Accueil Site Page 3142

Germinal Lataulière

14

Le peintre hongrois Barabás Miklós poussait la stupidité jusqu’à n’avoir aucun lien de parenté avec l’autre immigré hongrois qui sert d’administrateur à ce site (on ne peut pas faire très bien la choucroute et être bon ailleurs) ni avec l’autre immigré hongrois qui sert de président à votre pays. De passage à Paris en 1895, Miklós réalisa néanmoins ce portrait de Germinal Lataulière qui est considéré, sans rire, comme son chef d’œuvre. Germinal Lataulière tenait l’une des maisons de tolérance les plus fréquentées du VIIe arrondissement. Contre quelques menus services, Emile Zola avait consacré quelque trente-cinq heures à lui écrire la devise de l’établissement : « Du bourgeois au prolétaire, on écarte grand chez Lataulière. » Elle maintint son claque ouvert quand Marthe Richard promulgua la loi anti-string.

Barabás Miklós, Portrait de Germinal Lataulière. Huile sur toile, 1895, conservée dans la salle Pierre Maurroy du musée des Beaux-Arts de Lille Métropole.

La revue des deux mondes

3

Exclusif. 00 h 02. Selon lci.fr, les militants favorables à Ségolène Royal afficheraient une mine réjouie à la Maison des Polytechniciens dans le VIIe arrondissement (quartier parisien hyper populaire, surnommé par les Américains le Bronx), où ils sont réunis. Au bar-PMU Le Fontenoy à Lille-Sud (un endroit très fréquenté par les bobos de la banlieue hyper bourge de la ville dirigée par une énarque-fille-à-papa), les partisans de Martine Aubry hésitent encore à faire péter les bouchons des magnums de Jenlain. Le suspense est intense.

PS : participation record

4

Exclusif. 23 h 49. Selon lefigaro.fr, l’entourage de Ségolène Royal crédite la présidente de Poitou-Charentes de 53 % des voix au deuxième tour de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, alors que Martine Aubry doit se contenter d’un petit 50 %. On attend les derniers dépouillements pour savoir qui, des deux prétendantes, va pouvoir atteindre les 75 % nécessaires à l’élection quand les suffrages exprimés seront tellement élevés qu’ils atteindront les 150 %.

PS. Les jeux sont faits !

4

Exclusif. 22 h 25. Alors que le scrutin est clos depuis moins d’une demi-heure au Parti socialiste, nous sommes en mesure de révéler, en avant première, le résultat définitif du vote des militants. Soucieux de ne pas attenter au jeu démocratique, nous ne dévoilerons toutefois pas le nom du futur Premier secrétaire du Parti socialiste – bien qu’il soit connu de tous. Les indices exclusifs que nous abandonnons généreusement à votre sagacité vous permettront sans doute de deviner ce que nous savons déjà : le nouveau Premier secrétaire du Parti socialiste est une femme ! Agée d’une cinquantaine d’années, elle est issue de l’Ecole Nationale d’Administration et consacre toute son énergie à son mandat d’élue locale. Toutes nos félicitations à la nouvelle élue.

Les mollétistes sont circonspects

1

Exclusif. 22 h 12. Alors que la France retient son souffle, n’en pouvant plus d’attendre les résultats de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, les supporters de Guy Mollet sont, selon les plus récentes informations que nous avons pu recueillir, plongés dans la circonspection la plus achevée. Le net recul du vote Delanoë dans les isoloirs expliquerait-il cela ? Selon le sondage réalisé (selon la méthode des quotas et du doigt mouillé) auprès du dernier mollétiste vivant, ce dernier, malgré qu’il en ait, attend toujours la réaction de Gaston Defferre avant de livrer le moindre pronostic sur Ségolène Royal et Martine Aubry. Bien au contraire.

Bertrand Delanoë en chute libre

1

Exclusif. 21 h 33. Selon les premiers sondages diligentés par la rédaction de causeur.fr auprès d’un échantillon représentatif de 132,5 suffrageants membres du Parti socialiste (réalisé à la sortie des bureaux selon la méthode éprouvée des quotas et du doigt mouillé), le maire de Paris (PS), Bertrand Delanoë, serait en très mauvaise posture pour être élu dès ce soir au poste de premier secrétaire. L’intéressé s’est, pour l’heure, refusé à tout commentaire.

Voulons-nous vraiment d’un Outreau autonome ?

120

J’aimerais poursuivre ici les excellentes réflexions du camarade Leroy sur le grand péril autonome. L’instant présent en France est celui de la tentative de fabrication d’une nouvelle figure de l’imaginaire social : le « terroriste anarcho-autonome ». Il s’agit de la troisième figure fantasmatique du « Mal absolu contemporain », succédant historiquement à la fabrication des figures du « pédophile » et du « terroriste islamiste ».

