Le taux moyen des cartes de crédit aux États-Unis est actuellement de 23%. Trump entend les plafonner.
Le nouveau combat de Donald Trump n’a rien d’exotique.
Pas la Chine. Pas l’immigration. Pas l’expansion territoriale, mais… les cartes de crédit. Cœur nucléaire de la consommation américaine, perfusion quotidienne de millions de ménages, la carte de crédit est devenue, selon lui, une machine à tondre les classes moyennes. Et comme souvent avec Trump, la nuance n’est pas invitée à la table. Son diagnostic est simple : les credit card companies« arnaquent » les Américains avec des taux délirants. Et il faut que ça cesse. Maintenant. Pas après étude d’impact. Pas après concertation. Avant les mid-terms. Le taux moyen des cartes de crédit se situe aujourd’hui autour de 23 %. Il peut grimper jusqu’à… 36 % pour les profils jugés « à risque ». Sa solution ? Un plafond légal à 10 % – un taux jamais vu, selon le Wall Street Journal, depuis 1984. Pas une proposition. Une sommation – que les démocrates s’abstiennent de trop critiquer, puisqu’à sa façon, Trump fait du social. Un plafond à 10 % ferait ainsi économiser environ 100 milliards de dollars d’intérêts aux ménages américains. De l’argent qui retournerait dans la consommation. Interrogé sur ce qu’il ferait si les sociétés financières refusaient d’obéir, Trump a répondu avec la délicatesse qu’on lui connaît : « Elles contreviendraient à la loi. » Les banques, elles, hurlent déjà. Risque de défaut plus élevé. Crédit rationné. Explosion de l’endettement des plus fragiles. Bref, elles agitent tous les épouvantails connus. Mais dans l’univers trumpien, il n’y a qu’une issue : un deal. Mais un deal de gauche.
La radio de Matthieu Pigasse s’est spécialisée dans le recyclage des humoristes débarqués de l’audiovisuel public. Sous couvert de lutte contre l’extrême droite, le milliardaire de gauche leur laisse carte blanche pour dérouler un programme indigéniste, islamo gauchiste, décolonial et antisioniste. Prière de ricaner.
Mercredi 14 janvier, Benjamin Duhamel recevait sur France Inter le banquier gauchiste Matthieu Pigasse. L’occasion pour ce dernier de rappeler, pour la millième fois, qu’il mène « une bataille culturelle contre l’extrême droite et la droite radicale » qui, selon lui, « matraquent de manière obsessionnelle leurs fantasmes » dans les médias Bolloré et mènent de surcroît, actuellement, une « action contre l’audiovisuel public » – rappelons que lui-même qualifiait il n’y a pas si longtemps Radio France de « voix du pouvoir ». Les médias qu’il dirige seraient en revanche totalement indépendants et ne se contenteraient pas de « commenter des thèmes » – l’insécurité, l’islam et l’immigration –, mais délivreraient une véritable information basée sur des faits. « Mes médias ont une ligne », concède toutefois M. Pigasse tout en assurant ne pas interférer dans leurs contenus, contredisant ainsi le même M. Pigasse qui affirmait il y a quelques mois, dans Libération, lutter farouchement contre la « droite radicale » et vouloir «mettre les médias [qu’il] contrôle dans ce combat ». À la question de savoir si, des fois, il ne serait pas un peu le « Vincent Bolloré de gauche », le banquier d’affaires au grand cœur répond avec des arguments à vous arracher des larmes : « Tout nous oppose avec Vincent Bolloré, à commencer par les valeurs, pas besoin de le dire. Moi, j’ai toujours prôné la justice sociale, l’ouverture à l’autre, le partage des richesses » – c’est beau comme du François Hollande. Ou du Xavier Bertrand. Ou du Jean-Luc Mélenchon. Ou du Raphaël Glucksmann. Ou du Olivier Faure. Ou du Fabien Roussel. Ou du Édouard Philippe. Ou du Marine Tondelier. [Liste non exhaustive].
Peser sur 2027…
Matthieu Pigasse regrette encore de s’être fait voler la vedette, il y a bientôt dix ans, par Emmanuel Macron. Énarque, proche du PS, conseiller de Dominique Strauss-Kahn puis de Laurent Fabius au ministère de l’Économie et des Finances, banquier d’affaires et associé-gérant chez Lazard, il ne lui manquait pas grand-chose pour briguer, comme son clone Emmanuel Macron, la présidence de la République en 2017. Au magazine Vanity Fair, il confirmera, quelques mois après les élections, avoir reculé au dernier moment, en accusant « ceux qui ont fait Macron », François Hollande en tête, de l’avoir « bloqué ». Depuis, le banquier a musclé son discours d’ultra-gauche et étoffé son portefeuille médiatique : Mediawan, l’entreprise productrice de contenus achetés par la télévision publique, Le Monde, Télérama et Le Nouvel Obs, excusez du peu. Progressistes, immigrationnistes et woke, ces médias dénoncent régulièrement les « vagues réactionnaires » qui submergeraient notre pays et présagent le retour du fascisme si l’« extrême droite » gagne les prochaines présidentielles. Rien de nouveau, donc, sous le soleil de la bien-pensance centro-socialo-gauchiste, la même qui favorisa, au nom du « front républicain », l’accession au pouvoir du plus néfaste président de la Ve république, j’ai nommé Emmanuel Macron. Face à Benjamin Duhamel, M. Pigasse laisse planer le doute sur sa potentielle candidature, mais assure vouloir « peser le plus possible sur la présidentielle de 2027 ». Pour cela, il compte sur une presse à ses ordres et sur ses… humoristes.
En effet, l’homme d’affaires est également propriétaire de Radio Nova. Nova, c’est essentiellement des pubs et un programme musical composé de toutes les daubes techno, rappeuses, slameuses et nakamureuses passées ou actuelles. « Éclectique, mais plutôt marqué par la basse que par la guitare », avoue sans détour le directeur de la radio, Frédéric Antelme. Les dealers des cités, les sociologues de Paris 8 et les cadres branchés en raffolent, paraît-il. Côté humour, Guillaume Meurice, Aymeric Lompret, Juliette Arnaud et Pierre-Emmanuel Barré, transfuges de France Inter, animent chaque dimanche « La Dernière », une émission « transgressive » où tous les thèmes chers aux wokistes élevés en batterie universitaire, aux islamo-gauchistes, aux artistes anticapitalistes subventionnés, aux décoloniaux antisionistes en général et aux insoumis propalestiniens en particulier sont abordés avec un humour de plus en plus lourdingue. « J’ai souhaité créer un espace où on essaie de devenir moins cons », affirme Guillaume Meurice à Télérama. Raté ! Au fil des semaines, le succès aidant, lui et sa bande se sont mis à la hauteur d’un public conquis d’avance et se régalant d’entendre en boucle les mêmes blagues graveleuses débitées sur un ton crasseux. Sur internet, en tapant les mots-clés « bite », « couille », « connard », « merde », « pisse » ou « slibard », l’on est sûr de tomber soit sur un livre de Virginie Despentes, soit sur… une chronique de Pierre-Emmanuel Barré. Celle, par exemple, où avant de traiter le ministre de l’Intérieur de « grosse cuve à pisse », il assène en ricanant : « Dans la police il n’y a pas que des violeurs, il y a aussi des meurtriers. […] En fait, la police et la gendarmerie, c’est Daech avec la sécurité de l’emploi. » Ou celle dans laquelle il se gausse des Français qui se disent patriotes – « Je me régale à regarder ces vieux tas de fromage de bites avec leurs drapeaux bleu-blanc-rouge. […] Les patriotes, c’est vraiment la trace de pneu dans le slibard de Marianne. Ils sont devenus demeurés comme des brosses à chiottes à force de s’informer avec CNews. […] La nationalité française, donnez-la à n’importe quel étranger, avec ou sans métier, qui fait toc-toc à la France. On s’en bat les couilles de la nationalité française » –, avant d’annoncer son programme s’il était au pouvoir : « Pour chaque immigré naturalisé, on dénaturalise un connard français ! » Voilà le niveau ! Niveau qui ne risque pas de s’élever avec Akim Omiri et son émission quotidienne, « La Riposte ». Les obsessions de M. Omiri et de ses acolytes ? Les mêmes que celles de la bande à Guillaume Meurice. Une chroniqueuse de l’émission a récemment déclenché l’hilarité de ses congénères en rapportant les résultats d’un sondage révélant que 30 % des homosexuels se disent prêts à voter Jordan Bardella au premier tour des présidentielles : « C’est pas si étonnant. Ça reste la catégorie de personnes la mieux préparée à se faire enculer. » La blague, quoiqu’éculée, peut à la rigueur faire sourire. Mais je vous laisse imaginer ce qui se passerait si un propos analogue était tenu par un humoriste supposément de droite, sur un média Bolloré, à propos des homosexuels déclarant vouloir voter socialiste aux prochaines élections…
Transfuges
Autre transfuge de France Inter, le dénommé Djamil Le Schlag anime de son côté une émission hebdomadaire intitulée… « Les Grands Remplaçants ». « Le principe de l’émission : un décryptage humoristique de l’extrême droite et du racisme en France, à partir du vécu de personnes racisées », peut-on lire sur un des nombreux médias d’extrême gauche qui en font la publicité. « C’est l’énergie du rap transposé sur un plateau d’humour. On va se marrer. Razzia sur la bande FM et gros ulcères pour les lecteurs de Renaud Camus », assure-t-on sur le site de la radio. Sous couvert d’humour, le militantisme indigéniste est totalement assumé. Les sketches ressemblent à de laborieux tracts politiques diversitaires et décoloniaux. Les humoristes et leurs invités sont très majoritairement « racisés », se revendiquent comme tels et se moquent régulièrement des Français qui renâclent à l’idée de voir leur pays ressembler à la Belgique, pays que Djamil Le Schlag admire pour sa société multiculturelle, une réussite selon lui, et pour le « cordon sanitaire » de ses médias publics qui « mettent au ban de la société les fachos et les racistes » : « En Belgique, si t’es raciste on t’invite pas à la télé, alors qu’en France, sur certaines chaînes, on t’invite que si tu es raciste. » Lui n’est pas raciste, bien sûr. Pourtant, sur le média communautariste Paroles d’honneur, il déclare ne vouloir embaucher pour son émission que « des Arabes et des Noirs ». Il préconise par ailleurs « de ne jamais aller dans les endroits où il n’y a que des Blancs ». À ceux qui en doutaient encore, ces propos prouvent que l’antiracisme racialiste, dont se prévalent les chroniqueurs de Radio Nova, cache – de plus en plus mal, il est vrai – un racisme antiblanc bien réel.
Matthieu Pigasse, propriétaire de Radio Nova, invité de la matinale de France Inter, 14 janvier 2026. Capture d’écran France inter
Matthieu Pigasse est fier de ses recrues. Il adore les entendre éructer des insanités contre les Français qui votent mal, contre les policiers, contre CNews, contre les « islamophobes ». Il jubile de les voir s’acoquiner avec Rima Hassan, Rokhaya Diallo, des activistes immigrationnistes, des militants antisionistes, des écologistes radicaux islamo-compatibles. La logorrhée ordurière de Pierre-Emmanuel Barré le met en joie. Une méchante blague sur Pascal Praud ou Christine Kelly lui fait la journée. Ses bouffons ont carte blanche. « En face, ils n’ont pas de limites, donc je leur ai dit de ne pas en avoir non plus », déclare-t-il à Libération. Message reçu cinq sur cinq. Tous les excès sont admis du moment qu’ils permettent de colporter l’idée que la France est, de toute éternité, un pays raciste, xénophobe et islamophobe. Radio Nova est à l’image de la France souhaitée par M. Pigasse, un conglomérat de communautés ethnoreligieuses, une société intégralement « racialisée » dans laquelle les Blancs sont d’éternels coupables, les « racisés » d’éternelles victimes, et tous ceux qui ne votent pas à gauche d’éternels fascistes.
France Inter s’est transformée ces dernières années en pépinière d’humoristes-militants d’extrême gauche. Afin d’illustrer, pour le déplorer, cet état de fait, Charles Alloncle, le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, a rappelé, lors de l’audition de la présidente du comité d’éthique et de la médiatrice de Radio France, les propos scandaleux d’Aymeric Lompret lors de sa chronique du 15 octobre 2021[1] : « Merci, les gens d’extrême droite, d’avoir payé [vos impôts] pour qu’on dise que vous êtes des gros cons. Si j’étais à votre place, comment je serais dégoûté de me faire insulter toute la journée et, en plus, de devoir payer pour ça. » Repéré par M. Pigasse, Aymeric Lompret a fini chez Radio Nova. Normal. Un autre humoriste francintérien devrait bientôt l’y rejoindre. Merwane Benlazar, qui s’était déjà distingué en débarquant sur le plateau de « C à vous » en livrée salafisteavant qu’on ne découvre ses messages misogynes et procharia sur X[2], a pondu le 7 janvier dernier une chronique qui a exaspéré jusqu’au pourtant toujours très circonspect président de ladite commission, Jérémie Patrier-Leitus. Encouragé par les ricanements de Matthieu Noël, l’animateur de « Zoom Zoom Zen », l’émission dans laquelle il sévit, on l’y entend appeler à une censure politique voisine de celle qui se pratique dans l’audiovisuel public belge. Sa blague du jour : « On a été trop gentils avec l’extrême droite. Mettre un facho au micro, c’est légitimer ses idées. » Bravo, M. Benlazar ! Votre prochain entretien d’embauche pour un poste de rigolo-militant pas drôle sur Radio Nova ne devrait être qu’une formalité…
[1] Voir à ce sujet mon article du 18 octobre 2021, « France Inter a un incroyable talent », causeur.fr.
