes calamiteux de l’ouvrage collectif des « historiens » Florian Besson, Pauline Ducret, Guillaume Lancereau et Mathilde Larrère. Malgré le battage médiatique inégalé dont ils ont bénéficié à la sortie de Le Puy-du-Faux (16900 références sur Google !), il ne s’en est écoulé que… 6 000 exemplaires, dont une bonne moitié acquise par des militants bibliothécaires zélés. En consultant les registres de certaines médiathèques en ligne, on est à peine étonné d’apprendre que l’ouvrage n’est parfois… jamais sorti des rayons.
Rien d’étonnant à cela : en réalité, Le Puy-du-Faux n’est pas un livre d’histoire, issu d’un travail d’historiens, mais un mauvais pamphlet politique rédigé par des militants de la gauche radicale ! Florian Besson, Guillaume Lancereau et Mathilde Larrère sont en effet coutumiers du fait : on leur doit aussi l’ouvrage Zemmour contre l’histoire, paru en février 2022 (juste avant Le Puy-du-Faux, voilà des auteurs prolixes, dévoués à la cause politique). Un ouvrage paru, lui aussi, bah voyons, en pleine campagne présidentielle. Un autre pamphlet qui, cela ne s’invente pas, est édité dans la collection « Tracts » de Gallimard. Sachant que l’ouvrage (pardon, le « Tract ») fait… 64 pages, auxquelles il faut soustraire la garde et le sommaire, et qu’ils ont eu besoin d’être douze pour accomplir ce devoir citoyen, cela donne une copie double à peine par prof d’histoire, moins long à pondre qu’un discours de Mélenchon à subir….
Mélenchon, justement : Mathilde Larrère en est l’un des plus fervents soutiens, après être passée par le Parti de gauche. Pour elle, l’histoire est ni plus ni moins un instrument politique. Mathilde Larrère soutient que “dire que l’histoire est neutre, c’est une grande arnaque pour faire passer une histoire de droite”. Autrement dit, elle assume parfaitement construire une histoire politisée, destinée à servir ses idéaux politiques. On imagine aisément ce que la donzelle pense de la monarchie, ou de l’empreinte du christianisme sur l’Occident. Si elle avait vécu aux époques dont elle parle, et se prétend experte, c’est du côté des barbares et des envahisseurs païens qu’elle aurait planté sa tente…
La religion chatouille aussi Guillaume Lancereau, spécialiste auto-proclamé de la Révolution Française. On sait quelle culotte il n’aurait pas porté pendant la Terreur. Interrogé sur le film par l’émission Quotidien (TMC), qui l’a emmené à une avant-première, il s’étonne face caméra qu’il “n’y ait pas d’autre religion que la religion catholique dans le film”. On admire l’expert, qui ignore quelles régions étaient protestantes dans la France du XVIIIe siècle… Un peu plus au sud Guillaume, un peu plus au sud ! Ou bien alors peut-être souhaitait-il que Puy du Fou Films ajoute des guerriers bouddhistes ou hindous, bardés de breloques et de boucles d’oreilles improbables, à son image ?
Cueilli devant le cinéma, notre ami Guillaume ne trouve rien d’autre à reprocher au film que l’omniprésence de la religion catholique. À tel point qu’il se surprend même à déclarer à la caméra de Quotidien “qu’on n’est pas dans un discours qui falsifie l’Histoire. C’est un discours qui raconte à partir d’éléments relativement vrais l’histoire qu’il a envie de raconter, l’histoire du peuple éternel de Vendée qui se serait dressé pour ses valeurs éternelles, la Royauté d’un côté, la religion catholique de l’autre”. Sous le charme du film, le jeune Guillaume est.
Des « historiens » jaloux du succès du Puy du Fou
« Quand on paye 15 euros des expertises au tarif d’une femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage », dénonçait le psychologue Jean-Luc Viaux au procès d’Outreau. Quand on demande à des militants de la gauche radicale déguisés en profs d’histoire et en universitaires de pondre un bouquin visant à démontrer que le Puy du Fou prêche le faux, on obtient un salmigondis d’idées reçues, de jugements à l’emporte-pièce et de démonstrations bancales. Le tout largement badigeonné d’aigreur, teintée d’admiration. Nos experts se sont en effet rendus deux jours sur le Parc, et en sont revenus avec « des étoiles plein les yeux» (déclaration à StreetPress). Et même, jaloux, au dernier stade (ce qui n’est jamais bon pour écrire sereinement sur un sujet…) « parce que c’est très réussi et très jouissif», confesse Mathilde Larrère !
Et de rêver de faire un contre Puy du Fou, Guillaume Lancereau « proposant un spectacle qui contiendrait les circulations transculturelles et géographiques au tout début de la modernité ». Rien qu’à lire le synopsis, on trépigne d’impatience. Ce monument, quand le visite-t-on ? En définitive, que Libération, Télérama ou encore Le Monde aient recours à un quarteron de Mousquetaires sans panache, pour tenter d’égratigner Vaincre ou Mourir, en en faisant la seule et unique source du fiel de leurs articles n’est finalement que de très logique. Et jouissif…
Il ne faut pas constitutionnaliser l’IVG, parce que « le droit » à l’avortement qui n’est nullement remis en cause, ne saurait, en aucun cas, être une « valeur ».
Faut-il inscrire un droit à l’avortement dans la Constitution ?
En attendant le vote conjoint des députés et des sénateurs, le 1er février, une conférence avait été organisée, pour répondre à cette question, ce vendredi, au Sénat, par le sénateur Ravier et le juriste Grégor Puppinck, directeur de l’ECLJ. Les orateurs traitèrent le sujet sous des angles différents : politique, juridique, social, philosophique. Précisant qu’elle ne se faisait l’avocate d’aucune cause partisane, Madame Le Pourhiet, universitaire, agrégée de droit public, vice-présidente de l’Association française de droit constitutionnel, envisagea la question sous l’angle juridique et à l’aune de « la qualité de notre droit ». Un exposé qui dissipa nos ignorances en la matière.
Une décision qui fait suite à une affaire américaine
Après avoir rappelé que la Constitution, dans ce grand pays de légistes qu’est la France, est le Contrat social de la nation, avec sa logique intellectuelle, sa cohérence, ses postulats juridiques fiables, le professeur retourna les arguments erronés, invoqués pour justifier cette constitutionnalisation.
Le premier se déduisait de l’exemple offert par l’affaire américaine de l’arrêt Roe vs Wade du 24 juin 2022. Mal compris dans son contexte, cet argument fut ensuite importé, en France, et instrumentalisé, alors que la « défédéralisation » de la question de l’avortement dont il était question, avec cette affaire, ne concernait en rien la France dont le régime politique et juridique n’est aucunement fédéral.
Le deuxième point, selon le professeur, est l’inutilité juridique de cette proposition « portant sur l’effectivité juridique de la loi. » La loi de l’IVG se rattache à la liberté, visée par l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme, à concilier, avec le principe, tout autant constitutionnel, de sauvegarde de la dignité de la personne humaine tel qu’on le lit dans l’article 16 du Code civil : « la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de la vie. » Dans le cas de l’IVG, que faudrait-il faire, dit Madame Le Pourhiet, de cet article issu de la loi Veil ? Y lire son abrogation ? La liberté, on le sait, n’existe pas de manière absolue : c’est à la loi d’en fixer des bornes, comme à l’exercice de tous les droits naturels. Pour rendre possible cette proposition de loi sur l’IVG, c’est-à-dire ne pas assigner de limite au droit de l’IVG, il faudrait écrire, noir sur blanc, non des principes vagues que la jurisprudence peut modifier mais « fixer l’exercice de cette liberté et son contenu, toutes précisions susceptibles de brider, par la lettre, la Constitution ». Dernière hypothèse : faudrait-il mettre l’IVG dans un chapitre à part ? Mais tel n’est pas le rôle d’une Constitution.
Troisième point : où écrire cette liberté nouvelle ? Dans le titre 7 consacré à l’autorité judiciaire ? Après l’article 66 alinéa 1 sur la peine de mort ? En attendant le 66, alinéas 3 et 4 sur la corrida et l’euthanasie ? Après le droit à la vie, le droit à l’avortement ? Décidément, dit Madame Le Pourhiet, tout cela manquait singulièrement de cohérence logique, « témoignant plutôt d’une erreur d’appréciation, d’une rédaction bâclée, bref d’un militantisme constitutionnel peu propre à notre tradition de juristes. » Portalis et Carcassonne devaient se retourner dans leur tombe.
Dernier point : cette proposition de loi contrevient à l’esprit de nos lois, leur philosophie, marqué par l’humanisme de 1789. Notre conception transcendante du droit, « née d’un lent accouchement », affirme la spécificité de la dignité de l’être humain et son caractère sacré. Que devient cette conception transcendante de notre droit ? Nul doute que ce ne soit cette transcendance qui explique la gêne des promoteurs de cette de loi. Comment peut-on, en effet, concilier la dignité inaliénable de la vie humaine avec la suppression d’une vie humaine ?
Et Madame Le Pourhiet de conclure : depuis une décennie, la chose commune qu’est la République, tend à devenir, sous l’influence de la common law anglo-saxonne, une privatisation de la chose publique. La Constitution, un self service normatif obéissant au clientélisme : quel gouvernement ne propose une révision de la Constitution ? Depuis deux décennies, notre droit est passé de la verticalité à l’horizontalité, « de la majesté gaullienne à l’étroitesse domestique ».
L’Etat de droit est devenu, pour reprendre le juriste Carcassonne, « un État des droits ».
Que conclure après avoir écouté cet exposé ? Que « le droit » à l’avortement qui n’est, rappelons-le, nullement remis en cause, ne saurait, en aucun cas, être une « valeur » ni entrer dans la Constitution.
Mardi 31 janvier, second round des protestations contre le projet de loi visant à repousser à 64 ans l’âge de la retraite. Notre chroniqueur comprend mal la fixette syndicale sur un âge de cessation d’activité qui dans les faits est déjà largement fictif.
J’avoue avoir du mal à comprendre cette volonté de défendre coûte que coûte un départ à la retraite à 62 ans.
En fixant à 43 annuités la durée de cotisation nécessaire pour avoir une retraite à taux plein, la loi Touraine du 18 décembre 2013, promulguée le 14 janvier suivant, et entrée en vigueur en 2020, a réglé la question : vu l’allongement des études, qui implique que personne actuellement et davantage encore à l’avenir n’entre sur le marché du travail avant 23 ans, une addition toute simple nous amène à considérer que personne, parallèlement, ne sera à la retraite avant, au mieux, 66 ans.
