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Âge ingrat

Cruauté grégaire, bêtise en meute: The Plague est un portrait de la puberté masculine. Une fable sur le harcèlement qui sonne parfois juste, mais qui laisse le spectateur sur sa faim.


The Plague –  la peste en français. Albert Camus, rien à voir. Pour son premier « long » (enfin, pas trop : 1h35) le réal américain Charlie Polinger continue de se pencher sur les affres de la phase pubertaire masculine (cf. les courts métrages Fuck me, Richard ; Sauna ; A Place to stay…), et filme une petite meute de teenagers, internes en session sport étude, spécialité water-polo, qui se signale par la constance de sa débilité.

Jeunes hommes sadiques

Elle s’exprime, ponctuées de manifestations obscènes, à travers les pulsions sadiques qui excitent son quotidien: souffrant d’une inflammation cutanée qui lui dévore l’échine et le faciès, un adolescent grassouillet et disgracieux (seul parmi ces garçons dont la voix a déjà mué) est le souffre-douleur de la bande de loustics. Mutique, solitaire, ostracisé, il ne mange pas à la table commune ni ne se mêle jamais aux autres: à sa dermatite, la rumeur interne prête, par simple contact, un grave risque de contagion; il importe de se frictionner ardemment sous la douche si par malheur, en nageant, on a pu se frotter une seconde au “pestiféré”.

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Le brave entraîneur, barbu rescapé d’une prime jeunesse difficile comme il le confessera incidemment (dans le rôle, Joel Edgerton, également producteur du film) s’efforce de recadrer cette chiourme antipathique, sans grand succès. Ben (interprété par Everett Blunck), nouveau dans la classe, adolescent malingre, gentil et moins viscéralement con que ses congénères harceleurs, en vient à prendre la victime (vaguement terrifiante tout de même) sous son aile, quitte à se choper aussi ladite “plague” et à s’aliéner le groupe à son tour, en particulier son chef, Jake, rouquin tête-à-claques (campé non sans talent par le jeune comédien Kayo Martin, par ailleurs boxeur, skate-boarder, mannequin et influenceur, et appelé paraît-il à tenir le premier rôle dans l’appétissante série Suck at Girls, sur Netflix).

Fable sur l’intolérance et la dure reconnaissance de l’altérité dans “l’âge ingrat” ? Le message est passé: compassion vaut mieux que tourmente et persécution – qui en douterait ? Reste que la dramaturgie étique de The Plague laisse un peu le spectateur sur sa faim. Et si le film se donne pour un regard véridique sur les prémisses de l’adolescence, quel spectacle consternant en offre-t-il ! Vivement que grandissent ces pénibles lardons.

The Plague. Film de Charlie Polinger. Avec Joel Edgerton, Everett Blunck, Kayo Martin. Etats-Unis, couleur, 2025. Durée : 1h35.

https://www.youtube.com/watch?v=2Iztsvx4UVc

La petite chienne

Les températures hors norme en France devraient prendre fin aujourd’hui. Mais le match du PSG ce soir pourrait échauffer les esprits des supporters et de voyous dans la capitale, redoutent les policiers.


Le peuple français est éruptif. La France est portée aux extrêmes. Et voilà que la canicule s’en mêle, mettant à mal les corps, échauffant les esprits, montant la droite contre la gauche. Les bornes d’incendie dans certaines rues ne sont pas suffisantes pour rafraîchir. A 18 heures, le match promet surchauffe et échauffourées.

Face à cette canicule précoce, le gouvernement est pris de court, même «bousculé», titre Le Monde. On se souvient de la canicule de 2003 ; mais elle avait eu lieu en août. Les climatologues déplorent aujourd’hui un manque d’anticipation. Pour la lfiste Mathilde Panot, « la Macronie est incapable de répondre à l’enjeu de notre siècle ». L’écolo Marine Tondelier se dit « effarée par le degré d’impréparation du gouvernement » contre la chaleur. Face à ce climat de surchauffe, le Premier ministre Sébastien Lecornu a décidé de présider une réunion interministérielle sur le sujet. C’est dire combien l’heure est grave. Pourra-t-on éluder la question brûlante et sa problématique : la canicule est-elle d’extrême droite ?

La « petite chienne », c’est Procyon, l’étoile la plus brillante de la constellation du Petit Chien, qui se lève avant Sirius, du 22 juillet au 27 août. Ce sont les Romains qui lui ont donné ce nom, hérité du grec, de « petite chienne », Canis Minor. Et c’est au XVIe siècle que le mot « canicule » prit le sens astronomique qu’on lui connaît. La canicule, stricto sensu, désigne donc une période précise de notre calendrier, redoutée des agriculteurs. À présent, on donne le nom de canicule à une période de très forte chaleur s’étendant sur plusieurs jours, où les maximales doivent dépasser 36 degrés et les minimales 21 degrés. Ces fortes chaleurs ne sont pas exceptionnelles. On dénombre 51 vagues de chaleur depuis 1947, et c’est le 28 juin 2019 que la température la plus chaude a été enregistrée : 45,9 °C à Gallargues-le-Montueux (Gard). Ce qui désoriente, c’est la précocité ou le caractère aléatoire des dates.

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Ce dérèglement climatique plonge donc le monde agricole dans l’inconnu, mais pas seulement lui. Si les récoltes sont décalées, voire compromises (vignes, maïs, blé, fruits), la chaleur affecte notre vie quotidienne : elle touche les transports, fait éclater les rails, arrête les trains en rase campagne, favorisant bientôt les attaques de voyageurs par des voyous venus de nulle part, dessèche les canalisations, pousse les jeunes gens irréfléchis à se précipiter dans l’eau (quitte à se noyer), déshydrate les vieillards, tape sur la tête des jeunes et paralyse les esprits. Et que dire des vaches qui, au-dessus de 25 degrés, tournent au ralenti ? Cerise sur le pompon, enfin : les nuits torrides empêchent de faire l’amour. Et ça, ce n’est pas bon pour la planète ! Certes, en France, on continue toujours à avoir du bon vin, mais pour le reblochon et la tomme de Savoie, produits emblématiques s’il en est de notre beau pays, leur saveur n’est plus garantie malgré la présence d’un groupe froid électrique. Comme si le pays avait besoin de ça !

On le voit, le climat n’est pas au beau. Alors, que faire ? Boire et encore boire — de l’eau, bien entendu ! —, prendre soin de soi et de ses proches, se rafraîchir, fréquenter les Monoprix où vous rencontrez vos semblables assoiffés. S’accorder également un peu de rêve et de culture ? Si on le peut ! Rafraîchir ses souvenirs de mythologie, par exemple sur Orion, grand chasseur devant l’Éternel, devenu aveugle à la suite d’une punition des dieux et qui, pour recouvrer la vue, alla vers le soleil levant, le plus loin possible à l’est, guidé par un jeune garçon sur ses épaules. L’affaire, on s’en doute, se termina bien puisqu’il recouvra la vue et fut transformé par Zeus en constellation, flanqué d’un chien qui n’est autre que Sirius, l’étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien qui jouxte Canis Minor ! La figure d’Orion a inspiré nombre de poètes dont Homère, Horace, Ovide, Virgile, René Char, Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, ainsi qu’un peintre, Nicolas Poussin, avec son magnifique tableau : Paysage avec Orion aveugle cherchant le soleil.

Pays-Bas: l’effet Lidewij

La « donzelle » de la droite dure néerlandaise est passée au pilori parlementaire cette semaine. Récit.


Des députés énervés se levant de leurs bancs pour vilipender une jeune femme à l’aube de son congé maternité : le spectacle au Parlement de La Haye tenait du harcèlement. Cela sans que quiconque vienne à la rescousse de la «victime», à savoir Lidewij Guinevère de Vos, l’égérie de la droite dure néerlandaise.

Mercredi 26 mai, cette dernière a refusé de s’incliner devant l’inquisition parlementaire qui voulait lui extorquer des excuses pour des paroles certes douteuses, mais qu’elle n’a elle-même jamais prononcées. En effet, de jeunes membres de son parti, le Forum voor Democratie (FVD), ont par le passé loué la «race blanche», dénoncé de prétendus complots juifs visant à inonder l’Europe de migrants arabes ou noué des liens avec des groupuscules fascistes néerlandais et européens.

Cependant, Mme de Vos, âgée de 28 ans, issue d’un milieu intellectuel conservateur, surdiplômée en sciences, climatosceptique et violoniste de talent, ne s’exprime que dans un langage convenu, contrairement à certains de ses admirateurs sulfureux. Elle a donc refusé, au Parlement, d’expier les péchés réels ou supposés des membres de son parti et de son ex-président, Thierry Baudet.

L’été dernier, ce dernier avait constaté que le peuple l’avait assez vu, surtout après avoir versé dans le complotisme et loué Vladimir Poutine comme un « dirigeant formidable ». Baudet a fait un pas de côté et nommé Lidewij, qui s’était distinguée parmi les jeunes du parti, comme sa successeure.

Parfaitement inconnue du grand public, elle a depuis contribué à faire renaître un parti moribond qui, lors des législatives d’octobre dernier, est passé de trois à sept sièges à la Chambre des députés (qui en compte 150). Et, en mars, lors des élections municipales, le parti est passé de 47 à quelque 300 sièges dans les conseils municipaux.

L’effet Lidewij se fait surtout sentir dans les villes et villages où les autorités tentent d’installer des centres pour demandeurs d’asile. Elle a visité le village de Loosdrecht où, début mai, des centaines de citoyens se sont opposés à un tel projet, une minorité parfois violemment. Des individus masqués ont réussi à incendier partiellement le futur centre, prévu dans l’ancienne mairie, et ont attaqué pompiers et policiers.

Cela a provoqué un tollé dans le pays : les médias et les spécialistes de l’extrémisme y voient la main d’une nébuleuse néofasciste paneuropéenne qui aurait également infiltré une manifestation pacifique organisée par des femmes de Loosdrecht. L’un desdits experts pointe un doigt accusateur vers le mouvement français Génération identitaire, pourtant dissous… Une seule experte a tenté de ramener ses collègues à la raison, les invitant à ne pas criminaliser l’opposition aux diktats de l’État en matière d’asile et d’immigration.

Cette semaine, le Parlement vouait un simulacre de débat à la pagaille de Loosdrecht, au cours duquel des élus de tous bords n’ont pas jugé digne de leur compassion la population locale remontée contre les migrants. Au lieu de cela, ils ont serré les rangs derrière le pouvoir pour déblatérer contre la jeune femme qui a osé le défier.

Gauchistes, sociaux-démocrates, protestants, catholiques, Verts, libéraux de droite et de gauche : tous ont cloué au pilori celle qui, de par ses prénoms évoquant les récits de chevalerie du Moyen Âge, est parfois vénérée comme la « donzelle ». À cette « vilaine » femme, qui aurait incité la populace à incendier la mairie de Loosdrecht, le tribunal a tout de même donné l’occasion de se repentir.

En condamnant celles et ceux qui, dans son parti, osent parler du « grand remplacement », plaident pour l’expulsion massive d’étrangers ou appellent de leurs vœux un « ethno-État blanc », Lidewij pouvait échapper à l’anathème. Une députée avait même préparé une déclaration à cet effet que l’accusée était invitée à lire à haute voix, du genre : « Moi, Lidewij de Vos, ici présente, déclare être opposée à l’établissement d’un État uniquement pour les Néerlandais blancs… »

D’autres ont exigé un mea culpa pour son refus, jugé insolent, de prendre pour argent comptant les avertissements des services de renseignement selon lesquels ses idées constituent une menace pour la sécurité du pays.

« Je ne me laisse rien dicter par vous », a-t-elle cinglé d’une voix parfois chancelante.

Bien qu’encore peu rompue aux joutes politiciennes, elle y est allée de son refrain : les partis de l’establishment politique ont laissé le pays être inondé de migrants extra-européens à tel point que les Néerlandais de souche sont désormais minoritaires dans les grandes villes… La gauche et la droite mêlées auraient instauré une omerta sur les méfaits de l’immigration en matière de criminalité et de sécurité, surtout pour les femmes…

Et d’égrener, lisant sur son portable face à ses bourreaux, une longue liste de cas de violences contre des femmes dont des migrants sont accusés ou pour lesquels ils ont été condamnés récemment.