Nous devons apprendre d’urgence à distinguer les registres, si nous ne désirons pas que le scandale et la catastrophe d’Outreau se répètent, avec les mêmes conséquences dévastatrices, pour les présumés « terroristes autonomes » mis en examen sans preuve matérielle le 15 novembre. Il serait peut-être temps pour un grand nombre de journalistes, pour la Police et la Justice, de tirer réellement les conséquences d’Outreau, dans la pratique et pas seulement dans le discours. La réaction doit intervenir maintenant. Ces institutions, si elles souhaitent recouvrer leur dignité, ne peuvent pas répéter les mêmes catastrophiques erreurs et le même rituel de la repentance à retardement, une fois qu’il est trop tard et que des vies ont été détruites.

Nous devons rigoureusement distinguer le registre de la réalité de celui de l’imaginaire social, de la fantasmatique sociale. Dans le registre de la réalité, il existe des personnes responsables de viols et de meurtres d’enfants, comme il existe des attentats islamistes sanglants. Mais, à ma connaissance, il n’existe aucun précédent d’un attentat autonome contre des personnes. Pas plus qu’il n’existe la moindre preuve attestant d’un projet d’attentat autonome contre des personnes.

A côté de la réalité tragique des crimes pédophiles et des attentats islamistes avérés, nous avons vu se former un certain dispositif à la fois politique, judiciaire, législatif et médiatique qui a produit un certain nombre d’images sociales, de fantasmes collectifs. Et nous avons pu observer les conséquences désastreuses que ces fantasmes collectifs ont eues dans la réalité. Loin de réduire les maux et les douleurs suscités par ces crimes, ils ont empoisonné notre vie sociale et démultiplié les douleurs.

Les figures fantasmatiques du « pédophile », du « terroriste islamiste » et du « terroriste anarcho-autonome » présentent de nombreux traits communs. La structure du fantasme est identique : une essence diabolique dissimulée derrière une apparence quelconque. La voie est ainsi ouverte à une suspicion généralisée. N’importe quel être quelconque, banal, devient un suspect. C’est ainsi que, dans le langage de nombreux journalistes complices de cette paranoïa programmée, l’épicerie de Tarnac est devenue une « épicerie tapie dans l’ombre » et la ferme retapée par des amis une mystérieuse « base » terroriste. Dans ce montage, le caractère diabolique du mal est renforcé dans le fantasme par un caractère d’invisibilité, d’indiscernabilité. Le terme de « cellule invisible », inventé de toutes pièces par le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, lors de la conférence de presse du 14 novembre annonçant la mise en examen des suspects, ne figure dans aucun écrit « autonome ». Il a été immédiatement repris et diffusé comme parole d’évangile par toute la presse. Il ne résulte pourtant que d’une déformation de la signature collective de L’insurrection qui vient, le « Comité invisible », dont le caractère poétique et humoristique, ne correspondant à aucune instance politique réelle, saute pourtant aux yeux de quiconque parcourt quelques lignes de ce texte. Il existait dans la littérature autonome un « Parti Imaginaire ». Il existe désormais aussi une Cellule Imaginaire.

Enfin une femme à l’Académie française !

47

A Paris, quand une femme atteint l’âge malheureux qui invite au respect plus qu’il ne pousse au crime, s’offre à elle une alternative pour occuper ses jeudis après-midi : aller à la Coupole ou sous la Coupole. La vie, vraiment, tient à peu de choses. Une simple erreur de préposition et vous vous retrouvez à devoir supporter la compagnie des taxi boys plutôt qu’à endurer la conversation de leurs grands-pères. C’est le grand malheur qui vient de frapper Simone Veil : les chemins qui mènent boulevard Montparnasse lui sont désormais fermés, elle vient d’être élue à l’Académie française.

Hier, c’était jour de fête chez les trente-neuf autres gérontes et gérontesses du quai Conti. On s’est congratulé à s’en faire péter le sonotone, on a débouché une roteuse pour faire chabrot au champagne, il s’en est fallu de peu pour qu’Erik Orsenna entonnât le grand air de La fille de Madame Angot. Giscard avait déjà déballé l’accordéon. L’ambiance y était. La plus contente était de loin Jacqueline de Romilly, qui escompte bien recevoir de l’impétrante quelques tuyaux – et peut-être des rabais – sur l’IVG. Il n’y a pas d’âge pour la gaudriole. Vert, toujours vert.

Tandis que René Girard dissertait sur La Pesanteur et la Grâce – le chef d’œuvre de Simone[1. L’auteur consacre la majeure partie de cet ouvrage à établir la différence sémiologique entre le V et le W.] –, il se trouvait l’un ou l’autre râleur pour marmonner : « Encore une femme… On avait déjà Yourcenar, ça ne leur suffisait pas ? » Plus mesurée encore, Hélène Carrère d’Encausse faisait part à Angelo Rinaldi des craintes qu’elle éprouvait : le job de première secrétaire a beau être à perpétuité, on ne se méfie jamais assez des nouvelles. Rinaldi a maugréé. Quant à Jean Dutourd, qui ne boudait ni son plaisir ni sa satisfaction, il a demandé de quel fauteuil Momone avait hérité et si l’on trouvait encore à Paris des coussins péteurs assez corrects.