[2] Voir à ce sujet l’article d’Élisabeth Lévy du 4 février 2025, « Merwane Benlazar : défense de rire », causeur.fr.
Groupuscule, de Marco Koskas, retrace la vie heureuse et mouvementée d’une bande de copains dans les années 1970. Un groupe de gentils gauchos comme on n’en fait plus.
Marco Koskas nous avait habitués à son tropisme israélien, voilà qu’il en s’éloigne et revient en France sur les pas d’une jeunesse romancée des années 70. Un peu hippie et un peu anar, un peu mao-spontex et un peu guévariste, fumeur de chichon le samedi soir et souvent squatteur, tel est le personnage principal de l’histoire, un groupuscule de la banlieue ouest de Paris,
Dans ce groupuscule, on fait aussi du cinéma quand on a de la pellicule, ou quand on est inspiré. Mais comme dans le gauchisme de l’époque, où chacun apportait son trauma personnel, le film sans queue ni tête qu’ils fabriquent va devenir un manifeste de la culture underground et diviser les rêveurs et les opportunistes.
Entretemps, mille histoires d’amour éclosent de page en page, comme devaient s’épanouir mille roses dans la Chine de Mao.
Guytou aime Inès qui lui préfère à la fois Jean-Mi et Ben Loulou, lequel raffole de Sophie qui opte d’abord pour Portas puis pour Paco. Jalousie bannie, ils passent outre les chagrins d’amour car ils ne veulent former qu’un être collectif. La liberté sexuelle qui court dans ce roman déclencherait les foudres de MeToo aujourd’hui. Mais chez Koskas elle n’est que tendresse, innocence et bonheur de vivre.
Dans ce récit drôle et rondement mené, le plus surprenant est l’aspect documentaire inattendu. L’auteur nous montre sans avoir l’air d’y toucher, ce que fut cette extrême gauche-là, loin des horreurs de la mélenchonie actuelle. Ce livre nous raconte une époque joyeuse où les organisations gauchistes étaient peuplées de militants juifs, ashkenazes en majorité qui n’oubliaient pas leur humour. Preuve en est la blague qui courait alors : À La ligue Communiste, on ne parlait pas yiddish parce que Bensaïd, sépharade n’aurait pas compris. Comme tout cela est loin ! Pour ce beau roman, Marco Koskas devrait recevoir le prix de la consolation…
Groupuscule, Marco Koskas, Éditions Galligrasud, 2026. 212 pages
Imposer à la Grèce le retrait des icônes orthodoxes des tribunaux n’apporterait rien aux droits fondamentaux des individus et constituerait au contraire une atteinte inutile à l’héritage civilisationnel européen. La CEDH fait fausse route.
L’Europe doit-elle se mêler de signes religieux et de traditions culturelles ? C’est apparemment le souhait de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (Nicolas Bauer dans Le Figaro[1]). Rappelons que la CEDH, garante de la convention du même nom a pour mission de protéger les libertés individuelles au sein de la cinquantaine d’Etats-Membres du Conseil de l’Europe. Et qu’en général elle piétine allègrement le droit des Etats à se protéger. Par exemple, on se souvient qu’elle a déjà ordonné à la France de rapatrier un Tchétchène condamné pour terrorisme – ce que nous n’avons pas fait.
Cependant, jusque-là, elle refusait prudemment d’intervenir dans des litiges relevant de l’identité culturelle. En 2009, dans un jugement célèbre Lautsi/Italie, la Cour enjoignait à l’Italie de retirer les crucifix des écoles. Pour une fois, les Etats s’étaient rebiffés. Face aux protestations de 21 gouvernements, la Cour avait reculé et admis en 2011 que l’Italie avait le droit de perpétuer une tradition. C’est bien aimable à elle… Depuis, la Cour estime que ces questions relèvent de la marge d’appréciation des Etats, c’est à dire ce qui reste de leur souveraineté. Elle refuse donc d’obliger un Etat à « diminuer le rôle d’une religion à laquelle adhère historiquement et culturellement la population ». Et ne nous demande pas de cacher nos églises. La religion historique et majoritaire – le christianisme dans la plupart des pays concernés – peut avoir une visibilité plus grande. Bref, dans sa grande sagesse, la CEDH, créée en 1948, admettait que des Etats pluriséculaires aient une identité propre.
Mais cela pourrait changer. C’est du moins ce que veulent certains magistrats. La juridiction européenne s’est saisie d’un vieux litige pour demander à la Grèce, pays où la religion orthodoxe a un statut officiel, de justifier la présence d’icônes orthodoxes aux murs des tribunaux. Cela pourrait parait-il attenter au droit de certains de ne pas croire. La bonne blague. J’ignorais que la vue de Notre-Dame offensait les athées.
Comme dans toutes les instances européennes, l’idéologie multiculti est à l’œuvre. Pour ne pas blesser les derniers arrivés et leur religion minoritaire (l’islam), on demanderait à l’Europe d’effacer son passé. Certes, le jugement n’est pas encore rendu, mais si la CEDH relance ce débat c’est probablement pour changer de jurisprudence. Ce qui reviendrait à attaquer la civilisation européenne au nom de l’Etat de droit. Si on voulait que les peuples européens détestent à la fois les juges et l’Europe, on ne ferait pas autrement.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
🇫🇷 L’Europe doit-elle se mêler des signes religieux et de traditions culturelles ?
🗣️ @ELevyCauseur :"Si la CEDH relance ce débat c’est probablement pour changer de jurisprudence. Ce qui reviendrait à attaquer la civilisation européenne au nom de l’Etat de droit" #GrandMatin… pic.twitter.com/DLvVHRyI3M
Honorable femme de gauche, Adèle Van Reeth n’était pas assez islamo-wokiste pour se faire respecter dans la Maison ronde…
Dans le match entre les « deux gauches irréconciliables » qui se joue en permanence au sein de l’audiovisuel public, une victoire de taille vient d’être remportée par la Mélenchonie. A la surprise générale, Adèle Van Reeth, la directrice de France Inter, a annoncé ce matin sa démission. Nommée en 2022, la quadragénaire vivait un enfer à la tête de la radio la plus écoutée du pays. Considérée comme une sociale-démocrate, c’est-à-dire comme une sociale-traître, par bon nombre d’employés acquis aux thèses insoumises, elle s’ingéniait depuis trois ans à injecter un peu plus de pluralisme dans la station – un pluralisme circonscrit à la gauche bien entendu, ne rêvons pas non plus…
Elle a fait revenir Patrick Cohen, éditorialiste pas assez à gauche pour les équipes
Aux yeux de la plupart de ses équipes, Adèle Van Reeth présentait dès le départ un immense défaut : celui d’être la compagne de Raphaël Enthoven, le directeur de Franc-Tireur, publication de gauche qui a le malheur de ne pas trouver des excuses au Hamas. Mais une fois en poste, la normalienne a aggravé son cas en arrêtant en 2023 l’émission d’histoire de Patrick Boucheron, compagnon de route du Nouveau Front populaire, en embauchant lors de la rentrée suivante le trop centriste Patrick Cohen, qui assure depuis lors l’éditorial politique de la matinale (7h40), et en licenciant la même année le trop désobéissant Guillaume Meurice, dont les blagues à la Dieudonné n’avaient rien à faire sur une chaîne d’Etat.
En novembre, les représentants de différents personnels de la radio — journalistes, producteurs, techniciens — avaient ainsi écrit à Adèle Van Reeth pour lui reprocher de ne pas avoir suffisamment soutenu Thomas Legrand lors de polémique autour de la fameuse vidéo de L’Incorrect montrant le journaliste au restaurant avec des responsables du Parti socialiste. L’année d’avant déjà, la rédaction avait voté une motion de défiance contre elle en raison de l’arrivée de Patrick Cohen. On l’aura compris, France Inter est en réalité cogéré par un personnel majoritairement sectaire, corporatiste et marqué à l’extrême gauche. Malheur à quiconque déplaît au soviet.
Céline Pigalle, une remplaçante plus convenable…
Tout sauf un hasard, Adèle Van Reeth a annoncé son départ le jour-même où la ministre de la Culture, Rachida Dati, était entendue par la commission parlementaire qui passe au crible le financement et la neutralité de l’audiovisuel public. Elle sera remplacée par Céline Pigalle, qui a dirigé par le passé France Bleu, BFMTV et I-Télé. La quinquagénaire devrait normalement être accueillie avec bienveillance par ses nouveaux collaborateurs : son plus haut fait d’arme est d’avoir débarqué d’I-Télé en 2014 un certain… Éric Zemmour.
Avec Gerald Olivier, grand spécialiste de la vie politique et sociale aux Etats-Unis, nous revenons sur les événements récents liés aux opérations de l’ICE (United States Immigration and Customs Enforcement) dans les différents états, surtout celui du Minnesota.
Le service ICE a une mission clairement définie, dont une partie consiste à rechercher, arrêter et à expulser des immigrés clandestins, mission qu’il exécute sur tout le territoire américain depuis sa création par Georges W. Bush en 2003. C’est sous Barak Obama qu’il a expulsé le plus d’illégaux. La première victoire du second mandat de Donald Trump a été de fermer la frontière sud avec le Mexique, réduisant ainsi à presque néant le flux de migrants qui avait atteint des niveaux records sous son prédécesseur, Joe Biden. Cette fermeture a permis aux agents de l’ICE et à leurs collègues de la United States Border Patrol (Patrouille frontalière des Etats-Unis), placés tous sous l’égide du Département de la Sécurité intérieure, de se focaliser sur l’expulsion de clandestins dans les états non-frontaliers du pays.
Les difficultés particulières entourant l’exécution de cette mission à Minneapolis proviennent du fait que le maire démocrate a fait de la capitale du Minnesota une « ville sanctuaire », c’est-à-dire un espace où les forces de l’ordre locales refusent presque toute coopération avec les agences fédérales luttant contre l’immigration légale. Aucun soutien n’est apporté aux agents fédéraux, ni dans l’identification d’immigrés clandestins criminels détenus dans les prisons, ni dans le maintien de l’ordre entourant les opérations de recherche de clandestins sur la voie publique ou dans les entreprises.
Cette difficulté est exacerbée par un deuxième facteur, à savoir les activités d’obstruction par des groupes militants très organisés visant à entraver les opérations fédérales au nom, non seulement de la défense de les immigrés, mais aussi de la résistance au gouvernement « fasciste » de Donald Trump. C’est dans ce contexte que la mort tragique de deux de ces activistes, Renee Good et Alex Pretti, a provoqué une crise aiguë pour le président américain, dont l’action pour maîtriser l’immigration constituait sa première et, jusqu’à présent, sa plus grande réussite aux yeux du public américain.
Envoyé à Minneapolis, le « border czar » (« tsar des frontières ») de Donald Trump, Tom Homan, a pu négocier avec le maire qui a finalement donner son accord pour que les forces de l’ordre locales coopèrent avec les agents de l’ICE dans le repérage des illégaux détenus dans les prisons.
Trump et l’immigration: l’imposture du récit progressiste
Un parfum de déjà-vu flotte dans l’air. Une fois encore, Hollywood déroule son catéchisme progressiste. La récente cérémonie des Grammy Awards a pris des allures de meeting politique, enchaînant les discours moralisateurs contre l’administration Trump et la police de l’immigration (ICE), les postures vertueuses et les indignations parfaitement calibrées. Dans quelques semaines, les Oscars suivront sans doute le même scénario. L’ambiance rappelle les grandes heures de Black Lives Matter, lorsque chaque remise de prix se transformait en prêche sur la justice sociale, tandis que les rues des grandes villes américaines brûlaient sous la rage des émeutiers.
Donneurs de leçons
Les internationalistes aiment à déplorer le soi-disant « monde post-vérité » dans lequel nous serions plongés. Fake news, manipulation, complotisme, leur verdict est tranché et nous aurions perdu tout contact avec le réel. Étrange, pourtant, de voir ces mêmes donneurs de leçons tordre les faits à loisir pour bâtir un récit à leur convenance. L’immigration en est un cas d’école.