Le spectacle, toujours peu ragoûtant, d’adultes qui s’écharpent a-t-il atteint le but que s’était fixé mercredi une majorité des parlementaires: démontrer que Mme de Vos et son parti sont de dangereux racistes qu’il convient de démolir ? Un commentateur du journal conservateur De Telegraaf prévoit le contraire : le « tous contre une » profitera à la cible. La « donzelle » donne en tout cas un sérieux coup de vieux à celui qui a longtemps dominé la droite de la droite néerlandaise, M. Geert Wilders. Ces dernières années, il paraît las de la guerre ; des partisans de toujours ont fait sécession ou rejoignent sa jeune rivale.

Et si le prochain homme providentiel de la droite dure néerlandaise, orpheline depuis l’assassinat de Pim Fortuyn en 2002 et maintes fois déçue par l’incompétence de ses successeurs potentiels, se révélait être une femme ? Les sondages prévoient qu’aux prochaines législatives, son parti pourrait doubler sa représentation parlementaire.

La poupée bohémienne

15 ans après le succès de Just Kids, la star Patti Smith poursuit sa démarche autobiographique


On ne présente plus Patti Smith qui se nomme elle-même « la poupée bohémienne » dans la suite de ses mémoires, Le Pain des anges. Elle avait fait un tabac avec Just Kids, couronné du National Book Award, où la chanteuse punk-rock, adulée par la Beat Generation, s’était longuement étendue sur sa relation sismique avec le photographe Robert Mapplethorpe, davantage attiré par les garçons, naviguant sans boussole dans le New York underground des années 70. Avant de mourir du sida, Mapplethorpe avait demandé à sa muse électrique d’écrire un livre sur leur relation. La musicienne, également poétesse et artiste-peintre, avait relevé le défi. Résultat : dix ans d’écriture pour un best-seller.

Récidive

Patti Smith, donc, récidive, et on peut dire que cette suite est une réussite, même si on eut apprécié un récit moins aseptisé de la part de l’interprète de « Because the Night ». On retrouve la silhouette fil de fer, cheveux longs gaufrés, se baladant, entre deux chambres d’hôtel – Cadillac, Chelsea – sans personne autour, « enveloppée de silence ». Elle joue au tarot et de la clarinette, dévore les poèmes de Baudelaire et Rimbaud, encouragée par William Burroughs à enjamber les fuseaux horaires quand la vie devient couleur charbon. La personnalité de son mari guitariste, Fred « Sonic » Smith, domine une grande partie de l’autobiographie. Il la retient dans son errance infinie. Elle rêve d’un lieu lointain, lié à l’océan. Mais il finit par lui prendre la main et il cède. Patti Smith raconte : « Il avait acheté une Oldsmobile marron de 1973 chez un vendeur de véhicules d’occasion et nous avons roulé jusqu’à la péninsule supérieure du Michigan et les Grand Sable Dunes, vestiges d’anciens glaciers qui bordent le lac Michigan. » Face aux vagues violentes, Fred lui dit : « Chaque fois que tu voudras voir la mer, je te conduirai ici. » Paysage à l’image de son talent protéiforme.

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Au-delà de la mythologie américaine avec ses longs métrages inoubliables, ses auteurs déjantés, les motels sur le bord de la 66, les V8 survitaminés des Plymouth, l’appel permanent de la liberté, il y a le drame personnel de Patti Smith, raconté sans pathos ni fioritures. Fred décède en 1994, laissant sa femme et ses deux enfants, Jackson et Jesse, désemparés. Comme un malheur n’arrive jamais seul, Patti Smith perd dans le même mois son frère, victime d’un « énorme » AVC. L’icône du rock, mondialement connue pour l’album « Horses » (1975), plie mais ne rompt pas. Elle tient pour ses deux enfants. Elle écrit : « Fred est mort dans l’après-midi, à l’endroit où nos enfants étaient nés. Naissance, amour et mort jamais ne se touchent et toujours sont liés. » On dirait du Sam Shepard, prix Pulitzer 79, lui aussi conquis par l’énergie sensuelle de Patti.

La mort poursuit la chanteuse. Le poète Allen Ginsberg, soutien indéfectible, de jour comme nuit, des moments de grands vertiges, rend les armes au printemps 1997. Il agonise dans son lit surmonté d’une photo de Walt Whitman. Avec quelques amis, elle le veille. Soudain vers deux heures du matin, « Allen s’est brusquement assis, a ouvert les yeux, nous a tous regardés, puis il s’est rallongé et il a rendu son dernier soupir. »

Surprises

Ce récit intime réserve bien des surprises. Patti Smith, alors âgée de 19 ans, a donné naissance à une fille qu’elle a placé en centre d’adoption. Après de vaines années de recherche, elle a refait surface et a permis à la rock star d’identifier cinquante ans plus tard son père biologique, le grand-père de la fille abandonnée. Il s’appelait Grant Harrison Smith, c’était un « beau pilote juif » de l’armée américaine, qui avait participé à la bataille des Philippines.

Après reconstitution du puzzle de sa vie, à l’aube de ses 80 ans, la rebelle, née dans une famille ouvrière fauchée, résume : « À mesure que la poussière retombe, tu danses dessus. Comment fais-tu ? En revenant à l’enfant qui est en toi, en surmontant les obstacles avec confiance. Car les enfants agissent dans un perpétuel présent ; ils avancent, rebâtissent leurs châteaux, lâchent plâtres et béquilles et recommencent à marcher. »

Lumineux conseil qui incite à mordre dans Le Pain des anges.

Patti Smith, Le Pain des anges, traduit de l’anglais par Claire Desserrey, Gallimard, 304 pages.

Le pain des anges

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1983-2026: pourquoi le Liban reste empêché de faire la paix avec Israël

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En 1983, le Liban et Israël ont signé un accord de paix, négocié à l’hôtel Dan de Netanya. Las, sous la double pression syrienne et saoudienne, le texte n’a jamais été appliqué. Un sabotage en bonne et due forme, avec la complicité de Paris et Washington.


Le 17 mai 1983, la cérémonie se déroule simultanément à Khaldé, station balnéaire au sud de Beyrouth, et à Kiryat Shmona, ville située à la frontière nord d’Israël, régulièrement frappée depuis des années par des organisations armées palestiniennes opérant depuis le Liban. Pour la première fois, un gouvernement libanais tente officiellement de sortir de l’état de guerre avec l’Etat hébreu.

Le contexte est alors explosif. Depuis la fin des années 1960, Beyrouth a progressivement perdu le contrôle d’une partie de son territoire. Les accords (secrets) du Caire de 1969 avaient autorisé l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat à mener des opérations armées depuis le Liban. Puis la Syrie de Hafez el-Assad était intervenue militairement dans le pays.

Mauvaise influence

L’accord du 17 mai 1983 devait mettre fin à cet état de guerre, organiser le retrait des forces étrangères et rétablir la souveraineté de l’État libanais. Mais il échoue rapidement.

Pourquoi ? Parce qu’il se heurte aux intérêts convergents de la Syrie et de l’Arabie saoudite. Damas refuse catégoriquement qu’un Liban souverain puisse conclure un accord séparé avec Israël. Riyad considère qu’une normalisation libano-israélienne risquerait de l’empêcher d’avoir la mainmise sur le Liban qu’il recherche.

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À partir de l’été 1983, la Syrie fait monter la pression militaire au Liban. Les affrontements se multiplient dans la montagne libanaise. A Beyrouth, l’État s’effondre progressivement. De leur côté, les États-Unis et la France restent en retrait, avant de carrément changer de ligne après les attentats de Beyrouth contre les forces américaines et françaises, notamment celui du Drakkar qui tue 58 parachutistes français le 23 octobre 1983. Dès lors, Washington privilégie un compromis régional avec Damas plutôt qu’un soutien frontal à l’accord israélo-libanais. Résultat, quelques mois plus tard, au mépris de la règle de droit, et sous la pression syrienne encouragée par les Etats-Unis (ainsi que le prouvent les archives de Ronald Reagan), le président Amine Gemayel décide de ne pas reconnaître le texte, qui a pourtant été validé par le gouvernement et le parlement. Il prononce en somme une abrogation illégale des accords.

L’histoire se répète

Le diplomate Antoine Fattal (1917-1987), qui avait dirigé les négociations côté libanais, expliquera plus tard que, n’ayant jamais été formellement ratifié par le président de la République libanaise, l’accord n’est en réalité jamais entré en vigueur.

Ainsi fut enterrée la première et unique tentative de paix directe entre le Liban et Israël. Quarante-trois ans plus tard, l’histoire semble recommencer.

Depuis 2024, le Hezbollah, organisation chiite armée proxy de la République islamique d’Iran, commandée par la Force Al Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution islamique iranienne chargée des opérations extérieures, a été considérablement affaibli par la guerre. Au Liban, une partie croissante de la population estime désormais que la décision de paix et de guerre ne peut plus appartenir à une milice indépendante de l’État.

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C’est dans ce contexte que des discussions directes ont repris entre responsables libanais et israéliens sous médiation américaine.

Le président libanais Joseph Aoun, ancien commandant en chef de l’armée, et le Premier ministre Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, tentent de restaurer l’autorité de l’État libanais. Leur objectif immédiat n’est pas une paix complète avec Israël, scénario encore explosif politiquement, mais un accord sécuritaire durable dans le sud du Liban. Autrement dit : obtenir la stabilisation de la frontière et restaurer progressivement le monopole de l’État libanais sur les armes et la décision de guerre.

Or les mêmes résistances régionales ont réapparu. Car si l’Arabie saoudite et le Qatar soutiennent officiellement la stabilité du Liban et son redressement économique, ils restent hostiles à toute normalisation ouverte avec Israël. Riyad et Doha savent qu’un tel rapprochement serait extrêmement impopulaire dans une grande partie du monde arabe.

Le paradoxe libanais est donc le suivant : les dirigeants libanais ont besoin du soutien financier des monarchies du Golfe pour sauver leur pays de l’effondrement, mais ce soutien s’accompagne de fortes limites politiques.

Le précédent de 1983 redevient alors éclairant. Car déjà à l’époque, toute tentative libanaise d’accord avec Israël se heurtait immédiatement à des pressions saoudiennes et syriennes visant à empêcher Beyrouth d’agir comme un État pleinement souverain.

De même, comme en 1983, le rôle de la France est à nouveau ambigu aujourd’hui. Paris continue officiellement de défendre la souveraineté du Liban et de soutenir l’armée libanaise. Mais la diplomatie française entretient également des relations stratégiques majeures avec l’Arabie saoudite et le Qatar. Cette réalité réduit fortement sa marge de manœuvre.

Le véritable sujet dépasse donc largement la seule question israélo-libanaise. Il concerne la souveraineté même du Liban. Depuis l’Accord de Taëf de 1989, négocié sous parrainage saoudien avec l’aval syrien et américain et surtout imposé au Liban par les chars syriens, le système libanais repose sur des équilibres régionaux qui limitent fortement l’autonomie réelle de l’État libanais.

En 1983, une paix avec Israël avait échoué parce que le Liban n’était pas assez souverain pour la faire vivre. La vraie question aujourd’hui est donc simple : quarante ans plus tard, l’est-il devenu davantage ?

Après la guerre ?

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Un Québécois libre

Difficile d’être sociologue et de droite. C’est pourtant ce que Mathieu Bock-Côté revendique avec gourmandise. Loin de toute caricature, son pessimisme joyeux dévoile un ennemi juré du sectarisme et du prêt-à-penser.


Il porte des costumes trois-pièces, aime les films de Chuck Norris, lit du Maurice Barrès depuis l’âge de 16 ans et pourfend sans relâche « l’empire du politiquement correct ». À première vue, Mathieu Bock-Côté est, pour reprendre le mot assassin employé par Le Monde à son endroit, l’archétype de l’« ultraconservateur » contemporain. Il suffit pourtant de feuilleter son livre d’entretien avec le journaliste à Valeurs actuelles Laurent Dandrieu – impeccable dans le rôle de l’inquiet mélancolique interrogeant un « pessimiste joyeux » – pour vite comprendre qu’il est le contraire d’un butor extrémiste.