Que de quolibets ! A même pas cent ans, Simone Veil a l’âge de rejoindre les Immortels – une ancienne tradition recommande de les choisir suffisamment vieux pour que la promesse d’immortalité ne dure pas trop longtemps. Elle en a aussi toutes les qualités. Il se raconte même que son élection n’est pas le fruit du hasard : jamais on n’aura vu lexicographe plus achevé que l’ancienne présidente du Parlement européen. Il suffit de lui susurrer à l’oreille le nom de François Bayrou pour l’entendre labourer un champ lexical de long en large : « Mauvais, intrigant, opportuniste, ambitieux, arriviste, prétentieux, carriériste, menteur, trompeur, hâbleur, esbroufeur, bluffeur, poseur, traître, factieux, séditieux, apostat, infidèle, félon, fourbe, déloyal, parjure, lâcheur, renégat… »

Mais la compétence lexicographique n’est pas la seule qualité de Simone Veil. Elle n’a pas son pareil en versification française et, depuis la mort de Racine, on ne lui trouve aucun rival sérieux sur la place de Paris. Il suffit de lui demander ce qu’elle pense du président du Modem pour qu’elle octosyllabise sur-le-champ :
« Ah ! c’est un traître sûrement,
Mais aussi un illuminé… »

Et puis, on ne le dira jamais assez : Simone Veil, c’est aussi une œuvre littéraire colossale. Elle est l’auteur de deux ou trois livres qui rempliraient à eux seuls la bibliothèque de Nicolas Sarkozy s’il avait songé à les acheter. On n’hésitera pas à se procurer sa remarquable autobiographie, parue sous le nom assez surprenant de : Une vie. Le lecteur en consultera notamment la traduction anglaise qui seule sait parfaitement rendre le style inimitable de la nouvelle académicienne : « François Bayrou is an asshole. »

Et modeste, avec cela ! A peine était-elle élue hier à l’Académie française qu’elle répondait à un journaliste qui lui demandait de débiter quelques phrases pour compléter la nécro fournie par l’AFP : « J’éprouve un très grand honneur qui m’étonne encore aujourd’hui, parce que je ne vois pas les raisons pour lesquelles je me trouve dans cette situation. » Pousser la modestie jusqu’à cacher qu’on a fait soi-même acte de candidature à un poste, c’est ce qui s’appelle de la grande classe. Ou un petit Alzheimer. Va savoir, Simone.

Une vie

Price: ---

0 used & new available from

Mauvaise mine

6

Le commandant Sebastian Morley, chef des SAS britanniques en Afghanistan, vient de démissionner, accusant son gouvernement de « sous-investissement chronique ». D’après lui, ce manque d’engagement financier aurait directement provoqué la mort de quatre de ses hommes en juin dernier. Selon l’officier, les quatre soldats d’élite ont trouvé la mort parce que leur véhicule, insuffisamment protégé et donc inadapté aux menaces de ce théâtre d’opérations, a sauté sur une mine. Qu’en pensent tous ceux qui, depuis trois mois, critiquent sans cesse les carences de l’armée française en Afghanistan, en rabâchant à quel point les Britanniques, eux, sont mieux équipés ? Qui nous répètent que si on avait acheté les véhicules blindés utilisés par l’armée de Sa Majesté, on aurait pu éviter les conséquences tragiques de l’embuscade qui a coûté la vie à 11 militaires français ? Cette démission devrait servir de leçon : même outre-Manche, les moyens ne sont pas illimités et les choix difficiles, voire cruels. Même chez les anglicans, il faut parfois déshabiller saint Pierre pour habiller saint Paul.

Fool Moon

20

Toute ma vie j’ai rêvé d’être un chanteur de rock. Jamais un batteur. Le batteur, s’il n’est que batteur, reste à mes oreilles le plus interchangeable des membres d’un groupe[1. Pardon aux lecteurs-batteurs.]. La seule personne irremplaçable en matière de musique, c’est évidemment le compositeur, et éventuellement le parolier – qu’il s’agisse de rock ou de baroque, de Monteverdi ou de Ron Maël[2. Auteur-compositeur de Sparks, le meilleur groupe du monde since 1972 (maison sérieuse)].

Mais voilà, Keith Moon était tout sauf rien qu’un batteur. S’il frappait sur ses peaux comme un sourd, c’est sans doute qu’il aurait pu continuer même sourd comme un Beethoven – voire aussi muet et aveugle, comme le Pinball wizard [3. Héros de l’opéra rock Tommy, pour les incultes.]. C’est même pour ça qu’il était non pas l’âme des Who, mais son double extraverti.

L’âme bien sûr c’est Pete Townshend, auteur-compositeur-interprète du groupe qu’il a – et qui l’a – élevé au-dessus de lui-même. Pas de Who sans Pete, ses grands bras à moulinets, ses ailes d’albatros et son univers de Peter Pan.

