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Je me souviens d’Elizabeth II

Je me souviens d’Elizabeth II
1969 © Joan Williams / Rex Fea/REX/SIPA

Quand l’image de la reine se confondait avec nos mythologies anglaises… Le jour des funérailles de la reine, chacun se souvient d’elle à sa façon. Le regard de Thomas Morales.


Je me souviens de John Barry et de Jane Birkin à l’intérieur d’une exiguë Jaguar Type E dans la moiteur du Swinging London.

Je me souviens d’avoir été forcé d’avaler un sandwich au concombre par la mère d’un correspondant, lors d’un déjeuner sur les bords de l’Ouse, dans la cité médiévale de York. L’avait-elle aspergé de sauce Worcestershire ? Je ne peux l’affirmer avec certitude aujourd’hui.

Je me souviens que mon père et Sammy Miller, la légende du motocyclisme britannique, parlementaient autour d’une Honda pendant que j’essayais, du haut de mes trois ans, de grimper sur cette moto de trial sous le regard amusé du champion. Il trouvait cette famille française assez folle pour avoir traversé la Manche en Citroën Méhari avec un enfant en bas âge.

Je me souviens que nous avions les mains graisseuses après avoir huilé nos vestes Barbour, préliminaires à l’ouverture de la chasse et que nous rêvions d’un Land Rover à calandre enfoncée pour explorer les forêts de Sologne comme on arpente les allées de Balmoral.

Je me souviens que la famille royale achetait ses petites culottes chez Marks & Spencer et que je m’empiffrais de tartes aux noix de pécan quand cette enseigne tenta de s’implanter une première fois à Paris, dans les années 1970/90, avec un succès limité.

Je me souviens que j’étais fasciné par les lunettes demi-lune fournies par la National Health Service, l’équivalent de notre Sécurité Sociale. J’avais découvert ces précieuses montures dans le livre « Quality : objets d’en face » de Bernard Rapp aux éditions du May.

Je me souviens qu’il y avait deux camps aussi irréconciliables que les Tories et les Whigs dans les cours de lycée sur la manière de porter un duffle-coat Gloverall : les tenants des boutons en bois et les partisans des boutons en corne.

Je me souviens de la série télévisée Bizarre, Bizarre diffusée le dimanche soir sur FR3. Chaque épisode était présenté au coin du feu par Roald Dahl, à la fois écrivain pour la jeunesse mondialement célèbre et héros de la couronne pour ses actes de bravoure dans l’Escadrille 80 durant la Seconde guerre mondiale.

Je me souviens que dans le paquebot « Old England » du boulevard des Capucines, on trouvait des pulls en shetland couleur moutarde et des chaussures Church’s Grafton à la teinte mordorée.

Je me souviens que dans The New Avengers, Purdey portait des juste-au-corps mauves et qu’elle rendit la coupe au bol (courte) hautement érotique à une époque où le brushing « drôle de dames » s’imposait sur tous les écrans.

Je me souviens que mon ours Paddington avait été atteint d’une pelade et que son chapeau en feutre rouge avait mystérieusement disparu dans ma chambre d’enfant.

Je me souviens que ma cousine Catherine m’avait ramené d’un voyage linguistique la Lotus Esprit sous-marine du film, L’Espion qui m’aimait. Cette miniature Corgi possédait quatre missiles sur son toit. Lors de leur première éjection, je perdis l’un d’entre eux.

Je me souviens d’avoir lu les souvenirs de Simon Templar (Roger Moore) où l’acteur évoquait le début de sa carrière dans les studios de Pinewood à l’Ouest de Londres.

Je me souviens que ma mère mettait en boucle dans sa Mini British Open le tube « Sugar Me » interprété par l’émouvante Lynsey de Paul, compagne violentée de James Coburn.

Je me souviens des Hovercrafts, géniales inventions survolant le Channel sur coussins d’air, entre Calais et Douvres, aussi lunaires que le projet avorté d’aérotrain de Jean Bertin.

Je me souviens de l’ogre Taubelman (Peter Ustinov) dévorant un plateau d’huîtres dans Un taxi mauve d’Yves Boisset et d’un Philippe Noiret, perturbé par la poitrine de Charlotte Rampling.

Je me souviens que le colonel Clifton du MI-5, personnage de bande-dessinée créé par Raymond Macherot dans le Journal de Tintin dépensait sa pension de retraite à nourrir ses chats et à compléter sa collection de bagues à cigares.

 Je me souviens du générique du Club des cinq et que le chien Dagobert était la véritable vedette de ce Famous Five.

Je me souviens que ma grand-mère considérait les « Royal warrant of appointement » apposés sur l’étiquette d’un vêtement ou le couvercle d’une boîte de thé comme des garanties suprêmes de qualité.

Je me souviens du revers à deux mains de Chris Evert avec sa longue raquette en bois Wilson sur le gazon de Wimbledon.

Je me souviens d’une reine, porte-drapeau et porte-manteau d’un art de vivre séculaire, un peu fantasmé et un peu exotique vu de notre pâle hexagone.

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Journaliste et écrivain. A paraître : "Et maintenant, voici venir un long hiver...", Éditions Héliopoles, 2022

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