Un moderne chez les anti-modernes

Dès les premières pages, l’humanité et la sensibilité du personnage débordent. Revenant sur son enfance québécoise puis son itinéraire « méta-politique » entre Montréal et Paris, Bock-Côté évoque sa mère aimante, son père admiré (et récemment disparu) ainsi que ses nombreux amis intellectuels, notamment Alain Finkielkraut qui l’invita dans son émission « Répliques » sur France Culture dès 2007, Arthur Chevallier qui l’édita au Cerf, Alexandre Devecchio qui l’interviewe régulièrement dans Le Figaro, et Arthur de Watrigant avec qui il échange chaque semaine sur CNews. Un sens de la camaraderie et de la bienveillance tellement rare dans ce milieu.

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Mais c’est plus loin dans la conversation, quand il fait le point sur ses convictions profondes, que l’« antimoderne chez les modernes », comme il se qualifie, se révèle en réalité bien davantage un moderne chez les antimodernes. Car chez Bock-Côté tout procède d’abord d’un combat pour la liberté et la démocratie. À commencer par son adhésion à la cause souverainiste. « Je préfère un Québec indépendant durablement de gauche à un Québec de droite à jamais lié au Canada », lance-t-il pour bien se faire comprendre, avant de rappeler toutefois sa préférence nette pour une société traditionnelle.

Joyeux résistant

Penseur libéral de la meilleure eau, le docteur de l’UQAM (Université du Québec à Montréal) n’en garde pas moins un cœur conservateur. « Raymond Aron est affectivement libéral et intellectuellement conservateur, moi c’est l’inverse », résume-t-il en se comparant, non sans pertinence, avec celui qui fut près d’un siècle avant lui un sociologue de droite – autant dire un oxymore. Bref, ne comptez pas sur Bock-Côté pour jouer sur la corde du sectarisme identitaire ou vous assommer avec quelque vérité céleste révélée. S’il affirme fièrement sa culture québécoise, sa langue française et sa foi catholique, c’est dans le but sentimental de transmettre aux générations futures la sagesse des anciens et de résister à l’idéologie sans-frontiériste, qu’il nomme génialement « régime diversitaire ».

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En somme, Bock-Côté est un enfant des « Lumières de droite ». Fustigeant la pensée dogmatique, aussi bien quand elle sévit dans ses propres rangs, sous la forme du cléricalisme québécois par exemple, que dans ceux de la gauche multiculti, qu’il dépeint comme une religion temporelle aux visées totalitaires et punitives, il conclut sa discussion avec Dandrieu en proclamant : « Je mise sur la bête humaine dans son imperfection joyeuse, qui est une promesse de liberté bien plus grande que tous les discours utopiques ou rédempteurs qu’on nous propose. » Décidément joyeux. Et en fin de compte pas si pessimiste que ça !

Le Pessimiste joyeux, Mathieu Bock-Côté (entretiens avec Laurent Dandrieu), Fayard, 2026, 264 pages.

Le pessimiste joyeux

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Masculiniste!

Notre chroniqueur, malgré son grand âge, n’a jamais renoncé à entretenir un corps auquel il a fait subir bien des épreuves. Est-ce à dire qu’il est, dans le monde post-MeToo, un reliquat du monde d’avant, voué à l’extinction sous les coups de boutoir des Chiennes de garde et autres andouilles déconstruites ?


« Masculiniste ! » Le mot a jailli, dans la bouche d’une femme de gauche qui, comme tous les gens de gauche en ce moment, se prend pour un Fouquier-Tinville du wokisme et de la déconstruction réunis. À l’en croire, le mâle n’est qu’un survivant, voué à l’extinction, d’une époque révolue, celle où les hommes ne répugnaient pas à échanger leurs fluides avec des femelles consentantes. « Attitude de gorilles ! » aurait grondé Albert Cohen — qui n’a jamais résisté à l’appât d’un joli minois.

Tout comme Albert Camus, sans cesse cité par les coupeuses de roubignolles de l’ère MeToo. Dans une chronique publiée ici-même il y a un peu plus de deux ans, je précisais :

« Les belles âmes s’en vont citant Camus qui aurait dit qu’« un homme, ça s’empêche » — en oubliant que Camus, qui a poussé deux fois son épouse au suicide, s’est lui-même fort peu empêché : le jour de sa mort, il avait rendez-vous, de deux heures en deux heures, avec trois femmes différentes, dont l’une au moins, Mette Ivers, avait une petite trentaine d’années de moins que lui — oh que c’est mal ! Sauf que c’est dans cette vie sexuelle débridée qu’il a puisé l’inspiration de ses plus grandes œuvres — La Chute par exemple, dont Sartre salua toute l’importance dans la lettre écrite au lendemain de la mort de l’écrivain. Et oui, l’œuvre d’art est hors morale, et toutes celles qui prétendent obéir à des impératifs moraux ne sont guère que des prospectus pharmaceutiques, comme disait Benjamin Péret. »

Ce qui me fait penser que le palmarès du festival de Cannes, et surtout les commentaires qui l’ont accompagné, sont un grand sommet du grotesque. Avez-vous remarqué qu’aucun film italien n’a été sélectionné ? On fait payer à des artistes célèbres le fait de vivre sous Giorgia Meloni, comme nos acteurs et écrivaillons s’enflamment contre Bolloré. Si jamais le RN gagne l’année prochaine, il faudra mettre ces contestataires au pas — en leur coupant les vivres, par exemple.

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En français, le suffixe en -iste est originellement péjoratif. Le journaliste satirique Louis Leroy inventa ainsi le mot « impressionnisme » pour dévaluer la peinture de Monet et son Impression soleil levant. Le gauchiste est une invention. Des communistes pour anathématiser l’extrême-gauche. A chaque fois, les publics visés relèvent le mot comme un drapeau et s’en font une toge romaine.

Ainsi, « masculinisme ». De gentilles filles qui ne voient pas plus loin que les œuvres de Judith Butler (auteur de Trouble dans le genre en 1990, et d’une défense candide du Hamas après le 7 octobre) qualifient ainsi les derniers hommes qui refusent de bander mou, de se déplacer en trottinette électrique Made in China et de noyer leur poke bowl dans le quinoa. Il ne leur suffit pas d’être lesbiennes, elles veulent aussi être les seules à aimer les femmes. Les mâles hétérosexuels (ou cisgenre, comme ces imbéciles aiment à dire) leur font horreur, puisqu’ils leur font concurrence. À les entendre, la masculinité en soi est toxique.
J’ai eu l’occasion d’en parler

Que c’est dur d’être un garçon aujourd’hui ! On est sommé de se coiffer et de s’habiller comme les racailles qui les méprisent, de porter des pantalons très bas sur les fesses comme au Studio 54 dans les années 1970, de garder l’oreille et l’œil collés à son smartphone pour ne rien perdre des mots d’ordre du wokisme triomphant, et d’éviter de regarder les filles ou de leur tenir la porte à la sortie du bureau. La galanterie aussi est une preuve de masculinisme. Comme l’amour. Les woke se déplacent dans un monde asexué, où le muscle a été remplacé par une chair flasque d’endives bouillies et de nouilles recuites.

Comment voulez-vous que les barbares les prennent au sérieux ? Tout ce qu’ils tolèrent, c’est que ces repentants adeptes de l’intersectionnalité des luttes se prosternent devant eux. Et militent pour le dédommagement dû au titre de la traite Atlantique – mais pas pour la traite arabo-africaine, pourtant bien plus longue et plus cruelle. Je serais berbère, je réclamerais des dommages et intérêts aux Arabes qui occupent mon pays depuis 1200 ans.

Alors, masculiniste ? Oui, si le mot implique que je ne me résoudrai jamais aux invasions barbares, ni à la déliquescence scolaire, organisée par la gauche et nourrie par la droite. Oui, si le mot suggère que je vivrai sexuellement le plus tard possible. Sans m’excuser ni devant l’ennemi, ni devant un nouvel objet de désir. Oui, si cela me permet de dîner avec des amis d’un cochon rôti arrosé de châteauneuf-du-pape ou d’un gigondas — une pratique vertement critiquée par la gauche, les antispécistes et les imbéciles. Oui, si cela implique de mourir au combat — et pas en déposant les armes.

L'école sous emprise

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🎙️ Podcast: Iran-USA, des négociations qui progressent toujours mais sans aboutir; Les drones et le nouvel art de la guerre

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Avec Harold Hyman, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


Aux Etats-Unis, Donald Trump, malgré une côte de popularité en berne, a réussi à imposer ses candidats MAGA dans les primaires qui préparent les élections « midterms » en novembre. Tous les opposants à Trump, dont le plus notoire était Thomas Massie, le représentant du 4e district du Kentucky et un grand partisan de la déclassification de toutes les archives Epstein, ont été éliminés. Pourtant, cette victoire n’en est peut-être pas une, car gagner aux primaires, ce n’est pas gagner aux élections. La question qui se pose donc est la suivante : est-ce qu’un candidat républicain MAGA est mieux à même de gagner face à un candidat démocrate qu’un candidat républicain anti-Trump ? Bien que la guerre contre l’Iran soit impopulaire, beaucoup d’électeurs pourraient quand même préférer un candidat trumpiste à un démocrate.

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Les négociations actuelles entre les Etats-Unis et l’Iran ne portent pas sur un accord mais sur une feuille de route pour préparer des négociations qui, un jour, pourraient conduire à un accord. Apparemment, Donald Trump pense qu’il a encore du temps devant lui pour faire un « deal » avec les Iraniens, avant qu’il ne soit trop tard pour les « midterms ». Trump a beaucoup critiqué le précédent accord nucléaire avec l’Iran, le Plan d’action global commun (le Joint Comprehensive Plan of Action) signé en 2015 et dont il est sorti en 2018. Peut-il maintenant trouver un meilleur accord avec l’Iran? Ce sera très difficile, mais quel que soit le résultat des négociations actuelles et à venir, Trump le présentera au public américain comme une grande victoire. Lors de sa visite à Pékin, Trump n’a apparemment pas réussi à persuader les Chinois de mettre la pression sur les Iraniens pour trouver un accord. Xi Jinping semble croire qu’il a encore un peu de temps devant lui, mais tôt ou tard la crise se fera sentir plus durement pour les clients de la Chine, perturbera le commerce internationale et nuira aux exportations chinoises qui constituent la seule source de croissance du pays.

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Pour savoir comment faire la guerre aujourd’hui, il faut plus que jamais consulter ceux qui la font déjà. A cet égard, les pays européens – ainsi que les Etats-Unis eux-mêmes – ont grand intérêt à étudier les exemples israélien et ukrainien. Le modèle ancien de la guerre – infanterie, chars, chasseurs, bombardiers… – a été remplacé par un nouveau fondé sur les drones. Et quand on parle de drones, on parle de systèmes entiers intégrant le repérage des cibles, le traitement de données par des logiciels exploitant l’IA, et le brouillage ou l’interception des drones de l’ennemi. En même temps, les dernières inventions sont vite obsolètes. Le grand défi consiste à produire des armes à grande échelle mais en les modifiant de manière constante. Les Iraniens avaient déjà compris tout l’intérêt de l’usage militaires des drones en 2024. L’Europe est-elle prête à tirer et à appliquer toutes les leçons israéliennes et ukrainiennes? La réponse n’est pas tout à fait encourageante. Les dirigeants européens ont tout intérêt à lire le nouveau livre de Gil Mihaely, La Culture du combat en Israël, qui sortira le 11 juin aux éditions Valeurs ajoutées.

La culture du combat en Israël

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Mélenchon – on sent la fatigue…

Lancé dans la course à l’Élysée, le candidat lfiste s’efforce de lisser son image pour séduire un plus large électorat et accéder au second tour. Il menace de traîner Marine Le Pen devant les tribunaux, coupable à ses yeux d’avoir rappelé qu’il était le candidat du « grand remplacement ».


La sanction de l’âge bien sûr, qui n’est pas encore le naufrage de la vieillesse, certes, mais qui, inéluctablement, l’annonce. Et puis la canicule de ces jours-ci. Pas bon pour les neurones, surtout ceux qui ont déjà tant et tant vibrionné. Enfin, la succession de candidatures à la magistrature suprême. Quatre en l’occurrence. Comme les quatre actes d’une tragi-comédie. Quatre fois que M. Mélenchon prend le départ de la course, monte sur le ring, descend dans l’arène. Évidemment, chaque compétition laisse des traces. Les compétitions perdues notamment. Et surtout celles perdues de peu, qui laissent mille regrets et un goût de fiel dans la bouche.

