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Ukraine: et maintenant, des référendums

Le point sur le surenchérissement des menaces de Vladimir Poutine

Ukraine: et maintenant, des référendums
Emmanuel Macron s'adresse aux Nations Unies, New-York, 20 septembre 2022. « Notre devoir, c’est de tenir notre ligne, c’est-à-dire d’aider l’Ukraine, comme on le fait, à protéger son territoire, jamais à pouvoir agresser la Russie », a déclaré le président français devant des journalistes dans l'avion le ramenant à Paris © Seth Wenig/AP/SIPA

À l’ONU, face aux menaces russes, Emmanuel Macron dénonce un impérialisme nouveau, place la France dans le camp de la justice et entend convaincre les pays non alignés. Analyse.


Au terme d’une courte déclaration diffusée mercredi à la télévision russe, Vladimir Poutine est sorti de son mutisme pour affirmer sa volonté de poursuivre la guerre. « Les gouvernements de Kherson, Zaporijia, Lougansk et Donetsk ont pris la décision souveraine de se tourner vers nous pour organiser des référendums. Nous allons appuyer leur démarche » a-t-il annoncé. 

Ces annexions déguisées qui ne tromperont personne, s’agissant de territoires qui sont toujours pour certains des théâtres de combat dépouillés de dizaines de milliers de leurs habitants déplacés à travers toute l’Europe, répondent à un objectif politique extrêmement clair. La Russie entend faire de ces territoires des conquêtes russes intégrées à sa Fédération, de sorte que les percées ukrainiennes soient désormais assimilées à des incursions sur son sol et non plus à une défense contre une invasion.

Opérations très spéciales

Ce changement de ton était déjà prévisible le 21 février, date à laquelle Vladimir Poutine reconnaissait l’indépendance des deux Républiques de Donetsk et du Donbass sur le modèle de ce qu’il avait fait pour l’Ossétie du Sud. Il admettait alors implicitement que les entités séparatistes avaient le droit légal d’attaquer « l’occupant kiévien ». Prélude à l’invasion, cette reconnaissance unilatérale a permis à la Russie de justifier sa guerre d’annexion en la déguisant en une « opération spéciale » à visée humanitaire, destinée à sauver les populations russophones d’un « génocide » pensée par une junte de néo-nazis et de criminels drogués… Une rhétorique paranoïaque qui incluait aussi l’Occident tout entier, accusé de vouloir fournir des armes nucléaires à l’Ukraine ou encore de chercher à contrôler « la Russie jusqu’à l’Oural » grâce aux bases positionnées en mer Noire, selon l’expression de Vladimir Poutine lui-même.

La Russie pensait-elle subjuguer l’Ukraine en quelques jours en la dépossédant de son gouvernement grâce à une cinquième colonne ? C’est ce que pensent de nombreux observateurs. Difficile à prouver, mais toujours est-il qu’il semblerait étonnant que Moscou ait souhaité s’embourber dans une guerre longue et difficile face à un peuple en armes, animé d’un sentiment national que l’adversité n’a cessé de renforcer au cours des derniers mois. Les difficultés militaires rencontrées sur le terrain, l’armée ukrainienne ayant repris une partie des territoires tombés, à l’image de la ville d’Izyum dans la région de Kharkiv, ont certainement courroucé le chef du Kremlin qui a décidé d’accélérer et n’hésite plus à utiliser la menace de l’arme nucléaire pour faire pression sur les opinions occidentales les plus rétives à la guerre.

Dimitri Medvedev a ainsi surenchéri : « La Russie est prête à utiliser n’importe quelle arme, y compris les armes nucléaires, pour défendre les territoires annexés ». Des mots lourds de sens. Il est étonnant, dans ces circonstances, de continuer à entendre la petite musique de quelques « pacifistes » français qui, hier, n’ont pas eu de mots trop durs pour dénoncer l’escalade dangereuse… vers laquelle nous conduirait non pas la Russie, mais Emmanuel Macron, l’Union européenne et l’OTAN ! Le parallèle avec l’annexion des Sudètes est en l’espèce non seulement tentant mais aussi pertinent. Poursuivant une politique pangermaniste qui n’est pas sans rappeler la politique panslaviste menée par le Kremlin aujourd’hui, Adolf Hitler déclarait le 29 septembre 1938 vouloir « libérer les Allemands des Sudètes de l’oppression tchécoslovaque ». Un casus belli pour Prague qui avait alors requis l’aide de la France et de la Grande-Bretagne.

Las, la suite est connue : Edouard Daladier et Neville Chamberlain signèrent les accords de Munich avalisant l’annexion des Sudètes en échange du renoncement par l’Allemagne à ses revendications territoriales supplémentaires. Winston Churchill eut cette phrase passée à la postérité, « Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ». Ceux qui refusent aujourd’hui ces sanctions économiques prétendument inutiles – notons que la Russie mobilise pourtant toute son énergie à les faire lever – ne comprennent pas que Moscou est entrée dans une dérive sans précédent, une tornade de crimes de guerre et de paranoïa, de cynisme absolu et d’assassinats politiques, de mépris pour les vies de ses propres enfants comme de ceux du reste du monde, et qu’il n’y a pas d’autre alternative.