Oui, la cote de popularité de Donald Trump est au plus bas. Les méthodes de l’ICE sont vivement critiquées après la mort de Renée Good et d’Alex Pretti, tués lors d’interventions menées par des agences fédérales. Les médias exultent. Et aussitôt s’impose un récit selon lequel Trump paierait le prix d’une politique migratoire jugée trop brutale. Le message est sans ambiguité. Voyez où mène la fermeté en matière d’immigration. L’électorat se détourne. Le peuple aurait parlé. Retour à la raison.
Sauf que c’est faux.
Retour de bâton
Ce qui se joue actuellement ressemble fort à une tentative collective de recoller les morceaux d’un récit mis à mal entre 2016 et 2024. Vous vous en souvenez, l’immigration massive était présentée comme un enrichissement incontestable, une fatalité historique, le sens même de l’Histoire avec un grand H. S’y opposer revenait à nier le progrès, sombrer dans le fascisme.
Mais la furie iconoclaste de la séquence wokiste a provoqué un retour de bâton. Le récit s’est fissuré, puis effondré. De ce contre-mouvement sont nées l’élection de Donald Trump et la montée des populismes identitaires à travers tout l’Occident.
Pourtant, l’establishment progressiste ne désarme pas. Il se recycle, se réinvente, change d’habits. Tout au long de l’année 2025, il a mangé son pain noir, attendant patiemment son heure. Les revers de Trump lui offrent désormais une occasion rêvée de revenir sur scène et de reforger un nouveau récit.
Le nouveau récit porté par l’aristocratie culturelle commence par effacer sciemment la distinction entre les immigrés entrés légalement et ceux qui ont franchi la frontière de manière illégale. Tout au long de la cérémonie des Grammy, on a ressassé, sous d’innombrables variantes, le refrain de « l’Amérique, nation d’immigrants », en oubliant commodément que, si beaucoup sont effectivement issus de l’immigration, leurs aïeux étaient souvent venus dans le respect des lois.
Plus largement, l’élite progressiste cherche à imposer l’idée que la fermeté migratoire ne fonctionne pas, que le peuple américain n’en veut pas, et que, depuis le début, les élites culturelles avaient raison.
Des chiffres qui contredisent le récit progressiste
Ce n’est pas que les Américains soient sourds aux critiques adressées à la politique migratoire de Donald Trump. Mais ces critiques ne recoupent pas nécessairement le récit progressiste dominant. Une étude du Pew Research Center, publiée en octobre 2025 et largement relayée par les médias américains, indique que 53 % des citoyens estiment que l’administration Trump va « trop loin » dans sa volonté d’expulser les immigrés en situation irrégulière.
Pris isolément, ce chiffre ne permet pas de conclure grand-chose. D’une part, 53% constitue une majorité relative, trop étroite pour justifier l’idée d’un rejet massif. D’autre part, que signifie au juste « trop loin » ? Peut-être qu’une majorité d’Américains refuse simplement l’idée de violences extrêmes ou de méthodes arbitraires, ce qui ne revient pas, en soi, à soutenir l’immigration incontrôlée.
Plus révélateur encore, la même enquête montre qu’une majorité de sympathisants démocrates estime qu’au moins certains immigrés illégaux devraient être expulsés. Les républicains, quant à eux, souhaitent que tous ou une partie le soient. Seuls les électeurs latino-américains expriment une inquiétude marquée face aux expulsions. Autrement dit, l’étude souvent présentée comme la preuve d’un rejet de la fermeté migratoire révèle en réalité qu’une large majorité d’Américains, y compris chez les électeurs démocrates, approuve le principe des expulsions. Une nuance qui, sans surprise, disparaît dans le traitement médiatique.
À l’inverse, la Maison Blanche s’appuie sur sa propre enquête, conduite par l’institut de sondage Cygnal, qui se revendique de centre droit sur son profil LinkedIn. Selon cette étude, 73% des Américains considèrent qu’entrer illégalement sur le territoire constitue une violation de la loi, et 61% se déclarent favorables à l’expulsion des immigrés en situation irrégulière.
Dans ce contexte de données parfois contradictoires, la raison impose de reconnaître que l’opinion américaine est, a minima, bien plus nuancée sur la question de la politique migratoire de l’administration Trump que ne le suggère le discours de l’establishment progressiste.
Les vraies raisons de l’impopularité de Trump
Ce qui trouble avant tout de nombreux Américains, c’est le décalage grandissant entre leurs préoccupations concrètes et les priorités affichées par le locataire de la Maison-Blanche. Donald Trump a été réélu en grande partie sur des promesses économiques. Pourtant, les enquêtes d’opinion les plus récentes montrent qu’une majorité d’Américains, républicains comme démocrates, ne perçoivent toujours aucune amélioration tangible et estiment qu’il accorde trop peu d’attention à cette question.
Pour une large part des électeurs inscrits, l’économie demeure l’un des enjeux centraux du pays. Selon un sondage récent du New York Times, près de la moitié des personnes interrogées estiment que les politiques de Donald Trump ont rendu la vie « moins abordable » pour la plupart des Américains. Même constat dans une enquête menée par Fox News, où environ sept électeurs sur dix considèrent que le président ne consacre pas suffisamment d’attention à la question économique, y compris près d’un électeur républicain sur deux. Et cela, alors même que Trump prévoit de dépenser 300 millions de dollars pour faire construire une salle de bal à la Maison-Blanche.
Les difficultés du président tiennent aussi à sa conversion récente à l’interventionnisme sur la scène internationale, alors qu’il promettait jadis de mettre un terme aux tentatives de changement de régime à l’étranger. Plusieurs enquêtes d’opinion montrent qu’une large majorité d’Américains rejettent l’idée de prises de contrôle territoriales ou d’engagements militaires offensifs, à l’image des velléités exprimées à l’égard du Groenland. Seule une minorité soutient que les États-Unis devraient exercer un contrôle direct sur l’île, tandis que la majorité s’y oppose fermement.
Enfin, l’attitude pour le moins ambiguë de l’administration Trump dans l’affaire Epstein, conjuguée à ses attaques répétées contre les institutions démocratiques américaines, ne contribue en rien à rassurer quant à sa capacité à aider le pays à traverser la tempête économique et géopolitique actuelle.
Mais alors, pourquoi l’aristocratie culturelle choisit-elle de concentrer ses attaques sur la politique migratoire de Donald Trump ? Parce qu’admettre que les questions identitaires ne constituent pas le véritable talon d’Achille du président l’obligerait à se regarder en face. Se draper dans la vertu sur l’immigration ne coûte rien. Dénoncer l’ICE depuis une villa de Beverly Hills n’engage à rien. En revanche, évoquer les inégalités économiques, la concentration obscène des richesses ou la fiscalité confiscatoire qui étrangle les classes moyennes pendant que les plus fortunés optimisent tranquillement ? Là, le « camp du bien » risquerait de perdre instantanément son auréole.
Tout en continuant de développer ses analyses géopolitiques disruptives, le leader de l’extrème gauche animalise ses adversaires lors de ses voeux
Bien que cela ne soit « pas dans sa culture de Maghrébin-Européen », le candidat officiel du grand remplacement a présenté ses vœux devant près de 600 « camarades », à Paris, le 6 janvier. L’occasion pour notre général Tapioca de livrer un discours d’une heure et demie largement consacré à la politique internationale.
Trois jours plus tôt, les Américains ont mené l’opération « Absolute Resolve » à Caracas. Les journaux français ont alors évoqué la « capture» de Marudo, ce qui a profondément irrité le leader de la gauche. Il met donc en garde ses soutiens : il faut absolument parler d’« enlèvement » ou de « kidnapping » — comme seul Le Monde, qu’il exècre pourtant en temps normal, l’a fait. « Les Chinois sont plus respectueux des autres que les États-Unis d’Amérique (…) Ce que vous voyez, c’est une bête blessée à mort qui se débat », analyse-t-il, se réjouissant de la dédollarisation de l’économie mondiale. Cependant, le tribun n’oublie pas de régler ses comptes avec Emmanuel Macron, ce « kéké » qui « dit un jour une chose et le lendemain le contraire » : « son arrogance néocoloniale déshonore la France. Cet homme qui nous préside est un poulet d’élevage. Pas une fois de sa vie il n’est allé dans le champ picorer… Toujours il est arrivé à l’heure de la gamelle en regardant si elle était pleine ! » La salle exulte. Une fois l’ennemi politique suffisamment ridiculisé-animalisé, tout est permis. « Tout anticommuniste est un chien », disait Sartre, pendant qu’à Moscou, on chassait vipères lubriques et rats visqueux. Évoquant l’Algérie et l’Afrique, Mélenchon affirme que Macron « nous a fâchés avec tout le monde » et qu’il « nous fait honte ». Avec le Maghreb, dit-il, « c’est une histoire de famille » : ancienne puissance coloniale, la France devrait donc « baisser le ton ». Après avoir adressé ses « pensées émues pour les camarades vénézuéliens et cubains assassinés », le chef de meute se tourne vers la Chine : « Nous ne voulons pas être les vassaux des USA. Tous ceux qui ne sont pas avec les USA sont nos amis ! »
Les manifestations massives contre le régime des mollahs ne l’ont pas renversé. Outre une répression sanglante, la République islamique repose sur un système clientéliste qui bénéficie à près d’un quart de la population. S’ils pouvaient changer de régime en conservant leurs privilèges, ces millions d’Iraniens rejoindraient la contestation.
Le mois dernier, l’espoir de voir tomber la République islamique d’Iran a traversé l’Occident comme un frisson collectif. Il est vrai que cet espoir se nourrissait d’une lecture volontariste des événements et du désir que l’histoire s’accélère enfin. On voulait tellement y croire. Cette fois, c’était la bonne. La contestation contre le régime des mollahs cochait presque toutes les cases. Pendant une dizaine de jours, la misère matérielle, la haine de l’autorité cléricale et la frustration politique ont poussé dans la rue un très grand nombre d’Iraniens, issus de régions et d’ethnies diverses.
Une brutalité inédite
Malheureusement, cette mobilisation, d’une ampleur sans précédent depuis la révolution de 1979, n’a pas suffi à faire chuter le pouvoir, qui a maté le mouvement en usant des moyens les plus barbares, faisant selon certaines estimations près de 15 000 morts, presque exclusivement des civils, parfois abattus arbitrairement en dehors de tout cortège et sans lien avec les rassemblements.
Ce n’est pas la première fois que la République islamique subit de fortes secousses internes. Depuis un quart de siècle, le régime a dû affronter, tour à tour, une vague de manifestations étudiantes en 1999, un mouvement, dit « vert », contre le trucage des élections en 2009, une série d’émeutes en 2017, 2018, 2019 et 2020 ainsi que le soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » en 2022. À chaque fois, la contestation a été massive, socialement transversale et géographiquement étendue. Mais à chaque fois le pouvoir s’est maintenu… Comment fait-il pour ne pas succomber à tant de défiance ouverte de la part d’une si large part de la population ?
Le chercheur Didier Idjadi[1] explique que la solidité de la République islamique ne repose pas seulement sur l’adhésion idéologique d’une minorité convaincue, mais aussi sur un maillage dense de privilèges, de rentes et de dépendances sociales tissé entre des millions de citoyens qui n’en pensent pas moins. Au milieu de ce système se trouve le bureau du Guide suprême. Bien plus puissant que les autres institutions formelles du pays, cette structure opaque et centralisée contrôle un réseau de fondations et de conseillers qui interviennent dans tous les domaines de la vie publique, qu’ils soient religieux, militaires, judiciaires ou économiques, et pèse dans toutes les grandes nominations ainsi que dans tous les arbitrages entre factions. En temps de crise, c’est lui qui tranche et autorise la répression. Son outil essentiel demeure le corps des gardiens de la révolution islamique, les fameux Pasdaran.
Ce corps compte officiellement un peu plus de 120 000 membres actifs, qui forment l’ossature de défense et de sécurité du régime, mais également le cœur de la vie des affaires puisqu’il détient diverses entreprises dans l’énergie, les télécommunications, les infrastructures, le commerce extérieur, l’agriculture et une partie du système bancaire parallèle. Cette emprise s’explique par les sanctions internationales imposées à l’Iran depuis 1979. Chargés d’en contourner les effets, de sécuriser les importations stratégiques et de protéger le programme nucléaire, les gardiens de la révolution islamique en ont profité pour capter progressivement les fonctions économiques vitales de l’État.
Si l’on prend en compte leurs familles, les Pasdaran représentent entre 500 000 et un million de personnes. À quoi il faut rajouter les « bassidjis », une milice de volontaires qui leur est rattachée et dont les effectifs se chiffrent également en centaines de milliers d’individus. Un autre groupe social favorable à la République islamique, non moins crucial selon Idjadi, est constitué des familles de martyrs et des vétérans de guerre (en particulier celle contre l’Irak entre 1980 et 1988), qui bénéficient de pensions, logements et postes de fonctionnaires distribués par le régime. En incluant les ayants droit, cette frange de la population liée aux mollahs par une dette à la fois mémorielle et matérielle représente entre un et deux millions de personnes.