Donc, que M. Mélenchon soit en prise avec une certaine lassitude, qu’il soit la victime d’un petit coup de moins bien, comme on dit plaisamment, voilà qui serait fort compréhensible.

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Car quoi d’autre que la fatigue pourrait justifier la haute fantaisie qui le prend soudain de prétendre poursuivre Marine Le Pen en justice ?

Du calme, grand-père étranger !

Quel grand crime la candidate déclarée du RN à la présidence de la République a-t-elle bien pu commettre ? Crime de lèse-majesté, sans aucun doute, pour que le gourou en chef de La France Insoumise en vienne à envisager de recourir à la justice (justice « bourgeoise » selon la conception gauchiste révolutionnaire qu’il a ouvertement de ces choses, précisons-le). 

M. Mélenchon accuse Mme Le Pen de manipulation dans une vidéo publiée sur le réseau X dans laquelle elle reprend des propos tenus par l’Insoumis Maximo lors d’un meeting. Elle y met en lien la référence au « grand père étranger » d’une personne du public et ce que l’orateur dit lors de ce même discours à propos de son concept de Nouvelle France.

M. Mélenchon conteste la pertinence de ce lien. Juré craché, l’établir relève de la malveillance la plus crasse. Ou pire, comme il l’écrit dans un message en réaction, à la BA, la Bêtise Artificielle dont, vous l’aurez compris, serait accablée Mme Le Pen et qui, de ce fait, serait incapable de comprendre que par « Nouvelle France », il ne faut entendre que le renouvellement de la population de génération en génération. Un peu comme si à chaque nouvelle génération advenait une Nouvelle France, une France d’une nature différente, en rupture avec la précédente. Cela, en gros tous les trente ans. Or, j’ai beau chercher, je n’ai pas trouvé de démographes éminents, d’études scientifiques portant sur ce sujet qui ait eu recours au concept de Nouvelle France pour caractériser, classifier, cataloguer l’effet – par ailleurs parfaitement connu et théorisé – de succession des générations. Mais M. Melenchon, qui entend révolutionner le pays selon son merveilleux programme, envisage peut-être aussi de révolutionner la science démographique et son vocabulaire. Venant de ce cerveau particulièrement fécond, ne peut-on pas tout attendre ?

Cependant, il y a mieux…

En effet. M. Mélenchon renoncerait-il à son grand dessein, à son aspiration et ambition maîtresse, la créolisation de la société française ?

Il sera intéressant lors de l’audience – si audience il y a – de l’entendre nous expliquer que la Nouvelle France, que voilà peu encore il concevait nécessairement créolisée, pourrait s’édifier sur la base du seul renouvellement des générations ? Et donc sans la moindre accélération d’entrées sur le sol national de populations exogènes. À moins bien sûr, que nous aussi minés par la BA, la bêtise artificielle, nous ayons mal compris les grandes envolées lyriques, les édifiantes prédications qu’on n’a cessé de nous servir ces dernières années, ces derniers mois sur le paradis que serait cette Nouvelle France créolisée.

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Il faut donc que M. Mélenchon choisisse, ou la créolisation n’est plus au programme et l’on comprendrait un peu mieux que les propos de Mme Le Pen le défrisent, ou elle est encore de saison, et Mme Le Pen ne fait que reprendre et prolonger fidèlement la pensée même du grand intellectuel (il ne manque jamais de revendiquer cette qualité à peine a-t-il un micro sous le nez) qu’il se pique d’être.

Enfin, permettons-nous une suggestion. Pour faire bonne mesure, à l’audience, Mme Le Pen pourrait éventuellement citer en soutien et comme témoin M. Bally Bagayoko, le nouveau maire LFI de Saint-Denis qui, sur le point précis que nous évoquons, est rigoureusement sur la même ligne qu’elle.

Intervenant voilà peu sur LCI, tout sourire et très tranquillement, ne confiait-il pas qu’il voyait dans la prochaine élection de M. Mélenchon à l’Élysée – victoire dont il ne doute pas un seul instant – le tour de chauffe, le premier pas vers l’élection la prochaine fois d’un président issu de ses rangs ? Bref, à la suite du créolisateur un créolisé de bonne facture. En d’autres termes, dans cette affaire, M. Bagayoko ne voit en M. Mélenchon qu’une sorte de marche-pied !

Eh bien, si cela n’est pas un crime de lèse-majesté, qu’est-ce que c’est ? Et dire que, à l’heure où s’écrivent ces lignes, l’intéressé n’a même pas manifesté encore la moindre velléité de traîner son irrévérencieux disciple devant les tribunaux !

La fatigue, vous dis-je. La fatigue…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Folle journée, mais film bien sage

Autour du phénomène agaçant de #MeToo, Agnès Jaoui livre une histoire un peu paresseuse, mais indéniablement divertissante.


Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ont donné un ton nouveau à la comédie dramatique dans le cinéma français. L’humour et la dérision, chez eux, vont de pair, dans un monde cruel, avec la tendresse et le besoin naturel de chaleur humaine. Souvent, les bons mots surgissent sous leur plume, non comme des piques, mais comme des consolations.

Bacri, tant qu’il a vécu (il est mort en 2021), et Jaoui, scénaristes pointus, inventaient des personnages qui leur ressemblaient — c’est l’impression qu’on pouvait tirer de leurs histoires. Il y a toujours eu quelque chose de sage et de tranquille dans leurs films, ce qui n’excluait pas une fantaisie secrète, que le spectateur captait confusément. Une inspiration propre peut-être aux Juifs séfarades, dont Jaoui et Bacri étaient deux illustres représentants.

De nombreux personnages

Agnès Jaoui, désormais en solo, a décidé de remettre le couvert pour un film intitulé L’Objet du délit. L’idée de départ est excellente : prendre une troupe de chanteurs et de chanteuses d’opéra qui doit monter dans le Midi de la France Les Noces de Figaro de Mozart. Une « troupe », c’est-à-dire de nombreux personnages, dont je retiens surtout : le chef d’orchestre, Igor, joué par Daniel Auteuil, acteur qui, des Sous-doués au Malade imaginaire, est toujours épatant dans le registre comique. Ce rôle, soit dit en passant, serait allé à merveille à Jean-Pierre Bacri, à qui le film est dédicacé. Agnès Jaoui, quant à elle, joue la cantatrice qui chante le rôle de la comtesse, dans l’opéra. Elle en a l’assurance et aussi la stature, peut-être trop, diront les esthètes mozartiens. À noter que le personnage travesti de Chérubin, traditionnellement dévolu à une femme, est confié à l’actrice de couleur Eye Haïdara. Beaumarchais avait précisé ceci, pour Chérubin, adolescent amoureux de toutes les femmes : « Ce rôle ne peut être joué, comme il l’a été, que par une jeune et très jolie femme. » C’est un rôle de travesti, ce qui colle parfaitement à l’intrigue de Jaoui, comme on va voir. La metteuse en scène des Noces, dans la fiction, nommée Mirabelle, est une jeune actrice que je ne connaissais pas, Claire Chust. Elle est extrêmement drôle et touchante, juvénile même dans son manque d’assurance. À la fin, elle reprendra de l’autorité pour faire montre d’une force intérieure inattendue.

Dans l’air du temps

Mais tout cela ne suffirait pas à fabriquer un long métrage de plus de deux heures. Il y fallait une histoire, qu’Agnès Jaoui nous a concoctée, disons-le, un peu à la paresseuse. Un petit drame, bien dans l’air du temps, est prévu au programme. Tout part du prétentieux ténor italien qui incarne le comte Almaviva, et qui commet une sorte d’« attouchement » sur l’actrice qui joue Suzanne. On ne sait pas très bien ce qui l’a poussé à mettre sa main sur son sein. La jeune femme en tout cas le prend mal, se plaint, et l’incident prend des proportions démesurées. Tout risque de s’arrêter là. C’est l’occasion, pour la réalisatrice, de revenir une fois de plus sur ce grand sujet d’aujourd’hui, qu’on désigne aussi par #MeToo, pour faire simple. S’ensuivent entre les personnages des discussions à n’en plus finir, dans lesquelles les féministes présentes vont mettre leur grain de sel. La situation n’en sera que plus compliquée et insoluble. Et on va oublier pourquoi on est réunis : monter l’opéra de Mozart.

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Paradoxalement, c’est peut-être le but recherché par Agnès Jaoui que de relativiser toutes ces histoires d’abus sexuels. Mais Jaoui ne cherche pas à peser le pour et le contre, en un procès équitable. Elle livre seulement son impression, fait juste passer son opinion, comme, avant elle, Catherine Deneuve ou Philippe Sollers. Pourquoi pas ?

L’effet sur le spectateur est clair comme de l’eau de source (en tout cas pour moi) : il découvre un grand puritanisme chez les féministes. À tout prendre, ou à tout perdre, tel que c’est présenté, il préférera largement être du côté des « libertins », avec Mozart et Da Ponte, et sans doute Beaumarchais, plutôt que de celui des rabat-joie qui veulent supprimer l’opéra bouffe.

Un film de femmes

L’Objet du délit est avant tout un film de femmes. Illes décrit plus courageuses que les hommes, plus responsables aussi. C’est ici que tout devient paradoxal, sinon contradictoire. Agnès Jaoui semble regretter les excès de #MeToo. Et cependant, dans le même temps, elle souligne la faiblesse des hommes, des soi-disant mâles. Ainsi, Igor, le chef d’orchestre, a connu jadis de bonnes fortunes, mais parfois à la limite de la bienséance et même de la légalité. Il a peur soudain d’avoir à payer l’addition. Agnès Jaoui dépeint ces tardifs remords avec une ironie mordante. Beaucoup d’hommes, sans doute, se reconnaîtront dans ce portrait peu flatteur, dont les médias donnent actuellement quelques exemples, certes souvent d’une portée plus grave. À l’inverse, le beau rôle est laissé par Agnès Jaoui aux militantes féministes, comme le personnage incarné par Eye Haïdara. Qu’on l’ait choisie, elle, pour être Chérubin, et qu’elle se révèle une militante féministe de choc, voilà qui prolongerait peut-être, de façon subversive, la vision initiale de Beaumarchais : « Là, s’exclame Suzanne dans la pièce, mais voyez donc ce morveux, comme il est joli en fille ! J’en suis jalouse, moi ! (Elle lui prend le menton.) Voulez-vous n’être pas joli comme ça ? » (Acte II, scène 6) Chérubin est d’ailleurs devenu ou devenue récemment une figure proto-queer des gender studies ou études de genre. On pouvait lire par exemple, chez l’une de ses principales représentantes, inspirée par la très célèbre Judith Butler : « le corps n’est pas une matière brute, mais un effet de pouvoir et de discours ». Certains de ces auteurs américains, en général des femmes, ont pris pour objet le personnage de Beaumarchais, ce Chérubin fantasmatique au corps androgyne et à la sexualité non définie.

Bien entendu, Agnès Jaoui se garde d’entrer dans la théorie. Elle n’aborde surtout pas  cet aspect spécifique de la question, même s’il demeure de manière sous-jacente dans son film. L’Objet du délit est avant tout fait pour divertir les spectateurs. Il ne poursuivra pas, même sous couvert de cinéphilie, sa carrière dans les départements de queer studies des universités américaines, afin d’y servir d’objet à de nouvelles recherches. Mais sait-on jamais ? Le film d’Agnès Jaoui, outre qu’il se laisse voir avec plaisir, est porteur de tellement d’interrogations…


2 h 13 min. En salle depuis le 27 mai.

Beaumarchais, Le Mariage de Figaro. Éd. Folio classique. 258 pages.

Âge ingrat

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Kenny Rasmussen, Charlie Polinger, Kayo Martin et Joel Edgerton posent au Festival de Cannes pour le film "The Plague", le 16 mai 2026 © Natacha Pisarenko/AP/SIPA

Cruauté grégaire, bêtise en meute: The Plague est un portrait de la puberté masculine. Une fable sur le harcèlement qui sonne parfois juste, mais qui laisse le spectateur sur sa faim.


The Plague –  la peste en français. Albert Camus, rien à voir. Pour son premier « long » (enfin, pas trop : 1h35) le réal américain Charlie Polinger continue de se pencher sur les affres de la phase pubertaire masculine (cf. les courts métrages Fuck me, Richard ; Sauna ; A Place to stay…), et filme une petite meute de teenagers, internes en session sport étude, spécialité water-polo, qui se signale par la constance de sa débilité.

