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À l’Assemblée nationale, le RN les rend fous!

À l’Assemblée nationale, le RN les rend fous!
Marine Le Pen à l'Assemblée nationale, 20 juillet 2022 © Jacques Witt/SIPA

Cela s’est notamment remarqué lors d’une passe d’armes entre le garde des Sceaux et le député Odoul, le 19 juillet…


Pourtant j’aurais dû le savoir. Quand on réclamait une représentation plus juste plus fidèle du pays à l’Assemblée nationale, il allait de soi que le RN devait en être exclu… Quand on invoquait et qu’on célébrait à longueur de mots et de postures la démocratie, l’évidence était que celle-ci ne devenait acceptable que si elle ostracisait le RN. Puisque ce parti est nazi, fasciste, raciste, antisémite, non républicain – le retour d’un nouvel Hitler dans ses fourgons ! – et qu’il attise “les peurs, la haine et la division” comme l’a dit encore récemment cet homme de nuances qu’est le garde des Sceaux. Sans doute ai-je oublié dans cet inventaire tel ou tel grief qui aurait ajouté à l’opprobre ?

Argumentation désespérée

Je ne me donnerai pas le ridicule de contredire cette accumulation dénonciatrice au nom de la multitude qui a voté pour ce parti et de l’attitude qui est la sienne à l’Assemblée nationale et qui n’est pas honteuse. Je ne pousserai pas la polémique jusqu’à souligner que l’antisémitisme de la droite extrême, au cours de ces dernières années, n’a tué personne. Pour s’attirer le vote musulman, une certaine extrême gauche est au contraire bien complaisante à l’égard de l’islamisme antisémite, abandonnant une lutte légitime pour un combat douteux. Que Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire LFI, continue à faire comme si le danger était là où il n’est pas en épargnant sa propre mouvance, pourquoi pas ? C’est dans la logique aberrante des choses partisanes. Que Fabien Roussel qui frôle parfois le parler-vrai continue à cibler exclusivement l’extrême droite est plus décevant, alors qu’il a pourtant déploré le caractère provocateur du tweet de Mathilde Panot sur la rafle du Vél d’Hiv et Emmanuel Macron.

Je pourrais être tenté de me livrer à une argumentation mais je la sais désespérée. Le père et ses délires historiques répudiés, est-il normal de continuer à traiter la fille sur le même mode ? Quand on ne peut contester la réalité d’une heureuse normalisation, on la qualifie d’hypocrite, de sorte que clairement le RN est condamné quoi qu’il fasse ou dise ou ne dise pas. Je résisterai à un développement sur l’union des droites, désirée par certains mais tellement refusée par une majorité des LR et Marine Le Pen qu’il n’est plus nécessaire de l’évoquer. Il nous manque le Mitterrand formidable tacticien capable de réaliser une unité apparemment impossible. Il est vrai qu’aujourd’hui, pour poursuivre cette comparaison, le risque serait de voir le RN absorber la droite classique.

La vie politique française a-t-elle toujours besoin de stigmatisation?

Je ne tomberai pas à nouveau dans le ridicule d’avoir à me justifier au sujet du RN en rappelant que mon vote ne lui sera jamais acquis pour des raisons politiques et économiques mais que j’ai cependant le droit de chasser les fantasmes à son propos. Je l’avoue : j’imaginais que ce beau et équitable coup de force législatif, avec cette majorité seulement relative pour Renaissance, cette impressionnante représentation de la Nupes et ces 89 députés RN (que Marine Le Pen n’espérait pas, même au comble de l’optimisme), permettrait de mettre au rancart les constants affrontements de la France livrée à elle-même puisqu’ils se pacifieraient naturellement par la magie du débat parlementaire.

J’aspirais à ce qu’on dépassât le partage entre le bon grain et l’ivraie puisque l’élection de tous les députés les constituait, sans discrimination, comme du bon grain. Dans le sens où ils avaient à être perçus, au regard de la démocratie, comme égaux en dignité et méritant donc de bénéficier d’un traitement similaire dans le cadre de la délibération collective ; cette richesse républicaine magnifiant les antagonismes en une vérité supérieure, pour peu que le pouvoir et ses opposants y mettent du leur. Mon approche avait le grand tort d’oublier la perversion fondamentale de la vie politique française qui a toujours besoin d’une stigmatisation sous l’esprit et d’une vitupération morale dans son sac. Rêver d’une sérénité par l’entremise de l’élection législative était de ma part une aberration prenant ses désirs pour un inconcevable monde raisonnable. En réalité, le RN les a rendus tous fous.

Le fait qu’on attendait – qu’on espérait – le pire de lui et qu’il a déçu même ses contempteurs les plus acharnés, loin de faire diminuer la tension, l’a aggravée. On avait tellement pris l’habitude de remplacer l’intelligence par l’indignation qu’on n’était plus capable de changer de registre. L’hostilité qui ne s’interroge jamais est un confort. Je suis navré de reprendre quelques exemples auxquels j’ai déjà fait un sort dans tel ou tel de mes billets ; l’actualité est si riche en épisodes délétères qu’elle m’en offre également de nouveaux. Il y a bien sûr cette invocation lassante de “l’arc républicain” qui ne signifie rien. Cette distinction choquante et indémontrable entre les opposants qui seraient des adversaires et ceux qui seraient des ennemis : la Nupes et le RN. De la part de Gérald Darmanin dont le talent se dévoie par surenchère et courtisanerie. Cette manière scandaleuse de chasser du débat par principe les députés qui, sans inconditionnalité ni révérence, l’auraient justement enrichi.