Mais il avait besoin de Keith Moon comme sparring-partner, tant leurs fêlures étaient complémentaires. Tel n’était pas le cas avec le chanteur Daltrey (le blond péroxydé aux-tablettes-de-chocolat), ni même avec le bassiste John Entwistle (mort-vivant bien avant son décès, et visiblement heureux de l’être).

Est-ce par hasard, comme disait l’autre, si le dernier album des Who dignes de ce nom (Who are you, 1978) fut aussi le dernier auquel Keith ait participé ?

En vérité, le Fool Moon, « parrain du punk » selon Alice Cooper, n’aurait jamais pu être le leader de quoi que ce soit. Il fuyait assez raisonnablement les responsabilités, conscient de ne pouvoir en assumer aucune (surtout sur le long terme).

Townshend lui-même avait dès l’origine laissé la vedette à Daltrey pour des raisons, disons, « complexes ». Plus précisément, un double complexe d’infériorité externe et de supériorité interne, du genre plutôt dur à gérer : en haut de l’échelle, mais légèrement à côté…

Ensemble, ces deux mecs génialement bancals faisaient tenir debout les Who et leur légende. En perdant son pote, Pete n’a sans doute pas perdu son talent ; mais peut-être sa « volonté de vouloir » comme disait Jankélévitch – qui n’a pas dit que des conneries.

Récemment, la chaîne Discovery a consacré à Keith Moon un bon doc, où l’on comprenait l’essentiel du personnage à travers « ses dernières heures ». Sa mort prématurée (32 ans seulement, plus fort que le président Jésus[4. Mutatis mutandis.] !) était inscrite dans sa vie : ce mec refusait de grandir.

A l’âge de la « comédie sociale » et de la « tragédie sexuelle[5. Comme René Girard définit joliment l’âge adulte.] », ses distractions favorites étaient restées celles d’un potache fêlé : exiger un waterbed géant dans sa chambre d’hôtel, pour le crever aussitôt à coups de couteau ; foncer dans une piscine au volant de sa Rolls[6. En fait une Lincoln, selon d’autres sources.] ; goûter un somnifère pour chevaux juste avant de monter sur scène, quitte à en tomber K.O. au beau milieu d’un solo…

Mais c’est aussi ça, c’est surtout ça, l’esprit rock ! « When I see the price that you pay / I don’t want to grow up », chantaient les Ramones, avant de le prouver en mourant l’un après l’autre sans être jamais passés par la case « adulte ».

A cet égard, un regret : le documentaire ne donne pas la parole aux deux survivants des Who. Ont-ils refusé, et pourquoi ? L’histoire ne le dit pas. A défaut, c’est la dernière petite amie de Keith, Annette Walter Wax (par ailleurs bien conservée) qui parle le mieux de lui.

Elle raconte comment il se détruisait consciencieusement en mélangeant drogues, alcools et… médicaments de sevrage anti-alcoolique[7. Ainsi a-t-on retrouvé dans son organisme, entre autres, 32 pilules d’Héminévrine (un genre d’Espéral du XXe siècle, pour les amateurs).].

Elle raconte même pourquoi : sa grande crainte, c’est que « s’il avait été sobre, ses amis l’auraient trouvé ennuyeux ».

Et puis il y avait son « péché originel » à lui, qu’il ne se pardonnait toujours pas malgré les années, la police, la justice et une psychothérapie carabinée : « Il se sentait coupable de la mort d’un ami qu’il avait écrasé par erreur en fuyant une bagarre avec des skinheads. »

Bref, résume le doc, s’il n’aimait que « faire la fête », c’est que « personne n’a jamais pu le convaincre que tout allait bien ».

Après, bien sûr, il y a ses médecins qui nous révèlent avoir décelé chez lui « de graves troubles de l’attention avec hyperactivité ». Tu m’étonnes ! Ce mec-là ne pouvait survivre qu’en s’étourdissant en permanence par tous les moyens, même létaux.

« Voilà pourquoi votre fille est muette » – et notre batteur mort. Mais au-delà de Molière et de ses Diafoirus, je tiens que Keith Moon souffrait d’un malaise ontologique qui, finalement, se résume assez bien dans l’expression « What the fuck ? »

On est loin ici des pseudo-révolutions à la Clash ou à la con. Je diagnostiquerais plus volontiers chez Moon une « rebel attitude » foncièrement personnelle, donc rétive à tout embrigadement. N’était-ce pas d’ailleurs la marque de fabrique des Who ?

Comme me le révélait récemment l’ami Marc Cohen, pour mon plus grand bonheur, le très conservateur magazine américain National Review a eu l’amusante idée d’établir le Top 50 des chansons les plus réacs de l’histoire du rock. Numéro 1, devinez quoi ? Won’t get fooled again[9. La meilleure chanson du meilleur album du meilleur groupe de rock du meilleur XXe siècle.]. En gros, « on ne se fera plus niquer ». Tout un programme !