Jeunes hommes sadiques

Elle s’exprime, ponctuées de manifestations obscènes, à travers les pulsions sadiques qui excitent son quotidien: souffrant d’une inflammation cutanée qui lui dévore l’échine et le faciès, un adolescent grassouillet et disgracieux (seul parmi ces garçons dont la voix a déjà mué) est le souffre-douleur de la bande de loustics. Mutique, solitaire, ostracisé, il ne mange pas à la table commune ni ne se mêle jamais aux autres: à sa dermatite, la rumeur interne prête, par simple contact, un grave risque de contagion; il importe de se frictionner ardemment sous la douche si par malheur, en nageant, on a pu se frotter une seconde au “pestiféré”.

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Le brave entraîneur, barbu rescapé d’une prime jeunesse difficile comme il le confessera incidemment (dans le rôle, Joel Edgerton, également producteur du film) s’efforce de recadrer cette chiourme antipathique, sans grand succès. Ben (interprété par Everett Blunck), nouveau dans la classe, adolescent malingre, gentil et moins viscéralement con que ses congénères harceleurs, en vient à prendre la victime (vaguement terrifiante tout de même) sous son aile, quitte à se choper aussi ladite “plague” et à s’aliéner le groupe à son tour, en particulier son chef, Jake, rouquin tête-à-claques (campé non sans talent par le jeune comédien Kayo Martin, par ailleurs boxeur, skate-boarder, mannequin et influenceur, et appelé paraît-il à tenir le premier rôle dans l’appétissante série Suck at Girls, sur Netflix).

Fable sur l’intolérance et la dure reconnaissance de l’altérité dans “l’âge ingrat” ? Le message est passé: compassion vaut mieux que tourmente et persécution – qui en douterait ? Reste que la dramaturgie étique de The Plague laisse un peu le spectateur sur sa faim. Et si le film se donne pour un regard véridique sur les prémisses de l’adolescence, quel spectacle consternant en offre-t-il ! Vivement que grandissent ces pénibles lardons.

The Plague. Film de Charlie Polinger. Avec Joel Edgerton, Everett Blunck, Kayo Martin. Etats-Unis, couleur, 2025. Durée : 1h35.

https://www.youtube.com/watch?v=2Iztsvx4UVc

La petite chienne

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Canicule à Bordeaux, 26 mai © UGO AMEZ/SIPA

Les températures hors norme en France devraient prendre fin aujourd’hui. Mais le match du PSG ce soir pourrait échauffer les esprits des supporters et de voyous dans la capitale, redoutent les policiers.


Le peuple français est éruptif. La France est portée aux extrêmes. Et voilà que la canicule s’en mêle, mettant à mal les corps, échauffant les esprits, montant la droite contre la gauche. Les bornes d’incendie dans certaines rues ne sont pas suffisantes pour rafraîchir. A 18 heures, le match promet surchauffe et échauffourées.

Face à cette canicule précoce, le gouvernement est pris de court, même «bousculé», titre Le Monde. On se souvient de la canicule de 2003 ; mais elle avait eu lieu en août. Les climatologues déplorent aujourd’hui un manque d’anticipation. Pour la lfiste Mathilde Panot, « la Macronie est incapable de répondre à l’enjeu de notre siècle ». L’écolo Marine Tondelier se dit « effarée par le degré d’impréparation du gouvernement » contre la chaleur. Face à ce climat de surchauffe, le Premier ministre Sébastien Lecornu a décidé de présider une réunion interministérielle sur le sujet. C’est dire combien l’heure est grave. Pourra-t-on éluder la question brûlante et sa problématique : la canicule est-elle d’extrême droite ?

La « petite chienne », c’est Procyon, l’étoile la plus brillante de la constellation du Petit Chien, qui se lève avant Sirius, du 22 juillet au 27 août. Ce sont les Romains qui lui ont donné ce nom, hérité du grec, de « petite chienne », Canis Minor. Et c’est au XVIe siècle que le mot « canicule » prit le sens astronomique qu’on lui connaît. La canicule, stricto sensu, désigne donc une période précise de notre calendrier, redoutée des agriculteurs. À présent, on donne le nom de canicule à une période de très forte chaleur s’étendant sur plusieurs jours, où les maximales doivent dépasser 36 degrés et les minimales 21 degrés. Ces fortes chaleurs ne sont pas exceptionnelles. On dénombre 51 vagues de chaleur depuis 1947, et c’est le 28 juin 2019 que la température la plus chaude a été enregistrée : 45,9 °C à Gallargues-le-Montueux (Gard). Ce qui désoriente, c’est la précocité ou le caractère aléatoire des dates.

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Ce dérèglement climatique plonge donc le monde agricole dans l’inconnu, mais pas seulement lui. Si les récoltes sont décalées, voire compromises (vignes, maïs, blé, fruits), la chaleur affecte notre vie quotidienne : elle touche les transports, fait éclater les rails, arrête les trains en rase campagne, favorisant bientôt les attaques de voyageurs par des voyous venus de nulle part, dessèche les canalisations, pousse les jeunes gens irréfléchis à se précipiter dans l’eau (quitte à se noyer), déshydrate les vieillards, tape sur la tête des jeunes et paralyse les esprits. Et que dire des vaches qui, au-dessus de 25 degrés, tournent au ralenti ? Cerise sur le pompon, enfin : les nuits torrides empêchent de faire l’amour. Et ça, ce n’est pas bon pour la planète ! Certes, en France, on continue toujours à avoir du bon vin, mais pour le reblochon et la tomme de Savoie, produits emblématiques s’il en est de notre beau pays, leur saveur n’est plus garantie malgré la présence d’un groupe froid électrique. Comme si le pays avait besoin de ça !

On le voit, le climat n’est pas au beau. Alors, que faire ? Boire et encore boire — de l’eau, bien entendu ! —, prendre soin de soi et de ses proches, se rafraîchir, fréquenter les Monoprix où vous rencontrez vos semblables assoiffés. S’accorder également un peu de rêve et de culture ? Si on le peut ! Rafraîchir ses souvenirs de mythologie, par exemple sur Orion, grand chasseur devant l’Éternel, devenu aveugle à la suite d’une punition des dieux et qui, pour recouvrer la vue, alla vers le soleil levant, le plus loin possible à l’est, guidé par un jeune garçon sur ses épaules. L’affaire, on s’en doute, se termina bien puisqu’il recouvra la vue et fut transformé par Zeus en constellation, flanqué d’un chien qui n’est autre que Sirius, l’étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien qui jouxte Canis Minor ! La figure d’Orion a inspiré nombre de poètes dont Homère, Horace, Ovide, Virgile, René Char, Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, ainsi qu’un peintre, Nicolas Poussin, avec son magnifique tableau : Paysage avec Orion aveugle cherchant le soleil.

Pays-Bas: l’effet Lidewij

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La députée nationaliste hollandaise Lidewij de Vos, au parlement, La Haye, décembre 2025 © John Beckmann/DeFodi Imag/SIPA

La « donzelle » de la droite dure néerlandaise est passée au pilori parlementaire cette semaine. Récit.


Des députés énervés se levant de leurs bancs pour vilipender une jeune femme à l’aube de son congé maternité : le spectacle au Parlement de La Haye tenait du harcèlement. Cela sans que quiconque vienne à la rescousse de la «victime», à savoir Lidewij Guinevère de Vos, l’égérie de la droite dure néerlandaise.

Mercredi 26 mai, cette dernière a refusé de s’incliner devant l’inquisition parlementaire qui voulait lui extorquer des excuses pour des paroles certes douteuses, mais qu’elle n’a elle-même jamais prononcées. En effet, de jeunes membres de son parti, le Forum voor Democratie (FVD), ont par le passé loué la «race blanche», dénoncé de prétendus complots juifs visant à inonder l’Europe de migrants arabes ou noué des liens avec des groupuscules fascistes néerlandais et européens.

Cependant, Mme de Vos, âgée de 28 ans, issue d’un milieu intellectuel conservateur, surdiplômée en sciences, climatosceptique et violoniste de talent, ne s’exprime que dans un langage convenu, contrairement à certains de ses admirateurs sulfureux. Elle a donc refusé, au Parlement, d’expier les péchés réels ou supposés des membres de son parti et de son ex-président, Thierry Baudet.

L’été dernier, ce dernier avait constaté que le peuple l’avait assez vu, surtout après avoir versé dans le complotisme et loué Vladimir Poutine comme un « dirigeant formidable ». Baudet a fait un pas de côté et nommé Lidewij, qui s’était distinguée parmi les jeunes du parti, comme sa successeure.

Parfaitement inconnue du grand public, elle a depuis contribué à faire renaître un parti moribond qui, lors des législatives d’octobre dernier, est passé de trois à sept sièges à la Chambre des députés (qui en compte 150). Et, en mars, lors des élections municipales, le parti est passé de 47 à quelque 300 sièges dans les conseils municipaux.

L’effet Lidewij se fait surtout sentir dans les villes et villages où les autorités tentent d’installer des centres pour demandeurs d’asile. Elle a visité le village de Loosdrecht où, début mai, des centaines de citoyens se sont opposés à un tel projet, une minorité parfois violemment. Des individus masqués ont réussi à incendier partiellement le futur centre, prévu dans l’ancienne mairie, et ont attaqué pompiers et policiers.

Cela a provoqué un tollé dans le pays : les médias et les spécialistes de l’extrémisme y voient la main d’une nébuleuse néofasciste paneuropéenne qui aurait également infiltré une manifestation pacifique organisée par des femmes de Loosdrecht. L’un desdits experts pointe un doigt accusateur vers le mouvement français Génération identitaire, pourtant dissous… Une seule experte a tenté de ramener ses collègues à la raison, les invitant à ne pas criminaliser l’opposition aux diktats de l’État en matière d’asile et d’immigration.

Cette semaine, le Parlement vouait un simulacre de débat à la pagaille de Loosdrecht, au cours duquel des élus de tous bords n’ont pas jugé digne de leur compassion la population locale remontée contre les migrants. Au lieu de cela, ils ont serré les rangs derrière le pouvoir pour déblatérer contre la jeune femme qui a osé le défier.

Gauchistes, sociaux-démocrates, protestants, catholiques, Verts, libéraux de droite et de gauche : tous ont cloué au pilori celle qui, de par ses prénoms évoquant les récits de chevalerie du Moyen Âge, est parfois vénérée comme la « donzelle ». À cette « vilaine » femme, qui aurait incité la populace à incendier la mairie de Loosdrecht, le tribunal a tout de même donné l’occasion de se repentir.

En condamnant celles et ceux qui, dans son parti, osent parler du « grand remplacement », plaident pour l’expulsion massive d’étrangers ou appellent de leurs vœux un « ethno-État blanc », Lidewij pouvait échapper à l’anathème. Une députée avait même préparé une déclaration à cet effet que l’accusée était invitée à lire à haute voix, du genre : « Moi, Lidewij de Vos, ici présente, déclare être opposée à l’établissement d’un État uniquement pour les Néerlandais blancs… »

D’autres ont exigé un mea culpa pour son refus, jugé insolent, de prendre pour argent comptant les avertissements des services de renseignement selon lesquels ses idées constituent une menace pour la sécurité du pays.

« Je ne me laisse rien dicter par vous », a-t-elle cinglé d’une voix parfois chancelante.

Bien qu’encore peu rompue aux joutes politiciennes, elle y est allée de son refrain : les partis de l’establishment politique ont laissé le pays être inondé de migrants extra-européens à tel point que les Néerlandais de souche sont désormais minoritaires dans les grandes villes… La gauche et la droite mêlées auraient instauré une omerta sur les méfaits de l’immigration en matière de criminalité et de sécurité, surtout pour les femmes…

Et d’égrener, lisant sur son portable face à ses bourreaux, une longue liste de cas de violences contre des femmes dont des migrants sont accusés ou pour lesquels ils ont été condamnés récemment.

Le spectacle, toujours peu ragoûtant, d’adultes qui s’écharpent a-t-il atteint le but que s’était fixé mercredi une majorité des parlementaires: démontrer que Mme de Vos et son parti sont de dangereux racistes qu’il convient de démolir ? Un commentateur du journal conservateur De Telegraaf prévoit le contraire : le « tous contre une » profitera à la cible. La « donzelle » donne en tout cas un sérieux coup de vieux à celui qui a longtemps dominé la droite de la droite néerlandaise, M. Geert Wilders. Ces dernières années, il paraît las de la guerre ; des partisans de toujours ont fait sécession ou rejoignent sa jeune rivale.