Cercles concentriques
La République islamique peut aussi compter sur l’adhésion de tous ceux qui profitent de la générosité des Bonyads, ces organismes religieux et révolutionnaires qui emploient directement plusieurs centaines de milliers de personnes dans le pays et versent des aides à des millions d’Iraniens, souvent selon des critères de loyauté politique ou religieuse.
Enfin il existe une dernière composante de la population ayant un intérêt objectif, du moins le croit-elle, à ce que le régime reste debout. Il s’agit de la population rurale et semi-rurale, très dépendante des subventions publiques, des quotas d’eau et des projets d’infrastructures contrôlés par les gardiens de la révolution islamique. En agrégeant l’ensemble de ces cercles (Pasdaran, bassidjis, vétérans et veuves de guerres, allocataires des Bonyads et monde paysan), la base sociale du régime peut être estimée entre 15 et 25 millions de personnes. Un chiffre à rapporter à la population totale du pays, qui s’élève à 90 millions d’habitants.
En ce début d’année, la République islamique semble être l’ombre d’elle-même. Affaiblie par les sanctions internationales, ébranlée par les frappes israélo-américaines de cet été, déstabilisée par les manifestations, et nettement moins soutenue qu’auparavant par ses alliés chinois et russes, elle ne dispose plus des ressources nécessaires pour se poser durablement en puissance géopolitique, financer ses ambitions atomiques et assurer au peuple des conditions de vie acceptables. À mesure que les ressources se raréfient, la loyauté devient plus coûteuse et la répression plus brutale.
Pour autant, ces cercles concentriques de clientélisme ne sont pas inébranlables. Il suffirait que les millions d’Iraniens qui tirent avantage du statu quo finissent par se dire qu’ils n’ont rien à perdre au changement pour qu’un renversement soit possible. En somme, ceux qui conspirent à la fin de la République islamique maximiseraient leurs chances de succès s’ils parvenaient, paradoxalement, à rassurer les rentiers au système. Au début du xixe siècle en France, lorsque Napoléon s’est proclamé empereur, puis quand les Bourbons ont restauré la royauté, ils n’ont pas fait autrement avec la bourgeoisie révolutionnaire puis bonapartiste.
Notre ministre déléguée aux Sports, Marina Ferrari, ne veut pas en entendre parler. Marc Perelman, qui déteste le foot moderne et le compare à un fléau mondial, ne comprend pas pourquoi les appels au boycott de la Coupe du monde ne prennent pas plus dans l’opinion.
Organisée par la FIFA du 11 juin au 19 juillet prochains dans trois pays – les États-Unis, le Canada et le Mexique – plutôt sous la coupe américaine (78 des 104 matches prévus), soit 11 villes hôtes, deux villes hôtes pour le Canada et trois villes hôtes pour le Mexique –, le prochain Mondial de football est l’enjeu d’appels au boycott nombreux et variés mais aussi de refus de boycott.
Un boycott très particulier est soutenu par un dirigeant de LFI, Éric Coquerel, qui propose que les matches ne soient joués qu’au Mexique et au Canada. C’est le boycott d’un pays, mieux encore, celui du président des États-Unis, Donald Trump. D’autres comme Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, appelle les supporters à ne pas se rendre aux États-Unis à cause du danger physique qu’ils courraient, sans doute par simple opportunisme et haine tenace d’Infantino son rival et successeur. Oke Göttlich, le Vice-président de la Fédération de football d’Allemagne, a demandé que l’on réfléchisse à ce que l’équipe d’Allemagne s’abstienne de toute participation à la Coupe. Il a été très vite désavoué par sa Fédération puis par le gouvernement alors que les Allemands, selon un sondage, étaient près de 50% à approuver le boycott. Claude Le Roy, le « sorcier blanc », l’entraîneur de nombreuses équipes africaines, réfléchit à un boycott mettant en cause le président américain pour sa politique d’abandon des aides à l’Afrique. Daniel Cohn-Bendit souhaite lui aussi, avant tout boycotter Trump, et faire jouer les équipes de football au Mexique, au Canada et en Europe. Il faudrait alors accueillir sur le sol européen les représentants de magnifiques démocraties comme le Qatar, l’Arabie Saoudite, l’Iran, peut-être l’Irak, l’Algérie, l’Égypte, le Maroc, la Tunisie… L’amour-fou du football rend aveugle.
L’agenda de M. Trump derrière la Coupe
Tous ces appels au boycott pointent avant tout Donald Trump et sa politique à visée annexionniste, policière et protectionniste. Apparemment séduisants, ces appels au boycott ne touchent toutefois pas la FIFA dirigée par Gianni Infantino, le majordome de Trump, qui ne comprend pas pourquoi on s’attaque au football. Ils ne remettent surtout pas en cause la compétition sportive qui est pourtant le cœur de l’affaire et l’adhésion, c’est-à-dire la soumission de millions d’individus à sa magie, une hallucination collective avec son cortège de chauvinisme, d’effervescence infantile, d’esthétique crépusculaire (agressivité, violence, « Le sport, c’est la guerre les fusils en moins », disait George Orwell). Si le mirage d’un football populaire a désormais disparu, le consentement à sa puissance néfaste, précisément pour les classes pauvres, est toujours aussi inébranlable. Faut-il aussi parler de l’argent-qui-coule-à-flots ? Tous les sponsors et partenaires habituels seront présents : Adidas, Aramco (Arabie Saoudite), Coca-Cola, Lenovo (Chine), McDonald’s, Qatar Airways… La décision de la Fédération de football allemande de refus du boycott s’est exprimée à merveille dans son communiqué : « Nous croyons au pouvoir fédérateur du sport et à l’impact mondial qu’une Coupe du monde peut avoir. Notre objectif est de renforcer cette force, et non de l’empêcher. » Place au spectacle ! Trump peut se réjouir. Ses menaces sur le Groenland et sur le Canada (déjà annexé sur une nouvelle carte présentée à la Maison blanche comme le 51e État des USA) – ce dernier est aussi associé aux États-Unis dans le cadre d’un accord commercial (l’Alena) avec le Mexique – n’ont pas toujours été prises au sérieux ; elles sont peut-être aujourd’hui moins moquées. Elles sont surtout refoulées. Avec cette Coupe du monde de football, l’axe géostratégique politique de Trump va s’accélérer : dominer les Amériques, du Nord (Groenland compris) au Sud, pour constituer un bloc homogène et ainsi mieux faire face aux deux autres blocs impérialistes la Russie et la Chine, l’Europe s’éclipsant doucement prise en étau et embourbée dans ses divisions. Ce faisant, la Coupe du monde de football participe de cette volonté obstinée de Trump, outre d’être reconnu comme le leader du monde libre, de faire avaliser sa politique intérieure et extérieure et de faire plier les différentes nations d’Amérique. Gare aux pays qui voudraient jouer aux dissidents (le Brésil). Le rapt de Maduro (un dictateur) au Venezuela est une première étape avant d’autres afin de mettre en place des régimes à sa botte.
Après le président de la Fédération française de football, la ministre des Sports, Marina Ferrari, ne veut pas non plus entendre parler de boycott. Car, dit-elle, « le sport n’est pas une arme politique. Le sport, c’est un vecteur de rapprochement des peuples. C’est un vecteur de fraternité, c’est un vecteur de paix comme le dicte d’ailleurs la Charte olympique. » Elle avait également déclaré dans la veine macronienne : « Je tiens à ce qu’on dissocie le sport et la politique. La Coupe du monde de foot c’est un moment extrêmement important pour tous les amoureux du sport ». Un moment important, certes, surtout pour les politiques autoritaires et dictatoriales qui sévissent sur la planète. Elle oublie ceux qui ne sont pas « amoureux du sport » et devront subir avec les amoureux d’ailleurs les conséquences d’une participation à cette Coupe du monde. Ces régimes ont, eux, parfaitement compris que le sport est politique de part en part et mieux que cela, le sport, le football en l’occurrence, est une politique. Je passe rapidement sur Pascal Boniface, un abonné présent à tous les refus de boycott. Chez lui, l’amour-passion fou du football est tel que cela l’empêche de penser au-delà des cages, de la surface de réparation et de la pelouse.
Pusillanimité
Par riposte politico-idéologique et pour ne pas abandonner le sport à la FIFA et au CIO, grand vecteur d’influence, surtout dans la jeunesse, Poutine souhaite organiser une Coupe du monde des non-qualifiés ou des exclus : Venezuela, Serbie, Chine, Nigéria, Cameroun, Chili, Pérou, Grèce. Engluée dans sa guerre contre l’Ukraine, la Russie n’a cependant plus les moyens financiers d’une politique d’organisation des compétitions internationales. Poutine avait tenté de même avec des Jeux des Brics en 2024, un échec du, entre autres, à la pression du CIO de Thomas Bach. Depuis son exclusion, en 2018 pour dopage d’État, des sphères institutionnelles sportives (les JO ou les Coupes de monde de football), la Russie a tenté d’organiser à plusieurs reprises les Jeux de l’Amitié, les Jeux du Futur. À chaque fois, ce fut un échec non par manque d’amis, la dictature n’en manque pas, mais par l’incapacité structurelle d’organisation et la peur des athlètes de sanctions de la part du CIO, toujours menaçant.
Un journaliste américain très courageux, Jim Souhan, l’a écrit noir sur blanc dans The Minnesota Star Tribune. Il rappelle d’abord qu’aux JO de Pékin en 2008, « les sites sportifs et les rues étaient envahis par des hommes armés de fusils automatiques. Les riverains semblaient méfiants, voire effrayés » ; de même pendant les JO de Rio 2016, il a assisté à des scènes de grande violence contre des individus ; la Russie certes bannie des JO par le CIO pour cause d’« agression militaire. [Ce sont] les États-Unis [qui] imitent désormais la brutalité du régime russe, où les manifestations pacifiques sont réprimées… ». Ce journaliste nous dit : « Boycottez la Coupe du monde. Et si rien ne change, boycottez les Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles. »
Tout cela me renvoie presque cinquante ans en arrière. Nous (Jean-Marie Brohm et François Gèze et d’autres) avions tenté d’organiser le boycott de la Coupe du monde de football 1978 en Argentine. Face à la terrible répression mise en œuvre par le dictateur Jorge Videla qui s’abattait alors sur les Argentins nous fûmes, en Europe et donc en France, très nombreux à nous mobiliser pour le boycott de l’organisation par la dictature argentine de la Coupe du monde de football. Le boycott signifiait, à l’époque, une chose extrêmement simple à comprendre. « Que l’équipe de France ne se rende pas en Argentine ». Telle était notre position de principe (voire l’Appel du COBA, le Monde, 19-20 février 1978). Il ne s’agissait surtout pas de boycotter les Argentins mais un événement sportif. Le gouvernement de Giscard d’Estaing devait prendre ses responsabilités, soit interdire aux joueurs français un déplacement en Argentine. Ce qu’il n’a pas fait, appuyé par la gauche de l’époque (G. Marchais et F. Mitterrand, ce dernier s’exprimera ainsi : « les dés sont jetés, il faut y aller »). Terrible consensus. J’ai aujourd’hui exactement la même position vis-à-vis de cette Coupe 2026. Il s’agit du boycott de l’organisation de la compétition par les États-Unis de Trump et de la FIFA, et non pas le boycott des Américains, des villes hôtes ou encore des stades qui l’accueille. Le boycott signifie le refus de la présence des équipes nationales, de leurs joueurs, à cette Coupe du monde. Elle est la seule position efficace, pragmatique, rationnelle. Le boycott concret, matériel, physique des équipes nationales est en effet la seule alternative crédible car, dès lors, la compétition sportive est altérée dans son organisation comme dans son intérêt. Le boycott met souvent en lumière la politique des organisateurs. Ici la FIFA et les États-Unis sont complices d’une démocratie littéralement mise en suspens pendant la compétition sportive et qui se transformera en recul de la démocratie par la suite. Et il est souvent la remise en cause profonde de l’événement sportif lui-même. Le boycott des équipes nationales peut en outre entraîner celui des écrans : les aficionados tellement déçus de ne pas voir leur équipe évoluer sur le gazon.
Face à Trump, Poutine et d’autres, l’Europe, ses dirigeants, font étalage de leur grande pusillanimité. Qui plus est, l’Europe est divisée sur nombre de questions stratégiques (armée, économie…). Les conséquences politiques seront douloureuses. À l’occasion de ce Mondial de football l’Europe, qui dispose de seize équipes nationales en lice, va-t-elle rater l’occasion de se dresser ? Ou l’Europe va-t-elle une nouvelle fois sans broncher d’un cil souffrir l’autoritarisme américain que la Coupe du monde de football va décupler et accélérer d’autant plus ?
Le taux moyen des cartes de crédit aux États-Unis est actuellement de 23%. Trump entend les plafonner.
Le nouveau combat de Donald Trump n’a rien d’exotique.