Mémé-tresse
Et encore, en supposant que l’on a travaillé de façon ininterrompue pendant ces 43 ans. Ce qui est de moins en moins vrai, dans un pays où plus de 30% des plus de cinquante ans est au chômage, et ce sera dans le futur tout à fait exceptionnel. Quant à l’idée de racheter les trimestres non effectués, c’est une pure fiction, dans un pays où les salaires courent en vain derrière l’inflation. À part pour une extrême minorité de cadres supérieurs et de hauts fonctionnaires, qui dans leur majorité n’aspirent pas à partir à 64 ans, mais se voient bien continuer à travailler puisqu’ils se jugent indispensables…
Prenons l’exemple d’un enseignant. Il est aujourd’hui recruté à Bac + 5 — soit 23 ans, à condition qu’il ait tout réussi du premier coup : et malgré la mansuétude des jurys et la facilité des concours de Professeur des écoles ou de Certifié, c’est loin, très loin d’être le cas. Alors, oyez, oyez, ô chers collègues : vous qui vous plaignez parfois après quelques mois d’enseignement, vous voici partis pour 43 ans — soit une retraite complète à 66 ans dans le meilleur des cas. Regardez bien vos élèves, ils seront quinquagénaires lorsque vous pourrez faire valoir vos droits à une concession rapide au cimetière le plus proche. Et on vous appellera mémé-tresse…
Quoi qu’on dise de l’écart théorique entre la France et les pays voisins qui ont tous des régimes différents que l’UE ne cherche même pas à harmoniser parce que de fait elle est identique, la réalité des faits est la même. Les Français en moyenne partiront au même âge que les Allemands, qui vers 2031 seront à la retraite à 67 ans. Comme aux Pays-Bas.
Partout en Europe les législations ont évolué en fonction de l’allongement de l’espérance de vie. Il s’agit de maintenir la durée de versement des retraites au même niveau — disons en moyenne une douzaine d’années, quatre ou cinq ans de plus pour les pensions de réversion. C’est tout à fait soutenable. La fiction bien française selon laquelle la retraite est une seconde vie est justement cela — une fiction.
La trouille de la mort
Comment se fait-il que l’on proteste tant contre le relèvement de l’âge de départ, alors que nous n’avons pas entendu les syndicats hurler en 2013 ? Ça ne peut pas être parce qu’alors, c’était la gauche qui était au pouvoir, quelle mauvaise pensée…
La solution la plus évidente serait d’instaurer un système de retraite à la carte. J’ai été assez dépité de devoir quitter mes élèves à 67 ans, après 49 ans de cotisation. Je me sentais bien d’enseigner encore trois ou quatre ans. Mais je reconnais que nombre de mes collègues — et c’est la même chose dans la plupart des professions — sont complètement grillés à 60 ans, et passent les dernières années à psalmodier des cours usés jusqu’à la corde. Le surplus volontaire des uns pourrait compenser le départ des autres, chacun s’éclate comme il l’entend. Et j’entends très bien que certains travailleurs manuels sont usés à 50 ans. Qu’ils prennent alors de plein droit une retraite où ils jouiront de leur pension au prorata de ce qu’ils auront cotisé — le gouvernement s’engageant, comme il le fait en ce moment, de garantir un montant en dessous duquel on ne pourra descendre. Par exemple les 600 euros que Benoît Hamon prévoyait dans son système de revenu universel…
L’épopée de Hamon aura au moins appris au PS ce qu’il en coûte de bourrer les urnes — mais non, il n’a rien appris !
En définitive, c’est probablement la crainte de la mort — inéluctable, je ne vous apprends rien — qui est le moteur de ces protestations. Vivre, vivre enfin en attendant que la Camarde toque à la porte. Signe indubitable que trop de gens font un métier qui ne les passionne pas, et attendent impatiemment le jour où ils auront le droit de regarder le temps qui passe — et la faux qui se rapproche. Que n’ont-ils vécu durant leur vie ! Carpe diem, camarades — et cessez de gémir : c’est un sport national qui prend des proportions dantesques, chacun trouvant matière à se plaindre. Prenez du plaisir avant la retraite — car je vous le dis, quand vous aurez cessé de travailler, quand les rhumatismes, l’arthrose et autres désagréments invalidants se rappelleront chaque matin à votre bon souvenir, ce sera une plus ou moins longue glissade vers les planches de sapin de notre destin commun.
À Stockholm, Henrik Vinge, leader des Démocrates de Suède au parlement, entend lancer une campagne internationale invitant les migrants à rester chez eux. Analyse.
Il y a quatre mois, la droite remportait les élections législatives en Suède, avec le soutien des Démocrates de Suède, une sorte de Rassemblement national nordique. Le parti, qui avait obtenu 20% des suffrages, n’est pour l’instant pas représenté dans le gouvernement mais son soutien est nécessaire pour que tienne la coalition conservatrice.
Message anti-immigrationniste diffusé par le gouvernement australien D.R.
L’exemple australien
Au moment même où le pays d’Ikea vient de récupérer la présidence tournante de l’Union Européenne, la formation droitière semble peser de tout son poids sur la ligne du gouvernement puisque Maria Malmer Stenergard, la ministre de la Migration et Henrik Vinge, leader des Démocrates de Suède au Parlement, viennent d’annoncer le lancement de campagnes de sensibilisation visant à décourager les migrants de s’installer dans le pays.
Ces campagnes de sensibilisation seront adressées notamment aux ambassades étrangères en Suède. Elles pourraient ressembler aux campagnes lancées par l’Australie, qui avaient fait un peu de bruit au milieu des années 2010. Sous l’impulsion du premier ministre Tony Abbott, le pays avait très largement diffusé le message (en Iran, en Afghanistan, au Sri Lanka et au Vietnam notamment) selon lequel les garde-frontières n’iraient pas repêcher les migrants clandestins.
Le « modèle » australien a été plusieurs fois loué par Marine Le Pen. Eric Zemmour en avait aussi fait cas à l’automne au moment de l’affaire de l’Ocean Viking. Le message très ferme a sans doute contribué à réduire drastiquement le nombre de boat people et de drames humains au large de l’Australie. Cette communication a été accompagnée par une politique de « sous-traitance » de la rétention des demandeurs d’asile dans des îles voisines (Nauru, Papouasie Nouvelle-Guinée), Le Monde précisait au prix de combien d’entraves au droit international cette politique australienne était appliquée et combien elle était inapplicable en Europe… Depuis, et malgré les critiques émises par Amnesty International contre l’Australie, le centre-gauche danois et le Royaume-Uni de Boris Johnson se sont largement inspirés de cette sous-traitance de la rétention, assurée par le Rwanda.
Éric Zemmour : «L’Australie a dit qu’elle n’accueillerait jamais aucun bateaux venus d’Indonésie. C’est la politique la plus humaniste qui soit, car si les migrants savent qu’ils ne sont plus accueillis ils ne prendront plus le bateau», dans #Faceabockcotepic.twitter.com/T56sWcv0Tm
Pays presque aussi vaste que la France métropolitaine mais peuplé comme le Portugal, la Suède est devenue au fil des décennies une terre d’asile, très sensible à la question des droits de l’homme. Hongrois, Tchécoslovaques, Chiliens y ont trouvé refuge pendant la guerre froide. Les guerres de Yougoslavie, la déstabilisation du Moyen-Orient ont entraîné d’autres vagues migratoires, plus massives. Désormais, 20% de la population du pays est née à l’étranger, alors que cette proportion s’élève à 11% dans l’ensemble de l’Union Européenne. Limitée à 2% au début des années 2000, la population non-occidentale est passée à 15%.
Lors de la crise migratoire de 2015, c’est la Suède qui accueillit le flux migratoire le plus massif. Outre les liens traditionnellement forts avec les autres pays nordiques, ce sont désormais des populations venues d’Iran, d’Irak, d’Afghanistan, de Somalie et d’Erythrée qui alimentent les flux migratoires. Cette poussée migratoire a des effets sociologiques non négligeables : quand on s’intéresse au sex ratio du pays, c’est-à-dire la proportion d’hommes et de femmes dans une même population, on s’aperçoit que la Suède comptait en 2016 123 hommes pour 100 femmes (un déséquilibre peut-être pas sans lien avec l’accumulation de faits divers sordides qui ont touché le pays).
À deux doigts d’imiter la gauche danoise
Car malgré la bonne volonté au départ d’une population autochtone réputée pour sa tolérance (pour ne pas dire ses aspirations wokistes) et les largesses de la social-démocratie suédoise, c’est un constat d’échec qui est fait, y compris par le précédent gouvernement de gauche. En avril dernier, le pays a été touché par une quinzaine de jours d’émeutes à la suite de la visite d’un leader politique danois provocateur, Rasmus Paludan. Dans des quartiers populaires, des hommes mais aussi des femmes et des enfants se sont attaqués à tout ce qui pouvait représenter l’autorité de l’État suédois, à coup de jets de pierre contre les policiers et les pompiers et d’incendies de voitures. La première ministre de centre-gauche de l’époque, Magdalena Andersson, dressait un tableau national peu réjouissant, à base de criminalité juvénile, de violences entre gangs mafieux et d’islamisme triomphant. Grande ville du Sud du pays, Malmö a vu se multiplier les actes antisémites, bien souvent commis par de jeunes hommes du Moyen-Orient. Depuis les élections de septembre, la Suède s’attire les foudres des médias occidentaux, alors qu’elle aura cru aussi longtemps que possible (et notamment en 2015) à son idéal d’accueil. En réalité, la droite suédoise n’est jamais que sur le point d’imiter la politique de la gauche danoise, qui a, elle, su rester au pouvoir lors des législatives de 2022, en appliquant la politique migratoire la plus drastique d’Europe de l’Ouest et en reléguant les partis divisés de la droite « populiste » à 10%.
Le 25 janvier 2023, le Marocain Yasin Kanza a attaqué l’église de La Palme, à Algésiras, et tué le sacristain Diego Valencia qui tentait de le raisonner. L’assassin avait déjà été expulsé de Gibraltar en 2019. Cet attentat ravive les polémiques dans les partis politiques espagnols quant au rapprochement à faire ou non entre islamisme et immigration.
Attaque en plein cœur de la cité
Peuplée d’environ 122 000 habitants, la ville espagnole d’Algésiras, située dans la province de Cadix (Andalousie), fait généralement peu l’actualité nationale outre-Pyrénées. Ce mercredi 25 janvier 2023, cependant, elle a défrayé la chronique en raison d’une attaque de nature terroriste perpétrée par un certain Yasin Kanza. Il a en effet tué un homme et blessé quatre autres personnes.
La scène a eu lieu vers 19 heures, au sein de l’église de La Palme, où l’assassin a pénétré alors que s’achevait la cérémonie de l’eucharistie. Il a renversé des images pieuses, des crucifix et des cierges puis s’est mis debout sur l’autel. Lorsque le sacristain du temple, Diego Valencia, a demandé au terroriste de descendre et de partir, il s’est dirigé vers lui pour lui ôter la vie. Yasin Kanza a ensuite quitté les lieux puis a été maîtrisé dans la rue par des agents de la police locale, qui l’ont remis à leurs collègues de la police nationale.
L’enquête policière
Le domicile du tueur, qui se trouve non loin de l’église en question, dans le cœur historique d’Algésiras, a été fouillé par une brigade spécialisée en terrorisme. C’est que l’homme, s’il n’avait pas d’antécédents judiciaires, était étroitement surveillé depuis quatre jours. Son comportement paraissait de plus en plus suspect aux yeux de la police, qui n’a toutefois pas pu l’empêcher de passer à l’acte – acte durant lequel il n’a pas fait mystère de ses motivations fondamentalistes.