Et si le prochain homme providentiel de la droite dure néerlandaise, orpheline depuis l’assassinat de Pim Fortuyn en 2002 et maintes fois déçue par l’incompétence de ses successeurs potentiels, se révélait être une femme ? Les sondages prévoient qu’aux prochaines législatives, son parti pourrait doubler sa représentation parlementaire.

La poupée bohémienne

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La chanteuse de rock américaine Patti Smith photographiée à Toulouse le 13 juillet 2007 © BORDAS/SIPA

15 ans après le succès de Just Kids, la star Patti Smith poursuit sa démarche autobiographique


On ne présente plus Patti Smith qui se nomme elle-même « la poupée bohémienne » dans la suite de ses mémoires, Le Pain des anges. Elle avait fait un tabac avec Just Kids, couronné du National Book Award, où la chanteuse punk-rock, adulée par la Beat Generation, s’était longuement étendue sur sa relation sismique avec le photographe Robert Mapplethorpe, davantage attiré par les garçons, naviguant sans boussole dans le New York underground des années 70. Avant de mourir du sida, Mapplethorpe avait demandé à sa muse électrique d’écrire un livre sur leur relation. La musicienne, également poétesse et artiste-peintre, avait relevé le défi. Résultat : dix ans d’écriture pour un best-seller.

Récidive

Patti Smith, donc, récidive, et on peut dire que cette suite est une réussite, même si on eut apprécié un récit moins aseptisé de la part de l’interprète de « Because the Night ». On retrouve la silhouette fil de fer, cheveux longs gaufrés, se baladant, entre deux chambres d’hôtel – Cadillac, Chelsea – sans personne autour, « enveloppée de silence ». Elle joue au tarot et de la clarinette, dévore les poèmes de Baudelaire et Rimbaud, encouragée par William Burroughs à enjamber les fuseaux horaires quand la vie devient couleur charbon. La personnalité de son mari guitariste, Fred « Sonic » Smith, domine une grande partie de l’autobiographie. Il la retient dans son errance infinie. Elle rêve d’un lieu lointain, lié à l’océan. Mais il finit par lui prendre la main et il cède. Patti Smith raconte : « Il avait acheté une Oldsmobile marron de 1973 chez un vendeur de véhicules d’occasion et nous avons roulé jusqu’à la péninsule supérieure du Michigan et les Grand Sable Dunes, vestiges d’anciens glaciers qui bordent le lac Michigan. » Face aux vagues violentes, Fred lui dit : « Chaque fois que tu voudras voir la mer, je te conduirai ici. » Paysage à l’image de son talent protéiforme.

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Au-delà de la mythologie américaine avec ses longs métrages inoubliables, ses auteurs déjantés, les motels sur le bord de la 66, les V8 survitaminés des Plymouth, l’appel permanent de la liberté, il y a le drame personnel de Patti Smith, raconté sans pathos ni fioritures. Fred décède en 1994, laissant sa femme et ses deux enfants, Jackson et Jesse, désemparés. Comme un malheur n’arrive jamais seul, Patti Smith perd dans le même mois son frère, victime d’un « énorme » AVC. L’icône du rock, mondialement connue pour l’album « Horses » (1975), plie mais ne rompt pas. Elle tient pour ses deux enfants. Elle écrit : « Fred est mort dans l’après-midi, à l’endroit où nos enfants étaient nés. Naissance, amour et mort jamais ne se touchent et toujours sont liés. » On dirait du Sam Shepard, prix Pulitzer 79, lui aussi conquis par l’énergie sensuelle de Patti.

La mort poursuit la chanteuse. Le poète Allen Ginsberg, soutien indéfectible, de jour comme nuit, des moments de grands vertiges, rend les armes au printemps 1997. Il agonise dans son lit surmonté d’une photo de Walt Whitman. Avec quelques amis, elle le veille. Soudain vers deux heures du matin, « Allen s’est brusquement assis, a ouvert les yeux, nous a tous regardés, puis il s’est rallongé et il a rendu son dernier soupir. »

Surprises

Ce récit intime réserve bien des surprises. Patti Smith, alors âgée de 19 ans, a donné naissance à une fille qu’elle a placé en centre d’adoption. Après de vaines années de recherche, elle a refait surface et a permis à la rock star d’identifier cinquante ans plus tard son père biologique, le grand-père de la fille abandonnée. Il s’appelait Grant Harrison Smith, c’était un « beau pilote juif » de l’armée américaine, qui avait participé à la bataille des Philippines.

Après reconstitution du puzzle de sa vie, à l’aube de ses 80 ans, la rebelle, née dans une famille ouvrière fauchée, résume : « À mesure que la poussière retombe, tu danses dessus. Comment fais-tu ? En revenant à l’enfant qui est en toi, en surmontant les obstacles avec confiance. Car les enfants agissent dans un perpétuel présent ; ils avancent, rebâtissent leurs châteaux, lâchent plâtres et béquilles et recommencent à marcher. »

Lumineux conseil qui incite à mordre dans Le Pain des anges.

Patti Smith, Le Pain des anges, traduit de l’anglais par Claire Desserrey, Gallimard, 304 pages.

Le pain des anges

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1983-2026: pourquoi le Liban reste empêché de faire la paix avec Israël

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Manifestante pro-Iran, Beyrouth, Liban, 25 mai 2026 © Marwan Naamani/DPA/SIPA

En 1983, le Liban et Israël ont signé un accord de paix, négocié à l’hôtel Dan de Netanya. Las, sous la double pression syrienne et saoudienne, le texte n’a jamais été appliqué. Un sabotage en bonne et due forme, avec la complicité de Paris et Washington.


Le 17 mai 1983, la cérémonie se déroule simultanément à Khaldé, station balnéaire au sud de Beyrouth, et à Kiryat Shmona, ville située à la frontière nord d’Israël, régulièrement frappée depuis des années par des organisations armées palestiniennes opérant depuis le Liban. Pour la première fois, un gouvernement libanais tente officiellement de sortir de l’état de guerre avec l’Etat hébreu.

Le contexte est alors explosif. Depuis la fin des années 1960, Beyrouth a progressivement perdu le contrôle d’une partie de son territoire. Les accords (secrets) du Caire de 1969 avaient autorisé l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat à mener des opérations armées depuis le Liban. Puis la Syrie de Hafez el-Assad était intervenue militairement dans le pays.

Mauvaise influence

L’accord du 17 mai 1983 devait mettre fin à cet état de guerre, organiser le retrait des forces étrangères et rétablir la souveraineté de l’État libanais. Mais il échoue rapidement.

Pourquoi ? Parce qu’il se heurte aux intérêts convergents de la Syrie et de l’Arabie saoudite. Damas refuse catégoriquement qu’un Liban souverain puisse conclure un accord séparé avec Israël. Riyad considère qu’une normalisation libano-israélienne risquerait de l’empêcher d’avoir la mainmise sur le Liban qu’il recherche.

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À partir de l’été 1983, la Syrie fait monter la pression militaire au Liban. Les affrontements se multiplient dans la montagne libanaise. A Beyrouth, l’État s’effondre progressivement. De leur côté, les États-Unis et la France restent en retrait, avant de carrément changer de ligne après les attentats de Beyrouth contre les forces américaines et françaises, notamment celui du Drakkar qui tue 58 parachutistes français le 23 octobre 1983. Dès lors, Washington privilégie un compromis régional avec Damas plutôt qu’un soutien frontal à l’accord israélo-libanais. Résultat, quelques mois plus tard, au mépris de la règle de droit, et sous la pression syrienne encouragée par les Etats-Unis (ainsi que le prouvent les archives de Ronald Reagan), le président Amine Gemayel décide de ne pas reconnaître le texte, qui a pourtant été validé par le gouvernement et le parlement. Il prononce en somme une abrogation illégale des accords.

L’histoire se répète

Le diplomate Antoine Fattal (1917-1987), qui avait dirigé les négociations côté libanais, expliquera plus tard que, n’ayant jamais été formellement ratifié par le président de la République libanaise, l’accord n’est en réalité jamais entré en vigueur.

Ainsi fut enterrée la première et unique tentative de paix directe entre le Liban et Israël. Quarante-trois ans plus tard, l’histoire semble recommencer.

Depuis 2024, le Hezbollah, organisation chiite armée proxy de la République islamique d’Iran, commandée par la Force Al Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la Révolution islamique iranienne chargée des opérations extérieures, a été considérablement affaibli par la guerre. Au Liban, une partie croissante de la population estime désormais que la décision de paix et de guerre ne peut plus appartenir à une milice indépendante de l’État.

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C’est dans ce contexte que des discussions directes ont repris entre responsables libanais et israéliens sous médiation américaine.

Le président libanais Joseph Aoun, ancien commandant en chef de l’armée, et le Premier ministre Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, tentent de restaurer l’autorité de l’État libanais. Leur objectif immédiat n’est pas une paix complète avec Israël, scénario encore explosif politiquement, mais un accord sécuritaire durable dans le sud du Liban. Autrement dit : obtenir la stabilisation de la frontière et restaurer progressivement le monopole de l’État libanais sur les armes et la décision de guerre.

Or les mêmes résistances régionales ont réapparu. Car si l’Arabie saoudite et le Qatar soutiennent officiellement la stabilité du Liban et son redressement économique, ils restent hostiles à toute normalisation ouverte avec Israël. Riyad et Doha savent qu’un tel rapprochement serait extrêmement impopulaire dans une grande partie du monde arabe.

Le paradoxe libanais est donc le suivant : les dirigeants libanais ont besoin du soutien financier des monarchies du Golfe pour sauver leur pays de l’effondrement, mais ce soutien s’accompagne de fortes limites politiques.

Le précédent de 1983 redevient alors éclairant. Car déjà à l’époque, toute tentative libanaise d’accord avec Israël se heurtait immédiatement à des pressions saoudiennes et syriennes visant à empêcher Beyrouth d’agir comme un État pleinement souverain.

De même, comme en 1983, le rôle de la France est à nouveau ambigu aujourd’hui. Paris continue officiellement de défendre la souveraineté du Liban et de soutenir l’armée libanaise. Mais la diplomatie française entretient également des relations stratégiques majeures avec l’Arabie saoudite et le Qatar. Cette réalité réduit fortement sa marge de manœuvre.

Le véritable sujet dépasse donc largement la seule question israélo-libanaise. Il concerne la souveraineté même du Liban. Depuis l’Accord de Taëf de 1989, négocié sous parrainage saoudien avec l’aval syrien et américain et surtout imposé au Liban par les chars syriens, le système libanais repose sur des équilibres régionaux qui limitent fortement l’autonomie réelle de l’État libanais.

En 1983, une paix avec Israël avait échoué parce que le Liban n’était pas assez souverain pour la faire vivre. La vraie question aujourd’hui est donc simple : quarante ans plus tard, l’est-il devenu davantage ?

Après la guerre ?

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Un Québécois libre

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(De gauche à droite) Laurent Dandrieu et Mathieu Bock-Côté. © Fayard / Hannah Assouline

Difficile d’être sociologue et de droite. C’est pourtant ce que Mathieu Bock-Côté revendique avec gourmandise. Loin de toute caricature, son pessimisme joyeux dévoile un ennemi juré du sectarisme et du prêt-à-penser.


Il porte des costumes trois-pièces, aime les films de Chuck Norris, lit du Maurice Barrès depuis l’âge de 16 ans et pourfend sans relâche « l’empire du politiquement correct ». À première vue, Mathieu Bock-Côté est, pour reprendre le mot assassin employé par Le Monde à son endroit, l’archétype de l’« ultraconservateur » contemporain. Il suffit pourtant de feuilleter son livre d’entretien avec le journaliste à Valeurs actuelles Laurent Dandrieu – impeccable dans le rôle de l’inquiet mélancolique interrogeant un « pessimiste joyeux » – pour vite comprendre qu’il est le contraire d’un butor extrémiste.