Pas la Chine. Pas l’immigration. Pas l’expansion territoriale, mais… les cartes de crédit. Cœur nucléaire de la consommation américaine, perfusion quotidienne de millions de ménages, la carte de crédit est devenue, selon lui, une machine à tondre les classes moyennes. Et comme souvent avec Trump, la nuance n’est pas invitée à la table. Son diagnostic est simple : les credit card companies« arnaquent » les Américains avec des taux délirants. Et il faut que ça cesse. Maintenant. Pas après étude d’impact. Pas après concertation. Avant les mid-terms. Le taux moyen des cartes de crédit se situe aujourd’hui autour de 23 %. Il peut grimper jusqu’à… 36 % pour les profils jugés « à risque ». Sa solution ? Un plafond légal à 10 % – un taux jamais vu, selon le Wall Street Journal, depuis 1984. Pas une proposition. Une sommation – que les démocrates s’abstiennent de trop critiquer, puisqu’à sa façon, Trump fait du social. Un plafond à 10 % ferait ainsi économiser environ 100 milliards de dollars d’intérêts aux ménages américains. De l’argent qui retournerait dans la consommation. Interrogé sur ce qu’il ferait si les sociétés financières refusaient d’obéir, Trump a répondu avec la délicatesse qu’on lui connaît : « Elles contreviendraient à la loi. » Les banques, elles, hurlent déjà. Risque de défaut plus élevé. Crédit rationné. Explosion de l’endettement des plus fragiles. Bref, elles agitent tous les épouvantails connus. Mais dans l’univers trumpien, il n’y a qu’une issue : un deal. Mais un deal de gauche.
Les quatre voix de « La Dernière » sur Radio Nova, transfuges de France Inter :
Guillaume Meurice, Juliette Arnaud, Pierre-Emmanuel Barré et Aymeric Lompret. DR.
La radio de Matthieu Pigasse s’est spécialisée dans le recyclage des humoristes débarqués de l’audiovisuel public. Sous couvert de lutte contre l’extrême droite, le milliardaire de gauche leur laisse carte blanche pour dérouler un programme indigéniste, islamo gauchiste, décolonial et antisioniste. Prière de ricaner.
Mercredi 14 janvier, Benjamin Duhamel recevait sur France Inter le banquier gauchiste Matthieu Pigasse. L’occasion pour ce dernier de rappeler, pour la millième fois, qu’il mène « une bataille culturelle contre l’extrême droite et la droite radicale » qui, selon lui, « matraquent de manière obsessionnelle leurs fantasmes » dans les médias Bolloré et mènent de surcroît, actuellement, une « action contre l’audiovisuel public » – rappelons que lui-même qualifiait il n’y a pas si longtemps Radio France de « voix du pouvoir ». Les médias qu’il dirige seraient en revanche totalement indépendants et ne se contenteraient pas de « commenter des thèmes » – l’insécurité, l’islam et l’immigration –, mais délivreraient une véritable information basée sur des faits. « Mes médias ont une ligne », concède toutefois M. Pigasse tout en assurant ne pas interférer dans leurs contenus, contredisant ainsi le même M. Pigasse qui affirmait il y a quelques mois, dans Libération, lutter farouchement contre la « droite radicale » et vouloir «mettre les médias [qu’il] contrôle dans ce combat ». À la question de savoir si, des fois, il ne serait pas un peu le « Vincent Bolloré de gauche », le banquier d’affaires au grand cœur répond avec des arguments à vous arracher des larmes : « Tout nous oppose avec Vincent Bolloré, à commencer par les valeurs, pas besoin de le dire. Moi, j’ai toujours prôné la justice sociale, l’ouverture à l’autre, le partage des richesses » – c’est beau comme du François Hollande. Ou du Xavier Bertrand. Ou du Jean-Luc Mélenchon. Ou du Raphaël Glucksmann. Ou du Olivier Faure. Ou du Fabien Roussel. Ou du Édouard Philippe. Ou du Marine Tondelier. [Liste non exhaustive].
Peser sur 2027…
Matthieu Pigasse regrette encore de s’être fait voler la vedette, il y a bientôt dix ans, par Emmanuel Macron. Énarque, proche du PS, conseiller de Dominique Strauss-Kahn puis de Laurent Fabius au ministère de l’Économie et des Finances, banquier d’affaires et associé-gérant chez Lazard, il ne lui manquait pas grand-chose pour briguer, comme son clone Emmanuel Macron, la présidence de la République en 2017. Au magazine Vanity Fair, il confirmera, quelques mois après les élections, avoir reculé au dernier moment, en accusant « ceux qui ont fait Macron », François Hollande en tête, de l’avoir « bloqué ». Depuis, le banquier a musclé son discours d’ultra-gauche et étoffé son portefeuille médiatique : Mediawan, l’entreprise productrice de contenus achetés par la télévision publique, Le Monde, Télérama et Le Nouvel Obs, excusez du peu. Progressistes, immigrationnistes et woke, ces médias dénoncent régulièrement les « vagues réactionnaires » qui submergeraient notre pays et présagent le retour du fascisme si l’« extrême droite » gagne les prochaines présidentielles. Rien de nouveau, donc, sous le soleil de la bien-pensance centro-socialo-gauchiste, la même qui favorisa, au nom du « front républicain », l’accession au pouvoir du plus néfaste président de la Ve république, j’ai nommé Emmanuel Macron. Face à Benjamin Duhamel, M. Pigasse laisse planer le doute sur sa potentielle candidature, mais assure vouloir « peser le plus possible sur la présidentielle de 2027 ». Pour cela, il compte sur une presse à ses ordres et sur ses… humoristes.
En effet, l’homme d’affaires est également propriétaire de Radio Nova. Nova, c’est essentiellement des pubs et un programme musical composé de toutes les daubes techno, rappeuses, slameuses et nakamureuses passées ou actuelles. « Éclectique, mais plutôt marqué par la basse que par la guitare », avoue sans détour le directeur de la radio, Frédéric Antelme. Les dealers des cités, les sociologues de Paris 8 et les cadres branchés en raffolent, paraît-il. Côté humour, Guillaume Meurice, Aymeric Lompret, Juliette Arnaud et Pierre-Emmanuel Barré, transfuges de France Inter, animent chaque dimanche « La Dernière », une émission « transgressive » où tous les thèmes chers aux wokistes élevés en batterie universitaire, aux islamo-gauchistes, aux artistes anticapitalistes subventionnés, aux décoloniaux antisionistes en général et aux insoumis propalestiniens en particulier sont abordés avec un humour de plus en plus lourdingue. « J’ai souhaité créer un espace où on essaie de devenir moins cons », affirme Guillaume Meurice à Télérama. Raté ! Au fil des semaines, le succès aidant, lui et sa bande se sont mis à la hauteur d’un public conquis d’avance et se régalant d’entendre en boucle les mêmes blagues graveleuses débitées sur un ton crasseux. Sur internet, en tapant les mots-clés « bite », « couille », « connard », « merde », « pisse » ou « slibard », l’on est sûr de tomber soit sur un livre de Virginie Despentes, soit sur… une chronique de Pierre-Emmanuel Barré. Celle, par exemple, où avant de traiter le ministre de l’Intérieur de « grosse cuve à pisse », il assène en ricanant : « Dans la police il n’y a pas que des violeurs, il y a aussi des meurtriers. […] En fait, la police et la gendarmerie, c’est Daech avec la sécurité de l’emploi. » Ou celle dans laquelle il se gausse des Français qui se disent patriotes – « Je me régale à regarder ces vieux tas de fromage de bites avec leurs drapeaux bleu-blanc-rouge. […] Les patriotes, c’est vraiment la trace de pneu dans le slibard de Marianne. Ils sont devenus demeurés comme des brosses à chiottes à force de s’informer avec CNews. […] La nationalité française, donnez-la à n’importe quel étranger, avec ou sans métier, qui fait toc-toc à la France. On s’en bat les couilles de la nationalité française » –, avant d’annoncer son programme s’il était au pouvoir : « Pour chaque immigré naturalisé, on dénaturalise un connard français ! » Voilà le niveau ! Niveau qui ne risque pas de s’élever avec Akim Omiri et son émission quotidienne, « La Riposte ». Les obsessions de M. Omiri et de ses acolytes ? Les mêmes que celles de la bande à Guillaume Meurice. Une chroniqueuse de l’émission a récemment déclenché l’hilarité de ses congénères en rapportant les résultats d’un sondage révélant que 30 % des homosexuels se disent prêts à voter Jordan Bardella au premier tour des présidentielles : « C’est pas si étonnant. Ça reste la catégorie de personnes la mieux préparée à se faire enculer. » La blague, quoiqu’éculée, peut à la rigueur faire sourire. Mais je vous laisse imaginer ce qui se passerait si un propos analogue était tenu par un humoriste supposément de droite, sur un média Bolloré, à propos des homosexuels déclarant vouloir voter socialiste aux prochaines élections…
Transfuges
Autre transfuge de France Inter, le dénommé Djamil Le Schlag anime de son côté une émission hebdomadaire intitulée… « Les Grands Remplaçants ». « Le principe de l’émission : un décryptage humoristique de l’extrême droite et du racisme en France, à partir du vécu de personnes racisées », peut-on lire sur un des nombreux médias d’extrême gauche qui en font la publicité. « C’est l’énergie du rap transposé sur un plateau d’humour. On va se marrer. Razzia sur la bande FM et gros ulcères pour les lecteurs de Renaud Camus », assure-t-on sur le site de la radio. Sous couvert d’humour, le militantisme indigéniste est totalement assumé. Les sketches ressemblent à de laborieux tracts politiques diversitaires et décoloniaux. Les humoristes et leurs invités sont très majoritairement « racisés », se revendiquent comme tels et se moquent régulièrement des Français qui renâclent à l’idée de voir leur pays ressembler à la Belgique, pays que Djamil Le Schlag admire pour sa société multiculturelle, une réussite selon lui, et pour le « cordon sanitaire » de ses médias publics qui « mettent au ban de la société les fachos et les racistes » : « En Belgique, si t’es raciste on t’invite pas à la télé, alors qu’en France, sur certaines chaînes, on t’invite que si tu es raciste. » Lui n’est pas raciste, bien sûr. Pourtant, sur le média communautariste Paroles d’honneur, il déclare ne vouloir embaucher pour son émission que « des Arabes et des Noirs ». Il préconise par ailleurs « de ne jamais aller dans les endroits où il n’y a que des Blancs ». À ceux qui en doutaient encore, ces propos prouvent que l’antiracisme racialiste, dont se prévalent les chroniqueurs de Radio Nova, cache – de plus en plus mal, il est vrai – un racisme antiblanc bien réel.
Matthieu Pigasse, propriétaire de Radio Nova, invité de la matinale de France Inter, 14 janvier 2026. Capture d’écran France inter
Matthieu Pigasse est fier de ses recrues. Il adore les entendre éructer des insanités contre les Français qui votent mal, contre les policiers, contre CNews, contre les « islamophobes ». Il jubile de les voir s’acoquiner avec Rima Hassan, Rokhaya Diallo, des activistes immigrationnistes, des militants antisionistes, des écologistes radicaux islamo-compatibles. La logorrhée ordurière de Pierre-Emmanuel Barré le met en joie. Une méchante blague sur Pascal Praud ou Christine Kelly lui fait la journée. Ses bouffons ont carte blanche. « En face, ils n’ont pas de limites, donc je leur ai dit de ne pas en avoir non plus », déclare-t-il à Libération. Message reçu cinq sur cinq. Tous les excès sont admis du moment qu’ils permettent de colporter l’idée que la France est, de toute éternité, un pays raciste, xénophobe et islamophobe. Radio Nova est à l’image de la France souhaitée par M. Pigasse, un conglomérat de communautés ethnoreligieuses, une société intégralement « racialisée » dans laquelle les Blancs sont d’éternels coupables, les « racisés » d’éternelles victimes, et tous ceux qui ne votent pas à gauche d’éternels fascistes.
France Inter s’est transformée ces dernières années en pépinière d’humoristes-militants d’extrême gauche. Afin d’illustrer, pour le déplorer, cet état de fait, Charles Alloncle, le rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, a rappelé, lors de l’audition de la présidente du comité d’éthique et de la médiatrice de Radio France, les propos scandaleux d’Aymeric Lompret lors de sa chronique du 15 octobre 2021[1] : « Merci, les gens d’extrême droite, d’avoir payé [vos impôts] pour qu’on dise que vous êtes des gros cons. Si j’étais à votre place, comment je serais dégoûté de me faire insulter toute la journée et, en plus, de devoir payer pour ça. » Repéré par M. Pigasse, Aymeric Lompret a fini chez Radio Nova. Normal. Un autre humoriste francintérien devrait bientôt l’y rejoindre. Merwane Benlazar, qui s’était déjà distingué en débarquant sur le plateau de « C à vous » en livrée salafisteavant qu’on ne découvre ses messages misogynes et procharia sur X[2], a pondu le 7 janvier dernier une chronique qui a exaspéré jusqu’au pourtant toujours très circonspect président de ladite commission, Jérémie Patrier-Leitus. Encouragé par les ricanements de Matthieu Noël, l’animateur de « Zoom Zoom Zen », l’émission dans laquelle il sévit, on l’y entend appeler à une censure politique voisine de celle qui se pratique dans l’audiovisuel public belge. Sa blague du jour : « On a été trop gentils avec l’extrême droite. Mettre un facho au micro, c’est légitimer ses idées. » Bravo, M. Benlazar ! Votre prochain entretien d’embauche pour un poste de rigolo-militant pas drôle sur Radio Nova ne devrait être qu’une formalité…
[1] Voir à ce sujet mon article du 18 octobre 2021, « France Inter a un incroyable talent », causeur.fr.