D’origine marocaine, Yasin Kanza vivait illégalement en colocation avec deux autres hommes mais résidait malgré tout sur le territoire espagnol. Expulsé de Gibraltar en 2019, il s’est ensuite installé chez notre voisin pyrénéen, où une procédure administrative d’expulsion a été mise en œuvre contre lui. L’actuelle législation espagnole en la matière est lente lorsqu’il s’agit d’étrangers en situation irrégulière n’ayant commis ni crime, ni délit – et, dans ce cas de figure, la justice ne peut les placer en détention préventive. Selon ses colocataires, Yasin Kanza avait un comportement de plus en plus inquiétant et dangereux : il consommait de la drogue, avait des accès de paranoïa et avait déjà menacé les autres habitants de l’appartement. Son état semblait empirer au cours des derniers jours, puisqu’il affirmait voir le diable en apparition.
Les forces de l’ordre cherchent encore à déterminer s’il s’agit d’un loup solitaire ou s’il a récemment rejoint une organisation terroriste. C’est ce qui explique que son incarcération ait été prolongée avant qu’il ne soit remis aux mains de la justice.
Une rapide polémique idéologique
Il n’aura pas fallu longtemps aux médias espagnols pour s’emparer de l’affaire et lancer des polémiques à son sujet – d’autant que les réactions politiques ont été conformes à ce que l’on pouvait imaginer. D’un côté, la droite « radicale » de Vox soutient qu’il s’agit d’une preuve supplémentaire du caractère néfaste de l’immigration incontrôlée, tandis que la droite classique du Parti populaire (PP) veut prendre ses distances avec une semblable thèse. Son président, Alberto Núñez Feijóo (qui est aussi chef de l’opposition à l’actuel gouvernement de gauche), souhaite en effet dissocier les deux phénomènes – islamisme et immigration.
De l’autre côté, la coalition de gauche « radicale » Unidas Podemos se montre discrète à ce sujet, d’autant que le gouvernement dont elle fait partie exécute moins de 3 % des ordres d’expulsion qui lui sont confiés. Le ministre de l’Intérieur, le socialiste Fernando Grande-Marlaska, s’est donc vite retrouvé sous le feu des critiques. D’ailleurs, la presse de droite ne s’est pas privée de rappeler que 95 % des immigrés clandestins sous le coup d’une mesure de départ forcé restent sur le territoire national.
Ni le président du cabinet en place au niveau national, Pedro Sánchez (Parti socialiste ouvrier espagnol), ni aucun ministre n’a fait le déplacement pour les obsèques de Diego Valencia, ce qui traduit la gêne que suscite l’événement chez beaucoup. Le PP exige désormais la tenue d’une nouvelle réunion du pacte transpartisan anti-terrorisme, alors que 79 djihadistes sont déjà emprisonnés outre-Pyrénées. Une ambiance de pré-campagne électorale règne clairement en Espagne car un scrutin régional et municipal devra avoir lieu en avril-mai prochain, tandis que les élections générales se dérouleront à la fin 2023. L’attentat d’Algésiras marque par conséquent un pas de plus dans la polarisation idéologique du pays.
Une ville au contexte particulier
Quant aux médias espagnols, ils s’intéressent à Algésiras, célèbre pour sa conférence coloniale de 1906, ses bâtiments de style Belle Époque, son caractère cosmopolite de longue date… mais aussi son déclin économique sur les dernières années, dans un cadre difficile pour une bonne partie de la province de Cadix. Dirigée par un maire issu du Parti populaire (José Ignacio Landaluce) depuis 2011, la commune vit aujourd’hui le défi de l’intégration d’une partie de ses habitants étant donné que des ressortissants de près de 120 pays vivent sur place. Plus de 8,3 % des citoyens d’Algésiras sont des étrangers qui y résident légalement. Même si les locaux ne manifestent généralement pas de méfiance à leur égard, l’attentat du 25 janvier créera peut-être des tensions. Le taux de chômage élevé dans la ville (il atteignait 27,64 % de la population active en décembre 2022) ne contribuera pas non plus à améliorer les choses.
En attendant, les réactions partisanes se poursuivent. La fédération andalouse de Vox a ainsi demandé au gouvernement régional (dirigé par la droite classique de Juan Manuel Moreno) d’éliminer toutes les aides qu’il verse aujourd’hui aux immigrés illégaux. De quoi chauffer l’ambiance avant les prochaines échéances électorales…
Après le terrible attentat qui a coûté la vie à sept civils israéliens vendredi soir, alors qu’ils sortaient de la synagogue dans un quartier du nord de Jérusalem, les condamnations ont été unanimes. Mais, dans ce concert de condamnations, une voix s’est fait remarquer: celle de la France…
Les dépêches de l’AFP ont ainsi désigné le quartier juif de Névé Yaakov comme une « colonie » ou comme un « quartier de colonisation juive » à Jérusalem-Est, alors même que la localité a été fondée en 1924, bien avant la création de l’OLP et l’invention du narratif de « l’occupation des territoires palestiniens ».
Mais il y a pire encore que cette erreur géopolitique. Comment faut-il en effet interpréter le communiqué du ministère français des Affaires étrangères, appelant « toutes les parties à éviter des actions susceptibles d’alimenter l’engrenage de la violence » ? Le président Emmanuel Macron a utilisé la même rhétorique, en tweetant : « Je pense aux victimes de l’attaque perpétrée hier contre une synagogue à Jérusalem, à leurs proches, et au peuple Israélien. Ferme condamnation de cet acte odieux. L’engrenage de la violence doit être évité à tout prix » (In cauda venenum…)
Un quai d’Orsay traditionnellement pro-arabe, un Elysée autrefois plus nuancé
Autrefois – dans les années 1990 – on avait coutume d’expliquer que le quai d’Orsay était « traditionnellement pro-arabe », tandis que l’Elysée était plus mesuré envers Israël. De telles distinctions n’ont visiblement plus cours aujourd’hui. Parler d’« engrenage de la violence » quand un terroriste palestinien assassine de sang-froid des fidèles juifs sortant d’une synagogue est indécent, à moins de considérer qu’ils sont des cibles légitimes. Mais la diplomatie française peut au moins se vanter de faire preuve de constance dans son indécence, au sujet du conflit israélo-arabe.
Pas plus tard que jeudi dernier, veille de l’attentat à Jérusalem, on apprenait en effet que la France avait demandé une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU pour condamner Israël, coupable aux yeux du quai d’Orsay d’avoir mené une opération anti-terroriste à Djénine ! Les deux autres pays qui ont prétendu faire condamner Israël aux côtés de la France n’étaient autres que la Chine et les Emirats arabes unis, alliés pas très fréquentables en matière de politique étrangère.
La position française dans le conflit israélo-arabe et israélo-palestinien n’est pas nouvelle. Elle est presque aussi ancienne que le conflit lui-même. Ce qui est nouveau, c’est le fait que la rhétorique indécente du quai d’Orsay – qui met sur le même plan les victimes israéliennes du terrorisme et les terroristes palestiniens abattus dans une opération préventive de Tsahal – ne suscite plus aucune indignation et passe pour ainsi dire inaperçue.
Les Français, eux, savent à quoi s’en tenir
L’amiral Michel Darmon, ancien président de l’Alliance France Israël, avait coutume de distinguer la « France réelle » de la « France officielle ». Cette dernière peut en effet condamner Israël et faire preuve de compréhension envers le terrorisme palestinien. Mais les Français, dans leur immense majorité, savent bien à quoi s’en tenir. Ils savent bien que les terroristes qui tuent des Juifs à la sortie des synagogues à Jérusalem sont motivés par le même fanatisme et la même haine que ceux qui assassinent des Français attablés à un café à Paris, ou qui égorgent et tirent dans la foule à Lyon et à Nice.
Prétendre convoquer le Conseil de Sécurité pour condamner une opération antiterroriste d’Israël (dont la nécessité a été tragiquement confirmée quelques heures plus tard par l’attentat de Jérusalem) est un acte politique grave. Autrefois, quand la voix de la France avait encore quelque poids au Moyen-Orient, un tel acte aurait suscité une condamnation de la part d’Israël, et sans doute une protestation et des manifestations des amis d’Israël en France. Aujourd’hui, une telle attitude ne suscite plus que l’indifférence. Sans doute sait-on à Jérusalem qu’il n’y a plus grand chose à attendre de la diplomatie française concernant Israël. La France tiers-mondisée n’est plus que l’ombre du grand pays qu’elle fut jadis. Elle n’a plus depuis longtemps de politique extérieure au Moyen-Orient, elle n’a plus qu’une politique intérieure. Ses condamnations rituelles d’Israël et ses appels à enrayer « l’engrenage de la violence » n’ont en réalité qu’un seul objectif : ne « pas désespérer » l’islam des banlieues.
Il y a un virus bien plus dangereux que ceux qui peuvent nous infecter et nous affecter sur le plan sanitaire. Lui, il touche l’esprit, bat en brèche le bon sens et confond le sublime de l’art avec le réalisme le plus plat.
La ministre de la Culture Rima Abdul Malak, à la parole rare et après avoir concédé une fois à la dénonciation obligatoire du RN qui serait forcément un ramassis d’incultes, a, dans ses vœux du 16 janvier, souligné sa volonté de préserver le modèle français et donc de « lutter contre les assignations identitaires et la cancel culture ». Incidemment j’espère que son projet à plus d’un titre souhaitable pourra s’articuler correctement avec les velléités du ministre de l’Education nationale, plus mou sur ces principes et ces interdits.
Une dérive grave nous vient des Etats-Unis, qui semblent de plus en plus oublier le rôle symbolique de l’art et son caractère universel. Faute de quoi il tomberait dans un communautarisme constituant une régression absolue.
Des approches délirantes menacent l’art de mort
Par exemple, une rétrospective du peintre Philip Guston (1913-1980) a été reportée, de 2020 à 2022, par trois musées américains et la Tate Modern de Londres parce que certaines de ses toiles représentant le Ku Klux Klan de manière pourtant défavorable, risquaient d’offenser les Noirs. Au fond Guston n’avait pas le droit de se mêler d’une lutte qui ne devait concerner que la communauté de couleur. Une telle approche est délirante, qui enfermerait la morale et les révoltes et stigmatisations qu’elle prescrit dans le pré carré d’un camp exclusivement racial.
On avait déjà connu les méfaits d’un révisionnisme des grandes œuvres, soit par un plaquage absurde de notre humanisme d’aujourd’hui sur la beauté du classicisme d’hier, soit par la suppression ou la modification de certains passages en contradiction par exemple avec le féminisme militant actuel. Qu’on se rappelle sur ce point la dénaturation de la fin de Carmen ! Mais l’aberration, d’autant plus perverse qu’elle est imprégnée de bonne conscience, va beaucoup plus loin dorénavant: une tentative de mise à mort de ce que sont l’art, la comédie et le jeu des acteurs. Comment qualifier autrement le fait qu’un transgenre ne puisse être joué que par un transgenre, un homosexuel par un homosexuel ? Le contraire constituerait une marque d’irrespect à l’égard du genre du personnage… Comme si le propre du théâtre, du cinéma, n’était pas précisément de permettre à une personnalité talentueuse de se glisser dans la peau d’un être parfois aux antipodes d’elle pour démontrer l’étendue de son registre et la qualité de son interprétation…
« Il n’est pas question de restreindre(…) la liberté d’interpréter tel ou tel rôle » a déclaré la ministre. Cette conception libre de l’art dramatique s’inscrit « dans la ligne du philosophe Ruwen Ogien distinguant l’offense du préjudice ». Selon lui, « un créateur peut offenser mais ne peut pas nuire ».