Un moderne chez les anti-modernes

Dès les premières pages, l’humanité et la sensibilité du personnage débordent. Revenant sur son enfance québécoise puis son itinéraire « méta-politique » entre Montréal et Paris, Bock-Côté évoque sa mère aimante, son père admiré (et récemment disparu) ainsi que ses nombreux amis intellectuels, notamment Alain Finkielkraut qui l’invita dans son émission « Répliques » sur France Culture dès 2007, Arthur Chevallier qui l’édita au Cerf, Alexandre Devecchio qui l’interviewe régulièrement dans Le Figaro, et Arthur de Watrigant avec qui il échange chaque semaine sur CNews. Un sens de la camaraderie et de la bienveillance tellement rare dans ce milieu.

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Mais c’est plus loin dans la conversation, quand il fait le point sur ses convictions profondes, que l’« antimoderne chez les modernes », comme il se qualifie, se révèle en réalité bien davantage un moderne chez les antimodernes. Car chez Bock-Côté tout procède d’abord d’un combat pour la liberté et la démocratie. À commencer par son adhésion à la cause souverainiste. « Je préfère un Québec indépendant durablement de gauche à un Québec de droite à jamais lié au Canada », lance-t-il pour bien se faire comprendre, avant de rappeler toutefois sa préférence nette pour une société traditionnelle.

Joyeux résistant

Penseur libéral de la meilleure eau, le docteur de l’UQAM (Université du Québec à Montréal) n’en garde pas moins un cœur conservateur. « Raymond Aron est affectivement libéral et intellectuellement conservateur, moi c’est l’inverse », résume-t-il en se comparant, non sans pertinence, avec celui qui fut près d’un siècle avant lui un sociologue de droite – autant dire un oxymore. Bref, ne comptez pas sur Bock-Côté pour jouer sur la corde du sectarisme identitaire ou vous assommer avec quelque vérité céleste révélée. S’il affirme fièrement sa culture québécoise, sa langue française et sa foi catholique, c’est dans le but sentimental de transmettre aux générations futures la sagesse des anciens et de résister à l’idéologie sans-frontiériste, qu’il nomme génialement « régime diversitaire ».

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En somme, Bock-Côté est un enfant des « Lumières de droite ». Fustigeant la pensée dogmatique, aussi bien quand elle sévit dans ses propres rangs, sous la forme du cléricalisme québécois par exemple, que dans ceux de la gauche multiculti, qu’il dépeint comme une religion temporelle aux visées totalitaires et punitives, il conclut sa discussion avec Dandrieu en proclamant : « Je mise sur la bête humaine dans son imperfection joyeuse, qui est une promesse de liberté bien plus grande que tous les discours utopiques ou rédempteurs qu’on nous propose. » Décidément joyeux. Et en fin de compte pas si pessimiste que ça !

Le Pessimiste joyeux, Mathieu Bock-Côté (entretiens avec Laurent Dandrieu), Fayard, 2026, 264 pages.

Le pessimiste joyeux

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Masculiniste!

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Open AI / Causeur

Notre chroniqueur, malgré son grand âge, n’a jamais renoncé à entretenir un corps auquel il a fait subir bien des épreuves. Est-ce à dire qu’il est, dans le monde post-MeToo, un reliquat du monde d’avant, voué à l’extinction sous les coups de boutoir des Chiennes de garde et autres andouilles déconstruites ?


« Masculiniste ! » Le mot a jailli, dans la bouche d’une femme de gauche qui, comme tous les gens de gauche en ce moment, se prend pour un Fouquier-Tinville du wokisme et de la déconstruction réunis. À l’en croire, le mâle n’est qu’un survivant, voué à l’extinction, d’une époque révolue, celle où les hommes ne répugnaient pas à échanger leurs fluides avec des femelles consentantes. « Attitude de gorilles ! » aurait grondé Albert Cohen — qui n’a jamais résisté à l’appât d’un joli minois.

Tout comme Albert Camus, sans cesse cité par les coupeuses de roubignolles de l’ère MeToo. Dans une chronique publiée ici-même il y a un peu plus de deux ans, je précisais :

« Les belles âmes s’en vont citant Camus qui aurait dit qu’« un homme, ça s’empêche » — en oubliant que Camus, qui a poussé deux fois son épouse au suicide, s’est lui-même fort peu empêché : le jour de sa mort, il avait rendez-vous, de deux heures en deux heures, avec trois femmes différentes, dont l’une au moins, Mette Ivers, avait une petite trentaine d’années de moins que lui — oh que c’est mal ! Sauf que c’est dans cette vie sexuelle débridée qu’il a puisé l’inspiration de ses plus grandes œuvres — La Chute par exemple, dont Sartre salua toute l’importance dans la lettre écrite au lendemain de la mort de l’écrivain. Et oui, l’œuvre d’art est hors morale, et toutes celles qui prétendent obéir à des impératifs moraux ne sont guère que des prospectus pharmaceutiques, comme disait Benjamin Péret. »

Ce qui me fait penser que le palmarès du festival de Cannes, et surtout les commentaires qui l’ont accompagné, sont un grand sommet du grotesque. Avez-vous remarqué qu’aucun film italien n’a été sélectionné ? On fait payer à des artistes célèbres le fait de vivre sous Giorgia Meloni, comme nos acteurs et écrivaillons s’enflamment contre Bolloré. Si jamais le RN gagne l’année prochaine, il faudra mettre ces contestataires au pas — en leur coupant les vivres, par exemple.

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En français, le suffixe en -iste est originellement péjoratif. Le journaliste satirique Louis Leroy inventa ainsi le mot « impressionnisme » pour dévaluer la peinture de Monet et son Impression soleil levant. Le gauchiste est une invention. Des communistes pour anathématiser l’extrême-gauche. A chaque fois, les publics visés relèvent le mot comme un drapeau et s’en font une toge romaine.

Ainsi, « masculinisme ». De gentilles filles qui ne voient pas plus loin que les œuvres de Judith Butler (auteur de Trouble dans le genre en 1990, et d’une défense candide du Hamas après le 7 octobre) qualifient ainsi les derniers hommes qui refusent de bander mou, de se déplacer en trottinette électrique Made in China et de noyer leur poke bowl dans le quinoa. Il ne leur suffit pas d’être lesbiennes, elles veulent aussi être les seules à aimer les femmes. Les mâles hétérosexuels (ou cisgenre, comme ces imbéciles aiment à dire) leur font horreur, puisqu’ils leur font concurrence. À les entendre, la masculinité en soi est toxique.
J’ai eu l’occasion d’en parler

Que c’est dur d’être un garçon aujourd’hui ! On est sommé de se coiffer et de s’habiller comme les racailles qui les méprisent, de porter des pantalons très bas sur les fesses comme au Studio 54 dans les années 1970, de garder l’oreille et l’œil collés à son smartphone pour ne rien perdre des mots d’ordre du wokisme triomphant, et d’éviter de regarder les filles ou de leur tenir la porte à la sortie du bureau. La galanterie aussi est une preuve de masculinisme. Comme l’amour. Les woke se déplacent dans un monde asexué, où le muscle a été remplacé par une chair flasque d’endives bouillies et de nouilles recuites.

Comment voulez-vous que les barbares les prennent au sérieux ? Tout ce qu’ils tolèrent, c’est que ces repentants adeptes de l’intersectionnalité des luttes se prosternent devant eux. Et militent pour le dédommagement dû au titre de la traite Atlantique – mais pas pour la traite arabo-africaine, pourtant bien plus longue et plus cruelle. Je serais berbère, je réclamerais des dommages et intérêts aux Arabes qui occupent mon pays depuis 1200 ans.

Alors, masculiniste ? Oui, si le mot implique que je ne me résoudrai jamais aux invasions barbares, ni à la déliquescence scolaire, organisée par la gauche et nourrie par la droite. Oui, si le mot suggère que je vivrai sexuellement le plus tard possible. Sans m’excuser ni devant l’ennemi, ni devant un nouvel objet de désir. Oui, si cela me permet de dîner avec des amis d’un cochon rôti arrosé de châteauneuf-du-pape ou d’un gigondas — une pratique vertement critiquée par la gauche, les antispécistes et les imbéciles. Oui, si cela implique de mourir au combat — et pas en déposant les armes.

L'école sous emprise

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🎙️ Podcast: Iran-USA, des négociations qui progressent toujours mais sans aboutir; Les drones et le nouvel art de la guerre

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Des militaires ukrainiens de la brigade de Khartia lancent un drone vers les positions russes sur la ligne de front dans la région de Kharkiv, en Ukraine, le mercredi 20 mai 2026. © Andrii Marienko/AP/SIPA

Avec Harold Hyman, Gil Mihaely et Jeremy Stubbs.


Aux Etats-Unis, Donald Trump, malgré une côte de popularité en berne, a réussi à imposer ses candidats MAGA dans les primaires qui préparent les élections « midterms » en novembre. Tous les opposants à Trump, dont le plus notoire était Thomas Massie, le représentant du 4e district du Kentucky et un grand partisan de la déclassification de toutes les archives Epstein, ont été éliminés. Pourtant, cette victoire n’en est peut-être pas une, car gagner aux primaires, ce n’est pas gagner aux élections. La question qui se pose donc est la suivante : est-ce qu’un candidat républicain MAGA est mieux à même de gagner face à un candidat démocrate qu’un candidat républicain anti-Trump ? Bien que la guerre contre l’Iran soit impopulaire, beaucoup d’électeurs pourraient quand même préférer un candidat trumpiste à un démocrate.

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Les négociations actuelles entre les Etats-Unis et l’Iran ne portent pas sur un accord mais sur une feuille de route pour préparer des négociations qui, un jour, pourraient conduire à un accord. Apparemment, Donald Trump pense qu’il a encore du temps devant lui pour faire un « deal » avec les Iraniens, avant qu’il ne soit trop tard pour les « midterms ». Trump a beaucoup critiqué le précédent accord nucléaire avec l’Iran, le Plan d’action global commun (le Joint Comprehensive Plan of Action) signé en 2015 et dont il est sorti en 2018. Peut-il maintenant trouver un meilleur accord avec l’Iran? Ce sera très difficile, mais quel que soit le résultat des négociations actuelles et à venir, Trump le présentera au public américain comme une grande victoire. Lors de sa visite à Pékin, Trump n’a apparemment pas réussi à persuader les Chinois de mettre la pression sur les Iraniens pour trouver un accord. Xi Jinping semble croire qu’il a encore un peu de temps devant lui, mais tôt ou tard la crise se fera sentir plus durement pour les clients de la Chine, perturbera le commerce internationale et nuira aux exportations chinoises qui constituent la seule source de croissance du pays.

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Pour savoir comment faire la guerre aujourd’hui, il faut plus que jamais consulter ceux qui la font déjà. A cet égard, les pays européens – ainsi que les Etats-Unis eux-mêmes – ont grand intérêt à étudier les exemples israélien et ukrainien. Le modèle ancien de la guerre – infanterie, chars, chasseurs, bombardiers… – a été remplacé par un nouveau fondé sur les drones. Et quand on parle de drones, on parle de systèmes entiers intégrant le repérage des cibles, le traitement de données par des logiciels exploitant l’IA, et le brouillage ou l’interception des drones de l’ennemi. En même temps, les dernières inventions sont vite obsolètes. Le grand défi consiste à produire des armes à grande échelle mais en les modifiant de manière constante. Les Iraniens avaient déjà compris tout l’intérêt de l’usage militaires des drones en 2024. L’Europe est-elle prête à tirer et à appliquer toutes les leçons israéliennes et ukrainiennes? La réponse n’est pas tout à fait encourageante. Les dirigeants européens ont tout intérêt à lire le nouveau livre de Gil Mihaely, La Culture du combat en Israël, qui sortira le 11 juin aux éditions Valeurs ajoutées.

La culture du combat en Israël

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Mélenchon – on sent la fatigue…

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Marine Le Pen a critiqué le concept de "Nouvelle France" de Jean-Luc Mélenchon sur Twitter mardi dernier, s'attirant les foudres du candidat de gauche à la présidentielle. Montage / Open AI

Lancé dans la course à l’Élysée, le candidat lfiste s’efforce de lisser son image pour séduire un plus large électorat et accéder au second tour. Il menace de traîner Marine Le Pen devant les tribunaux, coupable à ses yeux d’avoir rappelé qu’il était le candidat du « grand remplacement ».