Que proposent Ségolène Royal, Thierry Mariani ou Florian Philippot ? Que nous prenions « le chemin de la paix » ? Mais laquelle ? Comment ? Des référendums nécessitent des règles pour être valides. Quand bien même nous arrêterions, nous Français, les sanctions et les envois d’armes, la guerre ne s’arrêterait pas et nous en subirions pleinement toutes les conséquences tout en rejoignant le camp des parias. La neutralité n’existe pas à partir du moment où un pays décide seul de s’affranchir de toutes les règles de l’ordre juridique international, à partir du moment où ce même pays nous nargue en Afrique, nous brandit ses missiles nucléaires au visage, et cherche à manipuler toute une partie de notre opinion publique.

 « Nouvel » impérialisme ?

Entendre l’Insoumis Didier Maïsto – et tant d’autres – au micro de TV Libertés conspuer Emmanuel Macron à l’ONU mais ne rien dire contre le chantage russe a de quoi donner le tournis. Sans être exempte de défauts, l’allocution d’Emmanuel Macron a au moins placé la France dans le camp de la justice et permis de comprendre que la France était directement menacée par la Russie, au même titre que toute l’Union européenne dont elle entend briser l’unité : « Ce à quoi nous assistons depuis le 24 février dernier est un retour à l’âge des impérialismes et des colonies. La France le refuse et recherchera obstinément la paix. Là-dessus, notre position est claire et c’est au service de cette position que j’assume le dialogue conduit avec la Russie dès avant le déclenchement de la guerre, tout au long des derniers mois, et que je continuerai de l’assumer car c’est ainsi qu’ensemble, nous rechercherons la paix ».

Il est faux de dire que la Russie renoue avec l’âge des impérialismes. De fait, elle n’y a jamais renoncé et la rupture avec l’URSS n’a jamais été faite. Vladimir Poutine est le légataire des Brejnev et des Staline. Il a peut-être renoncé au communisme au profit du capitalisme oligarchique le plus sauvage, mais il n’a pas renoncé au totalitarisme soviétique. Il ne veut pas la paix, il veut soumettre ses voisins et le monde. Il veut un nouvel ordre international, « multipolaire » qui serait surtout le règne de la violence et du chacun pour soi. L’Occident a bien des torts, mais il n’agite pas son arsenal atomique dès qu’il rencontre la plus petite difficulté militaire. Du reste, la Russie commence même à effrayer ses partenaires les plus fidèles parmi les BRICS. Le Premier ministre indien Modi a dit directement à Poutine que l’époque n’était pas à la guerre et la Chine appelle à un cessez-le-feu.

Comment peut-on se dire d’une droite conservatrice et s’associer à un axe aussi baroque que celui formé par la Russie, Cuba, le Venezuela, la Syrie, l’Iran et la Corée-du-Nord ? Ce n’est pas notre monde. Comprenons que nous n’avons jamais voulu la guerre. L’Union européenne a à plusieurs reprises tendu la main à la Russie. Cette dernière n’a jamais été fiable, n’a jamais voulu se démocratiser concrètement, assassinant les opposants, couvrant les forfaits de ses sbires – le vol MH17, probablement abattu par un missile des séparatistes en étant un exemple caractéristique -, s’ingéniant à calomnier la France au Sahel, à corrompre les associations écologistes allemandes anti-nucléaires. Nous avons été faibles. Nous avons été désunis. Peut-être est-il temps d’évoluer et d’admettre que le retour des Empires nous commande d’en être un : soucieux de sa civilisation, indépendant de l’Amérique, farouchement opposé aux régimes autoritaires, capable de répondre par la force à la violence.

Dans L’Âge Global, l’historien britannique Ian Kershaw indiquait que la guerre en Ukraine déclenchée en 2014 avait rappelé que « si une guerre (était) éminemment improbable en Europe parmi les pays qui forment l’Union européenne, elle pourrait bien venir de l’extérieur. Nul ne saurait dire comment peut tourner la rivalité des superpuissances dans l’après-guerre froide. Les relations futures entre les Etats-Unis, la Chine et la Russie sont néanmoins grosses de conflits possibles, voire d’une guerre nucléaire, qui pourrait le moment venu engloutir l’Europe ». Nous y sommes presque. Ce danger ne doit pourtant pas nous conduire à sortir de l’histoire, plutôt à enfin se décider d’y revenir. Car céder au chantage nous exposerait à être demain esclaves des caprices de tous les dictateurs avides de domination. Si vis pacem, parabellum.

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Gabriel Robin est journaliste rédacteur en chef des pages société de L'Incorrect et essayiste ("Le Non Du Peuple", éditions du Cerf 2019). Il a été collaborateur politique

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