Cette piste profonde devrait être généralisée à la liberté d’expression entendue globalement pour faire admettre que celle-ci ne peut pas être blâmée au seul prétexte qu’elle va causer inéluctablement des dommages, des préjudices. En effet ce serait la réduire trop puisque penser vraiment ne peut pas engendrer que de la douceur chez ceux qui lisent ou écoutent.
En ce sens je suis en désaccord avec ce qu’énonce la philosophe Carole Talon-Hugon pour qui « la liberté d’expression a des limites fixées par la loi, et le caractère fictionnel ne change rien à l’affaire ». Alors qu’au contraire il peut tout changer sauf à considérer que la fiction est vouée à n’être qu’un champ de roses !
Tom Hanks regrette d’avoir tourné dans «Philadelphia»
Je regrette, par ailleurs, que cet acteur si remarquable qu’est Tom Hanks, au nom d’une bienséance et d’un extrémisme tout américains, ait été gangrené à son tour puisqu’il a déclaré qu’aujourd’hui il n’aurait plus accepté le rôle de l’homosexuel atteint du sida dans Philadelphia (1993) à cause de « l’inauthenticité d’un hétéro jouant un gay » et sans doute du refus de plus en plus affiché de beaucoup d’homosexuels de se voir représentés par des acteurs ne l’étant pas.
Cette évolution est catastrophique qui vise à abolir la distance entre ce qui est et ce qui est joué et, étouffant la fiction sous un réel sans horizon, réduit le spectacle à une copie conforme de ce qu’il est convenu d’appeler « la vraie vie » sans la magie de l’art qui la rend encore plus vraie que nature. Imaginons, si on continuait à suivre cette pente suicidaire, ce que pourraient devenir les spectacles, l’art, la littérature et la culture de demain. Non plus une transfiguration, une recomposition, un approfondissement du réel, le droit à l’imagination et au second degré, le génie de quelques-uns de savoir sublimer ceux qu’ils ne sont pas, le bonheur ou la douleur bienheureuse de la représentation d’un monde à la fois si lointain mais si proche, non plus de la magie, non plus de la poésie dans toutes ses facettes mais de la prose, la pire qui soit: celle qui plagie le réel et, trop vertueuse, meurt sous lui.
Dix-huit mois. Une double grossesse. Une double faute à venir. Qui peut croire aujourd’hui que Paris peut demain accueillir des millions de personnes dans la sécurité et la dignité dues aux grandes communions universelles ? Par quel miracle ce pays exsangue va dissimuler au reste du monde les décombres de son déclin ?
Les J.O. dans un pays en guerre. Macron a beau tortiller des lombaires pour ne pas livrer son char Leclerc, le vice-président de la Douma a tranché pour lui. Dans le vif. La France est selon lui entrée en guerre. La France est notre ennemie. Ce jeu de dupes diplomatique ne pouvait plus résister à l’épreuve du temps. Et surtout des faits. Comme tous les experts militaires parient sur une guerre longue, on peut anticiper sur l’attractivité de Paris dans dix-huit mois. Paris à deux heures du front. Paris à trois gestes barrières des lance-missiles russes. Une perspective qui incite plus à aller siffler là- haut sur la colline du crack et faire zaï-zaï-zaï-zaï, qu’à mettre un short pour courir ou sauter après une médaille. Et cette croix orthodoxe de Zelensky qui s’empare déjà de l’organisation. Il ne veut pas voir un athlète russe ou bélarusse lancer un javelot ou un os au chien. Après une année à pratiquer le petit bonhomme en moussaka, on imagine que dans un an il faudra passer par lui pour récupérer les accréditations. Bref, la guerre s’habille en aigle noir et ondule les ailes chargées de menaces sur les toits de Paris. Zaï- zaï-zaï-zaï…
Les J.O. dans un pays en guerre sociale. Quel que soit le résultat du bras de fer entre Macron et la rue, le reste du quinquennat est condamné à se consumer dans un climat délétère. Pour lutter contre les déserts médicaux la Sécu organise des ponts aériens. Après avoir inventé le médicament générique, elle invente le toubib rechapé. De bons vieux docs à la retraite, sortis de leurs canapés pour aller faire des piges dans le rural. Dans ce contexte tiers-mondiste, si un pangolin éternue au Stade de France pendant la finale du 100 mètres, c’est chaud. Une émeute dans un pays à l’os sans Doliprane. Au moment des Jeux la pression sociale sera maximale. Les syndicats pourraient être tentés de se refaire la queue de cerise. A la RATP avec un préavis on pourra tâter du parachute doré. Macron sera dans un état de surexcitation haut-débit. Rien ne doit gâcher les Jeux de Cesarino. Alors il dira au Schpountz de céder sans négocier. À qui? Au Schpountz. Jean Casseutexeu. Avec son charisme de contrôleur, il a fini patron de la RATP. Chic planète, dansons dessus.
Les J.O. au pays de Coubertin. Pédophiles, vieux pervers lubriques, escrocs à poils courts, coachs vicieux au cuir épais, welcome dans les douches du Sport français. Pour la première fois une ministre s’est vraiment mise au boulot. Putain le chantier. Un Vatican. Allons enfants… Buvez comme des trous, fumez comme des centrales à charbon et fuyez le sport qui nuit durablement à la santé et au fair-play.
Les J.O. au pays de Darkmanin. Pour rassurer les sujets du Roi, le Dark de la Champion’s League est toujours aux manettes de la Sécurité. Débarrassé du préfet Lallemant et sa casquette XXXL de carnaval, il est prêt à affronter tous les dingos de la planète qui vont essayer de se refaire la barbe sous les projecteurs des Breaking News. Problème, il échoue régulièrement dans tout ce qu’il entreprend. Et pas seulement face aux cadors du crime. Devant des zombies en manque, des clandestins mineurs, un imam de la fête à Neuneu. Bref, prions…
Les J.O. au pays des rats d’Hidalgo. Cerise sur le bateau mouche,des centaines de milliers de touristes, des rêves glamour d’Emilie in Paris plein les hublots, vont, au réveil, tomber de l’avion par les toboggans. Le comité d’accueil des rats de la manade Hidalgo au garde à vous sur le tarmac. Gras comme des porcs andalous, collants comme une affiche de Dupont-Aignan, ils sont chargés de mission pour injecter un peu de réalisme à la fiction.
Le terminus des prétentieux. Un état des lieux aussi cauchemardesque ne condamne pas à l’inaction. Les pouvoirs publics pouvaient organiser un Intervilles, des courses de vachettes ou un Salon International de la découpe en bois des Iles Sandwich. Non. Il leur fallait les J.O. Bonne chance.
Pour le gouvernement de l’île de la Barbade, les descendants de propriétaires de plantations blancs ayant bénéficié de l’esclavage, devront payer des «réparations». L’acteur britannique, Benedict Cumberbatch, n’échappe pas à la règle.
Sorti en 2013, le film Twelve Years a Slave raconte l’histoire de Solomon Northup, Afro-Américain vendu comme esclave dans la plantation de William Ford. L’histoire offre un rôle taillé sur mesure pour l’acteur Benedict Cumberbatch, un descendant éloigné du roi Richard III, dont la famille possédait elle-même au XVIIIe siècle une vaste plantation de 250 esclaves à la Barbade, île des Caraïbes qui a décidé en 2021 de couper ses liens historiques avec le Royaume-Uni et de prendre son indépendance. Le nouveau gouvernement a décidé de revisiter son passé tumultueux et de poursuivre les descendants des anciens propriétaires d’esclaves. Une commission d’enquête a été mise en place.
Dans son viseur, le héros de la série Sherlock. Pour David Denny, secrétaire général du Mouvement des Caraïbes pour la paix et l’intégration, l’affaire est déjà entendue : « Tout descendant de propriétaire de plantation blanc ayant bénéficié de l’esclavage devrait être invité à payer des réparations, y compris la famille Cumberbatch. » Un passé que Benedict Cumberbatch a toujours assumé. Lors de l’abolition de l’esclavage en 1833, sa famille avait été généreusement indemnisée par les autorités coloniales. Selon le Daily Telegraph, l’acteur pourrait faire face à des poursuites judiciaires afin de payer le prix de décennies de traite négrière. Il y a peu de chances que ce dossier aboutisse en dépit de la pression exercée par les associations locales du Black Lives Matter. « Je ne vois pas comment ils pourraient déposer une réclamation légale, car il faudrait sortir un titre foncier valide, et un dommage civil ne peut être hérité par les actuels descendants des esclavagistes, compte tenu notamment du délai de prescription », rappelle Luke Moffett, professeur à l’université Queens de Belfast. Face au tollé, David Comissiong, vice-président de la Commission nationale sur les réparations à la Barbade, a nié avoir porté le cas devant la justice.
L’acteur Fabrice Luchini, histrion génial, assure dans les colonnes du Parisien avoir échoué à l’examen!
Qu’on se rassure : Fabrice Luchini aimerait « être de gauche » mais il ne peut pas l’être « parce qu’il faut des qualités de supériorité morale et psychique que je n’ai pas ». Comme souvent avec Fabrice Luchini dans ses exercices médiatiques, derrière une forme de dérision, il y a de la réflexion. Dans cette saillie il y a à creuser…
D’autant plus que cela faisait longtemps que Fabrice Luchini n’avait pas été à ce remarquable niveau qui lui a permis de développer ses réponses avec brio et gravité. Sur des sujets aussi divers que le bonheur, l’amitié, son rapport avec sa fille, sa conception de l’amour, la politique, le reproche d’être un histrion médiatique, sa mère, sa sociabilité, il se révèle, sans afféterie ni comédie. Et dans une vérité d’autant plus convaincante qu’à l’évidence, il ne joue pas le rôle d’une personnalité voulant à tout prix être singulière.
Examen de conscience
C’est à cause de cette parfaite réussite de l’entretien sur le fond que sa phrase sur son inaptitude à être « de gauche » m’a frappé. Elle a le mérite de faire son chemin dans les têtes et de contraindre à un examen de conscience qui incite à chercher, derrière les convictions, s’il n’y a pas autre chose qui justifie les choix politiques.
Fabrice Luchini met l’accent sur cette perception que les tenants de la gauche auraient un air de supériorité intellectuelle et morale, comme s’ils étaient, eux, forcément du bon côté de la vie civique et de la démocratie. Il semble alors que les gens de droite, pas suffisamment assurés d’eux-mêmes, partent d’emblée avec un handicap : celui d’être désaccordés d’avec le progrès, la générosité et le partage. Il va leur manquer forcément ce qui constitue le signe éclatant de l’idéologie pour laquelle le pessimisme est une honte, le peuple un risque et le désir de sécurité une aberration.
Fabrice Luchini, à sa manière inimitable, nous déclare qu’il est évidemment trop pécheur pour oser se dire de gauche. Il se moque mais met en exergue la difficulté de tout dialogue non seulement avec un contradicteur politique, mais surtout avec le militant de gauche : point de salut en dehors de celle-ci. Le doute une tare, la nuance une hérésie, l’écoute de l’autre une dérive, la tolérance une horreur et la violence une tentation. Pour être de gauche, il faut passer un examen : est-on digne de l’être ? Montrer patte blanche et orthodoxie. La ligne, rien que la ligne. Fort heureusement, je n’ai pas cessé de faire la politique buissonnière et je n’ai jamais désiré être de gauche. Globalement. Au détail, pourquoi pas, mais alors avec modération.