La Première ministre Bordeau Chesnel

Il y a la Première ministre, tellement équilibrée par ailleurs, qui ressasse qu’elle n’a pas “les mêmes valeurs que le RN” sans prendre jamais la peine de les nommer et de les expliciter. Il y a ce ministre de l’Education nationale qui décrète qu’il ne discutera jamais avec le RN. Il y a ce jeune malappris qui refuse de saluer ses collègues parce qu’ils sont du RN et qui avec d’autres a organisé une mise en scène grotesque devant l’Assemblée nationale. Il y a ce député Renaissance qui fait le salut nazi pour prétendument répondre à celui qu’un député RN n’a pas fait et contre cette indécence, on ne peut que saluer la réaction de la présidente de l’Assemblée nationale et de la présidente du groupe Renaissance.

Comment ne pas s’arrêter aussi sur les attitudes du garde des Sceaux tellement révélatrices ? Il affirme d’abord être prêt à “travailler” avec le RN puis, sans doute dépassé par cette tolérance subite, déclare avoir été mal compris et reprend, sans déroger, sa ligne sur “la haine, les peurs et la division” du RN qui serait tout de même plus “dangereux” que LFI parce qu’il se masquerait : en gros, malfaisant ou correct, il serait le même! On a eu une lamentable illustration de ce sectarisme lors d’un échange entre le ministre de la Justice et le député RN Julien Odoul. Le premier, peu de temps après sa nomination, avait nié que la France soit “un coupe-gorge” et soutenu que l’insécurité était un “sentiment”. Il en avait tout à fait le droit. Ce député lui a posé une question, au soutien de sa conviction que la France était en effet “un coupe-gorge”, en rappelant quelques affaires criminelles gravissimes commises en des lieux différents. Cette interrogation n’avait rien de honteux. Pourtant Eric Dupond-Moretti, incapable de modifier son logiciel partisan, n’a pas réagi sur le fond, fût-ce pour contester, mais a éructé contre le RN. Si je n’avais pas connu l’avocat brillant, j’aurais conclu que le ministre décidément n’était pas à la hauteur.


Rien n’est irréversible

Il y aura, je le crains, d’autres péripéties dérisoires, ridicules, partiales ou indignes qui altéreront le climat de l’Assemblée nationale. Elles ne pourraient cesser que si plusieurs conditions étaient réunies : – Une prise de conscience par la macronie, et d’abord du président et de la Première ministre, du fait qu’en semant un ostracisme non républicain, on récolte des tempêtes aux antipodes de la démocratie. – – L’abandon de cette fausse bonne idée d’un Conseil national de la refondation qui créerait une concurrence déloyale à l’égard d’une Assemblée à protéger précieusement, parce qu’elle est aujourd’hui la vraie rénovation.

– Le sursaut de LFI qui, projetée par le pouvoir dans le même opprobre parlementaire que le RN, pourrait se raviser et accepter, au moins dans la forme, d’engendrer une autre atmosphère. Moins de bruit, de fureur et de détestation systématique pour plus d’écoute, de vrai dialogue et de vérité.
– Moins de pudibonderie des députés LR : on peut refuser toute alliance avec le RN sans se poser, dans la quotidienneté parlementaire, des questions qui conduisent à négliger certaines convictions communes, notamment sur les plans de la sécurité, de la Justice et de l’autorité de l’Etat.
– Un changement radical, sur le plan de la pratique parlementaire, à l’égard du RN. Tant que celui-ci sera pourfendu par une facilité éthique (jamais questionnée) et non par une contradiction politique argumentée, tant qu’on s’obstinera à ne pas le créditer de sa bonne volonté républicaine en lui reprochant même le soutien ponctuel qu’il donne au projet de loi en discussion, tant qu’on lui imputera une haine qu’on éprouve à son égard malgré la purification que l’AN aurait dû opérer, tant qu’il sera dedans mais traité comme s’il était dehors, rien ne sera modifié.

C’est sans doute dur à accepter mais la seule stigmatisation morale est, malgré sa noblesse apparente, un signe d’impuissance qui n’a aucun effet politique. Elle amplifie au contraire ce qu’elle croit réduire. Qu’on continue ce processus, et l’Assemblée nationale continuera à favoriser cette dérive, voire ce mépris du pays contre sa classe politique. Alors qu’on avait le droit d’imaginer qu’ayant accueilli en son sein une France plus authentique, contrastée et diverse, elle aurait pu apaiser la révolte, les ressentiments et les angoisses de notre pays. Ils sont venus la gangrener.

Rien n’est irréversible. J’en veux pour preuve les débats parlementaires dans l’après-midi du 18 juillet sur le projet de loi concernant le pouvoir d’achat. Ils n’étaient pas médiocres. Serait-il donc impossible de constituer ces lueurs ponctuelles en une lumière honorable et constante ?


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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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