[2] Voir à ce sujet l’article d’Élisabeth Lévy du 4 février 2025, « Merwane Benlazar : défense de rire », causeur.fr.
Groupuscule, de Marco Koskas, retrace la vie heureuse et mouvementée d’une bande de copains dans les années 1970. Un groupe de gentils gauchos comme on n’en fait plus.
Marco Koskas nous avait habitués à son tropisme israélien, voilà qu’il en s’éloigne et revient en France sur les pas d’une jeunesse romancée des années 70. Un peu hippie et un peu anar, un peu mao-spontex et un peu guévariste, fumeur de chichon le samedi soir et souvent squatteur, tel est le personnage principal de l’histoire, un groupuscule de la banlieue ouest de Paris,
Dans ce groupuscule, on fait aussi du cinéma quand on a de la pellicule, ou quand on est inspiré. Mais comme dans le gauchisme de l’époque, où chacun apportait son trauma personnel, le film sans queue ni tête qu’ils fabriquent va devenir un manifeste de la culture underground et diviser les rêveurs et les opportunistes.
Entretemps, mille histoires d’amour éclosent de page en page, comme devaient s’épanouir mille roses dans la Chine de Mao.
Guytou aime Inès qui lui préfère à la fois Jean-Mi et Ben Loulou, lequel raffole de Sophie qui opte d’abord pour Portas puis pour Paco. Jalousie bannie, ils passent outre les chagrins d’amour car ils ne veulent former qu’un être collectif. La liberté sexuelle qui court dans ce roman déclencherait les foudres de MeToo aujourd’hui. Mais chez Koskas elle n’est que tendresse, innocence et bonheur de vivre.
Dans ce récit drôle et rondement mené, le plus surprenant est l’aspect documentaire inattendu. L’auteur nous montre sans avoir l’air d’y toucher, ce que fut cette extrême gauche-là, loin des horreurs de la mélenchonie actuelle. Ce livre nous raconte une époque joyeuse où les organisations gauchistes étaient peuplées de militants juifs, ashkenazes en majorité qui n’oubliaient pas leur humour. Preuve en est la blague qui courait alors : À La ligue Communiste, on ne parlait pas yiddish parce que Bensaïd, sépharade n’aurait pas compris. Comme tout cela est loin ! Pour ce beau roman, Marco Koskas devrait recevoir le prix de la consolation…
Groupuscule, Marco Koskas, Éditions Galligrasud, 2026. 212 pages
Imposer à la Grèce le retrait des icônes orthodoxes des tribunaux n’apporterait rien aux droits fondamentaux des individus et constituerait au contraire une atteinte inutile à l’héritage civilisationnel européen. La CEDH fait fausse route.
L’Europe doit-elle se mêler de signes religieux et de traditions culturelles ? C’est apparemment le souhait de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (Nicolas Bauer dans Le Figaro[1]). Rappelons que la CEDH, garante de la convention du même nom a pour mission de protéger les libertés individuelles au sein de la cinquantaine d’Etats-Membres du Conseil de l’Europe. Et qu’en général elle piétine allègrement le droit des Etats à se protéger. Par exemple, on se souvient qu’elle a déjà ordonné à la France de rapatrier un Tchétchène condamné pour terrorisme – ce que nous n’avons pas fait.
Cependant, jusque-là, elle refusait prudemment d’intervenir dans des litiges relevant de l’identité culturelle. En 2009, dans un jugement célèbre Lautsi/Italie, la Cour enjoignait à l’Italie de retirer les crucifix des écoles. Pour une fois, les Etats s’étaient rebiffés. Face aux protestations de 21 gouvernements, la Cour avait reculé et admis en 2011 que l’Italie avait le droit de perpétuer une tradition. C’est bien aimable à elle… Depuis, la Cour estime que ces questions relèvent de la marge d’appréciation des Etats, c’est à dire ce qui reste de leur souveraineté. Elle refuse donc d’obliger un Etat à « diminuer le rôle d’une religion à laquelle adhère historiquement et culturellement la population ». Et ne nous demande pas de cacher nos églises. La religion historique et majoritaire – le christianisme dans la plupart des pays concernés – peut avoir une visibilité plus grande. Bref, dans sa grande sagesse, la CEDH, créée en 1948, admettait que des Etats pluriséculaires aient une identité propre.
Mais cela pourrait changer. C’est du moins ce que veulent certains magistrats. La juridiction européenne s’est saisie d’un vieux litige pour demander à la Grèce, pays où la religion orthodoxe a un statut officiel, de justifier la présence d’icônes orthodoxes aux murs des tribunaux. Cela pourrait parait-il attenter au droit de certains de ne pas croire. La bonne blague. J’ignorais que la vue de Notre-Dame offensait les athées.
Comme dans toutes les instances européennes, l’idéologie multiculti est à l’œuvre. Pour ne pas blesser les derniers arrivés et leur religion minoritaire (l’islam), on demanderait à l’Europe d’effacer son passé. Certes, le jugement n’est pas encore rendu, mais si la CEDH relance ce débat c’est probablement pour changer de jurisprudence. Ce qui reviendrait à attaquer la civilisation européenne au nom de l’Etat de droit. Si on voulait que les peuples européens détestent à la fois les juges et l’Europe, on ne ferait pas autrement.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
🇫🇷 L’Europe doit-elle se mêler des signes religieux et de traditions culturelles ?
🗣️ @ELevyCauseur :"Si la CEDH relance ce débat c’est probablement pour changer de jurisprudence. Ce qui reviendrait à attaquer la civilisation européenne au nom de l’Etat de droit" #GrandMatin… pic.twitter.com/DLvVHRyI3M
Honorable femme de gauche, Adèle Van Reeth n’était pas assez islamo-wokiste pour se faire respecter dans la Maison ronde…
Dans le match entre les « deux gauches irréconciliables » qui se joue en permanence au sein de l’audiovisuel public, une victoire de taille vient d’être remportée par la Mélenchonie. A la surprise générale, Adèle Van Reeth, la directrice de France Inter, a annoncé ce matin sa démission. Nommée en 2022, la quadragénaire vivait un enfer à la tête de la radio la plus écoutée du pays. Considérée comme une sociale-démocrate, c’est-à-dire comme une sociale-traître, par bon nombre d’employés acquis aux thèses insoumises, elle s’ingéniait depuis trois ans à injecter un peu plus de pluralisme dans la station – un pluralisme circonscrit à la gauche bien entendu, ne rêvons pas non plus…
Elle a fait revenir Patrick Cohen, éditorialiste pas assez à gauche pour les équipes
Aux yeux de la plupart de ses équipes, Adèle Van Reeth présentait dès le départ un immense défaut : celui d’être la compagne de Raphaël Enthoven, le directeur de Franc-Tireur, publication de gauche qui a le malheur de ne pas trouver des excuses au Hamas. Mais une fois en poste, la normalienne a aggravé son cas en arrêtant en 2023 l’émission d’histoire de Patrick Boucheron, compagnon de route du Nouveau Front populaire, en embauchant lors de la rentrée suivante le trop centriste Patrick Cohen, qui assure depuis lors l’éditorial politique de la matinale (7h40), et en licenciant la même année le trop désobéissant Guillaume Meurice, dont les blagues à la Dieudonné n’avaient rien à faire sur une chaîne d’Etat.
En novembre, les représentants de différents personnels de la radio — journalistes, producteurs, techniciens — avaient ainsi écrit à Adèle Van Reeth pour lui reprocher de ne pas avoir suffisamment soutenu Thomas Legrand lors de polémique autour de la fameuse vidéo de L’Incorrect montrant le journaliste au restaurant avec des responsables du Parti socialiste. L’année d’avant déjà, la rédaction avait voté une motion de défiance contre elle en raison de l’arrivée de Patrick Cohen. On l’aura compris, France Inter est en réalité cogéré par un personnel majoritairement sectaire, corporatiste et marqué à l’extrême gauche. Malheur à quiconque déplaît au soviet.
Céline Pigalle, une remplaçante plus convenable…
Tout sauf un hasard, Adèle Van Reeth a annoncé son départ le jour-même où la ministre de la Culture, Rachida Dati, était entendue par la commission parlementaire qui passe au crible le financement et la neutralité de l’audiovisuel public. Elle sera remplacée par Céline Pigalle, qui a dirigé par le passé France Bleu, BFMTV et I-Télé. La quinquagénaire devrait normalement être accueillie avec bienveillance par ses nouveaux collaborateurs : son plus haut fait d’arme est d’avoir débarqué d’I-Télé en 2014 un certain… Éric Zemmour.
Manifestation contre ICE et le président Trump, Dallas, Texas, 20/1/26 Avi Adelman/ZUMA/SIPA
Avec Gerald Olivier et Jeremy Stubbs.
Avec Gerald Olivier, grand spécialiste de la vie politique et sociale aux Etats-Unis, nous revenons sur les événements récents liés aux opérations de l’ICE (United States Immigration and Customs Enforcement) dans les différents états, surtout celui du Minnesota.
Le service ICE a une mission clairement définie, dont une partie consiste à rechercher, arrêter et à expulser des immigrés clandestins, mission qu’il exécute sur tout le territoire américain depuis sa création par Georges W. Bush en 2003. C’est sous Barak Obama qu’il a expulsé le plus d’illégaux. La première victoire du second mandat de Donald Trump a été de fermer la frontière sud avec le Mexique, réduisant ainsi à presque néant le flux de migrants qui avait atteint des niveaux records sous son prédécesseur, Joe Biden. Cette fermeture a permis aux agents de l’ICE et à leurs collègues de la United States Border Patrol (Patrouille frontalière des Etats-Unis), placés tous sous l’égide du Département de la Sécurité intérieure, de se focaliser sur l’expulsion de clandestins dans les états non-frontaliers du pays.
Les difficultés particulières entourant l’exécution de cette mission à Minneapolis proviennent du fait que le maire démocrate a fait de la capitale du Minnesota une « ville sanctuaire », c’est-à-dire un espace où les forces de l’ordre locales refusent presque toute coopération avec les agences fédérales luttant contre l’immigration légale. Aucun soutien n’est apporté aux agents fédéraux, ni dans l’identification d’immigrés clandestins criminels détenus dans les prisons, ni dans le maintien de l’ordre entourant les opérations de recherche de clandestins sur la voie publique ou dans les entreprises.
Cette difficulté est exacerbée par un deuxième facteur, à savoir les activités d’obstruction par des groupes militants très organisés visant à entraver les opérations fédérales au nom, non seulement de la défense de les immigrés, mais aussi de la résistance au gouvernement « fasciste » de Donald Trump. C’est dans ce contexte que la mort tragique de deux de ces activistes, Renee Good et Alex Pretti, a provoqué une crise aiguë pour le président américain, dont l’action pour maîtriser l’immigration constituait sa première et, jusqu’à présent, sa plus grande réussite aux yeux du public américain.
Envoyé à Minneapolis, le « border czar » (« tsar des frontières ») de Donald Trump, Tom Homan, a pu négocier avec le maire qui a finalement donner son accord pour que les forces de l’ordre locales coopèrent avec les agents de l’ICE dans le repérage des illégaux détenus dans les prisons.
Trump et l’immigration: l’imposture du récit progressiste
Un parfum de déjà-vu flotte dans l’air. Une fois encore, Hollywood déroule son catéchisme progressiste. La récente cérémonie des Grammy Awards a pris des allures de meeting politique, enchaînant les discours moralisateurs contre l’administration Trump et la police de l’immigration (ICE), les postures vertueuses et les indignations parfaitement calibrées. Dans quelques semaines, les Oscars suivront sans doute le même scénario. L’ambiance rappelle les grandes heures de Black Lives Matter, lorsque chaque remise de prix se transformait en prêche sur la justice sociale, tandis que les rues des grandes villes américaines brûlaient sous la rage des émeutiers.
Donneurs de leçons
Les internationalistes aiment à déplorer le soi-disant « monde post-vérité » dans lequel nous serions plongés. Fake news, manipulation, complotisme, leur verdict est tranché et nous aurions perdu tout contact avec le réel. Étrange, pourtant, de voir ces mêmes donneurs de leçons tordre les faits à loisir pour bâtir un récit à leur convenance. L’immigration en est un cas d’école.