Il est intéressant de regarder quels intellectuels ont donné du grain à moudre à la presse de gauche pour dézinguer le film Vaincre ou Mourir consacré à Charette et 1793…
Voir dans un même élan Libération, Télérama ou encore Le Monde se pousser des coudes, afin de désigner celui qui cracherait le plus fort et le plus longtemps sur Vaincre ou Mourir, a en réalité quelque chose de jouissif. Les traits sont tellement grossiers, les critiques tellement abjectes, que les papiers dégoulinent de bile enragée ! Leurs auteurs descendraient en ligne directe des assassins du Comité de Salut Public ou des milliers de bourreaux qui ont répandu le sang de centaines de milliers de Français, femmes, enfants innocents pendant la Terreur, qu’on n’en serait pas plus étonné.
LibérationLe MondeTélérama
La presse ne s’est pas contentée de dénigrer la qualité de « Vaincre ou mourir ». Elle accuse le film de véhiculer une idéologie, ce qui est habituellement une chasse gardée de la gauche.
C’est somme toute, logique : si, 230 ans après la Révolution, des millions de visiteurs viennent chaque année visiter le Parc du Puy du Fou, sachant pertinemment quoi y trouver, et quelle flamme du souvenir est entretenue là-bas, il n’y a rien d’étonnant à ce que quelques enragés déplorent encore aujourd’hui que l’on n’ait pas totalement exterminé les Chouans et les Vendéens, et avec eux, tous les Français courageux qui se sont rebellés contre les sanglants révolutionnaires.
Des militants politiques engagés dans la présidentielle
Mais on est en même temps peinés de voir combien ces inquisiteurs zélés manquent d’arguments. Pour tenter de faire tomber encore et encore des têtes, ils répètent en boucle, telle une litanie, ce qu’ils ont lu dans leur Bible le Puy-du-Faux (Les Arènes éditions).
Enfin, lu, probablement pas, vu les chiffres de ventes calamiteux de l’ouvrage collectif des « historiens » Florian Besson, Pauline Ducret, Guillaume Lancereau et Mathilde Larrère. Malgré le battage médiatique inégalé dont ils ont bénéficié à la sortie de Le Puy-du-Faux (16900 références sur Google !), il ne s’en est écoulé que… 6 000 exemplaires, dont une bonne moitié acquise par des militants bibliothécaires zélés. En consultant les registres de certaines médiathèques en ligne, on est à peine étonné d’apprendre que l’ouvrage n’est parfois… jamais sorti des rayons.
Rien d’étonnant à cela : en réalité, Le Puy-du-Faux n’est pas un livre d’histoire, issu d’un travail d’historiens, mais un mauvais pamphlet politique rédigé par des militants de la gauche radicale ! Florian Besson, Guillaume Lancereau et Mathilde Larrère sont en effet coutumiers du fait : on leur doit aussi l’ouvrage Zemmour contre l’histoire, paru en février 2022 (juste avant Le Puy-du-Faux, voilà des auteurs prolixes, dévoués à la cause politique). Un ouvrage paru, lui aussi, bah voyons, en pleine campagne présidentielle. Un autre pamphlet qui, cela ne s’invente pas, est édité dans la collection « Tracts » de Gallimard. Sachant que l’ouvrage (pardon, le « Tract ») fait… 64 pages, auxquelles il faut soustraire la garde et le sommaire, et qu’ils ont eu besoin d’être douze pour accomplir ce devoir citoyen, cela donne une copie double à peine par prof d’histoire, moins long à pondre qu’un discours de Mélenchon à subir….
Mélenchon, justement : Mathilde Larrère en est l’un des plus fervents soutiens, après être passée par le Parti de gauche. Pour elle, l’histoire est ni plus ni moins un instrument politique. Mathilde Larrère soutient que “dire que l’histoire est neutre, c’est une grande arnaque pour faire passer une histoire de droite”. Autrement dit, elle assume parfaitement construire une histoire politisée, destinée à servir ses idéaux politiques. On imagine aisément ce que la donzelle pense de la monarchie, ou de l’empreinte du christianisme sur l’Occident. Si elle avait vécu aux époques dont elle parle, et se prétend experte, c’est du côté des barbares et des envahisseurs païens qu’elle aurait planté sa tente…
La religion chatouille aussi Guillaume Lancereau, spécialiste auto-proclamé de la Révolution Française. On sait quelle culotte il n’aurait pas porté pendant la Terreur. Interrogé sur le film par l’émission Quotidien (TMC), qui l’a emmené à une avant-première, il s’étonne face caméra qu’il “n’y ait pas d’autre religion que la religion catholique dans le film”. On admire l’expert, qui ignore quelles régions étaient protestantes dans la France du XVIIIe siècle… Un peu plus au sud Guillaume, un peu plus au sud ! Ou bien alors peut-être souhaitait-il que Puy du Fou Films ajoute des guerriers bouddhistes ou hindous, bardés de breloques et de boucles d’oreilles improbables, à son image ?
Cueilli devant le cinéma, notre ami Guillaume ne trouve rien d’autre à reprocher au film que l’omniprésence de la religion catholique. À tel point qu’il se surprend même à déclarer à la caméra de Quotidien “qu’on n’est pas dans un discours qui falsifie l’Histoire. C’est un discours qui raconte à partir d’éléments relativement vrais l’histoire qu’il a envie de raconter, l’histoire du peuple éternel de Vendée qui se serait dressé pour ses valeurs éternelles, la Royauté d’un côté, la religion catholique de l’autre”. Sous le charme du film, le jeune Guillaume est.
Des « historiens » jaloux du succès du Puy du Fou
« Quand on paye 15 euros des expertises au tarif d’une femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage », dénonçait le psychologue Jean-Luc Viaux au procès d’Outreau. Quand on demande à des militants de la gauche radicale déguisés en profs d’histoire et en universitaires de pondre un bouquin visant à démontrer que le Puy du Fou prêche le faux, on obtient un salmigondis d’idées reçues, de jugements à l’emporte-pièce et de démonstrations bancales. Le tout largement badigeonné d’aigreur, teintée d’admiration. Nos experts se sont en effet rendus deux jours sur le Parc, et en sont revenus avec « des étoiles plein les yeux» (déclaration à StreetPress). Et même, jaloux, au dernier stade (ce qui n’est jamais bon pour écrire sereinement sur un sujet…) « parce que c’est très réussi et très jouissif», confesse Mathilde Larrère !
Et de rêver de faire un contre Puy du Fou, Guillaume Lancereau « proposant un spectacle qui contiendrait les circulations transculturelles et géographiques au tout début de la modernité ». Rien qu’à lire le synopsis, on trépigne d’impatience. Ce monument, quand le visite-t-on ? En définitive, que Libération, Télérama ou encore Le Monde aient recours à un quarteron de Mousquetaires sans panache, pour tenter d’égratigner Vaincre ou Mourir, en en faisant la seule et unique source du fiel de leurs articles n’est finalement que de très logique. Et jouissif…
Il ne faut pas constitutionnaliser l’IVG, parce que « le droit » à l’avortement qui n’est nullement remis en cause, ne saurait, en aucun cas, être une « valeur ».
Faut-il inscrire un droit à l’avortement dans la Constitution ?
En attendant le vote conjoint des députés et des sénateurs, le 1er février, une conférence avait été organisée, pour répondre à cette question, ce vendredi, au Sénat, par le sénateur Ravier et le juriste Grégor Puppinck, directeur de l’ECLJ. Les orateurs traitèrent le sujet sous des angles différents : politique, juridique, social, philosophique. Précisant qu’elle ne se faisait l’avocate d’aucune cause partisane, Madame Le Pourhiet, universitaire, agrégée de droit public, vice-présidente de l’Association française de droit constitutionnel, envisagea la question sous l’angle juridique et à l’aune de « la qualité de notre droit ». Un exposé qui dissipa nos ignorances en la matière.
Une décision qui fait suite à une affaire américaine
Après avoir rappelé que la Constitution, dans ce grand pays de légistes qu’est la France, est le Contrat social de la nation, avec sa logique intellectuelle, sa cohérence, ses postulats juridiques fiables, le professeur retourna les arguments erronés, invoqués pour justifier cette constitutionnalisation.
Le premier se déduisait de l’exemple offert par l’affaire américaine de l’arrêt Roe vs Wade du 24 juin 2022. Mal compris dans son contexte, cet argument fut ensuite importé, en France, et instrumentalisé, alors que la « défédéralisation » de la question de l’avortement dont il était question, avec cette affaire, ne concernait en rien la France dont le régime politique et juridique n’est aucunement fédéral.
Le deuxième point, selon le professeur, est l’inutilité juridique de cette proposition « portant sur l’effectivité juridique de la loi. » La loi de l’IVG se rattache à la liberté, visée par l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme, à concilier, avec le principe, tout autant constitutionnel, de sauvegarde de la dignité de la personne humaine tel qu’on le lit dans l’article 16 du Code civil : « la loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de la vie. » Dans le cas de l’IVG, que faudrait-il faire, dit Madame Le Pourhiet, de cet article issu de la loi Veil ? Y lire son abrogation ? La liberté, on le sait, n’existe pas de manière absolue : c’est à la loi d’en fixer des bornes, comme à l’exercice de tous les droits naturels. Pour rendre possible cette proposition de loi sur l’IVG, c’est-à-dire ne pas assigner de limite au droit de l’IVG, il faudrait écrire, noir sur blanc, non des principes vagues que la jurisprudence peut modifier mais « fixer l’exercice de cette liberté et son contenu, toutes précisions susceptibles de brider, par la lettre, la Constitution ». Dernière hypothèse : faudrait-il mettre l’IVG dans un chapitre à part ? Mais tel n’est pas le rôle d’une Constitution.
Troisième point : où écrire cette liberté nouvelle ? Dans le titre 7 consacré à l’autorité judiciaire ? Après l’article 66 alinéa 1 sur la peine de mort ? En attendant le 66, alinéas 3 et 4 sur la corrida et l’euthanasie ? Après le droit à la vie, le droit à l’avortement ? Décidément, dit Madame Le Pourhiet, tout cela manquait singulièrement de cohérence logique, « témoignant plutôt d’une erreur d’appréciation, d’une rédaction bâclée, bref d’un militantisme constitutionnel peu propre à notre tradition de juristes. » Portalis et Carcassonne devaient se retourner dans leur tombe.
Dernier point : cette proposition de loi contrevient à l’esprit de nos lois, leur philosophie, marqué par l’humanisme de 1789. Notre conception transcendante du droit, « née d’un lent accouchement », affirme la spécificité de la dignité de l’être humain et son caractère sacré. Que devient cette conception transcendante de notre droit ? Nul doute que ce ne soit cette transcendance qui explique la gêne des promoteurs de cette de loi. Comment peut-on, en effet, concilier la dignité inaliénable de la vie humaine avec la suppression d’une vie humaine ?