Germinal Lataulière

14

Le peintre hongrois Barabás Miklós poussait la stupidité jusqu’à n’avoir aucun lien de parenté avec l’autre immigré hongrois qui sert d’administrateur à ce site (on ne peut pas faire très bien la choucroute et être bon ailleurs) ni avec l’autre immigré hongrois qui sert de président à votre pays. De passage à Paris en 1895, Miklós réalisa néanmoins ce portrait de Germinal Lataulière qui est considéré, sans rire, comme son chef d’œuvre. Germinal Lataulière tenait l’une des maisons de tolérance les plus fréquentées du VIIe arrondissement. Contre quelques menus services, Emile Zola avait consacré quelque trente-cinq heures à lui écrire la devise de l’établissement : « Du bourgeois au prolétaire, on écarte grand chez Lataulière. » Elle maintint son claque ouvert quand Marthe Richard promulgua la loi anti-string.

Barabás Miklós, Portrait de Germinal Lataulière. Huile sur toile, 1895, conservée dans la salle Pierre Maurroy du musée des Beaux-Arts de Lille Métropole.

La revue des deux mondes

3

Exclusif. 00 h 02. Selon lci.fr, les militants favorables à Ségolène Royal afficheraient une mine réjouie à la Maison des Polytechniciens dans le VIIe arrondissement (quartier parisien hyper populaire, surnommé par les Américains le Bronx), où ils sont réunis. Au bar-PMU Le Fontenoy à Lille-Sud (un endroit très fréquenté par les bobos de la banlieue hyper bourge de la ville dirigée par une énarque-fille-à-papa), les partisans de Martine Aubry hésitent encore à faire péter les bouchons des magnums de Jenlain. Le suspense est intense.

PS : participation record

4

Exclusif. 23 h 49. Selon lefigaro.fr, l’entourage de Ségolène Royal crédite la présidente de Poitou-Charentes de 53 % des voix au deuxième tour de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, alors que Martine Aubry doit se contenter d’un petit 50 %. On attend les derniers dépouillements pour savoir qui, des deux prétendantes, va pouvoir atteindre les 75 % nécessaires à l’élection quand les suffrages exprimés seront tellement élevés qu’ils atteindront les 150 %.

PS. Les jeux sont faits !

4

Exclusif. 22 h 25. Alors que le scrutin est clos depuis moins d’une demi-heure au Parti socialiste, nous sommes en mesure de révéler, en avant première, le résultat définitif du vote des militants. Soucieux de ne pas attenter au jeu démocratique, nous ne dévoilerons toutefois pas le nom du futur Premier secrétaire du Parti socialiste – bien qu’il soit connu de tous. Les indices exclusifs que nous abandonnons généreusement à votre sagacité vous permettront sans doute de deviner ce que nous savons déjà : le nouveau Premier secrétaire du Parti socialiste est une femme ! Agée d’une cinquantaine d’années, elle est issue de l’Ecole Nationale d’Administration et consacre toute son énergie à son mandat d’élue locale. Toutes nos félicitations à la nouvelle élue.

Les mollétistes sont circonspects

1

Exclusif. 22 h 12. Alors que la France retient son souffle, n’en pouvant plus d’attendre les résultats de l’élection du Premier secrétaire du Parti socialiste, les supporters de Guy Mollet sont, selon les plus récentes informations que nous avons pu recueillir, plongés dans la circonspection la plus achevée. Le net recul du vote Delanoë dans les isoloirs expliquerait-il cela ? Selon le sondage réalisé (selon la méthode des quotas et du doigt mouillé) auprès du dernier mollétiste vivant, ce dernier, malgré qu’il en ait, attend toujours la réaction de Gaston Defferre avant de livrer le moindre pronostic sur Ségolène Royal et Martine Aubry. Bien au contraire.

Bertrand Delanoë en chute libre

1

Exclusif. 21 h 33. Selon les premiers sondages diligentés par la rédaction de causeur.fr auprès d’un échantillon représentatif de 132,5 suffrageants membres du Parti socialiste (réalisé à la sortie des bureaux selon la méthode éprouvée des quotas et du doigt mouillé), le maire de Paris (PS), Bertrand Delanoë, serait en très mauvaise posture pour être élu dès ce soir au poste de premier secrétaire. L’intéressé s’est, pour l’heure, refusé à tout commentaire.

Voulons-nous vraiment d’un Outreau autonome ?

120

J’aimerais poursuivre ici les excellentes réflexions du camarade Leroy sur le grand péril autonome. L’instant présent en France est celui de la tentative de fabrication d’une nouvelle figure de l’imaginaire social : le « terroriste anarcho-autonome ». Il s’agit de la troisième figure fantasmatique du « Mal absolu contemporain », succédant historiquement à la fabrication des figures du « pédophile » et du « terroriste islamiste ».