La sanction de l’âge bien sûr, qui n’est pas encore le naufrage de la vieillesse, certes, mais qui, inéluctablement, l’annonce. Et puis la canicule de ces jours-ci. Pas bon pour les neurones, surtout ceux qui ont déjà tant et tant vibrionné. Enfin, la succession de candidatures à la magistrature suprême. Quatre en l’occurrence. Comme les quatre actes d’une tragi-comédie. Quatre fois que M. Mélenchon prend le départ de la course, monte sur le ring, descend dans l’arène. Évidemment, chaque compétition laisse des traces. Les compétitions perdues notamment. Et surtout celles perdues de peu, qui laissent mille regrets et un goût de fiel dans la bouche.

Donc, que M. Mélenchon soit en prise avec une certaine lassitude, qu’il soit la victime d’un petit coup de moins bien, comme on dit plaisamment, voilà qui serait fort compréhensible.

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Car quoi d’autre que la fatigue pourrait justifier la haute fantaisie qui le prend soudain de prétendre poursuivre Marine Le Pen en justice ?

Du calme, grand-père étranger !

Quel grand crime la candidate déclarée du RN à la présidence de la République a-t-elle bien pu commettre ? Crime de lèse-majesté, sans aucun doute, pour que le gourou en chef de La France Insoumise en vienne à envisager de recourir à la justice (justice « bourgeoise » selon la conception gauchiste révolutionnaire qu’il a ouvertement de ces choses, précisons-le). 

M. Mélenchon accuse Mme Le Pen de manipulation dans une vidéo publiée sur le réseau X dans laquelle elle reprend des propos tenus par l’Insoumis Maximo lors d’un meeting. Elle y met en lien la référence au « grand père étranger » d’une personne du public et ce que l’orateur dit lors de ce même discours à propos de son concept de Nouvelle France.

M. Mélenchon conteste la pertinence de ce lien. Juré craché, l’établir relève de la malveillance la plus crasse. Ou pire, comme il l’écrit dans un message en réaction, à la BA, la Bêtise Artificielle dont, vous l’aurez compris, serait accablée Mme Le Pen et qui, de ce fait, serait incapable de comprendre que par « Nouvelle France », il ne faut entendre que le renouvellement de la population de génération en génération. Un peu comme si à chaque nouvelle génération advenait une Nouvelle France, une France d’une nature différente, en rupture avec la précédente. Cela, en gros tous les trente ans. Or, j’ai beau chercher, je n’ai pas trouvé de démographes éminents, d’études scientifiques portant sur ce sujet qui ait eu recours au concept de Nouvelle France pour caractériser, classifier, cataloguer l’effet – par ailleurs parfaitement connu et théorisé – de succession des générations. Mais M. Melenchon, qui entend révolutionner le pays selon son merveilleux programme, envisage peut-être aussi de révolutionner la science démographique et son vocabulaire. Venant de ce cerveau particulièrement fécond, ne peut-on pas tout attendre ?

Cependant, il y a mieux…

En effet. M. Mélenchon renoncerait-il à son grand dessein, à son aspiration et ambition maîtresse, la créolisation de la société française ?

Il sera intéressant lors de l’audience – si audience il y a – de l’entendre nous expliquer que la Nouvelle France, que voilà peu encore il concevait nécessairement créolisée, pourrait s’édifier sur la base du seul renouvellement des générations ? Et donc sans la moindre accélération d’entrées sur le sol national de populations exogènes. À moins bien sûr, que nous aussi minés par la BA, la bêtise artificielle, nous ayons mal compris les grandes envolées lyriques, les édifiantes prédications qu’on n’a cessé de nous servir ces dernières années, ces derniers mois sur le paradis que serait cette Nouvelle France créolisée.

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Il faut donc que M. Mélenchon choisisse, ou la créolisation n’est plus au programme et l’on comprendrait un peu mieux que les propos de Mme Le Pen le défrisent, ou elle est encore de saison, et Mme Le Pen ne fait que reprendre et prolonger fidèlement la pensée même du grand intellectuel (il ne manque jamais de revendiquer cette qualité à peine a-t-il un micro sous le nez) qu’il se pique d’être.

Enfin, permettons-nous une suggestion. Pour faire bonne mesure, à l’audience, Mme Le Pen pourrait éventuellement citer en soutien et comme témoin M. Bally Bagayoko, le nouveau maire LFI de Saint-Denis qui, sur le point précis que nous évoquons, est rigoureusement sur la même ligne qu’elle.

Intervenant voilà peu sur LCI, tout sourire et très tranquillement, ne confiait-il pas qu’il voyait dans la prochaine élection de M. Mélenchon à l’Élysée – victoire dont il ne doute pas un seul instant – le tour de chauffe, le premier pas vers l’élection la prochaine fois d’un président issu de ses rangs ? Bref, à la suite du créolisateur un créolisé de bonne facture. En d’autres termes, dans cette affaire, M. Bagayoko ne voit en M. Mélenchon qu’une sorte de marche-pied !

Eh bien, si cela n’est pas un crime de lèse-majesté, qu’est-ce que c’est ? Et dire que, à l’heure où s’écrivent ces lignes, l’intéressé n’a même pas manifesté encore la moindre velléité de traîner son irrévérencieux disciple devant les tribunaux !

La fatigue, vous dis-je. La fatigue…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Folle journée, mais film bien sage

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De gauche à droite: Agnès Jaoui, Daniel Auteuil et Eye Haïdara. "L'Objet du délit" d'Agnès Jaoui, 2026 © Studiocanal

Autour du phénomène agaçant de #MeToo, Agnès Jaoui livre une histoire un peu paresseuse, mais indéniablement divertissante.


Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ont donné un ton nouveau à la comédie dramatique dans le cinéma français. L’humour et la dérision, chez eux, vont de pair, dans un monde cruel, avec la tendresse et le besoin naturel de chaleur humaine. Souvent, les bons mots surgissent sous leur plume, non comme des piques, mais comme des consolations.

Bacri, tant qu’il a vécu (il est mort en 2021), et Jaoui, scénaristes pointus, inventaient des personnages qui leur ressemblaient — c’est l’impression qu’on pouvait tirer de leurs histoires. Il y a toujours eu quelque chose de sage et de tranquille dans leurs films, ce qui n’excluait pas une fantaisie secrète, que le spectateur captait confusément. Une inspiration propre peut-être aux Juifs séfarades, dont Jaoui et Bacri étaient deux illustres représentants.

De nombreux personnages

Agnès Jaoui, désormais en solo, a décidé de remettre le couvert pour un film intitulé L’Objet du délit. L’idée de départ est excellente : prendre une troupe de chanteurs et de chanteuses d’opéra qui doit monter dans le Midi de la France Les Noces de Figaro de Mozart. Une « troupe », c’est-à-dire de nombreux personnages, dont je retiens surtout : le chef d’orchestre, Igor, joué par Daniel Auteuil, acteur qui, des Sous-doués au Malade imaginaire, est toujours épatant dans le registre comique. Ce rôle, soit dit en passant, serait allé à merveille à Jean-Pierre Bacri, à qui le film est dédicacé. Agnès Jaoui, quant à elle, joue la cantatrice qui chante le rôle de la comtesse, dans l’opéra. Elle en a l’assurance et aussi la stature, peut-être trop, diront les esthètes mozartiens. À noter que le personnage travesti de Chérubin, traditionnellement dévolu à une femme, est confié à l’actrice de couleur Eye Haïdara. Beaumarchais avait précisé ceci, pour Chérubin, adolescent amoureux de toutes les femmes : « Ce rôle ne peut être joué, comme il l’a été, que par une jeune et très jolie femme. » C’est un rôle de travesti, ce qui colle parfaitement à l’intrigue de Jaoui, comme on va voir. La metteuse en scène des Noces, dans la fiction, nommée Mirabelle, est une jeune actrice que je ne connaissais pas, Claire Chust. Elle est extrêmement drôle et touchante, juvénile même dans son manque d’assurance. À la fin, elle reprendra de l’autorité pour faire montre d’une force intérieure inattendue.

Dans l’air du temps

Mais tout cela ne suffirait pas à fabriquer un long métrage de plus de deux heures. Il y fallait une histoire, qu’Agnès Jaoui nous a concoctée, disons-le, un peu à la paresseuse. Un petit drame, bien dans l’air du temps, est prévu au programme. Tout part du prétentieux ténor italien qui incarne le comte Almaviva, et qui commet une sorte d’« attouchement » sur l’actrice qui joue Suzanne. On ne sait pas très bien ce qui l’a poussé à mettre sa main sur son sein. La jeune femme en tout cas le prend mal, se plaint, et l’incident prend des proportions démesurées. Tout risque de s’arrêter là. C’est l’occasion, pour la réalisatrice, de revenir une fois de plus sur ce grand sujet d’aujourd’hui, qu’on désigne aussi par #MeToo, pour faire simple. S’ensuivent entre les personnages des discussions à n’en plus finir, dans lesquelles les féministes présentes vont mettre leur grain de sel. La situation n’en sera que plus compliquée et insoluble. Et on va oublier pourquoi on est réunis : monter l’opéra de Mozart.

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Paradoxalement, c’est peut-être le but recherché par Agnès Jaoui que de relativiser toutes ces histoires d’abus sexuels. Mais Jaoui ne cherche pas à peser le pour et le contre, en un procès équitable. Elle livre seulement son impression, fait juste passer son opinion, comme, avant elle, Catherine Deneuve ou Philippe Sollers. Pourquoi pas ?

L’effet sur le spectateur est clair comme de l’eau de source (en tout cas pour moi) : il découvre un grand puritanisme chez les féministes. À tout prendre, ou à tout perdre, tel que c’est présenté, il préférera largement être du côté des « libertins », avec Mozart et Da Ponte, et sans doute Beaumarchais, plutôt que de celui des rabat-joie qui veulent supprimer l’opéra bouffe.

Un film de femmes

L’Objet du délit est avant tout un film de femmes. Illes décrit plus courageuses que les hommes, plus responsables aussi. C’est ici que tout devient paradoxal, sinon contradictoire. Agnès Jaoui semble regretter les excès de #MeToo. Et cependant, dans le même temps, elle souligne la faiblesse des hommes, des soi-disant mâles. Ainsi, Igor, le chef d’orchestre, a connu jadis de bonnes fortunes, mais parfois à la limite de la bienséance et même de la légalité. Il a peur soudain d’avoir à payer l’addition. Agnès Jaoui dépeint ces tardifs remords avec une ironie mordante. Beaucoup d’hommes, sans doute, se reconnaîtront dans ce portrait peu flatteur, dont les médias donnent actuellement quelques exemples, certes souvent d’une portée plus grave. À l’inverse, le beau rôle est laissé par Agnès Jaoui aux militantes féministes, comme le personnage incarné par Eye Haïdara. Qu’on l’ait choisie, elle, pour être Chérubin, et qu’elle se révèle une militante féministe de choc, voilà qui prolongerait peut-être, de façon subversive, la vision initiale de Beaumarchais : « Là, s’exclame Suzanne dans la pièce, mais voyez donc ce morveux, comme il est joli en fille ! J’en suis jalouse, moi ! (Elle lui prend le menton.) Voulez-vous n’être pas joli comme ça ? » (Acte II, scène 6) Chérubin est d’ailleurs devenu ou devenue récemment une figure proto-queer des gender studies ou études de genre. On pouvait lire par exemple, chez l’une de ses principales représentantes, inspirée par la très célèbre Judith Butler : « le corps n’est pas une matière brute, mais un effet de pouvoir et de discours ». Certains de ces auteurs américains, en général des femmes, ont pris pour objet le personnage de Beaumarchais, ce Chérubin fantasmatique au corps androgyne et à la sexualité non définie.

Bien entendu, Agnès Jaoui se garde d’entrer dans la théorie. Elle n’aborde surtout pas  cet aspect spécifique de la question, même s’il demeure de manière sous-jacente dans son film. L’Objet du délit est avant tout fait pour divertir les spectateurs. Il ne poursuivra pas, même sous couvert de cinéphilie, sa carrière dans les départements de queer studies des universités américaines, afin d’y servir d’objet à de nouvelles recherches. Mais sait-on jamais ? Le film d’Agnès Jaoui, outre qu’il se laisse voir avec plaisir, est porteur de tellement d’interrogations…


2 h 13 min. En salle depuis le 27 mai.

Beaumarchais, Le Mariage de Figaro. Éd. Folio classique. 258 pages.