Et Madame Le Pourhiet de conclure : depuis une décennie, la chose commune qu’est la République, tend à devenir, sous l’influence de la common law anglo-saxonne, une privatisation de la chose publique. La Constitution, un self service normatif obéissant au clientélisme : quel gouvernement ne propose une révision de la Constitution ? Depuis deux décennies, notre droit est passé de la verticalité à l’horizontalité, « de la majesté gaullienne à l’étroitesse domestique ».
L’Etat de droit est devenu, pour reprendre le juriste Carcassonne, « un État des droits ».
Que conclure après avoir écouté cet exposé ? Que « le droit » à l’avortement qui n’est, rappelons-le, nullement remis en cause, ne saurait, en aucun cas, être une « valeur » ni entrer dans la Constitution.
Mardi 31 janvier, second round des protestations contre le projet de loi visant à repousser à 64 ans l’âge de la retraite. Notre chroniqueur comprend mal la fixette syndicale sur un âge de cessation d’activité qui dans les faits est déjà largement fictif.
J’avoue avoir du mal à comprendre cette volonté de défendre coûte que coûte un départ à la retraite à 62 ans.
En fixant à 43 annuités la durée de cotisation nécessaire pour avoir une retraite à taux plein, la loi Touraine du 18 décembre 2013, promulguée le 14 janvier suivant, et entrée en vigueur en 2020, a réglé la question : vu l’allongement des études, qui implique que personne actuellement et davantage encore à l’avenir n’entre sur le marché du travail avant 23 ans, une addition toute simple nous amène à considérer que personne, parallèlement, ne sera à la retraite avant, au mieux, 66 ans.
Mémé-tresse
Et encore, en supposant que l’on a travaillé de façon ininterrompue pendant ces 43 ans. Ce qui est de moins en moins vrai, dans un pays où plus de 30% des plus de cinquante ans est au chômage, et ce sera dans le futur tout à fait exceptionnel. Quant à l’idée de racheter les trimestres non effectués, c’est une pure fiction, dans un pays où les salaires courent en vain derrière l’inflation. À part pour une extrême minorité de cadres supérieurs et de hauts fonctionnaires, qui dans leur majorité n’aspirent pas à partir à 64 ans, mais se voient bien continuer à travailler puisqu’ils se jugent indispensables…
Prenons l’exemple d’un enseignant. Il est aujourd’hui recruté à Bac + 5 — soit 23 ans, à condition qu’il ait tout réussi du premier coup : et malgré la mansuétude des jurys et la facilité des concours de Professeur des écoles ou de Certifié, c’est loin, très loin d’être le cas. Alors, oyez, oyez, ô chers collègues : vous qui vous plaignez parfois après quelques mois d’enseignement, vous voici partis pour 43 ans — soit une retraite complète à 66 ans dans le meilleur des cas. Regardez bien vos élèves, ils seront quinquagénaires lorsque vous pourrez faire valoir vos droits à une concession rapide au cimetière le plus proche. Et on vous appellera mémé-tresse…
Quoi qu’on dise de l’écart théorique entre la France et les pays voisins qui ont tous des régimes différents que l’UE ne cherche même pas à harmoniser parce que de fait elle est identique, la réalité des faits est la même. Les Français en moyenne partiront au même âge que les Allemands, qui vers 2031 seront à la retraite à 67 ans. Comme aux Pays-Bas.
Partout en Europe les législations ont évolué en fonction de l’allongement de l’espérance de vie. Il s’agit de maintenir la durée de versement des retraites au même niveau — disons en moyenne une douzaine d’années, quatre ou cinq ans de plus pour les pensions de réversion. C’est tout à fait soutenable. La fiction bien française selon laquelle la retraite est une seconde vie est justement cela — une fiction.
La trouille de la mort
Comment se fait-il que l’on proteste tant contre le relèvement de l’âge de départ, alors que nous n’avons pas entendu les syndicats hurler en 2013 ? Ça ne peut pas être parce qu’alors, c’était la gauche qui était au pouvoir, quelle mauvaise pensée…
La solution la plus évidente serait d’instaurer un système de retraite à la carte. J’ai été assez dépité de devoir quitter mes élèves à 67 ans, après 49 ans de cotisation. Je me sentais bien d’enseigner encore trois ou quatre ans. Mais je reconnais que nombre de mes collègues — et c’est la même chose dans la plupart des professions — sont complètement grillés à 60 ans, et passent les dernières années à psalmodier des cours usés jusqu’à la corde. Le surplus volontaire des uns pourrait compenser le départ des autres, chacun s’éclate comme il l’entend. Et j’entends très bien que certains travailleurs manuels sont usés à 50 ans. Qu’ils prennent alors de plein droit une retraite où ils jouiront de leur pension au prorata de ce qu’ils auront cotisé — le gouvernement s’engageant, comme il le fait en ce moment, de garantir un montant en dessous duquel on ne pourra descendre. Par exemple les 600 euros que Benoît Hamon prévoyait dans son système de revenu universel…
L’épopée de Hamon aura au moins appris au PS ce qu’il en coûte de bourrer les urnes — mais non, il n’a rien appris !
En définitive, c’est probablement la crainte de la mort — inéluctable, je ne vous apprends rien — qui est le moteur de ces protestations. Vivre, vivre enfin en attendant que la Camarde toque à la porte. Signe indubitable que trop de gens font un métier qui ne les passionne pas, et attendent impatiemment le jour où ils auront le droit de regarder le temps qui passe — et la faux qui se rapproche. Que n’ont-ils vécu durant leur vie ! Carpe diem, camarades — et cessez de gémir : c’est un sport national qui prend des proportions dantesques, chacun trouvant matière à se plaindre. Prenez du plaisir avant la retraite — car je vous le dis, quand vous aurez cessé de travailler, quand les rhumatismes, l’arthrose et autres désagréments invalidants se rappelleront chaque matin à votre bon souvenir, ce sera une plus ou moins longue glissade vers les planches de sapin de notre destin commun.
À Stockholm, Henrik Vinge, leader des Démocrates de Suède au parlement, entend lancer une campagne internationale invitant les migrants à rester chez eux. Analyse.
Il y a quatre mois, la droite remportait les élections législatives en Suède, avec le soutien des Démocrates de Suède, une sorte de Rassemblement national nordique. Le parti, qui avait obtenu 20% des suffrages, n’est pour l’instant pas représenté dans le gouvernement mais son soutien est nécessaire pour que tienne la coalition conservatrice.
Message anti-immigrationniste diffusé par le gouvernement australien D.R.
L’exemple australien
Au moment même où le pays d’Ikea vient de récupérer la présidence tournante de l’Union Européenne, la formation droitière semble peser de tout son poids sur la ligne du gouvernement puisque Maria Malmer Stenergard, la ministre de la Migration et Henrik Vinge, leader des Démocrates de Suède au Parlement, viennent d’annoncer le lancement de campagnes de sensibilisation visant à décourager les migrants de s’installer dans le pays.
Ces campagnes de sensibilisation seront adressées notamment aux ambassades étrangères en Suède. Elles pourraient ressembler aux campagnes lancées par l’Australie, qui avaient fait un peu de bruit au milieu des années 2010. Sous l’impulsion du premier ministre Tony Abbott, le pays avait très largement diffusé le message (en Iran, en Afghanistan, au Sri Lanka et au Vietnam notamment) selon lequel les garde-frontières n’iraient pas repêcher les migrants clandestins.
Le « modèle » australien a été plusieurs fois loué par Marine Le Pen. Eric Zemmour en avait aussi fait cas à l’automne au moment de l’affaire de l’Ocean Viking. Le message très ferme a sans doute contribué à réduire drastiquement le nombre de boat people et de drames humains au large de l’Australie. Cette communication a été accompagnée par une politique de « sous-traitance » de la rétention des demandeurs d’asile dans des îles voisines (Nauru, Papouasie Nouvelle-Guinée), Le Monde précisait au prix de combien d’entraves au droit international cette politique australienne était appliquée et combien elle était inapplicable en Europe… Depuis, et malgré les critiques émises par Amnesty International contre l’Australie, le centre-gauche danois et le Royaume-Uni de Boris Johnson se sont largement inspirés de cette sous-traitance de la rétention, assurée par le Rwanda.
Éric Zemmour : «L’Australie a dit qu’elle n’accueillerait jamais aucun bateaux venus d’Indonésie. C’est la politique la plus humaniste qui soit, car si les migrants savent qu’ils ne sont plus accueillis ils ne prendront plus le bateau», dans #Faceabockcotepic.twitter.com/T56sWcv0Tm
Pays presque aussi vaste que la France métropolitaine mais peuplé comme le Portugal, la Suède est devenue au fil des décennies une terre d’asile, très sensible à la question des droits de l’homme. Hongrois, Tchécoslovaques, Chiliens y ont trouvé refuge pendant la guerre froide. Les guerres de Yougoslavie, la déstabilisation du Moyen-Orient ont entraîné d’autres vagues migratoires, plus massives. Désormais, 20% de la population du pays est née à l’étranger, alors que cette proportion s’élève à 11% dans l’ensemble de l’Union Européenne. Limitée à 2% au début des années 2000, la population non-occidentale est passée à 15%.
Lors de la crise migratoire de 2015, c’est la Suède qui accueillit le flux migratoire le plus massif. Outre les liens traditionnellement forts avec les autres pays nordiques, ce sont désormais des populations venues d’Iran, d’Irak, d’Afghanistan, de Somalie et d’Erythrée qui alimentent les flux migratoires. Cette poussée migratoire a des effets sociologiques non négligeables : quand on s’intéresse au sex ratio du pays, c’est-à-dire la proportion d’hommes et de femmes dans une même population, on s’aperçoit que la Suède comptait en 2016 123 hommes pour 100 femmes (un déséquilibre peut-être pas sans lien avec l’accumulation de faits divers sordides qui ont touché le pays).
À deux doigts d’imiter la gauche danoise
Car malgré la bonne volonté au départ d’une population autochtone réputée pour sa tolérance (pour ne pas dire ses aspirations wokistes) et les largesses de la social-démocratie suédoise, c’est un constat d’échec qui est fait, y compris par le précédent gouvernement de gauche. En avril dernier, le pays a été touché par une quinzaine de jours d’émeutes à la suite de la visite d’un leader politique danois provocateur, Rasmus Paludan. Dans des quartiers populaires, des hommes mais aussi des femmes et des enfants se sont attaqués à tout ce qui pouvait représenter l’autorité de l’État suédois, à coup de jets de pierre contre les policiers et les pompiers et d’incendies de voitures. La première ministre de centre-gauche de l’époque, Magdalena Andersson, dressait un tableau national peu réjouissant, à base de criminalité juvénile, de violences entre gangs mafieux et d’islamisme triomphant. Grande ville du Sud du pays, Malmö a vu se multiplier les actes antisémites, bien souvent commis par de jeunes hommes du Moyen-Orient. Depuis les élections de septembre, la Suède s’attire les foudres des médias occidentaux, alors qu’elle aura cru aussi longtemps que possible (et notamment en 2015) à son idéal d’accueil. En réalité, la droite suédoise n’est jamais que sur le point d’imiter la politique de la gauche danoise, qui a, elle, su rester au pouvoir lors des législatives de 2022, en appliquant la politique migratoire la plus drastique d’Europe de l’Ouest et en reléguant les partis divisés de la droite « populiste » à 10%.