Nous devons apprendre d’urgence à distinguer les registres, si nous ne désirons pas que le scandale et la catastrophe d’Outreau se répètent, avec les mêmes conséquences dévastatrices, pour les présumés « terroristes autonomes » mis en examen sans preuve matérielle le 15 novembre. Il serait peut-être temps pour un grand nombre de journalistes, pour la Police et la Justice, de tirer réellement les conséquences d’Outreau, dans la pratique et pas seulement dans le discours. La réaction doit intervenir maintenant. Ces institutions, si elles souhaitent recouvrer leur dignité, ne peuvent pas répéter les mêmes catastrophiques erreurs et le même rituel de la repentance à retardement, une fois qu’il est trop tard et que des vies ont été détruites.

Nous devons rigoureusement distinguer le registre de la réalité de celui de l’imaginaire social, de la fantasmatique sociale. Dans le registre de la réalité, il existe des personnes responsables de viols et de meurtres d’enfants, comme il existe des attentats islamistes sanglants. Mais, à ma connaissance, il n’existe aucun précédent d’un attentat autonome contre des personnes. Pas plus qu’il n’existe la moindre preuve attestant d’un projet d’attentat autonome contre des personnes.

A côté de la réalité tragique des crimes pédophiles et des attentats islamistes avérés, nous avons vu se former un certain dispositif à la fois politique, judiciaire, législatif et médiatique qui a produit un certain nombre d’images sociales, de fantasmes collectifs. Et nous avons pu observer les conséquences désastreuses que ces fantasmes collectifs ont eues dans la réalité. Loin de réduire les maux et les douleurs suscités par ces crimes, ils ont empoisonné notre vie sociale et démultiplié les douleurs.

Les figures fantasmatiques du « pédophile », du « terroriste islamiste » et du « terroriste anarcho-autonome » présentent de nombreux traits communs. La structure du fantasme est identique : une essence diabolique dissimulée derrière une apparence quelconque. La voie est ainsi ouverte à une suspicion généralisée. N’importe quel être quelconque, banal, devient un suspect. C’est ainsi que, dans le langage de nombreux journalistes complices de cette paranoïa programmée, l’épicerie de Tarnac est devenue une « épicerie tapie dans l’ombre » et la ferme retapée par des amis une mystérieuse « base » terroriste. Dans ce montage, le caractère diabolique du mal est renforcé dans le fantasme par un caractère d’invisibilité, d’indiscernabilité. Le terme de « cellule invisible », inventé de toutes pièces par le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, lors de la conférence de presse du 14 novembre annonçant la mise en examen des suspects, ne figure dans aucun écrit « autonome ». Il a été immédiatement repris et diffusé comme parole d’évangile par toute la presse. Il ne résulte pourtant que d’une déformation de la signature collective de L’insurrection qui vient, le « Comité invisible », dont le caractère poétique et humoristique, ne correspondant à aucune instance politique réelle, saute pourtant aux yeux de quiconque parcourt quelques lignes de ce texte. Il existait dans la littérature autonome un « Parti Imaginaire ». Il existe désormais aussi une Cellule Imaginaire.

Enfin une femme à l’Académie française !

47

A Paris, quand une femme atteint l’âge malheureux qui invite au respect plus qu’il ne pousse au crime, s’offre à elle une alternative pour occuper ses jeudis après-midi : aller à la Coupole ou sous la Coupole. La vie, vraiment, tient à peu de choses. Une simple erreur de préposition et vous vous retrouvez à devoir supporter la compagnie des taxi boys plutôt qu’à endurer la conversation de leurs grands-pères. C’est le grand malheur qui vient de frapper Simone Veil : les chemins qui mènent boulevard Montparnasse lui sont désormais fermés, elle vient d’être élue à l’Académie française.

Hier, c’était jour de fête chez les trente-neuf autres gérontes et gérontesses du quai Conti. On s’est congratulé à s’en faire péter le sonotone, on a débouché une roteuse pour faire chabrot au champagne, il s’en est fallu de peu pour qu’Erik Orsenna entonnât le grand air de La fille de Madame Angot. Giscard avait déjà déballé l’accordéon. L’ambiance y était. La plus contente était de loin Jacqueline de Romilly, qui escompte bien recevoir de l’impétrante quelques tuyaux – et peut-être des rabais – sur l’IVG. Il n’y a pas d’âge pour la gaudriole. Vert, toujours vert.

Tandis que René Girard dissertait sur La Pesanteur et la Grâce – le chef d’œuvre de Simone[1. L’auteur consacre la majeure partie de cet ouvrage à établir la différence sémiologique entre le V et le W.] –, il se trouvait l’un ou l’autre râleur pour marmonner : « Encore une femme… On avait déjà Yourcenar, ça ne leur suffisait pas ? » Plus mesurée encore, Hélène Carrère d’Encausse faisait part à Angelo Rinaldi des craintes qu’elle éprouvait : le job de première secrétaire a beau être à perpétuité, on ne se méfie jamais assez des nouvelles. Rinaldi a maugréé. Quant à Jean Dutourd, qui ne boudait ni son plaisir ni sa satisfaction, il a demandé de quel fauteuil Momone avait hérité et si l’on trouvait encore à Paris des coussins péteurs assez corrects.

