La France rayonne encore à travers le monde dans un domaine: l’artisanat d’art. Des talents d’exception sont repérés chaque année mais peinent parfois à se faire connaître. La fondation Bettencourt-Schueller les accompagne donc de la création à la promotion.
Les caisses de l’État sont vides. Malgré cela, le budget alloué à la Culture continue d’alimenter à coups de milliards d’euros les DRAC et les FRAC pour que ces institutions hors sol poursuivent leur politique d’acquisition d’œuvres contemporaines (le plus souvent des installations militantes promouvant l’indigénisme, l’éco-déclinisme, le décolonialisme et autres joyeusetés d’un wokisme crasse). Peu de différences dans le discours des cheveux bleus de Berlin à Barcelone en passant par Paris.
Un patrimoine vivant
Il demeure cependant une exception française, un domaine où, depuis Colbert, la France occupe la première place: les métiers d’art. On en recense plus de 280 différents. Doreurs, ébénistes, marqueteurs, orfèvres, brodeurs, plumassiers, céramistes, souffleurs de verres… Ces artisanats de pointe, à la croisée de l’art, de la tradition, de la technique et de la création pure, ont vu progressivement leur prestige pâlir depuis le règne de Louis XIV: le travail de la main aurait quelque-chose de dégradant. Mais ces dernières années, le regard porté sur ces métiers a changé, jusqu’à ce qu’on les considère, à juste titre, comme un pan à part entière de notre patrimoine. Un patrimoine bien vivant qu’il est nécessaire de défendre et de promouvoir.
Côté politique, c’est en 2018 que le regard a commencé à changer, lorsque l’Éducation nationale a amorcé la promotion de la voie professionnelle. Et en 2022, le ministère a mis en avant la « voie pro » comme étant « au cœur des métiers d’avenir ». Il est encore trop tôt pour en tirer quelque résultat.
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Dès 1999 pourtant, la fondation Bettencourt-Schueller a créé le Prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main afin de soutenir publiquement l’artisanat d’art. L’héritière de L’Oréal était consciente qu’il contribuait au rayonnement de la France et qu’il était impérieux de l’encourager. Prix, bourses et médiatisation de cet engagement ont contribué au changement de mentalités dans le monde culturel et du grand public. Aujourd’hui à la tête de la fondation, sa fille, Françoise Bettencourt Meyers, poursuit cette action philanthropique en faveur de l’excellence française. Tout en poursuivant des partenariats avec différentes écoles, elle amplifie son mécénat là où l’État brille par ses réductions de budgets. Trois institutions sont ainsi mises à l’honneur: la Villa Kujoyama, à Kyoto ; la Villa Albertine, à New York ; la Villa Médicis, à Rome.
9.5 millions d’investissements dans les cinq ans
La première est soutenue par la fondation depuis 2014 et les deux autres depuis les années 2020. Mais pour chacune d’elles, des projets spécifiques ont été développés afin de faire de ces vitrines du savoir-faire français l’écosystème d’un « mécénat global ». Ainsi, au Japon, sont privilégiées l’interdisciplinarité et l’innovation. Aux États-Unis, outre leur immersion dans l’univers culturel, les créateurs sont accompagnés sur le marché de l’art et du design – pragmatisme du monde de l’entreprise : un artiste doit savoir (se) vendre ! Et en Italie, où siège la plus ancienne et prestigieuse résidence d’artistes français à l’étranger, sont valorisées la création et l’excellence de l’architecture d’intérieur à travers le réaménagement de six nouvelles chambres historiques de la villa et neuf pavillons Carlu – les pavillons des pensionnaires dans le jardin.
La fondation Bettencourt-Schueller prévoit d’investir ces cinq prochaines années 9,5 millions d’euros pour ces trois villas, de quoi soutenir quelque soixante-cinq résidences de métiers d’art et de design et d’accompagner environ cent-vingt projets post-résidence. Pour autant, la fondation n’intervient pas dans la sélection des artistes qui bénéficient de son mécénat. Quelques figures du monde artistique seraient bien inspirées d’adopter une telle discrétion et humilité.