Le 25 janvier 2023, le Marocain Yasin Kanza a attaqué l’église de La Palme, à Algésiras, et tué le sacristain Diego Valencia qui tentait de le raisonner. L’assassin avait déjà été expulsé de Gibraltar en 2019. Cet attentat ravive les polémiques dans les partis politiques espagnols quant au rapprochement à faire ou non entre islamisme et immigration.
Attaque en plein cœur de la cité
Peuplée d’environ 122 000 habitants, la ville espagnole d’Algésiras, située dans la province de Cadix (Andalousie), fait généralement peu l’actualité nationale outre-Pyrénées. Ce mercredi 25 janvier 2023, cependant, elle a défrayé la chronique en raison d’une attaque de nature terroriste perpétrée par un certain Yasin Kanza. Il a en effet tué un homme et blessé quatre autres personnes.
La scène a eu lieu vers 19 heures, au sein de l’église de La Palme, où l’assassin a pénétré alors que s’achevait la cérémonie de l’eucharistie. Il a renversé des images pieuses, des crucifix et des cierges puis s’est mis debout sur l’autel. Lorsque le sacristain du temple, Diego Valencia, a demandé au terroriste de descendre et de partir, il s’est dirigé vers lui pour lui ôter la vie. Yasin Kanza a ensuite quitté les lieux puis a été maîtrisé dans la rue par des agents de la police locale, qui l’ont remis à leurs collègues de la police nationale.
L’enquête policière
Le domicile du tueur, qui se trouve non loin de l’église en question, dans le cœur historique d’Algésiras, a été fouillé par une brigade spécialisée en terrorisme. C’est que l’homme, s’il n’avait pas d’antécédents judiciaires, était étroitement surveillé depuis quatre jours. Son comportement paraissait de plus en plus suspect aux yeux de la police, qui n’a toutefois pas pu l’empêcher de passer à l’acte – acte durant lequel il n’a pas fait mystère de ses motivations fondamentalistes.
D’origine marocaine, Yasin Kanza vivait illégalement en colocation avec deux autres hommes mais résidait malgré tout sur le territoire espagnol. Expulsé de Gibraltar en 2019, il s’est ensuite installé chez notre voisin pyrénéen, où une procédure administrative d’expulsion a été mise en œuvre contre lui. L’actuelle législation espagnole en la matière est lente lorsqu’il s’agit d’étrangers en situation irrégulière n’ayant commis ni crime, ni délit – et, dans ce cas de figure, la justice ne peut les placer en détention préventive. Selon ses colocataires, Yasin Kanza avait un comportement de plus en plus inquiétant et dangereux : il consommait de la drogue, avait des accès de paranoïa et avait déjà menacé les autres habitants de l’appartement. Son état semblait empirer au cours des derniers jours, puisqu’il affirmait voir le diable en apparition.
Les forces de l’ordre cherchent encore à déterminer s’il s’agit d’un loup solitaire ou s’il a récemment rejoint une organisation terroriste. C’est ce qui explique que son incarcération ait été prolongée avant qu’il ne soit remis aux mains de la justice.
Une rapide polémique idéologique
Il n’aura pas fallu longtemps aux médias espagnols pour s’emparer de l’affaire et lancer des polémiques à son sujet – d’autant que les réactions politiques ont été conformes à ce que l’on pouvait imaginer. D’un côté, la droite « radicale » de Vox soutient qu’il s’agit d’une preuve supplémentaire du caractère néfaste de l’immigration incontrôlée, tandis que la droite classique du Parti populaire (PP) veut prendre ses distances avec une semblable thèse. Son président, Alberto Núñez Feijóo (qui est aussi chef de l’opposition à l’actuel gouvernement de gauche), souhaite en effet dissocier les deux phénomènes – islamisme et immigration.
De l’autre côté, la coalition de gauche « radicale » Unidas Podemos se montre discrète à ce sujet, d’autant que le gouvernement dont elle fait partie exécute moins de 3 % des ordres d’expulsion qui lui sont confiés. Le ministre de l’Intérieur, le socialiste Fernando Grande-Marlaska, s’est donc vite retrouvé sous le feu des critiques. D’ailleurs, la presse de droite ne s’est pas privée de rappeler que 95 % des immigrés clandestins sous le coup d’une mesure de départ forcé restent sur le territoire national.
Ni le président du cabinet en place au niveau national, Pedro Sánchez (Parti socialiste ouvrier espagnol), ni aucun ministre n’a fait le déplacement pour les obsèques de Diego Valencia, ce qui traduit la gêne que suscite l’événement chez beaucoup. Le PP exige désormais la tenue d’une nouvelle réunion du pacte transpartisan anti-terrorisme, alors que 79 djihadistes sont déjà emprisonnés outre-Pyrénées. Une ambiance de pré-campagne électorale règne clairement en Espagne car un scrutin régional et municipal devra avoir lieu en avril-mai prochain, tandis que les élections générales se dérouleront à la fin 2023. L’attentat d’Algésiras marque par conséquent un pas de plus dans la polarisation idéologique du pays.
Une ville au contexte particulier
Quant aux médias espagnols, ils s’intéressent à Algésiras, célèbre pour sa conférence coloniale de 1906, ses bâtiments de style Belle Époque, son caractère cosmopolite de longue date… mais aussi son déclin économique sur les dernières années, dans un cadre difficile pour une bonne partie de la province de Cadix. Dirigée par un maire issu du Parti populaire (José Ignacio Landaluce) depuis 2011, la commune vit aujourd’hui le défi de l’intégration d’une partie de ses habitants étant donné que des ressortissants de près de 120 pays vivent sur place. Plus de 8,3 % des citoyens d’Algésiras sont des étrangers qui y résident légalement. Même si les locaux ne manifestent généralement pas de méfiance à leur égard, l’attentat du 25 janvier créera peut-être des tensions. Le taux de chômage élevé dans la ville (il atteignait 27,64 % de la population active en décembre 2022) ne contribuera pas non plus à améliorer les choses.
En attendant, les réactions partisanes se poursuivent. La fédération andalouse de Vox a ainsi demandé au gouvernement régional (dirigé par la droite classique de Juan Manuel Moreno) d’éliminer toutes les aides qu’il verse aujourd’hui aux immigrés illégaux. De quoi chauffer l’ambiance avant les prochaines échéances électorales…
Après le terrible attentat qui a coûté la vie à sept civils israéliens vendredi soir, alors qu’ils sortaient de la synagogue dans un quartier du nord de Jérusalem, les condamnations ont été unanimes. Mais, dans ce concert de condamnations, une voix s’est fait remarquer: celle de la France…
Les dépêches de l’AFP ont ainsi désigné le quartier juif de Névé Yaakov comme une « colonie » ou comme un « quartier de colonisation juive » à Jérusalem-Est, alors même que la localité a été fondée en 1924, bien avant la création de l’OLP et l’invention du narratif de « l’occupation des territoires palestiniens ».
Mais il y a pire encore que cette erreur géopolitique. Comment faut-il en effet interpréter le communiqué du ministère français des Affaires étrangères, appelant « toutes les parties à éviter des actions susceptibles d’alimenter l’engrenage de la violence » ? Le président Emmanuel Macron a utilisé la même rhétorique, en tweetant : « Je pense aux victimes de l’attaque perpétrée hier contre une synagogue à Jérusalem, à leurs proches, et au peuple Israélien. Ferme condamnation de cet acte odieux. L’engrenage de la violence doit être évité à tout prix » (In cauda venenum…)
Un quai d’Orsay traditionnellement pro-arabe, un Elysée autrefois plus nuancé
Autrefois – dans les années 1990 – on avait coutume d’expliquer que le quai d’Orsay était « traditionnellement pro-arabe », tandis que l’Elysée était plus mesuré envers Israël. De telles distinctions n’ont visiblement plus cours aujourd’hui. Parler d’« engrenage de la violence » quand un terroriste palestinien assassine de sang-froid des fidèles juifs sortant d’une synagogue est indécent, à moins de considérer qu’ils sont des cibles légitimes. Mais la diplomatie française peut au moins se vanter de faire preuve de constance dans son indécence, au sujet du conflit israélo-arabe.
Pas plus tard que jeudi dernier, veille de l’attentat à Jérusalem, on apprenait en effet que la France avait demandé une réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU pour condamner Israël, coupable aux yeux du quai d’Orsay d’avoir mené une opération anti-terroriste à Djénine ! Les deux autres pays qui ont prétendu faire condamner Israël aux côtés de la France n’étaient autres que la Chine et les Emirats arabes unis, alliés pas très fréquentables en matière de politique étrangère.
La position française dans le conflit israélo-arabe et israélo-palestinien n’est pas nouvelle. Elle est presque aussi ancienne que le conflit lui-même. Ce qui est nouveau, c’est le fait que la rhétorique indécente du quai d’Orsay – qui met sur le même plan les victimes israéliennes du terrorisme et les terroristes palestiniens abattus dans une opération préventive de Tsahal – ne suscite plus aucune indignation et passe pour ainsi dire inaperçue.
Les Français, eux, savent à quoi s’en tenir
L’amiral Michel Darmon, ancien président de l’Alliance France Israël, avait coutume de distinguer la « France réelle » de la « France officielle ». Cette dernière peut en effet condamner Israël et faire preuve de compréhension envers le terrorisme palestinien. Mais les Français, dans leur immense majorité, savent bien à quoi s’en tenir. Ils savent bien que les terroristes qui tuent des Juifs à la sortie des synagogues à Jérusalem sont motivés par le même fanatisme et la même haine que ceux qui assassinent des Français attablés à un café à Paris, ou qui égorgent et tirent dans la foule à Lyon et à Nice.
Prétendre convoquer le Conseil de Sécurité pour condamner une opération antiterroriste d’Israël (dont la nécessité a été tragiquement confirmée quelques heures plus tard par l’attentat de Jérusalem) est un acte politique grave. Autrefois, quand la voix de la France avait encore quelque poids au Moyen-Orient, un tel acte aurait suscité une condamnation de la part d’Israël, et sans doute une protestation et des manifestations des amis d’Israël en France. Aujourd’hui, une telle attitude ne suscite plus que l’indifférence. Sans doute sait-on à Jérusalem qu’il n’y a plus grand chose à attendre de la diplomatie française concernant Israël. La France tiers-mondisée n’est plus que l’ombre du grand pays qu’elle fut jadis. Elle n’a plus depuis longtemps de politique extérieure au Moyen-Orient, elle n’a plus qu’une politique intérieure. Ses condamnations rituelles d’Israël et ses appels à enrayer « l’engrenage de la violence » n’ont en réalité qu’un seul objectif : ne « pas désespérer » l’islam des banlieues.
De gauche à droite, Rima Abdul Malak, Tom Hanks et Pap Ndiaye.
Il y a un virus bien plus dangereux que ceux qui peuvent nous infecter et nous affecter sur le plan sanitaire. Lui, il touche l’esprit, bat en brèche le bon sens et confond le sublime de l’art avec le réalisme le plus plat.
La ministre de la Culture Rima Abdul Malak, à la parole rare et après avoir concédé une fois à la dénonciation obligatoire du RN qui serait forcément un ramassis d’incultes, a, dans ses vœux du 16 janvier, souligné sa volonté de préserver le modèle français et donc de « lutter contre les assignations identitaires et la cancel culture ». Incidemment j’espère que son projet à plus d’un titre souhaitable pourra s’articuler correctement avec les velléités du ministre de l’Education nationale, plus mou sur ces principes et ces interdits.