Que de quolibets ! A même pas cent ans, Simone Veil a l’âge de rejoindre les Immortels – une ancienne tradition recommande de les choisir suffisamment vieux pour que la promesse d’immortalité ne dure pas trop longtemps. Elle en a aussi toutes les qualités. Il se raconte même que son élection n’est pas le fruit du hasard : jamais on n’aura vu lexicographe plus achevé que l’ancienne présidente du Parlement européen. Il suffit de lui susurrer à l’oreille le nom de François Bayrou pour l’entendre labourer un champ lexical de long en large : « Mauvais, intrigant, opportuniste, ambitieux, arriviste, prétentieux, carriériste, menteur, trompeur, hâbleur, esbroufeur, bluffeur, poseur, traître, factieux, séditieux, apostat, infidèle, félon, fourbe, déloyal, parjure, lâcheur, renégat… »

Mais la compétence lexicographique n’est pas la seule qualité de Simone Veil. Elle n’a pas son pareil en versification française et, depuis la mort de Racine, on ne lui trouve aucun rival sérieux sur la place de Paris. Il suffit de lui demander ce qu’elle pense du président du Modem pour qu’elle octosyllabise sur-le-champ :
« Ah ! c’est un traître sûrement,
Mais aussi un illuminé… »

Et puis, on ne le dira jamais assez : Simone Veil, c’est aussi une œuvre littéraire colossale. Elle est l’auteur de deux ou trois livres qui rempliraient à eux seuls la bibliothèque de Nicolas Sarkozy s’il avait songé à les acheter. On n’hésitera pas à se procurer sa remarquable autobiographie, parue sous le nom assez surprenant de : Une vie. Le lecteur en consultera notamment la traduction anglaise qui seule sait parfaitement rendre le style inimitable de la nouvelle académicienne : « François Bayrou is an asshole. »

Et modeste, avec cela ! A peine était-elle élue hier à l’Académie française qu’elle répondait à un journaliste qui lui demandait de débiter quelques phrases pour compléter la nécro fournie par l’AFP : « J’éprouve un très grand honneur qui m’étonne encore aujourd’hui, parce que je ne vois pas les raisons pour lesquelles je me trouve dans cette situation. » Pousser la modestie jusqu’à cacher qu’on a fait soi-même acte de candidature à un poste, c’est ce qui s’appelle de la grande classe. Ou un petit Alzheimer. Va savoir, Simone.

Une vie

Price: ---

0 used & new available from

Mauvaise mine

6

Le commandant Sebastian Morley, chef des SAS britanniques en Afghanistan, vient de démissionner, accusant son gouvernement de « sous-investissement chronique ». D’après lui, ce manque d’engagement financier aurait directement provoqué la mort de quatre de ses hommes en juin dernier. Selon l’officier, les quatre soldats d’élite ont trouvé la mort parce que leur véhicule, insuffisamment protégé et donc inadapté aux menaces de ce théâtre d’opérations, a sauté sur une mine. Qu’en pensent tous ceux qui, depuis trois mois, critiquent sans cesse les carences de l’armée française en Afghanistan, en rabâchant à quel point les Britanniques, eux, sont mieux équipés ? Qui nous répètent que si on avait acheté les véhicules blindés utilisés par l’armée de Sa Majesté, on aurait pu éviter les conséquences tragiques de l’embuscade qui a coûté la vie à 11 militaires français ? Cette démission devrait servir de leçon : même outre-Manche, les moyens ne sont pas illimités et les choix difficiles, voire cruels. Même chez les anglicans, il faut parfois déshabiller saint Pierre pour habiller saint Paul.

Fool Moon

20

Toute ma vie j’ai rêvé d’être un chanteur de rock. Jamais un batteur. Le batteur, s’il n’est que batteur, reste à mes oreilles le plus interchangeable des membres d’un groupe[1. Pardon aux lecteurs-batteurs.]. La seule personne irremplaçable en matière de musique, c’est évidemment le compositeur, et éventuellement le parolier – qu’il s’agisse de rock ou de baroque, de Monteverdi ou de Ron Maël[2. Auteur-compositeur de Sparks, le meilleur groupe du monde since 1972 (maison sérieuse)].

Mais voilà, Keith Moon était tout sauf rien qu’un batteur. S’il frappait sur ses peaux comme un sourd, c’est sans doute qu’il aurait pu continuer même sourd comme un Beethoven – voire aussi muet et aveugle, comme le Pinball wizard [3. Héros de l’opéra rock Tommy, pour les incultes.]. C’est même pour ça qu’il était non pas l’âme des Who, mais son double extraverti.

L’âme bien sûr c’est Pete Townshend, auteur-compositeur-interprète du groupe qu’il a – et qui l’a – élevé au-dessus de lui-même. Pas de Who sans Pete, ses grands bras à moulinets, ses ailes d’albatros et son univers de Peter Pan.