Oui, la cote de popularité de Donald Trump est au plus bas. Les méthodes de l’ICE sont vivement critiquées après la mort de Renée Good et d’Alex Pretti, tués lors d’interventions menées par des agences fédérales. Les médias exultent. Et aussitôt s’impose un récit selon lequel Trump paierait le prix d’une politique migratoire jugée trop brutale. Le message est sans ambiguité. Voyez où mène la fermeté en matière d’immigration. L’électorat se détourne. Le peuple aurait parlé. Retour à la raison.
Sauf que c’est faux.
Retour de bâton
Ce qui se joue actuellement ressemble fort à une tentative collective de recoller les morceaux d’un récit mis à mal entre 2016 et 2024. Vous vous en souvenez, l’immigration massive était présentée comme un enrichissement incontestable, une fatalité historique, le sens même de l’Histoire avec un grand H. S’y opposer revenait à nier le progrès, sombrer dans le fascisme.
Mais la furie iconoclaste de la séquence wokiste a provoqué un retour de bâton. Le récit s’est fissuré, puis effondré. De ce contre-mouvement sont nées l’élection de Donald Trump et la montée des populismes identitaires à travers tout l’Occident.
Pourtant, l’establishment progressiste ne désarme pas. Il se recycle, se réinvente, change d’habits. Tout au long de l’année 2025, il a mangé son pain noir, attendant patiemment son heure. Les revers de Trump lui offrent désormais une occasion rêvée de revenir sur scène et de reforger un nouveau récit.
Le nouveau récit porté par l’aristocratie culturelle commence par effacer sciemment la distinction entre les immigrés entrés légalement et ceux qui ont franchi la frontière de manière illégale. Tout au long de la cérémonie des Grammy, on a ressassé, sous d’innombrables variantes, le refrain de « l’Amérique, nation d’immigrants », en oubliant commodément que, si beaucoup sont effectivement issus de l’immigration, leurs aïeux étaient souvent venus dans le respect des lois.
Plus largement, l’élite progressiste cherche à imposer l’idée que la fermeté migratoire ne fonctionne pas, que le peuple américain n’en veut pas, et que, depuis le début, les élites culturelles avaient raison.
Des chiffres qui contredisent le récit progressiste
Ce n’est pas que les Américains soient sourds aux critiques adressées à la politique migratoire de Donald Trump. Mais ces critiques ne recoupent pas nécessairement le récit progressiste dominant. Une étude du Pew Research Center, publiée en octobre 2025 et largement relayée par les médias américains, indique que 53 % des citoyens estiment que l’administration Trump va « trop loin » dans sa volonté d’expulser les immigrés en situation irrégulière.
Pris isolément, ce chiffre ne permet pas de conclure grand-chose. D’une part, 53% constitue une majorité relative, trop étroite pour justifier l’idée d’un rejet massif. D’autre part, que signifie au juste « trop loin » ? Peut-être qu’une majorité d’Américains refuse simplement l’idée de violences extrêmes ou de méthodes arbitraires, ce qui ne revient pas, en soi, à soutenir l’immigration incontrôlée.
Plus révélateur encore, la même enquête montre qu’une majorité de sympathisants démocrates estime qu’au moins certains immigrés illégaux devraient être expulsés. Les républicains, quant à eux, souhaitent que tous ou une partie le soient. Seuls les électeurs latino-américains expriment une inquiétude marquée face aux expulsions. Autrement dit, l’étude souvent présentée comme la preuve d’un rejet de la fermeté migratoire révèle en réalité qu’une large majorité d’Américains, y compris chez les électeurs démocrates, approuve le principe des expulsions. Une nuance qui, sans surprise, disparaît dans le traitement médiatique.
À l’inverse, la Maison Blanche s’appuie sur sa propre enquête, conduite par l’institut de sondage Cygnal, qui se revendique de centre droit sur son profil LinkedIn. Selon cette étude, 73% des Américains considèrent qu’entrer illégalement sur le territoire constitue une violation de la loi, et 61% se déclarent favorables à l’expulsion des immigrés en situation irrégulière.
Dans ce contexte de données parfois contradictoires, la raison impose de reconnaître que l’opinion américaine est, a minima, bien plus nuancée sur la question de la politique migratoire de l’administration Trump que ne le suggère le discours de l’establishment progressiste.
Les vraies raisons de l’impopularité de Trump
Ce qui trouble avant tout de nombreux Américains, c’est le décalage grandissant entre leurs préoccupations concrètes et les priorités affichées par le locataire de la Maison-Blanche. Donald Trump a été réélu en grande partie sur des promesses économiques. Pourtant, les enquêtes d’opinion les plus récentes montrent qu’une majorité d’Américains, républicains comme démocrates, ne perçoivent toujours aucune amélioration tangible et estiment qu’il accorde trop peu d’attention à cette question.
Pour une large part des électeurs inscrits, l’économie demeure l’un des enjeux centraux du pays. Selon un sondage récent du New York Times, près de la moitié des personnes interrogées estiment que les politiques de Donald Trump ont rendu la vie « moins abordable » pour la plupart des Américains. Même constat dans une enquête menée par Fox News, où environ sept électeurs sur dix considèrent que le président ne consacre pas suffisamment d’attention à la question économique, y compris près d’un électeur républicain sur deux. Et cela, alors même que Trump prévoit de dépenser 300 millions de dollars pour faire construire une salle de bal à la Maison-Blanche.
Les difficultés du président tiennent aussi à sa conversion récente à l’interventionnisme sur la scène internationale, alors qu’il promettait jadis de mettre un terme aux tentatives de changement de régime à l’étranger. Plusieurs enquêtes d’opinion montrent qu’une large majorité d’Américains rejettent l’idée de prises de contrôle territoriales ou d’engagements militaires offensifs, à l’image des velléités exprimées à l’égard du Groenland. Seule une minorité soutient que les États-Unis devraient exercer un contrôle direct sur l’île, tandis que la majorité s’y oppose fermement.
Enfin, l’attitude pour le moins ambiguë de l’administration Trump dans l’affaire Epstein, conjuguée à ses attaques répétées contre les institutions démocratiques américaines, ne contribue en rien à rassurer quant à sa capacité à aider le pays à traverser la tempête économique et géopolitique actuelle.
Mais alors, pourquoi l’aristocratie culturelle choisit-elle de concentrer ses attaques sur la politique migratoire de Donald Trump ? Parce qu’admettre que les questions identitaires ne constituent pas le véritable talon d’Achille du président l’obligerait à se regarder en face. Se draper dans la vertu sur l’immigration ne coûte rien. Dénoncer l’ICE depuis une villa de Beverly Hills n’engage à rien. En revanche, évoquer les inégalités économiques, la concentration obscène des richesses ou la fiscalité confiscatoire qui étrangle les classes moyennes pendant que les plus fortunés optimisent tranquillement ? Là, le « camp du bien » risquerait de perdre instantanément son auréole.
Tout en continuant de développer ses analyses géopolitiques disruptives, le leader de l’extrème gauche animalise ses adversaires lors de ses voeux
Bien que cela ne soit « pas dans sa culture de Maghrébin-Européen », le candidat officiel du grand remplacement a présenté ses vœux devant près de 600 « camarades », à Paris, le 6 janvier. L’occasion pour notre général Tapioca de livrer un discours d’une heure et demie largement consacré à la politique internationale.
Trois jours plus tôt, les Américains ont mené l’opération « Absolute Resolve » à Caracas. Les journaux français ont alors évoqué la « capture» de Marudo, ce qui a profondément irrité le leader de la gauche. Il met donc en garde ses soutiens : il faut absolument parler d’« enlèvement » ou de « kidnapping » — comme seul Le Monde, qu’il exècre pourtant en temps normal, l’a fait. « Les Chinois sont plus respectueux des autres que les États-Unis d’Amérique (…) Ce que vous voyez, c’est une bête blessée à mort qui se débat », analyse-t-il, se réjouissant de la dédollarisation de l’économie mondiale. Cependant, le tribun n’oublie pas de régler ses comptes avec Emmanuel Macron, ce « kéké » qui « dit un jour une chose et le lendemain le contraire » : « son arrogance néocoloniale déshonore la France. Cet homme qui nous préside est un poulet d’élevage. Pas une fois de sa vie il n’est allé dans le champ picorer… Toujours il est arrivé à l’heure de la gamelle en regardant si elle était pleine ! » La salle exulte. Une fois l’ennemi politique suffisamment ridiculisé-animalisé, tout est permis. « Tout anticommuniste est un chien », disait Sartre, pendant qu’à Moscou, on chassait vipères lubriques et rats visqueux. Évoquant l’Algérie et l’Afrique, Mélenchon affirme que Macron « nous a fâchés avec tout le monde » et qu’il « nous fait honte ». Avec le Maghreb, dit-il, « c’est une histoire de famille » : ancienne puissance coloniale, la France devrait donc « baisser le ton ». Après avoir adressé ses « pensées émues pour les camarades vénézuéliens et cubains assassinés », le chef de meute se tourne vers la Chine : « Nous ne voulons pas être les vassaux des USA. Tous ceux qui ne sont pas avec les USA sont nos amis ! »
Les manifestations massives contre le régime des mollahs ne l’ont pas renversé. Outre une répression sanglante, la République islamique repose sur un système clientéliste qui bénéficie à près d’un quart de la population. S’ils pouvaient changer de régime en conservant leurs privilèges, ces millions d’Iraniens rejoindraient la contestation.
Le mois dernier, l’espoir de voir tomber la République islamique d’Iran a traversé l’Occident comme un frisson collectif. Il est vrai que cet espoir se nourrissait d’une lecture volontariste des événements et du désir que l’histoire s’accélère enfin. On voulait tellement y croire. Cette fois, c’était la bonne. La contestation contre le régime des mollahs cochait presque toutes les cases. Pendant une dizaine de jours, la misère matérielle, la haine de l’autorité cléricale et la frustration politique ont poussé dans la rue un très grand nombre d’Iraniens, issus de régions et d’ethnies diverses.
Une brutalité inédite
Malheureusement, cette mobilisation, d’une ampleur sans précédent depuis la révolution de 1979, n’a pas suffi à faire chuter le pouvoir, qui a maté le mouvement en usant des moyens les plus barbares, faisant selon certaines estimations près de 15 000 morts, presque exclusivement des civils, parfois abattus arbitrairement en dehors de tout cortège et sans lien avec les rassemblements.
Ce n’est pas la première fois que la République islamique subit de fortes secousses internes. Depuis un quart de siècle, le régime a dû affronter, tour à tour, une vague de manifestations étudiantes en 1999, un mouvement, dit « vert », contre le trucage des élections en 2009, une série d’émeutes en 2017, 2018, 2019 et 2020 ainsi que le soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » en 2022. À chaque fois, la contestation a été massive, socialement transversale et géographiquement étendue. Mais à chaque fois le pouvoir s’est maintenu… Comment fait-il pour ne pas succomber à tant de défiance ouverte de la part d’une si large part de la population ?
Le chercheur Didier Idjadi[1] explique que la solidité de la République islamique ne repose pas seulement sur l’adhésion idéologique d’une minorité convaincue, mais aussi sur un maillage dense de privilèges, de rentes et de dépendances sociales tissé entre des millions de citoyens qui n’en pensent pas moins. Au milieu de ce système se trouve le bureau du Guide suprême. Bien plus puissant que les autres institutions formelles du pays, cette structure opaque et centralisée contrôle un réseau de fondations et de conseillers qui interviennent dans tous les domaines de la vie publique, qu’ils soient religieux, militaires, judiciaires ou économiques, et pèse dans toutes les grandes nominations ainsi que dans tous les arbitrages entre factions. En temps de crise, c’est lui qui tranche et autorise la répression. Son outil essentiel demeure le corps des gardiens de la révolution islamique, les fameux Pasdaran.
Ce corps compte officiellement un peu plus de 120 000 membres actifs, qui forment l’ossature de défense et de sécurité du régime, mais également le cœur de la vie des affaires puisqu’il détient diverses entreprises dans l’énergie, les télécommunications, les infrastructures, le commerce extérieur, l’agriculture et une partie du système bancaire parallèle. Cette emprise s’explique par les sanctions internationales imposées à l’Iran depuis 1979. Chargés d’en contourner les effets, de sécuriser les importations stratégiques et de protéger le programme nucléaire, les gardiens de la révolution islamique en ont profité pour capter progressivement les fonctions économiques vitales de l’État.
Si l’on prend en compte leurs familles, les Pasdaran représentent entre 500 000 et un million de personnes. À quoi il faut rajouter les « bassidjis », une milice de volontaires qui leur est rattachée et dont les effectifs se chiffrent également en centaines de milliers d’individus. Un autre groupe social favorable à la République islamique, non moins crucial selon Idjadi, est constitué des familles de martyrs et des vétérans de guerre (en particulier celle contre l’Irak entre 1980 et 1988), qui bénéficient de pensions, logements et postes de fonctionnaires distribués par le régime. En incluant les ayants droit, cette frange de la population liée aux mollahs par une dette à la fois mémorielle et matérielle représente entre un et deux millions de personnes.