Une dérive grave nous vient des Etats-Unis, qui semblent de plus en plus oublier le rôle symbolique de l’art et son caractère universel. Faute de quoi il tomberait dans un communautarisme constituant une régression absolue.
Des approches délirantes menacent l’art de mort
Par exemple, une rétrospective du peintre Philip Guston (1913-1980) a été reportée, de 2020 à 2022, par trois musées américains et la Tate Modern de Londres parce que certaines de ses toiles représentant le Ku Klux Klan de manière pourtant défavorable, risquaient d’offenser les Noirs. Au fond Guston n’avait pas le droit de se mêler d’une lutte qui ne devait concerner que la communauté de couleur. Une telle approche est délirante, qui enfermerait la morale et les révoltes et stigmatisations qu’elle prescrit dans le pré carré d’un camp exclusivement racial.
On avait déjà connu les méfaits d’un révisionnisme des grandes œuvres, soit par un plaquage absurde de notre humanisme d’aujourd’hui sur la beauté du classicisme d’hier, soit par la suppression ou la modification de certains passages en contradiction par exemple avec le féminisme militant actuel. Qu’on se rappelle sur ce point la dénaturation de la fin de Carmen ! Mais l’aberration, d’autant plus perverse qu’elle est imprégnée de bonne conscience, va beaucoup plus loin dorénavant: une tentative de mise à mort de ce que sont l’art, la comédie et le jeu des acteurs. Comment qualifier autrement le fait qu’un transgenre ne puisse être joué que par un transgenre, un homosexuel par un homosexuel ? Le contraire constituerait une marque d’irrespect à l’égard du genre du personnage… Comme si le propre du théâtre, du cinéma, n’était pas précisément de permettre à une personnalité talentueuse de se glisser dans la peau d’un être parfois aux antipodes d’elle pour démontrer l’étendue de son registre et la qualité de son interprétation…
« Il n’est pas question de restreindre(…) la liberté d’interpréter tel ou tel rôle » a déclaré la ministre. Cette conception libre de l’art dramatique s’inscrit « dans la ligne du philosophe Ruwen Ogien distinguant l’offense du préjudice ». Selon lui, « un créateur peut offenser mais ne peut pas nuire ».
Cette piste profonde devrait être généralisée à la liberté d’expression entendue globalement pour faire admettre que celle-ci ne peut pas être blâmée au seul prétexte qu’elle va causer inéluctablement des dommages, des préjudices. En effet ce serait la réduire trop puisque penser vraiment ne peut pas engendrer que de la douceur chez ceux qui lisent ou écoutent.
En ce sens je suis en désaccord avec ce qu’énonce la philosophe Carole Talon-Hugon pour qui « la liberté d’expression a des limites fixées par la loi, et le caractère fictionnel ne change rien à l’affaire ». Alors qu’au contraire il peut tout changer sauf à considérer que la fiction est vouée à n’être qu’un champ de roses !
Tom Hanks regrette d’avoir tourné dans «Philadelphia»
Je regrette, par ailleurs, que cet acteur si remarquable qu’est Tom Hanks, au nom d’une bienséance et d’un extrémisme tout américains, ait été gangrené à son tour puisqu’il a déclaré qu’aujourd’hui il n’aurait plus accepté le rôle de l’homosexuel atteint du sida dans Philadelphia (1993) à cause de « l’inauthenticité d’un hétéro jouant un gay » et sans doute du refus de plus en plus affiché de beaucoup d’homosexuels de se voir représentés par des acteurs ne l’étant pas.
Cette évolution est catastrophique qui vise à abolir la distance entre ce qui est et ce qui est joué et, étouffant la fiction sous un réel sans horizon, réduit le spectacle à une copie conforme de ce qu’il est convenu d’appeler « la vraie vie » sans la magie de l’art qui la rend encore plus vraie que nature. Imaginons, si on continuait à suivre cette pente suicidaire, ce que pourraient devenir les spectacles, l’art, la littérature et la culture de demain. Non plus une transfiguration, une recomposition, un approfondissement du réel, le droit à l’imagination et au second degré, le génie de quelques-uns de savoir sublimer ceux qu’ils ne sont pas, le bonheur ou la douleur bienheureuse de la représentation d’un monde à la fois si lointain mais si proche, non plus de la magie, non plus de la poésie dans toutes ses facettes mais de la prose, la pire qui soit: celle qui plagie le réel et, trop vertueuse, meurt sous lui.
Anne Hidalgo à Lima lors de l'annonce (surprise!) de la désignation de Paris pour l'organisation des JO 2024. Photo: Fabrice Coffrini
Dix-huit mois. Une double grossesse. Une double faute à venir. Qui peut croire aujourd’hui que Paris peut demain accueillir des millions de personnes dans la sécurité et la dignité dues aux grandes communions universelles ? Par quel miracle ce pays exsangue va dissimuler au reste du monde les décombres de son déclin ?
Les J.O. dans un pays en guerre. Macron a beau tortiller des lombaires pour ne pas livrer son char Leclerc, le vice-président de la Douma a tranché pour lui. Dans le vif. La France est selon lui entrée en guerre. La France est notre ennemie. Ce jeu de dupes diplomatique ne pouvait plus résister à l’épreuve du temps. Et surtout des faits. Comme tous les experts militaires parient sur une guerre longue, on peut anticiper sur l’attractivité de Paris dans dix-huit mois. Paris à deux heures du front. Paris à trois gestes barrières des lance-missiles russes. Une perspective qui incite plus à aller siffler là- haut sur la colline du crack et faire zaï-zaï-zaï-zaï, qu’à mettre un short pour courir ou sauter après une médaille. Et cette croix orthodoxe de Zelensky qui s’empare déjà de l’organisation. Il ne veut pas voir un athlète russe ou bélarusse lancer un javelot ou un os au chien. Après une année à pratiquer le petit bonhomme en moussaka, on imagine que dans un an il faudra passer par lui pour récupérer les accréditations. Bref, la guerre s’habille en aigle noir et ondule les ailes chargées de menaces sur les toits de Paris. Zaï- zaï-zaï-zaï…
Les J.O. dans un pays en guerre sociale. Quel que soit le résultat du bras de fer entre Macron et la rue, le reste du quinquennat est condamné à se consumer dans un climat délétère. Pour lutter contre les déserts médicaux la Sécu organise des ponts aériens. Après avoir inventé le médicament générique, elle invente le toubib rechapé. De bons vieux docs à la retraite, sortis de leurs canapés pour aller faire des piges dans le rural. Dans ce contexte tiers-mondiste, si un pangolin éternue au Stade de France pendant la finale du 100 mètres, c’est chaud. Une émeute dans un pays à l’os sans Doliprane. Au moment des Jeux la pression sociale sera maximale. Les syndicats pourraient être tentés de se refaire la queue de cerise. A la RATP avec un préavis on pourra tâter du parachute doré. Macron sera dans un état de surexcitation haut-débit. Rien ne doit gâcher les Jeux de Cesarino. Alors il dira au Schpountz de céder sans négocier. À qui? Au Schpountz. Jean Casseutexeu. Avec son charisme de contrôleur, il a fini patron de la RATP. Chic planète, dansons dessus.
Les J.O. au pays de Coubertin. Pédophiles, vieux pervers lubriques, escrocs à poils courts, coachs vicieux au cuir épais, welcome dans les douches du Sport français. Pour la première fois une ministre s’est vraiment mise au boulot. Putain le chantier. Un Vatican. Allons enfants… Buvez comme des trous, fumez comme des centrales à charbon et fuyez le sport qui nuit durablement à la santé et au fair-play.
Les J.O. au pays de Darkmanin. Pour rassurer les sujets du Roi, le Dark de la Champion’s League est toujours aux manettes de la Sécurité. Débarrassé du préfet Lallemant et sa casquette XXXL de carnaval, il est prêt à affronter tous les dingos de la planète qui vont essayer de se refaire la barbe sous les projecteurs des Breaking News. Problème, il échoue régulièrement dans tout ce qu’il entreprend. Et pas seulement face aux cadors du crime. Devant des zombies en manque, des clandestins mineurs, un imam de la fête à Neuneu. Bref, prions…
Les J.O. au pays des rats d’Hidalgo. Cerise sur le bateau mouche,des centaines de milliers de touristes, des rêves glamour d’Emilie in Paris plein les hublots, vont, au réveil, tomber de l’avion par les toboggans. Le comité d’accueil des rats de la manade Hidalgo au garde à vous sur le tarmac. Gras comme des porcs andalous, collants comme une affiche de Dupont-Aignan, ils sont chargés de mission pour injecter un peu de réalisme à la fiction.
Le terminus des prétentieux. Un état des lieux aussi cauchemardesque ne condamne pas à l’inaction. Les pouvoirs publics pouvaient organiser un Intervilles, des courses de vachettes ou un Salon International de la découpe en bois des Iles Sandwich. Non. Il leur fallait les J.O. Bonne chance.
Pour le gouvernement de l’île de la Barbade, les descendants de propriétaires de plantations blancs ayant bénéficié de l’esclavage, devront payer des «réparations». L’acteur britannique, Benedict Cumberbatch, n’échappe pas à la règle.
Sorti en 2013, le film Twelve Years a Slave raconte l’histoire de Solomon Northup, Afro-Américain vendu comme esclave dans la plantation de William Ford. L’histoire offre un rôle taillé sur mesure pour l’acteur Benedict Cumberbatch, un descendant éloigné du roi Richard III, dont la famille possédait elle-même au XVIIIe siècle une vaste plantation de 250 esclaves à la Barbade, île des Caraïbes qui a décidé en 2021 de couper ses liens historiques avec le Royaume-Uni et de prendre son indépendance. Le nouveau gouvernement a décidé de revisiter son passé tumultueux et de poursuivre les descendants des anciens propriétaires d’esclaves. Une commission d’enquête a été mise en place.
Dans son viseur, le héros de la série Sherlock. Pour David Denny, secrétaire général du Mouvement des Caraïbes pour la paix et l’intégration, l’affaire est déjà entendue : « Tout descendant de propriétaire de plantation blanc ayant bénéficié de l’esclavage devrait être invité à payer des réparations, y compris la famille Cumberbatch. » Un passé que Benedict Cumberbatch a toujours assumé. Lors de l’abolition de l’esclavage en 1833, sa famille avait été généreusement indemnisée par les autorités coloniales. Selon le Daily Telegraph, l’acteur pourrait faire face à des poursuites judiciaires afin de payer le prix de décennies de traite négrière. Il y a peu de chances que ce dossier aboutisse en dépit de la pression exercée par les associations locales du Black Lives Matter. « Je ne vois pas comment ils pourraient déposer une réclamation légale, car il faudrait sortir un titre foncier valide, et un dommage civil ne peut être hérité par les actuels descendants des esclavagistes, compte tenu notamment du délai de prescription », rappelle Luke Moffett, professeur à l’université Queens de Belfast. Face au tollé, David Comissiong, vice-président de la Commission nationale sur les réparations à la Barbade, a nié avoir porté le cas devant la justice.