Mais il avait besoin de Keith Moon comme sparring-partner, tant leurs fêlures étaient complémentaires. Tel n’était pas le cas avec le chanteur Daltrey (le blond péroxydé aux-tablettes-de-chocolat), ni même avec le bassiste John Entwistle (mort-vivant bien avant son décès, et visiblement heureux de l’être).

Est-ce par hasard, comme disait l’autre, si le dernier album des Who dignes de ce nom (Who are you, 1978) fut aussi le dernier auquel Keith ait participé ?

En vérité, le Fool Moon, « parrain du punk » selon Alice Cooper, n’aurait jamais pu être le leader de quoi que ce soit. Il fuyait assez raisonnablement les responsabilités, conscient de ne pouvoir en assumer aucune (surtout sur le long terme).

Townshend lui-même avait dès l’origine laissé la vedette à Daltrey pour des raisons, disons, « complexes ». Plus précisément, un double complexe d’infériorité externe et de supériorité interne, du genre plutôt dur à gérer : en haut de l’échelle, mais légèrement à côté…

Ensemble, ces deux mecs génialement bancals faisaient tenir debout les Who et leur légende. En perdant son pote, Pete n’a sans doute pas perdu son talent ; mais peut-être sa « volonté de vouloir » comme disait Jankélévitch – qui n’a pas dit que des conneries.

Récemment, la chaîne Discovery a consacré à Keith Moon un bon doc, où l’on comprenait l’essentiel du personnage à travers « ses dernières heures ». Sa mort prématurée (32 ans seulement, plus fort que le président Jésus[4. Mutatis mutandis.] !) était inscrite dans sa vie : ce mec refusait de grandir.

A l’âge de la « comédie sociale » et de la « tragédie sexuelle[5. Comme René Girard définit joliment l’âge adulte.] », ses distractions favorites étaient restées celles d’un potache fêlé : exiger un waterbed géant dans sa chambre d’hôtel, pour le crever aussitôt à coups de couteau ; foncer dans une piscine au volant de sa Rolls[6. En fait une Lincoln, selon d’autres sources.] ; goûter un somnifère pour chevaux juste avant de monter sur scène, quitte à en tomber K.O. au beau milieu d’un solo…

Mais c’est aussi ça, c’est surtout ça, l’esprit rock ! « When I see the price that you pay / I don’t want to grow up », chantaient les Ramones, avant de le prouver en mourant l’un après l’autre sans être jamais passés par la case « adulte ».

A cet égard, un regret : le documentaire ne donne pas la parole aux deux survivants des Who. Ont-ils refusé, et pourquoi ? L’histoire ne le dit pas. A défaut, c’est la dernière petite amie de Keith, Annette Walter Wax (par ailleurs bien conservée) qui parle le mieux de lui.

Elle raconte comment il se détruisait consciencieusement en mélangeant drogues, alcools et… médicaments de sevrage anti-alcoolique[7. Ainsi a-t-on retrouvé dans son organisme, entre autres, 32 pilules d’Héminévrine (un genre d’Espéral du XXe siècle, pour les amateurs).].

Elle raconte même pourquoi : sa grande crainte, c’est que « s’il avait été sobre, ses amis l’auraient trouvé ennuyeux ».

Et puis il y avait son « péché originel » à lui, qu’il ne se pardonnait toujours pas malgré les années, la police, la justice et une psychothérapie carabinée : « Il se sentait coupable de la mort d’un ami qu’il avait écrasé par erreur en fuyant une bagarre avec des skinheads. »

Bref, résume le doc, s’il n’aimait que « faire la fête », c’est que « personne n’a jamais pu le convaincre que tout allait bien ».

Après, bien sûr, il y a ses médecins qui nous révèlent avoir décelé chez lui « de graves troubles de l’attention avec hyperactivité ». Tu m’étonnes ! Ce mec-là ne pouvait survivre qu’en s’étourdissant en permanence par tous les moyens, même létaux.

« Voilà pourquoi votre fille est muette » – et notre batteur mort. Mais au-delà de Molière et de ses Diafoirus, je tiens que Keith Moon souffrait d’un malaise ontologique qui, finalement, se résume assez bien dans l’expression « What the fuck ? »

On est loin ici des pseudo-révolutions à la Clash ou à la con. Je diagnostiquerais plus volontiers chez Moon une « rebel attitude » foncièrement personnelle, donc rétive à tout embrigadement. N’était-ce pas d’ailleurs la marque de fabrique des Who ?

Comme me le révélait récemment l’ami Marc Cohen, pour mon plus grand bonheur, le très conservateur magazine américain National Review a eu l’amusante idée d’établir le Top 50 des chansons les plus réacs de l’histoire du rock. Numéro 1, devinez quoi ? Won’t get fooled again[9. La meilleure chanson du meilleur album du meilleur groupe de rock du meilleur XXe siècle.]. En gros, « on ne se fera plus niquer ». Tout un programme !