Cercles concentriques
La République islamique peut aussi compter sur l’adhésion de tous ceux qui profitent de la générosité des Bonyads, ces organismes religieux et révolutionnaires qui emploient directement plusieurs centaines de milliers de personnes dans le pays et versent des aides à des millions d’Iraniens, souvent selon des critères de loyauté politique ou religieuse.
Enfin il existe une dernière composante de la population ayant un intérêt objectif, du moins le croit-elle, à ce que le régime reste debout. Il s’agit de la population rurale et semi-rurale, très dépendante des subventions publiques, des quotas d’eau et des projets d’infrastructures contrôlés par les gardiens de la révolution islamique. En agrégeant l’ensemble de ces cercles (Pasdaran, bassidjis, vétérans et veuves de guerres, allocataires des Bonyads et monde paysan), la base sociale du régime peut être estimée entre 15 et 25 millions de personnes. Un chiffre à rapporter à la population totale du pays, qui s’élève à 90 millions d’habitants.
En ce début d’année, la République islamique semble être l’ombre d’elle-même. Affaiblie par les sanctions internationales, ébranlée par les frappes israélo-américaines de cet été, déstabilisée par les manifestations, et nettement moins soutenue qu’auparavant par ses alliés chinois et russes, elle ne dispose plus des ressources nécessaires pour se poser durablement en puissance géopolitique, financer ses ambitions atomiques et assurer au peuple des conditions de vie acceptables. À mesure que les ressources se raréfient, la loyauté devient plus coûteuse et la répression plus brutale.
Pour autant, ces cercles concentriques de clientélisme ne sont pas inébranlables. Il suffirait que les millions d’Iraniens qui tirent avantage du statu quo finissent par se dire qu’ils n’ont rien à perdre au changement pour qu’un renversement soit possible. En somme, ceux qui conspirent à la fin de la République islamique maximiseraient leurs chances de succès s’ils parvenaient, paradoxalement, à rassurer les rentiers au système. Au début du xixe siècle en France, lorsque Napoléon s’est proclamé empereur, puis quand les Bourbons ont restauré la royauté, ils n’ont pas fait autrement avec la bourgeoisie révolutionnaire puis bonapartiste.
Notre ministre déléguée aux Sports, Marina Ferrari, ne veut pas en entendre parler. Marc Perelman, qui déteste le foot moderne et le compare à un fléau mondial, ne comprend pas pourquoi les appels au boycott de la Coupe du monde ne prennent pas plus dans l’opinion.
Organisée par la FIFA du 11 juin au 19 juillet prochains dans trois pays – les États-Unis, le Canada et le Mexique – plutôt sous la coupe américaine (78 des 104 matches prévus), soit 11 villes hôtes, deux villes hôtes pour le Canada et trois villes hôtes pour le Mexique –, le prochain Mondial de football est l’enjeu d’appels au boycott nombreux et variés mais aussi de refus de boycott.
Un boycott très particulier est soutenu par un dirigeant de LFI, Éric Coquerel, qui propose que les matches ne soient joués qu’au Mexique et au Canada. C’est le boycott d’un pays, mieux encore, celui du président des États-Unis, Donald Trump. D’autres comme Sepp Blatter, ancien président de la FIFA, appelle les supporters à ne pas se rendre aux États-Unis à cause du danger physique qu’ils courraient, sans doute par simple opportunisme et haine tenace d’Infantino son rival et successeur. Oke Göttlich, le Vice-président de la Fédération de football d’Allemagne, a demandé que l’on réfléchisse à ce que l’équipe d’Allemagne s’abstienne de toute participation à la Coupe. Il a été très vite désavoué par sa Fédération puis par le gouvernement alors que les Allemands, selon un sondage, étaient près de 50% à approuver le boycott. Claude Le Roy, le « sorcier blanc », l’entraîneur de nombreuses équipes africaines, réfléchit à un boycott mettant en cause le président américain pour sa politique d’abandon des aides à l’Afrique. Daniel Cohn-Bendit souhaite lui aussi, avant tout boycotter Trump, et faire jouer les équipes de football au Mexique, au Canada et en Europe. Il faudrait alors accueillir sur le sol européen les représentants de magnifiques démocraties comme le Qatar, l’Arabie Saoudite, l’Iran, peut-être l’Irak, l’Algérie, l’Égypte, le Maroc, la Tunisie… L’amour-fou du football rend aveugle.
L’agenda de M. Trump derrière la Coupe
Tous ces appels au boycott pointent avant tout Donald Trump et sa politique à visée annexionniste, policière et protectionniste. Apparemment séduisants, ces appels au boycott ne touchent toutefois pas la FIFA dirigée par Gianni Infantino, le majordome de Trump, qui ne comprend pas pourquoi on s’attaque au football. Ils ne remettent surtout pas en cause la compétition sportive qui est pourtant le cœur de l’affaire et l’adhésion, c’est-à-dire la soumission de millions d’individus à sa magie, une hallucination collective avec son cortège de chauvinisme, d’effervescence infantile, d’esthétique crépusculaire (agressivité, violence, « Le sport, c’est la guerre les fusils en moins », disait George Orwell). Si le mirage d’un football populaire a désormais disparu, le consentement à sa puissance néfaste, précisément pour les classes pauvres, est toujours aussi inébranlable. Faut-il aussi parler de l’argent-qui-coule-à-flots ? Tous les sponsors et partenaires habituels seront présents : Adidas, Aramco (Arabie Saoudite), Coca-Cola, Lenovo (Chine), McDonald’s, Qatar Airways… La décision de la Fédération de football allemande de refus du boycott s’est exprimée à merveille dans son communiqué : « Nous croyons au pouvoir fédérateur du sport et à l’impact mondial qu’une Coupe du monde peut avoir. Notre objectif est de renforcer cette force, et non de l’empêcher. » Place au spectacle ! Trump peut se réjouir. Ses menaces sur le Groenland et sur le Canada (déjà annexé sur une nouvelle carte présentée à la Maison blanche comme le 51e État des USA) – ce dernier est aussi associé aux États-Unis dans le cadre d’un accord commercial (l’Alena) avec le Mexique – n’ont pas toujours été prises au sérieux ; elles sont peut-être aujourd’hui moins moquées. Elles sont surtout refoulées. Avec cette Coupe du monde de football, l’axe géostratégique politique de Trump va s’accélérer : dominer les Amériques, du Nord (Groenland compris) au Sud, pour constituer un bloc homogène et ainsi mieux faire face aux deux autres blocs impérialistes la Russie et la Chine, l’Europe s’éclipsant doucement prise en étau et embourbée dans ses divisions. Ce faisant, la Coupe du monde de football participe de cette volonté obstinée de Trump, outre d’être reconnu comme le leader du monde libre, de faire avaliser sa politique intérieure et extérieure et de faire plier les différentes nations d’Amérique. Gare aux pays qui voudraient jouer aux dissidents (le Brésil). Le rapt de Maduro (un dictateur) au Venezuela est une première étape avant d’autres afin de mettre en place des régimes à sa botte.
Après le président de la Fédération française de football, la ministre des Sports, Marina Ferrari, ne veut pas non plus entendre parler de boycott. Car, dit-elle, « le sport n’est pas une arme politique. Le sport, c’est un vecteur de rapprochement des peuples. C’est un vecteur de fraternité, c’est un vecteur de paix comme le dicte d’ailleurs la Charte olympique. » Elle avait également déclaré dans la veine macronienne : « Je tiens à ce qu’on dissocie le sport et la politique. La Coupe du monde de foot c’est un moment extrêmement important pour tous les amoureux du sport ». Un moment important, certes, surtout pour les politiques autoritaires et dictatoriales qui sévissent sur la planète. Elle oublie ceux qui ne sont pas « amoureux du sport » et devront subir avec les amoureux d’ailleurs les conséquences d’une participation à cette Coupe du monde. Ces régimes ont, eux, parfaitement compris que le sport est politique de part en part et mieux que cela, le sport, le football en l’occurrence, est une politique. Je passe rapidement sur Pascal Boniface, un abonné présent à tous les refus de boycott. Chez lui, l’amour-passion fou du football est tel que cela l’empêche de penser au-delà des cages, de la surface de réparation et de la pelouse.
Pusillanimité
Par riposte politico-idéologique et pour ne pas abandonner le sport à la FIFA et au CIO, grand vecteur d’influence, surtout dans la jeunesse, Poutine souhaite organiser une Coupe du monde des non-qualifiés ou des exclus : Venezuela, Serbie, Chine, Nigéria, Cameroun, Chili, Pérou, Grèce. Engluée dans sa guerre contre l’Ukraine, la Russie n’a cependant plus les moyens financiers d’une politique d’organisation des compétitions internationales. Poutine avait tenté de même avec des Jeux des Brics en 2024, un échec du, entre autres, à la pression du CIO de Thomas Bach. Depuis son exclusion, en 2018 pour dopage d’État, des sphères institutionnelles sportives (les JO ou les Coupes de monde de football), la Russie a tenté d’organiser à plusieurs reprises les Jeux de l’Amitié, les Jeux du Futur. À chaque fois, ce fut un échec non par manque d’amis, la dictature n’en manque pas, mais par l’incapacité structurelle d’organisation et la peur des athlètes de sanctions de la part du CIO, toujours menaçant.
Un journaliste américain très courageux, Jim Souhan, l’a écrit noir sur blanc dans The Minnesota Star Tribune. Il rappelle d’abord qu’aux JO de Pékin en 2008, « les sites sportifs et les rues étaient envahis par des hommes armés de fusils automatiques. Les riverains semblaient méfiants, voire effrayés » ; de même pendant les JO de Rio 2016, il a assisté à des scènes de grande violence contre des individus ; la Russie certes bannie des JO par le CIO pour cause d’« agression militaire. [Ce sont] les États-Unis [qui] imitent désormais la brutalité du régime russe, où les manifestations pacifiques sont réprimées… ». Ce journaliste nous dit : « Boycottez la Coupe du monde. Et si rien ne change, boycottez les Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles. »
Tout cela me renvoie presque cinquante ans en arrière. Nous (Jean-Marie Brohm et François Gèze et d’autres) avions tenté d’organiser le boycott de la Coupe du monde de football 1978 en Argentine. Face à la terrible répression mise en œuvre par le dictateur Jorge Videla qui s’abattait alors sur les Argentins nous fûmes, en Europe et donc en France, très nombreux à nous mobiliser pour le boycott de l’organisation par la dictature argentine de la Coupe du monde de football. Le boycott signifiait, à l’époque, une chose extrêmement simple à comprendre. « Que l’équipe de France ne se rende pas en Argentine ». Telle était notre position de principe (voire l’Appel du COBA, le Monde, 19-20 février 1978). Il ne s’agissait surtout pas de boycotter les Argentins mais un événement sportif. Le gouvernement de Giscard d’Estaing devait prendre ses responsabilités, soit interdire aux joueurs français un déplacement en Argentine. Ce qu’il n’a pas fait, appuyé par la gauche de l’époque (G. Marchais et F. Mitterrand, ce dernier s’exprimera ainsi : « les dés sont jetés, il faut y aller »). Terrible consensus. J’ai aujourd’hui exactement la même position vis-à-vis de cette Coupe 2026. Il s’agit du boycott de l’organisation de la compétition par les États-Unis de Trump et de la FIFA, et non pas le boycott des Américains, des villes hôtes ou encore des stades qui l’accueille. Le boycott signifie le refus de la présence des équipes nationales, de leurs joueurs, à cette Coupe du monde. Elle est la seule position efficace, pragmatique, rationnelle. Le boycott concret, matériel, physique des équipes nationales est en effet la seule alternative crédible car, dès lors, la compétition sportive est altérée dans son organisation comme dans son intérêt. Le boycott met souvent en lumière la politique des organisateurs. Ici la FIFA et les États-Unis sont complices d’une démocratie littéralement mise en suspens pendant la compétition sportive et qui se transformera en recul de la démocratie par la suite. Et il est souvent la remise en cause profonde de l’événement sportif lui-même. Le boycott des équipes nationales peut en outre entraîner celui des écrans : les aficionados tellement déçus de ne pas voir leur équipe évoluer sur le gazon.
Face à Trump, Poutine et d’autres, l’Europe, ses dirigeants, font étalage de leur grande pusillanimité. Qui plus est, l’Europe est divisée sur nombre de questions stratégiques (armée, économie…). Les conséquences politiques seront douloureuses. À l’occasion de ce Mondial de football l’Europe, qui dispose de seize équipes nationales en lice, va-t-elle rater l’occasion de se dresser ? Ou l’Europe va-t-elle une nouvelle fois sans broncher d’un cil souffrir l’autoritarisme américain que la Coupe du monde de football va décupler et accélérer d’autant plus ?